Le Progressif espagnol : Discographie sélective


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A cause du contexte politique et social, la musique progressive n'a explosé en Espagne qu'après 1975 avec un pic en 1978. A cette date, la plupart des grands groupes américains de Jazz-Rock ou anglo-saxons comme Yes, Genesis, ELP ou King Crimson avaient déjà sorti leurs disques majeurs qui influenceront fortement les musiciens espagnols. Heureusement, ces derniers ne se contenteront pas de copier leurs modèles mais ils ajouteront au contraire des couleurs locales à cette musique en y intégrant des éléments de différents folklores locaux (basque, catalan, flamenco, musique orientale andalouse ...), produisant ainsi des oeuvres originales et intéressantes. Malheureusement, comme partout ailleurs dans le monde, le rock progressif espagnol ne résistera pas à l'émergence du Punk radical, de la disco racoleuse et de la New-Wave élitiste. Si bien que dès le début des années 80, le nombre de groupes progressifs en activité va se réduire à une peau de chagrin, les musiciens se tournant alors vers d'autres activités ou d'autres styles musicaux plus lucratifs. Aujourd'hui, on assiste à un retour timide du genre avec pour heureuse conséquence la réédition, parfois par des labels étrangers, de LP issus de l'âge d'or et que l'ont pensait à jamais oubliés.

Les disques présentés ici ne sont ni essentiels ni "Le Meilleur" du Progressif espagnol ni peut-être même pas les meilleurs dans les discographies des groupes cités. Il existe en effet plusieurs centaines de disques de groupes ibériques appartenant au genre progressif et beaucoup de disques anciens sont aujourd'hui inaccessibles même dans les médiathèques. Il s'agit donc plutôt d'une sélection de 14 oeuvres de qualité d'ailleurs inégale mais souvent citées parmi les plus originales et les plus représentatives du genre ou parmi les plus connues et renommées dans le petit monde du Rock progressif espagnol (encore que des groupes comme Dracma, Rivendel ou même Galadriel et Kotebel ne bénéficient chez eux que d'une audience très anecdotique). Cet échantillon forcément non exhaustif permettra cependant à l'amateur de disposer d'un fil conducteur pour explorer plus avant les rééditions et les nouvelles productions espagnoles et découvrir de nouveaux groupes ou compacts peut-être à l'occasion d'un voyage dans ce pays. Si une oeuvre vous paraît intéressante (ou si vous en êtes vous-même l'auteur) et qu'elle n'est pas citée ici, n'hésitez pas à m'en communiquer les références et, si possible, une description du groupe et de sa musique ainsi qu'un scan de la pochette du CD. Vos informations seront reprises sur cette page au bénéfice du lecteur.

Par ailleurs, la sélection, qui dans ce cas particulier est en plus liée à la disponibilité de l'oeuvre, est faite cette fois encore avec une bonne part de subjectivité et ne saurait en aucun cas relever d'un jugement universel (voir à ce sujet l'essai sur les disques essentiels publié sur une autre page de ce site).


Canarios : Ciclos Canarios : Ciclos
(Ariola) 1975
Près de 74 minutes pour une adaptation, en forme de rock opéra, des Quatre Saisons de Vivaldi. Un melting pot de genres parfois difficile à ingurgiter et des textes en anglais qui laissent à désirer. Mais la musique est énergique et va bien au-delà de la simple transposition. Sur le plan du concept comme de la musique, Vivaldi sert surtout ici de catalyseur à une oeuvre originale et intéressante malgré ses limites.

Iceberg : Coses Nostres Iceberg : Coses Nostres
(Actual / Si Wan) 1976
Du vrai Jazz-rock instrumental comparable à Return To Forever ou à Al Di Meola avec des duels guitare / claviers joués par des musiciens d'un niveau technique exceptionnel. Ce disque et le suivant (Sentiments, 1977) trônent non seulement tout en haut de l'échelle du Prog espagnol mais ils se classent aussi aisément parmi les meilleurs disques du genre sur un plan international.

Crack: Si Todo Hicera Crack Crack: Si Todo Hicera
(Si-Wan) 1978
Réédité sur le label Sud-coréen Si-Wan, ce disque présente un rock symphonique plus classique. La guitare, les claviers et la flûte, qui procure parfois à la musique un petit côté bucolique, tissent des interplays accrocheurs. A côté de quelques ballades plus communes, les titres progressifs constituent le coeur d'un répertoire inégal mais qui a ses moments de magie.

Bloque : Hombre, Tierra y Alma Bloque : Hombre, Tierra y Alma (King Record) 1979
Ce groupe originaire de Santander se distingue en jouant un rock symphonique plus classique avec une nette préférence pour les guitares acoustiques et surtout électriques (le quintet comprend deux guitaristes). Ce second album a été suivi de deux autres opus qui, paraît-il, le valent bien (El Hijo Del Alba en 1980 et Música para la Libertad en 1981) mais je ne les connais pas.

Galadriel : Chasing The Dragonfly Galadriel : Chasing The Dragonfly (Musea) 1992
Jesus Filardi a un timbre de voix qui fait penser à Jon Anderson mais Galadriel n'a rien à voir avec Yes. Son Rock tranquille et légèrement progressif, mélodique et méticuleusement produit l'apparenterait plutôt au Néo-prog. La dernière suite de 19 minutes offre de bons moments, surtout quand la guitare s'envole, mais ressemble un peu trop à un exercice d'école. Un travail honnête en tout cas.

Dracma : A Fine Stormy Weather Dracma : A Fine Stormy Weather (Musea) 1996
Plutôt Néo-prog mais avec des racines dans les 70's notamment chez Camel. La guitare est très présente. Pedro Jimenez chante en anglais avec un accent latin des textes qui dans l'ensemble sont plutôt sombres, en contraste avec la musique mélodique et agréable. Ce groupe a aussi enregistré en 95 une reprise de "The Light Dies Down On Broadway" sur un CD dédié à l'oeuvre de Genesis.

Kotebel : Fragments of Light Kotebel : Fragments Of Light
(Musea) 2003
Ce trio emmené par le pianiste Carlos Plaza, qui tient aussi la basse et la batterie, délivre un rock symphonique sophistiqué et ouvert à de multiples influences dont la musique classique est la plus apparente. La Children Suite de 12 minutes qui clôture ce disque est d'ailleurs jouée en solo au piano. Mais la Flûte et les guitares sont superbes. Et la voix de Carolina Prieto qui chante ou vocalise sur 3 titres est grandiose. Recommandé !

Senogul Senogul (Mylodon) 2007
Un disque vraiment éclectique de la part d'un quintet originaire des Asturies qui s'est fait aider par des chœurs et une multitude d'invités jouant d'instruments divers (flûte, sax, accordéon, …). Les différents styles abordés qui vont du tango au rock symphonique sont intégrés avec une belle fluidité et un sens de l'espace qui rend la musique agréable et accessible. Le piano est l'instrument dominant mais comme il y a deux guitaristes dans le groupe, les six-cordes s'envolent aussi plus souvent qu'à leur tour.

Triana : El Patio Triana : El Patio
(Fonomusic) 1975
Le groupe le plus populaire de ce que l'on nommera plus tard le Rock andalou : un mélange de Rock symphonique avec une bonne dose de Flamenco. Leur premier disque El Patio est souvent cité comme une introduction historique et indispensable au genre. Et comme il n'est pas trop complexe, sa renommée ne s'est pas limitée aux amateurs de Prog.

Ibio : Cuevas de Altamira Ibio : Cuevas de Altamira
(Fonomusic) 1978
L'unique production de ce groupe dont l'originalité à été d'inclure des éléments de rock symphonique dans le folklore de sa région (la Cantabrie où sont situées les grottes d'Altamira). On les a comparé aux Strawbs qui tentèrent la fusion du Rock Symphonique avec le Folk anglais mais c'est davantage pour le procédé que pour la musique car IBIO a son style propre. Beaucoup de Mellotron joliment utilisé pour ceux qui aiment ça!

Gotic : Escenes Gotic : Escenes
(M2U Records) 1978
Gotic joue une excellente fusion de Jazz-rock léger dans le style de Camel, de classique et de folklore traditionnel catalan. La flûte dominante flottant au-dessus des claviers donne un ton bucolique à la musique lyrique et mélodique. Une grande réussite malheureusement unique et un disque tellement plaisant qu'on ne se lasse pas de l'écouter. Recommandé.

Mezquita : Recuerdos De Mi Tierra Mezquita : Recuerdos De Mi Tierra (Fonomusic) 1979
Encore du Rock andalou à la Triana, mais cette fois avec un côté symphonique et Progressif nettement accentué. Comme souligné par l'illustration de la pochette, on y trouve aussi des effluves orientales qui colorent joliment la musique. Energique, rythmiquement complexe et fort bien interprété, Recuerdos De Mi Tierra est à coup sûr l'un des fleurons du genre.

Rivendel : The Meaning Rivendel : The Meaning (Musea) 1996
Le second disque de ce groupe de San Sebastian se compose de trois longues et complexes compositions découpées en multiples sections. Les parties chantées n'accrochent pas vraiment mais ça s'améliore nettement quand le quartet donne la parole aux guitares et claviers. Cet opus étant bien meilleur que le premier (Manifesto, 1991), on espère que Rivendel pourra en enregistrer un troisième

Numen : Samsara Numen : Samsara
(Sacramento) 1998
Numen pratique un rock dont les influences éclectiques vont du symphonique au rock planant en passant par la musique classique avec une bonne dose de Néo-prog. Pour ce faire, le quintet se fait aider par des invités à la flûte, au saxophone, au violon et à la slide sans oublier les choeurs. Dans le genre, Numen, malgré son jeune âge, a déjà une classe indéniable.

Amarok : Quentadharkën Amarok : Quentadharkën
(Luna Negra / Musea) 2004
Amarok joue un rock symphonique extrêmement teinté d'influences ethniques. En fait on pourrait presque dire que c'est de la World Music progressive vu le nombre et la diversité des instruments utilisés (du charango au didgeridoo). Les compositions sont attachantes et le style finalement très original convaincra les mélomanes qui ne sont pas effarouchés par le métissage. Recommandé !

Amoeba Split : Dance Of The Goodbyes Amoeba Split : Dance Of The Goodbyes
(Indépendant) 2010
Mi-jazz, mi-rock psyché, le premier titre Dedicated To Us, But We Weren't Listening renvoie à l'école de Canterbury. En fait c'est le disque entier qui explore les multiples émanations jazzy de cette école, évoquant au gré des pistes Robert Wyatt, Soft Machine, Gong ou Caravan. Le chant de María Toro est convaincant et les solos de sax, de flûte et de claviers roboratifs. L'Espagne n'est pas connue pour ce genre de musique typiquement anglaise mais il est clair qu'Amoeba Split en a assimilé tous les secrets.

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