Le Rock Progressif

Spécial Prog Allemand (non Krautrock)


Série IV - Volume 3 Volumes : [ 1 ] [ 2 ] [ 4 ] [ 5 ] [ 6 ] [ 7 ] [ 8 ] [ 9 ] [ 10 ]



A l’étranger, la musique progressive allemande est surtout connue sous le terme générique de « krautrock », un nom utilisé par les Anglais pour caractériser les groupes d'Allemagne de l'Ouest apparus au début des années 70. Terme à la limité péjoratif mais aussi dérivé d’un morceau d’Amon Düül I intitulé « Mama Düül und Ihre Sauerkrautband Spielt Auf », le krautrock se référait surtout à une musique, certes éclectique, mais mêlant généralement du rock, des sons expérimentaux et/ou contemporains et des oscillations électroniques produites par des synthés divers, sans parler des aspects politiques et contestataires souvent sous-jacents à la musique. Agitation Free, Ash Ra Tempel, Amon Düül I & II, Can, Faust, Klaus Schulze, Kraftwerk, Neu! et Tangerine Dream ont ainsi compté parmi les groupes les plus célèbres du krautrock.

Toutefois, le prog allemand ne se limite par à ce genre musical et il a aussi produit des orchestres de rock progressif plus traditionnels, s’inscrivant dans les codes mis au point en Grande-Bretagne par Genesis, Yes, King Crimson ou Emerson, Lake & Palmer. D’autres ont pris pour modèle des groupes de hard progressif, fort populaires en Allemagne, comme Uriah Heep ou Warhorse. D’autres encore ont adoptés le rock planant de Pink Floyd. Loin de n’être que des clones sans intérêt, ces orchestres allemands ont laissé derrière eux une quantité de disques intéressants bien que souvent passés inaperçus à l’époque. Le programme de rééditions entrepris par plusieurs labels spécialisés permet aujourd’hui de redécouvrir dans de bonnes conditions quelques uns de ces albums étonnants qui, depuis les années 70, sont devenus cultes et inaccessibles. En voici quelques uns assortis pour le plaisir de quelques productions récentes qui perpétuent la qualité du prog allemand non krautrock.



Birth Control : The Very Best Of (Columbia - Compilation), Allemagne 1990
Issu de la scène underground allemande, Birth Control ne manquait pas de potentiel au plan musical. Partant d’un hard rock psychédélique dominé par un orgue Harmmond, le groupe a évolué à partir de son second album (Operation, 1971) vers une approche plus progressive qui croît lentement dans les trois disques suivants (Hoodoo Man, 1972 ; Rebirth 1973 ; Plastic People, 1975) pour culminer sur Backdoor Possibilities paru en 1976. Si ce dernier album peut être considéré comme leur œuvre la plus complexe, à la fois jazz-rock et symphonique, il marque également la fin d’une période de grâce. A parti de Increase (1977), le groupe s’est dispersé dans des styles divers, tentant sans réussir de retrouver le relatif succès de ses débuts. En réalité, le problème avec Birth Control est qu’il a produit une série d’albums dont aucun n’est totalement convaincant mais dont la plupart contiennent d’excellents titres qui sortent de l'ordinaire. Alors, pourquoi ne pas essayer plutôt cette excellente compilation conçue par CBS qui retrace intelligemment l’histoire du groupe en offrant un échantillon de ce qu’il a enregistré de meilleur au cours de sa première période. Soulignons d’abord qu’elle ne contient aucun titre extrait de Backdoor Possibilities, ce dernier opus étant un concept album constitué de trois longues suites, il est de toute façon préférable de l’acquérir à part surtout qu’il a été réédité, avec deux titres en bonus, dans une nouvelle version CD remastérisée (Repertoire Records).

Extrait de Hoodoo Man, Gamma Ray est essentiellement une jam psyché intense dynamisée par une batterie nerveuse et habitée de longs solos d’orgue et de guitare. Son chant protestataire n’a certainement pas vieilli dans le contexte nucléaire actuel tandis que la musique, qui emprunte un peu aux Doors, à Atomic Rooster et à Uriah Heep, est une bombe (sans jeu de mots) qui explosait littéralement le public à chaque concert, d'où son statut de morceau culte. Du même album est aussi extrait Buy!, plus structuré et varié avec de chouettes solos de synthé et de guitare slide. On reste plus ou moins dans la même veine avec le disque suivant Rebirth dont sont extraits quatre morceaux, ce qui était sans doute nécessaire pour représenter la variété et la qualité du répertoire. Si She's Got Nothing On You rappelle encore Uriah Heep ou Deep Purple par son jumelage orgue / guitare, No Shade Is Real introduit déjà un côté jazz-rock qui sera développé plus tard tandis que M.P.C. est un court instrumental nostalgique composé par le nouveau claviériste Zeus B.Held. Mais la palme revient à Back From Hell et à son flamboyant solo de batterie ensemencé d effets électroniques. Le renforcement du département guitares par Dirk Steffens, nouvellement recruté, ajoute encore du piment aux parties instrumentales désormais mieux équilibrées entre orgue et guitares. Les quatre derniers morceaux proviennent de l’album Plastic People caractérisé par un premier vrai forage en terre plus progressive. On se rendra compte de l’évolution radicale du groupe sur le titre éponyme et, plus encore, sur My Mind, composition complexe caractérisée par un travail raffiné au plan des orchestrations. Ce Very Best Of Birth Control porte en définitive bien son nom sauf qu’il aurait été utile d’en fixer les limites en précisant la période concernée, à savoir de 1972 à 1975.

Pour la petite histoire, sachez que le groupe a choisi son patronyme en guise de protestation contre la lettre encyclique promulguée par le pape Paul VI en 1968 qui désapprouvait toute méthode artificielle de régulation des naissances, réaffirmant ainsi la position traditionnelle de l'Église catholique. On peut supposer que la pochette du disque Operation traduit également cette protestation puisque le Pape Paul VI y est représenté. Encore qu’il est bien difficile d’interpréter ce dessin surréaliste représentant une sauterelle géante avalant des bébés avec la bénédiction papale et laissant derrière elle des ossements, des enveloppes charnelles vides et des crosses. Pourtant, cette image devait être suffisamment intrigante puisqu'elle a été bannie dans la plupart des pays sauf en Allemagne. Ce disque a ainsi été édité à l’étranger avec des pochettes diverses jugées moins outrageantes mais pas forcément plus réussies. En tout cas, Birth Control avait de la suite dans les idées car leur premier LP affichait déjà une photo du groupe plaquée sur une boîte de pilules contraceptives.

[ Very Best Of Birth Control (CD) ] [ Backdoor Possibilities (CD & MP3) ] [ Operation (CD) ]

Grobschnitt : Rockpommel's Land (Brain ), Allemagne 1977 - Réédition CD (Repertoire), 1998
Malgré son patronyme imprononçable, qui signifie à peu de chose près « grossière coupure », ce groupe allemand constitué en 1970 a connu un certain succès à l’étranger qui s’explique en partie par le fait que ses textes étaient chantés en anglais. Sorti en 1977, leur quatrième album est en tout cas devenu culte chez les amateurs de rock progressif d’abord confondus par la pochette dessinée par Heinz Dofflein, sur une idée du claviériste Volker « Mits » Kahrs, dans le style de Roger Dean et, ensuite, accrochés par une musique symphonique où l’on retrouve des influences éparses de Yes, Nektar et Eloy. Le concept de l’album est celui d’un garçon perché sur un oiseau géant qui explore un univers imaginaire dans lequel il lutte contre des forces obscures qu’il finira par vaincre en ramenant des sourires sur les visages des enfants. Conte naïf certes, peut-être aussi métaphorique ou même parodique si l’on tient compte de l’humour parfois absurde affiché généralement par Grobschnitt (écouter les paroles à la fin de Severity Town pour en savoir plus), mais un conte quand même magnifiquement enrobé dans une musique qui parvient à lui donner une dimension épique à la Tolkien. Le chanteur Stefan « Wildschwein » Danielak, doté d’une voix haut perchée, vend ses textes avec suffisamment de présence et un soupçon de théâtre inhérent au genre. Les compositions sont variées et comprennent plusieurs sections aux climats divers sans pour autant que leur complexité ne prenne le pas sur leur cohérence. Bien que globalement agréable, le long morceau de 21 minutes intitulé Rockpommel's Land s’essouffle un peu dans sa partie instrumentale qui aurait gagné à être amputée d’au moins sept minutes si bien qu’on peut lui préférer Severity Town comme prétendant au meilleur titre des quatre plages du LP original. Introduction avec glockenspiel et piano, chant expressif, bruitages, solo de guitare atmosphérique, arrangement superbe des claviers, crescendo dramatique…, tout est là pour un beau moment de musique. Aussi lent qu’une ballade, Anywhere séduit par ses dentelles de guitare tandis que Ernie's Reise, qui ouvre l’album, a un côté envoûtant décrivant bien l’immersion du protagoniste dans son monde onirique et le début de son long voyage. Enregistré par le légendaire producteur Konrad Conny Plank (Kraftwerk, Eurythmics, Ash Ra Tempel, Ultravox…) dans son propre studio, le son est d’une clarté exemplaire avec une excellente séparation des instruments. La réédition en compact par Répertoire comprend un cinquième titre en bonus (Tontillon), en l’occurrence un instrumental, construit sur le même canevas que Severity Town, qui se développe lentement en une majestueuse improvisation avant de s'éteindre sur un tapis de clochettes. Si vous pensiez que, dans les seventies, les Teutons ne savaient que produire de l’électronique expérimentale, vous devriez sérieusement penser à réviser vos connaissances en commençant par écouter cet album.

[ Rockpommel's Land ]

Sylvan : Presets (ProgRock Records), Allemagne 2007
Par rapport à l’excellent Posthumous Silence paru en 2006, ce sixième album de Sylvan propose un néo-prog plus classique mais qui n’en est pas moins intéressant. C’est que ce groupe de Hambourg possède, en la personne de Marco Glühmann, un excellent chanteur capable de faire passer par sa voix tout un panel d’émotions. Et sur ce disque, c’est lui la vedette : son chant occupe tout l’espace, bien mis en valeur dans un écrin symphonique à base de guitares et de claviers. La musique y est souvent mélancolique, un peu comme celle de Marillion (période Steve Hogarth) dans Brave ou Marbles mais avec un éclat métallique en plus, extrêmement mélodique, sombre aussi à l’instar de la très belle pochette surréaliste réalisée par l’artiste Marko Heisig (déjà auteur également des livrets de Artificial Paradise, X-rayed et Encounters). On y voit une femme enracinée dans une terre dévastée sous un ciel de plomb : une image forte probablement liée au thème de When The Leaves Fall Down qui traite de notre planète polluée par ses habitants. L’album s’écoute d’une traite tant on est plongé dans une ambiance lancinante dont on n’a guère envie de s’extraire. Les compositions concises ne comprennent quasiment aucun solo, juste quelques notes de piano, de synthé ou de guitare qui se prolongent de temps en temps quand le chant s’interrompt. Seule pièce longue du répertoire (13 minutes), le dernier titre éponyme vient clôturer le disque en beauté : après un piano à la sonorité liquide en introduction et un chant traînant porté par une orchestration lumineuse, la rythmique emmenée par la basse grondante de Sebastian Harnack se met soudain en position de combat. On profite pleinement de ce fragment de puissance avant de retrouver la mélodie et de se laisser glisser vers une conclusion majestueuse assaisonnée d’un choeur féminin. Certains reprocheront à cet album une indéniable uniformité de ton ou une absence de risques mais le but de Sylvan était de proposer une facette différente, sobre, épurée et en fin de compte complémentaire au progressif complexe de Posthumous Silence. Dans les limites de cette étonnante réserve collective, l'objectif est pleinement atteint.

[ Presets (CD & MP3) ]

Neuschwanstein : Battlement (Racket), Allemagne 1978 - Réédition CD remastérisé (Musea), 1992
Ce disque paru en 1978 fut enregistré avec l’aide du batteur Hermann Rarebell des Scorpions qui joue d’ailleurs sur un titre (Loafer Jack). Mais qui se souvient du LP initial sorti confidentiellement sur un label indépendant ? Et qui prêterait aujourd’hui attention à un groupe avec un patronyme aussi ringard ? D’autant plus que le château en ruine de la pochette n’a rien à voir avec celui féérique construit dans l'Allgäu au XIXe siècle sous l’impulsion de Louis II de Bavière. Et pourtant, le revoilà disponible en CD dans une version remixée par le guitariste du groupe, Roger Weiler, et éditée par le label Musea, spécialisé dans la distribution de raretés progressives collectées à travers le temps et l’espace. La remastérisation est impressionnante car, s'il m'est difficile de juger du mixage original sur vinyle que je ne n'ai jamais entendu, le son ici est clair et correspond davantage aux standards actuels qu’à ceux plus brouillons des seventies. Le premier titre, Loafer Jack, est de loin le meilleur titre de Battlement : plus concis, avec une mélodie folk irrésistible et une combinaison mellotron / synthés / guitares acoustiques très efficace, ce petit conte se distingue aussi par un solo de flûte médiéval qui revient de façon récurrente et lui donne tout son sel. Le reste est plus conforme au prog symphonique d’un Genesis, d'autant plus que le chanteur Frédéric Joos a un timbre de voix qui fait parfois penser à Peter Gabriel. Toutefois, Neuschwanstein n’est pas pour autant une copie conforme de son modèle : ses compositions sont plus simples et parfois plus rock quand l’orchestre s’emballe comme sur Intruders And The Punishment ou sur l'instrumental Zartlicher Abschied tandis que le flûtiste Klaus Mayer, très présent sur certains titres, ajoute encore à la différence. Mais globalement, on reste quand même dans le référentiel Trespass / Nursery Cryme / Foxtrot. On comprend qu’en 1978, année de parution des premiers albums de Van Halen, Police et Dire Straits au cours de laquelle l’intérêt pour le rock progressif symphonique s’est réduit à une peau de chagrin, Neuschwanstein n’avait aucune chance de survie. Le groupe a donc disparu sans rien laisser dans l'histoire sinon ce legs musical, désormais préservé sous forme digitale, qui vaut bien la peine d’être écouté.

[ Battlement (Musea CD & MP3) ]

Anyone’s Daughter (Spiegelei), Allemagne 1980 - Réédition CD (Music Is Intelligence WMMS 027), 1993
Après Adonis sorti en 1979 et sa suite épique du même nom d’une durée de 24 minutes, le second disque éponyme de Anyone’s Daughter, groupe fondé à Stuttgart en 1972, se concentre sur des chansons plus simples et concises, ciblant ainsi un public plus large. A l’aube des années 80, le néo-prog n’a pas encore été inventé et le prog symphonique classique a quasiment disparu du paysage musical. Entre ces deux sous-genres, Anyone’s Daughter propose un album de rock mélodique, peuplé de claviers et de guitares à la manière d’Asia, qui garde toutefois une sophistication suffisante pour ne pas verser complètement dans le style A.O.R. En fait, si cette production n’a pas trop pris de rides aujourd’hui, c’est en raison de la qualité des compositions qui confirme le vieil adage que « quand une musique est bonne, elle est intemporelle ». Que ce soit la superbe ballade Enlightment, le rock enlevé de Moria avec son texte épique ou Another Day Like Superman et ses solos de haut vol, tous les titres ont du caractère. L’entente est grande entre le guitariste Uwe Karpa et le claviériste Matthias Ulmer (qui joue essentiellement du piano Fender Rhodes et du Minimoog) comme on pourra en juger sur Between The Rooms, une composition atmosphérique sur laquelle les deux musiciens se complètent non seulement en termes de solos mais aussi pour tisser une trame sonore aussi douce et chaude qu'une couette en plumes d'oie. Quand au chanteur Harald Bareth, il est doté d’une voix naturellement suave qui ajoute du soleil et une pointe de romantisme dans la musique. L’un des sommets de l’album est d’ailleurs Thursday, jour béni d’une simple rencontre amoureuse sublimée à la fois par un chant sobre et par un superbe envol de six-cordes. On notera que cet album est le dernier sur lequel Bareth s’exprime en anglais, le chanteur ayant préféré retourner à sa langue maternelle sur les trois disques suivants (Piktors Verwandlungen, 1981 ; In Blau, 1982 et Neue Sterne, 1983). Si vous aimez votre prog plus alambiqué et novateur, passez outre celui-ci mais si le fait qu’il soit déguisé en rock FM ne vous dérange pas, Anyone’s Daughter reste une bonne affaire.

[ Anyone's Daughter (CD) ]

Triumvirat : Illusions On A Double Dimple (Harvest), Allemagne 1974 - Réédition CD remastérisé + 4 titres en bonus (EMI), 2002
Dans l’histoire du rock progressif, les groupes jouant dans le même style que The Nice ou Emerson, Lake & Palmer sont rares. La raison en est très simple : c’est que des virtuoses du clavier comme Keith Emerson, capables de jouer un peu de tout avec la plus grande dextérité et un grain de folie, sont extrêmement rares. En fait, à part le groupe suédois Pär Lindh Project, l’ensemble italien Il Rovescio Della Medaglia et Triumvirat, il n’y a guère de prétendant sérieux pour ce sous-genre musical. Dans le cas de Triumvirat, le sorcier des claviers s’appelle Hans-Jurgen Fritz et lui aussi joue en trio avec Hans Bathelt à la batterie et Helmut Kölen à la basse et au chant. Si en concert, il arrivait au trio de reprendre quelques morceaux célèbres des Nice (Rondo entre autre), en studio par contre, Triumvirat composait une musique originale qui ne manque pas d’attrait. Illusions On A Double Dimple (1974) et Spartacus (1975) sont généralement considérés comme leurs meilleurs disques bien qu’ils soient assez différents. Si Spartacus, consacré au célèbre gladiateur rebelle, est plus pompeux de par son sujet épique, Illusions On A Double Dimple apparaît plus subtil et en définitive plus pop-rock que son successeur. Constitué de deux longues suites dépassant les vingt minutes, l'abum ofre une multitude de thèmes mélodieux souvent propices à des cavlcades de claviers (essentiellement de l’orgue Hammond, du Moog et du piano acoustique ou électrique) qui ne sont ni complaisantes ni vraiment spectaculaires non plus. La plupart des sections sont instrumentales, ce qui est de loin préférable car, à l’instar de Lee Jackson des Nice, Kölen n’a pas une voix mémorable sans parler du fait qu’il chante avec un accent allemand prononcé. La musique, elle, n’a ni la puissance de feu ni le lustre d’ELP, ni le côté expérimental un peu brouillon de Nice. Elle se situe quelque part entre les deux, évoquant parfois Tarkus et parfois Hang On To A Dream, pour un résultat finalement plus mainstream. La réédition en compact chez EMI inclut quatre titres en bonus autrefois édités en 45 tours mais vaut surtout pour sa remastérisation mettant bien en valeur des arrangements qui comprennent aussi des choeurs, une section de cuivres, un saxophoniste et l'orchestre "Opera House" de Cologne. Rien d'innovant ici mais pour les fans de Nice et d'ELP qui en ont assez de passer les mêmes disques en boucle, Illusions On A Double Dimple peut faire diversion quelque temps.

[ Illusions On A Double Dimple (CD & MP3) ]

Subsignal : Beautiful & Monstrous (Golden Core / ZYX), Allemagne, 2009
Constitué en 2007 par le chanteur Arno Menses et le guitariste Markus Steffen comme uns simple projet satellite de Siege Even, Subsignal est rapidement devenu un groupe à part entière avec l’addition de trois nouveaux musiciens en 2008 et l’enregistrement de cet album au printemps 2009. Groupe atypique, Sieges Even n’avait pas vraiment convaincu malgré ses indéniables qualités: The Art Of Navigating By The Stars, dont on peut lire la chronique ailleurs dans ces pages, ainsi que Paramount restent certes des productions intéressantes mais aucune des deux ne présentaient les qualités requises pour mériter un quatre étoiles. Ceci explique peut-être la désintégration du groupe et la migration de ses deux principaux protagonistes vers de nouveaux horizons. Et il faut bien l’avouer : entre métal et symphonique, ce prog-ci a une sacrée allure. Par rapport à celle de Sieges Even, la musique bénéficie de la présence des claviers de David Bertok et ça fait une sacrée différence au plan des arrangements et des textures. Sinon c’est bien la six-cordes de Markus Steffen qui reste le principal moteur du quintet, creusant dans la masse sonore des riffs assassins ou enrichissant les mélodies de somptueux accords. La rythmique est puissante mais sans lourdeur avec une basse parfaitement mixée et un batteur qui sait faire cracher la poudre à coup de double grosse caisse mais aussi se faire discret si la musique le demande. Quand au chanteur Arno Menses, il est doté d’une voix claire qu’il maîtrise parfaitement et, par la magie du multipistes, il se double lui-même, superposant effets et choeurs en une démonstration technique époustouflante. Les mélodies sont souvent tellement belles (Walking With Ghosts, The Sea, I Go With The Wind) qu’elles laissent des traces rémanentes dans la mémoire. Difficile de catégoriser cette musique qui n’est ni du métal, ni du néo-prog, ni du rock symphonique. Poursuivant dans la lignée déjà indéfinissable de Sieges Even mais avec une amélioration sensible, Subsignal marque une percée dans un style versatile, moderne, novateur et dynamique que bien peu de groupes, mis à part Riverside ou Porcupine Tree, ont abordé avec autant de succès. En tout cas, Beautiful & Monstrous porte son titre comme un étendard claquant en première ligne du rock progressif européen. Recommandé.

[ Subsignal Website ] [ Beautiful & Monstrous (CD & MP3) ]

Lucifer’s Friend : Banquet (Vertigo), Allemagne, 1974 - Réédition CD (Repertoire), 2002
Encore un bon album ! Même si le groupe, lui, n’a pas eu le succès escompté probablement à cause de son incapacité à trouver une niche et de s’y tenir. Depuis le premier disque éponyme paru en 1970, dans le genre hard à la Black Sabbath, en passant par le rock classique de I'm Just A Rock & Roll Singer (1973) et jusqu’à l’approche plus commerciale de Good Time Warrior en 1978) et au-delà, Lucifer’s Friend a changé continuellement de style. Si bien que les amateurs de progressif pourront se limiter à Where The Groupies Killed The Blues (1972), plus expérimental et psychédélique, et à cet excellent Banquet qui, contrairement à ce que sa pochette pourrait laisser penser, n’est pas un album de hard médiéval ou satanique mais bien un formidable disque de rock-jazz cuivré comparable, dans la forme et en qualité, aux premiers opus de Chicago. Quand Lucifer’s Friend déchaîne les enfers, ça pulse un maximum surtout que le quintet à fait appel à un orchestre de trente musiciens avec des sections de cuivres rutilants qui claquent tous azimut. Toutefois, les compositions sont aussi agencées pour ne pas lasser, avec des passages plus aérés au piano et des improvisations de haut vol à la guitare (Peter Hesslein) et au piano électrique (Peter Hecht). Les deux longs titres, Spanish Galleon et Sorrow, qui dépassent les onze minutes, sont d'ailleurs, à cet égard, deux sommets du genre : rythmique efficace (écoutez-là sur la section instrumentale de Spanish Galleon à partir de la neuvième minute : elle peut rivaliser avec celle de Santana ), mélodies lyriques, arrangements impeccables et chorus enflammés. Rares sont les longues compositions comme celles-là qui affichent une telle fougue associée à une respiration aussi élégante. Evidemment, le succès d’une telle entreprise orchestrale dépend largement de la voix et de la compétence du chanteur. Pas de souci dans ce cas, puisque le département vocal est tenu par John Lawton, un Anglais pure souche doté d’un organe plein de vigueur, forgé pour le blues et le hard. Il sera d’ailleurs plus tard recruté, en remplacement de David Byron, par Uriah Heep de 1977 à octobre 1979 avec qui il enregistra les albums Firefly, Innocent Victim et Fallen Angel. Dans la formule pas si commune qu'est le rock-jazz cuivré, ce disque plein de verve et de fraîcheur vous en mettra plein les oreilles.

[ Banquet (CD) ]

Eloy : Time To Turn (Harvest) , Allemagne 1982 - Réédition CD (EMI), 2005
Au départ, Time To Turn devait être le second disque d’un double album mais le label Harvest étant opposé à cette idée, Eloy fut contraint de sortir dans la foulée deux disques séparés : Planets en 1981 et Time To Turn en 1982. Le line-up est resté le même que sur Planets sauf Fritz Randow qui est revenu derrière les fûts à la place de Jim McGillivray. Par rapport aux productions plus anciennes, ce disque apparaît davantage ancré dans les années 80 : la guitare électrique y est moins apparente, laissant une place plus proéminente aux synthés dont le son a évolué. Ce dernier, plus froid et moderne, est en effet marqué par l’utilisation, en plus du Minimoog et du piano électrique Hohner Clavinet, de synthés polyphoniques genre Prophet. Mais les mélodies sont toujours agréables avec un côté « space music » très apparent. Aucune surprise dans le fait que les compositions s’appellent Through A Somber Galaxy, Behind The Walls Of Imagination ou End Of An Odyssey : elles donnent bien l’impression d’un voyage musical au cœur d’une marée d’étoiles. Et si on a souvent, à juste titre, cité Pink Floyd comme référence pour décrire la musique d’Eloy, Frank Bornemann et les siens s'en écartent ici plus que de coutume avec des compositions beaucoup plus simples et basiques que celles du Floyd. Le chant de Hornemann a toujours cet accent allemand qui heurtera comme d’habitude les Anglais pure souche mais qui ne troubleront pas les autres fans habitués depuis longtemps à cette caractéristique du groupe. Car ce qui compte, c’est bien que les synthés frissonnent et que les notes de guitare s’envolent comme des lâchers de ballons. Grâce à un minutage plus court et à des choeurs féminins lui procurant un côté pop, la chanson Time To Turn sera programmée en radio, accroissant la réputation du groupe à l’étranger. En Angleterre notamment où le label Heavy Metal Records éditera même, avec un succès relatif, Planets et Time To Turn avec de nouvelles et superbes pochettes dessinées par le grand Rodney Matthews (Asia, Magnum) - bien que les dessins des LP originaux, réalisés par l’artiste allemand Winfried Reinbacher, étaient aussi très réussis en plus d’être plus représentatifs des thèmes cosmiques abordés (le lien avec le film « 2001, L'Odyssée de l'Espace » est plus qu’évident). Album de transition comme son prédécesseur, Time To Turn est le dernier grand disque d’Eloy, du moins avant son retour à la fin des années 90 pour une séquelle à Ocean (1977) intitulée Ocean 2: The Answer qui retrouvait un peu de l’ancienne magie.

[ Time To Turn (CD & MP3) ] [ Planets (CD & MP3) ]

Morphelia : Waken To The Nightmare (Vossphor Records), Allemagne 2009
Waken To The Nightmare est un production imposante qui vous tiendra occupé des soirées entières, voire des semaines. Un double album conceptuel offrant près de deux heures d’une musique néo-prog enrobant un texte à propos d'un cauchemar tenace vécu dans sa jeunesse par le chanteur Kurt Stwrtetschka. Après leur premier opus, Prognocircus, sorti en 2003, il aura fallu au groupe allemand près de six années pour en venir à bout mais le résultat est finalement bien plus crédible que celui de son décevant prédécesseur. Le premier compact est composé de chansons plus concises, dans un genre néo-prog comparable à celui d’Arena, du premier Marillion et du Pendragon des années 90. Des bruitages, comme le chant des oiseaux sur Walking In The Park ou des aboiements sur Hunt In The Hall, renforcent le côté cinématographique du concept tandis qu’un peu de métal vient parfois épicer les mélodies (Hunt In The Hall, Never Ending Steps, 365 Windows). Le chanteur a un accent bizarre qui, bien qu’allemand, évoque celui de Nick Barrett (Pendragon) sans que cela soit pour autant désagréable. Moins conventionnel que le premier, le second compact ne comprend que quatre titres dont deux longues compositions laissant présager d'autres horizons. Mais malgré l’introduction planante de The End Is The Beginning Of The End qui combine les synthés cosmiques d’un Klaus Schulze et une guitare atmosphérique à la Pink Floyd (genre Shine On You Crazy Diamond), la musique s’essouffle sur la durée et s’enlise dans une monotonie qui n’arrive pas à retenir l’attention de l’auditeur. On se rend compte à l’écoute de ces morceaux ambitieux qu’il n’est pas si simple de composer des pièces épiques prenantes comme, par exemple, The Light (Spock's Beard), Harvest Of Souls (IQ - Dark Matter), Atom Heart Mother (Pink Floyd) ou Stranger in Your Soul (Transatlantic - Bridge Across Forever). Par contre, beaucoup plus réussi apparaît Imaginos (A Taste Of Evil) qui ouvre ce second compact avec un orgue d’église installant une atmosphère gothique fort bien rendue, ce qui prouve que ce quintet a assez de carburant pour atteindre les objectifs qui sont à sa portée. Accompagné d’un beau livret et fort bien produit, Waken To The Nightmare reste certes une oeuvre inégale (un seul compact aurait été parfait), mais si vous appréciez le néo-prog mélodique des années 80 et 90, vous pouvez quand même les essayer.

[ Morphelia Website ]


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