Kansas : Discographie sélective


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Formé à Topeka (Kansas) en 1970 à l'initiative du guitariste Kerry Livgren, du bassiste Dave Hope et du batteur Phil Ehart, Kansas eut un peu de mal au début à imposer son style combinant des éléments du rock progressif britannique et un rock-soul plus typiquement américain. Ce qui explique qu'ils n'enregistrèrent leur premier LP éponyme qu'en 1974 avec un succès par ailleurs encore mitigé. La reconnaissance vint pourtant progressivement grâce à un programme intensif de concerts si bien que les ventes de leur second disque, Masques, grimpèrent jusqu'à 250.000 exemplaires. Leur troisième opus, l'inégalable Leftoverture, les propulsa au panthéon du rock progressiste avec plus de trois millions d'exemplaires vendus grâce en partie à la chanson Carry On Wayward Son. Point Of Know Return, sorti en 1977, et son légendaire Dust In The Wind enfoncèrent le clou et firent de Kansas un des groupes majeurs du rock classique. A partir de là, leur parcours est moins connu et parsemé de changements de personnel qui modifièrent plusieurs fois la vision musicale de la formation. Cette partie de leur histoire n'est pourtant pas exempte de réussites. Pour en dénouer les fils et en savoir plus, voici leur discographie détaillée.



Kansas
(Kirshner) 1974
Ce premier LP éponyme témoigne de l'approche hybride du groupe qui joue une combinaison étonnante de rock progressiste anglais (Yes, ELP, King Crimson ...) et de rock/soul/boogie américain (il y a même une reprise du Bringing It Back de J.J. Cale). Une autre surprise vient de l'utilisation intensive du violon joué par Robbie Steinhardt. A ce stade, il est clair que Kansas n'a pas encore intégré complètement ses deux influences majeures mais la truculence instrumentale des deux derniers titres, Aperçu et Death Of Mother Nature Suite, laissent espérer le meilleur.

Masque
(Kirshner) 1975
Tout en persévérant dans la même approche, Masque marque une évolution dans l'histoire du groupe: les textes de Kerry Livgren sont plus sombres et consistants tandis que l'approche Prog-Rock est plus cohérente, Kansas parvenant à polir un son, combinant muscle et grâce, qui n'appartient qu'à lui et qui annonce déjà les deux opus majeurs qui vont suivre. Steve Walsh est impressionnant au chant et aux claviers tandis que The Pinnacle constitue l'un des plus beaux titres épiques jamais composés aux Etats-Unis.

Point Of Know Return
(Kirshner) 1977
C'est l'album le plus célèbre du groupe et celui qui contient son plus grand succès : Dust In The Wind, encore diffusé quotidiennement sur les radios FM américaines. Mais l'album est bien supérieur à cette jolie ballade avec des titres comme Paradox, The Spider et Closet Chronicles qui capturent l'essence même du rock progressif européen et la restituent dans une version américaine plus musclée. Les interplays entre claviers, guitares et violon sont intenses tandis que le son, transcendé par une production impeccable, en met plein les oreilles. Point Of Know Return est indispensable à toute collection de rock progressiste.

Monolith
(Kirshner) 1979
La pochette SF et le concept des Indiens futuristes sont attrayants mais la musique l'est un peu moins. Abandonnant largement ses ambitions progressistes, Kansas dérive vers une musique A.O.R. susceptible de plaire aux radios FM. Ceci dit, on trouvera ici quelques bonnes compositions comme le dramatique Angels Have Fallen ou A Glimpse Of Home qui bénéficie d'un superbe arrangement de claviers. Et même le pop-rock de People Of The South Wind reste très écoutable pour ceux qui aiment le rock mélodique de Journey, Foreigner, Asia et autres Toto.

Vinyl Confessions
(Legacy) 1982
John Elefante remplace Walsh aux claviers et au chant. Comme Kerry Livgren et le bassiste Dave Hope, Elefante est chrétien si bien que les textes de Kansas sont tous désormais emprunts de religion, appelant parfois carrément à un réveil spirituel. La musique de ces confessions sur vinyl continue sa mutation vers un Rock mélodique semblable à celui de Journey, Foreigner ou Toto. Il n'empêche que certains titres, comme Borderline ou Crossfire, ont de l'allure dans les limites du style A.O.R. qui est désormais le leur.

Power
(MCA) 1986
Après une interruption de trois années, Kansas renaît de ses cendres avec Steve Walsh au chant et aux claviers mais sans Kerry Livgren. La surprise vient toutefois du guitariste virtuose Steve Morse (Dixie Dregs, Deep Purple) qui donne une nouvelle direction à la musique : plus pop et plus hard-rock. La trilogie comprenant We're Not Alone Anymore et son tempo rapide, l'instrumental progressiste Musicatto et la ballade acoustique Taking in the View, plus l'étrange Tomb 19, à propos d'une malédiction liée à une ancienne tombe Maya, constituent le meilleur du bien nommé Power qui, par ailleurs, plaira sûrement aux nombreux fans de Steve Morse.

Live At The Whisky [LIVE]
(Intersound) 1992
En 1992, Kansas renaît dans une troisième mouture avec Rich Williams (gt), Billy Greer (b), Phil Ehart (dr), Greg Robert (claviers), David Ragsdale (violon) et Steve Walsh (voc). Le disque est une sorte de Best Of enregistré live le 5 avril 1992 à Los Angeles. Le son est correct et les chansons interprétées avec professionnalisme. Mais la voix de Walsh apparaît clairement en déclin, désormais incapable de reproduire les hautes notes qu'il atteignait jadis avec facilité. Sa prestation très médiocre rend forcément cet album plus que dispensable.

Always Never The Same
(River North) 1998
Kansas enregistre dans les studios Abbey Road avec le London Symphony Orchestra, donnant une nouvelle dimension à ses plus grands succès (Dust In The Wind, Song for America, Cheyenne Anthem...). Les arrangements sont superbes et l'intégration de l'orchestre fort réussie en ce qu'il souligne le caractère symphonique de compositions prédisposées à ce genre de traitement. On a droit en plus à une version très originale du fameux Eleanor Rigby des Beatles. Même les 3 nouvelles chansons sont intéressantes.

Somewhere To Elsewhere
(Magna Carta) 2000
Le grand retour du line-up original, Kerry Livgren se chargeant d'écrire toutes les compositions de cet excellent album digne des années 70. Nos seulement, il n'y a pas grand chose à jeter mais le répertoire inclut carrément deux nouveaux titres classiques: l'épique Icarus II, dédié aux pilotes de bombardier de la seconde guerre mondiale, qui en met plein les oreilles avec ses effets de batterie dévastateurs et le complexe Myriad, composé il y a trente années, qui regorge de solos aussi complexes qu'excitants. Les parties vocales de Walsh, le seul à ne pas être présent dans le studio, ont été rajoutées après mais ça ne gêne pas.

Works In Progress [CD/DVD - LIVE]
(Compendia Music Group) 2006
Cet album est une compilation de titres live dont l'origine n'est pas donnée mais qui datent de la période 1992 - 2002. Le DVD rassemble des extraits du concert Device-Voice-Drum de 2002 et d'autres issus du très médiocre Live At The Wisky. Pour complétistes seulement.

The Prelude Implicit
(InsideOut) 2016

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Song For America
(Kirshner) 1975
La formule reste inchangée pour ce deuxième LP qui a le désavantage de ne comporter aucun hit. Le côté rock américain (le très A.O.R Down The Road et le bluesy Lonely Street) est toujours présent mais la tendance progressiste a été renforcée par l'inclusion de trois suites épiques d'environ 10 minutes. Le son est un peu lourd pour des oreilles européennes mais on s'y fait vite. Song For America et Lamplight Symphony avec leurs longues dérives instrumentales sont en tout cas passionnants et constituent le meilleur de l'album.

Leftoverture
(Kirshner) 1976
Cette fois, on y est. Leftoverture représente la quintessence du style Kansas porté comme un étendard glorieux par l'inoubliable chanson Carry On Wayward Son. Leur A.O.R. américain mainstream combiné au prog symphonique anglais est devenu un genre à part auquel s'abreuveront des formations comme Styx, Starcastle, Cairo, Cathedral, Illuviatar et même Spock's Beard. Sans être des monstres de technique, les musiciens sont parvenus à créer une musique ambitieuse et complexe qui, par ses textes et ses mélodies grandioses, présente une vision héroïque de l'humanité différente de la sensibilité européenne.

Two For The Show [2 CD - LIVE]
(Kirshner) 1978
Après cinq LP en studio, il était temps pour Kansas d'enregistrer un disque en concert qui fut compilé pendant la tournée Point Of Know Return de 1977/78. Ce double LP reprend les titres majeurs du groupe mais dans des versions moins polies que celles en studio. La musicalité et le dynamisme du groupe sont époustouflants et les échanges instrumentaux superbes. C'est du Kansas au sommet de son art. Optez de préférence pour la réédition en double CD de 2008 (Sony/Epic) augmentée de titres inédits et remastérisée par Jeff Glixman lui-même, producteur avisé des plus grands albums du groupe.

Audio-Visions
(Legacy) 1980
Kerry Livgren et Steve Walsh sont toujours présents mais plus occupés par leurs projets personnels que par Kansas. Ils se partagent les compositions qui laissent apparaître leurs préoccupations individuelles: spiritualité et sophistication pour Livgren, Hard-Rock et A.O.R. pour Walsh. On se retrouve avec un disque mainstream destiné aux radios FM qui ne satisfera pas les amateurs de rock progressiste. Sinon, les interprétations sont impeccables et Hold On ou Relentless restent de bonnes chansons. Audio-Visions marque aussi la fin du line-up original : Steve Walsh quitta Kansas en 1981 pour rejoindre le groupe de rock Streets.

Drastic Measures
(Legacy) 1983
Après Steve Walsh, c'est le violoniste Robby Steinhardt qui s'est fait la malle. Conçu comme une tentative désespérée de renouer avec le succès commercial, Drastic Measures marque le bout de la route pour un Kansas qui n'a plus grand chose à voir avec celui de Leftoverture. Aucune composition n'est à sauver dans ce répertoire d'une affligeante banalité et même le dernier noyau de fans s'est détourné de ce disque qui n'a eu aucun succès.

In The Spirit Of Things
(MCA) 1988
Second essai avec Steve Walsh, Steve Morse (gt) et Billy Greer (b), cette fois produit par le Canadien Bob Ezrin (Peter Gabriel, The Wall, The Division Bell) qui aiguise le son. La musique est toujours dans le style A.O.R. et la voix de Walsh reste solide. Quelques compositions comme Ghosts, House On Fire et Inside Of Me plairont aux amateurs de rock et ballades classiques et mélodiques. Kansas se dissout à nouveau après la sortie de ce disque, Steve Morse se consacrant alors exclusivement à ses deux principales formations: les Dixie Dregs et le Steve Morse Band.

Freaks Of Nature
(Intersound) 1995
C'est le même line-up que sur Live At The Wisky qui enregistre Freaks Of Nature, un album sombre qui affiche la volonté de renouer avec une certaine complexité. Et en un sens, ça marche sur quelques titres: Desperate Times, Hope Once Again, le volcanique I Can Fly et la ballade progressive Peaceful And Warm surprennent autant qu'ils impressionnent. Les interplays sont dynamiques, David Ragsdale s'avère être un violoniste aussi bon que Robbie Steinhardt et quand Walsh ne se force pas, sa voix reste très agréable. On se prend soudain à rêver d'un retour du grand Kansas, d'autant plus que Kerry Livgren fait une timide apparition sur Cold Grey Morning.

King Biscuit Flower Hour Presents [LIVE]
(King Biscuit Entertainment) 1998
Enregistré à Philadelphie en février 1989 dans le cadre de la tournée In The Spirit Of Things, ce concert présente le Kansas de Steve Walsh et Steve Morse. Son plus grand intérêt est de permettre d'entendre les grands classique comme Paradox, The Wall, Miracles Out Of Nowhere, Dust In The Wind et Carry On Wayward Son interprétés par le guitariste virtuose qui s'en donne à coeur joie.

Device, Voice, Drum [2 CD ou 1 DVD - LIVE]
(Compendia Music Group) 2002
Ce concert capté à Atlanta le 15 juin 2002 montre un groupe en bonne forme, interprétant les grands titres de sa longue carrière. Si Walsh, Ehart, Steinhardt et Williams (4 membres originaux sur 5) affichent présents, Kerry Livgren brille au contraire par son absence. Mais le résultat n'en est pas trop affecté: les interprétations sont impeccables, la voix de Walsh correcte dans ses nouvelles limitations et la set liste est sans défaut. De quoi passer un bon moment.


There's Know Place Like Home [2 CD ou 1 DVD - LIVE]
(Silk City) 2009
Walsh, Ehart, Williams, Greer et Ragsdale (plus Livgren et Steve Morse en invités sur quelques titres) s'associent à un orchestre symphonique de 50 musiciens pour un concert donné en février 2009 à l'Université de Washburn dans leur fief natal de Topeka (Kansas). Enregistré en HD 5.1 surround, ce DVD marque le 35e anniversaire de la sortie de leur premier LP éponyme. Tous les grands titres sont là, en plus de quelques raretés, et ils sont restitués dans des arrangements somptueux. Ce DVD est un témoignage exceptionnel de la longue carrière mouvementée d'un des groupes majeurs du rock progressif.

Les discographies présentées ici ne sont pas exhaustives mais plutôt indicatives des disques à écouter en priorité pour suivre l'évolution d'un groupe. En particulier :
  • Le choix s'est porté de préférence sur les disques en studio plutôt que sur ceux enregistrés en concert, sauf s'il s'agit d'albums live approuvés par le groupe, documentant une période particulière et gravés avec une qualité sonore suffisante.
  • Certains disques en studio ne sont pas repris s'ils sont d'une qualité artistique nettement insuffisante par rapport à la moyenne de la discographie du groupe. C'est par exemple parfois le cas pour certains albums réalisés en vitesse pour terminer une obligation contractuelle avec une compagnie de disques.
  • Les compilations ne sont généralement pas reprises sauf cas exceptionnel où des versions alternatives et/ou des titres inédits ont été inclus.
  • Au moins un DVD du groupe, pour autant qu'il en existe, est ajouté à la discographie : ce nouveau support de plus en plus répandu permet en effet de se faire une bonne idée des prestations en concert et offre souvent en bonus des interviews et documentaires intéressants sur les musiciens et leur musique.
  • Les disques d'un groupe qui n'entrent plus dans la catégorie « Rock Progressif », par exemple suite à un changement de personnel ou d'orientation musicale, ne sont pas inclus. Ce qui ne signifie pas qu'il s'agit de « mauvais » disques mais seulement qu'ils ne s'évaluent pas selon le même référentiel.
  • Les disques pirates et autres bootlegs ainsi que les disques non commerciaux distribués confidentiellement via l'Internet ou un « fan club » ne sont pas repris.
Par ailleurs, les notes attribuées gardent toujours leur part de subjectivité et ne sauraient relever d'un jugement universel (voir à ce sujet l'essai sur les disques essentiels publié sur une autre page de ce site).


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