Le Rock Progressif

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Série VI - Volume 9 Volumes : [ 1 ] [ 2 ] [ 3 ] [ 4 ] [ 5 ] [ 6 ] [ 7 ] [ 9 ]


Spirit Of Eden Talk Talk : Spirit Of Eden (Parlophone/EMI), UK 1988

1. The Rainbow (8:02) - 2. Eden (7:40) - 3. Desire (7:17) - 4. Inheritance (5:24) - 5. I Believe In You (6:16) - 6. Wealth (6:44)

Mark Hollis (chant, piano, orgue, guitare); Lee Harris (batterie); Paul Webb (basse) + Invités.

L'arbre et le monolithe.

Noir et blanc. Tout deux incompris au moment de leur arrivée. Analysés des années durant afin d'en révéler le sens, la portée. Établir un parallèle paraîtra déplacé. Moins si l'on s'interroge sur la grandeur humaine, la transcendance et notre désir de compréhension face à l'incertain.

1968, une forme noire apparaît. Le temps se fige. L'avant et l'après n'importent plus, vu que l'instant présent nous est inconnu. Cet objet anguleux, tout en majesté, d'une opacité intimidante, redéfinit par sa présence notre perception des choses. Les premières manifestations cultuelles se dessinant peu à peu, la sacralisation de l'objet dévient évidence, comme si l'existence en elle-même ne pouvait suffire. La forme devient média et tous les possibles deviennent plausibles.

1988, un musicien anglais renonce. Les possibles, peu lui importent. Les notes de musique aussi vaines que la recherche de gloire ou de postérité. Sa vérité se fera jour désormais à travers les silences. Ceux-ci seront un tout, un absolu. Le réceptacle de son génie créatif. L'interstice devient matière, et la quête de Mark Hollis, quelle qu'elle soit, trouve ici son accomplissement.

Sur l'avant-dernier titre I Believe In You, la messe est dite. Mark Hollis, en laissant entrevoir l'imperceptible, ouvre un passage. Un chemin vers un Eden personnel. A ce moment précis, oublier dieux et chimères. L'élévation spirituelle devient le fait de notre propre grandeur, plus de tutelle divine pour notre salut. Un "simple" humain vient de sublimer la notion de perfection. Nous nous suffisons désormais à nous mêmes.

20 ans auparavant, Stanley Kubrick redéfinissait la notion de croyance, au travers du monolithe noir, dans "2001, l'Odyssée de l'Espace". L'objet céleste symbolisait à lui seul la question existentielle et les questions qu'il souleva furent alors infinies. Sommes-nous la clef de notre propre rayonnement ? Devons-nous nous assujettir à des forces supérieures censées guider nos destinées ? Sommes-nous après tout notre propre Dieu intérieur ? Deux décennies plus tard, Spirit Of Eden lui apporta la plus belle des réponses.

[ Chronique d'Olivier Marin ]

[ Spirit Of Eden (CD / Vinyle / Digital) ]
[ A écouter : I Believe In You ]



Ark Hats Off Gentlemen It's Adequate : Ark (EP Indépendant / Bandcamp), UK, 14 août 2019

1. Ark (11:47) - 2. Chasing Neon (5:34) - 3. She Moved Through The Fair (7:48)

Malcolm Galloway (guitare, chant, claviers et synthés); Mark Gatland (basse, guitare); Kathryn Thomas (flûte)

Après Broken But Still Standing (2017) et Out Of Mind (2018), le groupe britannique Hats Off Gentlemen It's Adequate propose un EP de trois titres, d'une durée totale de 25 minutes, qui conserve l'approche éclectique des albums précédents. La pièce maîtresse y est cette fois l'épique Ark, une splendide composition instrumentale inspirée par l'histoire du HMS Ark Royal, un porte-avions de la Royal Navy qui participa à la Seconde Guerre mondiale, racontée en détail dans les notes de pochette. Le grand-père paternel du compositeur, multi-instrumentiste et chanteur britannique Malcolm Galloway, principal musicien de Hats Off, y était télégraphiste / mitrailleur au sein de la Fleet Air Arm embarquée. Aussi, la musique de ce morceau, qui lui est dédié, illustre les péripéties du navire depuis sa construction et son lancement en 1937, ses combats contre les U-Boot, sa participation à la chasse du cuirassé Bismark et enfin son naufrage après avoir été torpillé par un sous-marin allemand en novembre 1941. Alternant entre passages nostalgiques et d'autres plus énergiques et menaçants, Ark se révèle être une bande sonore agréable convenant parfaitement à la lecture de ce moment d'histoire.

Complètement différent de Ark, Chasing Neon est une composition également instrumentale délivrée dans une perspective rétro-futuriste. Elle évoque certains titres de Tangerine Dream à l'époque où Edgar Froese avait décidé de combiner ses synthétiseurs avec une rythmique rock traditionnelle (Force Majeure). Le troisième morceau est une version personnelle de la chanson folk irlandaise She Moved Through The Fair ici rendue dans un arrangement évanescent qui accentue le côté étrange de cette histoire de fantôme.

Ce minidisque marque une évolution pour Hats Off Gentlemen It's Adequate qui affirme ici plus de maturité ainsi qu'une réelle identité. Gageons que le prochain album longue durée sera celui de la révélation.

[ Ark sur Bandcamp ]
[ A écouter : Ark - Chasing Neon ]



Re-Visited Live ! Arena : Re-Visited Live! (Verglas Music), UK, 15 avril 2019

CD 1 : 1. Crack in the Ice - 2. Pins and Needles - 3. Double Vision - 4. Elea - 5. The Hanging Tree - 6. A State of Grace - 7. Blood Red Room - 8. In the Blink of an Eye - 9. (Don't Forget to) Breathe - 10. Serenity - 11. Tears in the Rain - 12. Enemy Without - 13. Running from Damascus - 14. The Visitor
CD 2 : 1. Poisoned - 2. Jericho - 3. Mirror Lies - 4. Tinder Box - 5. Solomon - 6. Ascension - 7. Crying For Help VII. Enregistré au Boerderij, Zoetermeer, Pays-Bas, pendant la tournée Re-Visited 2018.

Paul Manzi (chant); John Mitchell (guitare, chant); Clive Nolan (claviers, chant); Kylan Amos (basse); Mick Pointer (drums)

Afin de célébrer le 20e anniversaire de la sortie de leur plus célèbre album, The Visitor (1998), Arena avait organisé une tournée en 2018 dans laquelle l'œuvre fut rejouée intégralement à côté de quelques autres morceaux issus de leur répertoire. Ils viennent de sortir un coffret incluant 1 DVD/ 1 Blu-Ray et 2 CD reprenant le concert donné cette année-là au Boerderij, à Zoetermeer, plus un livret de 48 pages.

The Visitor est "revisité" dans une version assez conforme à l'original et c'est un plaisir de retrouver intactes les mélodies de ce formidable album dont la musique n'a pas pris une ride. Finalement, la plus grande différence provient du nouveau line-up. Le claviériste Clive Nolan, le batteur Mick Pointer et le guitariste John Mitchell, dont c'était la première apparition sur le disque de 1998, sont toujours là. Mais le bassiste John Jowitt a été remplacé par Kylan Amos et surtout, Paul Wrightson a laissé le micro à Paul Manzi, chanteur à la voix puissante qui donne parfois un autre ton, plus rock, à certains passages. Du coup The Visitor est en quelque sorte réactualisé dans le style plus hard adopté aujourd'hui par le groupe. Pour cette raison, cette nouvelle interprétation, qui ne remplace pas la version studio, est quand même intéressante à écouter, d'autant plus que John Mitchell, qui a aussi entre-temps développé son propre style, y joue avec beaucoup d'ardeur.

L'extrait vidéo ci-dessous qui reprend 3 titres de The Visitor (Elea / The Hanging Tree / The Visitor ) vous donnera une bonne idée de ce show qui fut aussi énergique que parfaitement maîtrisé. Le travail de Mitchell, qui double parfois Paul Manzi au chant tout en jouant de la six-cordes, y est en tout cas remarquable.

[ A écouter : Arena Live in Holland 2018 ]



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