La sélection d'Avril 2015






Manuel Hermia - Manolo Cabras - Joao Lobo :
Austerity ... And What About Rage?


[ Igloo IGL261 ]



01. Fascinus - 06:25
02. First Words - 02:24
03. Infobesity - 03:26
04. Austerity... And What About Rage? - 07:18
05. Marecage - 08:33
06. Esda - 01:40
07. The Seventh Day - 02:56
08. Rajazz #3 - 07:02
09. Bane Al Bane, Vino Al Vino - 02:32
10. Like A Cat In A Box - 02:51
11. Revelations - 11:59
Sortie : Mars 2015

Durée Totale : 57'05"

Manuel Hermia (Sax alto, soprano et ténor, bansuri, flûte); Manolo Cabras (contrebasse); Joao Lobo (batterie, percussions)

Enregistré en avril 2014 aux Studiox Orfena (Bruxelles). Mixé par Manolo Cabras. Mastérisé par Daniel Leon



Chronique

En dépit de son abstraction, Long Tales And Short Stories, le premier disque de ce trio, véhiculait une musique tellement riche, épanouie, et porteuse de valeurs spirituelles qu'il capta aisément l'attention du public. Et c'est fort justement que l'album fut récompensé en 2011 par un Octave de la musique dans la catégorie Jazz. Trois ans plus tard, Hermia et ses deux complices accouchent d'un second opus dont l'aspect similaire (une pochette au design analogue) ainsi que certains titres (Rajazz #3) laisse présager une continuité plutôt qu'une bifurcation dans l'approche musicale. Pourquoi changer d'ailleurs puisque la formule explorée par le trio est loin d'être épuisée.

Le titre du disque évoque le free jazz des années 60 en ce qu'il rompt avec les traditions d'un jazz conservateur et confortable, mêlant musique et société pour porter témoignage d'un monde en crise. Et l'on peut imaginer que c'est en pensant aux politiques européennes d'austérité et à leurs inquiétantes spirales que le morceau Austerity a été écrit et joué. Quant à Infobesity, si l'effet polysémique de son intitulé reste énigmatique, la musique déstructurée renvoie à une attitude signifiante globalement révolutionnaire qui ne saurait être que simplement esthétique. Toutefois, en comparaison avec les conditions historiques et politiques de l'Amérique des 60's, le monde d'aujourd'hui est devenu plus universel si bien que la "New Thing" du nouveau millénaire est davantage multiculturelle, ce qui se traduit chez Manuel Hermia et ses acolytes par l'intégration dans leur approche de références cosmopolites incluant celles de la musique classique contemporaine. Il en résulte des pièces aux origines indistinctes aussi ensorcelantes que Rajazz #3 ou Fascinus (dont la signification latine renvoie à tout autre chose qu'à ce qu'on pourrait croire).

Plusieurs morceaux comme Marecages, dont la lenteur inquiétante évoque des brumes immobiles et des eaux mauvaises, ou le labyrinthique Bane Al Bane Vino Al Vino, dans lequel erre la contrebasse de Manolo Cabras, sont autant de moments magiques et discontinus propices à l'introspection. Quant à Revelations, magnifique coda sinueuse de cet album engagé, il fait fi pour un temps du cri chaotique et de la noire colère en ramenant l'auditeur vers l'harmonie, une paix intérieure retrouvée, une certaine idée de l'unité. A ce stade, comme l'écrivait Hermann Hesse, les paroles servent mal le sens mystérieux des choses et déforment toujours plus ou moins ce qu'on entend. Il ne vous reste donc qu'à écouter cette musique passionnante aux humeurs variables qui, comme celle de Coltrane autrefois, assume sans complexe une triple fonction musicale, mystique et politique.


Interview de Manuel Hermia

  • DragonJazz: Manuel, la musique (et les notes de pochette) de ton nouveau disque est marquée par une prise de conscience sociopolitique et un souffle révolutionnaire qui bousculent les conventions. Quel est ton propre vécu par rapport aux politiques actuelles d'austérité ? Quel impact cela a-t-il sur ta vie en tant que musicien?

    Manuel: je voudrais répondre à la fois de façon impersonnelle et personnelle. Avant toute chose, cette austérité me touche parce qu'elle touche les gens. On la ressent même ici en Belgique, mais j'ai été en Grèce et au Portugal ces dernières années, et là-bas ce n'est pas possible de ne pas voir les effets sociaux désastreux qu'elle engendre. Je suis musicien, mais je suis avant tout un être humain, un citoyen. Après, d'un point de vue personnel, on sent les effets de l'austérité sur les budgets de la culture en Belgique, évidemment, mais c'est tout à fait secondaire par rapport à l'empathie ressentie pour les gens dont la vie a été littéralement démolie, et qui se retrouvent dans une situation quart-mondesque à cause de pressions que la Troïka exerce sur leur pays.

    Partout on lit des choses vraiment simplistes, comme quoi les Grecs sont fainéants, que leurs politiciens sont véreux, et que ce n'est pas à nous , les « autres européens » à en payer les pots cassés… A mon sens cette vision des choses est populiste, simpliste, et carrément idiote. On est juste face à un système économique néo-capitaliste qui génère des crises systémiques, comme en 2008, et comme le système économique se sent remis en question, il attaque de face, en utilisant ses représentants que sont le FMI, la Banque mondiale… Ce ne sont pas des représentants des peuples, ce sont des représentants du capital et des ogres de la mondialisation. L'Europe, quant à elle, va devoir choisir: soit elle défend son peuple, en le considérant comme un, soit elle défend des intérêts nationaux, soit elle défend un système économique qui la dépasse et la domine… Moi j'ai fait mon choix de citoyen, les gens d'abord, le peuple d'abord. Le système néo-capitaliste, on n'a qu'à le changer, il a été utile à un petit moment de l'histoire économique, et il est devenu nocif. Place à l'avenir…

  • DJ: dans des titres comme Austerity et Infobesity, on ressent indéniablement la volonté rageuse d'exprimer en musique ce que tu explique dans le livret par des mots. Quel était ton état d'esprit en jouant ces morceaux?

    Manuel: le morceau Austerity a une structure qui esquisse la vie quotidienne normale qui s'étiole, et où arrive le chaos, d'où une réaction de cri et de révolte nécessaire pour faire changer les choses et retrouver une normalité, même si elle est autre. Infobesity décrit l'obésité de l'information. De la quantité d'informations que notre cerveau humain est obligé de gérer quotidiennement, ce qui n'était jamais encore arrivé à l'être humain à un tel degré au cours de son histoire. Cela nous stresse, et pourtant la plupart d'entre nous ne s'en rendent même pas compte parce qu'ils ne connaissent plus que cela et ne décrochent jamais.

  • DJ: les états d'esprit des deux autres membres du trio étaient-il en harmonie avec toi sur le concept ou a-t-il fallu les convaincre?

    Manuel: Joao et Manolo sont aussi deux personnes très engagées. Nous sommes complètement en phase à propos de nos opinions politiques. Maintenant, on n'a pas spécialement besoin d'en parler entre nous. On a eu l'occasion de tourner ensemble en Grèce, au Portugal, en Chine, au Vietnam, alors on échange des points de vue, on réfléchit sur le monde qu'on observe, et on partage nos opinions.

  • DJ: renouer ainsi des liens forts entre la musique de jazz et un message politique renvoie immanquablement au free jazz des années 60. Quels sont les grands musiciens de cette période qui t'ont marqué?

    Manuel: j'ai étrangement grandi avec cette musique, alors que j'étais un adolescent dans les années 80. Mon beau-père était un féru de Coltrane, d'Albert Ayler, d'Archie Shepp, de Sun Ra, de l'Art Ensemble of Chicago. Ces trois derniers font d'ailleurs partie des tout premiers concerts de jazz que j'ai vus à Bruxelles à l'époque, souvent au Bloomdido (un club situé au Marché St Géry à l'époque) et parfois au Cirque Royal. Donc d'un côté je jouais de la clarinette classique et New Orleans et de l'autre j'écoutais du free.

  • DJ: à l'instar du free-jazz de cette époque, la musique de ce trio se combinerait à merveille avec une poésie chantée ou déclamée témoignant de sa signification et célébrant prise de conscience, sens de la solidarité, engagement... Tu n'est pas tenté par une telle expérience dans le futur?

    Manuel: si, j'y ai déjà pensé, mais ce genre de chose dépend des rencontres. Comme mon trio: c'était une vielle envie qui attendait la bonne rencontre.

  • DJ: l'album intègre également une approche cosmopolite teintée de spiritualité synthétique positive qui d'ailleurs a été la tienne depuis longtemps (confer le Murmure de l'Orient). Cela renforce et équilibre la musique qui n'est pas que "rage". Quelle est l'importance pour toi de cette spiritualité qui ne semble plus guère intéresser grand monde de ce côté-ci de la planète?

    Manuel: pour moi, l'esprit humain possède une conscience, ce qui nous rend différent des animaux. Et cette conscience s'exprime par diverses facettes, écologique, politique, spirituelle, sociale ou autre. A mon sens, il n'y a qu'une seule conscience, et les différentes facettes de celle-ci dépendent de notre personnalité et de notre conditionnement culturel ou de notre éducation. Pour moi la conscience de la branche politique de Austerity est donc rattachée au même tronc d'arbre que la branche spirituelle du Murmure. Il n'y a qu'une vie humaine, et je la considère vraiment comme un tout.

  • DJ: où et comment as-tu appris à jouer du bansuri avec autant d'expressivité?

    Manuel: je te remercie pour le compliment. J'ai appris en Inde, à Varanasi d'abord, vraiment comme un touriste de passage. Puis j'ai été chez Harsh Wardan à Delhi, qui m'a procuré de bonnes flûtes, et qui m'a appris la bonne position des mains, celle que Hariprasad Chaurasia (le Coltrane du bansuri, mais qui est toujours vivant) a développée. Puis cela fait une quinzaine d'années maintenant que j'approfondis l'instrument, et c'est sans fin évidemment. Comparé à de grands bansuristes indiens, je suis peu de choses, mais je tâche de faire mon propre syncrétisme avec le jazz et de développer un approche personnelle, utilisant le bansuri tant pour la musique indienne que pour la musique arabe, la musique turque, africaine, le jazz, et tous les mélanges imaginables.

  • DJ: As-tu des contacts / échanges permanents avec des musiciens appartenant à d'autres cultures (Inde, Afrique, musique arabe ou berbère, …)?

    Manuel: oui, au fil de mes voyages, certaines graines semées on poussé, et certaines rencontres sont devenues des collaborations très importantes pour moi. Je pense à Majid Bekkas au Maroc, avec qui j'ai beaucoup appris: je fais partie de son trio et il a accepté d'intégrer le Murmure de l'Orient. Puis aussi Purbayan Chatterjee, un sitariste indien incroyable, avec qui je collabore sur plusieurs projets donc le Murmure et Slang. Egalement des personnes comme Mamady Keita (jembe, Guinée), Guo gan (erhu, Chine), Cumali Bulduk (saz, Turquie), ect.

  • DJ: pourrais-tu expliquer aux lecteurs en termes simples et non techniques ce qu'est en fin de compte le rajazz, un concept quasi permanent dans ta discographie?

    Manuel: oui, je vais essayer… C'est une forme de théorie musicale personnelle que j'ai développée en mêlant des principes issus de la musique indienne avec une façon de faire plus proche du jazz. Les détails seraient évidemment très techniques. Mais ce que je peux dire, c'est que cette approche théorique me permet de créer des phrases et des vagues de couleurs plus personnelles. Cela me fait aller ailleurs que « là où je connais déjà » et me pousse à explorer des terres musicales nouvelles. In fine, cette idée théorique que j'ai eue sert de prétexte à l'exploration, avant tout. Mais c'est aussi né de la rencontre intérieure entre ma passion pour la musique indienne et pour le jazz. Et puis voilà, cela a fait son chemin. Je peux encore dire que les partitions des "rajazz" ne sont pas des notes et des grilles d'accord comme dans les standards, mais ça ressemble plutôt à des mandalas, avec plein de cercles qui s'entrecoupent. Mais bon…, puisqu'on a dit qu'on évitait les aspects techniques ;-)

  • DJ: sur scène, lorsque tu joueras cet album, allez-vous vous contenter de jouer les titres sans aucune explication ou penses-tu, entre les morceaux, expliquer au public ce qui sous-tend la musique pour faire passer le message (sans en faire pour autant des happenings politiques)?

    Manuel: sur scène, j'ai pour habitude de présenter presque chaque morceau du répertoire en donnant ce que j'appelle une « clé d'écoute » au public. Comme on joue un jazz moderne, allant de ballades abstraites à des morceaux plus free en passant par toute une série de joutes et intégrant aussi de nombreuses couleurs issues d'autres musiques, ces clés d'écoute permettent à l'auditeur de se plonger dans une image, une intention, une émotion claire. Ainsi, avant Austerity, j'explique qu'il s'agit de la vie quotidienne qui part en fumée et qui laisse place au chaos puis à la rage, et du coup le passage plus free du morceau prend tout son sens.

    Même quand ils ne sont pas habitués à ce genre de musique, quand on leur explique pourquoi on fait les choses, les gens ont souvent une attitude plus ouverte. Je fais en tout cas confiance à cette ouverture et à cette démarche. On n'est pas des stars en jazz. Le public est fait de quelques connaisseurs qui viennent souvent et vont voir beaucoup de concerts, puis d'un public de curieux qui s'essaient à ceci et à cela, avec justement cette ouverture. J'ai envie qu'ils ressortent nourris, et je fais donc en sorte de donner ces clés qui permettent à l'émotion de se lâcher dans l'écoute, sans s'arrêter aux formes stylistiques des morceaux.

  • DJ: the shape of things to come : quels sont tes projets à court et à moyen terme en ce qui concerne les concerts avec ce trio et les futurs enregistrements? Est-ce que l'on pourra t'applaudir cette année encore au Jazz Marathon de Bruxelles? Dans quelle formule?

    Manuel: Pour le Marathon, je ne sais pas encore, la programmation n'est pas terminée.

    Mais outre la sortie du CD en trio, j'ai aussi une sortie d'album avec Slang + Purbayan Chatterjee, un sitariste indien qu'on a invité pour un projet à la croisée du rock alternatif, du jazz et de la musique indienne. Le CD sort chez Zig Zag World en avril; et on jouera aux fêtes de la musique à Bruxelles le 20 juin prochain.

    Puis un autre projet, un trio avec deux amis français, Sylvain Darrifourcq à la batterie et Valentin Ceccaldi au violoncelle. Le groupe s'appelle Hermia-Ceccaldi-Darrifourcq: c'est original hein? ;-). Mais à nouveau, c'est une aventure musicale qui nous emmène encore ailleurs, je te laisse découvrir ça via les clips sur YouTube et un CD qui sortira dans le courant de l'année sur Babel Label à Londres.

    Et puis comme il y a beaucoup de projets et de rencontres à honorer, je laisse ceux en gestation comme une surprise pour plus tard. Pour ceux qui le souhaitent, tous ces projet sont en écoute avec des liens vers les videos sur mon site.

Sur Internet


Discographie Sélective de Manuel Hermia

  • 1996 - Fred Wilbaux / Manuel Hermia / Nicolas Thys : Chronaxie, Fred Wilbaux (p), Manuel Hermia (as, ss), Nicolas Thys (b), (Igloo 130) - CD
  • 1999 - L'Esprit du Val, Manuel Hermia (as, ss), Erik Vermeulen (p), Sal La Rocca (b), Bruno Castellucci (dr), (Igloo 145) - CD
  • 2000 - Slang : Los Locos, François Garny (el b) - Manuel Hermia (sax, flûte) - Michel Seba (dr, percussions), (Carbon 7) - CD
  • 2001 - Slang : Save The Chilis, François Garny (el b, chant) - Manuel Hermia (sax, flûte, chant) - Michel Seba (dr, percussions, chant), (Carbon 7) - CD
  • 2005 - Le Murmure de l'Orient, Manuel Hermia (bansuri), Barbara Wiernik (chant), Dhruba Gosh (sarangi), Fabrice Colet (tablas), Michel Seba (udu), (Igloo 182) - 2 CD
  • 2006 - Rajazz, Manuel Hermia (as, ss, flûte), Erik Vermeulen (p), Samuel Gerstmans (b), Lieven Venken (dr), (Igloo 190) - CD
  • 2009 - Slang : Karmasutra, François Garny (el b, chant) - Manuel Hermia (sax, flûte, chant) - Michel Seba (dr, percussions, chant), (Indépendant) - CD
  • 2010 - Manuel Hermia / Manolo Cabras / Joao Lobo : Long Tales and Short Stories, Manuel Hermia (as), Manolo Cabras (b), Joao Lobo (dr), (Igloo 224) - CD
  • 2015 - Manuel Hermia / Manolo Cabras / Joao Lobo : Austerity … And What About Rage?, Manuel Hermia (as), Manolo Cabras (b), Joao Lobo (dr), (Igloo 261) - CD



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