Le Rock Progressif

Disques Rares, Rééditions, Autres Sélections


Série VI - Volume 8 Volumes : [ 1 ] [ 2 ] [ 3 ] [ 4 ] [ 5 ] [ 6 ] [ 7 ]



Esperanto Rock OrchestraDanse MacabreLast Tango

Esperanto Rock Orchestra (LP A&M Records), Belgique 1973 - Réédition CD (Belle Antique), 2016
Esperanto : Danse Macabre (LP A&M Records), Belgique 1974 - Réédition CD (Belle Antique), 2016
Esperanto : Last Tango (LP A&M Records), Belgique 1975 - Réédition CD (Belle Antique), 2016


D'une certaine manière, l'histoire d'Esperanto débute en 1969 à Londres… Quatre musiciens belges réalisent un rêve. Ils enregistrent leur premier album dans le studio d'Abbey Road, studio mythique s'il en est, là où les Beatles ont gravé entre 1962 et 1969 leurs titres les plus marquants. La référence ne s'arrête pas là puisque le final du plus grand succès du groupe Daydream fait immanquablement penser à Hey Jude, un des titres les plus emblématiques des Beatles, enregistré dans ce même studio un an avant.

En 1969, Wallace Collection n'est pas encore le nom du groupe. A leur arrivée à Londres, le groupe se nomme 16th Century et c'est sur proposition de leur producteur que le groupe sera baptisé Wallace Collection, le nom d'un musée situé non loin du studio, musée qui contient un grand nombre de toiles des grands maîtres flamands de la peinture classique. Wallace Collection, un nom qui associerait en quelque sorte les grands peintres flamands avec un groupe belge classico-rock. L'idée séduit.

Les quatre musiciens qui réalisent leur rêve sont : Christian Janssens (basse), Sylvain Vanholme (guitare solo), Jacques Namotte, Raymond Vincent (violon), Marc Hérouet (piano), Freddy Nieuland (batterie). Raymond Vincent et Jacques Namotte ne sont pas à l'origine du groupe. C'est une idée de Sylvain Vanholme de combiner le jazz, la pop music et le classique dans une formation unique. L'idée est porteuse et fera les beaux jours de nombreux groupes dont le plus célèbre n'est autre que Electric Light Orchestra. Mais de cela on en reparlera !

Mais qui est Raymond Vincent ? Musicien de formation classique puisqu'à 17 ans, il remporte le premier prix de Conservatoire de Bruxelles pour occuper ensuite le pupitre de premier violon de l'Orchestre national de Belgique. Sa première expérience semi pop-classique se concrétisera par un simple sorti sous le nom de Stradivarius et pour lequel il s'est adjoint les services de Jacques Namotte au violoncelle. La base musicale de Wallace Collection est ainsi constituée et l'aventure du groupe peut alors débuter.

Lancé par le succès de Daydream, un des 14 titres originaux de l'album Laughing Cavalier, Wallace Collection connaîtra à la fois le succès et des fortunes diverses. De toute évidence, le groupe est certainement un des groupes pop belges qui connut la plus grande renommée hors frontières. Le succès de Daydream ne doit toutefois pas occulter l'originalité du groupe et son approche à la fois classique et novatrice dans le contexte musical des années 70. Mais parfois plus apparenté à la variété et à la pop music dans le sens populaire du terme, Wallace Collection n'a pas pu véritablement construire une carrière cohérente à la hauteur des ambitions musicales que portaient ses membres, et plus particulièrement Raymond Vincent. Ce dernier est conscient dès la fin des années 70 que la fin de Wallace Collection est inéluctable... Et des nouveaux projets, il en a plein la tête : un album solo ou un nouveau groupe d'une autre envergure que Wallace Collection.

C'est ainsi que naît Esperanto. Au départ, c'est avec Bruno Libert que Raymond Vincent entreprend de constituer le groupe. Bruno Libert a une formation de musicologue. Il est impliqué dans divers projets, notamment comme directeur musical pour différentes productions théâtrales. Il adhère au projet qui se veut ambitieux associant des musiciens de divers horizons, origines, influences et nationalités. C'est sans doute une des raisons qui ont motivé le choix du nom du groupe qui se réfère à une langue, l'esperanto, créée de toutes pièces en 1887 avec l'ambition, sans doute utopique, de devenir un outil de communication transcendant les frontières et les barrières.

Les premiers à intégrer le groupe sont deux musiciens d'origine italienne vivant en Belgique. Il s'agit des frères Malisan qu'on retrouve respectivement à la batterie et la basse au sein d'Esperanto, et ce, durant toute la carrière du groupe. Pour compléter le line-up, Raymond Vincent et Bruno Libert font appel à celui qui a contribué à lancer la carrière de Wallace Collection au sein du label EMI, à savoir David Mac Kay. C'est ainsi que Glenn Shorrock, un chanteur australien vivant à Londres est très vite impliqué dans le projet. C'est lui qui organise un rendez-vous avec le trio de choristes de Cliff Richard. Un autre Australien se joindra au groupe en même temps qu'une section de cordes susceptible d'apporter une sonorité plus moderne à la formation naissante. Ainsi, Godfroy Salmon (violon), Tony Harris (violon alto) et Timothy Kraemer (violoncelle) complètent ce qui sera la première mouture d'Esperanto.

C'est en 1973 que le premier album du groupe, Esperanto Rock Orchestra, voit le jour sur le label A&M. Le deuxième album du groupe avec Keith Christmas au chant en remplacement de Glenn Shorrock, rentré entretemps en Australie, sort un an plus tard. Le dernier album du groupe paraîtra en 1975 sous le titre évocateur de Last Tango. Pour cette dernière, production, le personnel a considérablement évolué. Keith Christmas est remplacé par Roger Meakin. Son timbre vocal particulier soutenu par la voix puissante de la chanteuse Kim Moore apporte beaucoup au groupe. L'enregistrement du troisième album aura lieu en partie à Londres et en partie en France, au célèbre château d'Hérouville où enregistrèrent Jethro Tull, Elton John et bien d'autres. Que peut-on dire des trois albums produits par Esperanto ?

Esperanto Rock Orchestra

Le premier album d'Esperanto n'atteint pas encore la dimension progressiste que prendra ultérieurement le groupe. Ce dernier semble encore se chercher. Ainsi, l'introduction et les passages instrumentaux de Perhaps One Day tranchent nettement, dans leur inspiration, avec les parties chantées. L'album est plus vocal qu'instrumental et une identité sonore ne s'affirme que peu à peu tout au long de ses huit titres. Ainsi, il faut attendre les trois derniers morceaux pour se convaincre qu'Esperanto a de l'originalité et de l'inventivité à revendre.

Danse Macabre

Le titre Danse Macabre renvoie au poème symphonique composé en 1874 par Camille Saint Saëns d'après le poème d'Henri Cazalis. Le premier titre dû à la plume de Bruno Libert et Raymond Vincent est un instrumental alternant passages dominés par les cordes ou supportés par les claviers. Les variations sont nombreuses et oscillent entre musique classique et musique psychédélique. Après une balade aux accents légèrement folk, l'album prend tout sa dimension avec les quatre titres suivants : The Duel, The Cloister, The Decision et The Prisonner, ce dernier se targuant d'un final somptueux. Bref, du rock progressif de haute facture marqué par des thèmes instrumentaux puissants aux accents tantôt avant-gardistes, tantôt classiques, voire vaguement grégoriens, ce qui n'exclut pas quelques passages aux réminiscences rock affirmées. C'est en cela qu'Esperanto ne peut se comparer à nul autre groupe du genre. L'album se ponctue par un arrangement époustouflant du thème de Camille Saint Saëns. Pour l'anecdote, on retiendra que le 33 tours est sorti en France sans le morceau Danse Macabre, les ayants droit de Saint-Saëns refusant de donner leur accord à sa publication.

Last Tango

L'album débute par une version de Eleanor Rugby aussi étonnante que brillante. Du tout grand art qui sublime la composition de Lennon-Mc Cartney. Cela commence très fort. On sent cette fois que le groupe a trouvé un équilibre. Sous une forme plus ramassée de huit membres, jamais Esperanto n'a pris cette dimension. On tient là l'album indispensable du groupe que tout amateur de prog devrait avoir au moins écouté une fois dans sa vie. Il n'est qu'à écouter le sublime The Rape, dont le final est d'une intensité dramatique incomparable, ou l'irrésistible Last Tango, un véritable hit en puissance ! Et c'est pourtant dès la sortie de l'album Last Tango que le label A&M ne renouvelle pas le contrat du groupe qui se trouve ainsi du jour au lendemain plongé dans le doute et les difficultés. Cet ultime épisode aura raison de la carrière d'Esperanto et mettra fin à une aventure musicale peu commune associant autour d'un projet à l'originalité indéniable pour l'époque des musiciens provenant de contrées aussi diverses que la Belgique, l'Angleterre, l'Italie, la Nouvelle Zélande et Hawaï.

On conclura par ces quelques lignes qu'on doit à Gilles Arend du magazine Pro-résiste écrites à l'occasion de la réédition des trois albums d'Esperanto par le label sud-coréen Si-Wan Record :
"Esperanto […], laiss[e] […] en héritage trois magnifiques albums, tous différents et aux qualités indéniables.. […]. D'aucuns comparèrent Esperanto à un groupe comme ELO [Electric Light Orchestra], à cause des deux violons et du violoncelle, mais force est de reconnaître que le propos musical d'Esperanto est autrement plus varié et plus inventif, et qu'il plonge ses racines dans de multiples influences, à l'image des nombreux protagonistes du projet."

Quant à nous, nous pouvons affirmer qu'il est d'utilité publique, notamment pour ceux qui, comme moi, ont pu parfois penser que la Belgique n'a pas vu naître des groupes qui ont réellement marqué l'histoire du rock progressif, de rendre hommage à des musiciens tels que Raymond Vincent et Bruno Libert tout comme aux membres successifs du groupe Wallace Collection sans lequel l'aventure d'Esperanto n'aurait sans doute pas vu le jour.

[ Chronique de Albert Maurice Drion ]

[ Esperanto Rock Orchestra (CD & MP3) ] [ Danse Macabre (CD / Vinyle) ] [ Danse Macabre et Last Tango (2 LP on 1 CD) ] [ Last Tango (CD) ]
[ A écouter : Esperanto Rock Orchestra (Full Album) - Danse Macabre (Full Album) - Last Tango (Full Album) ]




The Story Of IOut In The SunPatrick Moraz

Patrick Moraz : The Story Of I (Charisma), Suisse 1976 - Réédition CD (Esoteric Reordings), 2019
Patrick Moraz : Out In The Sun (Charisma), Suisse 1977 - Réédition CD (Esoteric Recordings), 2019
Patrick Moraz : Patrick Moraz (Charisma), Suisse 1978 - Réédition CD (Esoteric Recordings), 2019


Après avoir contribué au succès de l’album Relayer de Yes en 1974, le Suisse Patrick Moraz s’est lancé dans une carrière en solo, produisant des albums dont la musique complexe combine le rock progressiste à des influences sud-américaines. Aidé par quelques pointures de la fusion comme le bassiste Jef Berlin et le batteur Alphonse Mouzon (ou Andy Newmark) plus une ribambelle de percussionnistes latins, Le claviériste séduit par sa musicalité et sa créativité même si le résultat n’a plus grand chose à voir avec le prog symphonique du Yes des 70's.

Ses trois premiers disques sont aujourd'hui réédités par Esoteric Recordings dans des versions remastérisées et augmentées par quelques pistes bonus enregistrées à la même époque que les albums : The Story Of I (1976), Out In The Sun (1977) et Patrick Moraz (1978).

Dans un style similaire, les trois disques valent bien la peine d’être explorés, ne serait-ce que pour le jeu virtuose de l’un des plus grands claviéristes du rock des seventies qui, en plus, s’avère ici être un excellent compositeur. Sinon, les disques 1 et 3 sont à mon avis d’un niveau supérieur au second plus pop et tropical par nature.

[ The Story of I (Esoteric Recordings) (CD / Digital) ] [ Out in the Sun (Esoteric Recordings) (CD / Digital) ] [ Patrick Moraz (Esoteric Recordings) (CD / Digital) ]
[ A écouter : Impact / Warmer Hands / The Storm / Cachaça (1976) - Time For A Change (1977) - Patrick Moraz (1978) (Full Album) ]



Zabriskii Semistereo : Zabriskii (Freia Music), Pays-Bas, 4 Avril 2019

1. Last Part Of The Trail - 2. Leap Into Flames (05:31) - 3. Crooked Teeth Necklace - 4. A Tale Of Ravenous Longing - 5. Tide - 6. Wreckage - 7. Lethargic - 8. South Of Sobriety Street

Paul Glandorf (chant); Martijn Weyburg (guitares, claviers); Frank Weijers (guitares); Max Mastrangeli (basse); Marcel van de Graaf (drums)

Après l'excellent Trans Earth Injection sorti à l'hiver 2017, Semistereo propose pour la quatrième fois un répertoire de chansons situées à la frontière de plusieurs styles : rock alternatif, post-rock et, dans une moindre mesure, prog-métal mais en plus mélodique et sans la technicité qui accompagne généralement ce genre de musique. Originaire d'Amsterdam, ce groupe s'est affirmé au fil des ans comme un entité originale tandis que le recrutement du nouveau chanteur Paul Glandorf lui a permis de franchir la barre de médiocrité en dessous de laquelle végètent beaucoup de groupes similaires. Zabriskii sonne plus heavy que son prédécesseur avec des passages franchement lourds et hypnotiques qui évoquent parfois Russian Circles avec un son organique et un peu sale volontairement préservé à l'enregistrement et au mixage (par Guido Aalbers : the Gathering, Muse), ce qui les éloigne un peu plus de la musique prog.

Ma sélection personnelle retient l'étrange Crooked Teeth Necklace avec ses accords de guitare produisant des murs de sons et ses variations d'atmosphère et, surtout, South Of Sobriety Street qui clôture l'album de façon magistrale dans un crescendo typique des ambiances post-rock.

Conçue par Kenk de Rooij (Hollanddrive), la pochette montre un splendide papillon en difficulté, en partie détruit par une vent de poussière noire. Le lien est fait avec la musique en ce qu'elle présente des mélodies attrayantes éventuellement noyées dans des vagues sonores qui les détruisent partiellement. Ce concept est aussi relayé par le titre Zabriskii qui fait référence à une vallée célèbre (celle du film Zabriskie Point) dont la beauté naturelle est en contradiction avec les conditions extrêmes et la désolation de la Death Valley où elle est située.

Trans Earth Injection, qui me fit découvrir Semistereo, était pour moi une belle réussite. Avec cet album, le groupe réajuste sa musique à laquelle il donne une impulsion différente, moins rêveuse, moins prog et plus lourde. L'avenir dira s'il a pris la bonne bifurcation.

[ Zabriskii (CD) ] [ Zabriskii sur Bandcamp ]
[ A écouter : Leap Into Flames - A Tale Of Ravenous Longing ]



Logica Inventions : Logica (FREIA Music), Pays-Bas, 15 Avril 2019

1. Platonics (2:30) - 2. Logica (15:25) - 3. Mind of God (5:04) - 4. Beholder's Eye (7:01) - 5. Three Worlds, Three Mysteries (5:43) - 6. Citadels (5:12) - 7. The Sum of All Things (13:19)

Christiaan Bruin (tous les instruments, chant); Theo Travis (sax soprano, sax ténor, flûte); DOT Quartet (cordes); Andy Rowe (narration)

On a déjà dit dans ces pages tout le bien qu'on pensait de Curiosity, l'album précédent d'Inventions sorti en janvier 2018 (retenu dans la sélection prog de l'année dernière). C'est donc une bonne nouvelle de retrouver le multi-instrumentiste et chanteur néerlandais Christiaan Bruin (batteur pour Sky Architect et claviériste pour Nine Stones Close) aux commandes de cette nouvelle production, la troisième dans la série des Inventions.

Il s'agit cette fois d'une œuvre conceptuelle dont le thème s'attache, dans une perspective philosophique, à considérer le langage en tant que système symbolique pouvant être décrit par des notions de logique et à se poser des questions en rapport avec ce postulat. Celle développée dans le dernier titre, The Sum Of All Things, est particulièrement stimulante : si on découvrait un jour que notre univers en tant que réalité physique n'était qu'une vaste structure mathématique, ne serait-il pas normal que notre mode de pensée soit lui aussi de nature mathématique ? On aura compris que ce sujet particulièrement ambitieux est aussi élitiste en ce qu'il ne passionnera pas nécessairement la majorité des gens mais, après tout, n'est-ce pas là une des caractéristiques du rock progressiste qui s'est toujours montré plus intéressé par des thèmes réflectifs que par les amourettes ?

Pour accompagner ses ruminations, Christiaan Bruin a composé une musique obéissant elle aussi à une logique prédéfinie par certaines règles musicales qu'on évitera de détailler ici. Pas d'inquiétude toutefois : les arrangements symphoniques et les mélodies sont entièrement accessibles à tout un chacun. Certains morceaux incluent des textes récités par-dessus la musique qui sont indispensables à la compréhension du concept mais ces passages narratifs bien intégrés ne nuisent pas à l'écoute de l'ensemble où abondent aussi des interludes musicaux parfois relevés par des improvisations du leader ou de Théo Travis à la flûte ou au saxophone (grandiose sur le titre éponyme). L'ensemble coule plutôt paisiblement en distillant une part de mystère tandis que la production n'est pas sans rappeler les enregistrements analogiques des 70's.

A l'instar du précédent, ce nouvel album est emballé dans une pochette splendide décorée par une peinture de Marcus Spriger. Intitulé "vestiges archaïques de la psyché humaine", ce tableau aux teints pâles qui mêle dans une perspective moderne symboles antiques, représentations humaines et figures géométriques apparaît particulièrement bien en phase avec le thème de l'album.

Logica est une production exigeante et non formatée qui révèle le caractère éclectique de son concepteur et sa facilité à organiser une musique attachante autour d'idées profondément originales. Recommandé !

[ Logica (Digital) ] [ Logica sur Bandcamp ]
[ A écouter : Logica (Trailer) ]



The Last Chance Monnaie De Singe : The Last Chance (Indépendant), France, 24 Mars 2018

1. IAM (6:37) - 2. Seven Billions Dreams (5:25) - 3. Emergency (7:18) - 4. Earth (6:15) - 5. The Last Chance (6:47) - 6. Not Under Fifty (5:38) - 7. December 3003 (2:42) - 8. Magic Three (4:47) - 9. My Lucky Star (5:37) - 10. Happy Birthday (5:58)

Anne-Gaëlle Rumin-Montil (chant), Christophe Laporte (guitare), Jean-Philippe Moncanis (guitare), Philippe Chavaroche (claviers), Serge Combettes (basse), Eric Farges (drums), Philippe Glayat (chant sur 6)

Un album inspiré par l'état environnemental de notre planète mérite certainement toute notre attention. Celui du groupe français Monnaie De Singe greffe ces préoccupations sur un récit futuriste dans lequel des astronautes entreprennent un long voyage de la dernière chance en quête d'une nouvelle planète (à polluer ?). Une histoire somme toute assez classique racontée en dix chansons. Les premières consacrées à l'état de pollution de la Terre interpellent avec des mots qui font mouche en évoquant de terribles images pourtant devenues banales : "Rowing your boat down the river, In a litter of waste paper, Taking a bath in plastic bags, don't take any photograph" (Conduire son bateau sur la rivière, Dans une litière de déchets, Se baigner dans les sacs en plastique, ne pas prendre de photographie).

Dans un style néo-prog moderne mâtiné de post-rock, chanté en anglais sur tous les titres sauf un par Anne-Gaëlle Rumin-Montil, la musique est globalement sobre et tempérée avec quelques accents nostalgiques imposés par le thème de l'album. Sans être trop apparents, les claviers de Philippe Chavaroche enrichissent les textures avec discrétion en laissant beaucoup d'espace aux deux guitaristes, Christophe Laporte et Jean-Philippe Moncanis, très présents dans les accompagnements mais qui en profitent aussi pour lâcher quelques belles envolées. C'est le cas par exemple sur The Last Chance où les six-cordes prennent le relai des dernières paroles ou sur Happy Birthday quand elles ensemencent la grande finale instrumentale qu'on aurait souhaité un peu plus longue.

Not Under Fifty, chanté par Philippe Glayat un peu dans le style de Steven Wilson, laisse entendre encore plus qu'ailleurs l'influence de Porcupine Tree sur MDS, musique un peu triste et texte introverti à l'appui. Il y a une sorte de poésie désabusée qui transparaît en filigrane dans ces chansons toutes ciselées avec art. On épinglera d'ailleurs en passant le rôle essentiel d'une rythmique très efficace capable de souligner avec brio les passages de rumination et d'exploser à d'autres moments clés en éruptions aussi telluriques qu'inattendues.

Certes, la production, en soi très correcte, aurait pu être à mon sens un peu plus nerveuse où, si l'on veut, plus claire et dynamique mais ça n'empêche pas The Last Chance de sonner quand même comme une œuvre aboutie (apparemment, c'est déjà le cinquième album de ce groupe auvergnat). En tous cas, ceux qui apprécient Porcupine Tree, Blackfield ou les derniers albums plus pop-rock de Riverside, trouveront ici une musique inspirée qui affiche des qualités similaires. A découvrir !

[ The Last Chance (CD & MP3) ]
[ A écouter : IAM - December 3003 ]



Il Mostro Di Firenze Una Stagione all'Inferno : Il Mostro Di Firenze (Black Widow Records), Italie, 2018

1. Novilunio (7:50) - 2. La Ballata Di Firenze (6:15) - 3. Nella Notte (5:18) - 4. Lettera Anonima (5:32) - 5. Interludio Macabro (1:44) - 6. L'Enigma Dei Dannati (4:57) - 7) Serial Killer Rock (4:10) - 8. Il Dottore (6:00) - 9. Plenilunio (10:13)

Fabio Nicolazzo (chant, guitare électrique & acoustique); Laura Menighetti (chant, piano, synthés, orgue Hammond); Roberto Tiranti (chœurs, basse); Pier Gonella (guitare); Marco Biggi (batterie); Paolo Firpo (sax soprano, Akai Ewi); Kim Schiffo (violoncelle); Laura Sillitti (violon); Daniele Guerci (violon alto)

Il Mostro Di FirenzeFondé en 1997 par Fabio Nicolazzo et Laura Menighetti, Una Stagione all'Inferno (une saison en enfer) est l'auteur de ce concept album intitulé « Le Monstre De Florence » consacré à un fait divers horrible : l'assassinat en série, entre 1968 et 1985 dans les environs de Florence, de 8 couples dont l'auteur n'a jamais été retrouvé. Ce rock symphonique, dont les textures sont renforcées par un trio à cordes, est largement influencé par la musique classique. En plus de la section rythmique, le groupe comprend également un saxophoniste et un guitariste tandis que l'orgue Hammond est joué par la chanteuse Laura Menighetti. Ainsi, avec neuf musiciens à bord, les orchestrations apparaissent particulièrement bien étoffées.

A plusieurs endroits, des sections narratives et des bruitages divers (cris d'une chouette, voiture, grillons, hurlements des victimes, émissions radiophoniques, pluie...) mettent l'auditeur dans l'ambiance sombre et mystérieuse de ce récit horrifique, ce qui procure un côté cinématographique à l'oeuvre. On pense d'ailleurs parfois à Goblin qui composa de superbes bandes originales pour des films italiens de genre (giallo) tels ceux réalisés par Dario Argento. Sinon, l'auditeur trouvera au fil des plages quelques belles mélodies souvent déclinées au piano, encore que la plupart du temps, elles se dissolvent dans des passages plus aventureux ou plus angulaires qui entretiennent un certain malaise.

Même si les effets sont parfois un peu trop envahissants et si les harmonies vocales entre les deux voix, maculine et féminine, auraient pu être un peu plus élaborées, Il Mostro Di Firenze est un album qu'on suit avec intérêt (pour autant bien sûr qu'on comprenne un minimum d'italien) et dont on peut certainement recommander l'écoute. D'ailleurs, Louis de Ny (auteur du Petit Monde du Rock Progressif Italien et de sa séquelle) l'a classé dans sa sélection des 5 meilleurs disques de 2018 et, croyez-moi, en Prog italien, il s'y connaît !

[ Il Mostro Di Firenze (CD & MP3) ]
[ A écouter : Novilunio - Plenilunio ]



In Flight Damanek : In Flight (Giant Electric Pea), UK, 5 Octobre 2018

1. Ragusa (5:17) - 2. Skyboat (5:47) - 3. The Crawler (8:50) - 4. Moon-Catcher (Heaven Song Part 2) (4:38) - 5. The Crossing (7:10) - 6. Big Eastern Part 1 - Cruel Skies (12:02) - 7. Big Eastern Part 2 - The Shaking Earth (10:35) - 8. Big Eastern Part 3 - A Life In Chinatown (7:04)

Guy Manning (chant, claviers, bouzouki, mandoline, guitare ac., basse, percussions); Marek Arnold (sax, SeaBoard); Sean Timms (claviers, guitare); Daniel Mash (basse) + Invités

Damanek n'est pas un groupe des plus connus mais son leader, Guy Manning, a en revanche une longue histoire discographique derrière lui. Avec ce nouveau projet, il ajoute deux albums intitulés On Track et In Flight sortis respectivement en 2017 et 2018. Comme d'habitude chez Manning, la voix est chaleureuse et la musique sophistiquée mais élégante (même quand l'ambiance est plus sombre comme sur The Crawler), mélodique et ornementée de passages instrumentaux où brillent plus d'une fois le saxophone soprano de Marek Arnold, les claviers de Sean Timms (Unitopia, Southern Empire) et la guitare de Luke Machin en invité.

Avec ses tonalités chinoises évoquant la bande originale du film Tigre et Dragon, la suite Big Eastern qui clôture In Flight est une composition inspirée qui compte parmi ce que Manning a enregistré de meilleur. Mais le disque entier est ciselé avec soin, Manning accordant la priorité aux oeuvres en studio au détriment des concerts (un choix dicté par des raisons financières mais aussi par le fait que deux membres du groupe habitent en Australie et que les nombreux musiciens invités sur l'album ne sont pas toujours disponibles.)

Les textes sont variés et bien écrits et la pochette de In Flight, qui illustre un des thèmes de l'album, est agréable à regarder. Si vous appréciez les premiers disques de Jethro Tull (période Benefit) et ceux de The Tangent mais avec, en plus, une touche folk à la Roy Harper / Richard Thompson / Steve Thorne, Damanek ne vous décevra probablement pas.

[ In Flight (CD & MP3) ] [ On Track (CD & MP3) ]
[ A écouter : Ragusa - The Cosmic Score (album On Track) - Long Time, Shadow Falls (album On Track) ]



Another Live (UK)

Another Live (USA)
Todd Rundgren's Utopia : Another Live (Bearsville), USA, 1975

1. Another life (7:07) - 2. The wheel (6:59) - 3. The seven rays (8:46) - 4. Intro/Mister Triscuits (5:24) - 5. Something's coming (2:49) - 6. Heavy metal kids (4:14) - 7. Do ya (4:09) - 8. Just one victory (5:17)

Todd Rundgren (chant, guitare); « Moogy » Klingman (harmonica, synthétiseur, vibraphone, claviers, chant); Ralph Schuckett (basse, accordéon, claviers, chant); Roger Powell (synthétiseur Moog, trompette, claviers, chant); John Siegler (basse, violoncelle, chant); John « Willie » Wilcox (drums) + 3 choristes


Deux mois après un autre chef d'œuvre de Todd Rundgren, Initiation, sort ce live extraordinairement oublié et composé en grande partie de matériel neuf, enregistré dans divers concerts new-yorkais, sous deux pochettes, l'une anglaise avec la BD et l'autre américaine.

Ces nouveaux morceaux enregistrés live démarrent sur les chapeaux de roues avec le titre éponyme et sa trompette jouée par Roger Powell (nouveau musicien chez Todd et inventeur du synthé bandoulière) : ce morceau en intro est bien enlevé et nous met dans l'ambiance, ça va être fort...

Guitare sèche et ballade acoustique pour The Wheel, magnifié par la voix de Todd, rehaussé par l'accordéon de Ralph Schuckett. S'y rajoutent la trompette de Powell, l'harmonica superbe de Moogy Klingman et même du xylophone : ces gars sont de merveilleux instrumentistes et, qui plus est, inspirés. Vous l'avez compris, voilà un petit joyau de plus.

Seven Rays est une belle pièce de prog devenue un classique de Todd. Tout est parfait : ligne mélodique imparable, solos majestueux de guitare par Rundgren et de synthé par Powell. Le titre provient du livre "Traité des Feux Cosmiques" qui inspira Todd pour la longue suite du même nom dans Initiation (qui, avec plus d'une heure, était à l'époque l'album de rock le plus long). La guitare flamboyante et la voix unique font merveille. Le tout sur un rythme simple emmené par Wilcox (découvert par Todd après les sessions de War Babies de Hall & Oates qu'il produisit.)

Intro/Mister Triscuit, nous envoie très haut dans le ciel avec un duel de nos deux sorciers musiciens, Todd et Roger : je saute et sors de mes chaussures quand je l'entends. Les textes comme le reste de l'album sont métaphysiques (voir Hermès Trismégiste pour les plus curieux). La conversation entre claviers et guitare vous donne des fourmis dans les jambes. Ce morceau réapparaîtra quelques années plus tard dans l'album solo (un peu décevant) de Powell Air Pocket. Du chaos apparent surgissent des lignes mélodiques Moog/guitare d'une pureté et d'une évidence inimaginables. Todd à l'époque se produisait dans d'immenses stades en tant que sauveur du Rock'n'Roll. Ce morceau est vraiment brillant et me colle la chair de poule à chaque fois que je l'entends.

La reprise de Something's Coming de Bernstein, le compositeur de la bande du film West Side Story, est bien vue dans sa réécriture avec ses solos de guitare magnifiés par la profusion des claviers et toujours cette voix de Todd... La Voix !

Heavy Métal Kids, morceau classique et très rock, écrit par Todd pour les stades, montre un groupe vraiment soudé et qui fait bloc derrière son mentor.

Do Ya des Move, morceau composé par un autre sorcier nommé Jeff Lynne (avant qu'il ne parte créer ELO dont la reprise de Do Ya fut un succès), vous donne encore l'envie de danser, même si vous êtes tout seul ! Wood, Lynne et les Move avaient en réponse repris une excellente chanson de Todd : Open My Eyes.

L'album se conclut, comme tous les concerts de Rundgren à l'époque, avec un splendide Just One Victory incluant une débauche de chœurs et d'harmonies vocales.

Encore un immense disque du sieur Todd dont la musique, comme toutes celles de qualité, semble intemporelle, inusable et inoxydable. Merci Monsieur Rundgren !

[ Chronique de Dan Lormes ]

[ Another Live (CD, MP3, Vinyle) ]
[ A écouter : Another Live (Album complet) ]



Initiation Todd Rundgren : Initiation (Bearsville), USA, 1975

1. Real Man (4:25) - 2. Born to Synthesize (3:40) - 3. The Death of Rock and Roll (3:48) - 4. Eastern Intrigue (5:06) - 5. Initiation (7:05) - 6. Fair Warning (8:07) - 7. A Treatise on Cosmic Fire (36:00)

Todd Rundgren (chant, guitare, sitar, piano); « Moogy » Klingman (synthétiseur, claviers); Ralph Schuckett (clavinet); Roger Powell (synthétiseur Moog, claviers, flûte); John Siegler (basse); John « Willie » Wilcox (batterie)


Avec 67 minutes de musique, ce chef d'œuvre de Todd Rungren avait battu, à l'époque, le record de durée pour un 33 tours. A noter que la pochette, inspirée de l'homme de Vitruve, est réalisée et mise en couleur par Todd en personne.

Dès les premières notes de synthé, on reconnaît la patte du maître avec Real Man, devenu un hymne classique de Todd, avec des textes relatant la plénitude humaine qu'il chante avec ce ton de voix si unique. La ligne mélodique toujours si évidente chez TR est épurée et de toute beauté.

Le texte ésotérique de Born To Synthesize, caractérisé par une belle prise de risque, est chanté a cappella avec quelques effets et échos de Powell. Soit 3'41 sans accompagnement musical : encore une performance qui sonne très bien !

Enchaînement avec The Death Of Rock'n'Roll. Toujours la magnifique griffe de Todd, enluminée par quelques guitares bien flamboyantes, un morceau plein de distorsion (mais toujours mélodique avec TR) et des chorus de folie délivrés par le maestro. Les paroles nous font comprendre que Todd est bien fâché avec le show bizz et les médias. Il défend sa musique et nous dit sa désaffection pour les journalistes et critiques musicaux.

Avec Eastern Intrigue, le tempo se calme et la musique s'apaise, une douceur relevée par des mélodies encore une fois imparables, le tout enrichi de splendides chœurs. Le texte est envoûtant à propos de la magie mystérieuse de l'Orient. La voix de Todd (une des plus belles de la sphère rock) passe par tous les registres et les tessitures… Magique !!

Avec Initiation, titre éponyme de l'album, les rythmes s'accélèrent pour un moment encore fort. Il s'agit d'un récit initiatique et ésotérique. Nous écoutons de magnifiques échanges de chorus enflammés entre Todd et Powell sur ses synthés, celui qui deviendra le claviériste attitré de la formation Utopia. La ligne vocale est de nouveau imparable : on peut la chanter dans sa salle de bain ! A noter quelques invités prestigieux comme Edgar Winter, David Sanborn et Rick Derringer.

Le long et majestueux Fair Warning va clore la partie vocale de l'album (et aussi la première face du LP). A noter que toutes les voix et chœurs sont de Rundgren, la performance est proche de ce que fait Freddy Mercury à la même époque. Todd possède un registre de plusieurs octaves. Edgar Winter nous gratifie de plusieurs magnifiques interventions de saxophone ainsi que d'un long chorus… On boit du petit lait ! Le texte est toujours abscons sur l'amour, la poésie : « Je donne un avertissement amical, rien ne m'enchaînera » nous dit Todd. Les harmonies vocales et les synthés se mêlent aux notes de saxophone finement travaillées. Petit clin d'œil en rappel de Real Man en fin de morceau (Cf. Something/Anything).

Enfin, la pièce de bravoure, Le Traité Du Feu Cosmique, inspiré par l'écrivaine ésotérique Alice Bailey (fondatrice peut-être du mouvement new-age), arrive avec ses 35 minutes instrumentales. Cette dernière ne manquait pas d'humour et disait : « dans ce déferlement de dieux de toutes sortes, est-ce que le vrai dieu peut se lever, svp ? ». Todd est seul aux manettes comme il l'avait déjà fait pour Something/Anything. Le maître fait swinguer ses synthés, ses boites à rythmes et ses guitares. Sa maîtrise du studio est telle (rappelez-vous son travail de producteur avec Tubes, Sparks, Meat Loaf, the Band...) qu'on croit entendre un ensemble instrumental. Entre l'intro et l'outro, la pièce musicale se partage en trois : le feu solaire, le feu électrique et le feu par friction. Les thèmes s'enchaînent, s'interpénètrent sans cassure, les mélodies se baladent sans cesse, toujours dans ces maelstroms de claviers. Bien que non crédité, Powell a travaillé sur cette partie. Les trouvailles mélodiques et les leitmotivs se suivent sur une rythmique endiablée. On retrouve aussi les accents de l'album Utopia avec ses orgues de fêtes foraines. Ce style de musique n'a jamais été entendu auparavant (à l'instar du Larks' Tongues In Aspic Part 1 de King Crimson avec ses vibraphones et marimbas). Peut-être que le Concerto Pour Synthetiseur de D. Vorhaus s'en approche un peu, bien que les guitares de Todd et l'inspiration soient bien différentes. En conclusion, on retrouve le thème initial apaisé. Todd était à bonne école avec les claviéristes qui l'entouraient : Schuckett, Klingsman et Powell !

L'album qui n'est pas vraiment « grand public » n'a pas eu le succès qu'il aurait mérité. En fait, Rundgren, malgré les quelques standards qui parsèment son oeuvre, s'est enrichi en travaillant comme producteur, en particulier avec Meat Loaf. L'album représente bien l'art créatif de TR et peut constituer une bonne « Initiation » pour les néophytes. La réédition en CD est complétée par un superbe livret.

[ Chronique de Dan Lormes ]

[ Initiation (CD, MP3, Vinyle) ]
[ A écouter : Initiation - A Treatise On Cosmic Fire: I The Eternal Fire or Fire By Friction ]



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