Rock progressiste : les Nouveautés 2018 (Sélection)



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Kino : Radio Voltaire (InsideOut), UK, 23 mars 2018
Radio Voltaire

John Mitchell (Chant, Guitare)
Pete Trewavas (Basse, Chœurs)
Craig Blundell (Drums)
John Beck (Claviers)

1. Radio Voltaire (7:04) - 2. The Dead Club (4:10) - 3. Idlewild (6:01) - 4. I Don't Know Why (5:23) - 5. I Wont Break So Easily Any More (5:30) - 6. Temple Tudor (4:28) - 7. Out of Time (6:21) - 8. Warmth of the Sun (1:49) - 9. Grey Shapes on Concrete Fields (4:41) - 10. Keep the Faith (5:35) - 11. The Silent Fighter Pilot (4:49) - 12. Temple Tudor (Piano Mix) (4:29) - 13. The Dead Club (Berlin Headquarter Mix) (4:02) - 14. Keep The Faith (Orchestral Mix) (5:35) - 15. The Kino Funfair (1:01)

Radio VoltaireIl y a treize années, une comète baptisée Kino surprit le monde du prog avec un unique album appelé Picture, une petite pépite de pop-rock mélodique, puissant et suffisamment alambiqué pour capter l'attention des amateurs. Il faut dire que Kino était ce qu'on peut appeler un supergroupe comprenant le guitariste John Mitchell (Arena, Frost* et It Bites), le batteur Chris Maitland (Porcupine Tree), le claviériste John Beck (It Bites et Fish) en plus du célèbre bassiste Pete Trewavas (Marillion et Transatlantic). Jamais oublié, Picture connut une réédition appréciée en 2017, ce qui incidemment fit germer l'idée de lui donner enfin un successeur.

Le line-up a légèrement été changé puisque le batteur qui monte, Craig Blundell (Lonely Robot, Frost* et Steven Wilson), a remplacé Maitland. L'approche en revanche a été conservée : le groupe délivre toujours un néo-prog accessible et plein de panache. Les deux premiers morceaux du répertoire sont des pièces irrésistibles : Radio Voltaire qui prêche la liberté d'expression est une composition en tempo moyen portée par une rythmique terriblement efficace et nourrie par ce genre d'envolées de guitare qui ont bâti la réputation de John Mitchell. Le temps de s'habituer à la mélodie et voilà que déboule The Dead Club et son riff massif soulignant le côté cynique de cette chanson en forme de tornade.

A partir de là, on devine que le disque entier sera un enchantement même si c'est pour des raisons différentes à chaque titre. Ainsi Idlewild est-il une superbe ballade à propos des adieux dans les aéroports avec un texte poétique fort bien chanté par la voix de baryton légèrement éraillée de Mitchell qui, en plus, se fend d'un solo élévateur de guitare électrique. A l'autre bout du spectre, Grey Shapes On Concrete Fields allume le feu grâce à une rythmique incendiaire qui alterne entre 5/4 et 4/4 : on reste ébahi devant la science de Craig Blundell dont la frappe dynamique, plus que celle de Maitland, s'avère essentielle à ce genre de musique. Le titre étrange fait référence à la disparition progressive de la végétation qui laisse la place aux formes grises sur les champs de béton. Tudor Temple est une chanson folk accompagnée à la guitare acoustique à propos de la bonne vieille Angleterre au temps des Tudor. Et puis, Il y a un morceau, I Don't Know Why, écrit par Pete Trewavas au temps des sessions du premier Kino mais qui ne fut pas terminée à temps pour être inclue dans l'album. Ce rock A.O.R. quasi classique a su résister au temps pour finalement se retrouver sur cette seconde galette. Beaucoup de variété donc dans cet album qui, sans les bonus, offre 11 nouvelles chansons entre prog et pop dans un style qui n'est finalement pas trop différent des deux productions de Lonely Robot.

Colorée comme les génériques des films de James Bond, la pochette a été réalisée par le designer Paul Tippett qui, mine de rien, commence à avoir une longue discographie à son actif et semble s'être fait un carnet d'adresses bien rempli dans le milieu du néo-prog. Outre la couverture également très belle du premier Kino, on lui doit en effet également les splendides images illustrant des albums majeurs comme Milliontown de Frost*, The Tall Ships de It Bites, Empires Never Last de Galahad, The Seasons Turn de Lee Abraham et The Big Dream de Lonely Robot.

Depuis sa participation au tournant du millénaire à The Urbane, à qui l'on doit deux disques plutôt médiocres, John Mitchell a beaucoup évolué. Il est aujourd'hui devenu une figure incontournable du prog moderne et, quand il est bien entouré, les projets dans lesquels il joue sont tous remarquables. En tout cas, ce deuxième essai de Kino au casting d'exception est une grande réussite digne du souvenir que le premier album nous avait laissé. [4½/5]

[ Radio Voltaire (MP3, CD, Vinyle) ]
[ A écouter : The Dead Club - I Don't Know Why ]

Moonparticle : Hurricane Esmeralda (Indépendant), 20 janvier 2018
Hurricane Esmeralda

Niko Tsonev (gt, b)
Adam Holzman (claviers)
Theo Travis (fl, sax)
Craig Blundell (dr)
+ Grog Lisee (Chant : 1, 4, 7)

1. Hurricane Esmeralda (03:20) -2. Helium I (02:16) - 3. Helium II (01:23) - 4. Winter Mountain (05:20) - 5. White Light (05:00) - 6. Michelangelo Don't Stop (06:51) - 7. The Strength Of A Thousand Year Rose (04:22) - 8. Reverend Mum (04:11) - 9. Leon's Experiment (07:15)

Hurricane EsmeraldaLe guitariste bulgare Niko Tsonev n'est pas un inconnu puisqu'il a longtemps tourné avec le John Young's Lifesigns project avec qui il a enregistré un album live (Live In London - Under The Bridge, 2015). Avant, il avait aussi joué dans le groupe de Steven Wilson et on peut l'écouter sur le double CD live de ce dernier sorti en 2017 (Get All You Deserve, live in Mexico City, 2012). En tout cas, il a dû faire une bonne impression auprès de ses pairs pour avoir pu réunir, dès son premier essai en solo, une telle brochette de talents. Il est en effet entouré par Adam Holzman, fabuleux claviériste de jazz-rock reconverti récemment dans le prog aux côtés de Steven Wilson; le flûtiste et saxophoniste Theo Travis, souffleur omniprésent dans le monde du prog notamment avec Soft Machine Legacy, Robert Fripp, The Tangent et Steven Wilson; et le batteur Craig Blundell actif chez Lonely Robot, Frost* et … Steven Wilson.

Et force est de constater que la mise en place de cet équipage est exceptionnelle. Sur Michelangelo Don't Stop, les quatre musiciens étalent leur virtuosité, encore que ce soit sans aucune complaisance. Ce serait plutôt que ces quatre-là savent jouer aussi bien du rock que du jazz, et que la fusion, avec sa part obligatoire de technique instrumentale, leur est donc naturelle. Il faut toutefois insister sur le fait que cet album n'est pas un disque de jazz-rock et qu'il est d'abord focalisé sur les compositions de Niko Tsonev qui sont l'essence du projet. Une fois ces dernières prêtes, Tsonev les a envoyées à ses partenaires via internet, avec toutes les partitions et les instructions nécessaires. Ce qui lui est revenu était quasiment parfait et contenait plus de morceaux de bravoure qu'il n'en espérait. Comme l'a dit Adam Holzman lui-même : "la musique ressemble à du Genesis croisé avec Walter Brecker et Steely Dan". Chacun a l'occasion de briller à un moment ou à un autre : le solo de Holtzman à la fin de Hurricane Esmeralda est époustouflant, d'autant plus qu'il a été transcrit et doublé note pour note à la guitare par le leader (si vous ne pouvez pas faire mieux que quelqu'un, mieux vaut jouer avec lui) tandis que sur Leon's Experiment, Travis délivre un surprenant solo de flûte au son tellement trafiqué par un panel d'effets spéciaux qu'on reconnaît à peine l'instrument. Quand au batteur, il confirme sa singularité en propulsant toutes les plages par un jeu inventif à la fois souple et musclé. On mentionnera encore Samy Bishai en invité au violon sur le court Helium également magnifié par une partie de flûte plus classique de Theo Travis.

Hurricane Esmeralda n'est toutefois pas non plus un album entièrement instrumental, Tsonev ayant recruté la chanteuse Grog Lisee du groupe Die So Fluid pour trois titres du répertoire. On se contentera d'épingler sa prestation sur The Strength Of A Thousand Year Rose qui est une petite merveille de douceur et d'expressivité dans le style aérien de Karnataka.

Joliment emballé dans un digipack illustré par Brett Wilde, déjà auteur de toutes les pochettes pour Lifesigns, Hurricane Esmeralda est un premier album brillant et moderne qui ne risque pas d'être oublié dans les meilleures sorties prog de cette année 2018. [4/5]

[ Hurricane Esmeralda sur Bandcamp ] [ Hurricane Esmeralda (CD / MP3) ]
[ A écouter : Michelangelo Don't Stop - Reverend Mum ]

Christiaan Bruin's Inventions : Curiosity (FREIA Music), Pays-Bas, 25 janvier 2018
Curiosity

Christiaan Bruin (chant, tous instruments)
Maartje Dekker (chant sur 6)

1. Pocket Universe (03:09) - 2. The Penrose Steps (03:57) - 3. Curiosity (04:04) - 4. Deep Thought (04:40) - 5. Real Numbers (04:06) - 6. Kites And Darts (03:37) - 7. Through The Needle's Eye (02:51) - 8. The Grand Design (05:20) - 9. The Same River Twice (05:51) - 10. We Are Endless (04:35) - 11. Real Numbers (alternative version) (04:12) - 12. Through The Needle's Eye (alternative version) (05:45) - 13. O Stone, Be Not So (04:04)

MetaCe splendide album a été réalisé par le multi-instrumentiste et chanteur néerlandais Christiaan Bruin (batteur pour Sky Architect et claviériste pour Nine Stones Close). Bruin est en quelque sorte un vulgarisateur en matière musicale qui a choisi de communiquer avec ses fans pour leur expliquer en détail sa manière de composer. Après Meta sorti en 2016, ses dernières productions ont été réunies dans ce second album édité chez Freia Music sous le nom de Curiosity. Sans être du prog selon la définition habituelle qu'on réserve à ce terme, Curiosity offre une musique en demi-teintes qui s'abreuve à différents courants musicaux comme l'ambient, le post-rock, le symphonique et une pop sophistiquée plutôt indéfinissable. On pense parfois à certaines pièces de Brian Eno mais aussi aux titres les plus calmes de Peter Gabriel ou même à Peter Hammill et à sa façon bizarre d'articuler les mots dont Bruin se fait parfois l'écho comme sur Deep Thought. Les compositeurs de musique minimaliste comme Steve Reich et Phillip Glass sont aussi des références évidentes, en particulier sur Real Numbers. Il arrive enfin que l'orchestration prenne soudain de l'ampleur, devenant alors plus cinématographique (The Same River Twice et son interlude néo-classique). Toutefois, globalement, la musique de Curiosity sonne fraîche et même, la plupart du temps, totalement originale.

Egalement très fouillés et poétiques, les textes s'inspirent de considérations philosophiques et mathématiques qui se reflètent dans les titres des plages : Real Numbers, The Grand Design, Pocket Universe et The Penrose Steps qui fait référence à l'escalier impossible représenté par M. C. Escher et inventé par Lionel et Roger Penrose. Les harmonies vocales comme les orchestrations sont splendides et on imagine facilement Mr. Bruin devant son ordinateur travaillant inlassablement ses miniatures pour en modeler le son à la perfection. Il y même des fois où apparemment, il n'a pas su se décider, préférant alors livrer deux versions du même morceau comme Real Numbers et Through The Needle's Eye qui figurent à deux reprises dans le répertoire. Il n'y a guère de solo instrumental dans cet album, seulement des chansons aériennes, la voix chaleureuse de Bruin qui se résume parfois à un murmure, et des orchestrations gracieuses qui se mêlent au chant et l'emportent vers le rêve et l'abstraction. Ce mini-opéra impressionniste est certes quelque chose de différent mais il est irrésistible ! [4½/5]

[ Curiosity sur Bandcamp / Freia Music ] [ Curiosity (MP3) ]
[ A écouter : We Are Endless - Curiosity (Album trailer) ]

Galahad : Seas Of Change (Indépendent / OSKAR), UK, 15 Janvier 2018
Seas Of Change

Stuart Nicholson (chant)
Dean Baker (claviers)
Lee Abraham (gt)
Tim Ashton (b)
Spencer Luckman (Drums)

01. Seas of Change (42:43) - 02. Dust (Extended Edit) (5:57) - 03. Smoke (Extended Edit) (7:14)

Seas Of ChangeCourageux de la part du groupe britannique Galahad de sortir un nouvel album ne comportant qu'un titre unique de 43 minutes. Courageux aussi de replonger complètement dans une musique prog complexe après les chansons en demi-teintes plus conventionnelles de l'excellent Quiet Storms. Courageux encore de choisir comme thème celui du Brexit qui agite et divise l'Angleterre depuis l'annonce de sa séparation avec l'Union Européenne. Précisons d'emblée que Stuart Nicholson ne prend pas parti sur cette épineuse question mais se fait plutôt l'écho des bouleversements sociaux provoqués par ce changement de cap politique osé. En dépit de la pochette évocatrice de Paul Tippett montrant l'enlisement dans un océan déchaîné de la colonne Nelson de Trafalgar Square (symbolisant l'Empire britannique), Il s'agit davantage pour le groupe de commenter un évènement, parfois avec distanciation et humour, que de prendre réellement parti sur un choix dont les conséquences pour le futur restent aussi vagues que redoutées (it seems there'll be interesting times ahead, Another journey into the great unknown...) Il n'empêche que la réalisation d'un album politique, qui globalement disserte sur l'histoire mais n'en raconte aucune, reste une entreprise hasardeuse même si, en 2016, Marillion avait démontré avec un F.E.A.R. impérial que, politique ou pas, quand la musique est bonne, la réussite est au rendez-vous.

Et en ce qui concerne la musique justement, Galahad a encore fait des progrès. Stuart Nicholson chante de mieux en mieux tandis que Lee Abraham, autrefois bassiste du groupe et auteur de quelques albums en solo très réussis (dont le formidable The Seasons Turn), est revenu au bercail comme guitariste, apportant avec lui son inclination pour les belles mélodies et ensemençant les parties instrumentales d'accompagnements agréables à la guitare acoustique ou d'envolées électriques décisives. Si l'on excepte l'introduction avec ses bruitages et ses parties narratives extraites de films, nécessaire pour mettre l'auditeur dans l'ambiance, les onze autres sections sont imbriquées avec un naturel qui n'a d'égal que le soin apporté aux arrangements. Ces derniers sont redevables au petit génie du groupe, le claviériste omniprésent Dean Baker, qui en plus de jouer du piano et autres claviers (orgue, Moog, mellotron), assure un enrobage électronique des plus subtils à l'aide de séquenceurs ainsi qu'une somptueuse orchestration incluant des chœurs. Le tout est tellement efficace qu'on a parfois le sentiment d'écouter une bande sonore de film. C'est d'autant plus vrai que la production est d'une clarté exemplaire, Karl Groom, le leader talentueux de Threshold ayant une nouvelle fois mis son oreille et sa science au service de Galahad. En plus, Sarah Bolter vient aussi à l'occasion renforcer les textures par des parties de flûte, de clarinette et de saxophone soprano, ce qui rehausse encore l'impact de la musique.

Comme on pouvait s'y attendre, cette longue pièce est à géométrie variable, offrant des tableaux sonores variés allant de passages mélodiques à des moments plus telluriques en passant par quelques digressions néo-classiques sans pour autant que la cohérence de l'ensemble ne soit mise en péril. En fait, certaines sections de cette suite auraient pu constituer des chansons individuelles remarquables. On s'en convaincra en écoutant les deux titres, Dust et Smoke livrés en bonus sur le CD, qui ne sont que des extraits de la suite, édités et étendus pour les rendre plus écoutables individuellement : Dust en particulier est une composition mémorable qui compte parmi ce que Galahad a réalisé de meilleur.

Bref, tout en s'inscrivant dans la glorieuse histoire des longs morceaux épiques, Seas Of Change remet en lumière un groupe qui nous avait jadis donné l'inoubliable Empires Never Last et qui, au fil des albums, a su apporter son lot d'innovation au néo-prog classique dont il est issu. Voici en tout cas de quoi démarrer l'année musicale 2018 sur de bonnes vibrations. [4/5]

[ Seas Of Change (CD & MP3) ]
[ A écouter : Seas Of Change (sampler) ]

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