
Enregistré les 23, 24 et 25 juin 2009 au De Werf, Bruges, Belgique. |
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On sait combien Jeroen Van Herzeele est un saxophoniste qui compte. Il a en effet marqué les pages du jazz européen grâce à sa participation active à des projets aussi divers que novateurs qui vont de la fusion (Ode For Joe) aux musiques actuelles (Greetings From Mercury) en passant par le world jazz (Baba Sissoko Ensemble, Al Majmaâ), l’avant-garde (Maak's Spirit) et un jazz contemporain multiforme et ambitieux (Octurn, Ben Sluijs Quartet II). Les disques édités sous son seul nom sont toutefois rares et c’est donc une aubaine de le retrouver aujourd’hui à la tête d’un nouveau chapitre personnel dans lequel il continue de pratiquer la prise de risque sans abandonner pour autant ce profond lyrisme qui caractérise son jeu au ténor. Composée par le pianiste Fabian Fiorini, la « Litanie Van De Heilige Maria » qui ouvre l’album impose une atmosphère d’étrange sérénité avec un saxophone austère à la sonorité pleine qui évolue lentement sur des accords de piano intensément poétiques. La magie opère d’instinct tandis que l’improvisation se fait plus tendue avec un Fiorini aventureux avant que la composition ne s’effiloche graduellement jusqu’à disparaître dans le silence. Grand morceau de musique qui s’impose comme le sommet d'un répertoire qui ne manque pourtant pas de surprises. On sait aussi combien Van Herzeele est inspiré par l’œuvre de John Coltrane (il a notamment collaboré au projet Variations On A Love Supreme de Fabrizio Cassol et Kris Defoort) et c’est avec plaisir qu’on le voit ici s’attaquer à Leo, une des compositions tardives parmi les plus denses du maître qui figurait sur l’album Cosmic Music de 1966. Van Herzeele s’en tire bien en faisant siennes l’urgence et la spiritualité de Coltrane dans une improvisation libertaire bourrée d’énergie créative. Qui joue encore comme ça aujourd’hui à une époque où le jazz devient smooth et se pare de vocalises somptueuses ? L’autre reprise de l’album est As Usual, morceau obsédant de Steve Lacy probablement suggéré par le contrebassiste Jean-Jacques Avenel qui fit autrefois partie du Steve Lacy Sextet et qui l’interprétait déjà sur l’album DAG aux côtés de Sophia Domancich et de Simon Goubert. Sa contribution, en synergie avec la frappe hyper dynamique de Giovanni Barcella, est fantastique tandis que la voix singulière d’Irène Aebi ajoute encore à l'envoûtement de cette musique venue d’ailleurs. Sur ses propres compositions, le saxophoniste témoigne d’un subtil équilibre entre une approche cérébrale et une autre viscérale, allant de l’improvisation organique et ouverte (Song For Xero) à d’autres plus retenues mais tout aussi passionnantes par leur exigence et leur imprévisibilité (Psalm). Da Mo n’est pas un disque qui séduira tout le monde mais les amateurs d’un jazz revigorant, alliant énergie, sincérité et lyrisme à une nécessaire abstraction spirituelle, en seront plus que probablement ravis.
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Discographie sélective de Jeroen Van Herzeele (leader, co-leader ou participant)
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