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A Sequence Of Moments Ali Ferguson : A Sequence Of Moments (Indépendant), UK, janvier 2016

Les bruitages (en fait des extraits d'émissions sur le thème de l'existence de Dieu) étant certes un peu longs, "Why Are We Whispering?" a du mal à décoller mais, après deux minutes, quand la guitare se met à rugir, on se redresse, l'oreille aux aguets. Ce son, cette réverbération, cette puissance hypnotique qui s'échappe de quelques notes essentielles, elle vient d'un autre temps quand David Gilmour et Roger Waters avaient encore la rage au ventre. La voix trafiquée par divers effets, la basse roulante, la batterie hypnotique mêlée à un soupçon d'électronique ainsi que les envolées mystiques d'une voix féminine inconnue planant au-dessus de la masse sonore : voici une composition qui donne la chair de poule en réinventant l'héritage sonique du Pink Floyd, modernisé par une approche actuelle mi ambient mi post-rock. Une bonne partie de l'album renouvelle cette extraordinaire réussite avec d'autres mélodies mémorables enrobées dans des arrangements somptueux qui ont l'intelligence d'être différents à chaque fois. On pense parfois au Alan Parsons Project ou à Andy Jackson, à RPWL ou à Airbag, voire à Moby dans sa version la plus atmosphérique, ou alors, sur "Is This Enlightenment?" sous-tendu par des boucles de musique électroniques, à Tangerine Dream. Et même la ballade plus classique Into Falling Stars fonctionne à merveille avec des vocaux plus susurrés à l'oreille que chantés sans oublier, en finale, un solo de guitare lâché dans le firmament comme un grand cri d'amour. Above This Fractured Earth clôture le disque comme il a commencé : introduit longuement par des échantillonnages de voix d'enfants, la mélodie éthérée finit par émerger lentement à la surface avant de s'ouvrir sur un dernier solo de guitare, bleu comme la stratosphère, aussi nonchalant que pourvoyeur d'émotion, et qui prouve une fois encore que dans le rock, ce qui compte est moins ce qu'on joue que la manière de le jouer.

Après un Endless River (Pink Floyd) en forme de recyclage émouvant et un Rattle That Lock (David Gilmour) agréable mais convenu, il fallait bien se rendre à l'évidence que la flamboyance cosmique des Shine On You Crazy Diamond, Echoes et autres The Great Gig In The Sky appartenait définitivement au passé. J'avais tort ! Depuis Edimbourg dans son Ecosse natale, un musicien encore quasi inconnu nommé Ali Fergusson a soufflé sur la braise et d'un coup de guitare magique, a fait renaître sans mimétisme d'anciens feux épiques. Pas de doute, A Sequence Of Moments nous fait à nouveau vibrer et quand on vibre, c'est que c'est bon !

[ A Sequence Of Moments (CD & MP3) ]
[ A écouter : Why Are We Whispering? - Out Of The Dark ]



Monolithe Nebia : Monolithe (Indépendant), France, octobre 2017

1. Derrière l'Écume (5:28) - 2. Racines Sacrées (7:08) - 3. Funambule (4:16) - 4. Doigt Cosmique (introduction) - 5. Doigt Cosmique (4:03) - 6. Epicez Tout ! (3:27)

Alexandre Armand (saxophone baryton); Joris Prigent (claviers); Julien Massé (batterie)

Trio à l'instrumentation rare dont la musique se situe à la frontière de plusieurs genres, Nebia ne ressemble guère à votre groupe de prog ou de jazz habituel mais ça ne veut pas dire pour autant que ses vibrations ne sont pas attractives. Premier titre du répertoire, Derrière l'Écume évoque une sorte de post-jazz atmosphérique bientôt zébré par un saxophone baryton qui transitera progressivement d'un lyrisme exacerbé au paroxysme avec en point d'orgue un cri libérateur. Racines Sacrées dévoile davantage les qualités de cette formation hors-norme : la batterie tribale et monolithique invoque avec énergie l'intitulé de l'album tandis que Joris Prigent déroule des chapelets de notes sur ses claviers électriques. Quant à Alexandre Armand, son baryton insuffle vie à la composition, imposant d'abord un riff qui monte lentement en puissance avant d'exploser en un jaillissement des plus réjouissants. L'ambiance est là, palpable, stimulante, capable de faire oublier que ce dernier titre dépasse les sept minutes. Au-delà de sa construction rigoureuse, le troisième morceau, Funambule, est tout aussi habité par une tension extrême qui renvoie à la fin des années 60 quand le jazz enfin libre et le rock naissant s'entrelaçaient en de suaves et brûlantes étreintes. Vient ensuite Doigt Cosmique qui se décline en deux sections séparées, la première étant une calme introduction au piano électrique de la seconde qui met derechef en exergue le jeu effervescent du souffleur. Epicez Tout! clôture déjà ce mini-album (26 minutes au compteur) en brisant les dernières barrières, la musique déferlant cette fois sans retenue dans une combinaison roborative de rock, de métal et de free-jazz. Financé de manière participative, Monolithe offre une brève mais intense présentation de ce power trio français pour le moins original qu'on souhaite maintenant ardemment écouter sur scène.

[ Nebia sur Bandcamp ]
[ A écouter : Nebia (teaser) ]



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