Le Rock progressiste

Disques Rares, Rééditions, Autres Sélections


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Echolyn : Mei (Velveteen Records), USA 2002

Ce disque ne contient qu’un seul titre de 50 minutes. Le livret, qui n‘offre que quelques anciennes photos de personnages et de paysages insolites associés avec de courtes phrases extraites du texte, ne dit pas grand chose sur le concept de l’album. Mais une écoute approfondie des paroles (qu’on peut aussi lire en intégralité sur leur site) laisse appréhender un voyage sur une longue route intérieure où l’on croise des sentiments divers comme l’amour, la peur, l’oubli, le regret et le désenchantement : There is no lamb, no hope. There is no garden, no peace. Au-delà de ce monologue mélancolique et suffisamment énigmatique pour laisser l’auditeur développer ses propres réflexions, il y a la musique et celle-ci est plutôt originale, symphonique, avec de multiples changements de climats tout en restant cohérente et accessible. Mei commence en douceur par une mélodie aérienne accompagnée au piano. Vers la quatrième minute, l’orgue introduit la rythmique et le groupe décolle avec un rock léger soutenu par les riffs efficaces d’un orgue Hammond joué par Christopher Buzby, par ailleurs très présent tout au long du disque. Les différentes parties se succèdent ensuite de calmes interludes en passages relevés, le tout se juxtaposant en un kaléidoscope captivant mais qui, à la longue, devient un peu éprouvant pour l’auditeur. Un orchestre à cordes (deux violons et un violoncelle) et une flûte donnent de la profondeur à certaines sections et les voix, travaillées et mixées avec soin, sont convaincantes sans être toutefois exceptionnelles. On trouvera peu de solos dans cette longue plage : il y a bien ici et là de courtes interventions de guitare, d’orgue ou de synthé mais les musiciens travaillent bien davantage d’une façon collective au service du texte et de la composition. Difficile de faire des comparaisons : Mei n’emprunte pas à grand monde, pas même aux classiques des 70’s, à croire que ces gars de Philadelphie ont développé leur style en autarcie. Le côté Rock classique, l’orgue groovy et l’apparente facilité à entrelacer les thèmes font parfois penser au Spock’s Beard des premiers albums mais sans la voix de Neal Morse, sans le flamboiement des parties instrumentales et sans ce côté pop qui facilite l’essaimage de leur musique hors du milieu strictement progressif. En définitive, le principal souci avec ce disque est surtout inhérent à cette plage unique de 50 minutes : comme l'écrivait Franz Kafka, l’éternité, c’est long, surtout vers la fin !

[ Echolyn Official Website ] [ Ecouter / Commander ]

The Morrigan : Hidden Agenda (English Garden), UK 2002

Fondé en 1984, ce groupe anglais peu connu a pourtant produit à peu près tous les cinq ans un disque dans le style qu’il affectionne : un mélange de Rock celtique, de folklore classique anglais (comme en jouait parfois Lindisfarne ou Fairport Convention) et de Rock progressiste d’inspiration médiévale ou renaissance (Jethro Tull, Renaissance et dans une moindre mesure Gentle Giant). Hidden Agenda, leur dernier opus en date, pourrait bien les sortir enfin des oubliettes de leur château féodal où ils sont restés reclus pendant près de 25 années. Le compact s’ouvre sur Swallow’s Tail qui est un bon résumé de la musique de The Morrigan : une gigue traditionnelle interprétée à la flûte plutôt qu’au sempiternel violon, enrobée d’un arrangement progressiste symphonique et incluant une partie bien dense de guitare électrique. Vient ensuite In The End, un rock progressiste mélodique composé par le groupe, intelligemment mixé avec une partie instrumentale d’inspiration celtique intitulée Tristan's Lament, le tout constituant l’une des plages les plus réussies de l’album. Le répertoire continue avec une danse encadrée par des voltas respectivement composées par deux compositeurs allemands de la Renaissance : Tilman Susato (Basse Danse) et Michael Praetorius (Voltas). Débutant comme une précieuse danse élisabéthaine avec flûte, flûte à bec et mandoline, la composition ne tarde pas à évoluer en une interprétation vigoureuse louchant sur le rock celtique et mixant les instruments traditionnels avec des guitares électriques et des synthés. L’un des autres sommets est A Night To Remember, plus progressiste, qui raconte, sans mentionner le nom du navire, le naufrage du Titanic. Les multiples changements de rythme, les mélodies imbriquées, les vocaux intrigants (se fondant parfois en chorale) et les passages instrumentaux variés font de cette composition de 10 minutes un vrai titre épique qui place The Morrigan dans une autre catégorie que les groupes de Folk-rock précités. Ajoutez enfin à tout ça The Parting Glass, une émouvante ballade et l’un des rares vrais moments reposants de l’album, magnifiquement interprétée par Cathy Alexander sur fond de flûte. Si vous aimez le Rock progressiste teinté de folk et de classique (ou l’inverse), vous succomberez bien vite à cette musique qui est définitivement une réussite dans le genre. A noter la très belle pochette d’inspiration médiévale due au talent d'illustrateur du guitariste et membre fondateur du groupe : Colin Masson.

[ The Morrigan Official Website ] [ Hidden Agenda (CD & MP3) ]
[ The Parting Glass ] [ Joe Cooley's Reel ]

Mostly Autumn : Music Inspired By The Lord Of The Rings (Legends Records), UK 2001

En novembre 2001, pour profiter du battage publicitaire accompagnant la sortie du film de Peter Jackson, Mostly Autumn, poussé par son label, écrit, enregistre, mixe et produit en 14 jours seulement un album complètement dédié au Seigneur des Anneaux. Et Music Inspired By The Lord Of The Rings est immédiatement lancé sur le marché bien mis en valeur dans une pochette attrayante reproduisant une illustration des célèbres Frères Hildebrandt. Bien que les arrangements auraient sans doute gagné à être mieux développés, la musique elle-même est plutôt réussie, illustrant avec beaucoup de fraîcheur et de panache quelques épisodes dramatiques ou féeriques du célèbre récit de Tolkien. On passe ainsi de titres sombres ou menaçants (Overture / Forge Of Sauron, Caradhras The Cruel, The Return Of The King) à d'autres plus calmes et aériens (Goodbye Alone, At Last To Rivendell, Journey’s Thought, To The Grey Havens) en rapport avec le sujet traité, la musique étant toutefois nettement plus concentrée sur l’hommage à la nature, la féerie ou les moments d'émotion que sur les batailles épiques et le bruit des armes qui constituent plutôt le lot des groupes de métal. Comme d'habitude, le groupe incorpore dans son rock des passages folk joués à la guitare acoustique, à la flûte et au violon qui lui donnent parfois une coloration celtique ou médiévale, ce qui convient particulièrement bien au contexte de cet album. Et Bryan Josh ajoute toujours ici et là quelques solos de guitare qui électriseront les synapses des amateurs du Pink Floyd. Sinon, la musique est du rock symphonique rappelant aussi à l'occasion des groupes comme Camel ou Genesis et on y trouve même une petite ritournelle en forme de boîte musicale (Lothlorien) qui en fera sourire plus d’un. Sur les 13 morceaux du répertoire, six sont des instrumentaux et deux sont des reprises d'anciennes compositions : Out Of The Inn et Helm's Deep, ce dernier titre n'étant accessible que via une vidéo lisible sur un ordinateur. Finalement, ce que l'on perd en raffinement, on le regagne en spontanéité si bien que cette œuvre, sans être totalement aboutie, constitue quand même un bel hommage au plus célèbre des romans de Fantasy. Un pari osé et finalement gagné !

[ Mostly Autumn : The Official Site ] [ Music Inspired By The Lord Of The Rings (CD & MP3) ]
[ At Last To Rivendell ] [ The Riders Of Rohan ] [ To The Grey Havens ]

Iluvatar : A Story Two Days Wide (Kinesis), USA 1999

Dans ce genre essentiellement d’origine anglaise qu’est le néo-progressif, l’Amérique possède au-moins une pépite de grande valeur avec Iluvatar, originaire de Baltimore (Maryland), dont le nom est issu d’un personnage du Silmarillion de Tolkien. Avec ses arrangements subtils et enveloppants qui laissent la place à de longs développements instrumentaux et au vol majestueux de la guitare de Denis Mullen en particulier, c’est le nom de Marillion, période Brave, qui vient d’abord à l’esprit. En écoutant mieux, on se rend compte combien le chanteur Glenn McLaughlin a un timbre de voix proche de celui de Phil Collins, ce qui est surtout apparent sur Sojourns et, du coup, c’est au Genesis de Wind And Wuthering que l’on pense. Par contre sur Better Days, qui sonne à la fois plus rock et plus moderne avec ses claviers au son digital et la voix filtrée du chanteur, c’est le groupe canadien Rush de Test For Echo qui est invoqué. Tout ça pour dire que A Story Two Days Wide, troisième opus studio du groupe actif depuis 1992, est un disque maîtrisé, varié et plein de surprises. Au-delà des références, Iluvatar s’impose surtout par des mélodies qui ont du souffle comme celles de ce très beau Better Days au refrain accrocheur et de la longue pièce épique Indian Rain qui clôture le répertoire en beauté avec des interplays magiques entre la guitare et le mellotron. A tous ceux qui ne connaîtraient pas encore Iluvatar, on ne peut que recommander l’écoute de cet album fort réussi qui date déjà de 1999 mais qui reste à ce jour le chef d’œuvre de leur discographie et une des meilleures émanations du Néo-Prog.

[ Iluvatar : The Official Site ] [ A Story Two Days Wide ]

Landberk : Indian Summer (Record Heaven), SUE 1996

Assimilé à la vague nordique des groupes de rock progressiste qui a déferlé à la suite d’Änglagård au début des années 90, Landberk possède indéniablement ce côté sombre et mélancolique qui évoque si bien les brouillards glacés des fjords scandinaves. La dernière plage Indian Summer par exemple n’est pas si éloignée dans l’esprit de certaines œuvres de Terje Rypdal, de Ketil Bjonrstad, voire du Pat Metheny introspectif des débuts du label ECM. Mais contrairement à des groupes comme Änglagård, Kaipa, Sinkadus, Pär Lindh Project ou les Flowers Kings, Landberk ne reprend pas à son compte les canons de la musique progressive définis par les groupes des 70’s comme Genesis, Pink Floyd, ELP ou Yes. Difficilement classable, sa musique est simple, mélodique, fondée sur un rythme immuable et révèle de multiples influences qui n’ont souvent rien à voir les unes avec les autres. All Around Me ou Dustgod rappellent ainsi un U2 dont le rock serait resté plus alternatif que commercial, comparaison encore renforcée par la voix profonde et traînante du chanteur qui se situe dans le même timbre que celui de Bono. D’autres plages font penser à Van De Graaf Generator, Anekdoten ou même au Simple Minds des débuts. Les claviers, mellotron et orgue Hammond, parfois à peine audibles, sont largement dominés par la guitare de Reine Fiske jouée dans un registre clair avec des effets de vibrato et d’écho. Pas de solos ni de complexes interplays d’instruments, ici prime l’économie des moyens et c’est davantage le rythme, imposé par la batterie lancinante de Jonas Lindholm et par la basse très présente de Stefan Dimle, qui est le fil conducteur de ces mélodies minimalistes plus proches de l’Art Rock que du Progressif (tout au moins dans sa définition la plus courante). 1st Of May, Dustgod et Dreamdance plus enlevés apportent une diversité bienvenue dans le répertoire et contribuent au fait que ce disque s’écoute d’une traite avec plaisir. Malheureusement, Indian Summer fut la plus originale et la meilleure mais aussi la dernière œuvre de Landberk porté disparu peu de temps après au sud du Cercle Arctique. Le guitariste et le bassiste ont depuis refait surface, d’abord avec Morte Macabre (Symphonic Holocaust, 1998) en compagnie de deux musiciens d’Anekdoten et plus tard au sein d’un nouveau groupe prometteur du nom de Paatos.

[ Indian Summer (CD) ]
[ Dustgod ] [ All Around Me ]

Spock's Beard : The Light (Metal Blade), USA 1995 - réédition : The Light Special Edition (Inside Out) 2004

Dès son premier album, Spock's Beard s'est positionné dans la cour des grands. Voici un disque de rock progressiste explosif avec seulement quatre titres, dont deux au-delà de 12 et un de 23 minutes, qui font penser à beaucoup de monde mais à personne en particulier. D'ailleurs les références ne sont pas uniquement progressives (Kansas, Yes, Genesis, King Crimson, Gentle Giant, Pink Floyd sont des noms qui viennent à l’esprit au fil des différentes sections) mais s'adressent aussi à des groupes de pop / rock classique comme Elton John, les Beatles et Santana ou encore à des genres particuliers comme le jazz, la fusion, le funk, la musique latine ou le gospel. Difficile de présenter ces compositions complexes dont le rythme et la mélodie changent constamment de direction. Dominée par le mellotron, l’orgue Hammond, le piano et autres claviers tous joués ici par Neil Morse (Ryo Okumoto n’arrivera que sur le prochain disque), la musique est certes éclectique mais elle ne se départit jamais vraiment d’une structure solide basée d’abord sur le rock même s’il n’est pas toujours à quatre temps. Ce qui est certain, c'est qu’à peu près tout le monde y trouvera son compte. La seule chose que l'on peut finalement reprocher à cet album est qu'il ne s'écoute pas d'une oreille distraite : il faut s'accrocher pour suivre les brusques variations de style et d'ambiance mais le plus incroyable c'est qu'avec un peu d'attention, tout s'ajuste presque parfaitement comme un plat dont l’exquise saveur serait composée d'innombrables ingrédients. Les textes sont énigmatiques pour ne pas dire un peu confus, parfois même discutables quant à l’utilisation intensive d’un mot vulgaire de quatre lettres, et la qualité sonore n'est pas optimale, en tout cas nettement inférieure à celle de V ou de Snow, mais après tout, c'est bien peu de chose comparé à la brillance et à la diversité de cette musique. En 1995, Spock's Beard agrandissait un peu plus la marge qui distingue le Rock progressiste des autres musiques dites populaires. A noter que l’édition spéciale remastérisée qui vient de sortir sur le label Inside Out contient en bonus la démo du titre The Light.

[ Spock's Beard : The Official Site ] [ The Light (CD & MP3) ]
[ The Light ]

Änglagård : Hybris (Exergy), Suède 1992 - réédition 2003

Premier opus du mythique groupe suédois Änglagård, Hybris, sans être à la hauteur du second et dernier album studio (Epilog) paru deux années plus tard, reste quand même l’un des grands disques de rock progressiste du début des 90’s et l’un des meilleurs de l’année 1992. Cette musique essentiellement instrumentale, qui privilégie le retour à des instruments caractéristiques du genre comme le moog, le mellotron, l’orgue Hammond ou des guitares acoustiques et électriques sans effet, tranche sur la production néo- ou metal-prog de l’époque et se révèle d’une efficacité confondante grâce à une intégrité étonnante pour d’aussi jeunes musiciens, des compositions qui accrochent et cette façon déjà très personnelle d’entrelacer les passages sereins brodés autour du silence et inspirés de ritournelles folkloriques scandinaves avec de soudaines explosions d’une haute densité. Cette alternance entre accalmies paisibles et foudroyantes éruptions, dont la logique sera portée au paroxysme dans Epilog, fait naître chez l’auditeur une inquiétude, une tension qui le tient en haleine tout du long. Änglagård est décidément un groupe à part qui, sans rien devoir à personne, présente d’emblée une qualité égale à celle des plus grands comme Yes ou King Crimson vingt années auparavant. Impossible de résister à cette flûte aux accents pastoraux annonciatrice d’orages menaçants. Il plane sur ce disque comme sur son successeur une brume mystérieuse dans laquelle l’auditeur, une fois égaré, perd toute notion du temps, toute référence, ainsi que la mémoire de ce qu’il a entendu auparavant. En 2003, Hybris, qui reste une expérience conseillée à tous les amateurs de prog, méritait bien une seconde réédition. Par rapport au LP original, ce cédé, bien emballé dans un digipack luxueux conservant la pochette originale, comprend un cinquième titre au nom imprononçable qui fut jadis offert en cadeau bonus aux lecteurs d’un magazine anglais oublié.

[ The Ånglagård Home Page ] [ Hybris (CD & MP3) ]
[ Jordrok (Earth Smoke) ]

Twelfth Night : Collectors Item (GFT / Cyclops), UK 1991 (réédition 2001)

Constatant après leur dissolution en 1987 qu’ils n’avaient pas de trace discographique de leur composition épique The Collector, les membres originaux de Twelfth Night (avec Geoff Mann) se retrouvent une dernière fois en studio une année plus tard pour l’enregistrer en même temps qu’une nouvelle version de Love Song figurant initialement sur Fact And Fiction. Le reste est une compilation d’anciennes titres (dont trois inédits sur la réédition de 2001) mais pour ceux qui ne connaissent pas le groupe, ce compact constitue un bon point de départ d’autant plus qu’il n’est désormais pas trop difficile à trouver. Certaines plages comme Art & Illusion, Deep In The Heartland et The Ceiling Speaks sont franchement rock avec un mur de sons construit par les couches successives de guitares et de claviers. La voix d’Andy Sears, qui succéda à Geoff Mann à partir de 1983, est aussi efficace et semble plus étendue, plus professionnelle que celle de son prédécesseur même si elle s’avère moins expressive et théâtrale. Dans la nébuleuse Néo-Prog des 80’s, Twelfth Night fut sans doute le groupe le plus contrasté et le plus original par rapport aux canons du rock progressiste des 70’s mais, bien que ne manquant pas de grands moments avec de superbes passages instrumentaux, sa musique rugueuse ne lui amena pas la reconnaissance que connurent des groupes plus lissés comme Marillion ou IQ. Les textes, qui n’ont rien à voir avec la Fantasy, sont souvent des réflexions intelligentes sur la vie et certains sont engagés avec des prises de position courageuses contre le racisme, les armes nucléaires ou les mensonges des politiciens. Peut-être finalement n’a-t-il manqué à ces chansons qu’un peu d’envergure dans la production pour leur ouvrir des horizons plus prometteurs ?

[ Twelfth Night ] [ Collectors Item (CD & MP3) ]
[ The Collector ]

Kansas : Point of Known Return (Kirshner / Sony), USA 1977 - réédition 2002

I close my eyes. Only for a moment and the moment’s gone. All my dreams pass before my eyes, a curiosity. Dust in the wind. All they are is dust in the wind. Cette simple mais superbe chanson sur la condition humaine avec son solo de violon et son refrain irrésistible est restée la signature de Kansas, groupe fondé à Topeka en 1970. Assimilé au courant du Rock progressiste, Kansas se distingue pourtant des groupes européens du genre par un son pop/rock/blues plus hard et sans doute influencé par ce que l’on pouvait entendre à l’époque dans les bars de l’Amérique profonde (comme au Kansas par exemple !). Prolongeant la percée du disque précédent, Leftoverture, celui-ci apparaît plus abordable mais ne renie pas pour autant une approche ambitieuse de la musique. En plus des riffs énergiques, les changements de rythmes, la dimension instrumentale, les mélodies inusitées et surprenantes ainsi que la touche spéciale apportée par le violon de Robbie Steinhardt le rattachent définitivement à ce qu’ont tenté de faire des groupes comme Yes ou ELP et non à d’autres machines du rock calibrées pour la FM comme Boston, Styx ou Foreigner. Si le titre éponyme et Dust In The Wind ont connu un succès commercial mérité, le reste du disque contient d’autres pépites comme Paradox, le trop court instrumental The Spider et Closet Chronicles, tous remarquables par cette fusion originale de progressif et de pop/rock standard. Malheureusement, ce disque marque aussi un tournant dans l’histoire du groupe qui va perdre peu à peu son intégrité et la recette de son style unique à base de rock évolué : Monolith et plus encore Audio-Visions respectivement parus en 1979 et en 1980 sont loin d’être indispensables. La réédition en compact remastérisé, 25 années après la parution du LP, est l’occasion de redécouvrir cette musique qui n’a rien perdu de son punch. Au contraire, les textures sont mieux définies, les claviers sont optimisés et le mixage d’une manière générale rend l’œuvre plus nuancée et donc plus agréable à entendre. En plus, le cédé est livré avec deux inédits en bonus : une version live plutôt jouissive de Sparks of the Tempest et une autre remixée de Portrait (He Knew).

[ the Official Kansas Band Website ] [ Point Of Know Return (CD & MP3) ]
[ Point Of Know Return ] [ Dust In The Wind ]

Kamelot : Karma (Sanctuary Records), USA / NORVEGE 2001

Déjà avec leur précédent album, The Fourth Legacy, Kamelot était passé dans une autre dimension par rapport à ses précédentes réalisations et celui-ci confirme que le groupe progresse encore dans le genre qu’il s’est choisi : un euro-métal puissant, mélodique et symphonique avec des tendances progressives certes discrètes (Kamelot n’est ni Evergrey, ni Symphony X et encore moins Dream Theater) mais néanmoins bien présentes. Il y a au-moins quatre qualités qui sortent Kamelot de la meute des groupes de power metal. D’abord, le Norvégien Roy Khan (ex-Conception) est un chanteur exceptionnel, non seulement capable de transmettre la fièvre sur des brûlots comme Forever, Across The Highlands ou Wings Of Despair qui se comparent sans peine aux meilleurs hymnes de Stratovarius, Nightwish ou Rhapsody, mais il se révèle en plus comme un de ces rares chanteurs à pouvoir donner vie à des ballades qui, sans lui, ressembleraient vite à des ringardises de supermarché (Don’t You Cry). Ensuite, le guitariste et principal compositeur Thomas Youngblood a du style : ses mélodies sont prenantes et il sait comment exploiter les contrastes sans jamais tomber dans le piège de la virtuosité démonstrative, encore qu’on sent qu’il en a les moyens. Quant au cinquième homme, Miro, qui ne fait pas partie du quartet, on lui doit cet enrobage fastueux qui est aussi la marque de Kamelot : piano, synthés et arrangements orchestraux, l’homme ne se contente pas de jouer des solos qui ressemblent à ceux des guitares mais s’attache à parer la musique de somptueuses textures qui la rendent irrésistible comme dans cette ouverture instrumentale qu’il a composée, Regalis Apertura, digne d’une bande son hollywoodienne pour film épique. Enfin, il ne faut pas oublier la production décisive de Sascha Paeth, aidé par Miro, qui mixe les sons avec un sens aigu de la mise en place des instruments, procurant aux paysages sonores inventés par le groupe une profondeur et une dynamique qui les rendent clairs et conviviaux. Le titre Karma est un remarquable condensé des capacités du groupe : une mélopée orientale en introduction qui débouche sur une rythmique infernale, une orchestration qui monte la puissance, quelques notes de piano suspendues, un refrain qui décolle comme un tapis volant, un break presque planant profilé par des arpèges électroniques avant une nouvelle charge de cavalerie dynamitée par un court solo de guitare … et tout ça en à peine 5 minutes. Bon d’accord, c’est le meilleur titre d’un album qui comporte aussi des moments moins glorieux (Temple Of God par exemple en forme de Hard Rock classique plus anodin), mais quand même, mieux dans le genre, c’est difficile à trouver. A mi-chemin entre le rock sobrement progressiste d’un Vanden Plas ou d’un Blind Guardian et la puissance mélodique d’un Stratovarius ou d’un Sonata Arctica, Kamelot s’est émulé un style qui devrait lui aliéner beaucoup d’amateurs. Même ses pochettes sombres, évocatrices et fantastiques, confiées à l’illustrateur américain Derek Gores, témoignent de cette volonté de tout peaufiner dans les moindres détails. Dès lors, pas besoin d’être Nostradamus pour prédire à Kamelot un bel avenir.

[ Kamelot Official Website ] [ Karma (CD & MP3) ]
[ Karma ] [ Forever ]

Peter Hammill : The Thin Man Sings Ballads (FIE!) - compilation, UK 2002

Rares sont ceux qui ont suivi la carrière solo de Peter Hammill dans son intégralité. Depuis Fools Mate en 1971, l’homme a enregistré une quarantaine de disques sous son propre nom, ceux des années 70 jusqu’à Over (1977) étant généralement préférés par les fans de Van Der Graaf Generator. Après être entré dans une phase plus expérimentale, il a formé le K Group au début des années 80 avant de revenir vers 1986 à une longue série d’albums en solitaire qui balancent entre véhémence et poésie et dont on ne sait finalement pas grand chose. Alors, un disque de ballades repiquées dans une production discographique s’étendant sur 20 années, ça pouvait sembler une bonne idée. Dès les premières secondes, sa voix profonde et chargée d’émotion, ses accompagnements éthérés, ses textes profondément lyriques emportent l’adhésion. Phosphorescence, extrait de Everyone You Hold (1997), est splendide : sur fonds de guitares et de violons, avec les voix soprano de ses filles Holly et Beatrice en support, Hammill chante l’amour absolu à sa façon magique avec des images qui font mouche « ships pass in the night and in their wake they leave just phosphorescence ». Don't Tell Me (Enter K, 1982) est une ballade au piano dont la structure et le son représentent l’essence même du Hammill romantique. Tenderness (Everyone You Hold) est altéré par un son trafiqué en arrière plan qui procure une atmosphère étrange à la composition. A Better Time (X My Heart, 1996) est joliment enrobé par une orchestration à cordes arrangée par Stuart Gordon qui joue du violon et du violon alto sur la plupart des titres. Since The Kids (This, 1998) est une improvisation cristalline au piano presque minimaliste à la manière de Harold Budd (The Plateaux of Mirror) avec un texte intelligent à propos du processus parental. La musique affiche un goût pour l’esquisse et les couleurs. Elle coule alanguie, nonchalante, mélodique, feutrée, avec une élégance discrète et cette voix qui ne ressemble à aucune autre. On regrette bien quelques envolées instrumentales et le fait que David Jackson, pourtant présent sur certains des albums originaux, ne souffle jamais dans son saxophone. Mais on est quand même conquis et gagné par l’envie de partir à la redécouverte de cette multitude d’albums enregistrés en secret par un musicien totalement original dont on sait qu’il est capable de tout et parfois du meilleur. Sur la pochette de ce disque, Hammill écrit : « cette compilation n’est pas entièrement représentative de mes albums, quelques uns n’étant pas destinés aux cœurs sensibles. Mais si votre intérêt dans mon travail est éveillé par cette collection et que vous souhaitiez en découvrir davantage, alors je suggère deux CDs comme points de départ comparativement calmes : Fireships et Everyone You Hold. » C’est un conseil à suivre. Absolument !

[ Peter Hammill's Official Web Site ] [ The Thin Man Sings Ballads (CD & MP3) ]
[ Phosphoresence ] [ Since The Kids ]





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