Le rock progressiste de 1968 à aujourd'hui



Bien loin du jazz le rock progressiste ? Sans doute. Plus proche du rock, du folk, voire de la musique classique symphonique, c'est certain ! Mais des connections avec le jazz-rock, sous sa forme binaire et donc la plus énergique, existent néanmoins. Les musiciens par exemple sont souvent des virtuoses (à l'origine des problèmes d'ego qui sévissent bien souvent parmi les groupes de rock progressiste) parfaitement capables d'improviser lors d'un concert sur les longs thèmes à tiroirs et certains d'entre eux flirtent à l'occasion avec le jazz ou même, dans certains cas, mènent une double carrière. Ainsi, le batteur Bill Brufford des groupes Yes et King Crimson enregistre régulièrement des disques de fusion en compagnie de Django Bates avec son groupe Earthworks ou même du jazz acoustique dans le style d'Oregon (If Summer Had Its Ghosts, 1997 avec Ralph Towner et Eddie Gomez). Phil Collins était à la fois batteur de Genesis et d'un groupe de fusion nommé Brand X (Livestock, 1977) avant de rassembler à la fin des 90's un big band de jazz et d'interpréter quelques-unes unes de ses compositions dans le style swing du Buddy Rich Orchestra et des années 40 (A Hot Night in Paris, 1999). Certains groupes progressistes sont évidemment plus proches du jazz rock que d'autres. Colosseum s'imposa à la fin des années 60 avec une fusion ambitieuse de rock, de jazz et de blues qui en surprit plus d'un (Valentyne Suite, 1969). A partir de son deuxième album, Soft Machine évoluera aux confins de l'improvisation et du jazz et finira même par verser dans un jazz rock plutôt conventionnel avec l'arrivée des guitaristes Allan Holdsworth et John Etheridge (Bundles, 1975 et Softs, 1976). Issu comme Soft Machine de la scène de Canterbury, Caravan s'impose dès son second disque grâce à un son très particulier et des medleys de thèmes divers incorporant de longues improvisations entre jazz et rock (In The Land of Gray and Pink, 1971 et Waterloo Lily, 1972). Sans parler des groupes comme Magma, Gong, les Mothers of Invention, Gentle Giant, King Crimson, Dzyan ou autres Carpe Diem qui, tout en offrant des éléments jazz, restent encore aujourd'hui inclassables.


Mais le rock progressiste, dont il est d'ailleurs difficile de donner une définition exacte, englobe beaucoup d'autres influences parmi lesquelles on retiendra :

En ce qui concerne l'évolution du genre, on distingue généralement trois périodes :

Encore une chose : les termes "rock progressif" sont parfois utilisés dans ces pages parce que c'est ainsi qu'on désigne le plus communément le genre en français. Toutefois, il s'agit là d'une traduction approximative des mots anglais "progressive rock" qui signifient plus exactement "rock progressiste", c'est-à-dire un rock qui est en faveur du progrès, ce qui, bien entendu, ouvre les portes de cette musique à toutes les expériences et idées nouvelles.


Les disques sélectionnés illustrent la plupart des influences et des styles précités de 1968 à nos jours. Ils sont présentés sous la forme d'un tableau chronologique qui sera complété ultérieurement au fur et à mesure de la découverte de nouveaux groupes. Sous chaque chronique, un lien renvoie au site officiel du groupe s'il existe ou, à défaut, à la meilleure page d'amateur trouvée sur le net ou encore à un site lié à un label. Une visite sur ces sites s'impose dans la mesure où il est parfois possible d'y télécharger des fichiers audio. [A lire : Essai sur les disques essentiels]


1968 - 1980 [ 1981 - 1990 ] [ 1991 - 2000 ] [ 2001 - 2003 ]

Pink Floyd : A Saucerful Of Secrets (EMI), UK 1968
Deuxième alburm du Pink Floyd : Syd Barrett, psychologiquement dérangé, chante le ténébreux Jugband Blues et ne joue plus que sur quelques titres avant de se faire larguer tandis que David Gilmour entre en scène. Album de transition, A Saucerful of Secrets s'avère moins psychédélique que son prédécesseur (The Piper at the Gates of Dawn) et s'engage sur une voie plus ambitieuse : compositions et mélodies plus affinées et variées, extension de la durée des titres, ambiances spatiales et textes plus secrets parsemés de références aussi bien à des auteurs de science fiction qu'à de l'antique poésie Tang. Beaucoup d'idées, une production médiocre et encore pas mal de tâtonnement, mais Pink Floyd a définitivement ajusté les commandes pour un voyage sans retour au cœur du soleil. A noter encore la première pochette réalisée par Hipgnosis pour le Band : un montage coloré avec une photo du groupe, des dessins issus de comics US et des clichés infrarouges pour symboliser les états altérés de la conscience. Pas encore le grand art mais une bonne illustration de l'univers floydien de la fin des sixties.

[ A Saucerful Of Secrets ]

Frank Zappa : Hot Rats (Rykodisc), USA 1969
Le deuxième disque en solo de Frank Zappa est un monument à la gloire d'un genre de fusion entre rock et jazz qu'il a probablement inventé. Aux côtés de Ian Underwood, impressionnant aux claviers et aux saxophones, et dont la contribution à ce disque est aussi importante que celle du leader, Zappa s'affirme non seulement comme un guitariste hors-pair, mais aussi comme un compositeur original (Peaches en Regalia) et un incroyable arrangeur et manipulateur de sons. Beaucoup de disques enregistrés à cette époque apparaissent aujourd'hui comme datés mais celui-ci non ! C'est du Zappa intemporel et, qui plus est, accessible à tous car dénué de ces excentricités coutumières qui ont malheureusement tenu à l'écart de sa musique pas mal d'amateurs.

[ Hot Rats ]

Renaissance (Renaissance Records) UK 1969
Après l'éclatement des fameux Yardbirds, le batteur Jim McCarty et le guitariste Keith Relf se lancèrent en compagnie du pianiste John Hawken, du bassiste Louis Cennamo et de la chanteuse Jane Relf (sœur de Keith) dans un projet original de fusion entre rock, classique et folk-blues anglais. Dominé par le piano classique de Hawken, le premier disque éponyme de Renaissance surprend par ses chansons planantes, sa fraîcheur et un style resté unique dans le folk-rock de cette époque. Pour diverses raisons, Renaissance connaîtra presque immédiatement de nombreux changements de personnel qui, après le recrutement de l'extraordinaire chanteuse classique Annie Haslam, déboucheront incidemment sur une brillante seconde carrière du groupe initiée en 1972 par le disque Prologue.

[ Renaissance ]

King Crimson : Lizard (EG), UK 1970
Encore un groupe, qui depuis son premier succès en 1969 (21st Century Schizoid Man), a connu des périodes musicales très diversifiées avec pour seul lien le guitariste fondateur Robert Fripp. Lizard, troisième disque de King Crimson, est un cas à part, la plupart du temps dénigré ou au mieux oublié par les fans du groupe. C'est pourtant un mélange subtil et original et l'une des premières grandes et rares réussites en matière de fusion entre rock, jazz et classique. Pour vous en convaincre, calez la platine sur Indoor Games : cette composition au bord du jazz, du free et d'un tas d'autres influences est proprement fantastique et rien de pareil ne peut être écouté, ni sur d'autres compacts de King Crimson ni ailleurs. Pour une approche plus conventionnelle de l'univers crimsonien, commencez plutôt par le premier album (In the Court of the Crimson King, 1969) ou par le second (In the Wake of Poseidon, 1970).

[ Lizard ]

Emerson, Lake & Palmer : Tarkus (Rhino), UK 1971
Le trio de Keith Emerson (claviers), Greg Lake (bass, vocal, guitares) et Carl Palmer (dr) délivre volontiers une musique pompeuse et prétentieuse où l'ego des musiciens prévaut sur le travail de groupe mais il a aussi de bons moments. Sur cet album, comme sur les autres, le meilleur côtoie le pire. Le meilleur, c'est Tarkus, une longue suite épique de 20 minutes qui, par ses climats successifs et ses parties instrumentales élaborées et malgré un texte burlesque, est un grand moment de rock progressiste. Le pire, ce sont les Jeremy Bender et autres Are You Ready Eddy? en forme de clin d'œil soi-disant humoristique et qui ne sont en fait que du remplissage inutile. Toutefois, comme ici le meilleur excède le pire, l'un dans l'autre, Tarkus reste une bonne affaire.

[ Tarkus ]

Yes : Close to the Edge (Atlantic), UK 1972
Rick Wakeman ayant remplacé Tony Kaye aux claviers, Yes acquiert son line-up le plus célèbre avec Jon Anderson (voc), Bill Bruford (percussions), Steve Howe, (gt) et Chris Squire (b). Leur second disque ensemble après Fragile (qui est aussi le dernier puisque Bill Bruford quittera le groupe peu après pour rejoindre King Crimson) reste à ce jour l'un des fleurons du rock progressiste. Voix haut perchée pour des textes cosmiques au sens pour le moins obscur, soutien symphonique sans faille, virtuosité instrumentale, thèmes à tiroirs alternant les ambiances planantes et les accélérations débridées, Yes est au somment de sa puissance créative et ne fera jamais mieux. Si vous n'avez jamais entendu l'épique Close to the Edge, le dynamique Siberian Khatru ou le voluptueux And You And I, vous avez beaucoup de chance : courrez vous procurer un exemplaire de ce disque séminal.

[ Close to the Edge ]

Gentle Giant : Octopus (Vertigo / Columbia), UK 1973
Imaginez six musiciens changeant constamment d'instrument (saxophone, trompette, violoncelle, claviers et synthétiseur, guitare, percussion, basse, violon, chant et j'en oublie sans doute quelques-uns) pour produire une musique complexe et ultra-structurée qui se nourrit aussi bien du motet médiéval que de la musique contemporaine en passant par le classique et le jazz. De 1970 à 1980, Gentle Giant réalisa 12 albums dont onze en studio et celui-ci, le quatrième, est le premier d'une période faste qui comprend aussi In a Glass House, The Power and the Glory et Free Hand. Procurez-vous de préférence l'édition UK sur Vertigo qui, en plus d'un meilleur son, a conservé la pochette de Roger Dean (concepteur également de la plupart des pochettes de Yes) plutôt que le dessin banal (une pieuvre dans un vase) illustrant la version US de Columbia.

[ Octopus ]

Genesis : Selling England By The Pound (Atlantic), UK 1974
Tout ce qui a fait le succès du Genesis première période est là : le climat et la dramaturgie, l'interplay entre les parties de guitare de Steve Hackett et les synthétiseurs de Tony Banks, les réminiscences folkloriques et la voix théâtrale et britannique de Peter Gabriel. Mais il y a aussi la nostalgie liée aux petites histoires satiriques, humoristiques ou ambiguës qu'on nous raconte sur la société anglaise d'après-guerre. Ce disque prophétique témoigne d'un âge ou, dans une illusion de progrès, l'art traditionnel s'effaçait peu à peu devant l'émergence d'un capitalisme outrancier. Sur le plan musical et poétique, l'ensemble est brillant et même si Phil Collins, excellent à la batterie, ne convainc encore personne en chantant More Fool Me, Selling England By The Pound reste un chef d'œuvre incontournable du rock progressiste, qu'il soit d'Angleterre ou d'ailleurs

[ Selling England By The Pound ]

Tangerine Dream : Phaedra (Virgin), Allemagne 1974
Au début des années 70, les longues plaintes glacées et frissonnantes de Tangerine Dream surprennent. Avec ses pulsations séquentielles nappées de vagues électroniques programmées sur des synthés VCS3, agrémentées à l'occasion de flûte, de mellotron, de guitare, d'orgue ou de bruits divers, Phaedra est un voyage aux confins de l'Univers. Là où seul subsiste le froid absolu d'un vide interstellaire. Quand les vibrations des machines se propagent dans l'éther, tout, autour, devient lent et se fige comme pris dans un ambre invisible. Si vous n'écoutez qu'un seul disque de ce genre, que ce soit celui-là.

[ Phaedra ]

Gong : You (Virgin), France/UK 1974
You, finale de la trilogie Radio Gnome consacrée à l'histoire mythologique des habitants d'une planète utopique, est ce que le groupe franco-anglais Gong a fait de mieux. Moins de paroles, plus de musique, et quelle musique ! Une fusion jazz rock originale, humoristique, psychédélique, mystique et éclectique, souvent cataloguée comme " space fusion " ou " fusion cosmique ", emmenée par Daevid Allen et Steve Hillage (gt), Tim Blake (claviers), Didier Malherbe (bois), Mike Howlett (b) et Pierre Moerlen (dr). Master Builder et A Sprinkling of Clouds sont les sommets de ce compact qui ira comme un gant aux lecteurs de space opera. Cet album marque la fin de la collaboration avec Daevid Allen : Gong continuera sous la direction du percussionniste Pierre Moerlen à produire une fusion crédible mais plus classique et ne méritant plus l'adjectif cosmique.

[ You ]

Steve Hackett : Voyage of the Acolyte (Virgin), UK 1975
Peter Gabriel parti, l'incertitude plane sur l'avenir de Genesis et le guitariste Steve Hackett en profite pour enregistrer son premier album solo. Surprise ! La musique ressemble à ce qu'aurait pu être celle du Genesis première époque ... sans la direction, la dramaturgie, les textes et la voix de Gabriel. Il faut dire qu'il a invité Phil Collins (dr) et Mike Rutherford (b) et qu'il ne manque que les claviers de Tony Banks pour reconstituer le quartet tel qu'on le retrouvera une année plus tard sur "A Trick of the Tail". C'est toujours du rock symphonique mais plus éclectique et forcément plus axé aussi bien techniquement que musicalement sur le travail des guitares. En écoutant cette musique riche et contrastée, on se dit que Steve Hackett a décidément beaucoup de talent et d'idées et que Genesis aurait sans doute gagné à lui laisser plus de liberté d'expression.

[ Voyage Of The Acolyte ]

Genesis : A Trick Of The Tail (Virgin/Atlantic), UK 1976
Plus d'une année après la défection de Peter Gabriel, personne n'aurait parié un penny sur l'avenir de Genesis mais quand A Trick of the Tail sort, l'écoute des deux premiers titres, Dance on a Volcano et Entangled, suffit pour rassurer tout le monde. Le batteur Phil Collins s'impose soudain comme un chanteur tout à fait digne de reprendre le flambeau et de garder sa flamme à jamais. Si le côté théâtral a été évacué, le mellotron, les guitares acoustiques, les petites histoires fantastiques et les superbes mélodies sont bien là, préservées et même restaurées en droite ligne de Selling England by the Pound, comme si The Lamb n'avait jamais existé. Mais il faut se méfier des apparences car sous les fragiles et bucoliques textures se cachent les étincelles de la désunion. Steve Hackett et ses guitares n'ont pas la place qu'on aurait pu attendre d'un quartet libéré de son mentor tandis que les tendances de Banks à popiser sa musique gagnent du terrain. Un disque encore (Wind and Wuthering, 1977) et tout sera fini : Hackett quittera Genesis juste avant que le groupe ne dévale une à une toutes les marches vers une production parfaitement insipide (Invisible Touch, 1986).

[ A Trick Of The Tail (2007 Digital Remaster) ]

Machiavel : Jester (EMI), BEL 1977
Après un premier essai remarqué mais qui sent encore l'amateurisme (Machiavel, 1976), Jester paru une année plus tard apparaît comme une œuvre maîtrisée pleine d'effets sonores spéciaux (des bruitages électroniques, un gong, un piano punaise et ces verres cassés en rythme sur Sparkling Jaws !), de métriques complexes, de variation dans les climats et de mélodies brillantes bien mises en valeur par une production certes artisanale mais soignée. La musique, dominée par les claviers, synthés et autre mellotron, s'inscrit dans le courant du rock symphonique inspiré par Genesis mais les rythmes peuvent aussi s'emballer dans une perspective plus rock qui, à cause des pulsations du grand piano, rappelle parfois les meilleurs moments de Supertramp (la dernière partie de Sparkling Jaws, Mister Street Fair). Quant au nouveau chanteur Mario Guccio qui a remplacé Marc Ysaye désormais concentré sur sa batterie, il s'avère doué d'un bel organe et affiche d'étonnantes capacités à changer de tonalité en fonction du tempo et de l'ambiance de la musique. On notera aussi le dessin original de la pochette dû à "Celle", un artiste bruxellois également auteur de la fresque intérieure de l'album plutôt surprenante et très audacieuse pour l'époque. En 1978, le groupe belge produira un Mechanical Moonbeams encore plus abouti et tout aussi recommandable que Jester avant de se tourner vers un rock plus commercial et conventionnel qui entraînera le départ du principal compositeur et claviériste du groupe, Albert Letecheur, peu enclin à s'adapter à cette nouvelle direction musicale.

[ Jester ]

Pink Floyd : Animals (Columbia / EMI / Capitol), UK 1977
Après les succès planétaires de Dark Side Of The Moon et de Wish You Were Here, Pink Floyd revient avec une œuvre sombre, rugueuse et agressive qui déconcerte une bonne partie de son immense public. Inspiré partiellement par une allégorie de George Orwell (Animal Farm), Roger Waters, de plus en plus irascible et désespéré, a écrit une fable ironique, cynique et politique contre l'hypocrisie où l'humanité est divisée en trois groupes distincts : les cochons qui profitent dans l'abondance, les chiens qui traquent impitoyablement la fortune et les moutons dociles qui suivent sans réfléchir. Et incidemment, Waters a pris le contrôle du groupe et de sa fatale destinée. Mais si Waters écrit, compose et chante presque tout, c'est encore le Floyd qui fait la musique et celle-ci est loin d'être en reste. Le guitariste David Gilmour surtout qui survole les longs thèmes avec une maestria sans faille et une vigueur qu'on ne lui soupçonnait pas vraiment et qui s'impose ici comme l'alter ego musical de son leader anti-charismatique. De tous les disques du Floyd, c'est sans doute Animals qui s'est le mieux bonifié au cours des ans et, aujourd'hui, voilà qu'il apparaît enfin pour ce qu'il est : un grand album de rock progressiste. A redécouvrir dans sa version remastérisée qui arbore toujours la pochette originale d'Hipgnosis et son fameux cochon volant au-dessus de la centrale de Battersea.

[ Animals ]

Jethro Tull : Heavy Horses (Chrysalis), UK 1978
Venu du blues rock et après un détour par le progressif et l'opéra, l'émanation du flûtiste barbu et unijambiste décide de se retirer à la campagne le temps de deux disques pastoraux plutôt réussis où le folk prévaut sur les autres styles que le groupe aborde généralement. A la fois plus frais et plus raffiné que le précédent Songs From The Wood, ce concept album consacré pour les deux tiers à des histoires d'animaux n'est certes pas parfait mais il contient son lot de textes attachants et de belles mélodies gorgées de flûte sur fond de guitares acoustiques qu'on ne retrouvera plus dans les disques ultérieurs. Quant au superbe chant qui donne son nom à l'album, dédié à la gloire du Shire, du Percheron ou autres chevaux de labour en voie de disparition, c'est tout simplement le meilleur titre jamais enregistré par Jethro Tull en 35 ans de carrière.

[ Heavy Horses ]

Supertramp : Breakfast in America (A&M), UK 1979
L’album le plus accessible de Supertramp, ou le moins progressiste si l’on veut. Mais il reste les pompes des claviers, le saxophone inattendu, les mélodies tenaces, les harmonies vocales astucieuses, les arrangements somptueux, les textes sensés, et un style inimitable maintenu à travers tout le répertoire. C’est déjà beaucoup! En plus, il se dégage de cette musique un optimisme qui s’estompera quand le différent entre Hodgson et Davies, encore indécelable à l’époque, rendra leur collaboration impossible. Quoiqu’il en soit, les tubes sortiront de cette rondelle comme d’un ancien 33 tours des Beatles et quelques uns le critiqueront pour ce côté pop jugé trop envahissant. Les autres profiteront à satiété de ce Déjeuner en Amérique qui, avec The Wall, contribua à l’extinction du disco en devenant l’un des albums les plus vendus au monde. Quant à la pochette avec son World Trade Center en porcelaine, elle est le symbole d'une époque heureuse aujourd'hui dynamitée.

[ Breakfast In America (Deluxe Edition) ]

Peter Gabriel 3 (Charisma/Geffen), UK 1980
Entre The Lamb Lies Down On Broadway, dernier opus avec Genesis, et les tubes calibrés pour MTV (Sledgehammer, Big Time), Peter Gabriel a gravé quatre disques en studio, ambitieux mais pas tous égaux. Ce n'est qu'à partir du troisième, sans titre comme les autres, que Gabriel atteint un remarquable équilibre entre ses textes et sa musique, équilibre malheureusement trop vite rompu par un succès commercial peut-être imposé. Surnommé Melt à cause de la dérangeante pochette d'Hipgnosis représentant le visage de l'auteur en liquéfaction, ce troisième album restera sans doute son chef d'œuvre hors Genesis. Combinant des textes brillants (introspectifs, analytiques, souvent sombres et même paranos ou alors engagés avec cette première grande chanson contre l'apartheid qu'est Biko) à une musique plus rythmique que mélodique et débarrassée d'émotions superflues, Melt est minutieusement pensé, écrit, conçu sans rien laisser au hasard. En plus d'invités prestigieux comme Phil Collins, Robert Fripp, Dave Gregory (XTC), Tony Levin ou la chanteuse Kate Bush, Gabriel s'est payé cette fameuse boîte à rythmes dont on hésite à dire qu'elle est utilisée intelligemment tant on déplore ce que d'autres en feront plus tard. Ce troisième disque n'a plus rien à voir ni avec Genesis ni avec les canons généralement admis du rock progressiste mais il apparaît tellement novateur et visionnaire qu'il ne viendrait à personne l'idée de lui contester sa place ici.

[ Peter Gabriel Vol.3 ]





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