Le Rock progressiste

Spécial France - Espagne - Italie - Belgique


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Ange : au-delà du délire (Philips), FRANCE 1974

De tous les albums d’Ange, groupe de rock symphonique franc-comtois qui eut son heure de gloire dans les années 70, celui-ci est resté comme son épisode le plus glorieux même s’il n’est pas nécessairement le meilleur et en tout cas loin d’être le mieux produit. Souvent comparé au Genesis de Foxtrot avec lequel il partage l’agencement de ses structures musicales, un goût certain pour les contes populaires et un côté théâtral extraverti, Ange a aussi ses particularités qui le rattache à la tradition de la musique francophone et sait, à l’instar d’un Jacques Brel par exemple, s’approprier et chanter, voire déclamer des histoires qui retiennent l’attention. Beaucoup d’entre elles sont délirantes, parfois absurdes ou humoristiques (La Bataille du Sucre) tandis que leurs racines plongent dans un vivier de légendes et de contes fantastiques issus du terroir (la Franche-Comté n’est-elle pas le pays de la Fée Mélusine et du grand serpent à l’escarboucle que l’on nomme La Vouivre ?). Parolier original et talentueux, déjà maître de son art après deux albums en studio, Christian Decamps fait en plus passer quelques réflexions hors des sentiers battus de la musique pop (Si J'étais Le Messie). Quant à la musique, elle se donne parfois des accents médiévaux pour illustrer les aventures de Godevin, le vilain démon venu des marais. Les arrangements sont variés et bien construits et l’orgue tenu par le frangin Francis Decamps est managé de telle façon qu’il donne une réelle ampleur à la musique. Même les solos de guitare ont du mordant, plus proches du style heavy d’un Martin Barre dans Aqualung que des contrepoint délicats de Steve Hackett. Au-delà du Délire ne dure que 38 minutes mais c’est un disque dont la densité ne faiblit jamais. Trente années plus tard, il garde un pouvoir d’attraction intact et on a vite oublié son déficit en production face à la qualité et à l’originalité de cette musique dont le style a souvent été copié mais rarement égalé. On attend toujours une remastérisation digne de ce nom mais, même dans sa version actuelle, si vous aimez le rock symphonique et si de surcroît la langue de Voltaire ne vous est pas hermétique, vous en ferez plus que probablement un usage à vie.

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Mona Lisa : Avant qu'il ne soit trop tard (Musea), FRANCE 1978

Ange, contrairement au groupe anglo-saxon Genesis et à son chanteur Peter Gabriel dont il tira son inspiration première, ne fit pas vraiment école chez lui et Mona Lisa est l’un des rares groupes s’inscrivant dans la filiation directe de la plus célèbre des formations de Rock symphonique progressiste d’expression française. En assurant les premières parties des concerts de leur aîné et en recourant aux services de producteurs ayant travaillé avec Ange, Mona Lisa fut perçu rapidement comme l’ombre du groupe franc-comtois, ce qui probablement le desservit plus qu’autre chose. On y retrouve aussi la même diction claire du chanteur, le même côté théâtral de la musique, la même attirance pour les contes du terroir à consonance fantastique ou médiévale, la même orchestration expressive à base de synthés et de guitares électriques soulignant des textes émotionnels et parfois grandiloquents mi-déclamés et mi-chantés. L’affaire serait entendue si, après une écoute attentive, Mona Lisa ne révélait très vite une spécificité qui exclut de le considérer comme un simple clone. La musique, malgré des digressions instrumentales où brillent les synthés et le mellotron de Jean-Paul Pierson et la guitare électrique de Pascal Jardon, est entièrement au service des textes qu’elle souligne parfois en créant des ambiances cinématographiques : les percussions simulant la barque qui craque dans la tempête ou la flûte qui imite les cris des mouettes dans Souvenirs de Naufrageurs, les cloches et le riff gothique sur Avant Qu’il Ne Soit Trop Tard en sont quelques exemples particulièrement réussis. Voilà le secret de Mona Lisa : à l’instar des films où le son est mis sur des images pour leur donner du relief, il est ici utilisé pour donner du poids aux mots en les nimbant de mystère. Dominique Le Guennec a d’ailleurs un don pour raconter ses petites histoires qui ne manquent ni d’imagination ni de poésie : « Le soleil tisse sur ton onde, mille filaments d’argent. Clapotis de vagues sur le sable. Epaves de bateaux ruisselants. Clapotis de vagues sur le sable, où se battent les goélands. » De l’avis de ceux qui connaissent bien Mona Lisa, cet album constitue, après son prédécesseur Le Petit Violon de Mr Grégoire, le premier point d’orgue de leur discographie. Dommage que, vaincu par des critiques malveillants plus enclins à l’époque à célébrer l’anarchie que la poésie, le groupe se soit sabordé sur un coup de blues car il aurait pu devenir le Marillion du monde francophone. Les trois titres en bonus (Souvenirs de Naufrageurs, Créatures Sur la Steppe et Léna) enregistrés en concert à Calais en 1978 sont réservés aux collectionneurs : la prise de son est mauvaise et les versions en studio incomparables. Mais que ça ne vous empêche surtout pas de redécouvrir les six plages originales (soit 35 minutes) de ce disque oublié de l’histoire. Elles en valent la peine !

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[ Avant Qu´Il Ne Soit Trop Tard ] [ Lena ]

Magma : Mekanïk Destructïw Kommandöh (Seventh Records CD - REX VII), FRANCE 1973

Sans être le plus représentatif du fameux groupe volcanique français Magma, M.D.K. est probablement leur album le plus connu, doté depuis sa parution en 1973 d’un statut de disque culte non seulement en France mais partout où l’on écoute du Rock progressiste. Malgré un schéma souvent répétitif proche de la musique modale chère à John Coltrane (une des grandes inspirations du leader Christian Vander), un mixage approximatif qui ne rend pas justice au jeu foisonnant du batteur, une production médiocre et le fait qu’on y chante dans un langage à consonance gothique entièrement inventé (kobaian) et donc hermétique (il n’y a à ma connaissance aucune traduction des textes nulle part), cette pièce en 7 mouvements est grandiose. Avec son chœur féminin à cinq voix omniprésent, les percussions dithyrambiques de Vander, la basse vibrante de Janick Top, la voix de baryton extra-terrestre de Klaus Blasquiz, sa mise en scène théâtrale et la tension qu’elle provoque, cette musique orgasmique dégage une puissance dramatique rarement égalée. Wagner, Stravinsky ou le Carmina Burana de Carl Orff viennent bien à l’esprit mais c’est à défaut de trouver d’autres analogies, car cette expérience futuriste basée sur une concept de science-fiction, récurrent depuis le premier disque du groupe et qui va au-delà de celui-ci, défie toute classification. Quelqu’un a comparé M.D.K. à un « opéra klingon » et il est difficile de mieux faire dans la métaphore. Expérimental et tranchant radicalement sur la production française du début des années 70, M.D.K. pour intrigant qu’il soit n’est paradoxalement pas un disque difficile à écouter tant la majesté sombre de cette musique répétitive et obsessionnelle s’impose rapidement à ceux qui l’écoutent. Heureusement rééditée par le label Seventh Records, cette œuvre colossale et universelle, qu’on ne risque pas de trouver dans le bac à disques d’un détaillant, est désormais facilement accessible via Internet sur le site même du label. Maintenant, allez-y vite, c’est ici !

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[ Mekanik Destruktiw Kommandoh ] [ Mekanik Destruktiw Kommandoh interprété live en 2000 ]

Atoll : L'Araignée-Mal (Eurodisc LP / Musea CD), FRANCE 1975

Aux côtés de Magma, Gong, Ange, Pulsar, Zao, Mona Lisa, Clearlight et quelques autres, le groupe Atoll fait partie de la crème du Rock progressiste français des années 70. Ce quintet originaire de Metz augmenté d’un saxophoniste / flûtiste a sorti son premier LP en 1974 : Musiciens Magiciens est médiocre même s’il offre parcimonieusement quelques moments agréables dans un style varié qui va de la musique folk genre CSN&Y au rock théâtral d’Ange mais avec une touche progressive plus affirmée (on les a parfois comparés à Yes mais c’est plus une inspiration qu’une véritable influence). Le dernier titre Je Suis D'ailleurs révèle en tout cas un groupe talentueux dont le style demande à être affiné mais qui promet. L'Araignée-Mal paraît l’année suivante avec Christian Beya remplaçant Luc Serra à la guitare et avec l’addition de Richard Aubert au violon. Probablement en raison de ces changements, la technique fait un bond en avant et le style devient plus progressif et nettement plus incisif. Quatre titres seulement mais rien à jeter. Cazotte n°1 est un superbe morceau de fusion avec des interplays guitare / synthés / violon évoquant donc forcément les riches heures du Mahavishnu Orchestra et les duels McLaughlin/Goodman/Hammer. Le Photographe Exorciste et Le Voleur D'extase confirment l’évolution du groupe vers des horizons plus progressifs avec de multiples et surprenants changement de climats. Et le meilleur est à venir avec L'Araignée-Mal, longue suite de 21 minutes en quatre mouvements qui occupait à l’origine toute la seconde face du LP. Véritable œuvre épique, elle rassemble le meilleur de ce qu’Atoll a à offrir : assise rythmique détonante, variation des climats, crescendos magiques, passages symphoniques et Jazz-rock sans oublier le lacis instrumental qui élargit encore le cadastre de cette composition fort réussie. L’album Tertio, paru en 1977, se fera sans Richard Aubert qui est gentiment remercié et bien que cet opus, plus symphonique au détriment de la fusion, reste la seconde œuvre majeure du groupe (et même la première pour beaucoup d’aficionados), le violon, qui donnait un ton particulier au précédent album et avait su faire la différence, se fait regretter. Rock Puzzle en 1979 marque le déclin d’Atoll et une certaine distanciation du rock progressiste probablement dans une tentative pour rester en phase avec les nouveaux goûts musicaux de la fin de la décennie. Depuis, Chris Beya a tenté de ressusciter l’âme d’Atoll avec L’Océan (paru en 1989 dans l’anonymat) suivi d’un disque en support enregistré live au Japon en juillet 89 (Tokyo, C'est Fini) et a récemment refait surface avec Illian. Mais ça, c’est définitivement une autre histoire.

Le label Musea a ajouté sur le compact une version bonus de Cazotte enregistrée live, un mois avant celle en studio, au Festival des Solstices à Sierck-Les-Bains. Richard Aubert n'avait pas encore rejoint le groupe qui profitait par contre de la présence du saxophoniste Laurent Gianez en invité. Cette version allongée et débridée n'aura surement pas déçu les amateurs venus applaudir les deux poids-lourds du Prog français, Magma et Gong, qui se produisaient ce jour-là sur la même scène.

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Asturcon (Dial Discos), ESPAGNE 1981

Asturcon s’est formé dans les Asturies vers 1978 en plein cœur d’une époque faste pour le rock progressiste espagnol. A l’instar d’autres groupes ibériques (Triana, Gotic, Ibio), l’idée de son fondateur Victor Carrizo était de mixer le rock symphonique anglo-saxon avec le riche folklore local, en l’occurrence ici les mélodies populaires asturiennes. Deux années plus tard, le groupe gravait en trois jours un LP éponyme de 36 minutes qui resterait son unique témoignage discographique. Le premier titre Mayu donne le ton : après une introduction pastorale, la musique évolue rapidement en une combinaison de rock symphonique et de folkore où les guitares électriques et les claviers côtoient des solos de flûte ou de cornemuse. Victor Carrizo déclame plus qu’il ne chante des textes qui ont une consonance espagnole mais qui s’avèrent en fait être du Bable, un dialecte asturien. Ca tourne bien : l’ambiance est festive et le rythme soutenu porte la barque avec beaucoup d’enthousiasme. Xareu en la 214 fait la part belle à la cornemuse qui lui donne des allures de gigue écossaise endiablée malgré un interlude central plutôt jazzy. El Ventolin, emmené par la guitare électrique de Paulino Solana, retient aussi l’attention par de courts solos de flûte et de claviers. Mais la pièce maîtresse de l’album est incontestablement El Galope del Asturcon qui est dédié à une race de petits chevaux libres vivant dans les montagnes asturiennes. Changements fréquents de climats, bruitages d’eau vive, de tonnerre et de galop, envolées de guitares électriques débridées, passages bucoliques à la flûte sans oublier le court récit en finale : cette composition évocatrice des grands espaces est la plus progressive de l’album et possède un réel pouvoir émotionnel. Le dernier titre, une adaptation de La Coralina qui évoque parfois le Uriah Heep de Salisbury, clôture cet album plus folk que rock qui, en dépit d’un manque de maturation et de production, affiche une spontanéité et un dynamisme qui font plaisir à entendre. Asturcon, trop vite disparu, aurait bien mérité d’avoir une seconde chance.

[ Le Rock progressiste Espagnol ]

Gotic : Escenes (Movieplay / FonoMusic / M2U Records), ESP 1978 (LP) - réédition en CD en 1988 et en 2003

En 1975, Franco meurt et désigne Juan Carlos comme successeur. Après une période d’isolement, l’Espagne connaît une révolution démocratique et sa société, une libéralisation économique et culturelle : la fameuse Movida. Entre-temps, le virus du Prog anglo-saxon qui s’est étendu en Europe franchit la barrière pyrénéenne et provoque l’apparition de clones un peu partout dans le pays mais aussi de quelques formations plus originales qui fusionnent les canons du genre avec des composantes des divers folklores locaux au sein desquels prédomine la musique populaire andalouse. Parmi les meilleurs groupes de l’époque, on retiendra Triana (El Patio, Fonomusic 1975) qui créa une fusion inédite entre rock progressiste et flamenco ; Mezquita (Recuerdos De Mi Tierra, Fonomusic 1979) avec son Rock symphonique aux influences flamenca, jazz et orientales ; Granada (Valle del Pas, Fonomusic 1978) qui mêle à son rock instrumental des influences du folklore de la Galicie ; Crack, Iceberg, Ibio, Canarios …. Et finalement Gotic, originaire de Barcelone, avec son unique et fantastique album intitulé Escenes (Fonomusic, 1978). Subtil et délicat mélange de Jazz-rock rappelant parfois le Return To Forever de Chick Corea dans sa version la plus light et la plus latine, de progressif aux influences classiques dans le style du Camel de The Snow Goose ainsi que d’éléments du folklore traditionnel catalan, la musique instrumentale du quartet offre de superbes interplays entre la flûte dominante et les claviers (mini-Moog, piano acoustique et surtout le Fender Rhodes) avec ici et là quelques beaux passages à la guitare acoustique ou électrique interprétés par des invités. Escenes excède à peine 37 minutes mais offre 7 plages basées sur un bel équilibre des climats qui s’avèrent toutes très plaisantes et accessibles dans leur relative complexité. Les deux compositions les plus marquantes sont Imprompt -1, plus jazzy et plus progressif dans sa structure, et Historia d’una Gota d’Aigua qui, en partant d’un superbe échange entre flûte et guitare acoustique, évolue en un lent crescendo se résolvant en un final grandiose. Ces deux titres en particulier traduisent bien les aspects jazzy et progressif d'un côté, mélodique et lyrique de l'autre, d’un groupe qui a digéré toutes les influences de son temps qu’elles soient britanniques (le style de Canterbury, le Folk-prog, Caravan et Camel), américaines (la fusion latine de Return To Forever) ou même italiennes (PFM, Banco ou Celeste). Mentionnons encore la belle illustration de la double pochette dans un style épuré, féérique et bucolique probablement inspiré par Roger Dean et on se retrouve avec un disque vivement conseillé pour se faire une idée de la richesse du Prog ibérique avant de se lancer dans la découverte d’autres artistes du cru.

[ Le Rock progressiste Espagnol ]



Univers Zero : Hérésie (Atem LP / Cuneiform CD), BELGIQUE 1979

On trouve sur le Web quelques listes reprenant les disques les plus sinistres jamais enregistrés et Hérésie en fait invariablement partie. C’est probablement ce qui a fait sa célébrité même si les qualités de cet album ne résident pas seulement dans l’atmosphère oppressante que son écoute génère incontestablement. Il faut dire que le batteur Daniel Denis avait déjà témoigné d’un goût pour l’univers littéraire horrifique de H.P. Lovecraft en baptisant ses premières formations des noms d’Arkham et de Necronomicon. Formé à Bruxelles en 1974 avec un nom emprunté au titre d’une nouvelle de science fiction écrite par Jacques Sternberg et publiée à l’époque dans la fameuse collection Marabout, Univers Zero a attendu trois ans pour enregistrer son premier disque éponyme et deux ans de plus pour sortir Hérésie. Doté à l’époque d’une pochette en noir et blanc reproduisant un dessin évoquant l’univers médiéval fantastique de Jérôme Bosch, la musique proposée n’a pas grand-chose à voir avec le rock classique. De nature essentiellement acoustique à cause d’instruments comme le basson, le violon, l’harmonium et le hautbois ajoutés à la guitare, au piano, à l’orgue et à la rythmique, le groupe sonne plutôt comme un ensemble de musique de chambre contemporaine sauf qu’il n’y a rien de pastoral dans ces trois longues et étranges pièces musicales. Ici, l’ambiance est celle d’une bande sonore idéale pour accompagner la Mort dans ses œuvres, constituée d’accords graves, chargés d’émotion et parfois dissonants, développés en subtils crescendos. Dans le mixage, on repère aisément la batterie de Daniel Denis (qui a joué un temps en concert avec le Magma de Christian Vander) qui, surtout sur sa composition La Faulx qui occupait jadis toute la première face du LP, délivre en arrière plan d’étonnantes variations rythmiques menant la composition vers d’autres degrés d’intensité. Peut-être à cause de cette habile combinaison instrumentale, le disque n’a pas vieilli d’un iota et, quand on l’écoute aujourd’hui, il conserve un caractère sombre et gothique finalement très actuel. A noter que cet aspect lugubre sans aucun contenu spéculatif (ce n’est pas du RIO) n’est lié qu’à la structure de la musique elle-même sans l’aide d’aucun cliché visuel ou sonore. Une part de la réussite du concept doit sans doute être attribuée au guitariste Roger Trigaux (qui a composé les deux derniers titres, Vous le Saurez en Temps Voulu et Jack The Ripper, ce dernier en collaboration avec Denis), puisque ayant quitté le groupe fin 1979 pour divergences musicales (il préfère l’écriture à l’improvisation), Univers Zero se mettra en quête d’autres perspectives. Une chose que l’on a reproché à cet album est son absence apparente de recul ou d’humour mais c’est probablement involontaire et comme l’a souligné quelque part Denis lui-même, il est certain que cette image d’hommes en noir posant dans la boue pour la photographie reprise sur la pochette du compact n’a fait que les enfermer un peu plus dans leur propre obscurité. Quoiqu’il en soit, Hérésie reste une expérience à tenter, si possible dans le noir, avec le casque sur les oreilles et les images d’un vieux film glauque de la Hammer défilant en silence sur le home vidéo. Vous voilà au centre du pentagramme : descente progressive aux enfers et frissons garantis ! Bon voyage dans l’au-delà !

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[ Jack The Ripper ]



Premiata Forneria Marconi : L'Isola Di Niente (BMG Ariola), ITALIE 1974

Le groupe le plus célèbre de la scène progressive italienne est probablement Premiata Forneria Marconi plus connu par le sigle PFM et, dans leur interminable discographie s’étendant sur 4 décades, les trois premiers LP originaux restent définitivement les meilleurs : Storia Di Un Minuto (1971), Per Un Amico (1972) et L'Isola Di Niente paru en 1974. Cocktail léger d’influences britanniques où l’on reconnaîtra ELP, Genesis, Jethro Tull ou King Crimson, la musique de PFM révèle surtout un arôme particulier dû à ses racines méditerranéennes. Des trois, L'Isola Di Niente apparaît comme le plus sophistiqué et, en moins de 36 minutes, le groupe y déploie l’ensemble de ses qualités. L’Isolia Di Niente (L’île de Personne) débute par deux minutes d'un chant a cappella en forme d'opéra italien, enchaînéees avec des riffs de guitare stimulants bientôt propulsés par une rythmique à haut indice d’octane avant de débouler sur d’autres paysages sonores complexes et variés dont PFM a le secret. A l’opposé de ce titre épique, il y a Dolcissima Maria (Douce Marie), sa jolie mélodie, son arrangement pastoral et sa partie de flûte bucolique qui en font l’une des plus belles ballades jamais composées par le groupe. Entre ces deux extrêmes, l’album ne faiblit pas : introductions monumentales au mellotron (en vérité, une des plus brillantes utilisations de cet instrument au sein de la musique progressive) ou au Moog, solos acérés de guitare, improvisations à la flûte, harmonisations créatives, passages acoustiques, mélodies mémorables et même une couche jazz/fusion plus apparente que d’habitude que l’on attribuera volontiers à la présence du nouveau bassiste Jan Patrick Djivas (ex-Area). Bref, on s’amuse comme des fous. Les paroles sont en italien excepté Is My Face On Straight, la première chanson composée par PFM avec un texte d’origine en anglais. Ce dernier est dû à Pete Sinfield, célèbre parolier des premiers albums de King Crimson, qui a manifestement laissé son empreinte. Il existe d’ailleurs une version anglaise de ce disque intitulée The World Became The World et éditée avec une pochette dont la couleur est passée du vert au bleu. Bizarrement, le LP anglo-saxon doit son nom à un titre supplémentaire (non inclus sur le disque italien original) qui est un remake de Impressioni Di Settembre, extrait du premier disque du groupe Storia Di Un Minuto. A part ça, si la musique des autres plages est la même, les textes ont été entièrement réécrits par Sinfield et n’ont, apparemment, aucun lien direct avec les paroles originales. Manifestement aussi, le chanteur prononce les mots d’une manière purement phonétique sans en comprendre la signification mais, comme les phrases n’ont pas de sens commun, ce n’est pas si grave. Sinon que l’on perd quand même l'accent italien qui procure cette musicalité et ce charme si particuliers à la musique de PFM. C’est pourquoi on ne saurait trop conseiller aux amateurs de se procurer l’édition originale qui sonne définitivement plus mélodique et authentique. Par chance, le Prog s’est épanoui comme un lotus aux pétales innombrables et il convient de savoir en profiter !

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[ L' Isola Di Niente ] [ Dolcissima Maria ]

Banco Del Mutuo Soccorso : Io Sono Nato Libero (BMG), Italie 1973

Le Rock progressiste italien est un monde à part dont la création remonte à la fin des années 60. Et dans la longue série des disques sortis depuis cette lointaine époque, Io Sono Nato Libero (je suis né libre) est indéniablement un gemme d’un éclat supérieur. La suite dramatique Canto Nomade per un Prigioniero Politico de 16 minutes qui ouvre l’album démontre une grande maîtrise des arrangements, un don pour l'organisation de l'espace sonore, un sens aigu de la mélodie et une virtuosité technique notable. La voix précieuse, théâtrale et très personnelle du chanteur Franceso di Giacomo dégage un lyrisme puissant tandis que les deux frères Vittorio et Gianni Nocenzi empilent leur arsenal de synthés en une intrication savante qui se joue des métriques complexes. Par rapport aux deux premiers opus de Banco, celui-ci apparaît mieux maîtrisé, plus progressif mais en restant dans les limites d’une musique accessible. Le second titre Non Mi Rompete, une simple ballade acoustique en forme de rêve éveillé qui fut éditée en simple, reste la composition la plus populaire du groupe, allant même jusqu’à flâner dans les charts locaux. Dopo ... Niente è Piú lo Stesso est une autre pièce maîtresse avec une structure complexe explorant divers genres et thèmes dans le style progressif des grands groupes anglais de l’époque. L’album se termine par l’instrumental Traccia II, une courte composition néo-classique dominée par les claviers des Nocenzi. Le LP original était emballé dans une de ces pochettes bizarres tronquées pour représenter un objet, ici une porte surmontée d’un dôme. La réédition en compact est moins fantaisiste mais elle a le mérite de rendre accessible à tous l’une des œuvres majeures du Rock progressiste européen, un album qu’il convient d’avoir dans sa discothèque et qu’on complètera, en cas d’affinité particulière, par les deux précédents et excellents premiers opus du groupe, Banco Del Mutuo Soccorso et Darwin!, parus l’année d’avant. Ces trois-là sont recommandables sans aucune réserve.

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Il Balletto di Bronzo : YS (Polydor), ITALIE 1972

Il Balletto di Bronzo est un groupe italien du début des années 70 qui a deux albums à son actif : Sirio 2222 (RCA, 1970) disparu dans une oubliette et ce concept album nommé YS considéré par beaucoup comme un des grands classiques de la scène progressive italienne. Difficile pourtant d’entrer dans cette longue suite en forme d’assaut presque permanent. Il n’y a ici aucune mélodie accrocheuse et la rythmique trop répétitive engendre parfois l’ennui d’autant plus que la production rugueuse et datée ne rend pas l’écoute particulièrement agréable. Enfin, les textes en italien sont chantés d’une voix aiguë un peu forcée qui finit par lasser. Ceci dit, le chanteur et claviériste Gianni Leone a un sacré tempérament et s’impose facilement comme l’âme du groupe, jouant du piano, du Moog, du mellotron, du Celeste et surtout de l’orgue Hammond avec une fougue qui se nourrit de Keith Emerson à l’époque où il expérimentait tout azimut au sein du trio The Nice. Plusieurs couches de claviers s’empilent parfois joliment comme le piano et l’orgue sur Introduzione mais quand la guitare saturée de Lino Ajello vient s’ajouter au mixage, il y a pléthore de sons et la dissonance n’est pas loin. Pas étonnant que cette musique angoissante soit passée au dessus du public, entraînant la disparition du groupe dans son sillage. Que Ys soit devenu un disque culte est aussi compréhensible car peu de groupes à l’époque se sont autant démarqués dans la démesure. Pourtant, ce n’est pas parce qu’un disque est expérimental qu’il est à tous les coups réussi. Agressif, sombre, exigeant mais sans compromis, indéniablement attachant sur le plan des idées mais brouillon dans le discours, Ys pourra plaire à ceux qui sont fascinés par des projets musicaux extrêmes. Il n’est toutefois pas certain que l’amateur de Rock progressiste classique y trouve son bonheur.

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