Rock progressiste : les Nouveautés 2017 (Sélection)



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The Mute Gods : Tardigrades Will Inherit The World (InsideOut), UK, 24 Février 2017
Tardigrades Will Inherit The World

Nick Beggs (basse, gt, Chapman Stick, voc.)
Roger King (claviers, gt)
Marco Minnemann (drums)

1. Saltatio Mortis (1:56) - 2. Animal Army (4:59) - 3. We Can't Carry On (5:11) - 4. The Dumping Of The Stupid (7:08) - 5. Early Warning (3:56) - 6. Tardigrades Will Inherit The Earth (5:02) - 7. Window Onto The Sun (6:00) - 8. Lament (2:01) - 9. The Singing Fish Of Batticaloa (8:24) - 10. Hallelujah (5:50) - 11. The Andromeda Strain (2:56) - 12. Stranger Than Fiction (4:21)

Une année après Do Nothing Till You Hear From Me, Nick Beggs et ses Mute Gods proposent leur second album cette fois enregistré en trio pur sans invités. Le message par contre est toujours alarmiste et s'inscrit dans la continuité des textes du premier disque (dont l'aspect graphique avec le même homme-miroir à tête carrée est également repris) tandis que la musique se fait plus sombre en conformité avec des thèmes pessimistes traitant des médias (The Dumbing Of The Stupid, de la religion (Hallelujah), de la politique (We Can’t Carry On) et de la science (Window Onto The Sun). Ces derniers esquissent en effet les travers d'une humanité en mutation qui concourt inéluctablement à sa propre extinction avec pour fatale conclusion un monde habité uniquement par de minuscules créatures appelées tardigrades, les seules à pouvoir survivre dans un environnement hostile extrême (d'où le titre de l'album et du morceau éponyme). Cette prédiction sinistre de l'évolution qui résonne comme une alerte est introduite par une pièce orchestrale (Saltatio Mortis) en forme de danse funèbre, prélude dramatique et menaçant à ce qui va venir. A l'exception de Early Morning, plus pop et accessible, les morceaux qui suivent sont denses et sans compromission, un peu trop bruyants parfois pour être appréciés sur le seul plan musical, surtout si on les écoute d'une traite. Emportés par la volonté de défendre sans complaisance leur vision, les musiciens ont apparemment oublié que, sans aération ni ornementation, la musique peut aussi devenir étouffante et, paradoxalement, diminuer l'impact du message véhiculé.

Il faut attendre le superbe Window Onto the Sun, septième titre du répertoire, suivi par le court instrumental Lament, pour que l'atmosphère s'éclaircisse enfin laissant entendre des harmonies plus mélodieuses. Mais la vraie révélation de l'album est le morceau qui vient ensuite, The Singing Fish Of Batticaloa qui fait référence aux mystérieux poissons chantants d'un lac du Shri Lanka : la mélodie, l'arrangement superbe, et les claviers célestes de Roger King combinés à des effets sonores subtils dérivés de la bande son d'un documentaire de la BBC sur ces animaux mythiques, considérés ici comme de possibles messagers de la catastrophe, font de cette composition une vraie réussite. Après un Hallelujah de bonne facture avec son rythme saccadé et ses sonorités trafiquées, l'instrumental Andromeda Strain démontre que la force de The Mute Gods réside d'abord dans la virtuosité de ses trois musiciens dont la technique et l'expérience ne sont plus à souligner. Et c'est déjà la fin avec Stranger Than Fiction, une autre chanson plus légère, dédiée par Nick Beggs à son épouse, qui clôture le répertoire sur un rayon de soleil particulièrement apprécié.

En conclusion, parce qu'il privilégie le fond sur la forme, Tardigrades est un disque un peu bancal mais, sur la distance, il offre quand même suffisamment de nuances et d'idées pour que l'amateur de prog, et en particulier de disques conceptuels, lui prête une oreille attentive.

[ Tardigrades Will Inherit the Earth (CD & MP3) ]
[ A écouter : Tardigrades Will Inherit The Earth - The Singing Fish Of Batticaloa ]

This Winter Machine : The Man Who Never Was (Progressive Gears Records), UK, 16 janvier 2017
The Man Who Never Was

Gary Jevon (guitare)
Mark Numan (claviers)
Al Wynter (vocals)
Peter Priestley (basse)
Marcus Murray (drums)

1. The Man Who never Was (16:05) - 2. The Wheel (9:28) - 3. Lullaby (Interrupted) (4:53) - 4. After Tomorrow Comes (7:58) - 5. Fractured (10:26) - Durée Totale : 48'50"

J'appartiens à une génération qui pense encore que quand une pochette de disque est vraiment belle, la musique qui lui est liée ne saurait être tout-à-fait mauvaise. C'est bien sûr une idée illogique qui renvoie à la facétie métaphysique de Frank Zappa selon laquelle une œuvre musicale forme un tout décrivant des interrelations entre pochette, livret, paroles, partitions, vidéos et même concerts. Dans certains cas, ça marche et dans d'autres moins, surtout si le groupe n'a pas été impliqué dans toutes les étapes de sa création. Quoi qu'il en soit, même si l'on y retrouve quelques symboles déjà fort utilisés dans le monde du prog comme la cabine téléphonique rouge et un personnage en cape noire dans la neige, l'image conçue par l'illustrateur suisse Sador Kwiatkowski pour The Man Who Never Was interpelle et invite à en savoir plus. Et le fait est que la nostalgie diffuse de cette scène hivernale se retrouve dans les textes des chansons, que ce soit à travers les ruminations d'un personnage déphasé face à une ancienne photographie dans laquelle il ne reconnaît pas l'homme qu'il est (la longue suite en quatre parties de The Man Who Never Was) ou dans les regrets troubles émanant d'une relation rompue (After Tomorrow Comes), ou encore dans la résignation lasse qui permet de suivre le fil d'une vie en dépit des innombrables fractures qui l'ont brisé (Fractured).

Tout cela est fort bien mis en relief par des musiques symphoniques aux accents lyriques qui ne sont pas sans évoquer le style néo-progressif du Marillion de Steve Hogarth. Arrangés avec imagination, les sons et les textes sont en effet bien souvent en phase, se renforçant l'un l'autre pour amplifier le sentiment aigu d'une mélancolie imprécise qui baigne l'album entier. Les passages instrumentaux nichés au creux des longues compositions sont nombreux avec de chouettes échanges entre claviers et guitares qui s'embrasent à l'occasion dans des envolées gracieuses ou nerveuses mais toujours jouissives (sur The Wheel en particulier ainsi que sur l'excellent instrumental Lullaby) et marquées par d'autres influences comme IQ, voire Porcupine Tree. En plus, le chanteur Al Wynter est doté d'une belle voix et il fait preuve d'une grande justesse en planant avec finesse au-dessus des harmonies et en négociant avec aisance les changements de tonalité. Il faut dire que sans pouvoir se prévaloir d'un pédigrée quelconque, les membres de ce quintet originaire de Leeds dans le Yorkshire ne sont ni jeunes ni inexpérimentés, ce qui explique la surprenante maturité de ce premier essai très réussi. Sans être très original dans son esthétique globale, The Man Who Never Was se distingue cependant par ses réelles qualités ainsi que par la cohérence du projet qui séduit par toutes ses composantes.

[ The Man Who Never Was (CD & MP3) ]
[ A écouter : The Man Who Never Was - After Tomorrow Comes ]

O.R.k. : Soul Of An Octopus (Rare Noise Records), UK / Italie / Australie, 24 février 2017
Soul Of An Octopus

Lorenzo Esposito Fornasari (vocals)
Carmelo Pipitone (guitare)
Colin Edwin (basse)
Pat Mastelotto (drums)

1. Too Numb (3:54) - 2. Collapsing Hopes (4:39) - 3. Searching for the Code (4:03) - 4. Dirty Rain (5:06) - 5. Scarlet Water (4:13) - 6. Heaven Proof House (4:26) - 7. Just Another Bad Day (4:11) - 8. Capture or Reveal (4:49) - 9. Till the Sunrise Comes (5:21) - Durée Totale : 40'36"

On pourrait être tenté à l'écoute du premier titre (Too Numb) de décrire la musique de O.R.k. comme un amalgame de celles de King Crimson et de Porcupine Tree, deux formations d'où émanent respectivement le batteur Pat Mastelotto et le bassiste Colin Edwin. Mais ce ne serait pas rendre justice à l'apport conséquent des deux autres membres du groupe: le guitariste Carmelo Pipitone très présent sur tous les titres et qui fait preuve d'une étonnante versatilité en alternant jeu en acoustique et envolées féroces en électrique avec l'aide occasionnelle d'effets électroniques (une pédale wah-wah entre autres sur Collapsing Hopes) et le chanteur extraordinaire Lorenzo Esposito Fornasari dont le registre vocal étendu lui permet de couvrir toutes sortes de styles, du métal (Dirty Rain) à l'opéra (Till The Sunrise Comes) en passant par la ballade. En réalité, Soul Of An Octopus est un creuset très original d'idées audacieuses, l'ensemble donnant l'impression d'une musique très écrite, aussi atypique que soignée, et qui tend en tout cas à s'éloigner des canons habituels du rock progressiste. La palme revient certainement aux arrangements ciselés à la perfection qui donnent l'impression d'un groupe terriblement soudé dont la production globale compte et vaut plus que la somme des parties composantes. C'est particulièrement apparent sur le magnifique Till The Sunrise Comes, véritable tour de force et point culminant et final du disque, qui parvient par son traitement sonore et son rythme hypnotique à imposer une ambiance sombre, décalée et envoûtante me ramenant, allez savoir pourquoi, au mystérieux album Seventeen Seconds de The Cure. Quelques chansons à la structure plus classique comme Searching For The Code, Scarlet Water ou Capture Or Reveal aèrent avec bonheur un répertoire autrement plus dense et hybride qui laisse une impression de complexité et nécessite plusieurs écoutes attentives pour en faire le tour. Le disque est emballé dans une superbe pochette psychédélique réalisée par l'artiste milanais Nanà Dalla Porta dont l'art dérangeant, absurde et peuplé d'octopodes a déjà orné d'autre albums remarqués comme ceux de Oh Lazarus et Berserk ainsi que Inflamed Rides, le premier opus de O.R.k. Emanation rigoureuse d'un vrai groupe, miraculeusement arrangé et mixé, à la fois complexe, épique et profondément original, Soul Of An Octopus est la preuve qu'après 50 années d'existence, le prog est encore capable de se réinventer. Recommandé.

[ Soul Of An Octopus ] [ O.R.k. sur Rare Noise Records ]
[ A écouter : Too Numb ]

Knight Area : Heaven And Beyond (Butler Records), Pays-Bas, 10 février 2017
Heaven And Beyond

Gerben Klazinga (keyboards)
Mark Smit (vocals and keyboard)
Mark Bogert (guitars)
Peter Vink (bass)
Pieter van Hoorn (drums)

1. Unbroken (7:06) - 2. Dreamworld (5:14) - 3. The Reaper (7:11) - 4. Box of Toys (3:47) - 5. Starlight (4:06) - 6. Heaven And Beyond (7:43) - 7. Savior Of Sinners (4:08) - 8. Eternal Light (3:26) - 9. Twins Of Sins (7:17) - 10. Tree Of Life (6:25) - 11. Memories (5:48) - Durée Totale : 62'04"

Au départ un groupe typique dans la ligne la plus mélodique du courant néo-prog, Knight Area a progressivement évolué depuis Nine Paths en 2011 vers une musique plus musclée, tendant même sur leur avant-dernier opus, Hyperdrive, vers un prog métal fier et flamboyant bien qu'accessible. Bâti sur cette reconversion, Heaven And Beyond offre une nouvelle brassée de compositions pleines de panache évoquant parfois, notamment par le son des synthés, le hard-rock clinquant des années 80 incarné par Europe et Def Leppard. Deux références qui exciteront sûrement l'imagination surtout si l'on ajoute qu'il faut les combiner à d'autres plus progressistes comme Enchant, Ayreon ou même Asia.

Des titres comme Dreamworld et Starlight convaincront les plus réticents que Knight Area est devenu sur ses vieux jours une sacrée bête digne d'être exposée au plus grand nombre dans les arènes modernes. La rythmique est solide, les riffs de six-cordes mordants et le chant de Mark Smit conduit avec assurance une charge de brigade légère qui ne tombe jamais dans les pièges parodiques d'un prog-métal roublard et trop sophistiqué. Bien sûr, quand on prend le hard-rock comme modèle, il vaut mieux savoir aussi écrire des ballades dignes de ce nom. Et ma foi, le titre éponyme fait largement l'affaire : c'est du pur A.O.R. avec un piano mélancolique, un refrain mémorisable, des solos de guitare surgissant comme des jaillissements magmatiques et des chœurs ciselés dans l'airain sans oublié une production en crescendo hyper-léchée dominée par la cadence d'une caisse claire imperturbable. Ça n'a l'air de rien mais il n'est pas aussi évident de retrouver cette ancienne formule magique qui a produit jadis tant de tubes. Et même quand la musique est purement instrumentale comme sur Eternal Light, elle est encore pourvoyeuse d'émotions tant elle est désormais fluide et maîtrisée. En dépit du fait qu'il soit devenu accessoire, le côté prog n'est pas pour autant totalement absent du répertoire mais Knight Area, à l'instar d'Asia, en fait un usage modéré quand cela sert son discours comme sur Saviour Of Sinners ou Twins Of Sins. La musique prend alors une dimension épique avec une sonorité profonde et spectaculaire bien mise en relief par le mixage méticuleux de Joost van den Broek (Epica, Star One) qui rend pleinement justice à la vision musicale du groupe. Et sur ce dernier titre, on ne manquera pas de lever un sourcil en écoutant la basse grondante de Peter Vink, autrefois membre du légendaire Finch. Si vous êtes venus pour trouver un substitut à des formations néo comme IQ, Jadis ou Marillion, mieux vaut être prévenu qu'après sept albums, les musiciens ont bifurqué et trouvé leur voie ailleurs dans un style entre Hard Rock et A.O.R. agrémenté d'un zeste de prog symphonique. Un mélange qui leur va bien car, avec Heaven And Beyond, les Hollandais ont tout simplement délivré l'album le plus personnel et le plus brillant de leur carrière. Viva Knight Area !

[ Heaven And Beyond (CD & MP3) ]
[ A écouter : Memories ]

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