Le Rock Progressif

Disques Rares, Rééditions, Autres Sélections


Série IV - Volume 1 Volumes : [ 2 ] [ 3 ] [ 4 ] [ 5 ] [ 6 ] [ 7 ] [ 8 ] [ 9 ] [ 10 ]

Gazpacho : Missa Atropos (KScope), Norvège 2010
Ce groupe norvégien avait déjà séduit avec Night, paru en 2007, et confirmé son approche singulière avec Tick Tock deux années après. Ce sixième album en studio est consacré à l’une des Moires qui, dans la mythologie grecque, sont les divinités féminines du destin. Atropos l’implacable est celle qui tranche le fil de la vie quand l’heure est venue. En fait, le texte se réfère à un homme reclus dans un phare abandonné qui, dans le silence marin et la solitude, tente à trois reprises d’écrire une messe pour Atropos. Mais Missa Atropos est aussi un jeu de mots sur la misanthropie du personnage. Evidemment, avec un thème pareil, la musique est forcément mélancolique, voire dramatique sans être exagérément sombre non plus. Elle se bâtit plutôt sur une atmosphère onirique somme doute dans le même style que les deux disques précités. Un style que l’on peut associer au post-rock mais où l’on retrouve aussi l’influences de Radiohead, de Porcupine Tree dans leurs moments les plus calmes et, surtout, celle du Marillion de Steve Hogarth et de Brave. Au casque, le son est magnifique, avec des textures riches mises en valeur par un mixage et une production sans faille. Un piano égrenant un ostinato entêtant, des bruitages légers, une guitare hypnotique et une rythmique envoûtante conduisent l’auditeur jusqu’au bout du chemin, là où Atropos, dans un déluge de cordes, nous attend tous. Evidemment, tout est en tempo lent ou moyen, avec quelques poussées de fièvre qui se traduisent seulement par une plus grande amplitude sonore. Seule l’ambiance compte et l’important est qu’elle exprime les sentiments désirés. Sur la distance, certains trouveront peut-être que Missa Atropos manque un peu de relief tandis que les répétitions les feront peu à peu sombrer dans leur fauteuil. Affaire de goût et de tempérament car ce groupe saturnien, calibré pour délivrer une émotion maximale, est irréprochable dans les limites qu’il s’est fixées.

[ Gazpacho Website ] [ Missa Atropos (CD & MP3) ]
[ Missa Atropos ] [ Splendid Isolation ]

Mystery : One Among The Living (Unicorn Digital), Canada 2010
L’intégration récente du chanteur québécois Benoît David, en remplacement de Jon Anderson, dans le groupe mythique Yes a jeté un peu de lumière sur Mystery, un combo jusqu’ici obscur dans lequel David officie également comme chanteur depuis 2007. A la croisée des chemins entre un rock classique mélodique et un néo-progressif symphonique, Mystery a un style moderne, accessible et plutôt plaisant à écouter. En fait, selon une interview parue dans le quotidien britannique The Guardian, il paraît qu’Anderson n’était pas très heureux avec son remplacement par David. A entendre la voix puissante et expressive de ce dernier, on comprend pourquoi : Yes s’est trouvé un remplaçant exceptionnel, capable de s’adapter à plein de styles différents et de chanter aussi bien que l’ancien vocaliste de Yes, même dans ce haut registre si particulier qui était le sien. Mais, fort sagement, Benoît David n’abuse pas ici de ses facultés d’imitation (il a également chanté dans un projet intitulé Close To The Edge qui était un hommage à la musique de Yes) et s’avère tout sauf un clone de son illustre et vénérable mentor. En tout cas, il ne fait aucun doute que c’est lui l’attraction de cet excellente production qui, par ailleurs, possède d’autres qualités. Le leader, guitariste, claviériste et producteur Michel St-Père d’abord, membre fondateur du groupe initial à la fin des années 80 et créateur du label Unicorn Digital, qui s’avère ici un compositeur fort compétent. Ensuite, des invités prestigieux sont venus donner un coup de main au groupe et pas n’importe lesquels : Daryl Stuermer, légendaire guitariste partenaire de Genesis en concert (il peut jouer de la fusion ou imiter Steve Hackett comme personne), prête son immense savoir-faire sur Sailing On A Wing tandis que Kameleon Man inclut l’excellent bassiste Jon Jowitt (IQ, Arena, Jadis) fort présent ces derniers temps au sein de divers projets remarqués (Paul Menel Band, Ark et Frost). Et puis, il y a évidemment le collègue du nouveau Yes, Oliver Wakeman, fils de l’illustre sorcier en cape, qui démontre sa maîtrise du Moog sur Kameleon Man. L’abum comprend un titre épique de vingt-trois minutes, séparé en six sections regroupées sous le titre générique de Through Different Eyes. Mais pour une fois, ce n’est pas le meilleur de l’album qui réside plutôt dans les titres courts et percutants interprétés dans un style qui se situe quelque part entre Rush, Journey et Boston (Wolf, Between Love And Hate, Till The Truth Comes Out, Sailing On A Wing...). Et il y a aussi ce sombre Falling Man qui retrouve la magie du premier album de Black Sabbath. Là, Mystery excelle et s’impose. Merci à Yes en tout cas car il aurait été bien dommage que One Among The Living, qui pourrait faire les beaux jours des radios FM intelligentes, soit resté dans l’ombre.

[ Mystery Website ] [ One Among The Living (CD & MP3) ]
[ Falling Man ] [ Between Love And Hate ]

Nektar : A Tab In The Ocean (ItsAboutMusic.com), UK 1972 - Réédition 2 CD Deluxe Edition (ItsAboutMusic.com), 2011


Taste, touch and find
What it is, that’s in your mind
Truth can be yours
So let it come
Just like it did before

A Tab In The Ocean
Après Journey To The Centre Of The Eye, le groupe britannique Nektar cherche un nouveau concept pour son second album et le trouve par hasard en regardant un aquarium (vide !) dans leur cellier de la petite ville de Seeheim en Allemagne. Que se passerait-il si quelqu’un jetait une tablette géante d’acide dans l’océan ? L’acide en question est bien sûr le fameux LSD (acide lysergique diéthylamide ou, comme le chantaient les Beatles, Lucy in the Sky with Diamonds), un psychotrope hallucinogène qui connut une vogue sans précédent dans le monde du rock à la fin des années 60. Par rapport au premier disque, celui-ci marque une légère évolution sans pour autant être plus complexe. Manifestement influencé par le krautrock, Nektar conserve une approche psychédélique marquée par la présence d’une basse énorme (Derek Moore), des accords d’orgue vintage (Allan Freeman) et une guitare saturée (Roye Albrighton). Le titre éponyme, qui avec ses 17 minutes couvrait toute une face du LP original, est une pièce agressive et dense qui rumine des variations sur quelques thèmes. Sur scène, agrémentée des lumières liquides créditées au cinquième membre du groupe, Mick Brockett, Nektar était à même d’emmener le public dans un univers psychédélique distordu malgré un contrôle permanent de la structure musicale. La seconde face du vinyle comprenait quatre titres avec leurs parts de moments atmosphériques et quelques solos de guitare gonflés au mixage. En fin de compte, cette musique de la vieille école, à la croisée des chemins entre le space-rock et le krautrock expérimental, creusait un chemin personnel qui, à priori, plaisait davantage aux Teutons qu’aux Bretons. Nektar n’a en effet jamais connu chez lui qu’un succès d’estime alors qu’il était plébiscité sur le continent comme un groupe phare du rock psyché progressiste.

La pochette de A Tab In The Ocean s’avère un mélange réussi de psyché, de science-fiction et de surréalisme à la Salvatore Dali qui va comme un gant à la musique du disque qu’elle enrobe. Admirez les bulles verdâtres qui s'échappent du liquide distillé dans la cornée et vous conviendrez qu'il est difficile d'être plus explicite sur le message délivré. L'image a été dessinée par Helmut Wenske, un illustrateur allemand qui réalisa les plus belles pochettes des albums de Nektar (Sounds Like This, Remember The Future, Recycled ...) mais aussi d’autres illustrations pour Dzyan, Karthago, Harvey Mandel et Recreation.

La nouvelle édition de luxe par ItsAboutMusic.com est sans reproche et restitue le disque original dans toute sa gloire avec une acoustique transcendée par une remastérisation impeccable (le premier titre surtout, dont le son sur le LP était plus confus, atteint une nouvelle dimension). En plus, un second compact est ajouté qui reprend le premier disque perdu du groupe intitulé In the Beginning: The Boston Tapes. Cette collection historique de huit plages, enregistrées en 1970 à Boston à l’initiative du producteur américain Charlie Dreyer, permettra aux fans de découvrir les débuts d’un groupe phare du rock progressif qui en était encore à cette époque à des chansons plus classiques, calibrées pour une diffusion radiophonique, mais qui laissent déjà entendre les prémices du style Nektar. Un must pour les collectionneurs.

[ Nektar Website ] [ Nektar chez Itsaboutmusic.com ] [ Tab In The Ocean (CD & MP3) ]

Leap Day : Awaking The Muse (Oskar/Musea), Pays-Bas 2009
Au même tite que la Pologne, les Pays-Bas possèdent une scène progressive parmi les plus actives du vieux continent. On y trouve en effet des groupes talentueux qui ont contribué à l’histoire de cette musique (Supersister, Finch, Ekseption, Focus, Trace), l’ont perpétué à travers les décennies (Flairck, Kayak, Arjen Lukassen et Ayreon, Jan Akkerman, Flamborough Head, Nice Beaver, King Eider) ou qui forment aujourd’hui une pépinière de jeunes talents prêts à reprendre le flambeau (Sky Architect, Knight Area, Mangrove, Trion, Odyssice). Constitué en février 2008, Leap Day appartient à cette dernière catégorie bien que ses membres soient des musiciens expérimentés ayant joué dans quelques uns des groupes précités (en Angleterre, on appellerait ça un super-groupe). Leur style est un néo-progressif symphonique conventionnel avec de superbes parties instrumentales mettant en valeur le guitariste Eddie Mulder (Trion) et les deux claviéristes Derk Evert Waalkens (King Eider) et Gert van Engelenburg qui a aussi écrit la quasi totalité des titres. Par contre, le chanteur Jos Harteveld (Pink Floyd Project) n’accroche pas immédiatement à cause d’un manque de dynamique, voire d’expressivité, mais on finit quand même par accepter la tonalité singulière de sa voix qui, après tout, distingue ce combo des centaines d’autres naviguant dans les mêmes eaux. Ecoutez d’abord Little Green Men, un récit à propos de fantômes verts peuplant les rêves d’un opéré : ça tourne rond en dépit de la voix traînante du chanteur qui est ici bien encadrée par un orgue Hammond et d'autres claviers. La mélodie ouvre ensuite les portes à un solo de Stratocaster qui enfle en rappelant le jeu délié d’un Andy Latimer (Camel) tandis que les changements d’harmonie et de tempo se succèdent jusqu’à une accélération finale qui s’interrompt un peu trop brusquement. Sur ce titre et sur Eyes Wide Open, une autre composition gentiment épique de 9 minutes, le sextet démontre ses capacités à faire vibrer l'auditeur. Tout n’est pas parfait dans ce premier essai mais il n’en affiche pas moins quelques sporadiques beautés. Leap Day est le jour supplémentaire des années bissextiles. Drôle de nom pour un groupe sauf s’il a voulu indiquer par là que, né en 2008, il ne reviendrait pas de si tôt, du moins pas avant 2012. Qu'ils prennent leur temps, on sera au rendez-vous quand ils décideront une nouvelle fois de réveiller la muse !

[ Leap Day Website ] [ Awaking The Muse ]

Anathema : We’re Here Because We’re Here (K-scope) UK 2010
La première réflexion qui vient à l’esprit est qu’Anathema est un groupe positif, avec des textes qui véhicule une vision optimiste de la vie mais sur une musique aérienne, légère au point de paraître parfois évanescente. Les titres des plages parlent d’eux même : Summernight Horizon, Dreaming Light, Angels Walk Among Us, Thin Air ..., tout ici respire la sérénité. Des nappes traînantes de synthés, une guitare acoustique, un piano hypnotique, une basse profonde, une voix féminine (Lee Douglas) qui vient à l’occasion doubler celle du chanteur et une batterie envoûtante, explosant parfois comme un feu d’artifice qui jette alors mille couleurs sur des eaux autrement calmes et tranquilles (écoutez par exemple Get Off, Get Out qui débute comme de la musique d'ambiance mais finit dans un foisonnement percussif à l’autre bout du spectre sonore). N’ayant plus rien de commun avec le groupe de métal doom d’autrefois, le retour d’Anathema, piégé dans une rêverie après sept années de dérive hors du radar, en a surpris plus d’un. Pourtant, We’re Here Because We’re Here est l’aboutissement logique d’un long processus, entamé depuis A Fine Day To Exit, qui a consisté à digérer les influences alternatives propagées par Radiohead, Pineapple Thief, No Man et surtout Porcupine Tree qui est devenu aujourd’hui le leader d’un nouveau style plus fédérateur que le rock progressif symphonique. D’ailleurs, c’est encore et toujours Steven Wilson (Pocupine Tree) qui, en vrai stakhanoviste du rock, s’est chargé du mixage de cet album. Après les productions immaculées d’Opeth et la remastérisation géniale en 5.1 des premiers disques de King Crimson qui a surpris Robert Fripp lui-même, on ne s’étonnera guère de constater que le son est cette fois encore parfait, à la fois organique dans les textures et d’une précision chirurgicale dans la séparation des voix et des instruments. Bon, c’est parfois un peu popisant comme Dreaming Light ou encore Everything qui n’en est pas moins une belle chanson pleine de réverbération aux vocaux émotionnels et exécutée avec brio. Et puis, c’est le prix à payer pour ne pas rester dans l’ombre et il ne viendrait à l’idée de personne d’aller leur tirer dessus maintenant que le vilain petit canard est devenu un beau cygne blanc.

[ Anathema Website ] [ We're Here Because We're Here (CD & MP3) ]

Agents Of Mercy : The Fading Ghosts Of Twilight (Foxtrot Music), Suède 2009
Le protéiforme Royne Stolt ayant mis les Flower Kings en congé, il s’est trouvé l’été venu fort désœuvré malgré ses participations remarquées à d’autres productions connexes comme, entre autre, la réactivation de Transatlantic avec Mike Portnoy et Neal Morse. Alors pourquoi ne pas monter un tout nouvel ensemble ? Probablement qu’Agents of Mercy existait déjà dans un des recoins de l’esprit du chanteur guitariste car c’est en un temps record qu’il le concrétisa autour de Nad Sylvan au chant, un nouveau venu à la voix expressive mais sans particularité, l’inamovible bassiste des Flower Kings Jonas Reingold, le claviériste Lalle Larson de Karmakanic et le batteur Walle Wahlgren plus quelques invités prestigieux comme les batteurs Pat Mastelotto (King Crimson) et Jimmy Keegan (Santana). Le résultat ? Comme d’habitude avec Stolt, un compact chargé jusqu’au dernier octet (78 minutes) d’une musique progressive symphonique typique de sa manière de composer et qui aurait tout aussi bien pu porter les armoiries de « TFK ». Certes, on trouvera ici une nouvelle panoplie de titres originaux (12 pour être exact) interprétés avec ferveur mais qui ne sont pas tous pour autant remarquables. A commencer par le titre éponyme qu’on a l’impression d’avoir déjà entendu cent fois ou le traînant Waiting For The Sun ou encore A Different Sun qui affiche une totale absence d’inspiration comme si le groupe avait du mal à se trouver un style propre. Contrebalançant ce manque flagrant de réussite, quelques morceaux sortent toutefois du lot comme le mélancolique Heroes And Beacons avec ses changements de tempo et ses brillantes sections instrumentales, Bomb Inside Her Heart joué en acoustique avec quelques accents country et un feeling jazzy et surtout Mercy & Mercury, dont l’orgue Hammond rappelle Procol Harum avant que la chanson n’explose sur des solos grandioses de guitare et de synthés. Affaire mitigée donc que cet album par ailleurs emballé dans un superbe digipack flamboyant illustré de main de maître par Silas Toball. The Fading Ghosts Of Twilight permettra sans doute aux fans inconditionnels de patienter en attendant la résurgence prochaine des Flower Kings mais sinon, il est clair que ce nouveau projet nécessite un sérieux recadrage.

[ Agents Of Mercy Website ] [ The Fading Ghosts Of Twilight (CD & MP3) ]

Flash (Sovereign Records), UK 1972 - Réédition CD (Esoteric Recordings), 2009
Peter Banks est le guitariste qui, en compagnie de Chris Squire et de Jon Anderson, fonda Yes qu’il quittera après deux albums alors que le groupe était encore loin d’avoir exprimé tout son potentiel. C’est que Banks n’aimait pas trop les cordes et violoncelles plaqués sur la musique de Time And A Word et inclinait davantage vers une approche plus musclée mettant mieux en valeur ses qualités de guitariste. Et c’est ainsi qu’il fonda Flash avec Colin Carter (chant), Ray Bennett (bass) et Mike Hough (drums). Enregistré en novembre 1971, leur premier album éponyme sort en janvier 1972 chez Sovereign Records (une filiale de Capitol) sous une pochette colorée et coquine conçue par l'incontournable Hipgnosis. Au dos, on peut lire que le claviériste de Yes, Tony Kaye, est inclus dans le line-up mais c’est une erreur : l’homme a refusé d’intégrer Flash et n’est qu’invité. Pourtant, la musique rappelle considérablement celle de Yes à ses débuts, y inclus The Yes Album pourtant enregistré avec le guitariste Steve Howe. C’est que d’une part, Howe jouait au début dans le même style que celui de Banks et, d’autre part, que Tony Kaye a un son très caractéristique dû à l’emploi quasi exclusif de l’orgue Hammond B-3 qu’il préfère nettement aux synthés. Et puis, pour compléter le tableau, Ray Bennett joue sur une Rickenbacker au son grondant comme le tonnerre, tout comme Chris Squire. Ceci dit, la musique a une fraîcheur étonnante et un punch irrésistible. D’ailleurs, le LP s’est écoulé rapidement à plus de 100.000 exemplaires et le premier titre Small Beginnings a connu tout de suite un relatif succès commercial en grimpant à la 29e place des Charts britanniques tandis que, grâce à une diffusion radiophonique, Flash s’est attiré un indéfectible noyau de fans qui feront sa réputation. Varié, le disque l’est aussi avec un Morning Haze au drive soutenu par une guitare acoustique et des percussions, un Dreams Of Heaven épique de 13 minutes chargé de duels époustouflants entre guitares et claviers, et un Children Of The Universe impérial qui prouve que Banks aurait tout aussi bien pu faire l’affaire que Steve Howe dans le futur de Yes. Flash sortira encore deux disques (In The Can en 1972 et Out Of Our Hands en 1973) mais sans Tony Kaye parti fonder Badger en 1972. Les relations entre Banks et le reste du combo finirent par de dégrader au point que le groupe se sépara en novembre 1973 pendant une tournée américaine. Cet album, au même titre que les deux suivants, a été réédité dans une luxueuse version remastérisée par Esoteric Recordings, le label spécialisé de Mark Powell qui s’est une fois de plus investi pour produire un travail de qualité. On n’y trouvera qu’un seul titre en bonus, une version rare de Small Beginnings sortie jadis en 45 tours, mais l’amélioration drastique du son rend à elle seule ce compact indispensable. A redécouvrir !

[ Flash Website ] [ Flash (CD & MP3) ] [ In The Can (CD & MP3) ] [ Out Of Our Hands (CD & MP3) ]

Renaissance : Turn Of The Cards (BTM Records), UK 1974 - Réédition CD (Repertoire), 1994
De toutes les chanteuses de rock progressif, Annie Haslam avec Renaissance est celle qui aura laissé le plus grand souvenir. Celui d’une voix pure qui s’étend sur cinq octaves et flotte au-dessus des instruments avec une incomparable légèreté. Sur Turn Of The Cards, le groupe entame une évolution qui le conduira avec l’album suivant, Scheherazade And Other Stories, au sommet de sa période progressive. La musique est plus dense, plus complexe et plus orchestrale mais la voix est la même et les mélodies magnifiques. Cet album comprend quelques unes des plus belles compositions du groupe : Running Hard avec son introduction parfaite au piano et son orchestration ample ; Black Flame sur fond de guitare acoustique et de clavecin aussi mélancolique qu’une antique ballade médiévale ; et surtout Mother Russia, une ode à Alexander Solzhenitsyn et aux victimes de la répression soviétique, qui fait plus que jamais référence à la musique classique avec des chœurs et une orchestration somptueuse. A noter aussi Cold Is Being qui est basé entièrement sur l'Adagio en G mineur de Tomaso Albinoni. Le line-up du groupe est celui qui s'est stabilisé depuis l'enregistrement de Ashes Are Burning en 1973 : Annie Halsam est la pourvoyeuse de rêves, Michael Dunford qui accompagne à la guitare acoustique est surtout un formidable inventeur de mélodies ; le claviériste John Tout doit être loué pour ses arrangements et que dire du tandem Jon Cam (basse) et Terrence Sullivan (batterie) qui donne une véritable pulsion organique à l'ensemble. Et il ne faut surtout pas oublier le sixième membre du groupe, Betty Thatcher Newsinger qui a écrit dans l'ombre des paroles formidables sur les musiques de Dunford, ni d'ailleurs Jimmy Horowitz responsable des orchestrations désormais plus proéminentes qu'autrefois. En fait ce groupe, en raison de la qualité de sa production qui prévaudra jusqu'à A Song for All Seasons (1978), aurait dû connaître le même succès que celui de Genesis ou Yes dans un registre différent qui est celui du classique / folk progressif. Le souvenir que l'on a de cet ensemble profondément original et novateur a été quelque peu souillé par les disques pop et commerciaux sortis après 1979 mais ce qui est antérieur a contribué, au même titre que les deux groupes précités, à établir la réputation et la gloire du rock progressif des seventies.

[ Turn Of The Cards ]

Maudlin Of The Well : Bath (Dark Symphonies), USA 2001
Originaire de Boston, ce collectif de huit musiciens, formé autour du trompettiste Jason Bitner, du chanteur et multi-instrumentiste Toby Driver et du guitariste Greg Massi, compose une musique post-rock avant-gardiste dont le spectre va de mélodies planantes et éthérées (The Blue Ghost) au métal extrême genre Opeth avec grognements à la clé (They Aren't All Beautiful) et il n'est pas exclu que ces deux styles en totale opposition soient présents dans le même morceau (The Ferryman). Impossible donc de rallier tous les suffrages et ceux qui apprécieront la moitié de l’album seront probablement les mêmes qui dénigreront l’autre moitié. Basée sur un concept fumeux à base de projection astrale (!!!), leur musique est totalement imprévisible, organique et sauvage quand elle n'inclut pas des bruitages étranges comme les clapotis liquides entendus sur Marid's Gift Of Art. Certes, il s’agit là d’une approche expérimentale qui ne saurait déboucher sur un quelconque succès commercial. Ce qui explique que le groupe a disparu rapidement après un tandem de deux albums en studio apparentés, Bath et Leaving Your Body Map, sortis en 2001 (*). Mais on ne saurait dénier à ce collectif une vision unificatrice de la création musicale qui rend cet album intéressant au-delà de son inaccessibilité intrinsèque : ambient, folk, alternatif, post-rock, métal… Tout est juxtaposé d'une manière à priori chaotique qui peut laisser l’auditeur perplexe mais personne ne niera que ces gars-là savent jouer (on jurerait entendre Porcupine Tree dans la première partie de Heaven And Weak). Après tout, cette collision anarchique entre les styles n’est-elle pas l’expression de la vraie vie où les moments de rêverie bucolique succèdent souvent à d’autres tendus et agressifs. La vraie musique qui progresse, surtout quand elle est maniaco-dépressive, n’est pas toujours facile à écouter !

(*) En fait, après la dissolution de Maudlin Of The Well, Toby Driver a créé Kayo Dot dont la musique est similaire à celle de son groupe précédent et dont le premier album (Choirs Of The Eye) fut édité sur Tzadik Records, le fameux label expérimental de John Zorn. Plus intéressant encore, une donation de fans permit à Maudlin Of The Well de se reconstituer et d’enregistrer inopinément un nouveau disque en 2009 : Part The Second qui s’avère beaucoup plus accessible que les deux productions de 2001. On pourra en juger aisément puisque que le collectif l’offre gratuitement au téléchargement sous trois formats (MP3, WAV et FLAC) à partir de son site WEB. Désormais, vous n’avez plus aucune excuse pour ne pas l’essayer.

[ Maudlin Of The Well Website ] [ Bath (CD & MP3) ]

Keats (EMI), UK 1984 – Réédition CD (Renaissance Records) 2007
Après l’accueil très mitigé du fade Vulture Culture (1984) et de Stereotomy (1985), un album qui capitalisait sans succès sur le son synthétique et aujourd’hui daté des années 80, le Alan Parsons Project (APP) bat sérieusement de l’aile. Ses grands succès sont derrière lui et il n’arrive pas à se renouveler d’une manière convaincante. A la même époque, un autre projet connexe est mis sur pied : Keats qui réunit les musiciens habituels du APP (Colin Blunstone au chant, David Paton à la basse, Ian Bairnson à la guitare, Stuart Elliott à la batterie et Richard Cottle au synthé) autour du claviériste Peter Bardens, célèbre pour avoir joué sur les meilleurs disques de Camel (de Camel en 1973 à Breathless en 1978). Comme Keats est enregistré et produit par Alan Parsons lui-même, ce disque sera par la suite considéré comme une œuvre oubliée dans la discographie du APP, ce qui est faux. On aurait par contre pu s’attendre à une combinaison du style Camel, incluant plus de solos jazzy, et du lustre orchestral peaufiné en studio qui caractérisait les premiers disques du Project. En fait, il n’en est rien. Keats n’est qu’une collection de chansons pop-rock conventionnelles dont les arrangements lisses, dominés par des synthés Prophet, Yamaha et autres, sont ancrés dans l’époque d'autant plus qu'on y entend aussi sur quelques titres des percussions électroniques. Certes, la voix de Blunstone est toujours aussi bien en place mais, la plupart du temps, la musique est trop proche de la variété pour être mémorable. Tragedy est sauvé de justesse par un solo réussi de guitare espagnole tandis que Heaven Knows et Turn Your Heart Around accrochent par leurs belles mélodies et une guitare électrique plus mordante qui en font des chansons presque AOR à la Toto. Mais à part ça, si Keats était probablement un bon groupe, il n'arrive que trop rarement à le faire savoir avec cet album sans originalité. A noter que la version américaine du LP comprenait 10 plages dont une (Give It Up) à la place de Hollywood Heart retenu pour la version britannique. La réédition par Renaissance Records offre les deux chansons portant ainsi le répertoire à onze plages plus deux interview d’Alan Parsons et de Ian Bairnson d’une durée de 26 minutes. A réserver aux complétistes et inconditionnels du APP.

[ Keats ]

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