Rock progressiste : La Sélection 2003



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Opeth : Damnation (Music For Nations), SUE 2003

Opeth est un groupe Suédois de Death Metal qui a la particularité d’intégrer certains éléments progressifs dans sa musique. Toutefois leur style vocal très agressif les limite à une frange du public acclimatée à ce genre de musique extrême sans concession. Tout aurait été dit sur Opeth si, contre toute attente, ils n’avaient sorti cet album qui tranche radicalement sur le reste de leur discographie. Ici, la musique se fait douce, acoustique ou très légèrement électrique, dominée par la guitare de Peter Lindgren et la voix traînante et parfois altérée de Mikael Akerfeldt. Produit par le maître de Pocupine Tree, Steven Wilson, qui joue aussi du piano, du Mellotron et autres claviers, on pense parfois aux meilleurs moments de Lightbulb Sun avec ses mélodies intimistes et faussement simples. Mais Opeth, qui reste hanté par le côté noir des choses, impose une atmosphère mélancolique à l’ensemble du disque. Avec des titres comme Windowpane ou Death Whispered A Lullaby, les ténèbres ne sont jamais très loin même si l’on reste la plupart du temps dans le clair obscur à l’instar de la pochette sombre pleine de recoins mystérieux peuplés de regrets et de fantômes : Blank face in the windowpane made clear in seconds of light disappears and returns again, counting hours, searching the night…. Wow ! Damnation est une totale réussite, le témoignage impérial d’une reconversion aussi radicale que réussie et on se prend déjà à rêver qu’Opeth nous gratifiera encore d’autres disques du même calibre …. au moins une fois sur deux !!!

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Aina : Days Of Rising Doom (Transmission Records), ALL 2003

Days Of Rising Doom est un Metal Opera, ce qui peut se traduire comme du Metal symphonique et progressiste avec une ouverture, plusieurs chanteurs, des chœurs, un orchestre à cordes et un récit en forme de tragédie romantique, le tout dans un style plus ou moins similaire aux récentes productions de Blind Guardian, de Kamelot ou d’Ayreon. L’histoire est de la pure Fantasy et s’inspire du Seigneur des Anneaux avec ce qu’il faut bien appeler les clichés du genre : une contrée paisible menacée par une autre peuplée de créatures sanguinaires dominées par un Seigneur démoniaque, des amours impossibles, des batailles titanesques, des créatures fantastiques avec juste ce qu’il faut de magie et de féerie et même un langage totalement inventé. Bien écrite dans un style cinématographique à grand spectacle, le récit aménage des moments successifs de tension et de détente propices à des variations d’atmosphère qui réjouiront les amateurs du genre. Après la superbe ouverture instrumentale avec grand orchestre, les moments forts vont se succéder sans transition jusqu’au dénouement. Quelques envolées lyriques avec piano, chœur ou flûte (Silver Maiden) alternent avec des passages frénétiques à haut indice d’octane (Flight Of Torek, The Beast Within, Rebellion), des hymnes de champ de bataille (The Siege Of Aina, Oriana’s Wrath), des plages progressives (Talon’s Last Hope, Restoration) et d’autres aux accents folkloriques, orientaux ou médiévaux (Rape Of Oria, Lalae Amêr, Serendipity) sans oublier les bruitages de transition (cris, aboiements, chants d’oiseau, tonnerre) pour l’ambiance. Pour concocter tout ça, le quatuor de base a fait appel à une véritable nébuleuse d’artistes : des chanteurs d’abord parmi lesquels on notera Glenn Hughes (Deep Purple), Tobias Sammet (Edguy), Candice Night (Blackmore’s Night), Andre Matos (Angra) et Damian Wilson (Threshold) dans le rôle ultracourt du Roi d’Aina ; et des instrumentistes comme Derek Sherinian (claviers), Thomas Youngblood (gt) ou Erik Norlander (claviers). La production est énorme et l’album (édition limitée) qui contient un second CD, un DVD et un livret de 68 pages richement illustrées en met plein la vue. Un pari fou qui marque le retour salutaire d’une certaine vision artistique comparable à celle du Tommy des Who 35 ans auparavant.

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John Wetton : Rock Of Faith (Giant Electric Pea), UK 2003
Rock Of Faith n’appartient pas vraiment au genre progressif et, contrairement à ce que son titre laisse supposer, ce n’est même pas un album de rock. John Wetton, qui compte parmi les plus belles voix du Prog, contribua à la gloire de groupes historiques comme King Crimson (Larks' Tongues in Aspic en 1973 à Starless and Bible Black en 1975), UK ou Asia, sans parler de ses collaborations avec Roxy Music, Uriah Heep (Return to Fantasy en 1975 et High and Mighty en 1976), Phil Manzanera ou Carl Palmer. Dans sa carrière en solo, entamée dès 1980, il a toujours donné sa préférence à un Rock basique et mélodique mais cette fois, les choses sont légèrement différentes. Il s’est en effet entouré d’une pléiade de musiciens qui se sont tous fait une réputation dans le monde de la musique progressive : Geoff Downes aux claviers qui fut son compagnon dans Asia et qui co-écrit ici deux titres ; Clive Nolan, prince du Néo-prog avec Arena et Pendragon, également aux claviers ; Steve Christey, batteur de Jadis ; John Mitchell, guitariste d’Arena et, parmi les invités sur quelques titres, Martin Orford d’IQ à la flûte, Pete Gee de Pendragon à la basse fretless et Hugh McDowell, le célèbre violoncelliste d’ELO. Et bien que le résultat ne s’apparente en rien à une fusion entre le rock symphonique d’Asia et le Néo-Prog d’Arena, la musique n’en porte pas moins les stigmates d’une qualité instrumentale et d’une texture sonore qui échappent à l’ordinaire. Rock Of Faith est un disque original, introspectif, autobiographique dans les thèmes abordés et tout empreint d’une solennité évoquant souvent la musique religieuse. Ainsi l’album débute-t’il par des cloches et un orgue d’église, une guitare mélancolique et des chœurs qui créent un climat de profonde spiritualité avant que la voix impressionnante de Wetton n’entame le titre éponyme, poignant et de toute beauté, qui réserve aussi un peu d'espace à la basse fretless de Peter Gee. A New Day, mis en valeur par la guitare très présente de John Mitchell, a un refrain qui évoque le Night In White Satin des Moody Blues. Who Will Light A Candle?, écrit dans la vielle cité de Vienne, bénéficie de la présence imposante de l’Orkesta Isola Di Cani et d’un arrangement lumineux de Mike Stobbie. I’ve Come To Take You Home et Lay Down, composés par le tandem Wetton – Downes sur le même vieux piano qu’en 1981, stimulent les sens et rappellent les grands moments du premier opus d’Asia. On ne pourra d’ailleurs s’empêcher d’y penser souvent à Asia même si cet album est bien davantage emporté par un réel élan mystique que par une volonté de sophistication et la présence de solos discursifs. Rock Of Faith est une ode à la limpidité des mélodies et à la pureté des arrangements et des timbres. Quant à la voix, elle envoûte toujours autant qu’autrefois bien qu’elle soit cette fois entièrement mise au service d’une sérénité intérieure. Voici un disque qui devrait plaire à tous ceux qui ont aimé le premier album d’Asia dans ses moments les plus retenus.

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Caravan : The Unauthorised Breakfast Item (Eclectic Discs), UK 2003
Caravan est un de ces orchestres cultes issus de la scène de Canterbury célèbre pour avoir enfanté Soft Machine, l'un des groupes majeurs parmi les plus créatifs des années 60. Fondé en 1968 par Pye Hastings (gt, voc), Richard Sinclair (b,voc), Dave Sinclair (claviers), et Richard Coughlan (dr), Caravan s'est rapidement imposé en Angleterre en jouant une musique que l'on peut décrire comme un hybride entre rock mélodique anglais et longs passages instrumentaux jazzy (rien de péjoratif !). Après quelques albums qui ont contribué à définir et même élargir le champ du Rock progressiste, la caravane a continué son petit bonhomme de chemin. Le groupe a connu sa part de changement de personnel, mais le noyau initial auquel s’était adjoint en 1972 le violoniste Geoffrey Richardson qui ajouta avec succès de nouvelles couleurs à la sonorité de l’ensemble, est resté le même jusqu’à aujourd’hui. Et sept années après The Battle of Hastings, voici The Unauthorised Breakfast Item, dernier opus en date dont le titre, qui fait référence à une mésaventure survenue dans un hôtel lors d’une tournée américaine, démontre que les membres du groupe n’ont rien perdu de leur très British humour. Le style n’a pas fondamentalement changé sauf que les compositions sont moins aventureuses qu’à la grande époque. Pye Hastings a toujours cette voix douce et plaisante si caractéristique et Geoffrey Richardson apporte une variété bienvenue avec son violon (Wild West Street en forme de duo avec une guitare acoustique et Nowhere To Hide). Le côté jazzy est toujours là avec Jimmy Hastings en invité qui joue du saxophone sur It's Getting A Whole Lot Better. Dave Sinclair, remplacé par Jan Schelhaas dans le line-up actuel, a quand même participé à la fête en jouant des claviers sur Nowhere To Hide. Quant au guitariste Doug Boyle qui accompagna jadis Robert Plant, il injecte ici et là des soli impeccables de guitare rock et même bluesy qui bousculent un peu la tradition Caravan mais en la vivifiant. Et c’est lui aussi qui a composé Linders Field, un instrumental léger qui clôt l’album en beauté. Certes, The Unauthorised Breakfast Item tourne un peu trop rond pour être indispensable à ceux qui ont aimé If I Could Do It All Over Again … ou In the Land of Grey and Pink, mais il est certain aussi que cette musique sans prétention leur fera passer un très agréable moment.

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Satellite : A Street Between Sunrise And Sunset (Metal Mind Productions), Pologne 2003
Fondateur du groupe Collage aujourd'hui dissous (dont l'album Moonshine de 1994 reste une référence), le polonais Wojtek Szadkowski revient avec un nouveau projet nommé Satellite. Wojtek qui s'est imprégné de l'essence des grands groupes progressifs des 70's comme Genesis, Pink Floyd ou Camel, compose des miniatures aux mélodies inspirées qui font la part belle à de longs passages instrumentaux. Aidé par quelques compatriotes (le claviériste Derek Lisowski) et d'anciens membres de Collage comme Robert Amirian au chant et Mirek Gil à la guitare, le batteur délivre un soft rock progressiste inspiré par les ensembles précités fondateurs du genre mais qui incorpore aussi des éléments du néo-prog empruntés à Pendragon et surtout à Marillion première période. Le guitariste en particulier peut faire penser à Steve Rothery. Et ce n'est pas pour rien que la conception artistique a été confiée au talentueux Mark Wilkinson, célèbre illustrateur des plus belles pochettes du Marillion de la grande époque (Script for A Jester Tears, Misplaced Childhood …). Cette musique produite avec beaucoup de professionnalisme n'offre ni aspérité ni tourbillon émotionnel mais elle coule comme une eau vive par un jour de canicule. Et si elle n'apporte pas l'ivresse, elle est indéniablement rafraîchissante et comblera les amateurs de rock symphonique plus portés sur la rêverie que sur les frissons et l'exaltation. Attention : le puits gravifique de ce Satellite est suffisant pour empêcher le décollage de ceux qui s'y seront posés.

[ Satellite : The Official Site ]

Gordian Knot : Emergent (Sensory), USA/UK 2003
Gordian Knot, c'est l'affaire de Sean Malone, bassiste prodige, virtuose du Chapman Stick, compositeur, arrangeur et bidouilleur de tous les titres de cette étonnant cédé 100% instrumental. Membre fondateur de Cynic, un groupe technique de Death Metal qui avec son unique album Focus paru en 1993 (Roadrunner Records) rejeta dans l'ombre de la médiocrité la plupart des disques du genre, Malone s'est depuis investi dans des recherches théoriques, enseignant à l'Université d'Oregon et allant jusqu'à publier divers ouvrages académiques dont un livre sur le légendaire Jaco Pastorius. Pour son deuxième disque sous le nom de Gordian Knot, il a réuni autour de lui des pointures de la musique progressive comme le batteur Bill Bruford (Yes, King Crimson), les guitariste Steve Hackett (Genesis) et Jim Matheos (Fates Warning) ainsi que ses anciens collègues de Cynic. La musique relève certes du Jazz Rock ou de la Fusion mais elle est conçue avec une vision qui pourrait s'apparenter à celle de Robert Fripp pour son King Crimson période post symphonique. Les guitaristes prennent de superbes solos mais en respectant l'esprit des compositions et surtout sans cette lamentable idée qu'ils ne seront jamais payés si le nombre requis de notes par seconde n'a pas été joué. Au fils des titres, les passages très mélodiques s'entrecroisent avec des crescendos aussi soudains que des coups de mousson mais l'ensemble reste cohérent et on ne peut s'empêcher de ressentir la nette impression que tout est agencé avec une rigueur mathématique. Mais complexité ne se conjugue pas nécessairement avec ennui : ici, on reste subjugué devant tant de brillance, de subtilité et d'intelligence musicale sans parler des qualités techniques des musiciens eux-mêmes. Contrairement au grand Alexandre, Malone défait son nœud gordien fil après fil avec beaucoup d'ingéniosité et de délicatesse au lieu de le trancher d'un coup d'épée rageur. Emergent est une totale réussite à ne rater sous aucun prétexte.

[ Sean Malone - Gordian Knot : Official Site ] [ Ecouter ce CD / Commander ]

King Crimson : The Power To Believe (Sanctuary), UK/USA 2003
Pour ce disque, le treizième du Roi Pourpre en studio, quelqu'un a parlé de Nuovo Metal comme titre provisoire. Et ça aurait sans doute aussi bien convenu à Facts Of Life ou à Happy With ... ou encore à cette composition férocement agressive nommée Level Five qui évoque ce que KC tentait déjà de construire avec Larks’ Tongues in Aspic ou Red dans les années 75, juste après sa période symphonique. Mais quelle que puisse être la puissance des intrications des riffs de Fripp et Belew dans ce brûlot explosif, ça n’aurait pas rendu justice à un album aussi varié que peut l’être The Power To Believe qui ne se résume certes pas à une simple ode au métal fumant. Car il y a aussi Eyes Wide Open, une composition aux harmonies subtiles fort bien chantée par Adrian Belew qui, s’il n’est pas un auteur de textes particulièrement doué, n’en reste pas moins un excellent interprète aussi bien en tant que guitariste que comme chanteur. The Power To Believe II avec ses accents orientaux est un autre grand moment atmosphérique, lancinant pour ne pas dire étrange, scintillant de mille percussions et bruits électroniques et qui se conclut, comme un lever de soleil, par le surgissement d’un solo de guitare totalement inclassable dont seul Fripp détient le secret. Quant à Dangerous Curves avec son enivrante spirale se résolvant en un accord final aussi improbable que démoniaque, on se croirait soudain replongé au temps béni de In The Wake Of Poseidon. Bon, j’accorde que Trey Gunn n’est pas Tony Levin et Pat Mastelotto pas Bill Bruford mais il n’y a rien non plus à reprocher à cette nouvelle paire rythmique qui occupe l’espace sonore crimsonien depuis déjà trois albums studio avec beaucoup de présence et d’efficacité et ce dans tous les genres abordés, du rock lourd à l’ambient fragile et frissonnant. Tout ça pour dire qu’entre riffs de guitares météoriques et nappes électroniques de matières gazeuses, King Crimson n’en finit pas d’explorer avec passion l’univers qu’il s’est défriché sur plus de trente années de voyages tous azimuts. Fripp ne se contente pas de haïr le business musical, il garde la foi en ce qu’il fait et continue de pratiquer sa guitare loin du rock sage. Si vous aimez le progressif qui progresse vraiment, The Power To Believe sera tout simplement l’album de l’année.

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Dream Theater : Train Of Thought (Elektra), USA 2003
Ca commence comme le tout premier disque de Black Sabbath avec un riff de guitare sombre et menaçant et ça continue comme du Metallica. Le batteur Mike Portnoy, qui s’est fait greffer deux bras supplémentaires, en met plein la vue tandis que John Petrucci s’évertue à battre le record du monde de vitesse sur son manche. A contrario, le bassiste John Myung n’en fait pas lourd et Jordan Rudess, empereur des claviers, est relégué au second plan, juste autorisé à placer quelques notes au-dessus de la mêlée quand tout a été dit. Quant à James LaBrie, ma foi, il tire plutôt bien son épingle du jeu en calant sa voix puissante sur le mur du son de cette infernale machine. Non, le huitième album studio de Dream Theater n’a rien à voir avec Images and Words et encore moins avec Scenes from a Memory. Ce n’est qu’un autre disque de métal et il ne peut être jugé qu’à l’aune de ce à quoi il ressemble. Ho là ! Amateurs de fantaisie et d'épiques cavalcades, ne vous faites pas piéger par l’œil du Malin qui vous regarde. Cette musique ne répond pas aux nobles valeurs progressives que nous défendons ici : elle est seulement sans pitié, froide et ténébreuse comme la sinistre pochette en noir et blanc qui la protège.

[ Dream Theater : The Official Site ] -
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Pallas : The Blinding Darkness (Inside Out), UK 2003
Pallas creuse son sillon depuis presque 25 ans. Après avoir enregistré trois albums dans les années 80, il a disparu pendant plus d’une décennie avant de renaître de façon inattendue au tournant du millénaire avec deux disques remplis d’une musique Néo-Prog de très bonne facture. Et voici nos Ecossais de retour avec un double compact enregistré live au Boerderij à Zoetermeer (Hollande) le 7 septembre 2002. Le répertoire choisi pioche avec bonheur dans leur dernière production studio (pas moins de 7 titres extraits de The Cross And The Crucible, 2001) mais parcourt également l’intégralité de leur discographie : 2 morceaux de Arrive Alive (1981) ; 4 de The Sentinel (1984) dont la fameuse suite Atlantis ; 2 de The Wedge (1985) ; et 2 de Beat The Drum (1998). Sur les deux derniers titres du concert, Cut And Run et The Ripper, on a la surprise de retrouver en invité Euan Lowson, l’ancien chanteur qui quitta le groupe en 1984 laissant la place à Alan Reed. Certes, les interprétations ne s’éloignent pas trop des versions studio mais elles sont jouées avec beaucoup d’allant par un groupe en pleine possession de ses moyens. Et surtout, contrairement à l’album Live Our Lives paru en 2000 et qu’on peut désormais jeter aux oubliettes, elles sont enregistrées et mixées avec une qualité sonore proche de la perfection. Du coup, Blinding Darkness s’avère un Best Of fort réussi compilant les plus beaux fleurons de leur répertoire et qu’on ne peut que conseiller à tous ceux qui ne connaîtraient pas encore la musique du groupe. Et pour les fans qui en voudraient encore plus, sachez qu’il existe aussi une édition spéciale de Blinding Darkness qui, en plus des deux compacts, présente le concert et ses «Encore» sur deux DVD (avec une prestation finale proprement hallucinante de Euan Lowson sur The Ripper) à côté des quelques bonus habituels comme deux courts documentaires et une galerie de photos.

[ Pallas Website ] [ Ecouter ce CD / Commander ]

Spock's Beard : Feel Euphoria (Inside Out), USA 2003
Comme Genesis autrefois, Spock’s Beard, nouvelle égérie du Progressif, se retrouve soudain amputé de son principal compositeur et chanteur Neil Morse considéré comme la véritable âme du groupe et se recentre sur lui-même en dépêchant son batteur Nick D’Virgilio sur le devant de la scène. Sans être autocratique, Morse avait tout de même imposé un style hérité des seventies où les parties instrumentales et complexes côtoyaient avec bonheur des mélodies pop (comme les Beatles savaient en écrire) enrobant des textes positifs inondés de spiritualité. Privé de cet apport essentiel, Spock’s Beard s’est cherché une nouvelle identité en s’aventurant davantage dans la voie du rock et de la modernité. Pourtant, sur la distance, l’album affiche une belle diversité avec un titre hard (Onomatopoeia), un autre plus proche des canons du progressif et du Spock’s Beard première mouture (The Bottom Line), une ballade plutôt conventionnelle (Shining Star), quelques essais à géométrie variable (Feel Euphoria) et évidemment le morceau épique de plus de 20 minutes (A Guy Named Sid) composé d’un assemblage de 6 chansons remplies d’aventure musicale qui se doit de figurer sur toute production du Beard digne de nom. D’Virgilio s’avère un excellent chanteur et si, au début, le timbre peut paraître un peu moins expressif que celui de Morse, l’impression s’estompe rapidement au fur et à mesure qu’on l’écoute. Quant aux autres membres du groupe, ils en ont profité pour se lâcher en particulier le frère de Neal, Alan Morse, dont les soli de guitare sont à la fois plus nombreux et plus agressifs. En somme Spock’s Beard garde son potentiel et toute la confiance qu’on peut avoir en lui même si Feel Euphoria, qui est un bon disque de rock un peu fourre-tout, n’atteint ni la majesté de Snow ni le pouvoir attractif de V.

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Neal Morse : Testimony (Inside Out), USA 2003
Wasted Life, The Land of Beginning Again, Sleeping Jesus, Transformation, Oh To Feel Him, Gods’s Theme, Rejoice, Oh Lord My God …. Les titres ne peuvent être plus explicites. Ce double compact raconte l’histoire d’un musicien qui se rend compte de la vacuité de sa vie avant de connaître la rédemption par la révélation divine et de célébrer sa renaissance. Mais loin d’être un sermon destiné à influencer la vie des autres, Testimony, comme son nom l’indique, n’est que le témoignage autobiographique de l’auteur lui-même : Neal Morse qui a eu le courage de quitter un groupe en pleine ascension pour vivre ses convictions et raconter son expérience avec sincérité et émotion. Quant à la musique, tout le Spock’s Beard qu’on aime est là dans la digne succession de Snow : les envolées de prog symphonique, les mélodies accessibles, les rocks pop genre Beatles ou ELO, les ballades émouvantes, les variations de tempo ou de métrique, les ouvertures et les longs interludes instrumentaux, les alliages spectaculaires de genres avec des passages blues, flamenco, country ou gospel … Mais il y a plus : les cordes, les cuivres et les chœurs auparavant synthétisés sont cette fois bien réels et ajoutent une nouvelle dimension orchestrale à cet univers thématique fourmillant d’idées. Mike Portnoy (Dream Theater, Atlantic) tient les baquettes avec efficacité et beaucoup plus de retenue que dans son propre groupe, Johnny Cox spécialiste de la pedal steel guitar et le guitariste Kerry Livgren (membre fondateur de Kansas) sont aussi venus prêter un coup de main. A part ça, tout le reste est pratiquement interprété par Neal Morse, poly-instrumentiste hors pair, pleinement maître de son destin et de sa musique, et qui a choisi de chanter Dieu à sa façon. Testimony n’est peut-être pas l’Evangile du Rock progressiste mais c’est assurément sa dernière Bonne Nouvelle.

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The Tangent : The Music That Died Alone (Inside Out), UK/Suède 2003
Dès l’ouverture de In Darkest Dreams, première des quatre suites qui composent cet album, on sait que la musique sera tout sauf lisse, morne et uniforme. C’est à un prélude tellurique qu’on est convié, un assaut instrumental qui aurait bien sa place auprès du meilleur Emerson Lake & Palmer. Première référence d’une œuvre polymorphe qui va en susciter bien d’autres. La deuxième suite par exemple, intitulée The Canterbury Sequence, est carrément un hommage aux groupes de … Canterbury (!) : y sont évoqués Richard Sinclair et Jimmy Hastings, Caravan et Hastings & The North dans des morceaux typiques du genre qui balancent vers le jazz avec de jolis soli de flûte, d’orgue, de piano et de guitare. Le reste du disque vous emmènera un peu partout dans un voyage à travers les genres et le temps, du rock le plus énergique à des sections atmosphériques en passant par le jazz et la fusion. Dès lors on s’étonne à peine quand on apprend que The Tangent est un super groupe qui réunit trois générations de musiciens. Les années 60 et 70 sont représentées par David Jackson, saxophoniste et flûtiste de Van Der Graaf Generator ; les années 90 par Roine Stolt, Jonas Reingold et Zoltan Csorsz, trois membres des Flower Kings ; quant au sang frais, il est injecté par Guy Manning, Sam Baine et Andy Tillison de Parallel or 90 Degrees, un groupe anglais obscur auteur d’un rock alternatif, fulgurant, contemporain et proprement indescriptible. Ces musiciens d’origine diverse, imprégnés d’histoire, tenaillés par une inextinguible soif de sons, ont constitué une association de cœur qui, en revitalisant le concept de Rock progressiste, l’a projeté sur la tangente vers un avenir radieux. The Music That Died Alone ? Non, sûrement pas avec un disque comme celui-ci !

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Saga : Marathon (Steamhammer), Canada 2003
Le groupe canadien Saga s’est fait connaître des amateurs de Rock progressiste au début des années 80 avec des albums remarquables comme Images At Twilight (1979), Silent Knight (1980), Worlds Apart (1981), In Transit (Live, 1982) et Head Of Tales (1983) avant de s’essayer à des musiques différentes pour finalement revenir quelques vingt années plus tard à leur style d’origine avec deux disques plutôt réussis : Full Circle (1999) et House of Cards (2001). Saga persiste une fois de trop dans la même veine avec Marathon, une musique typée et immédiatement reconnaissable qui témoigne d’un côté de l’identité du groupe mais aussi de son inertie à se renouveler. D’ailleurs, la musique de Saga n’a plus grande prétention progressive et, ce qui est plus grave, elle ne révèle pas non plus une dynamique innovante sur le plan des rythmes ou des mélodies, dynamique qui courait par exemple, dans le même créneau Art Rock / Hard FM, chez des groupes comme Styx, Boston, Journey ou Toto. Ce qui est certain, c’est que les compositions plus pop que progressives, avec leur côté éculé, ont tendance à lasser sur la durée. Les riffs de guitare mixés en avant et la batterie lourde manquent de contraste en l’absence probablement d’un regard extérieur et d’une direction artistique forte (le groupe a cette fois tout pris en charge alors qu’il utilisait jadis avec bonheur les services de Rupert Hine, le producteur de Rush, Camel et Tina Turner). Certes, on note quand même quelques surprises agréables comme Breathing Lessons qui évoquent ces chansons rampantes comme savait si bien les chanter Brian Ferry. C’est encore à Roxy Music qu’on pense en écoutant Hands Up, très enlevé avec son riff de guitare acrobatique contrastant avec un léger enrobage électronique à la Brian Eno. Quant à Worlds Apart (Chapter 16), c’est le meilleur titre de l’album avec son introduction aérienne, son arrangement plus élaboré et une partie instrumentale ludique qui agrémente le tout. Si vous avez apprécié les deux disques précédents, celui-ci vous plaira peut-être aussi. Sinon, il est probable qu’avec ses clichés qui commencent à tourner en rond et son manque de relief, Marathon vous laissera sur l’impression mitigée d’une réalisation sans grande envergure. Mieux vaut alors piocher dans leur back catalogue un des albums précités.

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