Le Rock Progressif

Disques Rares, Rééditions, Autres Sélections


Série IV - Volume 5 Volumes : [ 1 ] [ 2 ] [ 3 ] [ 4 ] [ 6 ] [ 7 ] [ 8 ] [ 9 ] [ 10 ]

Steven Wilson : Grace For Drowning (Kscope - 2 CD), UK 2011
Second album sous son propre nom du leader de Porcupine Tree, Grace For Drowning opère un virage plutôt radical pour un musicien qui, depuis une décennie, avait pris l’habitude d’intégrer une part de métal dans ses œuvres, sans parler de ses affinités avec Opeth dont il est aussi le producteur. Ici, le son est davantage aérien et symphonique grâce en partie à l’emploi judicieux du London Session Orchestra et du Synergy Vocals choir, tous deux conduits magistralement par Dave Stewart. On se replonge ainsi quelque peu dans les atmosphères planantes du Porcupine Tree des années 90 mais désormais transcendées par une plus grande maîtrise des harmonies. Ecoutez par exemple l’arrangement superbe de Belle De Jour ou celui de Raider Prelude dont l’ambiance mystérieuse n’est pas sans évoquer la partition de György Ligeti indissociable des espaces intersidéraux de 2001: l’Odyssée de l’espace. Probablement influencé par son travail de réédition sur les premier albums de King Crimson comme The Lizard, Wilson a aussi injecté dans ses compositions des composantes jazzy : piano acoustique ou électrique, flute, saxophones et clarinette intègrent les partitions grâce à l’apport de musiciens invités comme Jordan Rudess (p), Theo Travis (flûte et sax) et Ben Castle (cl). Pour la rythmique, d’autres instrumentistes prestigieux ont été conviés comme Trey Gunn (b), Tony Levin (basse et stick) et Pat Mastelotto à la batterie. A certains moments, l’influence des seventies est patente comme sur l’impressionnant Raider II qui aurait pu être composé par Van Der Graaf Generator à l’époque de H to He, Who Am The Only One ou Track One qui évoque brièvement les chansons acoustiques et psychés du Pink Floyd au temps de Syd Barrett. Mélancolique en dépit de ses violents contrastes sonores, Grace For Drowning est probablement l’album le plus expérimental de Steven Wilson même s'il reste globalement très accessible: merveilleusement interprétées par des musiciens expérimentés (de jazz mais aussi de rock progressif comme Steve Hackett), ses compositions absorbent toutes ses influences et tout ce qu’il a déjà inventé dans le passé mais affichent aussi des idées originales indiquant probablement une nouvelle direction artistique. Cet album magique et en fin de compte indescriptible est en tout cas à mille lieues de toutes les chansons balisées et édulcorées que l’on peut entendre aujourd’hui dans la musique populaire. Vous allez adorer !

[ Steven Wilson Website ] [ Grace For Drowning (CD & MP3) ]

Sylvan : Sceneries (Sylvan Music), Allemagne 2012
Depuis Deliverance sorti en 1999, le groupe néo-prog de Hambourg en est déjà à son huitième album en studio et ce dernier offre plus de 90 minutes de musique réparties sur un double compact. Le répertoire comprend cinq longues suites, de 15 à 20 minutes, reliées par un fil ténu: la description de ces moments rares qui font que la vie vaut la peine d’être vécue. Chacune de ces cinq pièces musicales a été supervisée par un membre du groupe qui lui a en quelque sorte apporté sa touche personnelle. Malgré de beaux passages poétiques et la voix toujours ample et profonde de Marco Glühmann, on a toutefois l’impression que le groupe tourne un peu en rond, approfondissant certes ce côté lyrique qui fait sa spécificité depuis plus d’une décennie mais sans rien apporter de neuf. Peut-être est-ce la longueur des compositions, l’absence de mélodies nouvelles, la permanence des tempos moyens ou le recyclage des mêmes effets mais l’attention finit par se diluer grandement au fil du temps surtout sur le second disque. Sinon, on trouvera ici comme d’habitude de belles envolées instrumentales dominées par le piano romantique de Volker Söhl et la guitare majestueuse de Jan Petersen tandis qu’un orchestre de cordes vient épaissir et tourmenter les textures. The Words You Hide est la composition la plus réussie avec une première partie sombre comme un ciel d'orage, une seconde quasiment folk-rock accompagnée à la guitare acoustique et une troisième joliment orchestrée avant de se terminer par un quatrième mouvement en forme longue plainte lyrique. Ce titre-là peut être acheté sans réserve sur les sites de téléchargement mais ce n'est pas le cas pour tout le reste. Encore une fois, voici un groupe bourré de qualités qui se perd dans une œuvre trop longue là où il aurait fallu concentrer davantage les bonnes idées. C’est bien dommage mais en cette époque ouverte à toutes les distractions possibles, on n’a plus de temps à consacrer au superflu : en cette nouvelle année 2012, encore plus qu'auparavant, il devient urgent que les groupes de rock progressif revoient leur stratégie marketing et se concentrent sur l'essentiel!

[ Sylvan Website ] [ Sceneries ]

Tony Banks : A Curious Feeling (LP Charisma), UK 1979 - Réédition remastérisée 1 CD (Esoteric Recordings), 2009
Après la parution de And Then There Were Three (1978), Phil Collins décida d’interrompre temporairement ses activités au sein de Genesis pour raisons personnels, ce qui permis aux deux autres membres du groupe d’entreprendre des projets en solo. Mike Rutherford réalisa ainsi son premier essai, intitulé Smallcreep's Day, qui paraîtra quatre mois après ce disque de Tony Banks enregistré dans les studios Polar de Stockholm. A l’époque, Genesis naviguait encore entre deux eaux, ouvrant les vannes d’une musique plus commerciale mais en gardant quelques tendances progressives héritées du passé et ce Curious Feeling n’est en fait pas très éloigné de ce que l’on peut entendre sur Wind & Wuthering ou And Then There Were Three. Tony Banks y utilise comme d’habitude de multiples couches de claviers qui sous-tendent les chansons et décollent parfois en de belles et amples envolées instrumentales (les superbes After The Lie et You sont typiques de son style). Pour son projet, Banks a retenu le batteur virtuose Chester Thompson (qui accompagnait Genesis dans ses tournées live pour soutenir Phil Collins promu sur le devant de la scène) et le chanteur Kim Beacon (String Driven Thing) dont la voix, qui n’a certes rien à voir avec celles de Gabriel ou de Collins, possède quand même un timbre spécifique et arrive à faire passer l’émotion. Au départ, A Curious Feeling devait être un album conceptuel basé sur le célèbre roman de Daniel Keyes, Des Fleurs Pour Algernon, mais n’ayant pas reçu le feu vert de l’auteur, Banks transforma l’histoire en celle d’un homme conscient de perdre progressivement sa mémoire. Le répertoire comprend trois instrumentaux (The Waters Of Lethe, Forever Morning et From The Undertow), tous remarquables, qui évoqueront bien sûr quelques uns des grands moments instrumentaux de Genesis. Mis à part l’absence de la voix de Collins, il est quand même difficile d’expliquer pourquoi ce disque n’eut pas plus de succès à sa sortie alors qu’il perpétue brillamment le style symphonique du plus grand groupe de rock progressif au monde. Quoi qu’il en soit, l’album est aujourd’hui à nouveau disponible dans une superbe réédition concoctée par le label Esoteric Recordings. Le producteur Nick Davis (Genesis, Marillion, Mike & the Mechanics, XTC, It Bites) a réalisé un remixage exceptionnel à partir des bandes originales qui permet d'apprécier la fluidité des arrangements, la subtilité du jeu de batterie et les détails des multi couches de claviers. Dans ce sens, on ne peut que recommander à tout amateur du Genesis de la seconde moitié des années 70 de se procurer, si c'est encore possible, la version magnifiée en « 5.1 Surround Sound » sortie sur un DVD, qui comprend également deux vidéos promotionnelles inédites de For A While et The Waters Of Lethe, inclus dans l’édition limitée de luxe fêtant le trentième anniversaire de la sortie du LP initial. A noter que cette édition définitive est dédiée au chanteur Kim Beacon décédé peu de temps avant le travail de remastérisation.

[ A Curious Feeling (1 CD Esoteric Recordings) ]

The Future Kings Of England : The Fate Of Old Mother Orvis (Backwater Records), UK 2007
Originaire du Suffolk, ce trio (augmenté du claviériste et producteur, Steve Mann, qui est aussi le patron du label local Backwater Records) en est à son deuxième album qui, comme le premier, est passé sans bruit en dessous du radar et, mis à part une étonnante absence de promotion, on peut franchement se demander pourquoi. Leur musique très accessible se réfère en effet à l’une des périodes les plus créatives du Pink Floyd et rappelle bien souvent, avec un aspect post-rock en plus, l’univers « space » et psychédélique des albums Ummagumma, More, Meddle, et Obscured By Clouds. Dunwich, le premier titre, est une évocation mélancolique du petit port médiéval de la côte du Suffolk qui, au fil des ans, fut progressivement englouti par l’Océan. Naissant au cœur du roulement des vagues, des cris des goélands et d’un lointain orage, la musique est tout simplement majestueuse, évoquant un paysage de bout du monde face aux éléments déchaînés (à l’instar du spectacle grandiose des jets de lave en fusion sublimant les éruptions musicales du Floyd à Pompéi). C’est aussi une ancienne gravure de 1831 montrant les ruines, encore debout au dix-neuvième siècle mais aujourd’hui disparues, de la dernière église médiévale « All Saints » de Dunwitch qui a inspiré la pochette de l'album. La plupart des titres sont bâtis sur le même moule avec un usage approprié du mellotron et l’emploi de guitares acoustiques comme le faisait aussi Pink Floyd à l’époque. Tous les morceaux sont instrumentaux sauf Mustard Men chanté d’une voix traînante par le duo Ian Fitch / Karl Mallett. Les mélodies sont simples mais les arrangements bien conçus les mettent en valeur tandis que le son chaud et organique rappelle celui les grands architectes sonores des années charnières 69 à 71. The Fate Of Old Mother Orvis, la longue plage de quasi vingt minutes qui clôture le répertoire, est une construction ample et psychédélique, hantée par des bruits de voix qui passent comme des spectres avant l’explosion collective des instruments et l’installation d’une atmosphère sombre et menaçante qui se termine sur des sons de cloche (évoquant sans doute l'une des églises et chapelles fantômes de Dunwich : on dit que la cité en possédait 18 avant la grande tempête de 1328). Plus de trente cinq années plus tard, il est clair que Set The Control For The Heart Of The Sun, Interstellar Overdrive et Echoes n’ont pas encore fini de marquer les esprits.

[ Future Kings Of England Website ] [ The Fate Of Old Mother Orvis (CD & MP3) ]

Echolyn : When The Sweet Turns Sour (Cyclops), USA 1996
Ceux qui ne connaissent pas encore ce groupe américain se rendront vite compte à l’écoute de ce disque combien ses membres sont des musiciens compétents dotés d’un bagage technique qui ne s’acquiert pas au coin du feu. Sorti après ce qui reste leur opus majeur (As The World, 1995), When The Sweet Turns Sour est une compilation de nouvelles chansons semi-finies, de titres non retenus et d’interprétations live, concoctée comme un cadeau d’adieu à leur petit noyau de fans avant une séparation qui durera quatre années. Carrément ignoré par le label Sony qui ne lui a octroyé aucun support publicitaire et pratiquement inconnu d’un public mainstream dont il ne s’est d’ailleurs jamais soucié, Echolyn s’est retiré avec amertume sur ce disque au titre approprié qui est en fait un jeu de mots tiré d’une chanson de Genesis - Where The Sour Turns To Sweet qui figurait sur le premier LP du groupe, From Genesis to Revelation, sorti en 1969 - par ailleurs reprise ici dans un arrangement superbe à base de guitares et de piano acoustique. Elle devait à l’origine sortir sur la compilation en hommage à Genesis, The River Of Constant Change, éditée par le label italien Mellow Records (2 CD, 1995) mais, n’ayant pas reçu l’aval de Sony, Echolyn en fut malheureusement réduit à la laisser dans les tiroirs. En fait beaucoup de titres sont mémorables comme, par exemple, l’énergique Another Day (titre pourtant rejeté de As The World), la version acoustique de Meaning And The Moment et la nouvelle chanson This Time Alone qui frôle les 10 minutes en déclinant tout ce qui fait le charme d’Echolyn : complexité mais cohérence, puissance mais lyrisme, sans oublier la virtuosité des musiciens et les superbes harmonies vocales du guitariste Brett Kull et du chanteur Ray Weston. Même les deux extraits du derniers concert donné par Echolyn en septembre 1995, A Little Nonsense et As A World, montrent un groupe soudé, bourré d’idées et dont la multiplicité des approches instrumentales et vocales au sein d’un même morceau n’est pas sans évoquer celle d’un Gentle Giant. Un cran en dessous de As The World mais plus varié et agréable que Mei, cet album dynamique, plein de surprises et de relief, ne saurait laisser indifférent aucun amateur de rock progressiste.

[ Echolyn Website ] [ When The Sweet Turns Sour ]

Hawkwind : Space Ritual (United Artists / 2 LP), 1973 - Réédition remastérisée 2 CD (EMI - digipack), 1996 - Réédition remastérisée 2 CD + 1 DVD (EMI / Collector's Edition), 2007
Hawkwind : Space Ritual Volume 2 (American Phonograph / 2 LP), 1985 - Réédition remastérisée 1 CD - Space Ritual Sundown V.2 (Purple Pyramid), 2003




Une fois les bases du style « space-rock métal » établies avec les albums en studio In Search Of Space et Doremi Fasol Latido, l’aéronef Hawkwind a entamé son vol de croisière à travers un univers relativement balisé. Enregistré à Liverpool le 22 décembre et à Londres le 30 décembre 1972, Space Ritual est une compilation de deux concerts qui témoignent à la fois de l’originalité d’une musique certes répétitive et frénétique dans sa démesure mais aussi hypnotique, étourdissante et génératrice de voyages intérieurs agités. Car les pirates du ciel ne font pas dans la dentelle : la basse Rickenbacker stéréo de Lemmy Kilmister gronde et ondule comme un animal primitif tandis que la batterie de Simon King martèle un rythme immuable propulsant le vaisseau au cœur d’immenses batailles célestes dont les explosions titanesques sont simulées par des décharges éruptives de guitares, claviers et autres saxophones. Comme dans un film de science-fiction, les moments de fureur et de tension extrême sont séparés par des interludes plus calmes, ici de courtes plages hantées de bruitages électroniques parfois propices aux déclamations poétiques de Robert Calvert comme ce texte de Black Corridor écrit par l'auteur de SF Michael Moorcock : « L'espace est infini. Il est sombre. L'espace est neutre. Il est froid. Les étoiles occupent des zones éparses dans l'espace. Elles sont regroupées en quelques milliards ici. En quelques milliards là-bas. Comme si les nombres étaient une consolation. L'espace ne se soucie de rien. » Sur scène, les musiciens restent inamovibles mais le spectacle est assuré par un happening visuel incluant un extraordinaire light-show concocté par Jonathan Smeeton (connu sous le nom de Liquid Len, cité dans The Battle Of Epping Forest de Genesis) et les circonvolutions érotico-psychédéliques de la danseuse Stacia au corps couvert de peintures luminescentes. A l’entrée du concert, le public recevait un programme comportant une histoire de SF écrite par Barney Bubbles à propos de voyageurs des étoiles retournant vers la Terre.

En plus de vingt minutes d’enregistrements effectués ailleurs, l'édition « Collector » de 2007 inclut les versions complètes de titres à l’origine tronqués pour tenir sur un 33 tours. Le DVD n’est en fait qu’un super CD audio qui reprend l’intégralité du concert tel qu’il fut délivré : sans interruption entre les plages avec un son upgradé en 5.1 mais incluant bien sûr les nombreuses améliorations apportées à l’époque en studio aux bandes live originales. La mauvaise nouvelle est que l’ingénieur a privilégié une compression exagérée avec des basses dithyrambiques qui réduisent la dynamique de l’ensemble à néant tandis que le mixage en 5.1 n’est en fait qu’une nouvelle répartition des canaux sans aucune imagination (on est loin du travail de Steven Wilson pour King Crimson). Mieux vaut alors opter pour le digipack de 1996 au son beaucoup plus riche et abordable et qui offrait en plus un fac-similé du programme du concert. Ce digipack reste aujourd’hui la version définitive de l’un des disques live légendaires de l’histoire du rock, progressif ou pas.

On sait que le double LP original, ainsi que ses éditions en compact postérieures, résulte d’un remixage et d’une manipulation en studio des bandes live dont certaines parties vocales ou de guitare ont été partiellement refaites afin de gommer les erreurs d’un show sans concession. Pour ceux qui seraient intéressés d’entendre la vraie musique originale sans aucun réenregistrement, sachez que le concert final de la tournée « Space Ritual », enregistré au Brixton Sundown de Londres le 30 décembre 1972, a été édité en 1985 sur un double LP intitulé « Space Ritual Volume 2 », et réédité en CD en 2005 sous le nom de « Space Ritual Sundown V.2 » (Purple Pyramid) avec une pochette similaire à celle du Space Ritual original. Le groupe y apparaît tellement soudé que les solistes en deviennent indistincts et se fondent dans la masse sonore. Seul subsiste le vaisseau Hawkwind tout de fer forgé qui fonce à toute allure dans un cosmos steampunk hanté par des flibustiers galactiques, des voiliers solaires et un guerrier aux yeux rouges nommé Lone Sloane.

Un mot encore pour présenter l’extraordinaire pochette conçue par Barney Bubbles dans un style à mi-chemin entre le psychédélisme et l’Art nouveau. Elle représente bien sûr la danseuse Saskia protégée par deux lions fortement inspirés par celui figurant sur la lithographie « L'Emeraude » réalisée par le peintre tchèque Alfons Mucha, fer de lance de l’Art nouveau. Le LP était à l’époque enrobé dans une pochette qui se dépliait sur six volets montrant des photos du concert et des images hétéroclites liées à la SF. Bublles a conçu beaucoup d’autres designs de pochettes célèbres (pour Dr Z, Cressida, Hawkwind, The Damned, Elvis Costello …) mais celle de Space Ritual, pas ses couleurs, sa démesure et son symbolisme dédié à l'univers unique d'Hawkwind, reste sans conteste sa plus belle réalisation.

[ Hawkwind Website ] [ Space Ritual (2 CD / EMI) : conseillé ]
[ Space Ritual (2 CD + DVD / Collector's Edition / EMI) ] [ Space Ritual Sundown V.2 (1 CD / Purple Pyramid) ]

Hawkwind : In Search Of Space (United Artists), UK 1971 - réédition CD remastérisé (EMI), 1996
Enregistré à Londres, en partie dans les studios AIR de George Martin et ensuite dans les studios Olympic à l’été 1971, ce second album du groupe Hawkwind impose une fois pour toutes leur style « space-rock », à base d’électronique et de rythmes hard, qui ne changera plus guère par la suite. Les deux mécaniciens de cette croisade cosmique sont le bassiste Dave Anderson et le batteur Terry Ollis, deux magnifiques stakhanovistes pourvoyeurs d’intenses radiations hypnotiques qui propulsent le vaisseau Hawkwind dans l’hyper-espace. Les autres, perdus dans leurs rêves acides, font exploser les frontières de l’univers connu de 1971 en lâchant des riffs de guitare électrique, de saxophone et des bulles de synthés qui pétillent comme des soleils. L’interminable You Shouldn't Do That, bâti sur une ligne de basse inamovible, est une transe sans fin qui reste heureusement sous contrôle mais qui ouvre quand même toutes grandes les portes d’une science-fiction qui saura plus tard attirer l’attention d’un écrivain majeur comme Michael Moorcock. Et nous voilà transportés aux quatre coins de l’univers, la plupart du temps dans des endroits glauques et hostiles semblables à ceux décrits par Gillon et Forest dans les Naufragés du Temps. Et si l’on excepte les deux titres accompagnés à la guitare acoustique (We Took the Wrong Step Years Ago et Children of the Sun) qui servent en quelque sorte d’interludes, le reste de l’album est bâti sur le même moule y compris les trois titres offerts en plus sur la réédition en CD de 1996. Les deux galaxies les plus brillantes de l’album sont le terrifiant Master Of The Universe qui deviendra vite un incontournable des concerts et le foudroyant Silver Machine, originalement sorti en 45 tours en juin 1972 et rajouté ici en bonus, qui, en partie grâce au chant puissant du bassiste Lemmy Kilmister, grimpa en son temps à la troisième place des « charts » anglais. Le vinyle fut emballé dans une superbe pochette inventive (découpée en son milieu en forme d’éclair) conçue par Barney Bubbles qui se chargea aussi, avec le poète cosmique Robert Calvert et Phil Franks pour les photos, de la conception du légendaire livret de 24 pages intitulé The Hawkwind Log. Si vous aimez le « space rock psychédélique », sachez que cet album-ci en a jeté les bases et que tous les groupes qui se sont inscrits plus tard dans le même style, d’Ozric Tentacles à Hidria Spacefolk, plus certaines formations alternatives comme Amplifier lui doivent une part de leur art.

[ Hawkwind Website ] [ In Search Of Space (CD & MP3) ]

Hidria Spacefolk : Symetria (Next Big Thing), Finlande 2007

Comme au bon vieux temps des sixties, cette formation s’est constituée sur le tas dans une communauté hippie, les musiciens amateurs apprenant leur métier au long d’interminables jam sessions qui firent probablement les belles nuits de la cité médiévale de Lohja au Sud de la Finlande. Après un mini disque sans grand intérêt (HDRSF-1, 2001), Hidria Spacefolk entra en contact avec le petit label Silence et enregistra pour eux dans un studio bien équipé leur véritable premier album, Symbiosis, sorti en 2002. Surprise : la musique dans le genre ethno-space est excellente avec des influences, assumées ou pas, qui viennent aussi bien d’Ozric Tentacles que de Gong à l’époque de You. Par rapport à ce premier essai et à leur second disque (Balansia, 2004), celui-ci apparaît plus heavy et davantage en phase avec le space métallique d’Hawkwind. Mais si le côté folk hippie a disparu au profit d’une exubérance plus électrique, la musique, entièrement instrumentale, s’est aussi étoffée par l’inclusion de nouveaux instruments tels que violoncelle, trompette, trombone ou accordéon qui enrichissent les textures et poussent la forme un peu au-delà des sentiers battus d’un genre en fin de compte peu propice à l’innovation. Bref, on est de retour dans l’espace pour une virée au cœur des étoiles. Ecoutez Symetria, ou Futur Ixiom : les synthés pétillent, la rythmique martèle un rythme hypnotique tandis que les guitares de Mikko Happo et de Sami Wirkkala alimentent le feu du propulseur. La façon dont les instruments sont mixés sur 322 rappellent quelque peu le groupe suédois Anekdoten (période Gravity) tandis que la partie finale incluant guitares et cuivres funky est une sacrée trouvaille. Flora/Fauna surprend avec son accordéon mais ne dépare pas l’ensemble avant la reprise des hostilités avec Radien et Sine, deux titres roboratifs qui s’encadrent parfaitement dans ce « Space Ritual » à l’ancienne. Rien de neuf ici : Symetria n’est certainement pas « l’Avatar » du Space Rock mais ceux qui sont toujours subjugués par la musique psyché-cosmique d’In Search Of Space, de Hall Of the Mountain Grill ou de Warrior On The Edge Of Time trouveront ici des vibrations hallucinogènes tout aussi efficaces que celles des disques précités.

Contrairement à la version allemande sortie sous un boitier de plastique traditionnel, la version finlandaise de Symetria est un superbe digipack de couleur verte avec, à l'intérieur, des dessins de Tatu Marttila qui semblent extraits d'une bande dessinée de SF. On y voit notamment le groupe débarqué sur une planète insolite habitée par d'étranges personnages à têtes de chien ou d'oiseau. Chercheur à l'Université d'Aalto (Finlande), Marttila est également l'auteur du website et des pochettes des autres albums d'Hidria Spacefolk.

[ Hidria Spacefolk Website ] [ Symbiosis ] [ Balansia ] [ Symetria ]

Secret Oyster : Sea Son (LP CBS), Danemark 1974 - Réédition CD remastérisé (Lasers Edge LE 1045), 2005
A la fin des années 60, les deux groupes de rock parmi les plus célèbres de Scandinavie furent probablement Wigwam, originaire de Suède, et les Danois de Burnin' Red Ivanhoe. Quand cette dernière formation éclata en 1972, le saxophoniste et claviériste Karsten Vogel fonda Secret Oyster, nommé d’après le titre Secret Oyster Service tiré du second album de Burnin' Red Ivanhoe. L’inclusion de l’excellent pianiste avant-gardiste Kenneth Knudsen permit à Vogel de se concentrer sur les solos de saxophone tandis que le recrutement du très expérimenté Claus Bøhling à la guitare apporta le second souffle nécessaire pour alimenter un projet de fusion instrumentale. Sur ce second album, la machine est bien rôdée avec une musique souvent inspirée dont les influences vont du Mahavishnu Orchestra à Soft Machine, période Karl Jenkins. Que ce groupe soit resté dans l’ombre en dehors de la Scandinavie reste un mystère vu sa qualité et la distribution de ses albums par le label CBS qui, au début des années 70, engrangeait dans son écurie tout ce qui pouvait ressembler de près ou de loin à de la fusion. En tout cas, le résultat est correct et les solos époustouflants même si la rythmique franchement binaire est bien loin des prouesses techniques des Stanley Clarke et autres Billy Cobham. En revanche, l’ambiance générale est plus relax avec des compositions atmosphériques parfois floydiennes (l’excellent Painforest et sa guitare gilmourienne). La plus longue plage, Mind Movie, qui frôle les dix minutes est un concentré de musique épique brillante avec des choeurs et une guitare wha wha qui pleure en procurant le grand frisson tandis que, sur Oysterjungle, des arrangements de cordes, conçus par le génial trompettiste Palle Mikkelborg, viennent renforcer le côté symphonique de certains passages. La réédition chez Laser’s Edge comprend trois plages en bonus, dont, plutôt bizarrement, le titre qui donne son nom à l’album et qui ne figurait pas sur le LP original. Ici, on nage en plein Jazz-Rock avec des duos enfiévrés de guitare et de Moog à la Jan Hammer dignes d’un Birds of Fire. Mais d’un autre côté, ces morceaux apparaissent aussi plus datés et moins originaux et on peut comprendre qu’ils furent, en dernière instance, écartés et intégrés en partie dans la composition Pajamamafia. Recommandable à tout amateur de fusion progressive, la version remastérisée de Sea Son donne envie de partir à la découverte du reste de leur discographie.

[ Sea Son (CD & MP3) ]

Mystery Mind : Chapter One (Autoproduction), France 2011
Pour une autoproduction, cet album en met plein la vue : d’un pourpre flamboyant, le livret est superbe, colle aux paroles de la première chanson et contient tous les textes en anglais puisque c’est dans cette langue que ce groupe français a choisi de s’exprimer. Au plan musical, ce projet est celui de Nicolas Morel, guitariste, auteur des textes et compositeur de tous les morceaux, qui s’est entouré d’un ensemble au format original : deux chanteuses et une violoncelliste en plus d’une section rythmique basse / batterie. Le premier titre, Red Moon, va en clouer plus d’un au mur : la musique est un rock mélodique puissant, mariant prog mainstream, baroque et métal, dont le tempo medium véhicule son lot de menaces. Mais attendez quelques secondes que la guitare décolle avant d’arrondir les sourcils. Dans le genre, Morel a de la ressource et son jeu pyrotechnique fait lever la poussière en une tornade rouge. Sans clavier derrière, le son arrache tout en restant fixé sur l’essentiel : une mélodie bien écrite. When Fear Meets Desire intègre d’autres atouts : les harmonies se font plus complexes avec des chœurs aériens et un violoncelle qui distribue sa part d’élégance. Sur le court instrumental Antonio Bach Joke, Nicolas Morel révèle son goût pour les triples croches dans le style néo-classique d'Yngwie Malmsteen. On appréciera en passant la transition avec le morceau suivant, Alien Among Strangers, qui prouve que l’enchaînement du répertoire a été bien réfléchi. Après un Desire In Disguise qui met en valeur le bassiste et la violoncelliste dans une série de breaks animés, il est temps pour un autre instrumental emmené cette fois par une guitare quasi acoustique pleine de lyrisme. Le reste de l’album, partagé entre chansons et instrumentaux, ne déçoit pas jusqu’au finale intitulé Destructuration qui synthétise différents styles déjà abordés par Mystery Mind. Certes le groupe a encore de la marge pour progresser notamment au niveau des harmonies vocales qui demandent à être étoffées mais, du baroque au métal avec une manne de solos virtuoses en guise de feux d'artifice, ces onze compositions éclectiques offrent suffisamment d’attraits pour inciter l’auditeur à aller les applaudir sur scène.

[ Mystery Mind Website ] [ Mystery Mind sur MySpace ]

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