Le Rock progressif français : discographie sélective


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Même si quelques idées sont venues d'Amérique (Dylan pour les textes et Zappa pour la musique entre autres), on peut raisonnablement écrire que le rock progressif est né en Angleterre à la fin des années 1960, issu d'une variété d'influences musicales à travers le monde. Toutefois et fort heureusement, il n'est pas longtemps resté un genre exclusivement britannique, essaimant à une vitesse supersonique vers d'autres horizons, franchissant le rideau de fer, changeant de continent ou se propageant au-delà des océans telle une épidémie. Il est vrai aussi que le Rock progressif n'a pas trouvé partout un terreau fertile et qu'il a pris racine plus facilement dans certains pays que d'autres : l'Italie, l'Allemagne, les Pays-Bas, les Etats-Unis et même le Japon succombèrent rapidement sous le charme de cette nouvelle musique. L'Espagne, le Canada et des pays d'Europe Centrale ou de l'Est comme la Pologne, la Tchécoslovaquie ou la Roumanie s'y rattacheront ensuite tout en développant en parallèle une approche très personnelle. Plus tardivement, le Mexique, l'Argentine, le Brésil, la Russie et Israël entreront dans la danse avec d'excellents groupes dont la musique n'atteindra pas toujours les oreilles européennes. Quant à la France, si elle n'est pas spécialement renommée dans le monde du Rock progressif, elle y aura pourtant contribué de façon exceptionnelle, allant même jusqu'à créer dès 1970 un sous-genre particulier aujourd'hui connu et apprécié par le plus grand nombre : le Zeuhl qu'on ne peut décrire correctement qu'en se référant au collectif de Christian Vander connu sous le nom de Magma.

En réalité, pour peu que l'on creuse un peu sous la surface, on constatera qu'une tradition progressive se mit en place en France dès le début des années 70. Certains artistes ou groupes comme Jean-Luc Ponty, Jean-Michel Jarre, Pierre Moerlen, Ange, Atoll, Gong, Malicorne, Taï Phong et bien sûr Magma connurent même un succès public et conservent encore aujourd'hui un noyau de fans purs et durs. Mais à côté de ces quelques locomotives, combien de formations intéressantes enregistrèrent quelques albums superbes qui la plupart du temps passèrent comme des OVNIS dans un ciel d'encre. Pulsar, Skeem, Negative Zone, Arrakeen, Cafeïne, Priam, Pentacle, Mona Lisa, Heldon, Wapassou, Asia Minor, Emeraude, Shylock, Carpe Diem, Nemo, Saens, Dun, Taal, Syrinx, Eskaton, Nil, Maldoror, Moving Gelatine Plates, Vortex, Art Zoyd et autres Clearlight sont quelques exemples de ces formations peu connues dont les oeuvres souvent fraîches et innovantes dans des styles très divers, sont activement recherchées par les amateurs de Prog. Et on ne louera jamais assez le fabuleux travail d'archiviste entrepris par le label Musea qui exhume régulièrement du néant ces disques mythiques que l'on croyait à jamais disparus et leur procure une seconde chance en gardant l'emballage d'origine mais en les dotant d'une production décente.

Sans être exhaustive, la liste (très) sélective des disques repris ci-dessous, présentés par ordre chronologique, constitue une excellente introduction au Rock progressif français. Certains sont chantés (en français parfois) et d'autres entièrement instrumentaux, quelques uns sont facilement abordables et d'autres non, ils relèvent de sous-genres divers comme le folk-rock, le planant, l'électronique, le jazz-rock, le rock symphonique, le RIO et certains sont même totalement inclassables. Mais tous ont une chose en commun : il représentent ce que la France a apporté de mieux dans le Rock progressif international qui, aujourd'hui, étend son empire underground de la Corée à l'Australie et du Mexique à l'Angleterre.

NB : les boules jaunes renvoient aux chroniques complètes des albums.


Magma : Kobaïa
(Philips/Seventh) 1970
Premier album éponyme (rebaptisé plus tard Kobaïa) édité initialement sous la forme d'un double LP qui prit tout le monde par surprise. Non seulement, c'est chanté dans une langue ineventée de toutes pièces mais la musique monstrueuse et envoûtante, quelque part entre Coltrane et Bartok, ouvre carrément sur un autre univers. Aidé par des pointures comme François Cahen (piano), Claude Engel (gt) et Teddy Lasry (sax), le batteur Christian Vander invente un space-opéra wagnérien qui, aujourd'hui encore, défie toute imagination et toute classification.

Ange : Au-delà du délire
(Philips) 1974
De tous les albums d'Ange, groupe de rock symphonique franc-comtois qui eut son heure de gloire dans les années 70, celui-ci est resté comme son épisode le plus glorieux. Souvent comparé au Genesis de Foxtrot avec lequel il partage l'agencement de ses structures musicales, un goût certain pour les contes populaires et un côté théâtral extraverti, Ange a aussi ses particularités qui le rattachent à la tradition de la musique francophone et sait, à l'instar d'un Jacques Brel par exemple, s'approprier et chanter, voire déclamer des histoires qui retiennent l'attention.

Clearlight : Forever Blowing Bubbles
(Spalax) 1975
Enregistré par le compositeur et claviériste Cyrille Verdeaux en compagnie de musiciens fabuleux comme le bassiste Joel Dugrenot (Zao), le violoniste David Cross (King Crimson) et le saxophoniste François Jeanneau, cet album, qui fait des bulles entre les titres, s'éloigne de l'électronique pure en faveur d'une approche de groupe même si les ARP, mellotron et autres synthés ont toujours le dessus. Les morceaux sont plus courts et plus cohérents tandis que les aspects symphoniques voire psychédéliques sont préservés. Une belle réussite à l'époque qui dégage encore aujourd'hui un charme rétro-futuriste.

Atoll : L'araignée-mal
(Musea) 1975
Grâce à l'apport de Christian Beya (gt) et de Richard Aubert (violon), la technique fait un bond en avant et le style devient plus progressif et nettement plus incisif que sur leur premier LP (Musiciens Magiciens). Cazotte n°1 est un superbe morceau de fusion évoquant les riches heures du Mahavishnu Orchestra tandis que L'araignée-mal est une longue suite épique qui rassemble le meilleur de ce qu'Atoll a à offrir : assise rythmique détonante, variation des climats, crescendos magiques, passages symphoniques et Jazz-rock sans oublier le lacis instrumental qui élargit encore le cadastre de cette composition fort réussie

Ange : Par les fils de Mandrin
(Philips) 1976
Avec ce cinquième album en studio, le groupe des frères Descamps atténue quelque peu le côté symphonique de leur rock au bénéfice d'une approche plus « chanson », voire folk. Mais le côté théâtral persiste et s'avère même indispensable pour raconter cette histoire de saltimbanques qui s'achève dans un mysticisme nébuleux. Qu'importe, le charme opère et l'enveloppe musicale vaut bien celle de leur plus célèbre opus : Au-delà du délire.

Art Zoyd : Symphonie pour le jour où brûleront les cités
(Art Zoyd/Atem) 1976/1981
Originaire de Maubeuge, ce collectif emmené par le violoniste Gérard Hourbette et le bassiste Thierry Zaboitzeff (+ saxophone, trompette, piano, guitare et voix) joue une musique avant-gardiste souvent étiquetée RIO (Rock In Opposition). Quelque part entre Stravinsky, Magma, Zappa et Henri Cow, Art Zoyd délivre des compositions torturées et dramatiques, censées évoquer la révolte des quartiers ouvriers populaires. Le LP original de 1976 est introuvable et oublié, la version réenregistrée de 1981 est inoubliable.

Pulsar : Halloween
(CBS/Musea) 1977
Même si les rares parties chantées (en anglais) ne disent pas grand chose, elles ne réduisent en rien l'impact de cette fresque symphonique où les sections se fondent les unes dans les autres avec une grâce confondante tandis que les parties de flûte et de violoncelle viennent rehausser le côté lyrique de ce rêve éveillé. Ce groupe lyonnais fut en fait l'un des rares à transposer en France le genre Space Rock symphonique en lui rajoutant une dimension romantique propre à la tradition française.

Jean-Luc Ponty : Enigmatic Ocean
(Atlantic) 1977
Le phrasé legato de Allan Holdsworth et les lignes chantantes du violon de Ponty cohabitent avec bonheur, évoluant avec aisance à travers des compositions, toutes de la plume du leader, qui sont en plus très réussies : Mirage et les deux suites Enigmatic Ocean et The Struggle Of The Turtle To The Sea sont de fins témoignages de la « french Touch » élégante et parfois atmosphérique qui caractérise désormais le Jazz-Rock du violoniste.

Mona Lisa : Avant qu'il ne soit trop tard
(Musea) 1979
Voici le secret de Mona Lisa : à l'instar des films où le son est mis sur des images pour leur donner du relief, il est ici utilisé pour donner du poids aux mots en les nimbant de mystère. Et Dominique Le Guennec avait un don pour raconter de petites histoires qui ne manquent ni d'imagination ni de poésie. De l'avis de ceux qui connaissent bien Mona Lisa, cet album constitue, après son prédécesseur Le Petit Violon de Mr Grégoire, le premier point d'orgue de leur discographie.

Dun : Eros
(Soleil Zeuhl) 1981
Apparemment influencée par le roman Dune de Frank Herbert, cette musique instrumentale, sophistiquée et complexe était non seulement en avance sur son temps, elle est tout simplement indescriptible. Pas facile à digérer et marquée par une approche iconoclaste, elle peut s'apparenter à du RIO à la Henry Cow mais aussi à d'autres styles de Rock progressif. Ainsi, les interplays déjantés de flûte / piano / guitare / percussions sur Arrakis constituent-ils une forme de jazz-rock avant-gardiste que n'aurait sûrement pas reniée le grand Frank Zappa.

Cafeïne : Nouveaux Mondes
(Musea) 2000
Cafeïne (sic) se résumant à un quartet d'instrumentistes, le groupe a eu recours à une solution similaire à celle appliquée par Arjen Lukassen pour Ayreon : recruter plusieurs chanteurs de prog avec la différence qu'ici, tous chantent en français et chacun n'intervient que sur le morceau qui lui a été confié. Les résultats sont forcément variables, quoique pour la plupart assez plaisants, avec toutefois deux réussites majeures : Don Juan interprété par Christian Décamps du groupe Ange avec toute la théâtralité dont il est coutumier et l'épique Cathédrale, avec ses harmonies vocales, sa flûte et ses accents folk à la Malicorne, chanté en duo par Jean-Baptiste Ferracci et Sonia Nédélec de Minimum Vital.

Taal : Skymind
(Musea) 2003
Cette bande de 10 musiciens incluant deux batteurs produit une musique indéfinissable qui mute constamment d'un style à un autre, procurant à l'ensemble un air de comédie qui aurait sûrement plu au grand Zappa. Du cabaret au rock et de la musique de cirque au folk, cet amalgame de sons, dans lequel sont aussi injectés des bruitages divers, est tout sauf relaxant mais c'est du prog complexe et captivant qui requiert une attention permanente. Skymind est un opéra surréaliste triomphant dans lequel la folie douce côtoie un impressionnant savoir-faire.

Negative Zone
(Musea) 2005
L'influence du Pink Floyd, période 1968 à 1971, est patente : la guitare se prélasse sur un nuage confortable, l'orgue est enveloppant à souhait et la voix de Cédric Cartaut est du Gilmour tout craché avec les intonations et le reste. Parfois psyché et souvent planante, la musique s'écoute d'un seul tenant et il est bien difficile de s'en décrocher. A conseiller en tout premier lieu à ceux qui languissent après le Floyd et qui n'en ont pas eu assez avec A Saucerful Of Secrets, More, Ummagumma et Meddle.

Tokamak
(Indépendant) 2010
Les premières références qui viennent à l’esprit sont Taï Phong, Ayreon et Star One d’Arjen Lucassen plus un zeste de Queensrÿche et même de Black Sabbath pour les climats les plus oppressants. Sans emphase, simples et basées essentiellement sur des riffs de guitare à la sonorité bien ronde, les compositions sont percutantes, plus proches d’un rock mélodique à la Toto que des harmonies symphoniques complexes d’un Genesis. Bien mixée au milieu des instruments, la voix est suffisamment expressive pour faire vivre des textes bien écrits. Et en plus, les solos de guitare en mid-tempo ne manquent pas de punch. Bref, cet excellent mini-album de 28 minutes file droit dans la cible.

Gens de la Lune : Epitaphe
(Arts En Avant) 2014
Après avoir tant donné au sein du groupe Ange, le claviériste Francis Decamps n'en a pas fini avec le prog symphonique chanté en français. En fait, Gens De La Lune poursuit dans la même veine surréaliste inspirée par le côté le plus théâtral de Genesis. Epitaphe est spectacle musical (ou un opéra rock) évoquant la vie d'un obscur poète français maudit nommé Léon Deubel. Alternant narration et chant, l'œuvre prend toute sa dimension sur scène mais ce double CD et son livret n'en constituent pas moins une production ambitieuse et maîtrisée qui se suffit à elle-même (en attendant d'avoir le visuel sous la forme d'un futur Blu-Ray).

Sonic Travelogue : Progression by Failure
(Musea) 2015
L'âme de Sonic Travelogue, c'est le compositeur et multi-instrumentiste Nicolas Piveteau, ici accompagné par le guitariste Drayen Labie et le batteur Mike Saccoman. Entièrement instrumental, le disque est on ne peut plus éclectique avec des références qui renvoient au prog symphonique ainsi qu'à la musique électronique planante, mais aussi au métal, au smooth jazz et au post-rock. Cinématographique en diable et largement dominé par les claviers du leader, Progression by Failure visite l'espace et le temps (les accents médiévaux de Once Upon A Time). Et ce n'est pas pour rien que son auteur l'a défini comme un carnet de voyage sonore.

Magma : M.D.K.
(Seventh Records) 1973
Avec son choeur féminin à cinq voix omniprésent, les percussions dithyrambiques de Vander, la basse vibrante de Janick Top, la voix de baryton extra-terrestre de Klaus Blasquiz, sa mise en scène théâtrale et la tension qu'elle provoque, cette musique orgasmique dégage une puissance dramatique rarement égalée. Wagner, Stravinsky ou le Carmina Burana de Carl Orff viennent bien à l'esprit mais c'est à défaut de trouver d'autres analogies. Quelqu'un a comparé Mekanïk Destructïw Kommandöh à un « opéra klingon » et il est difficile de mieux faire dans la métaphore.

Tai Phong
(WEA) 1975
Fondé par deux frères vietnamiens, Khanh et Taï Ho Tong, Tai Phong qui signifie « Grand Vent » bénéficiait aussi de la présence du jeune guitariste et chanteur Jean-Jacques Goldman. L'inspiration venait tout droit des groupes symphoniques anglo-saxons comme Yes ou Pink Floyd mais les voix aériennes, les soli de guitare acérés, les arrangements acoustiques / électriques et la beauté des mélodies firent oublier les références. Et on y trouvait même un tube inattendu, un slow de l'été nommé Sister Jane pour tirer l'album dans la lumière.

Carpe Diem : En regardant passer le temps
(Musea) 1975
Un autre groupe où le chanteur s'exprime en français. Mais les parties vocales sont rares et Christian Truchi chante d'une voix ténue qui n'a rien de théâtral. La musique sophistiquée, mélange de rock symphonique planant et de jazz de Canterbury, est habitée de parties de sax soprano et de flûte. Du coup, on a parfois l'impression d'entendre du Van Der Graaf Generator ou du Soft Machine alors que la guitare légèrement acide évoque davantage Caravan ou Camel. En fait, le premier album de ce groupe niçois a tout ce qu'il faut pour faire rêver, y compris une jolie pochette avec un château dans les étoiles.

Wapassou : Messe en ré mineur
(Musea) 1976
Ce groupe de Strasbourg, conduit par le claviériste Freddy Brua, joue une musique profondément originale. Mixture insolite inspirée par le rock planant et le classique, l'oeuvre installe une atmosphère envoûtante à base d'orgue (Farfisa), de guitares, de violon et de vocalises. Il n'y a qu'un seul titre réparti sur les deux faces du LP, et c'est une messe de surcroît, mais c'est l'un des plus ensorcelants de toute l'histoire de la musique progressive. Si vous trouvez cet album quelque part, ne le ratez surtout pas.

Malicorne : Almanach
(Hexagone) 1976
Doté d'une somptueuse pochette, cet album revisite avec bonheur le folklore de France, racontant au fil des saisons des petites histoires du terroir, parfois bucoliques ou humoristiques mais aussi tristes et tragiques ou mêmes insolites. Mêlant habilement à une once d'électricité des instruments acoustiques dont certains proviennent des musées, la musique a une petite touche de modernisme mais Malicorne réussit habilement à préserver les accents fantasmatiques d'un Moyen-Âge imaginaire où la pastorale ambiguë se mêle à la sorcellerie et au merveilleux.

Mona Lisa : Le petit violon de Mr Grégoire
(Musea) 1977
Un an avant leur classique « Avant qu'il ne soit trop tard », ce groupe fasciné par le Rock symphonique et le côté théâtral de Genesis (avec Peter Gabriel) avait sorti cet album similaire et également recommandable. On y retrouvera le chanteur Dominque Le Guennec endossant différents personnages et chantant ses petites histoires mélodramatiques en français, ce qui entraîne forcément que l'ombre du groupe Ange plane lourdement sur cette création.

Atoll : Tertio
(Musea) 1977
Après un premier album plutôt raté (Musiciens-Magiciens) et un second fort réussi (L'araignée-mal), Atoll évolue dans ce troisième disque vers un Rock symphonique combinant cette fois l'écriture de mélodies accrocheuses avec la virtuosité dont ils ont fait preuve sur le LP précédent. Quoique différent de son prédécesseur, Tertio est en tout point excellent et contient même la meilleure composition du groupe : l'épique Tunnel en deux parties où guitares (Chris Beya) et claviers (Michel Taillet) s'entendent à merveille.

Gong : Gazeuse!
(Virgin) 1977
Le percussionniste Pierre Moerlen prend les commandes d'un Gong réduit à une peau de chagrin et engage de nouveaux musiciens avant d'entrer en studio. Ca se passe mal et l'ambiance est morose. Mais la musique, tirée vers un jazz-rock centré sur une approche percussive, est plutôt bonne. Il faut dire que le département « guitare » a été confié au virtuose Allan Holdsworth qui, en plus de composer un des grands moments du répertoire (Night Illusion), délivre des solos à haut indice d'octane avec son flegme britannique habituel.

Asia Minor : Between Flesh And Divine
(Musea) 1981
Constitué à la fin des années 70 par deux étudiant turcs basés à Paris, ce quartet joue un Rock symphonique légèrement jazzy où guitares et claviers (organ Hammond, mellotron, Minimoog et piano électrique) partagent la vedette avec la flûte d'Eril Tekeli. Dans un style à la fourche entre Camel et la vague symphonique italienne avec quelques influences orientales en plus directement importées de l'Asie Mineure, Between Flesh And Divine accroche par ses mélodies superbes et ses alternances de climats. A redécouvrir sans tarder.

Arrakeen : Patchwork
(2C Production) 1990
Un grand groupe de néo-prog adoubé par Marillion au cours de sa tournée française Seasons End de 1989/90. Emmené par la voix féminine et haut-perchée de Marie-Claude Taliana dite Maïko, Arrakeen compose et joue une musique mélodique et accessible qui ne manque pas de panache. Le groupe bénéficie aussi de la présence d'un excellent guitariste (Sylvain Gouvernaire) qui sut attirer l'attention de Steve Rothery (guitariste de Marillion). Ce dernier est d'ailleurs venu soloter sur la fantastique version live de Folle Marie qui clôture en beauté le répertoire de cet album très réussi.

Skeem
(Musea) 2001
Il fallait au moins un groupe pour illustrer le sous-genre néo-prog moderne et vivant fort peu représenté en France. Cet album unique enregistré par Skeem fera très bien l'affaire. Groupe inconnu si l'on excepte la rythmique transfuge de Priam, Skeem excelle dans ce genre de rock mélodique puissant mais joué sur des tempos médium, un peu dans le genre de Jadis. Comparaison encore renforcée par la voix de Serge Barbaro qui chante en anglais dans le même registre que Gary Chandler. En plus, d'excellentes parties de guitare (Serge Barbaro) et une production impeccable rendent cet album tout à fait recommandable.

4/3 De Trio : Ersatz
(Musea) 2004
Ce quartet originaire de Grenoble produit une musique aussi bizarre que son nom. Alternant passages symphoniques contaminés par l'avant-gardisme d'un Isildur's Bane, plages acoustiques classicisantes, et rock anguleux à la King Crimson période Red, le groupe parvient à installer des climats mystérieux qui ne sont pas sans rappeler le prog éclectique et tendu d'Anglagard et d'Anekdoten. Plus maîtrisé et abouti que Faiblesse, leur premier essai sorti en 1998, Ersatz est un album éclectique et quasi-instrumental qui saura séduire les fans des groupes précités. Excellent !

Lazuli : en avant doute...
(Musea) 2007
Les textes sont en français mais, contrairement à Ange, la musique n'est pas symphonique (il n'y a pas de claviers) et les chansons concises, tempérées et bien découpées sont davantage bâties sur un système percussif élaboré qui se distingue par une dynamique fiévreuse et des textures sonores inhabituelles. On pourrait citer à titre de comparaison certaines musiques de Peter Gabriel en solo mais le son est ici moins fluide, moins lisse, plus organique, plus exacerbé. Ce compact, le plus singulier de l'année 2007, est à découvrir d'urgence !

Elora : Crash
(Progressive Promotion) 2013
Quelques traces existent encore de la magie des classiques mais elles sont vite oubliées tant la musique sonne fraîche et moderne, plus proche de l’esprit de groupes, comme Riverside, Votum ou Pineapple Thief, qui savent combiner la puissance du rock avec une bonne dose de sophistication. On y retrouve en effet la même attirance pour des mélodies bien tournées ainsi qu’une volonté affichée de rester accessible. Mais la force créative d’Elora réside aussi dans le fait que ce sextette comprend une chanteuse et un chanteur à plein temps qui sont le ying et le yang de l’âme du groupe, les deux timbres vocaux se complètant harmonieusement pour donner vie à des textes par ailleurs bien écrits.

Nemo : Coma
(Quadrifonic) 2015
Le guitariste et chanteur Jean Pierre Louveton au sommet de son art avec un album qui en dépit de son éclectisme se révèle un peu plus accessible que ses prédécesseurs. Les riffs mordants, les textes engagés et les longues sections instrumentales sont toujours présents mais les titres à tendance heavy sont tempérés par des moments plus calmes qui équilibrent la musique et la rendent plus digeste. En fait Coma n'est ni meilleur ni pire que Le Ver Dans Le Fruit (2013) ou Barbares (2009) qui constituent d'autres réussites majeures et recommandées de Nemo mais on dit que ce disque-ci pourrait être leur dernier. Alors mieux vaut en profiter !

Grandval : A Ciel Ouvert
(Indépendant) 2016
Courant musical discret, le prog chanté en français, avec des artistes aussi emblématiques que Ange, Atoll, Mona Lisa, Lazuli, Nemo et Gérard Manset, n'en a pas moins contribué à façonner le genre. Avec ce disque particulièrement soigné, le multi-instrumentiste et chanteur Grandval s'inscrit dans le sillage de ces créateurs historiques mais avec son propre style inspiré par les paysages majestueux de l'Auvergne, moins symphonique, plus atmosphérique que tumultueux, et marqué par une touche indispensable de modernité. Un premier essai longuement mûri et, en finale, réussi.

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