La sélection de Février 2015






Toine Thys Trio : Grizzly


[ Igloo IGL260 ]



01. Don't Fly L.A.N.S.A. - 05:12
02. El Cacique - 06:19
03. Disoriented - 04:40
04. The Fakir And The Lotus - 04:25
05. Midnight Sun - 04:34
06. Afro Electro (Used To Be) - 07:27
07. Grizzly - 04:40
08. The White Diamond - 05:03
09. Fitzcarraldo - 04:14
10. Twin Lotus - 03:42
Sortie : 13 Février 2015

Durée Totale : 50'16"

Toine Thys (compositeur, saxophone soprano, saxophone ténor, clarinette); Arno Krijger (orgue Hammond); Antoine Pierre (batterie)

Enregistré en avril 2014 au Studio Paradis à Rebecq par Maxime Blésin



Chronique

Saxophoniste et clarinettiste confirmé de la scène belge, Toine Thys n'a pas sorti énormément d'albums en studio sous son propre nom. On se souvient du roboratif Duck's Food de 2004 interprété en quartet sans piano et qui fut en son temps disque du mois dans ces pages ainsi que du non moins excellent The End Of Certainty joué cette fois en trio avec orgue et qui date déjà de 2010. C'est dans cette dernière configuration que Thys revient cinq années plus tard avec ce nouvel album intitulé Grizzly. Originaire des Pays-Bas, Arno Krijger affiche toujours présent à l'orgue Hammond tandis que le batteur néerlandais Joost Van Schaik est remplacé par le jeune et talentueux Antoine Pierre fort remarqué ces dernières années aux cotés de Philip Catherine, de Jean-Paul Estiévenart ainsi qu'au sein du LG Jazz Collective.

Dès le premier titre très enlevé Don't Fly L.A.N.S.A. - en référence à la catastrophe aérienne de 1971 de la compagnie péruvienne LANSA relatée dans le film documentaire Les Ailes De L'Espoir de Werner Herzog - , on mesure le chemin parcouru. Le timbre du saxophone est chantant, les phrases circulent avec une fluidité magnifique et les accélérations pleines de vitalité sont foudroyantes. Antoine Pierre assure un dynamisme de feu et, un peu avant la quatrième minute, se fend d'un bref solo dense et précis qui porte la marque des batteurs inventifs. Il faut attendre le morceau suivant, El Cacique, pour entendre Arno Krijger soloter. Loin de l'ordinaire funky généralement associé à l'orgue Hammond, son jeu se concentre sur un phrasé aux couleurs pastel, swingant, expressif et imprévisible, qui le place dans la filiation de Larry Young et de Larry Goldings plutôt que dans celle de Jimmy Smith. Même sur Afro Electro (Used To Be), dont le titre laisse imaginer un mix en surchauffe, l'organiste reste loin du spectaculaire avec une approche en demi-teinte dans un registre sobre qui exhale une ferveur plus discrète mais non moins jubilatoire. On trouvera aussi dans The White Diamond un havre de paix propice à une promenade lyrique tandis que Disoriented, par les sons graves de la clarinette basse, invite davantage à une réflexion méditative. Mais l'un des grands moments du répertoire est le titre éponyme inspiré par le documentaire Grizzly Man de Werner Herzog consacré à l'histoire de cet écologiste qui aimait vivre au milieu des ours avant de se faire dévorer par l'un d'eux. La musique y est cette fois galvanisante, traduisant l'euphorie d'un personnage exalté dans sa folle recherche d'une proximité impossible avec les grizzlis.

Toutes les compositions sont de Toine Thys, ce qui assure une grande cohésion au programme de ce disque subtil d'une grande musicalité, admirablement servi par une prise de son exemplaire, et donc très agréable à écouter.


Interview de Toine Thys

  • DragonJazz: le trio avec orgue semble être un choix auquel tu tiens particulièrement. Peux-tu en donner les raisons et l'historique?

    Toine: c’est un concours de circonstances qui m’a fait choisir un organiste, il y a déjà 8 années maintenant. J’ai alors réalisé le pouvoir de cet instrument, surtout aux mains d'Arno Krijger. Un registre sonore très large, avec une palette de sons modulables à l’infini, qui de surcout se marie très bien avec le son de mon ténor (et de la clarinette basse). La chaleur de cet instrument comme son grand volume sonore me plaisent, et donnent parfois à ce trio la dimension d’un Big Band ! Au fil des années nous avons développé une grande complicité avec Arno, et la venue du Batteur Antoine Pierre nous a semblé à tous les deux d’une grande évidence.

  • DJ: depuis l'excellent The End of Certainty sorti il y a déjà 5 ans, Joost Van Schaik a laissé les fûts à Antoine Pierre. Comment s'est effectué le choix de ce nouveau batteur et quel a été est son apport à ta musique?

    Toine: l’arrivée d'Antoine Pierre a été très logique à un moment où je voulais délaisser les standards de Jazz pour me concentrer sur la composition. Antoine a su très vite donner une belle dimension à ma musique. Son approche est très joueuse (playful) et en même temps très mature. La complicité avec le bassiste/claviériste Arno a été très vite trouvée, et le répertoire à rapidement évolué vers une musique plus rythmique. Tous les deux fonctionnent aussi à merveille en duo (il faut les entendre jouer ensemble!).

  • DJ: comment définirais-tu le jeu très particulier d'Arno Krijger à l'orgue Hammond?

    Toine: je crois qu’une influence majeure d'Arno est l’organiste Larry Young (à écouter : UNITY de Larry Young, avec Joe Henderson, Elvin Jones et Woody Shaw). J’adore le son qu’il sort de son instrument, l’usage bien dosé des effets, et surtout l’énergie assez brute, intense et sans chichis qui l’habite sur scène. Rythmiquement, il est extrêmement solide et tous ses collègues sont interpellés par l’aisance avec laquelle il arrive à gérer la mélodie, les accords et les effets (avec les mains), la basse (avec le pied gauche), et le volume (avec le pied droit), notamment sur des compositions qui ne sont pas toujours faciles.

  • DJ: tu joues de la clarinette au lieu du saxophone sur quelques morceaux. Les compositions sont-elles écrites en fonction de l'instrument qui sera utilisé ou fais tu un choix de l'instrument à postériori sur base de la composition?

    Toine: j’écris pour un instrument, c’est plus efficace. Par exemple, le morceau Disoriented commence par une ligne de basse écrite spécialement pour correspondre au registre de la clarinette basse. Mais il m’est arrivé de faire tout un concert avec un seul instrument (le ténor).

  • DJ: plusieurs titres de ce nouvel album font référence à l'œuvre (films ou documentaires) de Werner Herzog qui semble t'avoir marqué pour l'une ou l'autre raison. Pourquoi lui? Et dans quel sens a-t-il influencé tes compositions?

    Toine: c’est un artiste vidéaste, Bernard Gigounon, qui m’a parlé de Werner Herzog et de ses films. J’en ai visionné beaucoup, et sa vision - comme les choix de ses personnages et sujets - m’a toujours interpellé. Par ailleurs, l’usage qu’il fait de la musique dans ses films est remarquable. Il en tire un effet dramatique inouï. Ce sont ces ambiances et ces récits qui m’habitent et me poussent à écrire des compositions. Si ces musiques sont directement liées aux films et documentaires, elles ne sont pas destinées à être utilisées (ou remplacer) les B.O. existantes! Grizzly est tiré du documentaire Grizzly Man; The White Diamond de White Diamond; Disoriented du film Journey to the End of the World; Don’t Fly LANSA du documentaire Wings of Hope, et Fitzcarraldo de ... Fitzcarraldo.

  • DJ: un titre est intitulé Afro Electro (Used To Be) alors qu'on n'y retrouve pas l'afro-beat incandescent qu'on aurait pu imaginer sous cette dénomination. Est-ce de l'humour ou alors quel est le lien?

    Toine: C’est une composition qui était destinée à être influencée par de l’Afro-Electro (différent de l’Afro Beat), mais qui a évolué vers tout autre chose. J’ai quand même gardé le titre de départ, en y rajoutant Used To Be (qui n’est plus). Si Afro-beat il y a, ce serait plutôt sur le titre Grizzly

  • DJ: la qualité du son et le mixage de l'album sont superbes. Où a-t-il été enregistré et mixé, et par qui? Peux-tu donner quelques détails techniques à ce sujet?

    Toine: nous avons enregistré chez mon ami Maxime Blésin qui est autant ingénieur du son que (excellent) guitariste. J’aime bien son studio situé à la campagne, et le calme qu’on y trouve pour travailler. Pour le mix et le mastering, j’ai fait le choix de Katsuiko Naito, technicien génial qui travaille aux célèbres Studios Avatar à New York. J’ai entendu plusieurs disques sur lesquels il a travaillé et j’ai adoré. Lorsqu’il a entendu la musique, il a tout de suite accepté de travailler avec nous.

  • DJ: vas-tu continuer à développer ta musique en trio avec orgue? Quels sont tes projets pour l'avenir?

    Toine: j’ai plusieurs idées de composition pour ce trio que j’espère pouvoir concrétiser dans les mois à venir. Beaucoup de concerts sont en train de se profiler pour la saison 2015-2016, donc tout cela se présente sous un bon jour. Il est notamment question de faire une tournée en Corée du Sud, avec, entre autre, une rencontre avec des musiciens traditionnels. J’ai par ailleurs bien d’autres projets déjà existants, comme le groupe DERvISH, le spectacle pour enfants La Mélodie Philosophale et l’école pour instruments à vents Les Ventistes du Faso à Ouagadougou, au Burkina Faso (voir les détails sur mon site). Je suis aussi sideman invité sur de nombreux projets qui me tiennent à cœur comme Afrikän Protoköl, Antoine Pierre Group, Alain Pierre Unit, Bounce Trio (France) et bien d’autres encore. J’ai toujours une idée pour un nouveau projet dans ma tête, mais ce n’est pas le lieu ni le moment pour en parler.

  • DJ: ton quartet plus expérimental, Take The Duck, était aussi une belle réussite mais tu sembles l'avoir définitivement abandonné. Reviendras-tu un jour à cette configuration sans piano?

    Toine: j’y pense souvent. Si le groupe Take The Duck est définitivement de l’histoire ancienne, nous gardons un bon contact avec Daniel Noesig (le trompettiste autrichien) et Robert Jukic (le contrebassiste Slovène). Il m’arrive d’aller jouer avec eux dans différents contextes à Vienne ou Ljubliana, ce qui va peut-être déboucher sur autre chose. Mais je ne vois pas Take The Duck comme quelque chose d’expérimental, mais peut-être est-ce qu’on perçoit la musique comme telle en l’absence de piano ou guitare (ou orgue)?

  • DJ: quels concerts sont prévus en Belgique et ailleurs pour célébrer le nouvel album?

    Toine: quatre concerts pour la sortie en février/mars, puis de nombreux à venir :
    27 février: théâtre Marni, à Bruxelles
    28 février: à la Maison de la Culture de Namur, à 20:00 (double soirée avec Raf De Backer en première partie)
    3 mars: au Studio de l’Ermitage à Paris avec Hervé Samb (gt) en invité
    5 mars à la Brasserie de la Sauvenière, 21:00, à Liège + une projection du film WHIPLASH en premiere partie
    24 mai sur la Grand’ Place de Bruxelles pour le Jazz Marathon, à 18:30, avec Karl Jannuska à la batterie
    ... A suivre.


Sur Internet


Discographie Sélective de Toine Thys

  • 2002 - Take The Duck : Resolution, Toine Thys (as), Daniel Nösig (tp), Nicolas Thys (b), Eric Surmenian (b), Eric Van Der Westen (b), Thorsten Grau (dr), (Autoproduction) - CD
  • 2004 - Take The Duck : Duck's Food, Toine Thys (as, ts), Daniel Nösig (tp), Sal La Rocca (b) ou Manolo Cabras (b), Thorsten Grau (dr), (Coco Records) - CD
  • 2006 - Take The Duck : Live At Umit, Toine Thys (as, ts), Daniel Nösig (tp), Robert Jukic (b), Thorsten Grau (dr), (C.S.M. Records) - CD
  • 2006 - Rackham : Juanita K, Toine Thys (ts, clarinette), Laurent Blondiau (tp, bugle), Bart Maris (tp), François Verrue (b), Benjamin Clement (gt), Teun Verbruggen (dr), Sacha Toorop (chant), Delphine Gardin (chant), (RAT Records) - CD
  • 2010 - Toine Thys Trio : The End Of Certainty, Toine Thys (ts, clarinette, clarinette basse, flûte), Arno Krijger (orgue Hammond), Joost Van Schaik (dr), (Bartok Records) - CD
  • 2011 - Rackham : Shoot them All, Toine Thys (ts, cl), Benjamin Clément (gt, lapsteel), Eric Bribosia (claviers, Fender Rhodes, Wurlitzer), Dries Laheye (basse électrique), Steven Cassiers (dr), (Bartok Records) - CD
  • 2015 - Toine Thys Trio : Grizzly, Toine Thys (ts, clarinette, clarinette basse, flûte), Arno Krijger (orgue Hammond), Antoine Pierre (dr), (Igloo) - CD



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