Le rock progressiste de 1968 à aujourd'hui (4)



2001 - 2003 [ 1968 - 1980 ] [ 1981 - 1990 ] [ 1991 - 2000 ] [ More & News ]

Transatlantic : Bridge Across Forever (Radiant Records / Inside Out), USA/UK/Suède 2001
Transatlantic est un super groupe occasionnel formé par Neal Morse (claviers, Spock's Beard), Roine Stolt (guitare, The Flower Kings), Mike Portnoy (drums, Dream Theater) et Pete Trewavas (basse, Marillion). Et ce n'est pas seulement une fusion de virtuoses mais aussi d'idées et de styles musicaux propres aux groupes auxquels ils appartiennent. Si leur premier opus (SMPTe, 2000) avait été enregistré par chaque musicien séparément, celui-ci est bien l'œuvre originale d'une vraie rencontre : moins violente que Dream Theater, moins seventies que Spock's Beard, moins planante que Flower Kings et moins pop que Marillion. Composé de 4 titres seulement dont deux de 26 minutes, le disque s'impose par des vocaux très travaillés, la cohésion des passages instrumentaux, la diversité des climats, l'agencement des structures et la qualité des mélodies parfois récurrentes sur des titres différents. On s'en convaincra en écoutant Suite Charlotte Pike qui, après une jam-session jouissive en introduction, se révèle être un superbe medley de thèmes imbriqués qui n'est pas sans rappeler celui des Beatles sur leur célèbre Abbey Road.

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Pallas : The Cross & the Crucible (Inside Out), UK 2001
Ce groupe écossais, dont le premier disque date de 1984 (The Sentinel), appartient au courant néo-progressiste au même titre que Marillion et IQ. Disparu trois années plus tard dans l'anonymat après un troisième opus peu convaincant (The Wedge, 1986), Pallas ressurgit de façon inattendue en 1999 avec le CD Beat the Drum et aujourd'hui avec ce The Cross and the Crucible bien meilleur. Bâti sur une réflexion théologique et philosophique à propos de l'évolution de l'Univers et de son humanité, le texte bien écrit est habillé d'une musique symphonique sans grande originalité mais plaisante sur le plan mélodique et suffisamment ample pour créer de véritables climats. Les chœurs, grande spécialité de Pallas, ajoutent parfois une touche aérienne qui singularise la musique du groupe, notamment sur le titre éponyme dont le long crescendo culmine avec une chorale angélique du plus bel effet. L'autre pinacle de l'album est For the Greater Glory mémorable pour sa savante combinaison de rythmes menaçants avec des riffs de guitares et de synthés fort jouissifs. Finalement, il aura fallu dix-sept années à Pallas pour inscrire son nom parmi les groupes majeurs du genre mais avec ce disque bien produit et d'une qualité artistique au-dessus de la moyenne, on peut maintenant considérer que c'est fait !

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Jordan Rudess : Feeding The Wheel (Magna Carta), USA 2001
At the moment of your birth, you took the place upon the great wheel. Et c'est parti pour 60 minutes de musique intense empruntant au classique, au ragtime, au jazz et surtout à un rock progressiste mélodique et inventif. Entièrement instrumental, le disque offre d'excellentes compositions aux mélodies accrocheuses alternant des mixages et des solos de synthés et de piano acoustique avec des interventions fulgurantes de guitaristes aussi prestigieux que Steve Morse et John Petrucci. Si Quantum Soup, la ballade Shifting Sands, Crack The Meter et sa rythmique fumante due au bassiste Billy Sheehan et au batteur Terry Bozzio (autrefois chez Zappa) emportent une immédiate adhésion, le meilleur est encore à venir avec Revolving Door, une pièce symphonique épique aux accents médiévaux sur laquelle on n'a aucun mal à imaginer les charges de fiers chevaliers tout de métal vêtus. Jordan Rudess, qui joue désormais avec Dream Theater, prolonge la grande tradition des sorciers des claviers tels Rick Wakeman, Patrick Moraz et bien sûr Keith Emerson dont on retrouvera ici, au niveau des textures et du syncrétisme des genres, l'incontestable influence.

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Galahad : Year Zero (Avalon), UK 2002
Après une déjà longue série de disques sans grande originalité, ce groupe anglais, qui existe depuis 1985, remet les compteurs à zéro et redémarre du bon pied avec une œuvre hybride et cette fois non conventionnelle. Coulant de son ouverture à la grande et majestueuse finale comme une longue suite de 56 minutes, la musique se plie à une multitude de genres qui s’emboîtent avec une maîtrise nouvelle : passages néo-prog, rock mordant aux guitares acérées, séquences électroniques, musique d’ambiance, mélodie africaine, rock symphonique, duo classique entre un piano et une clarinette, intermède jazzy, quelques mesures planantes et même des bruitages inspirés du Dark Side Of The Moon de Pink Floyd (et de On The Run en particulier). Mais ce qui rend tout ça original, c’est l’utilisation intelligente des synthés qui procurent un son actuel à l’ensemble sans pour autant tomber dans le piège d’un quelconque chill out. Loin d’être un collage, le disque s’écoute comme une unique composition à milles facettes. Sans recours à d’inutiles démonstrations et riche en mélodies bien ficelées, ce disque plus instrumental que chanté fut sans doute l’un des secrets les mieux gardés de l’année 2002.

[ Galahad Website ]
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Pain of Salvation : Remedy Lane (Inside Out), Suède 2002
Avec Remedy Lane, leur quatrième disque en 5 ans, Pain of Salvation sort de la catégorie métal pour entrer dans celle du rock progressiste et, en une seule et glorieuse étape, au panthéon du genre. Disque concept dédié à l'exploration des relations, des ruptures et de l'absence, Remedy Lane est un opéra sombre et somptueux aux ambiances variées, truffé de rythmes complexes et de mélodies multiples où percent ici et là quelques influences folkloriques, orientales, lyriques ou épiques. Voici une musique multiforme où l'aisance des interactions entre les instrumentistes se remarque à peine dans la richesse des textures. De l'élégance d'un Genesis à la densité d'un Dream Theater, ce groupe suédois rassemble un peu de chacun sans ressembler à personne. Un seul regret : la présence d'une ou deux ballades plutôt communes qui, dans un monde parfait, ne se seraient pas trouvées là. Et il ne faut surtout pas omettre d'épingler un singulier talent : le compositeur, chanteur, guitariste et auteur de tous les textes, Daniel Gildenlöw qui a aussi réalisé le livret et la remarquable pochette en parfaite symbiose avec le concept de l'œuvre.

[ Pain of Salvation : Enter the Kingdom of Loss ]
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Tony Levin : Pieces of the Sun (Narada), USA 2002
Le dernier opus du bassiste virtuose et maître du Chapman Stick Tony Levin est avant tout éclectique, ce qui ne veut pas dire que l'on y trouve n'importe quoi. C'est que, pour avoir joué avec des maîtres comme Peter Gabriel ou Laurie Anderson en passant par King Crimson, Levin a une vision de la musique qui ratisse large. Et si le standard Tequila, malgré une reconstruction radicale, a toujours une couleur jazz-rock, les onze autres titres constituent une collection excitante et variée où l'on savoure tout le sel de ce qui peut rendre le rock progressiste si attrayant : compositions dynamiques aux climats variés avec l'apport acoustique du California Guitar Trio (Apollo) ; funk à la King Crimson période Discipline (Geronimo) ; mélodies harmonieuses et subtiles (Aquafin) ; ambiances sci-fi planantes (Pieces of The Sun) ; climats atmosphériques (Silhouette) et même une reprise d'un titre inédit de Peter Gabriel (Dog One) pour rappeler que Tony Levin, Larry Fast et Jerry Marotta bâtirent 25 ans auparavant le noyau musical sur lequel l'ancien chanteur de Genesis construisit sa carrière solo. Un beau disque avec des tonalités chaudes qui vont droit au cœur et sans conteste la plus belle réussite de Tony Levin sous son propre nom.

[ Tony Levin Website : Pieces of the Sun ] [ Ecouter ce CD / Commander ]

Kaipa : Notes Of The Past (Inside Out), Suède 2002
Kaïpa est un groupe de rock symphonique suédois qui publia cinq disques de 1976 à 1981 avant de disparaître dans l'anonymat. Le compositeur, chanteur et claviériste Hans Lundin en était la muse inspirée mais Kaïpa comptait aussi en son sein le guitariste Roine Stolt, un musicien éclectique et talentueux qui deviendra célèbre dans les années 90 avec The Flower Kings, l'un des groupes à l'origine de la renaissance du rock progressiste. Et même si l'essentiel des 80 minutes (un record) de ce Notes From The Past est composé et produit par Hans Lundin, cette nouvelle mouture de Kaïpa rappelle immanquablement les Flower Kings. Surtout à cause de la guitare très seventies de Stolt, subtil équilibre et improbable métissage entre l'élégance d'un Steve Hackett et l'inspiration débridée d'un Frank Zappa. Avec trois titres qui dépassent les 10 minutes, il s'agit toujours de rock symphonique, parfois très classique (Mirrors of Yesterday) et parfois coloré par une mélancolie propre au folklore des pays nordiques (A Road In My Mind). On y trouve aussi des ritournelles folk (Folke's Final Decision) et pour faire bonne mesure quelques titres plus pop-rock comme ce Night-Bike Ride aux envolées psychédéliques tendance flower-power. Une autre bonne surprise du cédé est Morganism, un instrumental plutôt jazz-rock rehaussé par une section de cuivres et un travail appréciable du bassiste des FK, Jonas Reingold. Notes From The Past est un disque varié bourré jusqu'à la gueule d'une musique au format plutôt passéiste mais qu'on écoute tout du long avec un plaisir certain.

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Vanden Plas : Beyond Daylight (Inside Out), ALL 2002
Formé en 1990, ce quintet allemand a considérablement évolué au cours des années pour devenir l'une des plus fines lames de ce que l'on nomme aujourd'hui le métal progressiste. Ce Beyond Daylight se démarque pourtant des productions des ténors du genre comme Dream Theater, Evergrey ou Threshold. La différence provient essentiellement d'une volonté de rester accessible mais aussi de la qualité des mélodies pourvues d'une émotion et d'une puissance dramatique hors du commun. Le premier titre, Nightwalker, permet instantanément de juger des capacités du groupe : une orchestration spectaculaire et originale comme si la musique était pulsée par un gigantesque ensemble de cordes, un refrain troublant scandé par le chanteur exceptionnel Andy Kuntz, une limpidité au niveau de l'arrangement rarement rencontrée dans ce genre trop souvent confronté à des murs de sons, un texte épique bien écrit, sans oublier la guitare virtuose de Stephan Lill qui boute le feu quand il veut à ce mid-tempo emporté par un vent menaçant. Et le plus surprenant, c'est que tout le reste est à l'avenant sur ce compact qui offre une heure de véritable évasion. Décidément, ces Germains ont le sens des épopées hivernales, de la poésie des âges révolus, des sagas ardentes aux peines immenses et aux joies démesurées. Ne sous-estimez plus jamais la puissance de Vanden Plas !

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Spock's Beard : Snow (Metal Blade / Inside Out), USA 2002
Les grands groupes de rock progressiste ont tendance à ponctuer leur carrière discographique d'une œuvre démesurée et ambitieuse sensée être le point d'orgue de leur création artistique. A l'instar du The Wall de Pink Floyd ou de The Lamb Lies Down On Broadway de Genesis, le dernier Spock's Beard est un double CD-livret luxueux d'une prétention au moins égale à celle des disques précités. L'histoire mystico-philosophique est basée sur l'exode vers la grande cité d'un paysan albinos surnommé Snow qui deviendra une sorte de messie grâce à son don particulier de voir dans la vie des gens et de les guérir de leurs afflictions. Un concept pas très original, dont le canevas de lecture n'est pas sans rappeler The Lamb justement ou encore celui de Subterranea d'IQ, mais qui est mis en musique avec beaucoup de maestria. Alternant les passages calmes et plutôt folk dans la manière seventies de Crosby Stills & Nash avec des titres plus rock évoquant les Beatles, John Lennon voire King Crimson ou même Frank Zappa, le groupe n'oublie pas d'injecter ici et là ses incontournables digressions instrumentales où brillent la guitare d'Alan Morse et surtout l'orgue Hammond de Mister Ryo Okumoto. Difficile de dire si ce disque laissera dans l'histoire du rock une trace aussi indélébile que celles de ses illustres prédécesseurs mais, à l'instar du Pink Floyd et de Genesis, il aura aussi ironiquement marqué la fin du groupe dans sa composition actuelle : l'emblématique chanteur Neal Morse ayant subitement décidé de quitter le navire pour des aventures plus spirituelles laissant ainsi la place au batteur Nick D'Virgilio qu'on peut entendre ici chanter sur quelques titres.

[ Spock's Beard : The Official Site ] [ Ecouter ce CD / Commander ]

Planet X : Moon Babies (Inside Out), USA 2002
On trouve la trace du claviériste Derek Sherinian chez Alice Cooper, Dream Theater (Falling Into Infinity, A Change of Seasons), Platypus, Shaman et pas mal d'autres combinaisons plus ou moins progressives. S'alliant au guitariste Tony MacAlpine et au batteur australien Virgil Donati pour un projet nommé Planet X, il bombarde sur Moon Babies un jazz rock instrumental puissant qui n'est pas sans évoquer le Allan Holdsworth de Metal fatigue ou d'I.O.U. A l'instar d'un batteur virtuose comme Chad Wackerman, Donati fait preuve d'une précision métronomique, se plaçant au coeur de l'artillerie avec ses poly-rythmes sauvages et savamment intriqués. Et MacAlpine, dont l'intensité d'un jeu sans concession peut faire penser à Steve Vai, rappelle aussi, par le son et un sens certain du legato, le Allan Holdsworth de l'époque et sa fameuse white-hot fusion. Quant à Sherinian, ses claviers ont un parfum 70's avec quelque de chose de plus moderne, d'urgent, voire de menaçant. La musique est agressive et sans une once de lyrisme. C'est une fusion dense, sombre, technique, angulaire, presque cybernétique dans sa conception en assauts successifs. Les riffs énergiques qui giclent d'un espace sonique superbement restitué par la production de Simon Phillips accrocheront les amateurs de sensations fortes rêvant d'un jazz rock à l'ancienne revitalisé par la démesure, la virulence et les techniques du nouveau millénaire.

[ Planet X : The Official Website ] [ Ecouter ce CD / Commander ]

Steve Howe : Skyline (Inside Out), UK/SUI 2002
A côté du groupe Yes dans lequel il officie depuis The Yes Album en 1971, le guitariste Steve Howe a enregistré des disques en solo témoignant à la fois de son amour de l'instrument et d'une vision très éclectique de ses possibilités explorées dans un format rock. Sur Skyline, il délivre une musique que l'on pourrait qualifier d'ambient ou new-age (tout au moins dans le sens où Brian Eno la conçoit), méditative et sereine, où ne manque ni la sensibilité ni la profondeur. Aidé aux percussions et aux claviers sur les deux tiers des titres par le Suisse Paul Sutin (avec qui il avait déjà collaboré en 1995 sur deux projets similaires intitulés Seraphim et Voyagers), Howe superpose sur des mélodies simples mais séduisantes ses multiples couches instrumentales. Ce ne sont pas moins de 20 guitares différentes, issues de la célèbre collection du musicien, qui sont utilisées ici : les amateurs reconnaîtront sans peine le son des Gibson Les Paul, des Fender Stratocaster, des Martin et autres Takamine Spanish sans oublier la mandoline et la pedal steel qu'il utilise aujourd'hui en concert avec Yes. Par chance, au-delà de la technique, le guitariste s'est bien davantage concentré sur les textures peaufinées avec une précision qui n'exclut pas la nuance, prenant bien soin de préserver la poésie de l'ensemble pour mieux en faire ressentir l'essentiel.

[ Steve Howe : Guitar Rondo ] [ Ecouter ce CD / Commander ]

Threshold : Critical Mass (Inside Out), UK 2002
Threshold est la réponse britannique à Dream Theater. Mais si l'alliance du progressif et du métal force à une telle référence, la comparaison s'arrête là. Après une décade marquée par plusieurs changements de personnel, ce groupe originaire du Surrey, déjà remarqué par le superbe Hypothetical lâché en 2001, a réalisé avec ce sixième disque en studio une œuvre personnelle moins compliquée, décousue et fragmentée que celles de son célèbre alter ego d'outre Atlantique. Subtil équilibre entre calme et turbulence, force et expressivité, mélodies et moments de bravoure, Critical Mass offre une succession de titres plus épiques les uns que les autres, intelligemment arrangés et sans rien de la prétention souvent attachée au genre. Les six musiciens de Threshold, dont deux guitaristes qui savent ce que rock et riffs veulent dire, préfèrent conjuguer leur talent pour interpréter une musique audacieuse mais homogène et ont bien compris que les moments forts sont bien mieux appréciés quand ils sont allégés de parties plus aériennes et atmosphériques. Bien que plusieurs titres abordent le thème de la réincarnation (Who of you feels he's been here before ? ), le disque n'est pas un concept album mais les morceaux s'enchaînent habilement pour composer une fresque variée et grandiose dont la production est techniquement parfaite. En plus du titre éponyme qui avec plus de 13 minutes constitue la pièce maîtresse du cédé, se détachent aussi Phenomenon, Choices, Falling Away et Avalon qui claquent comme les étendards rouge et bleu du nouveau prog-métal anglo-saxon.

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Glass Hammer : Lex Rex (Arion Records), USA 2002
Le disque démarre avec un présentateur passablement éméché qui annonce dans un style ampoulé tout droit sorti des années 40 une énorme extravaganza musicale nommée Lex Rex. Et la musique démarre avec un orgue Hammond rejoint rapidement par une guitare légère en contrepoint et une basse alerte juste avant que le groupe n'explose dans une symphonie magistrale. On pense tout de suite à Emerson Lake & Palmer ou à Yes dans leurs plus belles pages (Tarkus, Siberian Khatru) mais Glass Hammer, groupe centré sur le duo Fred Schendel et Steve Babb originaire de Chattanooga (Tennessee), a décidément un son personnel débordant de vitalité qui retient l'attention dès la première écoute. Les parties de synthés, d'orgue et de mellotron se combinent ou se succèdent avec d'autres jouées à la guitare ou sur un grand piano acoustique, le tout dans une interprétation brillante mettant en valeur des compositions aérées habilement écrites, arrangées au millimètre et rehaussées par une production claire et intelligente. Pour une fois, les textes ne sont ni sombres ni pessimistes mais, en racontant l'histoire d'un centurion de l'armée romaine en quête d'une gloire inaccessible et qui finira par transpercer de sa lance le corps du Christ sur sa croix avant de trouver la rédemption, ils véhiculent au contraire une éthique, une sagesse et une spiritualité plutôt inhabituelles dans le rock moderne. Si on ajoute à tout cela une pochette intrigante et un livret illustré d'images aux couleurs pastel très originales dues au pinceau de Rosana Azar, Lex Rex se révèle comme l'un des cédés de rock progressiste les plus essentiels à la perpétuation de ce genre musical.

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Star One : Space Metal (Inside Out), HOLLANDE 2002
Le guitariste hollandais Arjen Lucassen s'est fait connaître dans le petit monde du rock progressiste sous le nom d'Ayreon en produisant des rock opera atmosphériques et ambitieux sur lesquels il n'hésitait pas à inviter des pointures comme Fish, Damian Wilson ou Lana lane. Star One met davantage en avant son inclination pour le heavy métal avec des références à Deep Purple ou à Rainbow mais sans omettre pour autant une dose suffisante de progressif à la Threshold. Fidèle à sa manière de faire, il a invité plusieurs chanteurs aux voix bien caractéristiques se partageant la vedette sur un même titre : on reconnaîtra ainsi Damian Wilson (ex - Threshold), Russell Allen (Symphony X), Dan Swanö (Nightingale), Floor Jansen (After Forever) et Robert Soeterboek (Ayreon) bien utilisés dans leurs registres respectifs. Du coup l'ensemble est particulièrement agréable à écouter et se révèle beaucoup moins monotone que d'autres réalisations du même genre. D'autant plus que Lucassen lui-même est un guitariste particulièrement doué, capable de mettre la pression là où c'est utile, et que ses qualités de compositeur sont nettement au-dessus de la moyenne. Un bon point supplémentaire est encore accordé pour les textes amusants qui renvoient à des grands films de science fiction mais avec l'idée originale d'en retranscrire l'ambiance plutôt que de reprendre littéralement des histoires déjà archi-connues. Et c'est avec plaisir qu'on retrouvera au fil des titres les univers imaginaires d'Outland (High Moon), Star Trek IV (Songs Of The Ocean), Star Wars (Master Of Darkness), Stargate (The Eye Of Ra), Dune (Sandrider), Alien (Perfect Survivor) et 2001 - 2010 : A Space Odyssey (Starchild). Un must pour les amateurs de SF et pour ceux qui aiment le prog coulé dans les forges des Titans et autres armureries d'Isher. A quand un nouveau projet en studio consacré cette fois aux grands romans de la SF comme Hyperion, la saga Vorkosigan ou Fondation ?

[ Arjen Lucassen - Ayreon - Star One ] [ Ecouter ce CD / Commander ]

Arena : Contagion (Verglas), UK 2003
Ca commence très fort avec Which Hunt, un brûlot plein d'allant annonciateur de tempête. Le dernier Arena innove par rapport à sa production antérieure avec un son heavy et saturé de guitares épaisses. Après Immortal, son précédent opus avec le même line-up, le groupe du claviériste Clive Nolan et du batteur Mick Pointer appuie à fond sur l'accélérateur. Rob Sowden se révèle ici comme un chanteur passionné et le guitariste John Mitchell se taille la part du lion avec un son saturé et apocalyptique bien que toujours mélodique et sans esbroufe à l'opposé des princes du prog-métal. Tournant autour d'un concept plutôt ambigu où il est question de la rédemption d'une humanité perdue par un monde corrompu sans foi ni spiritualité, les plages se succèdent avec une réjouissante versatilité, passant sans transition de titres puissants à des morceaux plus atmosphériques. Nolan lui ne laisse rien au hasard et enveloppe la musique dans des nappes de claviers qui pour être discrets n'en sont pas moins essentiels à la texture et à l'ampleur de l'ensemble. Un disque qui pêche légèrement par un manque de contraste mais qui interpelle par son énergie, son intensité et une volonté salutaire de sortir des sentiers battus du néo-prog.

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Jadis : Fanatic (Inside Out), UK 2003
Ce cinquième album studio (le premier, More Than Meets The Eye, date de 1992) consacre enfin un groupe britannique resté jusqu'ici plutôt méconnu. Vitaminée par le chanteur Gary Chandler, unique rescapé de la formation originale de 1985, la musique de Jadis est difficile à cataloguer, ce qui en soi est toujours une bonne chose. Avec ses arrangements carrés et ses mélodies attrayantes, elle flirte parfois avec le rock classique d'un Genesis post Gabriel sans en être vraiment : les interactions entre les riffs inventifs de Chandler et les claviers de Martin Oxford (également membre du groupe IQ), la richesse des textures, les changements de rythmes et de climats ainsi que la sophistication des compositions ne trompent pas. C'est du rock progressiste dans le pur sens du terme. Un peu de symphonisme par ici, une larme de Pink Floyd par là sans oublier un zeste de néo-prog genre Marillon ou IQ, les références ne manquent pas mais elles restent évanescentes et plutôt inutiles à relever tant le son de l'ensemble est original. Avec des perles comme The Great Outside, Into Temptation, Each And Everyday ou l'instrumental Fanatic, ce compact, qui sans être complexe ne se laisse pas appréhender si facilement, affiche une aspiration à s'élever musicalement. Après une dizaine d'écoutes, impossible de s'en passer. Jadis a conçu une oeuvre exigente faite pour durer, tout le contraire des musiquettes pop insipides qu'on balance à longueur de jour sur les radios FM.

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Chrome Shift : Ripples In Time (DVS Records), Denmark 2003
Chrome Shift, nom étrange pour un groupe danois dont le premier opus surprend par son professionnalisme, sa cohésion et un son digne des plus grands. Le style alterne entre un métal d'une force tranquille à la Vanden Plas et des passages plus progressistes incluant des interludes au piano et des extraits atmosphériques où l'émotion prime sur la puissance. Les compositions sont parfaitement équilibrées et quelques-unes unes d'entre elles, comme Full Moon, se distinguent par des chorus catchy propres à engendrer le frisson tant attendu. Mais si c'est le travail d'ensemble qui emporte immédiatement l'adhésion, il ne faut pas pour autant négliger les apports individuels : la guitare d'Otto Schütt sait rugir à bon escient tandis que les claviers de Jakob Paulsen enrichissent les textures et apportent de la fraîcheur à un métal qui se veut avant tout mid-tempo et mélodique. Quant au chanteur, Ramus Back, sa voix bien posée sur la masse sonore peut parfois évoquer celle de Damien Wilson quand il officiait au sein de Threshold. La pièce maîtresse du cédé est le titre épique Ripples In Time qui clôture le programme : une tétralogie sur les ondulations spatio-temporelles qui emprunte son thème à la science fiction et qui se termine par un final grandiose. La production cristalline de Jacob Hansen n'est certes pas pour rien dans l'impact musical et la pochette très classe conçue par le talentueux Mattias Norén ajoute une touche de mystère à un disque qui fait évoluer le prog métal hors des balises posées dans les années 90 par Dream Theater et suivies depuis par des centaines de clones.

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