Le Rock progressiste

Disques Rares, Rééditions, Autres Sélections


Volume 7 Volumes : [ 1 ] [ 2 ] [ 3 ] [ 4 ] [ 5 ] [ 6 ] [ 8 ] [ 9 ] [ 10 ]



Arrakeen : Patchwork (MSI / 2C Production), France 1990
Arrakeen : Mosaïque (MSI / 2C Production), France 1992


Originaire d'Aix-en-Provence où il s'est formé au début des 80's, Arrakeen jouait une musique directement inspirée du néo-prog, un style né pratiquement en même temps que lui. Le groupe se distinguait toutefois de ses contemporains (Marillion, Pendragon, IQ …) par des textes en français chantés par Marie-Claude Taliana dite Maïko. Dans les conditions difficiles d'une époque pendant laquelle le prog fut réduit à une peau de chagrin, la musique d'Arrakeen était condamnée à rester confidentielle. Mais la providence aida lorsqu'on leur donna la chance d'assurer la première partie de Marillion lors d'un concert à Vitrolles en 1989. Manifestement conquis par leur prestation dynamique, Marillion les rappela comme partenaires de la tournée française de Seasons End en mars et en avril 1990. C'est à cette occasion que lors d'un concert donné à Lille le 2 avril 1990, Steve Rothery les rejoignit sur scène pour une version live mémorable de Folle Marie: un vrai moment de gloire pour Arrakeen qui fut heureusement enregistré et qui sera inclus sur cet album.

D'une durée de 31 minutes seulement, Patchwork ne comprend que quatre morceaux mais ils témoignent tous des qualités incontestables du quintet: une musique dynamique et mélodique à la croisée des chemins entre un rock complexe et une pop entraînante. Tel apparaît Le Monde Du Quoi, drivé tout du long par les synthés mais offrant en finale une splendide envolée de guitare qui explique comment Sylvain Gouvernaire sut retenir l'attention du guitariste de Marillion. En plus, le texte engagé affiche des idées qui vont au-delà des chansons traditionnelles, incluant entre autre quelques préoccupations environnementales : "Ont-ils au moins écouté la douleur de leur terre? Comment ont-ils fait pour faire disparaître leurs forêts? Comment vont-ils faire pour respirer? … Liberté, j'ai besoin d'espérer, d'éblouir mon rêve de vérité, de ne plus voir la mer entachée du sang de nos progrès."

Plus élaboré est Différences qui dépasse les 11 minutes en juxtaposant de multiples sections contrastées reliées entre elles avec une bonne fluidité: des passages au piano acoustique alternent ainsi naturellement avec d'autres plus rock emmenés par les synthés et les guitares tandis que la voix haut-perchée de Maïko fait parfois penser au groupe Renaissance. L'Entaluve marque le retour à un morceau plus concis et accessible qui se démarque par un refrain accrocheur dans l'esprit des meilleures compositions mélodiques de Marillion. Enfin, le disque se clôture sur la version live de Folle Marie qui témoigne de l'énergie dégagée par le groupe en concert. La musique fait lever le vent en amplifiant l'atmosphère onirique d'un texte énigmatique : "Le funambule décide de prendre sa perche. Ne pas tomber, ne pas glisser. Elle pose un pied, ses yeux regardent la terre. Marie croit rêver. Elle part vers la réalité." Et quand Rothery rejoint Gouvernaire sur scène pour un échange inopiné de solos de guitare étendus, on baigne alors dans ce genre de climat unique qui ne naît que dans la musique prog et qu'on souhaiterait éternel.

Malgré la bonne impression laissée par Patchwork, on a quand même l'impression qu'Arrakeen n'avait pas encore réalisé pleinement son potentiel. Malheureusement, le groupe n'en aura pas l'occasion. Après une période d'euphorie et de concerts remarqués, Arrakeen s'est trouvé dans l'incapacité de concrétiser un accord avec une maison de disque. Suite à cet échec, la formation s'est démantelée et Gouvernaire s'est rendu en Angleterre où il fondera Iris en compagnie de deux membres de Marillion. Incidemment, Arrakeen se reformera avec Cyril Achard comme substitut à la guitare pour un second disque intitulé Mosaïque qui sortira en 1992. En dépit d'un son de guitare plus heavy et horriblement mixé en accompagnement, ce second album reste globalement d'une bonne facture dans le style néo-prog mélodique du précédent. Mais le moment de grâce était passé et le disque ne se vendra guère entraînant un nouveau découragement et, cette fois, la dissolution définitive du projet Arrakeen.

[ Patchwork ]
[ Differences (extrait de Patchwork) ] [ Un Nouveau Monde (extrait de Mosaïque) ]

Finnegans Wake : 4th (Carbon 7), Belgique/Brésil 2004

The Voyage of Maeldun donne immédiatement une idée de ce que ce double album a à offrir : une musique de chambre néo-classique fortement structurée mais d’expression épurée, parfois simple et parfois mixée à une pulsation rock propice à certains élans où brille une guitare électrique au son puissant mais contrôlé. Finnegans Wake, qui a emprunté son nom à un roman expérimental de James Joyce, est un quartet dont les deux leaders sont désormais le Belge Henry Krutzen aux claviers et au saxophone et le Brésilien Alexandre Moura-Barros aux guitares acoustiques et électriques (en remplacement de Jean-Louis Aucremanne encore crédité aux claviers sur ce quatrième opus). Ils sont aidés par Alain Lemaître à la basse et Richard Redcrossed au chant (sur deux titres seulement) mais aussi par une pléiade de musiciens brésiliens invités provenant probablement du monde classique et qui ajoutent une variété de couleurs aux compositions grâce à des instruments à cordes (violon, violoncelle, guitares), à vent (basson, flûte, cor, hautbois, clarinette, trompette et trombone) ou des percussions diverses allant des bambous aux sonnailles. Heureusement, les arrangements de ces miniatures orchestrées avec une précision diabolique sont limpides tant les matériaux sonores sont toujours utilisés avec parcimonie dans une perspective pointilliste évitant ainsi l’engorgement et facilitant l’écoute. Des surprises attendent l’auditeur au fil des plages comme Olinda interprété uniquement à la guitare acoustique dans un style classicisant ou Tapioca Con Pimenta, étrange musique bucolique, de facture moderne mais sans maniérisme faussement avant-gardiste, qui se résout soudain dans un Jazz-rock enlevé et un riff menaçant de guitare électrique évoquant le côté sombre et gothique du premier Black Sabbath. Sur certains titres comme Moondogging et Anemia, les longues partitions proches de la musique contemporaine sont à peine ensemencées d’une rythmique discrète si bien intégrée à l’ensemble qu’elle n’est jamais anachronique. Brasil RN, qui malgré son titre n’a rien d’ethnique, est enluminé par de sinueuses parties de piano en décalage avec le reste et qui rappellent à un moment le grand Keith Tippett. Quant à Morituri te Salutant, avec son rythme quasi-industriel, il évoque davantage les forges où sont laminées les armes des gladiateurs que les jeux dans les arènes. Enchaînant mélodies, couleurs harmoniques et ambiances diverses dans une inextinguible suite de pièces toutes plus surprenantes les unes que les autres, Finnegans Wake a réussi à construire une musique si captivante qu’elle laisse en permanence l’oreille aux aguets. Au croisement de chemins aussi bizarres et inusités que ceux empruntés avant lui par Henry Cow, Univers Zero (le côté ténébreux en moins), Cro Magnon, Aka Moon (notamment avec Ictus sur Invisible Mother) voire Octurn quand il privilégie la musique contemporaine par rapport au Jazz, ce quatrième opus en forme d’entente miraculeuse entre Classique, Rock et Avant-gardisme peut être considéré comme l’une des percées majeures du Rock progressiste actuel. Une production optimale et une interprétation hors paire pour la forme, une dynamique osée et un déploiement permanent d’idées sur le fonds, si vous aimez le Prog jusque dans ses expressions les plus subtiles et originales, vous allez adorer !

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[ Tapioca Con Pimenta ]



  • Les Holroyd : basse, vocals
  • John Lees : guitare, vocals
  • Wooly Wolstenholme : claviers, vocals
  • Mel Pritchard : drums

[ The BJH Original Home Page ]
Barclay James Harvest : Gone To Earth (Polydor), UK 1977 - version CD remastérisée avec 5 titres en bonus (Universal), 2003

Originaire de Oldham (Lancashire) et formé en 1966, BJH eut la chance d’être signé par EMI et d’enregistrer quatre disques en studio au côté des plus grands sur le label Harvest créé à l’occasion d’une restructuration de la firme pour accueillir ses groupes les plus progressifs (Pink Floyd entre autres). Après cette première période qui a vu naître des albums majeurs (BJH, 1970 ; Baby James Harvest et BJH & Other Short Stories, 1972), le groupe passa chez Polydor pour entamer un nouveau cycle qui devait le conduire graduellement à une reconnaissance plus large au moins par le public. Après la notoriété grandissante des Everyone Is Everybody Else (1974), Time Honoured Ghosts (1975) et Octoberon (1976), Gone To Earth restera comme leur album le plus populaire, atteignant un classement honorable dans les charts britanniques et se vendant à plus d’un million d’exemplaires. Cet accomplissement fut réalisé grâce à un travail appréciable sur les mélodies et les arrangements mais aussi par une focalisation sur une musique plus aisément accessible, le groupe ayant désormais abandonné la plupart de ses prétentions progressives affichées à l’époque Harvest. Pourtant, la musique ne manque pas de charme et certains titres avec leurs textes malins et leurs arrangements soignés sont même tout à fait accrocheurs. Hymn par exemple, conçu comme une ballade emportée dans une lente et unique progression, est une confrontation intéressante entre un voyage intérieur factice provoqué par la drogue et une spiritualité authentique trouvée dans la religion. Poor Man's Moody Blues, écrit par John Lees pour répondre à la critique d’un journaliste ayant déclaré que BJH n’était que les « Moody Blues du pauvre », est une confondante variation sur la structure d’accords de Night’s In White Satin. Spirit On The Water de Les Holroyd offre de superbes harmonies et prend position contre l’exploitation des animaux à fourrure tandis que Leper’s Song traite de l’aliénation par la société en s'inspirant de nouvelles de Graham Greene et de Joseph Conrad. Quant à Sea Of Tranquility composé par Stuart "Woolly" Wolstenholme, il s’agit d’un titre qui renoue avec les grandes envolées orchestrales des premiers disques et, sous couvert d’un discours à propos de la futilité de la course vers l’espace engagée par les Russes et les Américains dans les années 60, traite en fait du désaccord du claviériste quant aux nouvelles orientations « mainstream » de la musique de BJH, un désaccord qui le conduira finalement à se séparer du groupe deux années plu tard en juin 1979. Peu d’envolées instrumentales ici sinon quelques solos de guitare ajustés avec parcimonie et qui privilégient la mélodie avant toute chose. Les textures symphoniques créées par un usage intensif des synthés et la rythmique carrée se confinant la plupart du temps dans les tempos moyens accentuent le côté reposant de ce rock à mi-chemin entre les Moody Blues et Alan Parsons Project. BJH est au Prog ce que Bob James ou David Sanborn sont au Jazz : c’est mélodique, limpide, soigné et ça incline à la simple rêverie. La pochette du LP original était percée d’un trou laissant apercevoir une partie de l’image imprimée sur l’encart de protection du 33 tours. Conçu par Maldwyn Toothill, ce design original et très réussi représentait le monde extérieur vu depuis le terrier d’un animal, un renard probablement puisque le titre de l’album, Gone To Earth, se réfère au cri des chasseurs constatant que leur proie s’est échappée en regagnant son repaire. Le compact remastérisé de 2003 comprend, en plus des neuf plages originales et d’un livret de 16 pages, cinq titres en bonus : une interprétation en concert de Medicine Man figurant sur le « Live EP » Polydor de mars 1977 ; une version alternative de Hymn éditée sur un 45 tours promotionnel ; Lied, un inédit provenant des sessions de Gone To Earth miraculeusement retrouvé au cours des recherches effectuées pour la nouvelle édition ; la face B du 45 tours Hymn : Our Kid’s Kid et une version remixée de Friends Of Mine également éditée en simple par Polydor. Dans son genre, cet album raffiné et indémodable est un must dont on ne se lasse guère.

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[ Hymn ] [ Spirit On The Water ]

Le Orme : Felona E Sorona (Polygram International), ITALIE 1973

Précieuse et d’une surprenante variété, la musique de Felona E Sorona porte ses racines méditerranéennes dans son élégance, ses ouvertures classiques et son chant fragile. Les influences difficiles à cerner viennent de partout et si l’on perçoit bien ici et là un peu du symphonisme de Genesis (Ritratto Di Un Mattino en particulier) et des réminiscences de ELP ou même du groupe français Ange, surgissent aussi à l’occasion des frissons de synthés qui évoquent Tim Blake, Klaus Schulze, Tangerine Dream et l’école électronique allemande en général (la fin de Sospesi Nell'incredibile). Bien construites avec des changements fréquents d’ambiance et de tempo, les compositions se faufilent à travers une multitude de séquences qui s’enchaînent avec rigueur et imagination. Extrêmement mélodique, parfois bucolique, le trio intercale aussi quelques chansons d'inspiration folklorique comme Felona qui contribuent à la saveur particulière de ce disque tout en nuances. La mélancolie aussi est au rendez-vous avec les très beaux La Solitudine Di Chi Protegge Il Mondo et Sorona. Privilégiant délicatesse et sensibilité, ce concept album qui raconte les destins contraires de deux planètes (Felona la gaie et Sorona la triste) est bien souvent propice à la rêverie même si l’on est hermétique à la langue italienne dont les sonorités sont à elles seules un enchantement pour les oreilles. Le disque se termine sur l’instrumental Ritorno Al Nulla et ses synthés majestueux qui s'envolent lentement en un finale grandiose. Une belle fin pour un disque beaucoup trop court (33 minutes à peine) que l’on prendra plaisir à laisser tourner en boucle sans aucune lassitude. Ceux qui auront la patience de faire ainsi pourront démêler l’écheveau de ces beautés intriquées et goûter davantage les subtilités de cet inestimable fleuron de la musique progressive.

[ Le Orme Official Website ] [ Felona E Sorona (CD & MP3) ]

Locanda Delle Fate : Forse Le Lucciole Non Si Amano Più (Polydor), ITALIE 1977 - Version CD remastérisée avec un titre supplémentaire (1999)

Moins connu que les grands opus des ténors du Progressif italien comme PFM, Banco ou Le Orme, Forse Le Lucciole Non Si Amano Più (peut-être que les lucioles ne s'aiment pas plus) marque en quelque sorte la fin d'une époque. Emergeant tardivement en 1977, ce disque est l'une des dernières émanations d'une musique telle qu'on la concevait au début des seventies. Avec sa fée luciole dans le clair de lune blafard d'une plage déserte, la pochette (double à l'époque du LP) apparaît déjà presque anachronique. Quant à la musique, elle perpétue tout simplement le meilleur du Rock mélodique et symphonique à la manière du Genesis première période (bien que certains passages fassent aussi penser à Yes) ou, pour rester en Italie, de Banco del Mutuo Soccorso et de PFM. Si la voix puissante et profonde du chanteur principal Leonardo Sasso peut surprendre dans le contexte d'une musique aussi délicate, l’essentiel n’est pas là mais réside davantage dans les longues parties instrumentales, les arrangements complexes, les mélodies imbriquées et la qualité des interplays entre les instruments qui se plaisent plus à jouer ensemble des motifs différents qu’à briller en solo. Il faut dire que Locanda Delle Fate est un septette qui comprend, outre le chanteur, le bassiste et le batteur, deux claviéristes et deux guitaristes. Cette particularité apporte à la musique une variété de climats, certains doux et romantiques, d’autres plus enlevés quand les guitares prennent le pas sur le piano, l’orgue Hammond, le Moog et autres synthés analogiques. Le recours occasionnel à une flûte vient encore enrichir le classicisme des compositions dont la lumineuse sophistication ravira les plus difficiles. La discographie de Locanda Delle Fate comprend aussi un « Live » (sorti en 1993, apparemment repiqué d’une diffusion radiophonique d’un concert de 1977) et le récent Homo Homini Lupus (1999), produit d’une reformation tardive qui ne semble pas avoir fait l’unanimité. Mais qu’importe puisque Forse Le Lucciole restera à tout jamais leur heure de gloire. En tout cas, si vous l’avez négligé en son temps, on ne peut que vous encourager à le redécouvrir aujourd’hui en compact. Vous aurez droit en plus à New York, un titre en bonus certes plus commercial (sorti en simple en 1978) mais qui reste agréable à écouter. Le compact étant loin d’être rempli (54’), on regrette seulement qu’on n’ait pas aussi ajouté d’autres morceaux rares aujourd’hui devenus pratiquement introuvables : Nove Lune (face B du simple New-York), Annalisa et Volare n Po’Pio in Alto (Faces A et B du simple sorti en 1980 sous le nom de Locanda) et, pourquoi pas, La Giostra, seul inédit figurant sur l’album « Live ».

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Al Di Meola : Elegant Gypsy (Columbia), USA 1977

En 1974 alors qu’il n’avait encore que 20 ans, le guitariste Al Di Meola, fraîchement sorti de la prestigieuse Berklee School of Music de Boston, eut la chance de remplacer Bill Connors dans Return To Forever de Chick Corea et d’enregistrer avec ce groupe trois albums majeurs de l’histoire du Jazz-rock : Where Have I Known Before (1974), No Mystery (1975) et Romantic Warrior (1976). Pendant qu’il faisait encore partie de RTF, il entamait déjà en 1976 une carrière solo avec Land of the Midnight Sun (1976) bientôt suivi de cet Elegant Gypsy dans lequel il met en avant ce qu’il savait faire le mieux à l’époque : explorer son manche dans toutes les directions avec une virtuosité technique aussi naturelle que prodigieuse. En compagnie de Jan Hammer ou de Barry Miles aux claviers, du bassiste extraordinaire Anthony Jackson, du batteur Lenny White (remplacé par Steve Gadd takes sur Elegant Gypsy Suite) et du percussionniste Mingo Lewis, Di Meola est au cœur de l’action, pulvérisant la performance dans Elegant Gypsy Suite, Flight Over Rio et surtout dans l'intense Race With Devil On Spanish Highway qui restera à jamais comme sa signature la plus ardente. Di Meola ne tardera pas à s’enfoncer de plus en plus dans la voie latine qui le conduira plus tard à abandonner définitivement le Jazz-rock. Déjà, figure sur cet album une première expérience en duo acoustique avec le guitariste espagnol Paco de Lucia : le superbe Mediterranean Sundance annonciateur des albums des années 80. Ceux qui aujourd'hui regrettent son énergie stellaire, son jeu électrique explosif et ses enchaînements fulgurants de notes n’ont qu’à réécouter ce disque tendu comme une passion andalouse qui reste l’un des plus impressionnants de sa discographie en solo.

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[ Race With Devil On Spanish Highway ] [ Mediterranean Sundance ]

Black Widow : Sacrifice (CBS), UK 1970 - réédition CD avec 5 versions démo sous le nom The Ultimate Sacrifice (Castle), 2004

Come To The Sabbat ainsi que la ballade acoustique et expressive Mary Clark, extraits des deux premiers albums qui figuraient à l’époque respectivement sur deux bonnes compilations CBS (Fill Your Head With Rock & Rock Buster, 1970), se trouvaient être suffisamment attrayants pour inciter l’auditeur à en savoir plus. C’est ainsi que l’on fait parfois l’acquisition de disques rares mais excellents qui deviennent par la suite des trésors recherchés par les collectionneurs. Ceci dit, Sacrifice, premier opus de ce groupe obscur de Leicester, n’a quand même rien d’une pépite. D’abord, les textes en se référant à un satanisme primaire ou au mieux parodique (allez savoir !) sonnent comme un assemblage de clichés ramassés dans un vieux film de la Hammer. Contrairement à Black Sabbath (à qui Black Widow a souvent été comparé à tord), le concept n’offre ici rien de gothique et serait même plutôt en porte-à-faux avec une musique qui, loin d’être désagréable, manque quand même singulièrement d’atmosphère. Dominées par l’orgue, la flûte et le saxophone, les compositions de Black Widow se rattachent à un Rock sans outrance, légèrement progressiste, mâtiné de Folk et de Blues jazzy, et qui se distingue surtout par le choix des instruments où la guitare électrique en lead est quasiment absente. Entretenant des tempos moyens qui tentent d’accéder à l’envoûtement de rythmes tribaux et y parviennent parfois (sur la longue plage titulaire notamment), Sacrifice aurait sans doute pu prétendre à une autre notoriété s’il n’avait été si inconditionnellement soumis à cette fascination morbide pour la magie noire. S’étant attiré un public de curieux par des concerts extravagants et d’un goût douteux tout en bénéficiant d’une publicité gratuite dans la presse anglaise grâce à des mises en garde de la part de sorciers locaux, Black Widow eut malgré tout la chance de pouvoir enregistrer deux autres albums chez CBS (Black Widow II et III). Mais, paradoxalement, ayant alors décidé d’abandonner l’occulte pour des concepts moins extrêmes et plus respectables, leur musique perdit du même coup l’attrait baroque qui la sortait de l'anonymat. Le groupe fut alors éjecté de l’écurie CBS et termina sa course dans l’oubli à l’instar du prisonnier dans le cachot qui orne la pochette prémonitoire de leur dernier LP. Si la curiosité vous pousse à écouter leur musique, optez pour le premier album réédité chez Castle (The Ultimate Sacrifice, 2004) ou pour l'anthologie Come To The Sabbat (Castle, 2003) qui fait le tour de leur répertoire sur un double compact vendu à un prix très compétitif. En plus de quelques inédits et d'un livret intéressant détaillant l'histoire du groupe, cette compilation présente aussi une version rare et plutôt réussie du fameux I Wish You Would, un blues de Billy Boy Arnold déjà couvert par les Yardbirds et sorti confidentiellement en simple à l'automne 1971.

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[ In Ancient Days (from Sacrifice) ] [ Mary Clark (from Black Widow II) ]


Uriah Heep : ...very 'eavy ...very 'umble (Vertigo), UK 1970 - Expanded De-Luxe Edition (Sanctuary), 2003

« Si ce groupe réussit à percer, il ne me restera qu’à me suicider » écrivait un chroniqueur dans la fameuse revue Rolling Stone d’octobre 1970. Ainsi fut accueilli un peu partout le premier disque du combo britannique Uriah Heep. Portant le numéro 6 de la série des 6360 du fameux label Vertigo, Very ‘Eavy Very ‘Umble arrivait certes un peu tard après les opus majeurs de Black Sabbath, Led Zeppelin et Deep Purple et n’offrait à priori rien de neuf à part enfoncer le clou d’un Hard Rock lourd et sans innovation particulière. De là à enterrer définitivement cet album était exagéré car Very ‘Eavy, sans être exceptionnel ni compter parmi les meilleurs opus du quintette, n’est pas aussi mauvais qu’on l’a écrit à l’époque et apparaît même avec le recul plutôt réussi pour un premier essai. Car en définitive, les caractéristiques qui contribueront au succès du groupe à travers les générations sont déjà là en puissance et le Heep a quand même vendu plus de 30 millions de disques. Ecoutez Gypsy par exemple, un titre qui restera longtemps comme le manifeste explosif de leur répertoire scénique : le son lourd et répétitif, le riff imparable de guitare, les harmonies vocales (à cinq voix), l’orgue souterrain grondant en un solo sauvage et chaotique, le pont en forme de staccato déconcertant sans oublier la voix haut perchée de David Byron : I was only seventeen … I fell in love with a gypsy queen. Bon d’accord, tout n’est pas du même niveau : La ballade mélodramatique Come Away Melinda serait même plutôt ennuyeuse et Lucy Blues n’est qu’un Blues classique accompagné au piano. Par contre, Walking In Your Shadow avec son solo de guitare Heavy décoiffe tandis que I’ll Keep On Trying retrouve la pêche de Gypsy avec le retour de l’orgue Hammond et des vocalises et en plus un beau solo de wah-wah au milieu comme une cerise sur le gâteau. Un petit côté progressif vient même enluminer Wake Up avec le recours à un mellotron joué par Colin Wood en invité. L’édition spéciale de 2003 offre quelques titres inédits ou rares en bonus : l’excellent Bird Of Prey qui figurait sur l’édition américaine de l’album en remplacement de Lucy Blues et qui fera aussi partie de l’album suivant (Salisbury) ; Born In A Trunk, un titre datant de 1969 présenté en deux versions, l’une chantée et l’autre instrumentale ; des enregistrements alternatifs en studio de Come Away Melinda, Gypsy et Wake Up et enfin, Dreammare et Gypsy, deux titres interprétés live au cours d’une session de la BBC en mai 1970 : diffusés quelques jours plus tard, ces enregistrements furent annoncés par la célèbre radio britannique comme la musique d’un « groupe de Hard rock compétent et plutôt progressiste ». La surprenante pochette présente la figure hurlante et enrobée de toile d’araignée d’un homme capturé par une bête innommable à l’instar d’une scène d’Alien ou d’Arac Attack. Le visage est celui du chanteur David Byron surpris par son guitariste Mick Box qui l’aspergea sans l’avertir avec le contenu gluant d’une machine pour effets spéciaux. Par chance, le photographe eut la présence d’esprit de flasher la scène en un instantané qui devait devenir l’une des plus impressionnantes pochettes de la série Vertigo. Les bras représentés au verso de la couverture sont par contre ceux d’un serveur qui travaillait dans le studio. Sur le LP original, ces deux photos étaient disposées de manière à ce qu’en dépliant le folio, on obtenait une image unique dont l’impact était encore renforcé. Very 'Eavy est un disque qu’on ne peut pas raisonnablement recommander car Uriah Heep a fait mieux depuis avec Salisbury, Look At Yourself ou Demons & Wizards mais on constate avec plaisir que cet album, après tant d’années, porte encore sans fléchir l'édifice immense du souvenir.

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