Rock progressiste : La Sélection 2005



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Trois disques marquent d’emblée cette nouvelle année 2005 qui, musicalement tout au mois, démarre sous d’heureux auspices : Deadwing de Porcupine Tree qui surprend par son côté plus heavy que d’habitude mais s’impose sur la distance comme une œuvre essentielle dans la discographie du groupe ; Pepper’s Ghost d’Arena qui, sans valoir The Visitor, est quand même un bon cru et l’inattendu Picture du nouveau super groupe Kino rassemblé autour du bassiste de Marillon. Ces trois là décrochent la timbale mais on ne peut pas en dire autant de Spock’s Beard (Octane) qui, malgré d’indéniables qualités, n’arrive pas à faire oublier l’absence de Neal Morse qui, de son côté, s’entoure de quelques musiciens prestigieux pour enregistrer son meilleur opus en solo mystérieusement intitulé « ? ». Le néo-prog est toujours bien vivant et peut désormais se glorifier d’un nouvel opus très réussi de l’un de ses fondateurs : The Dreams Of Men de Pallas. Sur le podium doit également être placé le fantastique Book Of The Dead de K2 avec Ken Jaquess, Allan Holdsworth et Ryo Okumoto. Quant à Van Der Graaf Generator, son retour a été apprécié même si le double album Present n'a plus grand chose à voir avec son style d'antan. En plus de ces artistes déjà bien établis, l’année 2005 révéla enfin quelques réussites remarquables qui imposèrent des noms jusque là peu connus mais dont les productions futures seront désormais attendues par des légions de fans : les Polonais de Riverside pour l’éblouissant Second Life Syndrome, Steve Thorne pour le délicat Emotional Creatures Part One, RPWL pour le très floydien World Through My Eyes et, in extremis, les Italiens de Mangala Vallis avec le classique Lycanthrope qui, ayant débarqué dans les chaumières au moment des fêtes de fin d’année, a été inclus dans la sélection 2006.

Evidemment, la liste ne se limite pas à ces albums majeurs et d’autres bonnes productions ont été repérées : Kaipa (Mindrevolutions), les Polonais Quidam (SuREvival) et Satellite (Evening Games), Tomas Bodin (I AM), Gazpacho (Firebird), Magic Pie (Motions Of Desire), Carptree (Man Made Machine), Echolyn (The End Is Beautiful) et Proto-Kaw (The Wait For Glory) ont rempli honorablement leur contrat. Pendragon a produit sans surprise un Believe de bonne facture et les Français de Maldoror un disque à la fois esthétique et ambitieux (L’Arbre-Cimetière). Quant à Saga, il s’est enfin décidé à sortir l’intégralité de ses Chapters réunis sur un album enregistré en concert. D’autres groupes par contre ont raté la marche comme l’inutile Symphony For A Mysanthrope de Magellan dont les influences classiques n’arrivent pas à masquer la vacuité, le Spectrum très moyen de Steve Howe, le Storms Over Still Water inégal d’un Mostly Autumn qui se remet en question et The Inconsolable Secret de l’infatigable Glass Hammer qui a du mal à se renouveler. Le reste est constitué de la longue litanie des groupes obscurs qui prêchent dans le désert sans être écoutés bien que certains d’entre eux ont certainement quelque chose à dire : Hidria Spacefolk (Live Eleven a.m.), Gerard (Power Of Infinity), Dynamic Lights (Shape), The Amber Light (Stranger & Strangers), Rain (Cerulean Blue), Hamadryad (Safe In Conformity), Willowglass, Emerald (Crow Of Creation), Man On Fire (Habitat), Circulus, Mikromidas (Faunus), Wobbler (Hinterland) et The Syn (Syndestructible) sont réservés aux spécialistes et aux découvreurs de talents qui seront parfois récompensés (mais pas toujours) de leur opiniâtreté.

Côté métal, 2005 a vu le retour d’un Kamelot en grande forme avec l’éblouissant The Black Halo, The Mars Volta a comme d’habitude divisé le monde avec son inclassable Frances The Mute et Sieges Even a surpris avec The Art Of Navigating By The Stars. Mais la palme de cette année revient sans conteste à l’excellent Room V de Shadow Gallery et à Dream Theater dont le très dense Octavarium marque enfin un retour aux grandes œuvres épiques d’antan.

Au-delà de ce minuscule microcosme, la planète a continué de tourner tant bien que mal. La sonde Huygens s‘est posée sur Titan et George W. Bush a rempilé pour un nouveau mandat. YouTube a été mis en ligne. Quelque part en Iran, la terre a tremblé en causant d’innombrables victimes. En juillet, Londres était la cible de terroristes qui firent exploser bus et métro. Le même mois, la navette Discovery retrouvait enfin le chemin de l’espace près de deux années et demi après l’explosion de Columbia. En août, Jean-Michel Jarre a commémoré en Pologne le 25me anniversaire de Solidarnosc tandis que La Nouvelle Orléans était inondée suite au passage de l’ouragan Katrina. L’Europe est en crise. Le pétrole coûte de plus en plus cher. La grogne monte et autour de Paris, le feu prend brutalement dans les banlieues, attisé par les déclarations du ministre de l’Intérieur. La population du monde se chiffre à 6,45 milliards d’habitants dont plus de la moitié en Asie.

Allez, voici la sélection de Dragonjazz, faite de bric et de broc, amassée avec un peu de perspicacité et beaucoup de subjectivité dans tous les sous-genres qui composent aujourd’hui ce qu’on nomme encore et toujours le rock progressiste … Sic transit 2005 …


Riverside : Second Life Syndrome (Inside Out), POLOGNE 2005

Formé en Pologne au début du nouveau millénaire par des musiciens avec un passé de Métal et même de Death Métal, Riverside a gardé en mémoire des traces de ces musiques extrêmes dont il se sert pour donner une petite touche Heavy à un album par ailleurs varié, accessible et souvent atmosphérique. Entre les superbes harmonies vocales de After qui ouvrent les portes de l'imaginaire et le crescendo mélancolique à la Porcupine Tree de Before qui clôture le disque, Riverside explore avec subtilité et un ton résolument nouveau un vaste éventail de musiques. Prenez Volte-Face par exemple qui tient parfois du Métal par ses assauts de guitares tranchantes et sa voix qui dérape en rugissements, le corps de la composition sait alterner les ambiances dans une synthèse très personnelle, puissante certes mais pas davantage que dans les derniers albums d’Arena. Artificial Smile et Reality Dream III sont les deux autres titres qui s'apparentent le plus au Prog Métal bien que la filiation avec ce genre s'inscrive moins dans la virtuosité instrumentale d'un Dream Theater que via le côté obscur et oppressant d'un Opeth. Le reste est plus universel tout en restant d'une grande modernité qu'on peut en partie imputer à l’apport du nouveau claviériste Michal Lapaj qui contribue largement à rénover et à enrichir les textures par un jeu sobre mais efficace. Le titre éponyme est grandiose avec son introduction lente et majestueuse évoquant le Pink Floyd de Shine On You Crazy Diamond, la guitare de Piotr Grudzinski qui se réserve plein d'espace et la voix claire et profonde du bassiste Mariusz Duda. Changements multiples de climats, envolées instrumentales nerveuses, maîtrise totale des transitions, arrangements soignés et toujours ce son clair mis en valeur par une production parfaite dont le groupe s'est aussi chargé. Le concept de ce second album s'inscrit dans une trilogie dont le premier volet est paru en 2004 (Out Of Myself) et dont le troisième est attendu pour 2006, ce qui explique que les textes, bien écrits mais pas très originaux, prolongent l’exposé des états d'âmes et des tourments du même protagoniste. La pochette, belle mais sans surprise, a été confiée à l’artiste le plus à même aujourd’hui de s'identifier à un univers intérieur cauchemardesque : Travis Smith s’est encore une fois acquitté de sa tâche avec talent en délivrant une oeuvre surréaliste dans ses teintes habituelles en brun et noir. Un livret en forme de grimoire antique et poussiéreux qui rappellera immédiatement ceux de Age Of Silence, A Triggering Myth, Opeth, Soul Embraced, Deadsoul Tribe, Gordian Knot ou Katatonia. Riverside appartient incontestablement à une nouvelle génération du Prog qui ne se réfère plus du tout aux précurseurs symphoniques des années 70 mais définit plutôt un style original en bâtissant sur les acquis des groupes des 90's. En ce sens, Riverside construit et assure le futur d’un genre auquel il apporte un vent de fraîcheur. Un vent d'Est piquant, déferlant sur une Europe qui ne s’est pas encore complètement libérée des chaînes de son glorieux passé. Recommandé !

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RPWL : World Through My Eyes (Tempus Fugit / Inside Out), Allemagne 2005

ELP ou CSN&Y : les sigles sont faciles à retenir quand les groupes se sont fait une réputation mais dans le cas contraire, c’est un patronyme indigeste qui n’évoque rien. En plus, RPWL sont les initiales des membres du groupe original qui ne correspondent même plus à la composition actuelle : Manfred Müller (dr), Stephan Ebner (b), Karlheinz Wallner (guitare) et Yogi Lang (chant, claviers). Ce quartet allemand ne manque pourtant pas d’imagination et ce quatrième disque marque une belle évolution dans le style et la qualité de leur musique estampillée Pink Floyd au départ. Si les solos de guitare rappellent encore ceux de David Gilmour et si les passages aériens gardent une forte empreinte des créateurs de More et de Wish You Were Here, les influences se diversifient au fil des plages, évoquant aussi bien les Beatles que Peter Gabriel, U2 ou l’ultime opus de Genesis avec Ray Wilson. Ce dernier chante d’ailleurs sur Roses, un soft-rock mélodique au tempo moyen, calibré pour la FM, qui bénéficie de sa voix puissante et un peu traînante. Peu de démonstrations instrumentales dans ce disque où l’on a privilégié la cohérence des compositions atmosphériques rehaussées de bruitages, de voix off, d’électronique ou d’emprunts à la musique indienne avec utilisation de sarangi, de chœurs et de percussions samplées. RWPL reprend aussi un thème de Steve Hillage (Sea Nature) et réussit à recréer l’ambiance planante et psychédélique propre au célèbre guitariste. Le disque ne laisse pas une forte impression à la première écoute mais il accroche suffisamment pour qu’on ait envie de le réentendre de suite, ce qui est toujours bon signe. Quelques moments forts font aussi tendre l’oreille comme le jaillissement d’orgue à la fin de Start The Fire, le solo de guitare aérien qui clôture Bound To Reach The End ou le groove alangui et très floydien de Day On My Pillow. On aurait souhaité ici et là plus de tension et quelques emportements plus audacieux mais loin d’être un clonage insipide, ce Rock délibérément modeste quoique richement coloré, bien joué et superbement produit, est quand même de nature à faire décoller le tapis magique. On ajoutera encore une étoile pour la qualité du livret (20 pages) et de la pochette qui, avec ses photos colorisées de nuages et de fleurs, rappellera aux nostalgiques les couvertures de la grande époque du Rock psychédélique et celle de More en particulier.

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K2 : Book Of The Dead (Progrock Records), USA/UK 2005

Le Livre des Morts est une collection hétéroclite et variable d’incantations que l’on déposait à côté des sarcophages de l’ancienne Egypte en vue d’aider les défunts à traverser les épreuves dans l’au-delà. Faire de ces antiques papyrus un projet musical peut sembler à priori une idée curieuse. Pourtant, quant on sait que ces écrits funéraires trouvés dans les sépultures des pharaons sont remplis de formules magiques, d’exorcismes, de rituels étranges pour affronter le royaume des ombres, de créatures à tête de chacal ou de faucon ou encore de serpents ailés, on se dit qu’on a affaire à un monde fantasmagorique qui vaut bien celui des légendes du Roi Arthur ou du Seigneur des Anneaux. De là à enrober le tout dans un Rock progressiste à la Genesis, il n’y a qu’un petit pas que K2 a franchi allègrement. Contrairement à ce que la pochette pouvait laisser supposer, la musique ne se réfère à aucune influence orientale : il s’agit bien ici de Rock symphonique où l’on reconnaîtra aisément l’influence de quelques groupes majeurs des seventies (Genesis bien sûr mais aussi Pink Floyd ou U.K.) encore que l’ensemble à définitivement un son très particulier. On le doit surtout à la présence de deux fantastiques musiciens : Allan Holdsworth, l’un des maîtres vénérés de la guitare fusion, qui s’octroie ici des solos plus mélodiques qu’à l’accoutumée mais d’une incroyable densité et, moins connue, Yvette Devereaux qui lui donne la réplique au violon électrique avec un phrasé virtuose propre à donner le frisson. Quant aux claviers, ils sont joués par Ryo Okumoto devenu célèbre au sein du groupe Spock’s Beard. Avec un tel équipage, on se doute que les compositions de Ken Jaquess, initiateur du projet et bassiste d’Atlantis (un groupe de Néo-prog obscur basé à L.A.), dégagent une fièvre spirituelle à la hauteur de leur sujet. Les textes forcément ésotériques sont chantés à la perfection par Shaun Guerin dont on mettra en exergue l’organe puissant et le timbre voilé qui rappellent beaucoup ceux de Peter Gabriel, ce qui n’étonnera personne puisque ce musicien, malheureusement décédé peu de temps après l’enregistrement, avait déjà fait partie de Cinema Show, un groupe créé en hommage à Genesis. Composé de cinq parties, le Livre des Morts revu par Jaquess entraîne l’auditeur dans un voyage inattendu aux atours époustouflants : mélodies superbes ; solos hélicoïdaux et entrelacés de guitare, de violon, de moog et même de basse ; textures profondes ; jusqu’au chant initiatique proférant une magie prégnante surgie d’un autre âge. Ensorcelant comme les écrits qui l'ont inspiré, Book of the Dead, superbement emballé dans une iconographie d’époque, est un album d’exception. D’autant plus que dans sa forme actuelle, il s’agit d’une œuvre unique qui, par la force des choses, n’aura jamais de suite. Alors, par Horus, prenez cette barque solaire et naviguez avec K2 sur les eaux souterraines qui mènent à la lumière du monde d’Osiris.

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Dream Theater : Octavarium (Atlantic), USA 2005

Heavy : The Root of all Evil qui traite des méfaits causés par l’abus d’alcool est une séquelle de The Glass Prison et de The Dying Soul. Riffs sauvages et flux de matière déboulent sur une assise rythmique monolithique mais la compo respire et le chorus décoiffe. Sinon, c’est du DT classique.
Lyrique : The Answer Lies Within est une ballade, une vraie, accompagnée au piano et à la guitare acoustique. Il y a même un orchestre, des cloches et des cris d’oiseau. James Labrie chante avec retenue et sans effet et, chose rare chez Dream Theater, il n'y a pas de solo.
Moderne : débutant comme du Nu-métal, These Walls contrôle rapidement sa vitesse et remporte la mise par un refrain accrocheur qui le destinerait presque à passer en radio. Mais sous son apparente simplicité, se cache une musique à la signature rythmique complexe tandis que les breaks en finale sont dignes d’un film épique hollywoodien.
Pop : I Walk Beside You aurait pu être composé par U2 au temps où les Irlandais jouaient encore du Rock. Dream Theater peut tout faire et quand il emprunte à d’autres, c’est forcément un hommage.
Trash : la basse de Myung, la batterie de Portnoy et hop ! Tous les feux sont au vert. Panic Attack régresse vers Train of Thought et porte son titre comme un étendard en métal hurlant.
Atypique : on ne baisse pas les bras, surtout pas Mike Portnoy qui s’est encore greffé deux membres supplémentaires. Never Enough est ensemencé de riffs tueurs et d’électronique et se pare d’une ascendance fulgurante dynamitée par John Petrucci et Jordan Rudess. DT s’octroie une incursion en terre nouvelle en louchant, tout le monde l’a remarqué, vers le groupe britannique Muse.
Osé : Sacrificed Sons se réfère à l’attaque terroriste du 11 septembre sur les tours de Manhattan. Le sujet, tragique et dans toutes les mémoires, sent le souffre mais il est ici traité avec retenue sans compter qu’il n’exprime après tout que le point de vue personnel de James LaBrie. Musicalement, c’est un titre physique qui commence par des extraits radiophoniques et se poursuit par une mélodie amère avant d'être propulsé à toute vapeur, sur le signal d'une ligne de basse furieuse, par de fabuleux solos où brillent tour à tour et avec discipline la basse de Myung, les synthés de Rudess et la guitare de Petrucci qui évoque les sirènes, les explosions et le grand désordre avant que tout ne se fonde dans un incommensurable finale orchestral. Vidé, on est ! Mais fini, ce n’est pas !
Brillant : Octavarium compte parmi les compositions les plus progressives jamais enregistrées par DT. Lent départ atmosphérique à la Pink Floyd avec synthés et guitares jouées en slide, flûtes pastorales sur fond de guitares acoustiques et c’est parti pour un immense crescendo. Rudess explore son nouveau gadget nommé Continuum. Ruptures, contrastes. La musique s’accélère pour ressembler au vol d’un bourdon et tout ça finit en apothéose dans la grande tradition d'un Rock symphonique éblouissant.
L’album s’appelle Octavarium et il n’a rien à voir avec un texte liturgique. Ce serait plutôt une fixation sur le chiffre 8 : c’est le huitième disque en studio du groupe et il comporte huit plages. En tout cas, c’est le dernier DT et il marque le début d’un nouveau cycle qui l’emporte beaucoup plus loin que ce Train of Thoughts déjà pardonné et même oublié. Pour la petite histoire, on notera encore qu’avant sa sortie, Octavarium était déjà entré dans la légende et les encyclopédies : c’est en effet l'ultime album à avoir été enregistré dans les fameux studios new-yorkais « The Hit Factory ». Après la dernière session, les lumières ont été éteintes et les portes définitivement closes sur ce temple dédié à la musique qui vit naître des chefs d’œuvre du Rock comme Born in the USA (Bruce Springsteen), Graceland (Paul Simon), Songs in the Key of Life (Stevie Wonder) ou Double Fantasy (mais oui, c'est en rentrant de ce studio que John Lennon fut assassiné en 1980).

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Steve Thorne : Emotional Creatures Part One (Giant Electric Pea), UK 2005

Un Squonk ! La pochette de ce disque dévoile un Squonk pensif parmi les arbres. Cette petite créature légendaire vivant dans les forêts de Pennsylvanie et qui se dissout dans les larmes chaque fois qu’elle est menacée, a déjà inspiré Donald Fagen et Walter Becker de Steely Dan pour une chanson de Pretzel Logic (1974) mais aussi, deux années plus tard, Phil Collins pour une plage de A Trick of the Tail. Alors, trouver dans le bac des nouveautés un compact avec une telle illustration, même s’il porte le nom d’un inconnu, est suffisamment interpellant pour qu’on ait envie d’en savoir davantage. D’autant plus qu’en scrutant le livret d’un peu plus près, on découvre une kyrielle d’invités aux noms prestigieux : Martin Orford (IQ), Tony Levin (King Crimson), Geoff Downes (Asia), Nick D’Virgilio (Spock’s Beard) et bien d’autres. Le disque est-il à la hauteur des espoirs suscités ? La réponse est oui ! Sans être d’une originalité confondante, la musique de Thorne séduit immédiatement par la qualité des compositions, ses thèmes persistants et la diversité des associations instrumentales. Son Rock très mélodique a des intonations Folk et inclut de superbes passages atmosphériques où s’illustre le talent des invités. Ecoutez par exemple les breaks de la batterie de Nick D’Virgilio maintenant la tension sur le très évanescent Ten Years, ou l’impro enflammée de Last Line jouée à l’orgue Hammond par Geoff Downes ou encore la guitare de Gary Chandler enluminant la mélodie de Gone avec un solo dont le son trafiqué paraît noyé dans la distance. Le côté ambitieux et subtilement progressiste de l’œuvre se traduit dans les arrangements, notamment par l’utilisation dynamique d’instruments aussi divers que la flûte, des boucles de synthé, des chœurs, un Chapman Stick et même une boîte musicale sur la courte intro qui ouvre le disque sur un rythme militaire en prélude à God Bless America. Il y a aussi un titre instrumental enlevé et jouissif emmené par un Tony Levin déchaîné qui vole la vedette avec ses incroyables lignes de Stick (Every Second Counts). Le leader, lui, joue un peu de tout, des guitares acoustiques ou électriques aux claviers en passant par la basse, les percussions et une foule d’effets sonores et il chante d’une voix qui, sans être exceptionnelle, s’avère quand même fort plaisante et expressive. Les textes nettement au-dessus de la moyenne traitent de sujets divers en prise avec l’actualité ou des problèmes sociaux comme la drogue, le suicide, la folie sans oublier la critique insidieuse d’une Amérique dominatrice. Et quand on arrive à la jolie ballade qui clôture Emotional Creatures, cette fois interprétée uniquement par Steve Thorne, tout est dit ! On sait qu'on tient entre les mains l'une des grandes découvertes de l'année. Et le Squonk ? On n'en saura pas plus mais je pense qu'on l'a surtout utilisé comme appât et ça a bien marché : on a tous été pris non ?

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Kamelot : The Black Halo (Steamhammer), USA/NORVEGE 2005

Après le très réussi Epica, Kamelot revient une nouvelle fois à la charge avec son style désormais inimitable, heureux mariage en forme de tour de force entre Power Rock européen et Métal progressiste américain. Rien n’a fondamentalement changé par rapport à leur précédent opus dont ils prolongent ici la formule magique : ambition, précision, puissance et grandeur pour une musique en cinémascope gorgée de ténèbres et de haut faits glorieux. The Black Halo est en fait une séquelle d’Epica, le thème de Faust étant ici approfondi et entrelacé de réflexions sociopolitiques. Kamelot, à l’opposé de nombreux groupes du genre, n’aborde pas sa musique comme une succession de feux d’artifice mettant en relief les prouesses techniques des musiciens. Il se concentre sur l’essentiel : une composition précise et fouillée et une restitution efficace, n’hésitant pas à empiler avec goût les couches instrumentales nécessaires à l’obtention d’un son parfait ou à faire appel à des invités lorsqu’une touche particulière manque à sa palette pourtant déjà fort riche. Ecoutez le premier titre March of Mephisto : après quelques bruits d’ambiance pour mettre l’auditeur en situation, l’orchestre monte en puissance et installe un groove mid-tempo menaçant avant que le quartet ne prenne le relais. La batterie de Casey Grillo martèle la métrique avec une implacable pesanteur tandis que le chant de Roy Khan s’envole vers les sommets. En arrière-plan, la voix hantée du démon a été confiée à Shagrath de Dimmu Borgir dont les grognements caverneux font merveille dans ce contexte. Et pour faire bonne mesure, on a aussi demandé à Jens Johansson de prendre un solo de synthé vif et rapide comme il sait si bien le faire au sein de Stratovarius. Habilement construite comme une succession de temps forts et de moments plus calmes, la composition respire et emporte l’auditeur dans un tourbillon musical d’une force peu commune. Un autre exemple de savante structuration est ce Black Halo resplendissant d'harmonie, combinant orchestrations ébouriffantes et frénésies pulsatives et qui dégage un plaisir sauvage. Bien sûr, d’autres plages sont plus proches du Kamelot habituel comme When the Lights Are Down et son refrain entraînant à la Rhapsody / Sonata Arctica ou la très belle ballade Abandoned admirablement soutenue par le piano acoustique de Miro (qui ne fait toujours pas partie du quartet) et par le Rodenberg Symphony Orchestra, sans parler des chœurs célestes enrobant la voix de Khan dans un écrin de velours. Mais le disque, avec ses bruitages, ses interludes, ses orchestrations sophistiquées, ses morceaux imbriqués, ses mélodies superbes dont certaines rappellent subtilement Epica, ses crépitements de batterie, ses décollages verticaux et ses détours classicisants, s’écoute d’un seul tenant comme une composition épique et variée, arrangée avec un soin maniaque. Et comme on ne change pas une équipe qui gagne, la production a été comme d’habitude confiée à Sascha Paeth et Miro tandis que Derek Gores s’est chargé une fois encore de la pochette sombre et fantastique, d’ailleurs beaucoup plus réussie que celle d’Epica. The Black Halo marque un nouvel aboutissement pour Kamelot et constitue assurément l’un des meilleurs disques que l’on puisse aujourd’hui trouver dans le genre. Recommandé !

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Arena : Pepper's Ghost (Verglas / InsideOut), UK 2005

Pour ce sixième album en studio qui coïncide avec le dixième anniversaire du groupe (c’est ce que rappelle aux initiés le symbole sibyllin 10/6d figurant sur la pochette du disque promo bien qu'il fasse aussi référence à une ancienne monnaie victorienne : ten shilling and six pence), Arena a décidé de marquer le coup en renouvelant son image. Le groupe a confié le concept artistique de son nouvel album à David Wyatt, déjà auteur du livret de Contagion, une première réalisation dans le monde musical sur laquelle l’artiste avait travaillé plus d’une année. Wyatt a une imagination débordante mise à profit pour illustrer les univers de Fantasy comme ceux de Terry Pratchett ou de Tolkien : c’est lui qui dessina entre autres la superbe image des Gray Havens repérée par hasard sur Internet par le groupe Glass Hammer qui l’utilisa pour son Middle-earth Album. Cette fois, Arena lui a demandé de présenter les membres du groupe comme des personnages de bande dessinée. Sans être tout à fait original (rappelez-vous par exemple les pochettes BD de Neon Park ou celle de Crumb pour le Cheap Thrills de Big Brother & The Holding Company), Wyatt et Arena, en bons fils d’Albion, ont quand même marqué la différence en privilégiant les mythes gothiques de l'Angleterre victorienne, préférant les ombres, le mystère et la magie aux FX de la Marvel : on est ici plus proche du fantastique anglo-saxon propre à des films comme Van Helsing ou La ligue des gentlemen extraordinaires que de Batman ou Superman. Le titre Pepper's Ghost, lui, se réfère à une illusion basée sur la réflexion de la lumière conçue par Henry Pepper en 1862 pour faire apparaître un fantôme sur scène. Il s’agit là d’une métaphore qui invite à réfléchir sur le sens caché ou la mauvaise perception des images ou des mots mais qui symbolise aussi l’apparition d’un Arena nouveau se projetant tel un poltergeist sur la scène rock internationale. Sans être un concept album, les morceaux sont reliés entre eux en ce qu'ils présentent sept aspects différents de l'aliénation : la plage Bedlam Fayre par exemple évoque un asile qui existait déjà à Londres au quinzième siècle et qui est devenu célèbre parce que le public venait y observer les fous pour se divertir ; Tantalus, qui se réfère à un mythe grec, parle de la folie engendrée par la frustration ; The Eyes of Lara Moon traite de l'obsession qui s'empare d'un esprit hanté par une vision dont il ne peut se débarrasser... Quant à l’évolution musicale, ce qui est quand même l’essentiel pour un groupe dit progressiste, si elle n’est pas radicale, elle n’en est pas moins tangible. Avec Contagion, Arena était passé d'un Néo-prog efficace à un Rock plus musclé adoubé par le choix aux consoles d'enregistrement et de mixage de Karl Groom, guitariste et âme du groupe de Prog Metal anglais Threshold. Sur Pepper's Ghost, le groupe poursuit cette nouvelle inclination Heavy mais sans renier pour autant ce qui fit le succès de leurs premiers albums : des arrangements symphoniques millimétrés, des mélodies soignées qui accrochent à la première écoute, des textes nettement au-dessus de la moyenne sans oublier l’incontournable composition épique de 13 minutes qui clôture le disque en beauté (Opera Fanatica qui aurait pu servir de bande son moderne à un film digne de ce nom sur le célèbre Fantôme de l’Opéra). Comme sur Contagion, les solos de guitare de John Mitchell sont mordants, les claviers de Nolan n’ont jamais été aussi imposants et on a l’impression que le chant de Rob Sowden s’améliore au fil des disques, à moins que ce ne soit le côté plus hard de la musique qui lui convienne mieux. Quant au batteur Mick Pointer (qui fit partie de Marillion au temps de Script for a Jester's Tear), sa présence et sa technique de jeu ont fait un bond qualitatif spectaculaire. Arena, en combinant son style Néo-prog original avec une approche plus puissante, vogue désormais sur un nouveau courant à l’écart des compositions sans rides d’un Marillion et en évitant les excès démonstratifs du Prog-metal. Pepper’s Ghost séduira tout ceux qui ont apprécié à la fois The Visitor et Contagion.

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Kino : Picture (InsideOut), UK 2005

Le Rock progressiste partage cette particularité avec le Jazz de favoriser l’apparition spontanée de supergroupes constitués de musiciens ayant acquis une certaine renommée pour avoir oeuvré à un moment ou un autre dans un groupe célèbre. Ainsi en est-il d’Asia, UK et Emerson Lake & Palmer ou, plus récemment, de Transatlantic et The Tangent. Le dernier en date, constitué à l’initiative du célèbre label allemand Inside Out, s’appelle Kino et, cette fois, il s’agit d’un quintet 100% britannique réunissant le bassiste Pete Trewavas (Marillion, ex-Transatlantic), le guitariste John Mitchell (Arena, The Urbane) qui s’impose en plus ici comme un chanteur brillant, le batteur Chris Maitland (ex-Porcupine Tree, musicien de session) et John Beck aux claviers (It Bites, Alan Parsons, John Wetton). Au vu des CV des musiciens, on pouvait s’attendre à un avatar de rock symphonique moderne (disons Neo-Prog) pas trop compliqué et, dans un sens, c’est ce qu’on a reçu … avec une surprise de taille tout de même : Losers Day Parade, un premier titre labyrinthique et fragmenté de 9 minutes qui met tout le monde d’accord : ces gars savent jouer et composer. On y retrouve entre autres la verve heavy du guitariste d’Arena, le Moog agressif aux couleurs seventies de John Beck, des harmonies vocales brillantes, un interlude chanté avec un piano à la manière des Beatles, d’autres solos embrasés de guitare et d’orgue et pour conclure un finale monumental digne de cette irrésistible incursion dans une modernité progressive apte à procurer un indéniable plaisir. Le problème est que le reste du disque ne ressemble pas vraiment à cet impétueux et déroutant exercice de style placé à l’endroit le plus stratégique du compact. Les neuf autres compositions sont en effet plus conventionnelles avec un vocabulaire situé entre Art Rock classique et Neo-Prog académique et restent généralement en dessous du sommet atteint par le premier titre, encore que cette sentence doit être prise plus comme une constatation que comme une critique. Au fil des plages, plusieurs références viennent à l’esprit comme Police (Leave A Light On), Asia (Letting Go), Supertramp, Queen, Yes, Hackett, Toto ou … Marillion (Room For Two). Accessible sans être racoleuse, mélangeant habilement un Rock mélodique et parfois heavy avec des passages instrumentaux savoureux, s’appuyant sur un tapis rythmique des plus jouissifs, évoluant avec aisance et sans sophistication inutile, impeccablement produite, la musique de Kino plaira à beaucoup de monde, y compris à ceux qui aiment le Pop-Rock et qui s’aventurent parfois à la frange du Progressif sans oser y entrer vraiment. Kino en allemand, c’est le cinéma. D’ailleurs l’album s’appelle Picture et la pochette, originale et très réussie, présente une salle abandonnée après la fin du spectacle. En soi, c’est déjà un concept qui témoigne que Kino, loin d’être une opération marketing, a une consistance et de la suite dans les idées, ce qui laisse présager d’autres albums que l’on espère aussi agréables que celui-ci.

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Maldoror : L'Arbre-Cimetière (Autoproduction / distribué par MUSEA), FR 2004

Dans la lignée des grands groupes de Rock progressiste français qui ont eu la volonté de s’exprimer dans la langue de Voltaire, voici Maldoror. Sa longue suite intitulée l’Arbre-Cimetière relève du Rock symphonique et conserve cet aspect théâtral qui sied si bien au genre défini il y a longtemps par Genesis. Cette tragédie en trois actes, introduite par une ouverture instrumentale aux accents sombres, raconte le destin d’un rebelle vivant dans un monde imaginaire dirigé par des Maîtres du Pouvoir qui confinent le peuple asservi dans de tristes cités. Capturé et jugé, l’audacieux est soumis à un poison aux vertus psychotropes avant d’être enterré au pied d’un arbre gigantesque qui deviendra son seul confident. Les textes chantés sont ses divagations qui constituent une allégorie de la dictature et de l’esclavage dont il vous faudra décrypter le message, ce dernier paraissant s’inscrire dans la fatalité quand les désirs de révolte s’évanouissent comme au réveil d’un rêve profond. Univers alternatifs, confusion du réel, drogue et tyrannie politique sont des thèmes chers à Philip K. Dick auquel cette histoire peut faire penser. Tout cela est mis en musique la plupart du temps sur des tempos mediums mais avec une variété conséquente de climats. Si certains titres ne sont pas loin de la chanson française (Tristes Cités), d’autres prennent des couleurs plus Rock quand ils sont dominés par les guitares électriques (Bois des Pendus) tandis que Folk électrique (Simples Physiciens), arpèges menaçants ou harmonies gothiques se contaminent l’un l’autre quand le récit l’exige. Le chanteur est doté d’une voix ample et claire qui convient bien à l’ambiance dramatique des textes, ces derniers incluant des parties narratives ou reprenant même quelques vers d’Arthur Rimbaud (Bois des Pendus) qui ne dénotent guère au sein de ce rêve poétique cachant de sombres réalités. Cette production indépendante a été entièrement réalisée par le groupe, de la composition au mixage en passant par la réalisation du livret et des illustrations. Alors que le Rock progressiste reconquiert lentement son public, il est bon qu’il le fasse sous ses multiples formes. En tout cas, les premiers chants de Maldoror plairont à tout ceux qui ont un jour apprécié Ange ou Mona Lisa, ces deux références n’étant par ailleurs citées ici que pour situer globalement le genre de ce continuum musical dont l’ambition compositionnelle et le parti pris esthétique ne devraient laisser personne indifférent.

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Van der Graaf Generator : Present (Virgin/EMI), UK 2005

Voici la nouvelle production du Van der Graaf Generator garanti d’origine. Est-il à la hauteur des chefs d’œuvres des années 70 ? Difficile de répondre de façon radicale car VDGG ne reprend pas les choses là où il les a laissées. Au contraire, Present affiche son nom comme un étendard et se présente comme une œuvre abrasive en prise avec son époque. Seul Every Bloody Emperor s’encadre musicalement dans les ambiances d’autrefois (même le titre est porteur de déjà vu) mais le texte caustique remue par contre une actualité récente et ose dire bien haut ce que beaucoup pensent tout bas. L’instrumental Boleas Panic est un autre grand moment totalement transcendé par le son rauque et omniprésent du saxophone de David Jackson tandis que Nutter Alert, en forme de Rock lent à la David Bowie emmené par un orgue Hammond groovy, clôture une trilogie presque parfaite. Le reste est moins essentiel : Abandon Ship et In Babelsberg sont deux autres Rocks lents, intenses et saturés tandis que On The Beach, plus intimiste, clôture le premier compact dans une ambiance sereine avec ses chœurs et ses bruitages de vagues. Fallait-il vraiment ajouter un second compact qui n’est composé que d’improvisations apparemment sans ligne directrice ? Réponse mitigée car si on ne trouvera là-dedans rien d’exceptionnel, on s’amusera quand même à écouter les musiciens jouer de façon très personnelle sur des tempos souvent énergiques sans crainte d’expérimenter au bord de la dissonance. Le sax de David Jackson s’exprime parfois comme celui d’Archie Shepp et procure alors à ces grooves un petit côté libertaire que les amateurs de jazz free apprécieront. Pour le meilleur, le groupe reconfigure le Jazz rock à sa manière rafraîchissante et incorrecte (Vulcan Meld) et, pour le pire, il s’égare dans des cycles répétitifs dont la seule issue consiste à les désagréger ou en booster la puissance sonore (Architectural Hair). VDGG qui n’a que faire de son passé pense encore à son avenir et ce disque est tout sauf une redite qui n’aurait pas été à la hauteur de leur réputation. Un seul regret finalement mais il est de taille : sachez que cet album est protégé méchamment contre la copie et que si vous aviez l’intention de le transférer légalement sur votre baladeur MP3, ce ne sera pas simple (même si l’on y arrive par des voies détournées). J’en connais quelques uns qui, à cause de cette limitation technique par ailleurs inexcusable, vont hésiter à investir : c’est dommage !

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