Rock progressiste : La Sélection 2007



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Le premier album de la nouvelle année 2007 est le très attendu Scarsick de Pain Of Salvation. Semi déception : le groupe renoue certes avec une musique moins nombriliste que celle de ses précédentes productions mais se disperse aussi dans des genres peu prisés des amateurs de progressif, comme le rap ou le disco, entraînant du même coup la division de ses fans. Si les seconds essais de Blackfied et de Steve Thorne ne déçoivent pas, l’effet de surprise ne joue plus et on les accepte pour ce qu’ils sont : de bons albums déjà routiniers qui ne feront guère de vagues. C’est donc de Neal Morse que viendront les premiers vrais frissons de l’année polaire avec un Sola Scriptura aussi ténébreux qu’impérial qui se hisse d’emblée au panthéon de sa discographie. En passant, on se laisse distraire par Four O'clock And Hysteria de son frère Alan qui délivre une ode inattendue à la guitare fusion dans un style « smooth » genre Larry Carlton.

Steve Thorne : Emotional Creatures Part IISylvan : PresetsThe Reasoning : AwakeningUn autre éblouissement est bientôt causé par le premier opus de Blind Ego (Mirrors), projet du guitariste Kalle Wallner de RPWL, qui surprend par une œuvre forte et personnelle même si elle emprunte à tous les genres. Il faut dire qu’il s’est donné les moyens en s’entourant de pointures du rock progressiste comme Paul Wrightson, John Mitchell, John Jowitt, Yogi Lang et Clive Nolan. Si Marillion déçoit avec Somewhere Else qui, sans être inintéressant, ne vaut pas Marbles, les vétérans de Rush par contre démontrent qu’ils ont toujours leur mot à dire : Snakes & Arrows est un disque de Rock solide, carré et mélodique qui convaincra les plus difficiles et pas seulement dans le cercle des amateurs de progressif. Le guitariste de Genesis en live, Darryl Stuermer, profite de son aura toute neuve pour enregistrer un album qui le sortira définitivement de l’anonymat : Go n’est rien qu’un autre disque instrumental de guitare fusion mélodique et sophistiquée mais il rappelle les beaux jours où la musique pouvait encore s’exprimer hors des modes. Quant au sextet norvégien, Gazpacho, son album Night distille un musique de nuit dotée d’une approche moderniste qui enrobe avec soin sa monotonie et son ascétisme. Les boulimiques Flower Kings font leur come-back avec The Sum Of No Evil, un disque qui fait marche arrière vers les titres épiques et les ambiances « hippie » de leurs premières productions. Et puis, lâché avant l’été, il y a ce formidable Fear Of A Blank Planet qui confirme que Porcupine Tree est le groupe le plus novateur et le plus indispensable du 21ème siècle avec un Steve Wilson qui plane désormais au-dessus de ses contemporains. Il ne le sait pas encore mais son prochain compact sera enregistré sous son nom et il témoignera du génie de son auteur.

Phideaux : Doomsday AfternoonThe Gourishankar : 2nd HandRiverside : Rapid Eye MovementDavid Gilmour : That Night - Live At The Royal Albert HallDans l’ombre de ces monstres sacrés du progressif contemporain, survit une cohorte de groupes mineurs dont les productions sont enfouies dans la masse des disques qui sortent chaque année de plus en plus nombreux. Parmi ceux qui valent sûrement la peine d’être écoutés, on retiendra Presets de Sylvan, moins dense que Posthumous Silence mais plus mélodique et accessible ; Angling Feelings du band suédois Kaipa qui, malgré l’absence de Royne Stolt, reste une valeur sûre du rock progressiste symphonique ; l’excellent Awakening d’un nouveau venu nommé The Reasoning dans un genre cool et mélodique proche de Karnataka et de Mostly Autumn (dont le Heart Full Of Sky sans génie n’arrive pas à se démarquer de ses productions précédentes); Sleeping In Traffic: Part One de Beardfish et Circus Of Life de Magic Pie qui fleurent toujours bon les seventies ; l’étrange Insekt de Carptree bien difficile à appréhender mais loin d’être insignifiant ; le très brillant Doomsday Afternoon du groupe américain Phideaux avec lequel il faudra désormais compter ; Empires Never Last de Galahad, Alone Together de Quidam, Into The Night de Satellite ainsi que l’excellent Under A New Sign du groupe hollandais Knight’s Area qui prouvent que le Néo-Prog peut encore être emballant et même créatif. Les plus aventureux (et les plus fortunés) étaieront leur soif de curiosité en découvrant des artistes venus de contrées lointaines comme The Third Ending de Tasmanie, Gavin O’Loghlen (The Poet And The Priest) d’Australie, The Gourishankar (2nd Hand) de Russie, La Desooorden (Ciudad De Papel) du Chili, Sigur Rós (Heima) d’Islande, Vitalij Kuprij (Glacial Inferno) d’Ukraine et Osiris (Visions From The Past) de Bahrein. Du rock progressiste qui se joue dans les marges, parfois dans des conditions difficiles, mais qui séduit indéniablement par son enthousiasme, sa fraîcheur et sa qualité.

Côté métal, avouons qu’on a fini par se lasser des démonstrations pyrotechniques concoctées par les ténors du genre qui tendent à se répéter avec des productions certes soignées mais qui n’emballent plus grand monde. C’est ainsi que Threshold (Dead Reckoning), Kamelot (Ghost Opera), Symphony X (Paradise Lost) et autres Poverty's No Crime (Save My Soul) ont bien du mal à trouver un second souffle. Dream Theater, par contre, tire son épingle du jeu avec un époustouflant Systematic Chaos bourré de technique mais aussi de fantaisie tandis que l’éblouissant Rapid Eye Movement consacre les Polonais de Riverside qui ont appris à noyer leur métal dans de multiples influences allant de Tool à Pink Floyd. The Origins Of Ruin de Redemption n’a pas non plus rencontré le succès escompté en dépit (ou à cause) d’une approche nouvelle combinant power et métal progressiste. On y croit quand même et on attend la prochaine sortie qui permettra de trancher.

Et pour ceux qui aiment leur progressif en images, les deux DVD qu’il fallait acheter cette année étaient Going Off On One, première production en images réussie de The Tangent, et l’incontournable That Night: Live At The Royal Albert Hall de David Gilmour qui, lui, garde l’incomparable avantage d’être offert à la vente dans tous les magasins de disques non spécialisés y compris les grandes surfaces.

Au-delà de cet insignifiant microcosme, le monde continue de tourner tant bien que mal. iPhone et Vista envisagent de conquérir le monde. Le nombre de morts en Iraq par suite d’attentats défie toute imagination. On a dit adieu à des musiciens légendaires comme Alice Coltrane, Michael Brecker, Max Roach, Oscar Peterson, Ike Turner et Joe Zawinul. Des scientifiques ont découvert une planète semblable à la terre dans la lointaine constellation Libra. Du coup, on rêve qu’un jour, on partira très loin au-delà du système solaire et jusque dans les étoiles. Et il n’y a pas un mois sans que des cyclones aux noms étranges ne dévastent des régions entières tandis que les Nations Unies organisent une conférence sur les changements climatiques à Bali dont on ne tirera pas grand chose. Ca se propage et on le confirme : la planète ne va pas bien et la vérité dérange !

Allez, voici la sélection de Dragonjazz, faite de bric et de broc, amassée avec un peu de perspicacité et beaucoup de subjectivité dans tous les sous-genres qui composent aujourd’hui ce qu’on nomme encore et toujours le rock progressiste … Sic transit 2007 …


Redemption : The Origins Of Ruin (InsideOut), USA 2007
Redemption : The Origins Of Ruin
Redemption, groupe de Los Angeles dont le premier album éponyme est sorti en 2003, est désormais édité par le label progressiste InsideOut, ce qui est un gage de qualité et de reconnaissance. Son créneau est une musique qui se réfère aussi bien à la virtuosité technique d’un Dream Theater ou d’un Threshold qu’aux riches harmonies et aux mélodies véloces d’un Kamelot ou d’un Vanden Plas. En fait, la première écoute ne révèle rien de fort original en ce sens que les balises du genre ne sont jamais dépassées : batterie herculéenne à double grosse caisse, rythmiques mitraillettes, guitares pyrotechniques et cette attitude hardcore qui consiste à rouler à toute allure même si c’est droit dans le mur. Pourtant, il y a dans ce disque deux ou trois choses qui forcent à revenir sur ses pas. D’abord, il y a la voix de Ray Alder, chanteur de Fates Warning depuis No Exit sorti en 1988 et que l’on peut notamment entendre sur A Pleasant Shade Of Gray (1998) : la ballade The Origins Of Ruin rappellera ici d’excellents souvenir à ceux qui ont apprécié cette oeuvre étrange et atypique. Alder est un chanteur à la voix expressive et au registre medium qui sait faire passer l’émotion sans trop se forcer. Son chant profond sur le puissant Man Of Glass, un des sommets du disque, est superbe d’aisance et de sens mélodique. Et puis, il y a l’homme fondateur à la base du projet, Nicolas van Dyk, claviériste, guitariste et surtout excellent compositeur de mélodies accrocheuses. Lui et Bernie Versailles se chargent du département guitares et, de rafales agressives en solos brûlants, ils plient le métal à leur volonté. Fall On You, le dernier titre épique qui s’étend pourtant sur près de 10 minutes, séduit sans affadissement depuis son intro aux guitares acoustiques jusqu’à la grandiose symphonie finale, ce qui n'est pas si courant. Certes, certains titres sont moins originaux (comme l’ultra rapide Used To Be par exemple) mais globalement, le disque est bien balancé. En adéquation avec la belle pochette conçue par Travis Smith, les textes fort bien écrits sont réflectifs et sombres. Et si l’on ajoute que la production confiée à Tommy Newton - à qui l’on doit entre autres Siege Perilous de Kamelot, Burn The Sun de Ark et Keeper Of The Seven Key de Helloween - est parfaite, on doit bien admettre que ce troisième album de Redemption a de quoi imposer sa loi. En fin de compte, dans un genre à la descendance pléthorique, The Origins Of Ruin se distingue par un mélange explosif de Power mélodique et de Métal progressiste qui grandit dans les cœurs quand on y prête attention. C’est bien assez pour qu’on en recommande l’écoute.

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Lazuli : en avant doute... (Musea), France 2007
Lazuli : en avant doute...
Dès la première écoute, la filiation avec Ange est claire et d’ailleurs le groupe ne cherche pas à l’occulter puisqu’on trouvera dans le répertoire de cet album une reprise de Capitaine Cœur de Miel (extrait de Guet-Apens, 1977). Certes, les paroles sont en français et les textes tournés avec humour, truffés de jeux de mots et chantés d’une façon théâtrale évoquent le groupe de Christian Décamps qui, en août 2006, ne manquera pas d’inviter Lazulli à assurer la première partie du concert célébrant son 60ème anniversaire. Ceci dit, la comparaison s’arrête là car ce troisième compact affiche tant d’originalité qu’il devient vite impossible de lui coller une quelconque étiquette. D’abord, il y a la composition du groupe qui ne comprend pas de batterie classique. Ensuite, la nature des instruments joués par les cinq musiciens sort vraiment du commun : vibraphone, marimbas et métallophone côtoient des percussions diverses et un Chapman Stick. Et surtout, il y a cet engin bizarre dont joue Claude Leonetti et qu’on appelle « la léode » ainsi dénommé d’après un anagramme composé avec les lettres du nom de son inventeur. Suite à un accident de moto qui l’a privé de l’utilisation de sa main gauche, Leonetti a imaginé cet instrument qui ressemble à une tablier de bois tenu verticalement et sur lequel on joue simplement en y faisant glisser les doigts. A mi-chemin entre une guitare électrique et un synthé, la léode contrôle par un système Midi un sampler et un multi-effets, ce qui lui permet d’émettre une gamme de sons aux enveloppes variées et souvent indéfinissables. Contrairement à Ange, la musique n’est pas symphonique (il n’y a pas de claviers) et les chansons concises, tempérées et bien découpées sont davantage bâties sur un système percussif élaboré qui se distingue par une dynamique fiévreuse et des textures sonores inhabituelles. On pourrait citer à titre de comparaison certaines musiques de Peter Gabriel en solo mais le son est ici moins fluide, moins lisse, plus organique, plus exacerbé. La quasi-totalité des solos sont assurés par la léode qui parvient dans son langage propre à exprimer les sentiments les plus extrêmes. Lyrique ou agressif en fonction des compositions, Claude Leonetti fait preuve d’une musicalité flamboyante et tire le maximum de son instrument hybride, parvenant bien souvent à installer des climats jubilatoires. Quant à son frère, Dominique, sa voix haut perchée et son phrasé clair conviennent bien pour raconter ses petites histoires décalées et fantasques. Le disque est accompagné d’un DVD professionnel et bien fourni avec des extraits de concert, un clip, des photos, un documentaire et un film instructif expliquant la genèse de la léode. Dans l’histoire du Rock progressiste, les musiciens français n’ont peut-être joué qu’un rôle épisodique mais grâce à des protagonistes majeurs comme Ange, Malicorne, Magma, Pierre Moerlen, Jean-Luc Ponty ou Richard Pinhas, leur apport au genre fut quand même considérable. Et il convient aujourd’hui d’ajouter Lazulli à la liste restreinte de ces artistes qui font référence. Ce disque, le plus singulier de cette année 2007, est à découvrir d’urgence !

On veut des enfants précoces qui prennent les devant,
on fait des enfants féroces armés jusqu'aux dents.
Laisse Courir (Dominique Leonetti)

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Knight Area : Under A New Sign (The Laser's Edge), Pays-Bas 2007
Knight Area : Under A New Sign
En 2004, ce groupe hollandais avait surpris avec son excellent premier disque intitulé The Sun Also Rises. Ils récidivent avec ce second projet dans la même ligne que le précédent : un Néo-Prog symphonique plein de panache qui rappelle les meilleurs moments de IQ, Jadis, Pallas ou Arena. Entretemps, le groupe s’est développé autour de la personnalité de son claviériste, compositeur et producteur, Gerben Klazinga, pour devenir un puissant septet réunissant autour d’un noyau classique (chanteur - claviers – guitares – basse – batterie) un second guitariste et un flûtiste. Autant dire que les textures sont très riches d’autant plus qu’il faut encore compter avec un violoncelliste et un troisième guitariste invités respectivement sur un et deux titres. Dès A Different Man (première partie d’une suite en deux volets dont le second clôture l’album), on est plongé dans une musique extrêmement évocatrice qui rappelle certes les groupes précités mais qui séduit surtout par la qualité des mélodies, la fraîcheur des interprétations et l’habile répartition des sons. L’introduction à la flûte dans un style médiéval sur A Different Man Part II, la puissance à la Dream Theater des riffs de Mastermind ou les interplays jazzy entre guitares et orgue sur l’instrumental Under A New Sign constituent des moments privilégiés qui ne trompent guère : Knight Area a la pêche et n’a rien à cirer des clichés même si l’on reconnaîtra sur Dreamweaver quelques citations musicales familières. Quant à la seule ballade du répertoire, Courteous Love, elle n’est pas aussi soporifique qu’on aurait pu le craindre à l’écoute des premières mesures : violoncelle et piano acoustique s’accordent à merveille et l’inattendue montée en puissance de la partie instrumentale à deux minutes de la fin ravive soudain la lumière de bien belle manière. Bien sûr, on pourra toujours leur reprocher de caler leur direction artistique sur un genre particulier et ne pas s’en émanciper mais au-delà de cette limite, il faut aussi leur reconnaître un sacré talent pour l’écriture et une science de la construction qui les placent tout de suite au même niveau que leurs références. Des textes corrects et une mastérisation goupillée par le guru américain de l’enregistrement digital Bob Katz achèvent de donner à cet objet un aspect très professionnel. Seule la pochette, pourtant confiée au grand designer suédois Mattias Norén (Evergrey, Derek Sherinian, Kamelot, Chrome Shift…) n’est pas à la hauteur du produit : les tons sombres et la photo trop conventionnelle suggèrent davantage un groupe de métal de seconde zone que la perle progressive qu'est Under A New Sign. En tout cas, ceux qui apprécient les groupes précités et le Néo-Prog ancré dans une certaine tradition sont plus qu’invités à honorer hautement cet album.

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Gazpacho : NightNight / livret intérieur
Gazpacho : Night (Intact Records), Norvège 2007

Vents célestes et rythmique hypnotique, le premier titre, Dream of Stone, installe lentement son ambiance sereine qui s’étendra sur 17 minutes. Les multi couches de la musique se superposent en douceur tandis que la voix claire et douce de Jan Henrik Ohme s’élève au-dessus de l’orchestre. On trouvera tout de suite des accointances avec les morceaux les plus éthérés de Marillon (période Steve Hogarth) qui a probablement été une source d’inspiration (Gazpacho a autrefois tourné avec eux en assurant leurs premières parties et d’ailleurs, le nom Gazpacho est aussi celui du premier morceau de l’album Afraid Of Sunlight de Marillion). Toutefois, la musique est ici traitée différemment, avec une approche moderniste qui peut faire penser à Pure Reason Revolution ou au Rock alternatif d’un Radiohead. C’est une question de son avant tout : la batterie métronomique est en avant, les guitares paresseuses, la voix en apesanteur et le tout est mixé dans une nébuleuse avec beaucoup de réverbération. Vers le milieu du morceau, en dépit de l’orchestration superbe, on finit quand même par compter les poteaux mais à la treizième minute, un passage presque classique avec un violon mélancolique ranime l’attention avant que le rythme monotone ne reprenne ses droits et que l’on ne s’achemine vers la conclusion sur un solo de guitare ascétique. Chequered Light Buildings s’enchaîne naturellement et le tempo est encore plus dépressif avant que la musique n’explose sur une partie instrumentale vitaminée : plus dense et varié que le précédent, ce titre est aussi plus convaincant. Upside Down renoue avec une rythmique immuable et la mélancolie de Dream Of Stone mais la composition est sauvée par des guitares à la Steve Rothery et un break inattendu introduisant une superbe ritournelle d’inspiration celtique à base d'orgue, de flûte et de violon sans oublier le hululement lugubre d'une chouette. Avec sa guitare acoustique et son refrain accrocheur, Valerie's Friend est ce qui ressemble le plus sur cet album à une chanson classique tandis que ce qui constitue en fait une longue suite dédiée au rêve se clôture sur un Massive Illusion relativement plus animé avec, en finale, une nouvelle envolée mélodieuse de violon sur fond de piano acoustique. L’étrange pochette dans les tons bleu sombre a été conçue par le jeune Espagnol Antonio Seijas Cruz et son art digital a tellement marqué les membres du groupe qu’ils l’ont carrément laissé s’étendre sur les six volets en oubliant d’y ajouter les paroles des morceaux. Sombres et naïves, ces images sont porteuses de rêve et illustrent à la perfection l’atmosphère bleu nuit des chansons auxquelles elles sont directement reliées. Si vous appréciez les ambiances éthérées rendues avec modernisme, les derniers opus de Marillion quand Hogarth joue la carte de la simplicité, le Post-Rock atrabilaire et les compositions les plus discrètes de Radiohead, le cinquième album de ce sextet norvégien saura probablement allumer un grand brasero dans vos cœurs tristes. Mieux vaut toutefois écouter les extraits offerts sur le site officiel du groupe avant de se décider à l'acheter.

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Dream Theater : Systematic Chaos (Roadrunner Records), USA 2007
Dream Theater : Systematic Chaos (édition normale)
Systematic Chaos offre tout ce que l’on peut attendre aujourd’hui d’un bon album de Dream Theater. D’abord, il y a la présence d’un véritable titre épique, In The Presence Of Enemies, bizarrement scindé en deux parties placées au début et à la fin de l’album mais qui, une fois mises bout à bout, constituent, avec leurs six sections, le titre le plus long jamais composé par le groupe. On y retrouvera tout ce qui, au cours de la décennie précédente, fit le succès de Dream Theater : de longs passages instrumentaux aussi torrides que virtuoses, la batterie foisonnante de Portnoy, des attaques fulgurantes sculptées dans la démesure, des mélodies bien ficelées, des arrangements structurés jusque dans leurs débordements et cette façon magistrale de faire monter la pression au fil des différentes sections. Ce qui a évolué par contre, c’est la voix de James LaBrie en net progrès par rapport à ses premiers opus. L’ambiance y est sombre et les textes fantastiques de Petrucci, inspirés par la plus pure Fantasy, renouent avec une certaine forme d’épopée devenue aujourd’hui plutôt rare dans le Rock progressiste. D’une toute autre nature, à la fois plus classique, plus sobre et beaucoup plus concis, Forsaken n’en reste pas moins une formidable composition recelant dans le mouvement ample de sa mélodie quelque chose de la puissance d’un Vanden Plas. A l’instar de Never Enough sur Octavarium, Prophets Of War démontre encore une fois l’intérêt porté par Dream Theater au trio Muse, ce qui fait de ce titre le plus commercial de l’album mais sûrement pas le moins intéressant. Il faut encore sauver The Ministry Of Lost Souls qui est une pièce symphonique typique, témoignant de la facilité avec laquelle le groupe peut bâtir des compositions grandioses à vocation progressive avec une précision d’horloger suisse. Malheureusement, le reste empêche l’album de se hisser parmi les sans fautes. Constant Motion rappelle beaucoup trop Metallica et démontre que Portnoy ne devrait plus être autorisé à s’approcher d’un micro. Après The Glass Prison, This Dying Soul et The Root Of All Evil, Repentance est une quatrième étape dans le cycle des chansons anti-alcooliques de Mike Portnoy mais sa longueur et la série interminable de monologues déclamés par des invités tuent toute envie de la réécouter une seconde fois. Enfin, le pire consiste en cette bouillie sonore qu’est The Dark Eternal Night qui fait espérer que Dream Theater comprendra un jour qu’il n’a strictement rien à faire dans ce genre de métal extrême ne conduisant nulle part. Toutefois, comme Systematic Chaos dure quand même plus de 78 minutes, on trouvera largement ici de quoi se reconstituer un excellent compact d’environ 50 minutes : c’est ainsi qu’il faut procéder avec ces albums fleuves produits par des groupes qui tentent de satisfaire un public le plus large possible. L’édition spéciale offre, en plus du compact, un DVD avec un mixage 5.1 Dolby Surround de l’album entier qui spatialise la musique et en rehausse l’impact plus un documentaire de 90 minutes, régi par Mike Portnoy et intitulé « Chaos in Progress », qui retrace les différents étapes de l’élaboration du disque : un peu long mais pas totalement inintéressant pour ceux qui aiment disséquer l’empilement des couches multiples qui constituent la confection d’un opus moderne de musique rock.

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Daryl Stuermer : GoGo / pochette versoGo / livret intérieur
Daryl Stuermer : Go (Inside Out), USA 2007

Daryl Stuermer est un musicien qui joue la plupart du temps là où il vit, à Milwaukee dans le Wisconsin. Autant dire que personne n’en aurait jamais entendu parler s’il n’avait été le guitariste de scène, après le départ de Steve Hackett, du plus grand des groupes de Progressif : Genesis. Alternant basse et guitare en synchronisme avec Mike Rutherford, il les a accompagné en tournée de 1978 et 1992 et ceux qui l’ont vu savent pourquoi c’est lui qui a été recruté. Profitant du moment stratégique coïncidant avec la nouvelle tournée de Genesis, Stuermer sort un nouvel album qui cette fois bénéficie en plus d’une large diffusion grâce au dynamisme du label allemand Inside Out. Mais si avec Genesis, son contrat et les circonstances l’obligeaient essentiellement à respecter les compositions originales sans trop s’écarter des partitions de Steve Hackett ou de Mike Rutherford, ici, le guitariste est libre d’exprimer son penchant naturel pour un Jazz-Rock mélodique (rappelons que Stuermer a joué quelques années avec le violoniste Jean-Luc Ponty avec qui il a enregistré en 1977 le LP Enigmatic Ocean). Interprétées par un groupe efficace au sein duquel on repère aussi le nom de Leland Sklar en invité, bassiste de Milwaukee et musicien contractuel pour une foule d’artistes dont Toto, Billy Cobham et Phil Collins (avec qui Daryl Stuermer a également beaucoup tourné), les compositions du leader ont belle allure. Le premier titre, Striker, renseigne immédiatement sur le style global de l’album : technique, avec une guitare au son impressionnant qui rappelle un jazz-rock esthétique plutôt smooth et typé années 80 - imaginez un croisement entre Frank Gambale au sein de l’Elektric Band de Chick Corea et Steve Lukather de Toto. Marsala Mantra explore une mélodie extrême orientale tout en mettant un coup d’accélérateur : les notes s’enfilent les unes aux autres avec dextérité et l’ensemble plane plutôt haut. Le répertoire comprend aussi deux ballades plus mélodiques et accessibles que le reste : Dream In Blue avec un solo lunaire et Heavy Heart davantage influencé par la musique de Genesis époque post-Gabriel (genre Squonk) avec un jeu de batterie évoquant Phil Collins. Une chose toutefois que l’on pourrait reprocher à ce disque, c’est le son trop similaire d’une plage à l’autre. On a l’impression que Stuermer s’est davantage concentré sur son jeu et ses mélodies mais beaucoup moins sur les arrangements. C’est la même combinaison claviers / guitares qui revient inlassablement et, à la longue, fatigue quelque peu. Stuermer aurait aussi dû céder un peu plus d’espace à ses acolytes au lieu de s’approprier la quasi-totalité des solos et de laisser ainsi son album prendre une couleur monochrome. En définitive, Go reste avant tout un album instrumental entièrement dominé par les guitares : elles sont partout, chantent les mélodies, improvisent dessus et se paient une fête païenne qui rappelle les beaux jours où la musique pouvait s’exprimer hors des modes. Même le livret de 12 pages en est rempli : rouges avec un liséré blanc, brillantes et lançant des éclairs de feu, il n’y en a que pour elles ! A réserver donc en tout premier lieu aux amateurs de cet instrument joué dans un style de fusion mélodique et sophistiquée avec un côté rétro années 80.

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Porcupine Tree : Fear Of A Blank PlanetFear Of A Blank Planet : livret intérieur / 1Fear Of A Blank Planet : livret intérieur / 2
Porcupine Tree : Fear Of A Blank Planet (Roadrunner Records), UK 2007

Voici le grand opus de Porcupine Tree. Celui qui va l’imposer définitivement chez ceux qui ne savent pas encore combien ce groupe est génial. Musicalement, Fear Of A Blank Planet est la synthèse des styles abordés au cours de leur évolution, depuis les ambiances « space » et psyché des 90’s en passant par les mélodies légères de Lightbulb Sun en 2000 et jusqu’au métal alternatif du récent Deadwing. Tout en restant fidèle à son univers personnel, Steve Wilson fusionne ses influences et plonge le fer acéré du métal dans un océan de vagues émotionnelles, dotant ses compositions ambitieuses d’effets sonores, d’arrangements lumineux et de solos affûtés, sans jamais négliger ce qui fait la grandeur des œuvres majeures : la qualité des mélodies. Même l’interminable Anesthetize qui, avec ses 18 minutes, est la plus longue composition de PT depuis The Sky Moves Sideways en 1995, est tellement dense et inattendue dans la succession de ses divers segments qu’on n’a qu’une envie : c’est de se la repasser en boucle. C’est du pur Steven Wilson et du meilleur et, n’en déplaise au compositeur qui s’en défend pourtant dans les médias, on ne trouvera rien de moins conformiste aujourd’hui que cette glorieuse émanation de musique underground et lettrée. D’ailleurs, Robert Fripp lui-même est venu colorer le paysage sonore sur Way Out Of Here, adoubant ainsi la nouvelle génération de ce Rock non aligné. Le concept qui sous-tend les textes de ce nouvel album est inspiré du roman Lunar Park de Bret Easton Ellis (l’auteur du sulfureux American Psycho), une sorte de rêve éveillé mêlant autobiographie, hallucinations et visions stupéfiantes sauf qu’ici, ce sont les tourments des adolescents modernes, au lieu de ceux du père, qui sont analysés. Laissés à eux-mêmes, sans repères ni valeurs, les jeunes se réfugient dans un monde à eux où la technologie et les jeux de rôle remplacent la vie sociale. Bourrés de médicaments censés les ramener dans la normalité, ils s’enfoncent davantage dans un isolement peuplé de futilités : X-box is a god to me, a finger on the switch, my mother is a bitch, my father gave up ever trying to talk to me... Un thème sombre magnifiquement illustré par le regard, angoissé et éclairé par la lumière d’un écran cathodique, de l’adolescent représenté sur l’admirable pochette conçue par le photographe danois Lasse Hoile. La persistance paie quand on a du talent et avec Fear Of A Blank Planet, Porcupine Tree a fini par passer dans la lumière : sa musique s’écoute en radio et ses compacts sont disponibles chez le disquaire du coin ou dans les grandes surfaces entre Pink Floyd et les Greatest Hits de Queen. Pour une oeuvre aussi distincte et non conventionnelle, c’est surprenant mais amplement mérité ! Tout soudain, Porcupine Tree n’est plus l’emblème du Rock progressiste moderne, c’est un des plus grands groupes de Rock tout court.

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Marillion : Somewhere Else (Intact Records), UK 2007
Marillion : Somewhere Else
Ca commence plutôt bien avec The Other Half, chanson au tempo medium dominée par le chant mélodique de Steve Hogarth soudainement interrompu par un break au piano annonçant une seconde partie typiquement dans le style de Marillion avec un solo de guitare élégiaque qui procure lumière et vie à cette introduction fort réussie. Peu de surprise avec le relaxant See It Like A Baby très agréable à écouter avec son accompagnement de guitare savamment psyché et la volonté de Marillion de s’intégrer quand c’est possible dans une musique Pop-Rock accessible : voilà un titre sorti en simple qui pourrait devenir un futur classique des radios Rock si l’on voulait bien accorder une petite chance à ce groupe de se faire entendre sur les ondes. Emmené par le piano de Mark Kelly, Thankyou Whoever You Are est une jolie ballade au refrain enrobé d’une orchestration savante. Passons rapidement sur un Most Toys bruyant, répétitif et sans intérêt pour retrouver le piano délicat de Kelly mêlé aux plaintes de la guitare de Rothery pour ce qui constitue le plus long et le plus atmosphérique des morceaux de l’album : Somewhere Else. Marillion poursuit dans cette voie placide avec A Voice From The Past qui sonne comme une extension du titre précédent. No Such Thing est encore plus mélancolique avec une sonorité liquide et un riff de guitare aquatique qui mouline sous la surface dans une errance sans fin. Plus énergique, The Wound vient comme un fantôme rappeler que Marillion fut jadis un groupe progressiste composant des chansons avec des structures complexes : dommage que celle-ci ne figure pas parmi les meilleures! Le traînant The Last Century For Man n’est pas totalement dénué d’intérêt avec un crescendo final dramatique en phase avec son texte socio-politique désenchanté. L’album se clôture déjà sur une ballade acoustique (Faith) très mélodique où percent quelques accents beatlesiens. Ceux qui attendaient une suite à Marbles seront un peu déçus : Marillion ne capitalise pas vraiment sur l’excellente impression laissée par cet album sorti il y a déjà trois années. Avec cette musique délibérément moderne, volontairement retenue et comportant peu de solos, Marillion tente encore une fois de décrocher une reconnaisance plus large que celle des milieux progressistes. Entre Pop contemporaine lascive et Rock psyché légèrement alternatif, Somewhere Else est un disque en demi-teintes, relaxant, bridé et un peu désabusé qui, malgré d’indéniables bons moments, laisse un goût d'inachevé et n’ajoute pas grand-chose à une discographie en dents de scie. Pas de panique : à l'intérieur de la belle pochette en papier glacé, le prochain album est déjà annoncé pour le printemps 2008 et il viendra probablement comme une revanche.

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Rush : Snakes & ArrowsSnakes & Arrows / livret intérieur
Rush : Snakes & Arrows (Anthem Records / Warner), Canada 2007

L’impression de départ à l’écoute du premier titre Far Cry, édité en simple, est celle qui prévaut pour l’ensemble de l’album : Snakes & Arrows est un disque de Rock solide, carré et mélodique. Mais ces vétérans de Rush savent mieux que personne emballer leurs compositions dans des arrangements très professionnels : un peu de guitare acoustique par ici (Armor And Sword, The Larger Bowl et l'instrumental Hope), quelques riffs accrocheurs par là, des harmonies vocales (Working Them Angels) et un mur de son épais construit sur des accords de guitare ronds et puissants puisque les synthés et autres claviers sont ici relégués au second et même au troisième plan. Inspiré à Neil Peart alors qu'il parcourait l'Amérique en motocyclette pendant la tournée du trentième anniversaire de Rush en 2004 et constatait avec surprise l'évangélisation profonde du pays, le sujet traite globalement de la foi tandis que des interrogations habiles sont posées sur le sens des croyances et leurs conséquences. A cet égard, le texte de Armor And Sword est une petite merveille d’écriture explorant les motivations de l’homme (We hold beliefs as a consolation. A way to take us out of ourselves) et ses comportements irresponsables au nom d'un extrémisme religieux: Confused alarms of struggle and flight. Blood is drained of color, by the flashes of artillery light. No one gets to their heaven without a fight. The battle flags are flown, at the feet of a god unknown. No one gets to their heaven without a fight. Le mixage de Nick Raskulinecz (heureux producteur des Foo Fighters) est superbe, mettant bien en évidence le fronton sonique des guitares mais aussi la basse profonde de Geddy Lee (impressionnante sur Malignant Narcissism) et la batterie efficace, quoique moins complexe et luxuriante qu’à l’accoutumée, de Neil Peart. Les voix superposées de Geddy Lee composent un timbre étrange et parfois irréel. Globalement, le son paraît d’ailleurs trafiqué, un peu saturé et traînant comme une vapeur au-dessus du reste, mais difficile de dire si ça vient de la production ou de l’interprétation. Le répertoire compte trois instrumentaux dont The Main Monkey Business qui se hisse facilement au niveau des meilleures compositions sans paroles jamais écrites par le groupe. A lui seul, ce titre replace Rush sur le devant de la scène même si cette dernière n’est plus aussi progressive qu’autrefois. Snakes & Arrows marque en tout cas le retour en force du trio canadien après un Vapor Trails décevant et souffrant d’une production médiocre. Attention, ce disque cache bien son jeu : à la première écoute, on entend un disque de Rock classique avec des chansons aux structures conventionnelles (louchant même à l'occasion sur le Blues-Rock avec The Way The Wind Blows ou la ballade celtique genre Led Zeppelin acoustique avec Hope) dont la succession de tempos moyens, l’aspect sonique similaire et l'absence de solos techniques peuvent à la longue paraître monotones. C’est une fausse impression, la qualité des mélodies et des arrangements, les textes magnifiques et les subtilités de l’interprétation vont révéler lentement un Art-Rock organique dont Rush nous avait privé depuis Counterparts sorti en 1993. Reste le livret, propre à enflammer l'imagination avec des montages photographiques surréalistes illustrant les textes des chansons. Son design porte la griffe du grand Hugh Syme, collaborateur de Rush depuis les débuts : qui d'autre aurait pu retrouver le secret d'une aussi ancienne alchimie ?

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Blind Ego : MirrorMirror : intérieur du digipack
Blind Ego : Mirror (Redfarm Records), Allemagne 2007

Après avoir réalisé cinq albums avec son groupe RPWL, le guitariste Kalle Wallner a trouvé qu’il était temps de réaliser une œuvre personnelle. Avec l’aide de quelques pointures du monde progressiste appelées en renfort comme Paul Wrightson, premier chanteur d’Arena, et John Mitchell (It Bites, Arena, Kino et Frost*) pour les vocaux, John Jowitt (IQ et Arena) à la basse, Tommy Eberhardt à la batterie, Yogi Lang (RPWL) aux claviers et rien moins que Clive Nolan de Pendragon pour une participation aux chœurs, Wallner a conçu un disque qui touche à tous les genres, du métal au planant floydien, et qui brille, on s’en doute, par un travail de fourmi sur le son des guitares. Ecoutez par exemple, sur l’instrumental Moorland, comment les guitares trafiquées par des filtres analogiques installent un panorama de climats sonores en perpétuel mouvement. Obsession qui ouvre les festivités est le titre le plus heavy du compact et le chant en a été logiquement confié à Mitchell : le son torturé de la guitare est parfaitement adapté au thème de la chanson qui traite des sentiments obsessionnels et de l’inexplicable attirance qu’ils peuvent provoquer. Certaines compositions font évidemment penser à RWPL mais aussi à Arena comme l’étrange Mirror et ses multiples variations musicales qui sont comme les reflets changeants d'un antique miroir renvoyant une réalité déformée. Encore plus réussies sont les pièces les plus longues comme le mélancolique Black Despair avec son accompagnement de guitare acoustique et son solo final enivrant qui passe en ionisant l’air azur. Le sommet est atteint avec le fantastique Don’t Ask Me Why magnifiquement chanté par John Mitchell dont le timbre légèrement voilé rappelle quelque peu le regretté Shaun Guerin de K2, et Forbidden To Remain sur lequel plane encore l’ombre d’un Arena (celui de leur meilleur album : The Visitor) et au-delà, celle d’un Néo-Prog symphonique mature et glorieux issu du milieu des années 90. Le disque se termine par Artist Manqué, une chanson écrite il y a dix ans par Violet District (le premier groupe de Wallner) et qui retrouve ici une fraîcheur nouvelle grâce à un arrangement fluide enrobant la voix du chanteur et compositeur d’origine : Mischa Schleypen. Il est trop tôt pour déjà proposer un choix définitif pour 2007 mais quand l’heure sera venue de décerner la palme au meilleur nouveau projet de l’année, il faudra se souvenir de Blind Ego et de ce surprenant Mirror en tout point réussi. Recommandé !

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Blackfield IIBlackfield II : intérieur du digipack
Blackfield II (Snapper), UK/Israël 2007

La collaboration entre les deux hommes derrière Blackfield peut paraître étrange. Steven Wilson, leader du groupe britannique Porcupine Tree, est une personnalité plutôt réservée qui prend son temps pour peaufiner ses multiples entreprises alors qu’Aviv Geffen (neveu du leader militaire Moshe Dayan) est une rock star turbulente en Israël, adulé ou haï par la jeunesse locale pour ses idées en faveur de la paix. Selon Wilson, le contenu artistique de Blackfield II peut être attribué pour les trois quarts à Geffen et il est clair que ce projet n’a pas grand-chose en commun avec le Métal psychédélique et progressiste du dernier album de Porcupine Tree (Deadwing, 2005). Si l’on excepte Once et Epidemic, deux titres ensemencés de passages plus violents dotés d’une rythmique agressive, la majorité du répertoire évolue en effet dans des tempos moyens ou nonchalants habillés de pianos mélancoliques et d’orchestrations qui s’effilochent comme des brouillards d’automne. Miss U excepté, c’est toutefois la voix traînante et immédiatement reconnaissable de Steven Wilson que l’on entend sur la plupart des morceaux et son timbre convient à merveille à ces chansons concises (entre 4 et 5 minutes) parfois hypnotiques et souvent dépressives. Car les thèmes, comme chez Porcupine Tree, traitent dans un style minimaliste d’amour perdu, de pop stars neurasthéniques, d’enfance amère ou d’autres sujets consternants laminés par la solitude et le désenchantement. On aurait aimé entendre quelques chansons plus politiquement engagées mais Geffen, qui fait régulièrement l’objet de menaces chez lui, a sagement choisi pour ce deuxième disque de rester neutre et de se conformer à des écrits conventionnels. Produit et mixé par Wilson, l’œuvre est dotée d’un son magnifique qui transforme ces mélodies maussades en fleurs vénéneuses aux épines terriblement accrocheuses. Si vous avez aimé les chansons du Porcupine Tree de Lightbulb Sun ou de Stupid Dream (sans les solos de guitare) ainsi que le premier album de Blackfield, ce deuxième opus, certes sans surprise mais d’une beauté blafarde, vous procurera plus ou moins les mêmes émotions.

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Neal Morse : Sola ScripturaSola Scriptura : livret intérieur / 1Sola Scriptura : livret intérieur / 2
Neal Morse : Sola Scriptura (Inside Out), USA 2007

Alors que Spock’s Beard persévère dans la confection d’albums disparates où le Rock progressiste se dilue dans une approche plus classique, voire popisante, leur ancien leader reste concentré sur une musique symphonique puissante et complexe. Sola Scriptura s’annonce même encore plus impressionnant que ses prédécesseurs et, en dépit d’un concept toujours centré sur la religion, la musique est plus démesurée, plus sombre aussi et violente, parfois à la limite du Prog-métal. Cette inclination vers le côté obscur est déjà annoncée de visu par la superbe pochette monacale et le livret ténébreux qui ont une fois encore été confiés au grand artiste allemand Thomas Ewerhard. Ils illustrent bien le thème de l’album qui s’inspire de la théologie du moine augustin Martin Luther devenu célèbre après avoir cloué, à la veille de la Toussaint 1517, ses 95 thèses sur la porte de la chapelle du château de Wittenberg en Allemagne. Elles dénonçaient la fausse paix de l'âme que l'indulgence papale était sensée apporter en échange de subsides. S’opposant à la toute puissance de Rome, Luther imposera sa vision d’une Église invisible comme étant celle de la vraie foi selon laquelle l'homme est sauvé par la grâce divine intérieure. Sa pensée réformiste, qui symbolise la rupture avec le dogmatisme médiéval et l’entrée dans une Europe moderne, donnera naissance à une nouvelle façon de penser le christianisme : le protestantisme. Sola Scriptura, le titre en latin de l’album, signifie « uniquement en accord avec les Ecritures ». Comme d’habitude chez Morse, tout cela est magnifiquement mis en scène, ici sous la forme d'une ballade et de trois longues suites épiques orchestrées avec une intelligence confondante. Pour étoffer le son, le trio composé de Neal Morse aux guitares et claviers, de Mike Portnoy (Dream Theater) toujours fabuleux derrière ses fûts et de Randy George à la basse, s’est fait aider d’invités prenant en charge les parties de violon, de violoncelle, de cor ainsi que par un chœur, presque obligatoire dans ce contexte, de sept vocalistes. En plus, pour renforcer les parties instrumentales, Morse a eu l’excellente idée de faire appel à un guitariste prodigieux (et sous-estimé) : le virtuose Paul Gilbert qui fit jadis partie avec Billy Sheehan du groupe de Hard américain Mr. Big (souvenez-vous du hit To Be With You sur le disque Lean Into It en 1991). Ses interventions audacieuses d’une technicité folle, qui rappellent parfois Edward Van Halen ou Yngwie Malmsteen, illuminent la dernière section Upon The Door de la première suite (The Door) ainsi que la première section Do You Know My Name de la seconde suite (The Conflict) qui en deviennent littéralement explosives. Sa partie de guitare flamenco sur Two Down, One To Go est dans un autre style tout aussi magistrale. Réussissant pour la quatrième fois consécutive à réaliser un disque de Rock original, brillant sur le plan harmonique et mélodique, rutilant sur celui des envolées instrumentales et intéressant au niveau conceptuel, Neal Morse continue une carrière en solo exceptionnelle qui aurait de quoi rendre verts de jalousie ses anciens acolytes.

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Pain of Salvation : Scarsick (Inside Out), Suède 2007
Pain of Salvation : Scarsick
Be, l’album précédent en forme d’Opéra Rock, avait laissé une impression suffisamment mitigée pour ne pas être retenu dans ces pages. Il était donc permis d’espérer mieux avec Scarsick qui marque indéniablement un retour à un Rock plus agressif aussi bien dans le fonds que dans la forme. Les deux premiers titres, Scarsick et Spitfall, surprennent par les vocaux rap du leader Daniel Gildenlöw (à l’instar de ce qu’il faisait déjà dans Ending Theme sur Remedy Lane). Malgré leurs refrains mélodiques, ces deux plages au parfum de Nu-Métal s’avèrent vite un peu longuettes, surtout quand on arrive à peine à comprendre le flot ininterrompu des paroles. Ca démarre plutôt mal mais les choses s’arrangent heureusement avec Cribcaged décliné sur un tempo plus calme à la manière d’un Roger Waters qu’on peut d’ailleurs évoquer aussi bien pour le climat mélancolique de la musique que pour les textes acides. America et Disco Queen confirment que Pain Of Salvation est finalement un groupe difficile à cerner, aussi capable d’enrober une diatribe vénimeuse sur le gouvernement américain dans une chanson Pop orchestrée comme du music-hall que de tricoter du Métal autour d’un rythme disco que n’aurait pas renié les Bee Gees des 70’s. Le reste est du POS plus classique bien que chaque titre affiche encore une forte personnalité. Parmi eux se détachent un Kingdom Of Loss atmosphérique avec des vocaux superbes (un titre qui a fait dire à certains que Scarsick était « The Perfect Element, part II ») et Enter Rain, le morceau le plus long du répertoire (10’) et aussi le plus réussi, avec un climat floydien, sombre et obsédant, évoluant lentement en une progression dramatique. Comme d’habitude chez POS, la production est au top avec un travail du son très particulier notamment sur les guitares, impressionnantes de présence. Toutefois, malgré sa profonde diversité due à une volonté louable de se renouveler et quelques titres accrocheurs, Scarsick n’atteint pas le niveau de ce qui reste aujourd’hui le disque le plus réussi de Pain Of Salvation : Remedy Lane avait posé la barre à une hauteur telle qu’elle n’a pu encore être relevée à ce jour. Par ailleurs, il serait temps que POS se trouve un nouveau bassiste : Kristoffer Gildenlöw parti, c’est son frère Daniel qui l’a remplacé pour ce disque en studio et si on ne peut rien lui reprocher musicalement, il est aussi bien difficile, à part un mixage avantageux, de lui trouver quelque chose de spécial sur cet instrument. Mesuré avec circonspection, ce disque pèse quand même trois bonnes étoiles : c’est une de plus que Be mais encore deux de moins que Remedy Lane.

[ Pain Of Salvation Website : The Kingdom of Loss ] [ Ecouter / Commander ]


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