Le Rock Progressif

Disques Rares, Rééditions, Autres Sélections


Série II - Volume 5 Volumes : [ 1 ] [ 2 ] [ 3 ] [ 4 ] [ 6 ] [ 7 ] [ 8 ] [ 9 ] [ 10 ]

Fish : Return To Childhood [20th Anniversary Tour Of Misplaced Childhood - 13/11/05] (Snapper Records - 2 CD), UK 2006

Le chanteur écossais Fish, qui a pris l’habitude de se démarquer du Rock progressif dans ses récentes interviews, n’a quand même pu s’empêcher d’enregistrer – à Tilburg en Hollande - un disque live en hommage au vingtième anniversaire de la sortie de son plus célèbre album conçu en 1985 avec Marillion. Mais le moins que l’on puisse écrire est que Misplaced Childhood, qui reste aujourd’hui une œuvre incontournable du genre, n’a pas été traité avec beaucoup de ménagement. Certes, le groupe est différent mais l’option du chanteur était aussi d’insuffler une vie nouvelle à un spectacle qu’il a voulu plus moderne, plus dynamique, plus Rock et finalement plus conforme à son image de grand rebelle à grande gueule. Interdiction donc aux deux guitaristes recrutés pour l’occasion (Bruce Watson et Frank Usher) de recopier le moindre solo de Steve Rothery, inutile aussi de recréer les arrangements subtils de l’original : place aux idées nouvelles et aux textures inédites sans parler de la voix de Fish qui a muté vers le grave avec le marquage des choses de la vie. Le show est divisé en deux parties, chacune reprise sur un compact : le premier comprend 9 titres issus de ses albums en solo (dont un extraordinaire Big Wedge revitalisé) tandis que le second est consacré à la relecture intégrale de Misplaced Childhood plus trois titres empruntés au Marillion de la même époque (l’incontournable Incommunicado, Marquet Square Heroes et Fugazi). Définitivement, pour autant que l’on veuille bien quitter le territoire sacré de l’œuvre originale, ce concert a quelque chose de magique : la poésie des mots est intacte et Fish communique avec son public d’une manière télépathique. Kayleigh et Lavender entament soudain une seconde vie dans leurs nouveaux atours tandis que la vocaliste Deborah Ffrench apporte sur Bitter Suite et sur Heart Of Lothian un vent de fraîcheur inattendu. Et partout, les guitaristes survoltés en remettent une couche et habillent autrement ces mélodies qui nous sont si familières. La fin de Misplaced Childhood se conclut dans un crescendo explosif avec, sur la dernière note en sustain, le chanteur qui s’adresse à la foule par un laconique « They call me the Fish ». La pochette du superbe double compact a été confiée au même Mark Wilkinson, déjà auteur de celle de Misplaced Childhood. On y retrouve la même ambiance morose avec un Fish assis et mélancolique entouré des souvenirs issus de son passé. Evidemment, les nostalgiques du premier Marillion regretteront la modernisation d’un classique intouchable mais Fish est l’un des créateur de l’album original et non un « tribute band » : sa relecture est conforme à la façon dont il voit son œuvre aujourd’hui et, n’en déplaise aux puristes, cette nouvelle vision ne manque ni de grandeur ni de passion.

[ The Perception of Fish : Official Fish site ] [ Ecouter / Commander ]

Starcastle : Starcastle (Epic), USA 1976

Dès les premières lignes d’une basse Rickenbacker grondante faisant contrepoids aux notes aigues des guitares et l’apparition du chanteur à la voix haut-perchée, on a compris : ce groupe américain originaire de Champaign dans l’Illinois est un véritable clone de Yes à un point tel qu’on pourrait prendre cet album pour une œuvre perdue du célèbre quintet britannique. Même les guitaristes (ils sont deux pour l’occasion) sonnent comme du Steve Howe tandis que le claviériste Herb Schildt, qui utilise un Mini Moog et un orgue Hammond, rappelle davantage le jeu spontané et plus Rock de Tony Kaye que les excentricités pyrotechniques d’un Rick Wakeman, si bien que la musique de Starcastle est plus proche de celle de The Yes Album que de Tales From Topographic Oceans. Quant à Stephen Tassler, sans jamais se hisser au niveau du génie polyrythmique d’un Bill Bruford, il n’en est pas moins un batteur compétent et efficace (écoutez son solo en ouverture de l’instrumental Nova). Ceci dit, le premier album éponyme de Starcastle est plutôt une bonne surprise car, si les musiciens se sont fixés comme paradigme de ne jamais s’éloigner de l’univers de Yes, ils ne se sont pas non plus contentés d’une mauvaise imitation : les compositions, même les plus complexes comme Lady Of The Lake, tiennent le cap et les mélodies comme les harmonies sont souvent bien ficelées, ce qui rend ce disque parfois plus attrayant à écouter que certains opus originaux enregistrés dans les années 80 par leur modèle. Egalement inspirés par la science-fiction (Stargate, Sunfield) ou la fantasy (Lady Of The Lake), les textes pseudo-mystiques ne font illusion que quelques instants et n’ont ni la poésie ni la puissance d’évocation de ceux d’Anderson. Bien que des musiciens qui ont choisi de s’enfermer volontairement dans un moule ne sauraient être considérés comme sérieusement progressifs, ce premier essai, malgré un manque flagrant de crédibilité, reste un album agréable à écouter et peut être conseillé à ceux qui apprécient l’univers symphonique singulier de Yes, tout en sachant que rien ne remplacera jamais les fabuleux Starship Trooper, Roundabout, Close To The Edge et autres Siberian Khatru de celui qui reste encore aujourd’hui l’un des quatre plus grands groupes de Rock progressif au monde.

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Sieges Even : The Art of Navigating By The Stars (Inside Out), Allemagne 2005

A priori, cet album est armé pour séduire : une pochette sobre mais suffisamment originale pour attirer l’attention, un titre singulier qui interpelle, un label connu pour ses productions progressives de qualité et un groupe culte dont la réputation estompée mais quand même positive remonte à la fin des 80’s. Après une absence de huit années, le groupe réapparaît avec un nouveau chanteur originaire de Rotterdam : Arno Menses dont la voix pleine, cristalline et puissante constitue désormais le plus bel atout de ce quartet munichois. Après de petits bruitages sans conséquence, The Weight démarre sur les chapeaux de roue en évoquant un de ces innombrables groupe de métal progressif inspirés par Dream Theater mais c’est un faux départ. La musique de Sieges Even, que l’on pourrait comparer au Fates Warning de A Pleasant Shade Of Gray en plus soft, serait même plutôt cool avec des compositions complexes aux rythmes changeants et dominées par le chant et la guitare dynamique de Markus Steffen. Ce dernier est un musicien atypique davantage concentré sur un jeu de soutien en arpèges plutôt que sur des solos hyper speedés, encore qu’il décolle parfois à toute allure pour un vol serré tel un faucon apercevant un mulot. Sa tonalité claire et vibrante bien mise en évidence par une production immaculée est également l’antithèse des guitares métalliques rageuses souvent associées au genre. La rythmique, composée des deux frères Holzwarth, abat un travail considérable, la batterie surtout constamment à l’affût pour enfiler les séquences les unes après les autres. Ceci dit, les titres s’enchaînent bien souvent sans véritable variété et, au fil des plages, il est difficile d’éviter une certaine monotonie. D’ailleurs, ceux qui aiment les solos et les développements instrumentaux en seront pour leurs frais : ce groupe n’a pas de clavier, la guitare est essentiellement harmonique et la musique fortement écrite est figée dans des partitions qui pour complexes qu’elles soient, n’offrent guère d’accroche immédiate. En fait, le meilleur titre de l’album est cette superbe ballade Blue Wide Open accompagnée par des guitares acoustiques dont le jeu admirable devient en son point central presque classique (on pense à Magna Carta ou à Crosby Stills and Nash). Lighthouse aussi se distingue du lot par une mélodie plus apparente, un enjolivement à la flûte jouée par Walter Dorn et un interlude de guitare sèche court et inattendu. Les textes constituent le point le plus faible du disque : composés de phrases mises bout à bout comme autant de clichés, elles n’ont aucun sens (comme le nom du groupe qui n'est qu'un assemblage de deux mots sans signification particulière) et si concept il y a derrière ce fatras de platitudes, on n’est pas prêt d’en deviner le sens. Album sophistiqué, ni métal ni progressif malgré une originalité indéniable dans la démarche musicale, The Art Of Navigating By The Stars est un disque qui survivra au court terme parce qu’il évite la facilité d’une séduction factice mais qui n’arrive jamais à évacuer une certaine lassitude quand on l’écoute d’un seul tenant.

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Steve Howe's Remedy : Elements (Inside Out), UK 2003

Ce disque rappelle d’emblée deux ou trois choses importantes à propos de Steve Howe. D’abord, le musicien est ouvert à une multitude d’influences qui vont du Rock au Blues en passant par la Country, le Jazz, la musique classique et, pourquoi pas, la New Age. Ensuite, après tant d’années sur la route avec Yes, sa passion est intacte et le pousse constamment à explorer de nouveaux territoires. Enfin, l’homme est un amoureux des guitares (souvenez-vous de la pochette de Beginnings, son premier disque en solo paru en 1975) dont il change comme de chemise. De la Gibson Les Paul à la Fender Stratocaser en passant par une Telecaster, une Martin, un Dobro National, des Steinberger 6 ou 12 cordes, une Gibson ES175D et même la plus classique des japonaises : une Khono Model 10, son arsenal est impressionnant et on a droit à un festival de sonorités toutes plus enchanteresses les unes que les autres (les amateurs de six-cordes apprécieront). Il y a bien trois titres chantés mais l’essentiel de l’album est instrumental car ici, ce qu’on à dire est d’abord d’ordre musical. Pour l’occasion, on a même droit à un vrai groupe presque familial : Steve Howe s’est entouré de ses deux rejetons qui n’ont pas tout à fait marché dans les traces de leur père : Virgil Howe a préféré les claviers et Dylan, la batterie dont il use avec une grande finesse, affichant dans ce contexte tout-terrain les potentialités d’un jeu ouvert et inventif (écoutez The Longing où le dialogue insolite entre père et fils témoigne d’une osmose rare). Evidemment, la variété est grande entre les 16 titres dont la durée moyenne se situe 3 et 4 minutes et il n’est pas certain que tous remportent une adhésion immédiate : d'un Whiskey Hill très Country-Rock à la Dire Straits à un Westwinds primesautier et jazzy fort bien mis en valeur par une section de cuivres, d'un Bee Sting en forme de Hard-Rock FM à un Hecla Lava expérimental, d'un Inside Out Muse guère différent d’un Blues classique à un A Drop In The Ocean mélancolique, les virages sont à 90 degrés et il y n’y aura peut-être pas assez de place dans le cœur d’un fan de Progressif pour un tel syncrétisme, encore que ceux qui aiment ça soient en principe ouverts à la multitude des genres. Quoi qu’il en soit, ce disque éclectique que l’on peut feuilleter au gré de ses humeurs laisse à l’arrivée un parfum qui invite à revenir sur ses pas, chaque pièce résonnant comme le souvenir furtif des étapes d’une infinie métamorphose.

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Wigwam : Highlights (Love Records), Finlande 1969 – 1977 (compilation CD - 1996)

Wigwam fut et reste encore aujourd’hui le plus célèbre groupe de Rock de Finlande, dont il est originaire, mais on ne peut pas vraiment dire qu’il ait percé en dehors des contrées scandinaves. Créé à la fin des années 60 par le batteur Ronnie Österberg, le bassiste Mats Hulden, le guitariste Nikke Nikamo et le chanteur de Blues britannique Jim Pembroke, le quartet s’est rapidement adjoint les indispensables services de l’organiste Jukka Gustavson qui s’affirmera non seulement comme le deuxième compositeur du quintet après Pembroke mais aussi comme son élément le plus progressif. Hard ‘N’ Horny, sorti en 1969, ne fit pas forte impression : cette compilation n’en reprend d’ailleurs qu’un titre (Henry’s Highway Code) qui montre une attirance pour un Pop-Rock laidback dominé par un orgue groovy un peu dans le genre de Traffic. Le second opus, Tombstone Valentine (1970), est nettement meilleur. Non seulement, il bénéficie de l’entrée en scène du bassiste et violoniste Pekka Pohjola mais il est aussi mieux produit par Kim Fowley appelé en renfort d’Angleterre. Les trois extraits repris sur Highlights sont excellents : Autograph sonne commme du Folk-Rock avec son banjo, sa guitare country et un accompagnement de violon à la It’s A Beautiful Day ; Frederick & Bill, composé par Pohjola, est un Rock doté d’une mélodie originale portée par la basse et renferme un long solo de guitare psychédélique enjolivé dans sa seconde partie d’une remarquable improvisation au violon ; quant au titre éponyme il s’agit d’un Rock que The Band aurait pu composer avec un joli canevas instrumental rehaussé par l’utilisation, rare dans le Rock mais ici très réussie, d’un accordéon. L’album se distingua par une reconnaissance au plan international et eut même l’honneur d’être édité aux Etats-Unis sur le label Verve/Forecast (ce fut d’ailleurs le premier disque finlandais à être distribué sur le sol américain). Mais le meilleur était encore à venir avec Fairyport sorti en 1971 : un double LP avec trois faces en studio et une quatrième comportant une longue jam en concert avec le guitariste Jukka Tolonen en invité. On retrouve ici, en plus de la ballade Lost Without A Trace, l’excellent Losing Hold qui témoigne du forage du groupe en terre progressive : mélodies complexes, arrangements soignés, parties instrumentales étendues dérivant vers le Jazz-Rock et orgue groovy font de ce titre l’un des meilleurs moments de Highlights. Avec Pembroke et Pohjola retenus par la confection de leurs propres albums solos, Being sorti en 1974 est essentiellement l’affaire de Jukka Gustavson. Représenté ici par deux titres (le long Prophet et Friend From The Fields), cet opus est, comme on pouvait s’y attendre, encore plus complexe que le précédent et peut être considéré comme l’apogée de la première période du groupe dont il marque aussi la fin. Malheureusement, avec le temps, les divergences de vue entre les musiciens se sont creusées entraînant la séparation de Wigwam. Ce dernier se reformera une année plus tard autour de Pembroke et de Ronnie Österberg avec l’apport de nouvelles recrues. Cette compilation offre huit extraits des trois disques en studio qui suivront : Nuclear Nightclub, Lucky Golden Stripes And Starpose et Dark Album. Les chansons apparaissent plus commerciales tout en restant de qualité mais il est clair que le Wigwam de la période 1975 – 1977 est différent de celui des années 1969 – 1974. Peut-être eut-il mieux valu respecter l’ordre chronologique des enregistrements et séparer cette compilation en deux CD pour rendre plus apparent le clivage entre les deux moutures du groupe. Dommage aussi que l’éditeur ait surtout insisté sur les compositions de Pembroke au détriment de celles de Jukka Gustavson (2 titres seulement sur les 19), mettant ainsi l'emphase sur le côté Pop-Rock-Folk mélodique et mainstream de Wigwam plutôt que sur ses tendances progressives. En attendant une nouvelle compilation plus complète et mieux équilibrée, on conseillera à ceux qui souhaiteraient en savoir davantage sur un Wigwam plus novateur, jazzy et expérimental, de se rabattre sur les deux derniers disques de leur première période : Fairyport et Being. Ce sont de loin les meilleurs.

[ Wigwam Nuclear Netclub ] [ Ecouter / Commander ]

Pineapple Thief : Variations On A Dream (Cyclops), UK 2003
Dès les premières notes de We Subside, la musique évoque Pocupine Tree (PT : les deux groupes ont par hasard les mêmes initiales) et cette impression se confirme largement avec les deux titres suivants, This Will Remain Unspoken et Vapour Trails. Pas les derniers albums, mais plutôt ceux de la fin des 90’s comme Stupid Dream ou Lightbulb Sun (avant l’addiction de Steven Wilson aux riffs métalliques). Intros minimalistes relayées par de soudaines éruptions sonores, solos de guitares aériens et dérives floydiennes, empilement de couches instrumentales et attirance pour le rock dépressif et alternatif de Radiohead. Même la voix articule avec une douceur désabusée des textes courts, mélancoliques, sombres et énigmatiques dont le concept global tourne autour de la mort d’un ami proche : I can’t remember what to do to ease the pain. Why am I writing this for you, when it’s all in vain ? Ceci dit - et on n’y reviendra plus -, même si Variations On A Dream achoppe à innover, ce troisième opus reste agréable à écouter et Bruce Soord, chanteur, auteur, arrangeur et guitariste, a le don d’écrire aussi des mélodies Pop-Rock qui restent dans l’oreille malgré une tentative de déguisement en miniatures progressives. La production est une petite merveille de clarté canalisant avec précision les instruments qui flattent l’oreille en permanence : guitare, piano, synthés, orgue Hammond ou mellotron se fraient un chemin dans le casque avec une facilité déconcertante. Ce choix, aux antipodes du gros son recherché par beaucoup de groupes actuels comme Spock’s Beard, Arena ou Asia, fait que la musique de Pineapple Thief apparaît épurée et moins sophistiquée que d’autres, ce qui ne correspond pas tout à fait à la réalité. Certains morceaux sont même dotés d’arrangements soignés comme ce We Subside et son orchestration cotonneuse ou Resident Alien, instrumental concis aux accents étrangement gothiques. La seule déception, toute relative, est peut-être ce Remember Us de 16 minutes qui traîne en longueur et semble avoir été assemblé à la hâte pour remplir le disque. En définitive, sans être indispensable, ce disque plaira aux amateurs de Porcupine Tree et de Radiohead mais il est certain que le voleur d’ananas est plus à l’aise dans les chansons Post-Rock courtes et à l’impact instantané que dans les titres épiques et complexes. Ce que semble d’ailleurs démontrer leur dernier album, 12 Stories Down (2005), qui marque cette fois un virage radical vers la Pop alternative et l’abandon délibéré de toute référence ou velléité progressives.

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Cathedral : Stained Glass Stories (Syn-Phonic Records), USA 1978 (réédition CD 1991)
Il est des groupes qui surgissent comme des comètes, brillent un instant dans la nuit et disparaissent comme ils sont venus sans laisser de trace. Ainsi en est-il de Cathedral, quintet obscur, auteur d’un unique LP intitulé Stained Glass Stories aujourd’hui devenu un authentique objet de collection chez les amateurs de Prog. Bien sûr, comme il s’agissait d’une production indépendante, la qualité sonore est loin d’être professionnelle mais la musique par contre ne manque pas de charme ni même de caractère. Les influences sont diverses mais majoritairement britanniques avec une inclination vers le Yes de Relayer, pour la part symphonique et la guitare qui sonne souvent comme celle de Steve Howe, et vers le King Crimson de Robert Fripp pour les dérapages et les dissonances. Une mention spéciale doit être décernée à la rythmique puissante composée de la basse Rickenbacker de Fred Callan bien mixée en avant et de la batterie complexe et efficace de Mercury Caronia IV qui s’impose comme s’il était le leader du groupe. Les parties instrumentales, avec des interplays de guitares et de claviers analogues vintage (dont un mellotron utilisé de façon plutôt non conventionnelle), sont réjouissantes et l’instrumental Gong, le meilleur titre de l’album, affiche des qualités compositionnelles originales avec ses alternances entre mélodies calmes et passages plus violents et parfois atonaux soutenus par des rythmes curieux. L’ambiance inquiétante qui en résulte explique pourquoi on a parfois comparé leur musique à celle du groupe suédois Anglagard qui a peut-être trouvé là une source d’inspiration bien que la comparaison avec certains procédés de Gentle Giant est à mon avis bien plus judicieuse. Le maillon faible de Cathedral est sans conteste le chanteur médiocre Paul Seal dont les accents mélodramatiques exagérés ne convainquent guère. Il est probablement la cause du naufrage commercial du groupe, ce qu’on ne peut s’empêcher de déplorer au vu des qualités indéniables affichées par les autres musiciens. Prêtez-y une oreille si vous dénichez cet album à un prix raisonnable : on peut encore trouver sur la toile quelques exemplaires du compact sorti chez Syn-phonic Records bien que cette réédition date déjà de 1991.

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Black Sabbath : Paranoid (Vertigo), UK 1970

Guitare sinistre, sirènes hurlantes et break funeste : War Pigs est une sorte de protest-song contre la guerre du Vietnam. A l’origine, ce titre devait donner son nom au LP mais il fut écarté par le label soucieux de ne pas offenser les vétérans du Vietnam. Au départ, la chanson s‘appelait Walpurgis avec un texte entièrement différent (que l’on peut entendre sur un CD de Ozzy Osbourne intitulé The Ozzman Commeth paru en 1997) plus en rapport avec les préoccupations et le nom du groupe mais en 1970, on ne rigolait pas avec les références au satanisme et un reliftage des paroles fut judicieusement préféré. Même la pochette, due à l’excellent photographe Marcus Keef, évite aussi soigneusement de broder sur un thème diabolique. Aujourd’hui, War Pigs est quand même régulièrement cité parmi les plus grands thèmes du Rock. Paranoid, qui donna en définitive son nom à l’album, est une chanson en forme de coup de poing troussée en un quart d’heure pour compléter un timing jugé un peu trop court mais comme rien n’est jamais prévisible, il devint aussi l’un des plus beaux succès du groupe. Planet Caravan est plutôt inattendu avec son tempo alangui, ses percussions d’outre-tombe, la voix de Osbourne trafiquée par un haut-parleur rotatif « Leslie » et ses accords éthérés et comme s’ils avaient été captés par un micro dans les couches profondes de l’océan. Pantera en a refait une nouvelle version qui a grimpé dans les charts en 1994 (incluse sur l’album Far Beyond Driven et reprise sur un mini-CD trois titres avec une pochette en hommage à Black Sabbath) mais qui n’égale pas l’original. On enchaîne alors sur le riff le plus célèbre de l’histoire du Heavy-Metal : Iron Man a été repris dans d’innombrables circonstances aussi bien pour les Simpsons que dans des évènements sportifs, une pub pour Nissan ou dans des jeux vidéos. Nominé comme la plus grande chanson Metal de tous les temps par VH1 (Video Hits One, une chaîne de TV américaine apparentée à MTV), Iron Man a été classée parmi les 500 plus grandes chansons du monde par le magazine Rolling Stone et a fini par remporter un Grammy Award (meilleure chanson Metal) en 2000, soit trente années après sa création. Electric Funeral qui traite de la guerre nucléaire et de son lendemain est relativement moins connu mais il n’en est pas moins tout aussi apocalyptique grâce à un riff d’enfer. Iced Earth qui ne fait pas dans la dentelle ne s’y est d’ailleurs pas trompé en la reprenant sur leur EP Melancholy en 2001. Et voici Hand Of Doom que l’on dit être à l’origine du Doom Metal : un réquisitoire contre l’usage d’héroïne comme on en trouve beaucoup dans le Rock mais grâce aux fûts stimulants de Bill Ward qui portent ce long crescendo hallucinogène jusqu’au paroxysme, la tension ne faiblit guère. Le plus court morceau (2’30") du LP est un instrumental un peu à la manière du Moby Dick de Led Zeppelin : Rat Salad est essentiellement un solo de batterie enchâssé dans les riffs de guitare de Tony Iommi. Et voilà déjà que L’album s’achève sur Fairies Wear Boots, un véritable mur de son inspiré par une agression de skinheads couards sur le bassiste Geezer Butler. Mais s’il s’est défendu comme il attaque ici avec sa basse éléphantesque, on ne s’étonne guère que tout le monde ait pris la fuite. Reflétant le spectre d'une réalité effrayante associée aux faubourgs industriels de Birmingham, Paranoid a émergé de la crypte et reste aujourd’hui une référence incontournable en matière de Rock lourd, lent et monstrueux dont il a fixé une fois pour toutes les normes. Enregistré en seulement cinq jours, ce fut le disque le plus vendu (plus de 4 millions de copies rien qu’aux USA) et le plus célèbre du label Vertigo (plusieurs fois disque de platine, N°1 dans les charts britanniques et N°12 aux USA) et c’est grâce à lui qu’on a pu écrire que « si les Beatles sont plus connus que le Christ, Black Sabbath lui, l’est plus que l’Antéchrist. » Certes, il n’a pas grand-chose de progressif et la musique n’a rien de compliqué mais personne n’ira contester qu'à l’époque, Black Sabbath avait amené la musique de Rock à faire un nouveau pas. A savoir si c’était un pas en avant ou de travers, ça je vous en laisse seul juge !

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