Rock progressiste : la Sélection 2012



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Steve Hackett : Genesis Revisited II (InsideOut 2 CD), UK, 2012


CD1: The Chamber of 32 Doors (6:00) - Horizons (1:41) - Supper's Ready (23:35) - The Lamia (7:47) - Dancing With The Moonlit Knight (8:10) - Fly On A Windshield (2:54) - Broadway Melody of 1974 (2:23) - The Musical Box (10:57) - Can-Utility And The Coastliners (5:50) - Please Don't Touch (4:03) - Total Time: 73'20"
CD2: Blood On The Rooftops (6:56) - The Return Of The Giant Hogweed (8:46) - Entangled (6:35) - Eleventh Earl Of Mar (7:51) - Ripples (8:14) - Unquiet Slumbers For The Sleepers (2:12) - In That Quiet Earth (4:47) - Afterglow (4:09) - A Tower Struck Down (4:45) - Camino Royale (6:19) - Shadow Of The Hierophant (10:45) - Total Time: 71'28"

Steve Hackett (guitare, chant) - Lee Pomeroy (basse) - Gary O’Toole (drums, chant) - John Hackett (flûte) - Rob Townsend (sax, flûte) + invités
Il l'avait déjà fait en 1996 avec Watcher Of The Skies et il l'a refait en 2012, mais en mieux et avec un éventail de chansons beaucoup plus large parmi lesquelles sont aussi intégrées quelques compositions personnelles reliées à l'univers de Genesis, en tout cas celui auquel a contribué Steve Hackett lui-même en tant que guitariste et compositeur. Difficile évidemment de toucher à une relique sacrée et vénérée comme la source d’un genre musical par des millions de fans à travers le monde, ce qui explique qu’Hackett ait ressenti la nécessité de se justifier: « je sympathise avec le besoin d’Hitchcock de refaire un ancien film. La vision est plus claire et les techniques se sont améliorées… J'aime tellement la musique originale de Genesis que je désire la mettre davantage en évidence. La tentation d'enrichir ces chansons en y apportant plus de détails et de clarté était irrésistible ». Il devait manifestement savoir où il allait car le concept a été réalisé en huit mois à peine malgré l’implication de prestigieux invités, tous fiers et heureux de participer à un tel projet. Le résultat est époustouflant et le pouvoir de séduction de ces morceaux de musique, conçus quelques quarante années auparavant, est non seulement intact mais même plus grand qu'autrefois. Ce n’est pas que ces nouvelles interprétations soient meilleures que les anciennes mais, tout en étant différentes, elles véhiculent une émotion similaire à travers les apports personnels des nombreux artistes qui y ont contribué. Prenez ce formidable titre épique qu’est Supper's Ready. Cinq chanteurs différents, dont Mikael Akerfeldt (Opeth), Francis Dunnery (It Bites) et Simon, le fils de Phil, Collins, se sont partagés le micro pour faire revivre, comme s'ils étaient eux-mêmes possédés, ce combat surréaliste entre le bien et le mal. Ou encore le texte cauchemardesque de The Musical Box, chanté dans la grande tradition de Peter Gabriel par le Suédois Nad Sylvan (Agents Of Mercy), qui est ici mis en valeur par un arrangement plus moderne que celui de Nursery Cryme. Dans les deux cas, le résultat est convaincant et parvient à renouveler l’intérêt tout en donnant aussi, paradoxalement, l'envie de réécouter les originaux. Beaucoup d'autres bonnes surprises attendent l'auditeur comme le lyrique The Lamia magnifiquement chanté par Nik Kershaw et enluminé par la flûte de John Hackett tandis que la chanson se conclut sur un tapis de guitares tramé par les deux Steve, Hackett et Rothery (Marillion). Ou Can-Utility And The Coastliners, un extrait de Foxtrot composé par Hackett dans lequel la voix de Steven Wilson (Porcupine Tree) se pose sur un arrangement luxuriant d’où s'échappe soudain le violon de Christine Townsend. Ou encore le martial The Return Of The Giant Hogweed qui rassemble Royne Stolt à la guitare et Neal Morse au chant, soit la moitié du groupe Transatlantic qui avait déjà enregistré sa propre version de ce morceau (second CD de l’édition spéciale de The Whirlwind) et l'avait aussi joué en concert avec Hackett en invité. Et il faut encore citer le délicat Entangled (A Trick Of The Tail) chanté avec beaucoup de retenue par un Jakko Jakszyk encadré par les somptueuses harmonies vocales d’Amanda Lehmann. Impossible toutefois de parcourir ici tous les grands moments de cet album fleuve qui nécessitera encore beaucoup d’heures d’écoute pour en faire le tour. Certes, Hackett ne saurait être gagnant à 100% avec ce projet car il y en aura toujours qui lui reprocheront d’avoir dénaturé l’œuvre originale même si cet album à la fois moderne et respectueux ne manque ni d'idées nouvelles ni de vraies réussites. Dans un genre aussi ouvert qu'est le rock progressiste, il me semble que cette relecture passionnée et élogieuse, où se croisent les légendes du passé et les chantres du futur, devrait au contraire rassembler dans un élan enthousiaste tous les amateurs de grande et belle musique.

[ Steve Hackett Official Site ] [ Genesis Revisited II - Edition Limitée (Mediabook 2 CD / MP3) ]

RPWL : Beyond Man And Time (Gentle Art of Music), Allemagne 2012


Yogi Lang (chant, claviers)
Kalle Wallner (guitares)
Markus Jehle (claviers)
Werner Taus (basse)
Marc Turiaux (drums)

Transformed (2:20) - We Are What We Are / The Keeper (9:33) - Beyond Man And Time / The Blind (6:42) - Unchain The Earth / The Scientist (7:19) - The Ugliest Man In The World (8:09) - The Road Of Creation / The Creator (6:40) - Somewhere In Between / The Dream Of Saying Yes (2:06) - The Shadow (6:10) - The Wise In The Desert (5:51) - The Fisherman (16:50) - The Noon / The Eternal Moment Of Return (4:07) - Durée Totale : 73'04"

En fin de compte, il aura fallu une dizaine de mois pour que cet album, sorti en début d’année, grimpe dans le cœur suffisamment haut pour être retenu dans cette sélection. C’est que Beyond Man And Time, dont le concept et le titre de l’album sont inspirés des pensées philosophiques de Friedrich Nietzsche, n’accroche pas immédiatement. Les textes écrits avant la musique sont énigmatiques et il est difficile d’en cerner sur l’instant le concept général. Heureusement que, conscients de ce fait, les membres du groupe ont inclus dans une édition spéciale de l’album un livre audio (en anglais et en allemand) ainsi qu’une carte qui révèle plus en détail le fond d’un récit introverti et quasiment initiatique. Muni de ce bagage informatif supplémentaire, l’auditeur est mieux armé pour comprendre cette réévaluation progressive des valeurs d’un personnage confronté à différentes rencontres. La musique non plus ne retient pas immédiatement l’attention. D’abord, l’album est long, trop long, avec des creux inévitables dans un enregistrement de 75 minutes qui tend vers l'éternité. Les orchestrations sont enveloppantes mais un peu monotones, la rythmique est calée la plupart du temps sur une cadence mid-tempo et la voix gilmourienne de Yogi Lang semble distanciée pour ne pas déborder du cadre que le groupe s’est imposé. Mais voilà qu’au fil des nombreuses écoutes, il se dégage de cette musique quelque chose d’enivrant semblable à ce que l’on peut ressentir avec certains titres du Pink Floyd, une référence incontournable pour RPWL depuis leurs débuts il y a quelques 12 années. Avec le temps, on finit en effet par se noyer dans cet univers particulier qu’est la musique de RPWL (dont le nom bizarre est simplement constitué des initiales des membres originaux du groupe … dont il n’en reste plus que deux : Wallner et Lang) : les textes finissent pas prendre du sens tandis que de la matière sonore ensemencée d’électronique et lustrée par une production impeccable surgissent des myriades de micro-détails comme l’empilement des couches de guitares acoustiques et électriques qui donne de la profondeur aux textures, les solos concis des claviers et synthés, ou encore les timbres exotiques d’instruments divers comme un xylophone, un sitar ou des percussions orientales. Sans incandescences délirantes ou imprévisibles, ce disque se vit comme une navigation au long cours sur une mer étale aux couleurs chatoyantes. Bref, 10 mois plus tard, le lyrisme du chanteur Yogi Lang et la musicalité du guitariste Kalle Wallner ont fini par l’emporter et Beyond Man And Time, qui aurait certes gagné beaucoup à être plus concis, est quand même devenu un compagnon essentiel. Franchement, un groupe capable de produire une musique aussi atmosphérique sur des textes aussi profonds tout en forçant l’auditeur à revenir sans cesse sur leurs compositions pour en arracher la beauté cachée mérite bien qu’on le pousse dans la lumière.

[ RPWL Website ] [ Beyond Man And Time (CD & MP3) ] [ Beyond Man & Time - Limited Edition ]

Marillion : Sounds That Can’t Be Made (EarMusic), UK 2012


Steve Hogarth (chant)
Steve Rothery (guitares)
Mark Kelly (claviers)
Pete Trewavas (basse)
Ian Mosley (drums)

Gaza (17:30) - Sounds That Can't Be Made (7:10) - Pour My Love (5:58) - Power (6:06) - Montréal (13:59) - Invisible Ink (5:44) - Lucky Man (6:53) - The Sky Above the Rain (10:34) - Durée Totale : 74'17"

Indépendants et fiers de l’être, Marillion doit cette exceptionnelle liberté créative au support inconditionnel de ses fans et il agit en sorte de ne jamais les décevoir, ce qui en soi pourrait aussi se révéler une forme d’aliénation. Mais Marillion, au cours de sa longue vie professionnelle, et particulièrement depuis sa renaissance après le départ de son chanteur Fish, a acquis un style propre dont il a appris sagement à ne pas trop s’écarter. Sur Sounds That Can’t Be Made, on retrouve les grandes lignes directrices de ce style mais aussi de quelques nouvelles idées injectées ici et là pour maintenir cette constante évolution qui, au-moins par définition, est le propre des groupes progressistes. Aussi, la salve épique qui démarre l’album ouvre-t-elle les portes à de nouvelles sonorités profondes et menaçantes, rarement entendues jusqu’ici chez Marillion, qui amplifient le côté dramatique d’un texte osé, dédié aux habitants de la Bande de Gaza. Evidemment, le chanteur et parolier Steve Hogarth qui s’est investi dans une forme de recherche personnelle sur le sujet, est resté prudent et nuancé mais c’est tant mieux car le sujet est brûlant et pourrait enclencher des polémiques, voire des violences inutiles. Dans l’état actuel des choses, la chanson invite seulement ceux qui l’entendront à réfléchir davantage sur la nécessité d’instaurer immédiatement une paix durable qui permettra ensuite de réfléchir aux solutions possibles. C’est ça Marillion : ils vivent leur musique avec passion et chaque mot que Hogart chante est une émotion ressentie ou vécue. Ça se sent à travers les paroles comme sur l’autre titre épique, le magnifique Montréal, qui est un cri de reconnaissance envers la ville et, par extension, aux fans de là-bas qui leur ont assuré un accueil chaleureux lors d’une précédente Convention. Quant à la musique, elle est superbe et magnifiquement captée dans les studios ultra-perfectionnés de Peter Gabriel. Et surtout, elle sait se mettre au service des textes, leur donnant davantage de relief, leur procurant un contexte émotionnel intense, et les baignant dans une atmosphère enveloppante et envoûtante. Je ne sais pas si cet album est meilleur que Brave ou que Marbles et, franchement, qui s’en soucie alors que les disques de Marillion (même les moins aimés comme Anoraknophobia, Radiation et Somewhere Else) ne font que se bonifier avec le temps. Mais ce que je sais, c’est que l’on éprouve une immense joie à écouter le dernier opus de ce groupe immensément charismatique. Alors que beaucoup de formations modernes se consument à toute vitesse dans la lumière des médias, Marillion perdure dans la pénombre en produisant une musique superbe qui leur vient du coeur.

[ Marillion Website ] [ Sounds That Can't Be Made (CD & MP3) ]

Galahad : Battle Scars (Avalon Records), 2012


Stuart Nicholson (chant)
Roy Keyworth (guitares)
Spencer Luckman (drums)
Neil Pepper (basse, gt, claviers)
Dean Baker (claviers)

Battle Scars (7:04) - Reach for the Sun (3:54) - Singularity (7:32) - Bitter and Twisted (6:58) - Suspended Animation (4:05) - Beyond the Barbed Wire (5:30) - Seize the Day (8:34) - Sleepers 2012 (14:07) - Durée Totale : 57'39"

Quelque part, Galahad a raté son rendez-vous avec l’histoire du rock progressiste. Constitué en 1985 dans le Dorset, le groupe est arrivé trop tard pour faire partie de la première vague des formations aujourd’hui légendaires du néo-prog comme IQ, Pallas ou Marillon. Sorti en 1991, leur premier album intitulé Nothing Is Written s’inscrivait dans le même style et, malgré une production limitée par l’absence de moyens et une absence d’originalité, laissait déjà entrevoir un certain potentiel. Toutefois, il faudra attendre longtemps avant que le groupe ne puisse définir un style propre qui n'apparaîtra clairement que dans Year Zero (2002), une longue suite combinant l’instrumentation classique du néo-prog avec des sons électroniques dont la paternité remonte jusqu’à Edgar Froese, Tangerine Dream et toute l’école allemande du Krautrock. Belle réussite certes, mais le meilleur était encore à venir avec Empires Never Last (2007), une œuvre captivante, dynamique et puissante, à mille années-lumière de leurs débuts hésitants. Et voilà que cinq années plus tard, sort ce Battle Scars sombre, violent et ambitieux qui, sans dépasser le précédent opus, confirme toutes les qualités d’une formation en perpétuel développement. Le chanteur Stuart Nicholson a fait d’énormes progrès et maîtrise désormais toutes les ficelles de son chant expressif. Le côté « métal » à la Arena, déjà apparent dans le disque précédent, a encore été renforcé, sans doute sous l’impulsion de Karl Groom, le guitariste de Threshold, qui est resté en poste à la production. Sinon, le mélange original des composantes de la musique de Galahad est toujours là comme on pourra en juger sur le titre éponyme dévastateur qui ouvre l’album : ouverture symphonique, texte prenant… On pense être parti sur la voie radieuse d’une chanson épique et voilà que soudain, la musique explose en un assaut aussi brutal qu’inattendu. Ce mur de sons s’amplifie encore sur Reach For The Sun qui renvoie à d’autres batailles et blessures, éclatant témoignage de cette fusion démoniaque entre sons progressistes et transe électronique. Tous les instruments sont au front y inclus la basse dithyrambique de Neil Pepper revenu pour un chant du cygne mémorable avant de décéder de son cancer en septembre 2011 après l’enregistrement de l’album. On se plaît à penser que le disque lui est dédié et que la longue cicatrice représentée sur la pochette symbolise ses luttes et ses douleurs. Le reste est moins radical mais reste toujours d’un très haut niveau, extrêmement varié et surtout original. Seul le titre Singularity évoque étrangement l’art et la manière de leurs compatriotes d'IQ au temps de Subterranea mais pour le reste, la musique est du Galahad pur jus. Le dernier morceau, Sleepers, est une reprise d’un type épique extrait de leur album du même nom sorti en 1995 : la transformation radicale frappe comme un tsunami. Ceux qui ont suivi la carrière de Galahad et leur évolution à travers trois décennies se rendront compte immédiatement du chemin parcouru par ce groupe devenu aujourd’hui, à force de travail et de persévérance, l’un des plus essentiels du style Néo-prog.

[ Galahad Official Site ] [ Battle Scars (CD & MP3) ]

Storm Corrosion (Roadrunner), UK/Suède 2012


Mikael Akerfeldt (gt, chant)
Steven Wilson (claviers, chant)
Gavin Harrison (drums)
Ben Castle (bois)

Drag Ropes (9:52) - Storm Corrosion (10:09) - Hag (6:28) - Happy (4:53) - Lock Howl (6:09) - Ljudet Innan (10:20) - Durée Totale : 47'52"

On espérait beaucoup de cette association très médiatisée entre le leader d’Opeth Mikael Akerfeldt et celui de Porcupine Tree, Steven Wilson, mais peut-être pas ce genre de musique. Le fait est que leur production commune, bien que se situant quelque part dans la ligne de leurs dernières productions respectives (Heritage et Grace for Drowning), surprend infiniment l'auditeur par les voies radicales que les deux compères se sont choisies. D’abord, la musique est down-tempo, sombre et inquiétante au point qu’on pourrait l’utiliser comme matière sonore pour un film fantastique, voire horrifique. Wilson n’a pas spécialement l’air d’être un joyeux drille mais là, il s’est surpassé dans l’introspection dépressive : « Now my dear friend, now for your sins, you're to suffer. Here it begins… » Pour autant que l’on apprécie ce genre d'atmosphère, les compositions sont fort bien agencées et interprétées: les guitares électro-acoustiques d’Akerfeldt et les claviers de Wilson s’enroulent avec gourmandise autour de thèmes complexes et suggestifs qui se situent quelque part entre la musique de chambre fantastique d’Univers Zero (Heresie), l’art symphonique du premier King Crimson (In The Court Of The Crimson King), le post-rock ésotérique de Talk Talk (Spirit Of Eden), les dérives sonores organiques d’Edgar Froese (Epsilon In Malaysian Pale) et un certain folk-rock intimiste à la Nick Drake (Pink Moon). Le premier titre, Drag Ropes, met tout de suite dans l’ambiance : la voix douce d’Åkerfeldt, rejointe bientôt par les harmonies vocales de Wilson, est parfaite. Mellotron et orchestration à cordes renforcent le côté symphonique tandis que l’énergie allusive est libérée par la dynamique des structures, une zébrure de guitare électrique ou quelques notes de piano sur un picking acoustique. Impossible de prévoir quand la musique va s’arrêter : elle évolue au gré des émotions comme une musique de film, sans direction précise mais quand même cohérente et homogène. Le lyrisme très spécial de Wilson, autrefois distillé dans les premiers disques de Porcupine Tree, est toujours présent, charriant toute une mythologie d’une frange expérimentale du rock progressiste qui remonte jusqu’à sa création. Les autres titres procèdent de la même démarche avec un morceau éponyme plein de suspense qui dure dix minutes et un Happy aussi nostalgique que le reste de l’album malgré son titre mais doté d’une mélodie accrocheuse. Quant à Ljudet Innan (« ancienne musique » en Suédois), qui clôture l’album, il se tend et se détend avant de se perdre insensiblement dans l’éther impalpable et de s’éteindre sur une note magique répétée à l’infini. Storm Corrosion n’est certes pas le genre de disque que l’on fera tourner en famille : on le réservera plutôt aux nuits blanches, vastes comme un gouffre, quand le sommeil se fait attendre jusqu’aux lueurs de l’aube.

[ Storm Corrosion Official Site ] [ Storm Corrosion (CD & MP3) ]

The Flower Kings : Banks Of Eden (InsideOut), Suède 2012


Roine Stolt (gt, chant)
Tomas Bodin (claviers)
Hasse Froberg (gt, chant)
Jonas Reingold (basse)
Felix Lehrmann (drums)

Numbers (25:20) - For The Love Of Gold (7:30) - Pandemonium (6:05) - For Those About To Drown (6:50) - Rising The Imperial (7:40) - Durée Totale : 53'58"

Après cinq années d’absence, bien remplies pour certains membres du groupe, les Flower Kings retournent au charbon avec ce nouvel album enregistré « live » à l’ancienne dans un studio suédois en janvier 2012. Une routine en quelque sorte pour cette formation constituée il y a vingt ans par le guitariste et chanteur Roine Stolt. Car il n’y a rien de bien nouveau dans l’empire des rois des fleurs et Banks Of Eden offre son lot habituel de bonne chansons progressives, mélodiques et symphoniques, avec en ouverture l’incontournable titre fleuve de 25 minutes (Numbers) comme au temps de Stardust We Are ou de Unfold The Future. D’un autre côté, la créativité débordante et la passion des musiciens n’a pas faibli d’un iota si bien que, malgré une recette similaire, le plaisir de les retrouver est intact, surtout après une aussi longue absence. Entre-temps, le batteur démissionnaire Zoltan Csörsz a été remplacé par un jeune Berlinois de 26 ans, Felix Lehrmann, qui dynamise le quintet par une frappe énergique et arborescente empruntant aussi bien à la fusion qu’au hard rock d’un Led Zeppelin. Aussi, la musique prend-elle à l’occasion des couleurs plus fortes et plus sombres que d’habitude comme sur la composition à tiroirs, Pandemonium, quand batterie, guitares et claviers conjuguent leurs efforts pour invoquer la brume lugubre d’un film fantastique. Explose alors la cinématique de ces histoires musicales que l’on suit avec attention dans leurs multiples pérégrinations. La force des Flower Kings finalement est de ne jamais rien céder à la médiocrité et, en s’obstinant à contrarier les structures, de rester cohérents avec leur indéfectible choix artistique. La dernière bonne nouvelle est que, dans sa version normale sans bonus, ce disque ne dure que 54 minutes et évite les interludes complaisants et digressions de toutes natures qui entachaient parfois certains de leurs opus précédents. Si vous appréciez Karmakanic, The Tangent, Agents of Mercy, le rock sophistiqué de Yes ou tout simplement les anciens albums du groupe, cette excellente production au son immédiatement identifiable ne vous décevra pas.

[ The Flower Kings Official Site ] [ Banks Of Eden (CD & MP3) ] -

Absolace : Fractals (Spellbind Records), Emirats Arabes Unis 2012


Nadim Jamal (chant)
Jack Skinner (gt)
Ben Harris (basse)
Greg Cargopoulos (drums)

Sirens (6:20) - The Rise (8:40) - I Am, So I Will (4:54) - Chroma Mera (9:00) - Wade 2.0 (5:19) - Shape And Form (5:44) - The Fall (7:54) - Dichotomy (5:29) - A/O (7:15) - Closure (2:20) - Durée Totale : 62'55"

Formé en 2008, ce groupe basé à Dubai a sorti en 2010 un premier album, intitulé Resolve[d], qui remporta un succès local assez grand pour que s’offrent à eux l’opportunité de donner des concerts un peu partout au Moyen-Orient. Tout en confirmant le potentiel de ce premier opus, Fractals pousse l’enveloppe un peu plus loin en élargissant la palette sonore du groupe. Car si globalement, Absolace a des racines qui s’abreuvent au rock alternatif de Porcupine Tree, période Deadwings, et au métal progressiste de Tool, il affiche aussi désormais des caractéristiques plus originales comme par exemple dans I/O (Alpha / Omega) où la basse se fait fusionnelle alors qu’un riff implacable de guitare agressive enfle progressivement et finit par laminer complètement la composition. La voix émotionnelle du chanteur libanais Nadim Jamal cadre bien avec ce genre de musique musclée et s’impose facilement au-dessus de la mêlée, donnant à la formation un cachet qu’elle n’aurait probablement pas eu sans lui. Contrairement à ce qu’on aurait pu attendre, les morceaux n’intègrent aucune référence à la musique orientale mais présentent plutôt un côté sombre et moderne, amplifié parfois par la sonorité saturée, voire menaçante, de la guitare. Il faut dire que cet ensemble ne comprend à la base que trois instrumentistes (guitare / basse & batterie) et un chanteur, ce qui donne un air d’urgence typiquement rock à leur musique même si d’autres musiciens sont invités à jouer des synthés ou du piano sur quelques titres. Pourtant la musique respire grâce à une bonne gestion de l’espace sonore qui alterne moments forts et passages plus calmes et aussi grâce à une production optimale assurée par le producteur et ingénieur du son américain, mais basé lui aussi à Dubai, Joshua F. Williams (Bruce Springsteen et Allan Holdsworth entre autres). Malgré les influences précitées encore trop apparentes, Absolace s’impose ici comme un groupe majeur délivrant une majorité de compositions abouties qui font mouche comme, outre le I/O précité, Wade 2.0, Chroma Mera, Shape And Form ou The Rise. Les amateurs de rock alternatif, intense et torrentiel mais aussi paradoxalement sensible et mélancolique, apprécieront probablement sans réserve. Espérons enfin qu’Absolace jouera un rôle de catalyseur dans la production d’une musique progressive de qualité dans une région du monde où ce genre n’est quasiment pas encore représenté.

[ Absolace Website ] [ Fractals ]

Jethro Tull’s Ian Anderson : Thick As A Brick II (EMI/Chrysalis), U.K. 2012


Ian Anderson (chant, fl, acoustic gt)
John O'Hara (claviers)
Florian Opahle (gt)
David Goodier (basse)
Scott Hammond (drums)

From A Pebble Thrown (3:04) - Pebbles Instrumental (3:30) - Might-have-beens (0:50) - Upper Sixth Loan Shark (1:13) - Banker Bets, Banker Wins (4:27) - Swing It Far (3:28) - Adrift And Dumfounded (4:25) - Old School Song (3:06) - Wootton Bassett Town (3:43) - Power And Spirit (1:59) - Give Till It Hurts (1:12) - Cosy Corner (1:24) - Shunt And Shuffle (2:12) - A Change Of Horses (8:04) - Confessional (3:08) - Kismet In Suburbia (4:17) - What-ifs, Maybes And Might-have-beens (3:36) - Durée Totale : 53'38"

Celui-là, personne ne l'attendait ! D’abord Jethro Tull dans sa version d’époque n’existe plus et son leader Ian Anderson lui-même a toujours été opposé à replonger dans les méandres d’une œuvre unique considérée à juste titre par beaucoup comme l'un des 10 chefs d’oeuvres estampillés du rock progressiste. Mais voilà que, poussé dans le dos par une cohorte d’admirateurs dont le producteur Derek Schulman du regretté Gentle Giant, Anderson a finalement décidé que l’idée n’était pas si incongrue à une époque ou le prog a retrouvé, grâce à Internet, une audience internationale non négligeable. Heureusement, le facétieux flûtiste n’a pas perdu son ironie au fil des années et sa séquelle est tout autant farfelue que la version originale. Le concept est basé sur les existences possibles que Gerald Bostock aurait pu vivre. En 1972, ce personnage imaginaire alors âgé de huit ans était présenté sur la célèbre pochette en forme de journal comme l’auteur du poème « Thick as a Brick », disqualifié d’un concours de littérature pour ses propos nuisibles à l’égard de la vie, de Dieu et de sa patrie. Quarante années plus tard, qu’est devenu Gerald Bostock? Anderson imagine plusieurs destins au garçon dont celui d’un banquier, d’un militaire ou d’un cinquantenaire retraité tout à fait ordinaire. Des textes apparemment innocents mais qui sont aussi par en-dessous l'occasion d'aborder au passage certains faits de notre société. Quand à la gazette locale (The St Cleve Chronicle) de la pochette, elle a bien sûr entre-temps évolué en un site web (www.stcleve.com) … qui existe vraiment. Mais tout cela ne serait rien si la musique n’était pas bonne or, elle est l'est, rappelant à la fois celle de l'album original mais offrant aussi de nouvelles et passionnantes diversions. Et il y a même un clin d’oeil à Aqualung avec un Shunt And Shuffle qui évoque le souffle d’une certaine locomotive. En fait cette musique est inclassable : électrique ou acoustique, tortueuse ou montée sur des riffs efficaces, concertante ou rock, elle évolue constamment même si l'auteur a cette fois pris soin de la cadrer davantage en découpant son oeuvre en 17 plages qui dépassent rarement les quatre minutes. Les musiciens sont compétents et le jeune guitariste Florian Opahle, qui a la lourde tâche de remplacer Martin Barre, se fend de multiples solos concis et tranchants qui valent bien ceux de son aîné (écoutez-le louvoyer sur Adrift And Dumbfounded ou sur A Change Of Horses pour voir). Quant à Ian Anderson, si son brin de voix a indéniablement décliné, il est toujours aussi agile avec sa flûte dont il exploite toutes les possibilités et avec laquelle il colore toutes ses compositions. La production a été confiée au grand Steven Wilson (Porcupine Tree) qui, comme d'habitude, a su préserver une ambiance seventies (due à l’emploi d’instruments vintage) mais en la lustrant par un son lisse et plus moderne. Pari gagné! Même s'il ne se hisse pas au niveau artistique de son illustre prédécesseur, ce Thick As A Brick 2 peut être rangé sur l'étagère à côté du premier: il ne lui fera pas de l'ombre.

[ Jethro Tull Website ] [ Thick As A Brick II (CD & MP3) ] [ Thick As A Brick - 1972 (CD & MP3) ]

IO Earth : Moments (Indépendant), U.K. 2012


Dave Cureton (guitare, chant, claviers)
Adam Gough (claviers, guitare, chant)
Richard Cureton (drums)
Christian Nokes (basse)
+ invités

Moments (8:36) - Live Your Life, Part 1 (4:48) - Live Your Life, Part 2 (8:20) - Drifting (8:35) - Cinta Indah (5:01) - Brothers (5:09) - Come Find Love (4:40) - Finest Hour (5:56)) - Turn Away (11:07) - Durée Totale : 62'12"

En ce début d'année 2012, les productions les plus attendues n’auront finalement pas été à la hauteur de nos espérances : le double album complaisant de Sylvan (Sceneries), les bidouillages électroniques de Steve Hogarth et Richard Barbieri (Not The Weapon But The Hand) ou le rock chromé et opportuniste du super-groupe Flying Colours avec Mike Portnoy et Steve Morse nous auront surtout incité à découvrir d’autres formations moins connues mais susceptibles d'apporter un frisson progressiste. Cross, avec son Wake Up Call, fut une plaisante découverte et ce Moments d’IO Earth en est indéniablement une autre. Déjà, leur double album éponyme sorti en 2009 était une petite merveille à la fois complexe, accessible et originale qui n’était pas passé sous le radar des amateurs de prog. Mais celui-ci est définitivement plus qu’une confirmation, c’est une consécration de leur talent à composer une musique variée qui emprunte à différents styles : rock symphonique, classique, world, ambient…, pour n’en citer que quelques uns, le plus étonnant étant le recours à des ambiances gothiques déclinées sur des rythmes hypnotiques. IO Earth, ce sont d’abord les deux membres fondateurs, Dave Cureton et Adam Gough qui, en tandem, prennent en charge le chant, les guitares et les claviers mais ils se sont fait aider par une multitude d’invités pour les autres instruments comme la basse et la batterie mais aussi les saxophone, flûte, trompette, xylophone, cloches tubulaires et autres percussions sans oublier la voix féminine de Claire Malin qui s’incruste à merveille dans des arrangements grandioses. Tout ici est écrit et pensé à la note près. Le dernier titre, Turn Away, introduit au piano acoustique, est poignant, installant une atmosphère intime et lyrique bientôt amplifiée par des chœurs jamais envahissants. D’ailleurs, la production est d’une clarté limpide mettant en valeur les couches instrumentales et les voix superposées des chanteurs. Le long finale est propice à une belle envolée de guitare de Dave Cureton tandis que le morceau se termine sur des extraits du fameux discours « This was their finest hour » prononcé par Winston Churchill en juin 1940. Le premier titre, Moments, avec son approche orientalisante, est une autre grande composition témoignant de l’ouverture d’esprit des deux compositeurs et de leur facilité à assembler des myriades d’influences éparses en une musique belle et cohérente. On épinglera encore le solo de guitare acoustique parfaitement intégré dans ce morceau qui est tout simplement sublime. En fait, entre ces deux extrêmes, on ne trouvera rien à jeter et l’ensemble du répertoire est tellement original et professionnel que l’on se demande vraiment pourquoi ce groupe majeur et déjà culte n’a pas encore été signé par un label comme InsideOut ou K-Scope.

[ IO Earth Website ] [ Moments (CD & MP3) ] [ IO Earth 1st Album (CD & MP3) ]

It Bites : Map Of The Past (InsideOut), U.K. 2012


John Mitchell (chant, guitare)
John Beck (claviers)
Bob Dalton (drums)
Lee Pomeroy (basse)

Man In The Photograph (03:44) - Wallflower (04:51) - Map Of The Past (04:37) - Clocks (05:43) - Flag (04:38) - The Big Machine (05:18) - Cartoon Graveyard (05:03) - Send No Flowers (04:15) - Meadow And The Stream (06:42) - The Last Escape (06:07) - Exit Song (01:43) - Durée Totale : 52'35"

Sorti en 2008, The Tall Ships marquait le retour triomphant d’It Bites après quelques 19 années d’absence même si, au fond, le groupe n’était plus tout à fait le même puisque son leader fondateur, Francis Dunnery, avait été remplacé par le guitariste et chanteur John Mitchell (Frost*, Arena). Toutefois, en tant que fan de la première heure, ce dernier a eu l’intelligence de conserver la ligne directrice de la formation initiale en écrivant des mélodies aux refrains accrocheurs où sensibilités pop et prog se tiennent la main pour le plaisir d'un public plus large. La même recette est appliquée sur ce nouvel album au concept porteur basé sur une plongée nostalgique dans le passé induite par une ancienne photographie familiale. C’est ainsi que le répertoire débute par des émissions d’une antique radio dont on tourne le bouton jusqu’à trouver une mélodie romantique qui s’amplifie lentement avant de s’emboutir sur le mur du son de Wallflower. La magie d’It Bites opère alors d’un coup : guitares et claviers tricotent un arrangement brillant de mille feux sur lequel la voix de Mitchell, qui rappelle parfois celle de Peter Gabriel, peut s’épanouir. Le nouveau bassiste Lee Pomeroy pompe un maximum sur le titre Map Of The Past mais les harmonies sont toujours superbes en grande partie grâce aux fantastiques claviers de John Beck. Peu de solos viennent distraire l’auditeur du fil des chansons : c’est progressif certes mais pas par nécessité car on sent ici bien davantage la volonté d’écrire de vrais thèmes qui s’emboîtent comme des matriochkas pour raconter une belle histoire. Et c’est cette spécificité qui différencie It Bites de la majorité des autres formations Prog. Ecoutez Flag par exemple : c’est un vrai classique du rock que tout D.J. devrait programmer dans des émissions de musique populaire et qui, 30 ans auparavant, aurait été édité en 45 tours comme fer de lance de l’album. On pourrait pour la démarche se référer au dernier album d’Arena (The Seventh Degree Of Separation) dont l’objectif était également de composer des chansons mordantes avec suffisamment d'innovation pour ne pas lasser. Le disque se referme sur d'autres bribes d'émissions radio, où il est question du Titanic, avec par dessus une jolie chanson accompagnée à la guitare acoustique. Constamment à la frontière entre un pop-rock à la Duran Duran aussi puissant que mélodieux et des schémas d’accords, des arrangements et des tempos tout droit hérités du néo-prog symphonique moderne, la musique d’It Bites reste fidèle à elle-même tandis que Map From The Past s’impose carrément comme l’une des meilleures productions du groupe, toute mouture confondue.

[ It Bites Website ] [ Map Of The Past (CD & MP3) ]

Cross : Wake Up Call (Progress Records), Suède 2012


Hansi Cross (gt, claviers, chant)
Tomas Hjort (dr, perc.)
Lollo Andersson (b)
Mats Bender (claviers)
Jock Millgardh (vocal)
Hannah Sundkvist (vln)

Human Resolution (9:02), Remembrance (1:10), Falling Beyond (11:08), Racing Spirits (4:33), Waking Up (17:28), Now (10:02) - Durée Totale : 54'12"

Ce goupe suédois fondé en 1988 par Hansi Cross a déjà enregistré, en plus de celui-ci, dix albums en studio sans toutefois n’avoir jamais rencontré plus qu’un intérêt limité à quelques inconditionnels de rock symphonique. Pourtant, l’avant-dernier en date paru en 2009, intitulé The Thrill Of Nothingness, marquait une évolution positive dans l’écriture des mélodies et l’agencement de compositions d'où émanent parfois la magie des grands groupes des 70’s comme Genesis. Wake Up Call confirme cette bonne impression et s’avère être leur meilleure production à ce jour. Pour être honnête, la seule faille (de taille il faut bien l’admettre) dans cet album est la voix du chanteur au timbre trop terne et en tout cas limitée dans ses capacités. Dommage car la musique a désormais atteint un calibre digne des plus belles productions du genre et il est certain qu’avec un meilleur chanteur, Cross passerait aisément dans la catégorie supérieure. Néanmoins, ce disque reste une vraie surprise agréable à entendre, tout à fait capable d’emmener l’auditeur en apesanteur par ses nombreux passages à la fois complexes et aériens, admirablement ciselés dans des arrangements symphoniques somptueux. Commencez par le premier titre, Human Resolution : guitare acoustique délicate, accords puissants, claviers en technicolor, mélodie en demi-teinte, solo de guitare électrique et un refrain qui décolle. C’est de la belle ouvrage d’autant plus que la voix du chanteur est enrobée d’harmonies vocales qui améliore son impact. La musique reflète une tendance (très) légèrement heavy grâce à la frappe précise du batteur Tomas Hjort et au travail impressionnant du bassiste Lollo Andersson très présent sur l’ensemble du répertoire. Après le court instrumental Remembrance, interprété à la guitare acoustique, Falling Beyond revient à un rock symphonique aux tempos mouvants, hanté par de superbes sections instrumentales où brille le violon de Hannah Sundkvist. Racing Spirits est un autre instrumental à la rythmique saccadée qui n’est pas sans évoquer le style complexe, original et décalé du guitariste Steve Hackett. Il alors temps d’entrer dans le morceau épique de l’album qui frôle les 18 minutes: Waking Up, qui s’écoute comme on regarde une épopée hollywoodienne, convaincra les plus sceptiques de l’énorme potentiel de Cross. Après un moment de silence, le dernier titre, offert en bonus, se dévoile : Now composé en 2001 connaît ici une nouvelle interprétation superbe qui rend hommage à Genesis en tant que source d’inspiration d’Hansi Cross. Le finale lavé à grandes eaux par un mellotron exalté laisse l’impression d’avoir écouté un grand album sur lequel on a envie de revenir sans plus attendre.

[ Cross Website ] [ Wake Up Call (CD & MP3) ]

Landmarq : Entertaining Angels (Synergy SYN007), UK 2012


Tracy Hitchings (chant)
Uwe D'Rose (gt)
Steve Gee (b)
Mike Varty (piano & claviers)
Dave Wagstaffe (dr)

Entertaining Angels (8:31), Glowing (pt.I - Friends) (4:05), Glowing (pt.ii - Lovers) (8:12), Mountains Of Anglia (8:56), Personal Universe (7:53), Prayer (Coming Home) (5:38), Turbulence (Paradigm Shift) (12:32), Calm Before The Storm (16:11) - Durée Totale : 71'58"

Bien que beaucoup moins connu que IQ, Arena ou Marillion, Landmarq n’en est pas moins un des groupes ayant joué un rôle important dans la renaissance du rock progressiste pendant les années 90. Sortis entre 1992 et 1995, leurs trois premiers albums en studio, qui bénéficient de la présence de l’excellent chanteur Damian Wilson (Ayreon, Star One et Threshold), sont des disques de néo-prog plutôt classiques mais au charme certain tandis que Science Of Coincidence (1998), avec Tracy Hitchings au chant, est une excellente production offrant plus d’une heure d’un prog symphonique fort bien écrit où brillent claviers et guitares. Mais celui qui est resté dans les mémoires est ce superbe Thunderstruck composé d’enregistrements live captés pendant une tournée en Europe et au Royaume-Uni en 1998 et 1999. Malheureusement, le groupe déjà affecté par plusieurs changements de personnel ainsi que par la faillite du label hollandais SI Music, s’est trouvé en 2007 confronté à une nouvelle circonstance dramatique : sa chanteuse fut diagnostiquée d’un cancer, ce qui gela toutes les activités en cours. Mais Tracy Hitchings n’avait pas chanté ses dernières paroles : elle lutta avec une détermination farouche, réussit par des moyens non conventionnels à vaincre sa maladie et retourna en studio pour finir un album qui restera encore en gestation pendant quelques années avant de voir le jour. Et voici enfin ce Entertaining Angels tant attendu. Le premier titre éponyme mettra tout le monde d’accord : la voix de Tracy Hitchings est superbe, l’une des plus belles du néo-prog, et la composition de D'Rose et Hitchings porte en elle une intense émotion. Comme dans tous les bons albums de néo-progressif, c’est la combinaison guitare / claviers qui est à la base des harmonies et si Uwe D'Rose, membre fondateur de Landmarq, est aujourd’hui un guitariste accompli, le nouveau claviériste Mike Varty (membre de Shadowland) apporte une nouvelle fraicheur et impressionne autant que Clive Nolan. Son approche classique et ses arrangements somptueux sont irrésistibles. Et c’est lui également qui s’est chargé de la production sans faille de l’album. Toutes les compositions, la plupart écrites par le couple D'Rose/ Hitchings, retiennent l’attention même si Entertaining Angels séduit davantage grâce au saxophone de Laurent Hunziker (émule de John Helliwell et du groupe Supertramp), Prayer brille particulièrement par son lyrisme à fleur de peau et Turbulence (Paradigm Shift) s’impose comme le sommet épique du répertoire grâce à un incroyable arrangement où brillent les riffs de guitare de D’Rose, les envolées cosmiques d’un Varty en maestro des étoiles et le violoncelle du vétéran Hugh Alexander McDowell qui fit autrefois les beaux jours de l’Electric Light Orchestra. Il ne fait aucun doute que les amateurs de néo-prog feront de cet album leur disque du mois et le positionneront probablement parmi les meilleurs albums du genre de cette année 2012.

Pour certains, les bonnes nouvelles ne s’arrêtent pas là puisque Landmark ayant eu le temps d’accumuler assez de nouvelles compositions pour composer un double album, le groupe a décidé de sortir une édition spéciale de Entertaining Angels (reconnaissable par sa pochette au design identique mais de couleur pourpre) avec un second compact en bonus offrant quatre titres supplémentaires qui n’ont rien à rendre en qualité à ceux du premier CD. On y notera la présence du morceau Thunderstruck qui perpétue une ancienne tradition du groupe : celle d’inclure sur chaque nouvel album une plage portant le titre du disque précédent.

[ Landmarq Website ] [ Entertaining Angels (CD) ] [ Landmarq (Amazon.fr) ]

DeeExpus : King Of Number 33 (Racket Records), UK Décembre 2011


Andy Ditchfield (chant, gt, claviers)
Tony Wright (voc)
Mark Kelly (claviers)
Steve Wright (gt)
John Dawson (basse)
Henry Rogers (dr)

Me And My Downfall (7:09), Maybe September (7:39), Marty And The Magic Moose (4:41), The King Of Number 33 (26:47), Memo (7:28) - Durée Totale : 53'17"

L’entrée en matière musclée de Me And My Downfall, premier titre de l’album, donnera sans doute à ceux qui l’écouteront une mauvaise perception de ce groupe anglais. Sonorité lourde et batterie binaire sont en effet un court instant au rendez-vous pour ce qu’on pourrait croire être un groupe de power rock. Mais la musique de DeeExpus, formation anglaise comprenant désormais dans ses rangs le claviériste de Marillion, Mark Kelly, et déjà auteur d’un excellent premier opus intitulé Half Way Home (2008), va bien au-delà de cette fausse première impression. Le second titre, Maybe September, se démarque déjà par une mélodie nostalgique, déclinée sur un piano acoustique et joliment enrobée dans un arrangement de cordes, mais aussi par une seconde partie énergique où brillent des synthés fulgurants et la guitare véloce du membre fondateur Andy Ditchfield alors qu’on entend en arrière-plan un orgue qui groove. Véritable tour de force que cette composition jubilatoire à deux têtes parfaitement agencée et exécutée : du vrai néo-prog comme on en raffole, bourré d’idées, d’émotion et de savoir-faire technique. Et je ne vous raconte pas le mixage et le son plus épais que nature qui cimentent cet ensemble détonnant. L’instrumental Marty And The Magic Moose, introduit innocemment par une voix d’enfant (papa, raconte-moi l'histoire de Marty et de l'élan magique) et une boîte musicale, permet de reprendre son souffle quelques minutes avant la pièce de résistance de l’album : The King Of Number 33, une suite phénoménale de 27 minutes en six parties qui emmènera l’auditeur quasiment jusqu’au bout du répertoire. Et ici, on en reçoit encore pour son argent : bruitages, décollages de synthés à la verticale, envolées symphoniques, vocaux compétents de Tony Wright, drive puissant au grain métallique qui n’est pas sans rappeler le génial Riverside, rythmique pulsative et riffs de guitare propres à effrayer une colonie de corbeaux. Sans parler d’un texte épique à propos de l’histoire véridique d’un personnage excentrique local qui avait l'habitude de prendre le bus tous les jours dans la vallée de Weardale comme s'il était le « roi de la ligne ». Ce groupe possède définitivement des idées ainsi qu’un spectre élargi de sonorités qui lui donne sa spécificité. L’album se termine sur une note plaisante et plus accessible avec Memo qui bénéficie de la voix du chanteur pop anglais Nik Kershaw. On notera encore la peinture très vivante et colorée de Gavin Mayhew qui illustre brillamment et de manière originale la pochette de l’album en se référant au thème de son titre-fleuve. Sorti en décembre 2011, King Of Number 33 est le disque idéal pour bien commencer la nouvelle année.

[ DeeExpus Website ] [ King Of Number 33 (CD & MP3) ]



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