La sélection de Mars 2014






WRaP! (Wiernik-Rassinfosse-Pierre) : Endless


[ Igloo IGL 245 ]



01. Sailor Of Sun (Wiernik, Pierre) - 4:38
02. Like A Summer Rain (Wiernik, Pierre) - 05:53
03. Les 100 Ciels (Wiernik, Pierre) - 06:34
04. Throw It Away (A. Lincoln) - 04:59
05. Jeito Cigano (Marcia Maria, Jean-Louis Rassinfosse) - 06:37
06. Les Tourments Des Amants (Alain Pierre) - 03:13
07. You Always Inspired Me (Wiernik, Pierre) - 04:28
08. The Man I Love (Gershwin) - 05:11
09. Endless (Barbara Wiernik) - 06:44
10. Vie Violence (C. Nougaro, R. Galliano) - 03:57
11. Distance (N. Winstone, G. Venier) - 05:49
Sortie : 13 Janvier 2014

Enregistré en décembre 2012 au Studio Igloo par Daniel Léon

Barbara Wiernik (chant), Jean-Louis Rassinfosse (contrebasse)
Alain Pierre (guitares acoustiques 6 & 12 cordes)




Le triangle est la formule idéale du jazz, celle qui facilite la sublimation de ses fondements tels la liberté d'improviser et l'interaction spontanée. C'est là tout l'art du trio auquel il faut ajouter ici la complémentarité entre trois timbres moins courants que d'autres dans cette configuration : une guitare classique ou à 12 cordes, une contrebasse et la voix de Barbara Wiernik parfois utilisée comme un troisième instrument quand elle vocalise dans la plus pure tradition du scat.

Moins expérimental que ce qu'on pourrait imaginer à l'écoute de certains autres projets impliquant Barbara Wiernik, Endless fait davantage la part belle aux mélodies dont quelques unes, écrites par Alain Pierre, sont tout simplement superbes. Ainsi en est-il de Sailor Of Sun qui ouvre le répertoire avec son texte surréaliste et poétique, son solo de guitare acoustique, et la voix claire de la chanteuse qui se joue des mots et des phrases avec légèreté, évoquant parfois la canadienne Joni Mitchell dans sa période la plus abstraite ayant abouti au disque Hejira. L'influence de la Britannique Norma Winstone, une autre personnalité multiple du jazz tangentiel, est également perceptible et le trio lui emprunte ici le magnifique Distance (paru sur un disque ECM en 2007) dans une version encore plus apaisante que l'originale. On y ressent la même nostalgie tandis qu'Alain Pierre déroule ses arpèges ensorcelants et que Rassinfosse fait gentiment ronfler sa basse, s'accordant au passage un solo chaleureux qui témoigne de sa grande sensibilité.

Entre ces deux plages, il n'y a que du bonheur. Que ce soit sur la reprise Vie Violence, composé par Nougaro et Galliano, sur le standard The Man I Love de Gershwin, sur Jeito Cigano (A La Manière Gitane) du tandem Marcia Maria / Rassinfosse, ou sur les autres titres originaux, Barbara Wiernik, magnifiquement épaulée par ses complices, donne des ailes à sa voix et zappe entre les genres, du jazz à la chanson française en passant par une pop-world chamanique dont le fond est probablement nourri par ses voyages. Mais le répertoire n'est pas seulement éclectique au niveau du choix des compositions, il l'est aussi sur le plan de la langue : si la plupart des chansons sont interprétées en anglais, on en compte aussi deux en français et une en portugais. Et puis, on n'oubliera surtout pas d'omettre le seul instrumental du lot, le classicisant Les Tourments Des Amants joué avec l'agilité et la dextérité d'un Ralph Towner dont l'esprit rôde au-dessus des cordes. Endless, au nom prémonitoire, est un album inépuisable qu'on a envie d'écouter durant une éternité !


Mini-interview d'Alain Pierre, de Barbara Wiernik et de Jean-Louis Rassinfosse

  • DragonJazz: ceci est une mini-interview. On va donc se consacrer uniquement à cet album. Quelle est la spécificité / l'objectif de ce nouveau projet nommé WRaP par rapport à vos autres groupes et activités ?

    Alain: l'idée de ce trio est venue d'abord de l'envie de jouer ensemble, partager nos univers communs mais aussi nos particularités musicales et instrumentales. Nous avons très vite remarqué que nos approches étaient très complémentaires. En travaillant divers standards du jazz, de la pop et de la chanson, on a vite trouvé un son et un langage communs. De là, l'envie de jouer des compositions personnelles s'est présentée sans toutefois en faire une priorité. Le son commun nous a amené à écrire de la musique qui nous colle à la peau, qui transcende la sonorité du trio et qui permet d'imposer une esthétique musicale aussi particulière que rare dans le paysage jazzique belge.

    Jean-Louis: ce projet est différent de par l'instrumentation spécifique et par le son du trio: voix, contrebasse, et guitares nylon et 12 cordes.

  • DJ: l'album comprend une très belle version de Distance, cette formidable chanson interprétée par la chanteuse Norma Winstone sur son disque ECM de 2007. Est-ce un hommage explicite à un style et à un trio qui vous ont directement influencés ?

    Alain: Je laisserai cette question plutôt à Barbara mais je peux dire que le volet acoustique de la maison ECM est une influence majeure, en tous cas pour moi!

    Barbara: Oui, en ce qui me concerne également, ECM est une vraie référence. Mais d'abord et avant tout, c'est Norma Winstone qui est une influence majeure pour moi. J'ai eu la chance de suivre son enseignement lors de deux stages inoubliables à Dublin il y a bien longtemps, et le courant est tellement bien passé à l'époque que j'ai eu l'audace de lui demander si je pouvais venir suivre des cours chez elle. Par bonheur, elle m'a tout de suite répondu très positivement, même si à priori ce n'était pas du tout dans ses habitudes! C'est donc dans le fin fond de l'Angleterre que je me suis rendue à plusieurs reprises pour la rencontrer. J'ai partagé le quotidien de cette grande dame qui a été d'une générosité sans nom à tous points de vue, et certainement du point de vue musical. Une expérience magique, inoubliable, et qui m'a lié à elle à tout jamais. Pour moi, c'est une chanteuse qui a révolutionné le jazz vocal dans son approche tellement innovatrice; elle a ouvert un éventail insoupçonné de différentes facettes vocales, surtout dans le trio Azimuth avec le pianiste John Taylor et le trompettiste Kenny Wheeler. Ses textes sont de vrais poèmes, sa voix a la pureté la plus profonde. Quand je chante, je pense très souvent à elle.

    Jean-Louis: le côté esthétique épuré et mélodique de cette période musicale nous a tous les trois marqué.

  • DJ: Alain, quelles guitares as-tu utilisées sur cet album ? Quelles en sont les marques et les caractéristiques ?

    Alain: j'utilise 2 guitares : une guitare classique fabriquée par Daniel Lesueur, un luthier français. Elle a été faite sur commande d'après mes demandes, notamment au niveau du choix des essences de bois, de la forme de la touche et du pan coupé qui me permet de monter aisément dans l'aigu. L'autre guitare est une Guild de type folk à 12 cordes de 1978. Je l'ai trouvée sur le marché de l'occasion par hasard il y a quelques années et moyennant quelques restaurations, après avoir croupi dans un étui des années, cette guitare revit réellement et commence à donner pleinement ce qu'elle peut donner. Je retrouve le son des vieilles Guild comme on peut les entendre chez Ralph Towner.

  • DJ: comment s'est passée la cohabitation entre guitare acoustique et contrebasse ?

    Alain: elle s'est imposée comme une évidence. Au départ, les sonorités sont déjà complémentaires mais les plus se sont manifestés à travers nos jeux respectifs. Jean-Louis a un son long, rond avec beaucoup d'harmoniques, ce qui enrobe parfaitement les sonorités suaves de la guitare classique ou les sons brillants haut-perchés de la guitare 12 cordes. De plus, son jeu est très polyphonique, il rejoint mon jeu qui est tout aussi polyphonique de par mon utilisation de la technique classique. Si on généralise (heureusement, ce n'est pas que comme ça), les guitaristes de jazz jouent avec un plectre et jouent leurs solos la plupart du temps en single lines et ils sont accompagnés par la contrebasse qui fait des walking bass (en single lines également): donc, on a deux lignes qui dialoguent. Dans notre collaboration, Jean-Louis et moi jouons le plus souvent chacun de façon polyphonique, c'est donc parfois 3, 4 ou 5 voix que l'on peut distinguer sans qu'on ne se marche sur les pieds.
    Ceci dit, même si nous nous sommes découvert très vite cette complémentarité, c'est aussi le résultat d'un travail acharné et régulier au fil des répétitions!

    Jean-Louis: oui, l'osmose entre les sons est bien réelle mais nous avons du adapter notre jeu pour atteindre une complémentarité des notes et une distribution des sons dans l'espace.

  • DJ: Barbara, où et comment as-tu appris l'art du "scat" superbement utilisé sur l'album Endless ?

    Barbara: merci du compliment! C'est un mélange de ce que j'ai appris lors de mes années d'études, de tout ce que j'ai pu emmagasiner à l'écoute des chanteurs et instrumentistes, et bien sûr et surtout toutes les rencontres musicales qui se sont mises sur ma route. Chaque musicien avec qui j'ai eu la chance de jouer m'a ouvert les oreilles, et m'a permis d'aller plus loin dans l'art de l'improvisation. Mais la route est encore longue...!

  • DJ: la plupart des compositions originales sont signées Pierre / Wiernik. Comment les concevez-vous et quelle est la part de chacun dans le processus d'écriture ?

    Alain: j'écris d'abord la musique, j'ai le son du trio en tête ainsi que nos possibilités musicales et instrumentales. Une fois la musique écrite, je la donne à Barbara qui écrit les paroles. Je laisse son imagination s'exprimer; ses ressentis en écoutant la musique l'amènent assez naturellement vers les paroles. Parfois, je lui donne l'une ou l'autre piste, comme pour You Always Inspired Me qui est à l'origine écrit pour mon frère aîné. Une fois les paroles et la musique assemblée, il y a encore le travail en répétition qui nous amène à apporter des modifications mélodiques ou harmoniques pour assurer une bonne cohésion au tout.

    Barbara: oui, c'est notre processus "habituel"! Alain compose la musique, et puis je m'enivre de ses mélodies et harmonies jusqu'à ce que la musique m'évoque des images, des émotions claires, des sensations fortes. Je pars de ces images pour l'écriture et je mets ensuite les mélodies d'Alain en texte.

  • DJ: où et comment s'est déroulé l'enregistrement ? Combien de prises en moyenne pour une chanson ? Êtes-vous satisfaits du mixage et de la production ?

    Jean-Louis: l'enregistrement s'est très bien passé car nous avions effectué le "jazz tour" des Lundis d'Hortense juste avant et nous avons ainsi profité d'être à fond dans cette musique pendant les semaines qui ont précédé le passage en studio.

    Alain: nous avons enregistré au studio Igloo avec Daniel Léon comme ingénieur du son et le guitariste et compositeur Peter Hertmans pour la direction artistique de l'enregistrement et du mixage.
    C'était important pour nous d'avoir une oreille extérieure. Peter est un musicien exceptionnel avec beaucoup de goût, il nous connaît tous les trois très bien puisqu'on joue ensemble dans d'autres projets. Il est aussi très exigeant musicalement et a beaucoup d'expérience en tant qu'ingénieur du son, c'est donc un grand luxe de pouvoir travailler avec lui. Daniel Léon nous connaît également très bien et son expérience et son expertise dans ce domaine ne sont plus à démontrer.
    Quant au nombre de prises, cela dépendait d'un morceau à l'autre. Nous avons aussi parfois changé la direction musicale d'un morceau pendant la session d'enregistrement car ce qui convient pour la scène n'est pas toujours optimal pour un enregistrement. De plus, nous avons enregistré bien plus de morceaux que sur le CD. En tout, nous avions 80 ou 85 minutes de musique. Avec Peter, nous avons donc fait le choix qui nous paraissait le plus judicieux. Au vu de réactions jusqu'à présent, nous sommes confortés dans ce choix.

  • DJ: certaines de vos chansons sont assez accessibles et pourraient plaire, pour autant qu'on les fasse connaître, à un plus vaste public que celui élitiste du jazz. Une tentative de séduction de nos radios nationales n'est-elle pas envisageable / envisagée ?

    Alain: pour moi, le jazz se conjugue au pluriel et les frontières musicales établies par les catalogues et les journalistes sont plus perméables qu'elles ne paraissent. Si on peut dépasser les frontières et les étiquettes, quel bonheur!!!!

    Barbara: mais OUI!!! On ne demande que ça! Nous sommes persuadés que cette musique peut aussi bien plaire aux amateurs de jazz qu'à un public beaucoup plus large.

    Jean-Louis: nous faisons une musique qui vient du coeur et qui parle à tous. Je n'ai pas le sentiment de faire une musique élitiste. Il est vrai qu'une diffusion systématique dans les médias pourrait amener à ce que ces chansons fassent partie du son de notre époque sans à priori. C'est en permettant au public d'écouter la musique plusieurs fois qu'on peut l'inviter à entrer dans notre univers

  • DJ: quels sont vos projets dans l'immédiat en rapport avec le trio WRaP ? Concerts en Belgique et à l'étranger ? Préparation d'un second album ? … Etc.

    Alain: tout d'abord, tourner en Belgique et promouvoir ce premier album. Tourner à l'étranger fait partie aussi de nos buts. Mais nous lorgnons aussi déjà sur de nouveaux morceaux, peut-être feront-ils l'objet d'un second album mais ne brûlons pas les étapes…

    Jean-Louis: les albums sont un jalon dans la vie d'un groupe. La musique est vraiment un art du vent et rien ne peut remplacer la musique vivante, donc nous allons continuer à présenter notre musique en concert.

    Barbara: ils ont tout dit!


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