La Sélection d'Octobre 99




Aka Moon With Ictus



Aka Moon With Ictus :
Invisible Mother


(CARBON 7 C7-038)

Aka Moon : Stéphane Galland (dr), Michel Hatzigeorgiou (el b)
Fabrizio Cassol (as), Fabian Fiorini (piano)

Ictus : George-Elie Octors (chef d'orchestre), Takashi Yamane (cl), Piet Van Bockstal (hautbois, cor)
George van Dam (vln), Igor Semenoff (vln), Paul De Clerck (vln alto), Gery Cambier (b), Jean-Luc Plouvier (p)


01. Part 1 - 09:54
02. Part 2 - 22:03
03. Part 3 - 12:40
04. Part 4 - 09:16
Durée totale : 54'46"

Enregistré au Studio Jet à Bruxelles, le 29 novembre 1998

Toutes les compositions sont de Fabrizio Cassol


Fabrizio Cassol

Son indéniable succès, Aka Moon le doit peut-être à deux constantes de son art. La première est cette filiation qu'on peut lui reconnaître avec les musiques branchées actuelles sans que jamais pourtant le groupe ne puisse être asservi à une quelconque étiquette : ni world, ni rap, ni techno, c'est plus une question d'attitude et d'énergie. La seconde est cette quête mystique qui force Aka Moon à se dépasser continuellement, qui l'emmène sur les routes de l'Inde ou d'Afrique pour apprendre à en maîtriser les rythmes ou qui le pousse à communiquer avec des musiciens d'horizons divers pour stimuler son sens mélodique. A la longue, la musique se nimbe d'une aura spirituelle dont on ne sait trop ce qu'il faut en penser. Mais la surprise est là à chaque fois et, après tout, c'est bien ce qui compte.

Cette fois, référence est faite à l'Inde encore, et aussi à la tradition chinoise par l'intermédiaire du I Ching, le fameux Livre des Mutations dont l'origine se perd dans la nuit des temps. Mais seul l'esprit en a été conservé car la longue pièce composée par Fabrizio Cassol ne laisse paraître aucun exotisme musical. Pour l'interpréter, Aka Moon s'est associé à Ictus, un ensemble de musique contemporaine au large spectre stylistique beaucoup plus proche de l'univers de Magnus Lindberg ou de Steve Reich que de celui du jazz en général. Il en résulte une fois encore cette fameuse dualité entre l'héritage de la musique écrite d'inspiration occidentale et celui de la musique improvisée née de l'autre côté de l'Atlantique. Heureusement, personne ici n'a fait le projet de domestiquer l'autre. Chacun garde son rapport au temps et à l'espace : d'un côté la richesse de la texture et la rigueur de la pensée organisatrice, de l'autre la dynamique et les surprises de la création spontanée. Multiforme apparaît ainsi la dernière œuvre d'Aka Moon.

Le premier mouvement commence par de courtes phrases atonales, mixtures dissonantes de piano et de cordes, évoquant le thème d'un film fantastique imaginaire. C'est l'univers étrange et stylisé d'Ictus qui ne sera rejoint de justesse, dans sa conclusion, que par la basse électrique de Michel Hatzigeorgiou.

Le second mouvement introduit le groupe au complet et Fabrizio Cassol s'y taille la part du lion en improvisant longuement avec cette articulation du phrasé si caractéristique qui en fait désormais sa marque. Derrière, Ictus tient sa place, tendant de toutes ses forces vers ce point de rencontre qu'on lui impose : une polyrythmie complexe qui trouvera son aboutissement ultime dans un solo de batterie de Stéphane Galland surgissant comme un diable de la voûte sonore.

Le troisième mouvement apparaît en comparaison plus serein. Michel Hatzigeorgiou y prend un beau solo de basse électrique dans lequel on perçoit quand même en filigrane quelques accents orientaux. Puis, le mystère s'épaissit avec le saxophone qui s'envole au-dessus des cordes et de quelques accords improbables au piano. Les tonalités s'harmonisent et l'unité de la musique est ici incontestable.

Le quatrième et dernier mouvement est l'incarnation d'un monde intérieur. Méditation et ascension : la musique n'est plus qu'un souffle, une haleine. Quelque chose d'inachevé qui s'étire et s'effiloche avant le retour définitif du silence.

Ce compact, sans doute important sur la trajectoire d'Aka Moon, vous convie à autre chose qu'à une vaine évasion. Le groupe fétiche de Carbon 7 a osé viser très haut et les musiciens comptent maintenant sur vous pour relever la barre d'écoute. Vous n'allez quand même pas les décevoir ?



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