Série IV - Volume 3 | Volumes : [ 1 ] [ 2 ] [ 4 ] [ 5 ] [ 6 ] [ 7 ] [ 8 ] [ 9 ] [ 10 ] |
A l’étranger, la musique progressive allemande est surtout connue sous le terme générique de « krautrock », un nom utilisé par les Anglais pour caractériser les groupes d'Allemagne de l'Ouest apparus au début des années 70. Terme à la limité péjoratif mais aussi dérivé d’un morceau d’Amon Düül I intitulé « Mama Düül und Ihre Sauerkrautband Spielt Auf », le krautrock se référait surtout à une musique, certes éclectique, mais mêlant généralement du rock, des sons expérimentaux et/ou contemporains et des oscillations électroniques produites par des synthés divers, sans parler des aspects politiques et contestataires souvent sous-jacents à la musique. Agitation Free, Ash Ra Tempel, Amon Düül I & II, Can, Faust, Klaus Schulze, Kraftwerk, Neu! et Tangerine Dream ont ainsi compté parmi les groupes les plus célèbres du krautrock. Toutefois, le prog allemand ne se limite par à ce genre musical et il a aussi produit des orchestres de rock progressif plus traditionnels, s’inscrivant dans les codes mis au point en Grande-Bretagne par Genesis, Yes, King Crimson ou Emerson, Lake & Palmer. D’autres ont pris pour modèle des groupes de hard progressif, fort populaires en Allemagne, comme Uriah Heep ou Warhorse. D’autres encore ont adoptés le rock planant de Pink Floyd. Loin de n’être que des clones sans intérêt, ces orchestres allemands ont laissé derrière eux une quantité de disques intéressants bien que souvent passés inaperçus à l’époque. Le programme de rééditions entrepris par plusieurs labels spécialisés permet aujourd’hui de redécouvrir dans de bonnes conditions quelques uns de ces albums étonnants qui, depuis les années 70, sont devenus cultes et inaccessibles. En voici quelques uns assortis pour le plaisir de quelques productions récentes qui perpétuent la qualité du prog allemand non krautrock. |
Birth Control : The Very Best Of (Columbia - Compilation), Allemagne 1990 | |
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![]() Extrait de Hoodoo Man, Gamma Ray est essentiellement une jam psyché intense dynamisée par une batterie nerveuse et habitée de longs solos d’orgue et de guitare. Son chant protestataire n’a certainement pas vieilli dans le contexte nucléaire actuel tandis que la musique, qui emprunte un peu aux Doors, à Atomic Rooster et à Uriah Heep, est une bombe (sans jeu de mots) qui explosait littéralement le public à chaque concert, d'où son statut de morceau culte. Du même album est aussi extrait Buy!, plus structuré et varié avec de chouettes solos de synthé et de guitare slide. On reste plus ou moins dans la même veine avec le disque suivant Rebirth dont sont extraits quatre morceaux, ce qui était sans doute nécessaire pour représenter la variété et la qualité du répertoire. Si She's Got Nothing On You rappelle encore Uriah Heep ou Deep Purple par son jumelage orgue / guitare, No Shade Is Real introduit déjà un côté jazz-rock qui sera développé plus tard tandis que M.P.C. est un court instrumental nostalgique composé par le nouveau claviériste Zeus B.Held. Mais la palme revient à Back From Hell et à son flamboyant solo de batterie ensemencé d effets électroniques. Le renforcement du département guitares par Dirk Steffens, nouvellement recruté, ajoute encore du piment aux parties instrumentales désormais mieux équilibrées entre orgue et guitares. Les quatre derniers morceaux proviennent de l’album Plastic People caractérisé par un premier vrai forage en terre plus progressive. On se rendra compte de l’évolution radicale du groupe sur le titre éponyme et, plus encore, sur My Mind, composition complexe caractérisée par un travail raffiné au plan des orchestrations. Ce Very Best Of Birth Control porte en définitive bien son nom sauf qu’il aurait été utile d’en fixer les limites en précisant la période concernée, à savoir de 1972 à 1975. ![]() ![]() [ Very Best Of Birth Control (CD) |
Grobschnitt : Rockpommel's Land (Brain ), Allemagne 1977 - Réédition CD (Repertoire), 1998 | |
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![]() [ Rockpommel's Land |
Sylvan : Presets (ProgRock Records), Allemagne 2007 | |
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Par rapport à l’excellent Posthumous Silence paru en 2006, ce sixième album de Sylvan propose un néo-prog plus classique mais qui n’en est pas moins intéressant. C’est que ce groupe de Hambourg possède, en la personne de Marco Glühmann, un excellent chanteur capable de faire passer par sa voix tout un panel d’émotions. Et sur ce disque, c’est lui la vedette : son chant occupe tout l’espace, bien mis en valeur dans un écrin symphonique à base de guitares et de claviers. La musique y est souvent mélancolique, un peu comme celle de Marillion (période Steve Hogarth) dans Brave ou Marbles mais avec un éclat métallique en plus, extrêmement mélodique, sombre aussi à l’instar de la très belle pochette surréaliste réalisée par l’artiste Marko Heisig (déjà auteur également des livrets de Artificial Paradise, X-rayed et Encounters). On y voit une femme enracinée dans une terre dévastée sous un ciel de plomb : une image forte probablement liée au thème de When The Leaves Fall Down qui traite de notre planète polluée par ses habitants. L’album s’écoute d’une traite tant on est plongé dans une ambiance lancinante dont on n’a guère envie de s’extraire. Les compositions concises ne comprennent quasiment aucun solo, juste quelques notes de piano, de synthé ou de guitare qui se prolongent de temps en temps quand le chant s’interrompt. Seule pièce longue du répertoire (13 minutes), le dernier titre éponyme vient clôturer le disque en beauté : après un piano à la sonorité liquide en introduction et un chant traînant porté par une orchestration lumineuse, la rythmique emmenée par la basse grondante de Sebastian Harnack se met soudain en position de combat. On profite pleinement de ce fragment de puissance avant de retrouver la mélodie et de se laisser glisser vers une conclusion majestueuse assaisonnée d’un choeur féminin. Certains reprocheront à cet album une indéniable uniformité de ton ou une absence de risques mais le but de Sylvan était de proposer une facette différente, sobre, épurée et en fin de compte complémentaire au progressif complexe de Posthumous Silence. Dans les limites de cette étonnante réserve collective, l'objectif est pleinement atteint.
[ Presets (CD & MP3) |
Neuschwanstein : Battlement (Racket), Allemagne 1978 - Réédition CD remastérisé (Musea), 1992 | |
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![]() [ Battlement (Musea CD & MP3) |
Anyone’s Daughter (Spiegelei), Allemagne 1980 - Réédition CD (Music Is Intelligence WMMS 027), 1993 | |
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Après Adonis sorti en 1979 et sa suite épique du même nom d’une durée de 24 minutes, le second disque éponyme de Anyone’s Daughter, groupe fondé à Stuttgart en 1972, se concentre sur des chansons plus simples et concises, ciblant ainsi un public plus large. A l’aube des années 80, le néo-prog n’a pas encore été inventé et le prog symphonique classique a quasiment disparu du paysage musical. Entre ces deux sous-genres, Anyone’s Daughter propose un album de rock mélodique, peuplé de claviers et de guitares à la manière d’Asia, qui garde toutefois une sophistication suffisante pour ne pas verser complètement dans le style A.O.R. En fait, si cette production n’a pas trop pris de rides aujourd’hui, c’est en raison de la qualité des compositions qui confirme le vieil adage que « quand une musique est bonne, elle est intemporelle ». Que ce soit la superbe ballade Enlightment, le rock enlevé de Moria avec son texte épique ou Another Day Like Superman et ses solos de haut vol, tous les titres ont du caractère. L’entente est grande entre le guitariste Uwe Karpa et le claviériste Matthias Ulmer (qui joue essentiellement du piano Fender Rhodes et du Minimoog) comme on pourra en juger sur Between The Rooms, une composition atmosphérique sur laquelle les deux musiciens se complètent non seulement en termes de solos mais aussi pour tisser une trame sonore aussi douce et chaude qu'une couette en plumes d'oie. Quand au chanteur Harald Bareth, il est doté d’une voix naturellement suave qui ajoute du soleil et une pointe de romantisme dans la musique. L’un des sommets de l’album est d’ailleurs Thursday, jour béni d’une simple rencontre amoureuse sublimée à la fois par un chant sobre et par un superbe envol de six-cordes. On notera que cet album est le dernier sur lequel Bareth s’exprime en anglais, le chanteur ayant préféré retourner à sa langue maternelle sur les trois disques suivants (Piktors Verwandlungen, 1981 ; In Blau, 1982 et Neue Sterne, 1983). Si vous aimez votre prog plus alambiqué et novateur, passez outre celui-ci mais si le fait qu’il soit déguisé en rock FM ne vous dérange pas, Anyone’s Daughter reste une bonne affaire. [ Anyone's Daughter (CD) |
Triumvirat : Illusions On A Double Dimple (Harvest), Allemagne 1974 - Réédition CD remastérisé + 4 titres en bonus (EMI), 2002 | |
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![]() [ Illusions On A Double Dimple (CD & MP3) |
Subsignal : Beautiful & Monstrous (Golden Core / ZYX), Allemagne, 2009 | |
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Constitué en 2007 par le chanteur Arno Menses et le guitariste Markus Steffen comme uns simple projet satellite de Siege Even, Subsignal est rapidement devenu un groupe à part entière avec l’addition de trois nouveaux musiciens en 2008 et l’enregistrement de cet album au printemps 2009. Groupe atypique, Sieges Even n’avait pas vraiment convaincu malgré ses indéniables qualités: The Art Of Navigating By The Stars, dont on peut lire la chronique ailleurs dans ces pages, ainsi que Paramount restent certes des productions intéressantes mais aucune des deux ne présentaient les qualités requises pour mériter un quatre étoiles. Ceci explique peut-être la désintégration du groupe et la migration de ses deux principaux protagonistes vers de nouveaux horizons. Et il faut bien l’avouer : entre métal et symphonique, ce prog-ci a une sacrée allure. Par rapport à celle de Sieges Even, la musique bénéficie de la présence des claviers de David Bertok et ça fait une sacrée différence au plan des arrangements et des textures. Sinon c’est bien la six-cordes de Markus Steffen qui reste le principal moteur du quintet, creusant dans la masse sonore des riffs assassins ou enrichissant les mélodies de somptueux accords. La rythmique est puissante mais sans lourdeur avec une basse parfaitement mixée et un batteur qui sait faire cracher la poudre à coup de double grosse caisse mais aussi se faire discret si la musique le demande. Quand au chanteur Arno Menses, il est doté d’une voix claire qu’il maîtrise parfaitement et, par la magie du multipistes, il se double lui-même, superposant effets et choeurs en une démonstration technique époustouflante. Les mélodies sont souvent tellement belles (Walking With Ghosts, The Sea, I Go With The Wind) qu’elles laissent des traces rémanentes dans la mémoire. Difficile de catégoriser cette musique qui n’est ni du métal, ni du néo-prog, ni du rock symphonique. Poursuivant dans la lignée déjà indéfinissable de Sieges Even mais avec une amélioration sensible, Subsignal marque une percée dans un style versatile, moderne, novateur et dynamique que bien peu de groupes, mis à part Riverside ou Porcupine Tree, ont abordé avec autant de succès. En tout cas, Beautiful & Monstrous porte son titre comme un étendard claquant en première ligne du rock progressif européen. Recommandé. [ Subsignal Website ] [ Beautiful & Monstrous (CD & MP3) |
Lucifer’s Friend : Banquet (Vertigo), Allemagne, 1974 - Réédition CD (Repertoire), 2002 | |
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![]() [ Banquet (CD) |
Eloy : Time To Turn (Harvest) , Allemagne 1982 - Réédition CD (EMI), 2005 | |
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![]() ![]() [ Time To Turn (CD & MP3) |
Morphelia : Waken To The Nightmare (Vossphor Records), Allemagne 2009 | |
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![]() [ Morphelia Website ] |
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