Le Rock Progressif

Spécial Rock Progressif Italien


Série III - Volume 6 Volumes : [ 1 ] [ 2 ] [ 3 ] [ 4 ] [ 5 ] [ 7 ] [ 8 ] [ 9 ] [ 10 ]

Le Orme : Uomo Di Pezza (Philips), Italie 1972 - Réédition CD (Universal/Polygram), 1987 - CD remastérisé (Universal Japan), 2001
Le Orme commença sa carrière discographique par un 45 tours en 1968 et, en 1969, par un premier LP de pop psychédélique nommé Ad Gloriam qui ne laissait rien entrevoir de ce qui allait se passer plus tard. Sorti en 1971, Collage fut pour beaucoup une révélation et probablement le premier opus de la grande saga du rock progressif italien. Les percées novatrices de groupes britanniques comme Genesis, King Crimson ou Van Der Graaf Generator avaient enfin atteint une Italie en proie au changement et, sur le plan culturel, jusqu'ici fermement ancrée à la fois dans la chanson populaire et dans la musique classique, deux univers musicaux distincts et non perméables. En mélangeant jazz improvisé, folklore italien, musique baroque et rock psyché, Le Orme venait de faire sauter un verrou, ouvrant la porte à l'âge d'or de la musique italienne moderne et à des albums aussi importants que Storia Di Un Minuto de Premiata Forneria Marconi ou Banco Del Mutuo Soccorso. Mais ce sera leur LP suivant, Uomo Di Pezza, qui révèlera pleinement leur génie. En 32 minutes et dix plages, Le Orme expose sa vision d'une synthèse musicale complexe qui prévaudra dans les années à venir. Dans Una Dolcezza Nuova qui ouvre le répertoire, Toni Pagliuca organise le trio autour de ses multiples claviers : intro en forme de fugue sur un orgue d'église, explosion rythmique, piano romantique, chant en italien mélancolique et mélodie languissante qui s'effiloche jusqu'au bout de la composition. L'influence des cousins du Nord reste patente comme sur Figure Di Cartone, où l'on reconnaît les éruptions de Moog caractéristiques du Lucky Man d'Emerson Lake & Palmer, ou sur Alienazione, un titre plus expérimental qui évoque encore par moments un ELP en plein délire créatif. La Porta Chiusa est un des grands moments de cet album avec de fantastiques sections d'orgue Hammond alternant dans une série de breaks avec une voix angélique. Et il y a même un morceau calibré pour monter dans les charts italiens : le baroque Gioco Di Bimba qui emprunte au folklore local avec ses flûtes et son clavinet et que Philips sortira en simple couplé avec Figure Di Cartone en face B. La sonorité du trio est imposante et, une fois n'est pas coutume, la production est superbe avec une séparation efficace des canaux. A égalité avec Felona & Sorona qui lui succèdera en 1973, Uomo Di Pezza trône non seulement au sommet de la discographie de Le Orme mais il a également sa place au panthéon universel de la musique progressive, toutes origines et catégories confondues. Recommandé !

[ Le Orme Website ] [ Uomo Di Pezza (CD & MP3) ]

Area : Arbeit Macht Frei (Cramps Records), Italie 1973 - Réédition CD (Cramps CRSCD 001), 2009
Dans le petit monde du progressif Italien, Area occupe une place à part. Indéfectiblement lié à l'aile gauche la plus radicale de la politique locale, le groupe affichait son idéologie dans ses textes et même sur ses pochettes, allant jusqu'à y placer des symboles révolutionnaires comme la faucille et le marteau sans parler d'une reproduction en carton d'un revolver P.38 qui, à l'époque, fit couler beaucoup d'encre (le revolver fut d'ailleurs enlevé dans les éditions ultérieures de leur premier LP). Le chanteur Demetrio Stratos justifiait la violence de sa musique par la violence des rues et allait jusqu'à vilipender des groupes comme PFM à ses yeux trop conformistes et pas suffisamment engagés. Quant au nom de leur premier album, Albeit Macht Frei (le Travail engendre la liberté), il est repris littéralement de l'inscription qui figurait sur la porte d'entrée du camp de concentration d'Auschwitz. Toutefois, le succès du groupe ne s'expliquait pas seulement par leur attitude engagée ni par leur aura « socialiste » propre à fédérer une partie de la jeunesse italienne : il résultait aussi d'une approche musicale originale et ambitieuse. Intégrant les expériences libertaires d'un Henry Cow avec le groove psyché d'un Soft Machine, Area savait distiller une fusion intense, faire un détour par l'expérimentation RIO (Rock In Opposition) ou infuser dans ses compositions des parfums orientaux (Stratos fut élevé en Egypte), le tout avec une classe indescriptible. Le premier titre, Luglio, Agosto, Settembre (Nero), débute par un texte poétique en arabe appelant à la paix mais après, la pression mise par le quintet est intense. Initialement, le groupe était constitué de musiciens d'origine diverse : grecque pour le chanteur Demetrio Stratos, française pour le bassiste Patrick Djivas, belge pour le saxophoniste Victor Busnello et italienne pour Paolo Tofani (guitare), Patrizio Fariselli (claviers) et Giulio Capiozzo (batterie). Chacun d'eux apporta sa pierre à l'édification d'un album qui, après plus de trente-cinq années, n'a pas pris une seule ride. En plus, les arrangements sont conçus avec une telle précision, et les improvisations jouées avec une telle virtuosité, que la musique, en dépit de sa complexité, reste toujours captivante. Attention ! Les disques d'Area varient fortement et si Crac!, leur troisième opus paru en 1975, est un autre classique aussi recommandable que le premier, Caution Radiation Area (1974) est à réserver à un public plus avant-gardiste tandis que Maledetti (1976), avec le saxophoniste Steve Lacy en invité, marque un tournant vers un jazz ouvert plus affirmé. La carrière du groupe s'est arrêtée en 1979 avec la mort de leur chanteur extraordinaire, Demetrio Stratos, diagnostiqué d'une anémie. Devenu l'objet d'un véritable culte, c'était bien lui l'esprit et le coeur du plus imprévisible des combos italiens.

[ Arbeit Macht Frei ]

Alphataurus (Magma MAGL 18001 / LP), Italie 1973 - Réédition en CD : (Vinyl Magic VM CD 051), 1995
Encore un de ces groupes obscurs surgis d'une Italie culturellement et politiquement bouillonnante en cette année 1973 et qui, on ne sait trop comment, ont réussi à décrocher un contrat d'enregistrement. Paru sur le label Milan, leur unique LP est aujourd'hui devenu une pièce rare avidement convoitée par les collectionneurs à cause de sa très belle pochette, entre fantasy et SF, qui se déplie sur trois volets. Mais la musique du groupe vaut aussi le détour. Extrêmement contrastée, elle est le mieux mise en valeur dans la longue suite qui débute l'album. L'intro de Peccato D'Orgoglio est menaçante, avec un synthé imitant le bruit d'un bombardier, avant de morpher en une superbe ballade avec accompagnement de guitares acoustiques. Michele Bavaro, qui chante en italien, a juste temps de charmer par sa voix puissante et son expressivité latine et voilà que soudain, les claviers prennent le dessus tandis que le tempo s'accélère avec l'explosion d'une rythmique rock lancinante survolée par l'orgue juteux de Pietro Pellegrini. Les breaks de claviers et de basse se succèdent et on succombe ensuite au syndrome Uriah Heap avec un hard rock progressif de haute volée où brillent orgue analogique et guitares électriques. Grand moment de progressif où les influences patentes des cousins britanniques sont digérées en une approche personnelle qui témoigne de l'art si particulier du progressif italien au coeur de son âge d'or. Rien à jeter dans les quatre autres titres tout autant inspirés, des rythmes heavy à la Black Sabbath de Dopo L'Uragano jusqu'au ample Croma, un instrumental d'inspiration baroque, en passant par La Mente Vola, superbement orchestré et sublimé par de courts mais efficaces solos de Moog et de vibraphone interprétés par Pietro Pellegrini. Malheureusement, cette année 1973 a produit une telle pléthore de disques qu'il fut impossible au marché italien de tous les absorber. Alphatarus, qui resta largement méconnu, fit pourtant une autre tentative en studio avant son éclatement mais le chanteur Michele Bavaro n'eut pas le temps d'enregistrer les vocaux. Du coup, uniquement instrumentales, les bandes sont restées dans les placards pour n'en être exhumées que vingt ans plus tard par le label Mellow Records sous le nom de Dietro L'Uragano. Le disque donne une idée de là où le groupe voulait aller mais n'en reste pas moins une ébauche qui n'intéressera que les complétistes. Quand au premier LP, il existe des rééditions coréennes et japonaises mais elle sont aussi difficiles à trouver que le 33 tours original si bien que le maître achat reste la sortie en CD de 1995 par Vinyl Magic qui a eu la bonne idée de reproduire en mini format cartonné la fameuse pochette en trois volets. Ainsi habillé pour l'éternité, Alphataurus est incontestablement l'une des sept merveilles de toute collection de « progressivo italiano » digne de ce nom.

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Semiramis : Dedicato A Frazz (Trident TRI 1004 / LP), Italie 1973 - Réédition en CD : (Vinyl Magic VM 007), 1989 & (BTF/Trident TRI 1004), 2006
Sous cette pochette surréaliste vraiment bizarre conçue par le peintre anglais Gordon Faggetter, se cache l'unique album d'un obscur groupe italien du début des seventies. Fondé à Rome en 1970 par le claviériste Maurizio Zarrillo, Semiramis (d'après le nom de la légendaire reine babylonienne à l'origine des célèbres jardins suspendus) doit beaucoup de son punch unique à son très jeune chanteur guitariste Michelle Zarrillo (16 ans à l'époque de cet enregistrement et déjà un talent hors du commun) qui procure parfois à la musique un côté agressif, voire hard-rock, plus prononcé que chez ses compatriotes de PFM, Le Orme et autres Banco. Mais qu'on ne s'y trompe pas, Dedicato A Frazz est un vrai disque de rock symphonique avec ses deux claviéristes qui enrobent la musique et les textes chantés en italien dans des nappes d'orgue et de synthés divers. Plutôt que d'utiliser un Moog, Maurizio Zarrillo, le frère du chanteur, avait recours à un Davoli : un petit synthé analogique ultra simple, d'origine italienne, qui donne parfois un côté « cheap » aux accompagnements. En dépit de cette limitation et d'une production médiocre, Dedicato A Frazz arrive à convaincre par ses compositions contrastées, ses arrangements élaborés, ses riffs acérés d'orgue Hammond et de guitare et par une approche éclectique alternant rock classique, folk pastoral et baroque enjoué en un maelström musical des plus extravagants. Cette musique fantasque, qui aurait pu être composée par un Zappa romain, bénéficie encore de la présence du batteur Paolo Faenza qui délaissait à l'occasion ses fûts pour un vibraphone, un instrument rarement utilisé dans le rock. Il n'est pas difficile de comprendre pourquoi ce disque est resté dans les mémoires des amateurs comme un jalon, certes imparfait mais essentiel, du rock progressif italien. Mais, comme la plupart des groupes comprenant un petit prodige parmi leurs membres, Semiramis fut soumis à des contraintes diverses qui le forceront à l'éclatement avant l'enregistrement d'un second album auquel il avait pourtant déjà travaillé. La réédition remastérisée de Dedicato A Frazz par BTF / Trident en 2006 est un objet de luxe doté d'une pochette en carton, sous la forme d'un mini-LP, reproduisant celle du LP original. Franchement, si vous pouvez mettre la main dessus, mieux vaut ne pas s'en priver !

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Dedalus (Trident TRI 1001 - LP), Italie (1973) - réédition en CD : (Vynil Magic), 1989 & (BTF/Trident TRI 1001 CD), 2009
Originaire de Pignerol, une petite cité italienne du Piémont, ce quartet jouait une musique inspirée aussi bien par le jazz-rock que par certains compositeurs contemporains comme Webern ou Stockhausen. Loin d'être de simples amateurs, ils réussirent en 1973 à enregistrer, aux studios Regson de Milan, un LP éponyme entièrement instrumental qui surprend par sa maturité et sa vision originale. Fiorenzo Banansome aux claviers et surtout les frères Di Castri, Marco aux guitares et au sax ténor et Furio à la basse, maîtrisent leurs instruments respectifs et sont parfaitement à l'aise dans les grooves jazzy comme dans les parties plus expérimentales qui cohabitent souvent au sein d'un même morceau : écoutez Santiago par exemple avec son introduction psyché suivie après deux minutes d'une section jazz avec sax et piano électrique, elle-même évoluant à mi-chemin vers des séquences avant-gardistes. Intéressé par la musique concrète vers laquelle il reviendra plus tard, Bonansone y joue aussi du violoncelle dont il tire des effets hypnotiques surprenants. Cette première plage est suivie de Leda et de Conn, deux titres à la fois plus courts et plus aériens, dotés de structures lâches sur lesquelles les instruments s'envolent librement. Beaucoup plus fusionnel apparaît « C.T.6. », une plage de quatorze minutes qui donne un aperçu convaincant non seulement des capacités techniques du guitariste Marco Di Castri mais aussi de celles de son frère dont les parties de basse sont époustouflantes. L'album se termine sur Brilla, très réussi également, avec son solo de violoncelle électrique rappelant ceux du violoniste Jean-Luc Ponty. Adopté par les radios italiennes, moins frileuses à l'époque qu'elles ne le sont aujourd'hui, Dedalus rencontra un certain succès auprès des amateurs, ce qui lui permettra d'enregistrer - sans Furio Di Castri parti s'intégrer dans le circuit du jazz italien - un autre album en 1974 (Materiale Per Tre Esecutori E Nastro Magnetico) plus électronique et expérimental et, en fin de compte, beaucoup moins intéressant que celui-ci. Ceux qui apprécient les premiers disques psychés et expérimentaux de Soft Machine ainsi que le jazz-rock anglais de Nucleus peuvent tenter l'écoute de ce court album de 37 minutes : ils en seront probablement ravis.

A noter que BTF/Trident a également ressorti en 2001 les deux LP de 1973 et 1974 (Dedalus et Materiale Per Tre Esecutori E Nastro Magnetico) sur un compact unique portant la même référence BTF/Trident (TRI 1001 CD). Pour faire simple, cette compilation est dotée de la pochette du premier LP (Dedalus) mais porte le titre du second : Materiale Per Tre Esecutori E Nastro Magnetico !!!

[ Dedalus ] [ Dedalus sur le label BFT ] [ Materiale Per Tre... sur Amazon.fr ]

Ricordi d'Infanzia : Io Uomo (Cetra LPP 227), Italie (1973) - Réédition CD (Warner Fonit), 1993
Originaire de Brianza en Lombardie, Ricordi D'infanzia a existé entre 1972 et 1976 mais n'a enregistré qu'un unique LP en 1973. Avec des titres en italien aussi parlants que Caos, Creazione ou L'Eden …, on imagine aisément que Io Uomo est un album conceptuel dont le thème est la création de l'humanité. Pas aussi progressif que leurs compatriotes de Le Orme, Banco ou Premiata Forneria Marconi, ce quintet joue une musique moins complexe et de naure plus hard, qui évoque d'abord Uriah Heep, les orchestrations de choeurs en moins et, dans une moindre mesure, Atomic Rooster. La vedette de cet album est en effet un orgue (joué par Maurizio Vergani) qui s'octroie quelques courts solos mais se complaît le reste du temps dans un groove torride sur lequel viennent se greffer la voix typée du chanteur et des soli de guitare hard. Un titre comme Morire O Non Morire par exempe, par son rythme binaire appuyé et ses riffs d'orgue, rappelle instantanément le fameux Gypsy du Heep (Very ‘Eavy, Very ‘Umble) tandis que certaines introductions comme celle de L'Eden évoqueront tout aussi bien le groupe de Mike Box et de Ken Hensley. Ceci dit, Ricordi D'infanzia appartient quand même à l'école du rock progressif italien : les mélodies chantantes, quelques passages plus complexes et la voix chaude d' Emilio Mondeli évitent à ce combo de n'être qu'une bande de simples plagiaires. Comme la double pochette du LP initial ne comprenait aucun détail sur les musiciens, Ricordi D'infanzia est resté une énigme et beaucoup ont supposé qu'il s'agissait d'une meute de musiciens de studio. Leur disque très court (moins de 33 minutes) est passé dans le ciel italien comme un météore sans que personne ne le remarque et il n'a été réédité en compact que très confidentiellement avec une pochette en carton reproduisant en mini-format celle du LP original. Sans être une merveille oubliée du progressif italien (il y en a beaucoup d'autres à acquérir avant celui-ci), Io Uomo s'écoute pourtant sans déplaisir surtout si l'on est fan de la rugissante sonorité vintage du célèbre Hammond B3.

[ Ricordi D'Infanzia ]

Picchio Dal Pozzo (Grog GRL 03), Italie 1976 - Réédition CD (Vinyl Magic VM 067, 2001), (King – Japon) et (SiWan – Corée, 2005)
Dans les seventies, le progressif italien ne se limitait pas qu'aux groupes de rock symphonique. Constitué à Gênes en 1973, ce quartet composé de Aldo De Scalzi (claviers) Andrea Beccari (basse), Paolo Griguolo (guitare) et Giorgio Karaghiosoff (percussions) enregistra son premier disque trois années plus tard, l'affubla d'une jolie pochette dessinée par Heinrich Ellermann dans un style médiéval naïf et devint illico le premier représentant latin d'une école musicale née en Grande-Bretagne et connue sous le nom de « Canterbury Rock ». Dédié à Roberto Viatti (une italianisation de Robert Wyatt), l'album n'est pourtant pas qu'un simple fac-similé des Soft Machine ou autres Caravan. Marqué aussi bien par un humour décapant, évoquant à travers des bruitages incongrus celui de Frank Zappa, que par une attirance pour les ambiances cosmiques de Gong, Picchio Dal Pozzo ne fait pas l'impasse sur l'indispensable légèreté qui procure à sa musique la couleur italienne attendue. Si le jazz fait partie intégrante de leur approche comme le montrent les solos de piano électrique sur Cocomelastico, on entend bien plus souvent des arrangements fort élaborés composant une texture orchestrale aérienne et subtile d'où surgissent occasionnellement des instruments divers comme un saxophone, une flûte ou un xylophone (tous joués par une kyrielle de musiciens invités). Légèrement psychédélique mais sans aucun cliché, la musique à un côté délicat et mystérieux qui en rend l'écoute facile et agréable. On pense parfois à l'indispensable Rock Bottom de Robert Wyatt ou à Hatfield And The North mais, encore une fois, ces influences assumées sont digérées dans une approche ouverte, ironique et finalement très originale. Qu'on ne s'y trompe pas : Picchio Dal Pozzo joue une musique savante (écoutez les choeurs superbes sur La Floricultura Di Tschincinnata) mais avec tellement de fraîcheur, de sensibilité et d'aisance qu'on ne s'en rend jamais compte. En définitive, c'est ça qui fait la différence et rend ce groupe aussi attachant !

[ Picchio Dal Pozzo Website ] [ Picchio Dal Pozzo sur MySpace ] [ Picchio Dal Pozzo ]

Maxophone (Produttori Associati), Italie 1975 - Réédition CD remastérisé (BTF AMS 138 CD), 2008
Sous cette double pochette bucolique se cache un rock symphonique qui emprunte à tous les genres, du classique au folk pastoral en passant par le jazz, la chanson, les chorales, les arrangements cuivrés, et même le baroque moderne genre Emerson Lake & Palmer. C'est que ce sextet, formé à Milan en 1973, comptait dans ses rangs des musiciens d'horizons divers, certains ayant été formés dans la tradition classique et d'autres à l'école du rock. Leur réunion permit l'enregistrement d'un unique album éponyme, malheureusement arrivé un peu trop tard pour profiter de l'engouement de la jeunesse italienne pour ce genre de musique, mais qui n'en reste pas moins une des grandes émanations du genre. L'un des rares disques de rock à être édités sur le label Produttori Associati, Maxophone bénéficia d'une version anglaise qui n'est pas une traduction littérale et qui n'a pas le charme du LP original chanté en italien. Les huit titres regorgent d'une profusion d'idées, variant plusieurs fois de style au cours d'un même morceau. Dans C'e' Un Paese Al Mondo par exemple, grand piano romantique, riffs de guitare, passages symphoniques, jazz swinguant, interludes classiques et rock planant se succèdent dans une logique angulaire dans laquelle il faut aussi insérer le chant expressif d'Alberto Ravasini qui, à l'instar d'un Peter Gabriel, parvient à faire passer une réelle émotion. L'usage occasionnel d'instruments divers comme un clavecin, une trompette, une flûte, des saxophones alto et ténor, une clarinette, un vibraphone et même une harpe viennent encore colorer des arrangements d'une désarmante musicalité. Malgré un passage remarqué au Festival de Jazz de Montreux en 1976, Maxophone n'aura pas la chance de sortir un second opus et disparaîtra de la scène dès 1977. La version italienne du LP a fait l'objet de plusieurs rééditions en compact sur Mellow Records en 1997, sur Akarma en 2001 et récemment sur BTF/AMS (2008) avec une mini pochette en carton et deux inédits en bonus issus d'un 45 tours enregistré en 1977 (Il fischio Del Vapore et Cono Di Gelato). A redécouvrir !

Depuis 2005, on trouve aussi sur le marché un objet de luxe intitulé From Cocoon To Butterfly (BTF / Vinyl Magic) qui contient un CD et un DVD. Le compact offre 2 titres inédits écartés (L'Isola et Il Lago Delle Ninfee) ainsi que 6 versions alternatives de morceaux figurant sur leur premier LP officiel, plus 4 démos enregistrées plus tard et destinées à un second 33 tours. Outre des interviews et une nouvelle chanson enregistrée en 2005, le DVD contient aussi un concert vintage filmé en 1976 dans les studios de la RAI à Torino.

[ Maxophone ] [ From Cocoon To Butterfly ]

Quella Vecchia Locanda (Help), Italie 1972 - Réédition CD (Vinyl Magic), 2006
Le prologue qui débute le répertoire donne une excellente idée de la musique de ce groupe fondé à Rome en 1970. Savant mélange de ritournelle folk, de classique et de rock, cette musique fait une fois encore penser à Jethro Tull, décidément une référence incontournable pour les groupes de prog italiens des seventies. Pourtant, si la flûte jouée par Giorgio Giorgi est bien présente, c'est davantage le violon qui est mis en vedette. Quella Vecchia Locanda bénéficie en effet pour cet album de l'entrée de l'Américain Donald Lax qui apporte au groupe une touche personnelle le distinguant de ses multiples et talentueux concurrents. Donald Lax est venu avec son frère, Peter, que l'on peut entendre à la clarinette sur Dialogo mais qui, bizarrement, n'est pas crédité sur la pochette. En plus, le groupe a une autre arme secrète en la présence du claviériste Massimo Roselli parfaitement à l'aise dans tous les genres musicaux. On s'en rendra compte en écoutant son solo de piano jazz sur Verso La Locanda et, tout de suite après, ses interventions classicisantes sur Sogno, Risveglio E. Globalement, la musique est délicate, sophistiquée, multiforme mais elle coule avec tranquillité et aisance, égrenant au passage de superbes mélodies et un art savant de l'enrobage (vive l'inépuisable mellotron). Ceci dit, quelques passages plus rock, avec des solos de Moog ou de guitares électriques s'abreuvant à l‘occasion au blues-rock (Immagini Sfuocate), viennent aussi ajouter une dimension supplémentaire. En finale, Quella Vecchia Locanda est un recueil (certes plutôt court avec 34 minutes au compteur seulement) de huit miniatures agréables à écouter qui, pour autant que vous appréciez des groupes comme Focus, Jethro Tull ou Premiata Forneria Marconi, vous satisferont sans doute pleinement. Sorti en 1972, l'album est aujourd'hui réédité sur compact par Vinyl Magic avec une jolie pochette en forme de mini-LP.

[ Quella Vecchia Locanda ]

Osanna : Palepoli (Fonit), Italie 1973 - Réédition CD (Warner Fonit), 1999 & (Disk Union Japan), 2004
Palepoli a une structure calquée sur les grandes fresques britanniques comme Pawn Hearts ou A Passion Play : deux morceaux d'une vingtaine de minutes chacun répartis sur les deux faces du 33 tours (Oro Caldo / Stanza Città et Animale Senza Respiro). La comparaison avec Jethro Tull est renforcée par la présence d'une flûte jouée par Elio D'Anna dans le style très expressif de Ian Anderson. Et comme chez Jethro Tull également, les guitares de Danilo Rustici sont souvent agressives, à peine tempérées par la présence envahissante d'un mellotron. Toutefois, la comparaison s'arrête là car il est bien difficile de trouver le fil conducteur de ces deux compositions à tiroirs qui semblent construites à partir d'un collage de petites sections juxtaposées où l'on trouve un peu de tout (du chant napolitain au rock acide en passant par l'univers étrange de Van Der Graaf Generator). On sait que ce procédé peut conduire à des albums grandioses mais il arrive aussi que le résultat soit confus. C'est le cas pour Palepoli : une oeuvre imprévisible, ouverte sur une multitude d'expérimentations inattendues qui procurent à l'ensemble un côté brut et dérangé. Cet aspect est encore renforcé par une production impitoyablement minimale, voire médiocre, qui renvoie l'image d'un groupe à tête chercheuse davantage intéressé par le fond que par la forme de sa musique. Certes, on reste confondu par l'étonnante diversité des styles et des sons abordés ici mais on se pose quand même des questions sur la finalité et la cohérence de cette musique rugueuse, contaminée par une boulimie d'influences. Formé à Naples en 1971, Osanna contribua à la création du rock progressif italien au même titre que Premiata Forneria Marconi ou Le Orme mais, contrairement à ces derniers, il n'arriva jamais à concrétiser sa vision dans un album totalement convainquant. Sorti sur Fonit en 1973 et remastérisé sur CD en 2004 par Disk Union Japan, Palepoli reste en tout cas le plus intéressant de leurs cinq disques sortis dans les années 70.

[ Palepoli (Warner Fonit) ] - [ Palepoli (édition japonaise, mini-LP) ]

Jacula : Tardo Pede In Magiam Versus (Mellow Records), Italie 1972 - Réédition CD 35th Anniversary (Musik Research), 2007
La pochette du disque, qui rappelle les affiches des anciens films d'horreur italiens ou de la Hammer (de Terence Fisher à Mario Bava) en dit un maximum sur le contenu. C'est bien à une bande sonore de série B gothique qu'on a affaire. Tardo Pede In Magiam Versus est une musique d'ambiance qui évoque goules et vampires se pourléchant les babines à minuit aux alentours d'un cimetière. Pas de guitare saturée à la Black Sabbath ici, ni même de batteur. La vedette en est un orgue funèbre joué par un homme de 68 ans, Charles Tiring, dans un style spectral et angoissant, parfois grandiloquent, comme sur Praesentia Domini et In Old Castle quand il étale avec complaisance les assourdissantes nappes sonores des grandes orgues à tuyaux qui peuplent les cathédrales de pierre - rien à voir non plus avec le Hammond B3 groovy d'Uriah Heep ! Plus subtil est Jacula Valzer en forme de valse triste et évanescente qui fait tournoyer indéfiniment les esprits des morts. Long Black Magic Night bénéficie de la présence d'une flûte aérienne mais la fête est un peu gâchée par le texte récité dans un anglais approximatif par Doris Norton (créditée sous l'amusant pseudonyme de Fiamma Dello Spirito). Le meilleur titre reste le très suggestif U.F.D.E.M. avec des vocaux en italien de Doris Norton, des grandes orgues et une structure plus accessible grâce à une ligne de basse efficace. L'homme au centre de ce projet est le guitariste, bassiste et philosophe Antonio Bartoccetti, compositeur de tous les titres, qui fondera un peu plus tard Antonius Rex, prolongement ultime de Jacula (Antonius Rex produisit un premier album tellement outrageant que le label Vertigo - pourtant éditeur de Black Sabbath - qui fut pressenti pour le sortir, finit par se rétracter). Enregistré dans un studio milanais pendant une séance de spiritisme en présence du medium Franz Parthenzy, Tardo Pede In Magiam Versus n'a aucun équivalent dans la musique populaire, italienne ou pas. Ce n'est ni du rock ni du classique, ni quoi que ce soit d'autre, seulement une oeuvre sinistre et totalement à part que vous allez adorer ou détester. Pour son trente-cinquième anniversaire, le disque a connu une nouvelle édition remastérisée avec un titre en bonus (Absolution) et une pochette de moins mauvais goût mais aussi plus banale en ce qu'elle a perdu tout lien avec les mythes du cinéma fantastique évoqué plus haut. Idéal pour Halloween !

[ Tardo Pede in Magiam Versus ]

Malibran : The Wood Of Tales (Pegaso Records), Italie 1990 - Réédition CD (Mellow Records / Musea), 2002
A partir de 1977, la vague progressive italienne est retombée aussi vite qu'elle était apparue cinq années plus tôt. Sans doute à cause d'un regain d'intérêt de la jeunesse pour la musique pop électronique mais peut-être aussi parce que, dans l'inconscient collectif, le progressif véhiculait trop de souvenirs liés aux années de plomb. Quoiqu'il en soit, la décennie suivante fut un vaste trou noir et le néo-prog initié en Angleterre par Marillion, Pallas et Pendragon n'eut aucun impact en Italie. C'est pourquoi la sortie en 1990 du premier album de Malibran, qui se forma en Sicile en 1987, constitue un évènement et on peut raisonnablement écrire que ce groupe fut, avec quelques autres comme Il Catello Di Atlante et Nuova Era, un des artisans de la lente renaissance du rock progressif italien au début des années 90. Ceci dit, mis à part la production plus efficace et un son plus moderne, The Wood Of Tales reste fortement ancré dans le style symphonique des 70's sauf que Giuseppe Scaravilli chante dans un anglais approximatif, ce qui enlève une partie du charme de cette musique. Heureusement, l'accent est mis sur les sections instrumentales qui constituent l'essentiel de l'album. Dominée par la flûte de Giancarlo Cutuli jouée dans un style classique (pas d'éructations à la Ian Ianderson), la musique est savamment orchestrée par les claviers de Beny Torrisi. Le groupe ayant commencé par jouer du hard rock avant de virer sa cuti, il en est resté quelque chose chez le guitariste Jerry Litrico dont les solos agressifs détonnent un peu dans le contexte d'un album globalement mélodieux et aérien. Malibran intègre aussi subtilement certaines influences orientales, comme sur Pyramid's Street au nom approprié, et n'est pas non plus insensible au mouvement néo-prog. Enfin, il y a l'incontournable Sarabande, une petite pièce classique d'une exquise délicatesse où guitare acoustique et flûte se croisent dans une ambiance de musique de chambre. A noter que la réédition par Mellow Records offre trois excellents titres en bonus qui, ensemble, dépassent les vingt minutes. En dépit des limitations du chanteur et d'un manque flagrant de maturité, ce premier opus remastérisé et augmenté reste quand même suffisamment intéressant pour ne pas laisser indifférent. Et si vous avez aimé ça, sachez que Malibran reviendra trois années plus tard avec Le Porte Del Silenzio, une oeuvre plus maîtrisée et mieux produite qui confirmera largement toutes les promesses de leur premier essai.

[ The Wood Of Tales (CD & MP3) ]


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