Le Rock Progressif

Disques Rares, Rééditions, Autres Sélections


Série II - Volume 1 Volumes : [ 2 ] [ 3 ] [ 4 ] [ 5 ] [ 6 ] [ 7 ] [ 8 ] [ 9 ] [ 10 ]

Pallas : The Dreams Of Men (Inside Out), UK 2005

Le Néo-prog est l’émanation la plus populaire du Rock progressif car il repose sur une musique contrastée, mélodique et accessible. Ce qui ne veut pas dire pour autant qu’il stagne indéfiniment depuis son apparition au début des années 80. Sans être un creuset d’innovations, le genre a quand même beaucoup évolué, la palette musicale s’est élargie et des chefs d’œuvre comme The Visitor (Arena), Subterranea (IQ) ou Picture (Kino) se sont empilés au fil des ans au-dessus des premiers classiques de Marillion, Pendragon ou … Pallas. The Dreams of Men est la dernière strate d’une sédimentation qui n’en finit pas et il marque une nouvelle apogée aussi bien sur le plan de l’intelligence des compositions que de la plénitude du son ou de la luxuriance des arrangements. Mais commençons par la première plage du compact : l’intro orchestrale classique de The Bringer Of Dreams, composée par Niall Mathewson, installe une atmosphère pastorale d’une suprême élégance avant l’incrustation d’une guitare en apesanteur, l’apparition de la cadence et finalement l’explosion irrésistible du groupe lâchant toute sa puissance. Rythmique complexe, solo de synthé décoiffant, les textes explorent les rêves et les cauchemars des hommes sur une musique d’une inquiétante épaisseur. Time to dream : le tic tac d’une horloge égrène le temps avant le retour du thème et la conclusion véhémente. Cette composition va impressionner les plus dubitatifs : c’est du grand art avec un grain de folie, ce qui manque la plupart du temps au Néo-prog justement. Ghostdancers est un autre grand moment et peut-être l’une des plus belles compositions jamais écrites par Pallas. Introduite par un violon nostalgique, la musique prend ici des accents celtiques et fait naître des images de grands espaces : refrain entêtant, guitare stratosphérique et mélodie aguichante sont au service d’une chanson qui raconte l’exode des Celtes à travers l’océan et leur confrontation avec les natifs américains dont les vocalises mystiques mettent un terme à ce fantastique voyage. Quant à Northern Star en forme de duo synthé / guitare, il fait tomber d’une baguette magique une pluie d’étoiles scintillantes : c’est l’instant du marchand de sable qui nous emmène dans l’autre monde. Le plus étonnant c’est que tout l’album est ainsi plein de trouvailles et de fantaisie : la cantatrice d’opéra sur The Last Angel, l’orgue d’église et les lignes de basse énormes au son Rickenbacker si caractéristique sur Mr Wolfe, les dérapages orchestraux et les vrombissements de la guitare sur Invincible… Tout est ici massif, imposant, grandiose sans que jamais la musique ne paraisse ampoulée. Elle est le cœur de Pallas qui a cette fois tout donné à tel point que l’album est difficile à apprécier à la première écoute. Mais à la dixième, il est devenu un classique intemporel du Rock Progressif à l’instar des grands opus cités plus haut. La pochette et le livret participent à la métaphore du rêve en offrant des images peuplées de masques divers et le compact lui-même a fait l’objet d’une recherche picturale aussi originale que réussie. Il est connu que nos cinq Ecossais prennent leur aise pour peaufiner leurs productions et celle-ci aura nécessité quatre années de travail. Le temps serait-il une recette-miracle pour la concoction d’albums cultes ? Je ne le pense pas, mais il est certain que ça aide !

[ Pallas Website ] [ Ecouter / Commander ]
[ The Bringer of Dreams ] [ Northern Star ]

Frank Zappa : Waka/Jawaka (Rykodisc), USA 1972
Frank Zappa : The Grand Wazoo (Rykodisc), USA 1973


1971 fut une mauvaise année pour Zappa. En décembre, alors qu’il jouait avec les Mothers au festival de Montreux en Suisse, son matériel fut détruit pendant l’incendie du casino où il se produisait (l’évènement est immortalisé dans le célèbre Smoke On The Water de Deep Purple). Et quelques jours plus tard, pendant un concert au Rainbow Theater de Londres, il fut attaqué sur scène et poussé dans la fosse d’orchestre. Il s’en tira avec de multiples fractures et un larynx écrasé, ce qui ne sera pas sans conséquence sur sa carrière musicale. Frankie va alors dissoudre les Mothers et profiter de sa longue convalescence pour enregistrer pratiquement en parallèle deux albums de Jazz Rock presque entièrement instrumentaux : Jawa-Jawaka (également connu sous le nom de Hot Rats II à cause des labels sur les robinets de la pochette) et The Grand Wazoo. Coulés dans le même moule, ces deux albums dont les durées dépassent à peine 36’ auraient pu sans problème être rassemblés sur un compact unique. Jawa Jawaka comprend à côté de deux chansons courtes plus conventionnelles, deux longues compositions instrumentales propices aux improvisations. Si Big Swifty figure parmi les titres les plus jazz jamais écrits par Frank avec un thème aux métriques complexes et de superbes solos de George Duke au piano électrique et de Sal Marquez à la trompette, le grand moment du disque reste le titre éponyme grâce à une mélodie mémorable et surtout à un arrangement orchestral dont la richesse et la densité n’occultent pas les interventions des solistes. C’est cet aspect orchestral qui est encore mieux mis en valeur dans The Grand Wazoo : ici on a carrément affaire à un Big Band de 21 musiciens et pas des moindres puisqu’on compte dans leurs rangs des pointures comme Ernie Watts, George Duke, Don Preston ou Aynsley Dunbar. Zappa, qui figure bien sûr parmi les solistes, n’accapare pourtant pas la vedette et laisse ses musiciens s’exprimer à l’aise dans tous les registres, du piano à la trompette en passant par le trombone. Son rôle ici est d’abord de composer et d’organiser cette musique qui sonne en fin de compte plus Jazz que Rock. Pour l’occasion, le leader a mis un peu en veilleuse son humour corrosif et ses satires offensives mais pas complètement quand même : Your Mouth (sur Jawa) par exemple est un blues aussi moqueur que contestable à propos d’un type qui veut descendre sa femme fourbe et menteuse tandis que For Calvin raconte comment son pote Cal Shenkel (célèbre illustrateur des pochettes de Zappa) a un jour embarqué deux auto-stoppeurs qui ont squatté en silence la banquette arrière de la voiture et refusé de descendre. Même les titres des albums sont bizarres. The Grand Wazoo, on ne sait pas ce que ça veut dire : le leader d’une organisation clandestine, le Grand Oiseau en français ou un antique mégaphone ? Qu’importe après tout, car à l’instar de Hot Rats, Jawa-Jawaka et The Grand Wazoo sont deux disques de Jazz Rock comme il en existe peu : malins, irrespectueux, curieux et osés. Cette trilogie, qui doit être considérée à part dans la discographie zappaienne, enchantera ceux qui apprécient autant les valeurs du Jazz orchestral et modal que celles du Rock Progressif novateur et expérimental.

[ The Frank Zappa Home Page ] [ Ecouter / Commander : Waka/Jawaka - The Grand Wazoo ]

Ayreon : The Human Equation (Inside Out), Hollande 2004


Le Hollandais Arjen Anthony Lucassen est un homme apparemment très occupé, sautant d’un projet à un autre : Vengeance, Ambeon, Star One, Ayreon, Stream Of Passion sans compter ses multiples participations à des enregistrements de Within Temptation, Nolan/Wakeman, Space Mirrors, Glass Hammer, After Forever, Ian Parry et bien d’autres. Ayreon est son émanation la plus progressive ou, en tout cas, la plus diversifiée en styles de musique et The Human Equation, conçu en 2003, est le sixième disque de ce groupe qui s’était déjà fait remarquer par l’excellent Into The Electric Castle. Cette fois encore, il s’agit d’une œuvre monumentale en 20 sections, étalée sur deux compacts (102’ de musique) et incluant une foule d’invités prestigieux. On ne compte en effet pas moins de 11 chanteurs ou chanteuses sur cet album : Devin Townsend, Heather Findley (Mostly Autumn), James LaBrie (Dream Theater), Eric Clayton (Saviour Machine), Devon Graves (Dead Soul Tribe) et Mike Baker (Shadow Gallery) entre autres prêtent ainsi leurs voix caractéristiques pour illustrer des personnages allégoriques (Agony, Rage, Reason, Fear, Pride, Love …) ou interpréter les protagonistes (Labrie est le personnage principal, Baker son père, Marcela Bovio sa femme et Arjen Lucassen lui-même son meilleur ami), intervenant parfois à dix au sein d’un même titre. Rompant complètement avec les histoires fantastiques et de science-fiction des albums précédents, The Human Equation est cette fois consacré à l’exploration d’un monde intérieur, l’histoire racontant les pensées refoulées et les souvenirs enfouis traversant l’esprit d’un homme plongé dans le comas après un accident de voiture inexplicable. Malgré une fin insolite, le concept est quand même un peu usé et les textes mélodramatiques valent surtout pour leur parfaite adéquation à la musique. Une musique qui part dans toutes les directions, du Heavy Métal à la ballade acoustique en passant par le folklore irlandais, la Pop mélodique, des orchestrations classiques, des bruitages électroniques et de nombreux passages progressifs. Une musique qui est arrangée et produite avec beaucoup de clarté et surtout agencée intelligemment en une œuvre cohérente à l’instar d’un véritable Rock-Opéra moderne, ce qu’est en fin de compte The Human Equation. Pour concrétiser un projet aussi colossal, Lucassen n’a pas lésiné non plus sur les musiciens et, comme d’habitude, il s’est entouré de quelques pointures comme Ken Henley (Uriah Heep) à l’orgue Hammond, Oliver Wakeman et Martin Orford (IQ) aux claviers, Ed Warby à la batterie plus des flûtes, des violons et un violoncelle. Mais c’est Lukassen lui-même qui s’est chargé de la basse, du mellotron, des synthés et autres claviers et surtout de toutes les parties de guitares aussi bien acoustiques qu’électriques et il faut dire que ce gars là a plus d’une corde à sa guitare. Réussissant à faire revivre les climats glorieux du Rock des 70’s et les combinant avec beaucoup d’habileté à des passages Prog et Métal contemporains (allant même jusqu’à utiliser la voix Death d’Opeth pour un de ses personnages), Lucassen a sorti un disque brillant et facile à écouter qui devrait rassembler autour de lui un très large public. Enfin, vous constaterez que pour une fois, aucune référence particulière n’a été citée dans la chronique. C’est parce que Ayreon, malgré son line-up fluctuant, a indéniablement un style particulier désormais immédiatement reconnaissable : celui de son créateur aussi culotté que talentueux. Reste l’emballage qui mérite bien quelques quelques mots car, en plus d’un livret somptueux réalisé par le Suédois Mattias Norén, la pochette a encore été confiée à l’artiste belge Jef Bertels, un peintre visionnaire tellement doué qu’il a su condenser en une composition unique le concept, l’univers et l’atmosphère de ce voyage intérieur tout en laissant une grande place à l’imaginaire. Car comme dit Bertels lui-même, l'âme d’un tableau ne se situe pas derrière lui, mais quelque part entre l’image et la personne qui la regarde !

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Mostly Autumn : Storms Over Still Water (Mostly Autumn Records), UK 2005
Ce qui frappe désormais chez ce septet originaire de York, c’est qu’il a appris au fil du temps à maîtriser l’espace sonore. D’ailleurs, avant de l’enregistrer, ils ont mis plus d’une année à le peaufiner ce sixième album, dans des endroits magiques fouettés par le vent des hautes terres. Et puis, malgré des aveux spontanés de la chanteuse (le Floyd est et restera dans notre sang) la musique s’est enfin libérée de cette étiquette Pink Floyd qu’on leur colle sur le dos à longueur de disques. Certes, les amateurs de références trouveront encore ici quelques traces de guitare à la Gilmour mais a-t-on vraiment le choix quand on veut faire du Rock atmosphérique ancré dans les glorieuses seventies ? Toujours est-il que Mostly Autumn s’est forgé un panel de chansons tellement diverses qu’il échappe à une classification simple. Quel lien peut-il avoir entre le Hard Rock de Black Rain dont les riffs d'orgue rappellent les beaux jours de Uriah Heep, les refrains popisants d’un Broken Glass, la ballade acoustique Heart Life avec sa flûte pastorale et son finale de guitare grandiose ou Carpe Diem, longue pièce symphonique aux accents celtiques ? Rien justement, sinon qu’on reconnaît le style original d’un groupe qui fait désormais sa musique comme il l’entend, au-delà des modes et avec une attitude détachée que seul permet la maturité. Les voix conjuguées de Heather Findlay (yin) et de Bryan Josh (yang) apportent beaucoup de fraîcheur, Josh est un guitariste compétent et la flûte d’Angela Gordon est toujours aussi appréciable même si elle est ici bien trop rare. En plus, le groupe s’est fait aider par quelques invités dont le grand Troy Donockley de Iona à la cornemuse sur Carpe Diem. Avec un disque comme Storms Over Still Water, Mostly Autumn a désormais toutes les armes nécessaires pour prétendre au succès et afficher son talent ailleurs que dans les petites salles sympathiques réservées aux aficionados du Rock Progressif underground.

[ Mostly Autumn website ] [ Ecouter / Commander ]
[ Storms Over Still Water ] [ Heart Life ]

Porcupine Tree : Deadwing (Lava Records), UK 2005
Deadwing s’inscrit dans l’évolution naturelle du groupe entreprise depuis Lightbulb Sun : plus de Rock alternatif et plus de métal mais sans abandonner pour autant les ballades acoustiques ou la musique psychédélique à tendance floydienne qui faisait les beaux jours de Stupid Dream. Cette dichotomie dans les choix a forcément abouti à un disque à deux facettes et par extension à des appréciations positives ou à un rejet de la part de leurs fans en fonction de leurs propres inclinations. Mieux vaut rester neutre et apprécier ce disque pour ce qu’il est : un album qui n’a plus grand-chose de progressif dans le sens où on le définit dans ces pages mais qui n’en offre pas moins, à côté d’une musique actuelle apte à rivaliser avec certaines productions plus commerciales, pas mal d’idées non conventionnelles étalées sans compromis par son concepteur Steven Wilson. Entre Glass Arm Shattering renouant avec les rêveries planantes issues d’une autre époque et Shallow en forme de Métal alternatif, étranger jusqu’ici à l’univers musical de Porcupine Tree, il y en a pour tous les goûts. Le mélange des genres ne résulte pas seulement d’une juxtaposition de plages hétérogènes mais intervient parfois au sein d’un même morceau : ainsi le titre épique Arriving Somewhere But Not Here contient-il une courte section hyper agressive totalement incongrue dans le climat général d’une composition par ailleurs mémorable. On ne sera d’ailleurs pas surpris de découvrir aux cotés du leader son pote Mikael Åkerfeldt qui préside ordinairement aux destinées du groupe de Death Métal Opeth : l’osmose entre ces deux personnage s’est décidément effectuée de façon durable et dans les deux sens. Par contre, le choix du guitariste excentrique Adrian Belew (formidable chez King Crimson) comme second invité est plus discutable dans ce contexte comme en témoigne son solo biscornu en finale du titre éponyme. Sur le plan de la composition, Deadwing peut apparaître à première écoute moins réussi que ses deux prédécesseurs (Lightbulb Sun et In Absentia), encore faut-il laisser au temps le soin de décanter le bon grain de l'ivraie. En attendant et pour autant que vous ne montriez pas trop de résistance à assimiler ses innombrables sautes d’humeur musicales, Deadwing, sans être le meilleur album de Porcupine Tree, reste quand même un disque euphorisant avec lequel il faut compter.

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Galleon : Beyond Dreams (Progress Records), Suède 2000
Formé vers 1985, ce quartet suédois joue un Néo-prog symphonique, mélodique et très accessible, dominé par les claviers de Ulf Pettersson à l’instar de Martin Orford pour IQ ou Jadis. Autant dire qu’on ne trouvera pas grand-chose ici de très original. Ceci ne veut pas dire que la musique n’est pas bonne : au contraire, dans le style qui est le sien, Galleon assure correctement et les compositions sont fort plaisantes. Quelques unes sont même excellentes comme ce Let Us Be Amazed de 9 minutes plus expérimental avec son intro à la King Crimson, ses effluves arabisantes et ses multiples sections habilement imbriquées ou encore Parasite qui échappe à l’ordinaire par des riffs accrocheurs et un jeu de batterie dynamique rappelant cette fois davantage Rush que les groupes de Néo-prog anglais. Le nouveau guitariste Sven Larsson joue dans une veine assez Rock en profitant du son de sa Fender Stratocaster connectée à un ampli Marshall via un panel conséquent de pédales d’effets : c’est probablement lui qui confère maintenant au groupe sa plus évidente particularité. Sans être exceptionnelle et malgré un léger accent, la voix de Göran Fors (également bassiste) se place bien sur les nappes de claviers et convient parfaitement au genre. En tout cas, comparativement à leurs précédents efforts, Beyond Dreams marque une nette évolution dans la bonne direction : titres plus courts (huit minutes en moyenne si l’on excepte The Dream qui est une petite pièce instrumentale servant à introduire la plage suivante, Dreamland), compositions moins scolaires, espace sonore mieux occupé et guitare craquante. Si vous aimez la musique de Jadis, IQ, Pendragon ou Iluvatar avec un zeste obligé de Genesis et une dose appréciable de Rock genre Rush ou Flower Kings, ce septième album de Galleon glissera probablement dans vos oreilles sans grande surprise mais aussi avec un plaisir certain.

[ Galleon Official Website - MP3 ] [ Commander ]
[ Let Us Be Amazed ] [ Before The Sunrise ]

Chris Squire : Fish Out Of Water (Atlantic), UK 1975
La basse est énorme et au début on n’entend qu’elle comme si Chris Squire ne s’était libéré de son groupe que pour mieux faire entendre le son de sa Rickenbacker (une 4001 couleur crème achetée en 1965). Exit la guitare de Steve Howe et d’ailleurs toute espèce de guitare électrique à six cordes : on est ici au royaume des basses fréquences, de la résonance grave et tremblotante, à la limite de l’infra son. La musique sonne souvent comme du Yes mais sans guitare et surtout sans la voix claire de Ian Anderson, ce qui lui enlève quand même un peu de son attractivité. Pourtant, Squire ne chante pas si mal, habitué qu’il est depuis si longtemps à faire les chœurs ou à entrelacer ses vocalises avec celles d’Anderson. Il s’est aussi entouré d’une pléiade de musiciens exceptionnels comme Bill Bruford (dr), Mel Colins (sax), Jimmy Hastings (flûte), Patrick Moraz (claviers) et même d’un grand orchestre symphonique. Du coup, l’album se complaît dans les longs développements propices à des solos plus ou moins improvisés et c’est là qu’on s’amuse le mieux, à écouter le discours des invités sous les pieds desquels Squire, qui n’a jamais manqué d’idée, déroule un somptueux tapis volant. Le solo d’orgue Hammond de Moraz sur Silently Falling par exemple est soufflant, celui de Jimmi Hastings (Caravan) à la flûte parfait sur la ballade You By My Side tandis que le saxo de Collins enlumine joliment la mélodie de Lucky Seven. On pense alors à McDonald & Giles ou mieux au Traffic jazzy de The Low Spark Of High-Heeled Boys. Par contre, la longue pièce Safe (Canon Song) laisse un peu perplexe : l’interaction entre basse et orchestre qui en constitue l’échine ne va nulle part et cette absence de ligne de force ne rend guère la composition captivante. Malgré cela, sans être une œuvre majeure, Fish Out Of Water mérite une place d’honneur à coté des autres albums enregistrés en solo par les hommes de Yes juste après Relayer : les superbes Olias Of Sunhillow (Anderson) et Story Of I (Moraz) sur le podium, le pompeux Journey To The Centre Of The Earth (Wakeman), le médiocre Beginnings (Steve Howe) et l’erratique Ramshackled d’Alan White par ordre en queue de peloton.

[ Chris Squire Website ] [ Ecouter / Commander ]
[ Lucky Seven ] [ You By My Side ]

Lindisfarne : Fog On The Tyne (Charisma), UK 1971 (CD remastérisé + 2 titres en bonus, 2004)
Bien que signé par Tony Stratton-Smith pour le label Charisma en 1970, Lindisfarne n’a pas grand-chose d’un groupe progressif. Ce n’est qu’un petit combo de Folk-Rock propre à faire le bonheur des pubs britanniques dont l’inspiration peut être trouvée aussi bien chez Bob Dylan ou les Byrds, côté américain, que chez Steeleye Span ou Fairport Convention, côté anglais. Pourtant, leur second disque Fog On The Tyne est resté dans la mémoire collective des fans comme un excellent album et il est encore aujourd’hui fort prisé des collectionneurs. Peut-être est-ce dû au fait que la musique ne sonne pas vraiment comme celle des groupes précités? Les chansons ont une douceur et un balancement uniques et même les bluesy Train In G Major et Uncle Sam révèlent une préciosité toute britannique. Aux instruments classiques comme les guitares, le piano, le violon et l’harmonica, viennent parfois s’ajouter des mandolines, jouées par Simon Cowe et surtout Ray Jackson (devenu célèbre pour avoir accompagné Rod Stewart sur Maggie May), qui procurent à leur folk un son particulier (No Time To Loose, Alright On The Night et January Song). Ensuite, les textes et les mélodies sont accrocheurs avec des refrains que l’on ne peut s’empêcher de reprendre en chœur (Fog On The Tyne et Meet Me On The Corner). Enfin, les harmonies légères charrient une mélancolie qui trouve ses origines dans l’ancienne ville Médiévale de Newcastle sur le Tyne, les immenses arches romantiques de son pont en pierre, ses docks, ses industries en déclin et son brouillard traînant sur l’eau dormante du grand fleuve. Aux gens qui vivent là-bas dans le Nord-Est, le chanteur et guitariste Alan Hull et ses comparses ont apporté une musique qui leur va droit au cœur, essentiellement acoustique avec juste la part d’électricité nécessaire pour se faire entendre, parfois nostalgique et parfois propice à la danse (Scotch Mist). Voilà pourquoi cet album, produit par Bob Johnston connu pour son travail avec Bob Dylan, Johnny Cash et Simon & Garfunkel, a grimpé en son temps au sommet des Charts anglais. Le groupe a survécu tant bien que mal jusqu’à nos jours mais son maître à chanter Alan Hull est mort à l’hiver 1995. De toute façon, il y avait bien longtemps que Lindisfarne avait perdu sa magie populaire qu’on peut néanmoins retrouver intacte dans cette réédition (légèrement) remastérisée offrant deux titres supplémentaires par rapport au LP original dont le minutage était ultra-court (à peine 31 minutes).

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[ Fog On The Tyne ] [ January Song ]



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