Rock progressiste : les Nouveautés 2021 (Sélection)



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Downes Braide Association : Halcyon Hymns (Cherry Red Records), UK, 5 février 2021
Halcyon Hymns
1. Love Among The Ruins (6:23) - 2. King Of The Sunset (6:36) - 3. Your Heart Wil Find The Way (5:19) - 4. Holding The Heavens (7:53) - 5. Beachcombers (3:30) - 6. Warm Summer Sun (4:33) - 7. Today (6:58) - 8. Hymn To Darkness (2:58) – 9. She'll Be Riding Horses (For Sue) (4:34) – 10. Late Summer (2:23) – 11. Remembrance (11:43) – Epilogue (0:36)

Christopher Braide (chant, piano, claviers, guitare, programmation); Geoffrey Downes (piano, claviers, programmation); Dave Bainbridge (guitares, bouzouki, mandoline); Andy Hodge (guitares basses); Ash Soan (batterie); Barney Ashton-Bullock (narration); Marc Almond (chant, paroles du second couplet 6); Tim Weller (batterie 9, percussions 4); Joe Catcheside (narration 7, chœurs 1); David Longdon (harmonie vocale 2); Elijah et Sascha Braide (chœurs 1, 4)


Halcyon Hymns (CD)Dans la mythologie grecque, l'alcyon incarne un oiseau de légende annonciateur de jours heureux, tandis que dans la terminologie anglaise, le mot renvoie à un passé édénique et paisible. De nos jours, Halcyon Hymns, cinquième production de Downes Braide Association depuis 2012, si l'on tient compte du Live In England sorti en 2019, est un pur produit du confinement.

Chris Braide, chanteur, compositeur et producteur d'artistes de renom, a notamment participé à Chaos And A Dancing Star, dernier opus de Marc Almond, lequel lui a suggéré la réalisation d'un quatrième album studio avec DBA. Les ébauches et maquettes de chansons qui lui furent adressées par le claviériste Geoff Downes (Buggles, Yes et Asia) l'ont l'inspiré et suscité sa créativité. En un mois, il a ainsi au-delà de toute espérance pu mettre en forme les douze plages de cette œuvre en clair-obscur, apologie lumineuse du bonheur des instants présents, avec en filigrane de sombres menaces qui planent, et ce dans la foi en des jours meilleurs. Afin d'accentuer l'effet du message, un narrateur, en la personne de Joe Catcheside, introduit puis ponctue les morceaux de ce qui n'est pas un concept album, mais qui néanmoins raconte une histoire et forme un tout homogène. Les deux artistes ont en outre complété le line-up par le multi-instrumentiste et arrangeur Dave Bainbridge (Iona, The Strawbs), qui se cantonne ici à la guitare, ainsi que David Longdon de Big Big Train (harmonies vocales sur King Of The Sunset) et le chanteur glamour précité des années new wave, Marc Almond, dans un magnifique duo avec Chris Braide sur l'émouvant Warm Summer Sun.

Le répertoire débute par le premier vers du poème du même nom, Love Among The Ruins, de Robert Browning. C'est une pièce bucolique et lyrique, nappée de synthétiseur et portée par la voix de Chris Braide sur les accords de guitare de Dave Bainbridge. Il annonce d'ores et déjà l'ambiance de l'ensemble de l'œuvre. Au fil des plages, l'auditeur découvre une musique accessible, retient instantanément le refrain de Today supporté par les notes d'un piano à la John Lennon et, par moment, d'une guitare à la George Harrison, et celui du mélancolique She'll Be Riding Horses. Pour autant, Halcyon Hymns présente à l'évidence des caractéristiques inhérentes au rock progressif, par exemple dans les arpèges de Holding The Heavens qui évoquent Steve Hackett sur une mélodie qui renvoie à Barclay James Harvest. Dans Beachcombers, les harmonies vocales rappellent Jon Anderson et Chris Squire. Enfin Remembrance qui précède un court épilogue constitue une pièce épique de 12 minutes, construite sous la forme d'un leitmotiv mélodique obsessionnel rappelant Fish (Perfume River ou Garden Of Remembrance), dans laquelle guitare, mandoline et piano, appuyés par une légère section orchestrale, créent un contraste avec le narrateur ainsi qu'avec le chant de Chris Braide; elle clôture l'opus, symbolisant la fin d'une saison estivale.

En bref, cet album, à la fois plus fouillé et plus nuancé que les précédents, et minimisant la programmation au profit des instruments, devrait gagner à sa cause autant les fans de Yes (période Fly From Here) que les amateurs d'un pop/rock bien écrit et produit. Il est emballé dans une pochette digipack qui, dans l'esprit d'Asia ou de Yes, a été créée par Roger Dean. Un document sur la réalisation de cette illustration est présenté dans un DVD accompagnant le CD qui inclut également trois vidéos promotionnelles (Love Among The Ruins, Your Heart Will Find The Way et Today). [4/5]

[ Chronique de Michel Linker ]

[ Halcyon Hymns (CD / Vinyle / Digital) ]
[ A écouter : Love Among The Ruins - Your Heart Will Find The Way - Warm Summer Sun ]

Nad Sylvan : Spiritus Mundi (InsideOut Music) Allemagne, 9 avril 2021 (InsideOut Music), Multinational, 9 avril 2021
Nad Sylvan : Spiritus Mundi
1. The Second Coming (7:00 )- 2. Sailing to Byzantium (6:41) - 3. Cap and Bells (4:47)- 4. The Realists (2:18) - 5. The Stolen Child (4:58)- 6. To An Isle In The Water (4:36)- 7. The Hawk (4:09)- 8. The Witch and The Mermaid (1:57)- 9. The Fisherman (5:28) - 10. You've Got To Find A Way (Bonus) (5:55)- 11. To A Child Dancing In The Wind (Bonus) (5:08)

Andrew Laitres (composition, chant, voix, guitare acoustique nylon, steel et 12 cordes, claviers additionnels); Nad Sylvan (composition, chant, voix, claviers, guitares électrique et acoustique, basse, batterie, orchestration, programmation) ; Kiwi Te Kanna (hautbois, flûte chinoise, invité); Steve Piggot (guitare électrique additionnelle, invité); Jonas Reingold (basse, invité, 1 piste); Mirkko Demaio (batterie, congas / Invité); Steve Hackett (guitare acoustique 12 cordes, invité); Tony Levin (basse, invité 4 pistes) ; Neil Withford (guitare électrique et slide, invité).


Spiritus Mundi (Limited edition CD digipack)Après être passé par Unifaun (2008 - difficile à trouver) puis être convié par Roine Stolt à rejoindre Agents Of Mercy (3 Cds), Nad Sylvan a produit 5 albums en solo entre 1997 et 2019. Révélé au grand public par ses qualités vocales en accompagnateur de Steve Hackett pour son projet Genesis Revisited, puis lors de nombreux concerts, il trace aussi sa route hors de l'ombre de Peter Gabriel sur la seule base de son talent personnel.

Des échanges avec Andrew Laitres (Vermont, USA), peu connu hélas, ont débouché sur le titre bonus du précédent effort de Nad, The Regal Bastard (2019) : The Lake Isle Of Innisfree. Les rencontres lors de la partie US de la tournée avec Steve Hackett ont permis d'échanger du matériel et des ébauches. Ainsi a pris forme Spiritus Mundi dont l'inspiration principale vient de poèmes de William Butler Yeats (1865-1939), un Irlandais honoré du prix Nobel de littérature en 1923, particulièrement admiré par Nad.

L'album commence en douceur avec une intro à la guitare acoustique après quelques bruitages d'ambiance et une courte narration. Le chant, accompagné de loin au début, est rejoint par l'orchestration mais reste le fil conducteur. Nad se livre vocalement sans contrainte, naturellement, et vit son texte avec une grande conviction. Petites touches de clavier, percussions éparses, tout se fait dans la mesure. Les voix doublées/superposées sont du plus bel effet (A. Laitres). Une mise en bouche au goût salé. Dès la seconde plage, nous sommes embarqués dans le navire. L'accompagnement se fait plus présent et varié. Des sonorités exotiques et un côté envoûtant nous attirent vers l'ailleurs. La montée chromatique et le tempo plus marqué nous donnent envie de ramer en cadence. Voix a capella, chant d'oiseaux, progression descendante à la guitare acoustique, voici le très pastoral Caps And Bells ou le piano fait merveille au milieu de ce morceau qui se diversifie ensuite avec les instruments à l'unisson. La croisière se poursuit au fil des pièces d'orfèvrerie que sont ces chansons parfois arachnéennes. Le paysage sonore d'Isle In The Water repose sur les cordes, le mélange des voix, quelques touches de piano et une flûte lointaine qui se dérobe à la fin. The Hawk voit la section rythmique imposer un tempo plus marqué tandis que Nad donne de la voix avec quelques fioritures accompagnées au piano et, à la fin, une chorale entraînante. Les embruns nous fouettent la peau et la houle secoue notre esquif dans l'ultime The Fisherman agrémenté d'une partie de slide guitar (Neil Whitford) de toute beauté. La pluie fine sur le visage, nous quittons l'esquif avec regret, emportant des souvenirs forts.

Vient ensuite, dans la version qui en est munie, la chanson You've Got To Find A Way, sur des paroles de Nad Sylvan, qui évoque à mots couverts cette période troublée que nous vivons (mais avec une note d'optimisme quand même) : une ballade toute simple, dans le ton de l'album, qui ne le dépareille en rien. Enfin la contribution de Steve Hackett dans la toute dernière pièce, To A Child Dancing In The Wind qui est d'une grande quiétude, se déroule en finesse sur de délicats accords à la guitare acoustique 12 cordes enrobée d'un fond orchestral aérien. Puis vient la surprise : le morceau évolue dans un tout autre registre et c'est Andrew Laitres qui prend le micro comme pour bien affirmer que nous avons affaire à du rock progressif, fut-il acoustique.

L'instrumentation est soigneusement dosée pour laisser les voix s'exprimer (Andrew Laitres chante également, ne l'oublions pas) et leur donner l'espace nécessaire à une narration des plus claires. En incarnant des textes de William Butler Yeates, Nad Sylvan a pu se consacrer bien davantage à la musique et il est incontestable que l'extrême soin apporté aux arrangements donne à ce disque une plus-value incomparable. [4½/5]

[ Chronique d'Alain Bourguignon ]

[ Spiritus Mundi (CD / Vinyle / Digital) ] [ No Air sur Bandcamp ]
[ A écouter : The Stolen Child - The Hawk - The Fisherman ]

Perfect Storm: No Air (Glassville records), Pays-Bas, 19 mars 2021
Perfect Storm: No Air
1. Strength (8:18) - 2. The Search (6:55) - 3. Sun For Life (8:08) - 4. Hope (7:41) - 5. No Air (6:55) - 6. Mind's Eye (6:15) - 7. How It Ends (9:34)

Gert-Jan Schurer (guitares); Ard Offers (chant, claviers); Adel Saflou (chant); Hiske Oosterwijk (chant); Jesse Bosman (battrie); David Klompmakers (basse)


Passant de la douce brise qui frôle l'oreille, à la tornade qui reste dans les tympans, Perfect Storm, formation originaire des Pays-Bas (Groningen), est influencé par toutes les directions où va le vent.

Avec ses riffs de guitares tranchants, une batterie entraînante, des lignes de basses bien nettes, des parties de claviers scintillantes et des harmonies vocales enchanteresses, ce projet récent apporte au paysage musical actuel une fraîcheur et un souffle allant des basses aux hautes pressions. Le maître d'œuvre Gert Jan Schurer (guitares) s'inspire des sons de sa jeunesse et cite volontiers Porcupine Tree, Steven Wilson, Pat Metheny, Hans Zimmer et un peu d'Aphex Twin ... de quoi, en effet, se construire un édifice musical solide.

Privilégiant le côté mélodique au passage en force avec un côté accrocheur sans omettre les passages instrumentaux bien placés, les arrangements soignés, les solos énergiques et les harmonies vocales, la formation se rend accessible sans céder à une quelconque facilité. C'est très bigarré mais pas barré, original dans son agencement, fouillé dans sa conception et bien équilibré entre les voix féminines et masculines avec une section rythmique bien présente, une guitare tirant parfois vers le métal et des lignes de claviers qui se glissent intelligemment dans l'ensemble. Toutes sortes d'ambiances, de climats, de tempos se succèdent ou se télescopent pour notre plus grande satisfaction. La palette des artistes est très vaste et colorée, ce qui leur permet d'offrir une série de tableaux de genres distincts et typés, d'inspirations variées, réalisés avec énormément de finesse et de talent. Il est étonnant qu'il s'agisse là d'un premier album tant les surprises sont nombreuses avec ces breaks, virages, changements, rebondissements et, de plus, un parfait équilibre entre les parties chantées et celles instrumentales.

Les sept morceaux, pour une durée 54 minutes, évoquent le relationnel (avec soi-même, les autres, le monde qui nous entoure). L'insécurité, la peur, les jugements, le lâcher prise et l'espoir sont également abordés. Mais tout cela sur un mode, finalement, optimiste. A ce propos, il faut souligner la qualité des voix qui sont d'une belle justesse, prenantes et d'une amplitude étonnante dans le cas d'Adel Saflou. Il s'agit d'un chanteur de métal syrien qui a dû fuir son pays en guerre et a été accueilli comme réfugié aux Pays-Bas à Alphen-Aan-Den-Rijn à 200 km de Groningen.

Pour en revenir au titre de l'album, No Air, je ressens plutôt une brise légère, parfumée, parfois plus tempétueuse et stimulante avec des pointes épicées brièvement emportées par un souffle furieux. Voici un disque qui fait voyager et qui s'avère être un vrai remède contre l'immobilisme et l'ennui. [4/5]

[ Chronique d'Alain Bourguignon ]

[ No Air (CD / Digital) ] [ No Air sur Bandcamp ]
[ A écouter : Strengh - No Air - How It Ends ]

Steve Hackett: Under A Mediterranaen Sky (Insideout), UK, 22 Janvier 2021
Under A Mediterranaen Sky
1. Mdina (8:46) – 2. Adriatic Blue (4:52) – 3. Sirocco (5:14) – 4. Joie De Vivre (3:42) – 5. The Memory Of Myth (3:29) – 6. Scarlatti Sonata (3:41) – 7. Casa Del Fauno (3:52) – 8. The Dervish And The Djin (4:58) – 9. Lorato (2:30) – 10. Andalusian Heart (5:58) – 11. The Call Of The Sea (4:45)

Steve Hackett (guitares acoustiques, guitare à 12 cordes, charango, oud irakien); John Hackett (flûte); Roger King (claviers, programmation § arrangements orchestraux) ; Malik Mansurov (Tar); Arsen Petrosyan (duduk); Christine Townsend (violon, alto : 5, 10); Rob Townsend (saxophone soprano, flûte : 7,8), Franck Avril (hautbois : 10)


Under A Mediterranaen Sky (2LP + CD)S'agissant d'un artiste tel que Steve Hackett, la sortie d'un nouvel album représente toujours un évènement majeur dans l'actualité musicale. Under A Mediterranean Sky est, pour ce guitariste et compositeur qu'on ne présente plus, un retour à une formule acoustique, la première depuis Tribute en 2008. Le confinement ayant stoppé la tournée Genesis Revisited, ce fut donc l'occasion pour lui, de mettre en musique des souvenirs de voyages, de sites enchanteurs, combinant le contemplatif à l'imaginaire. Il a, en partie, co-écrit ces 11 titres avec son épouse Jo, ainsi qu'avec son producteur et complice, le claviériste Roger King, également à l'œuvre sur d'impressionnants arrangements orchestraux accompagnant le jeu du soliste.

Mdina, évocation de cette ville maltaise chargée d'histoire, ouvre l'opus, tel le premier mouvement d'un concerto pour guitare et orchestre. Roulements de tambours et cors introduisent l'une des trois pièces les plus épiques, et sans doute la plus ambitieuse, de cet album, par un développement symphonique rappelant parfois Le Sacre Du Printemps de Stravinsky, au service d'un dialogue entre la section des cordes tour à tour fulminante et apaisée et la guitare nylon aux accents hispaniques. La suite alterne des pistes jouées par Steve Hackett seul et des pièces orchestrales comme celle précitée, mettant néanmoins toujours en valeur le jeu fluide, nuancé et très identifiable du guitariste. Parmi les pièces en solo, Adriatic Blue nous fait d'abord parcourir les côtes accidentées de la Croatie au rythme de ces fameux arpèges « hacketttiens » qui nous renvoient à Bay Of Kings ou même, plus loin encore, à la longue introduction de Blood On The Rooftops (Genesis, Wind And Wuthering, 1977). Joie De Vivre célèbre la France et son art de vivre au fil d'une pièce aux forts accents folk. Lurato, mélodie en ritournelle, faisant quelque part écho à Horizons (Genesis, Foxtrot, 1972), chante l'amour universel tel un madrigal de la renaissance italienne. Puis, à travers Scarlatti Sonata, Steve Hackett revisite avec virtuosité un compositeur de la période baroque comme il le fit autrefois pour Bach et Vivaldi.

Seconde piste majeure de l'album, portée par la magistrale orchestration de Roger King, Sirocco transporte l'auditeur depuis le littoral d'Afrique du Nord jusqu'aux confins des déserts de Jordanie au rythme des percussions et d'une mélodie venue d'orient, comme portée par ce célèbre vent qui traverse les étendues infinies de sable et de roches; à environ 3'30", nous pourrions presque voir poindre à l'horizon la silhouette de Lawrence D'Arabie évoluant sur la célèbre partition de Maurice Jarre. Après une mélancolique introduction au violon de Christine Townsend, The Memory Of Myth évoque la Grèce antique et ses créatures mythologiques. Puis, sur une mélodie accrocheuse, aérienne et paisible associant les notes de flûte de John Hackett, La Casa Del Fauno nous convie au second siècle dans l'intimité de cette célèbre résidence de Pompeï.

Notre périple nous conduit ensuite aux confins de la Perse et du Moyen Orient. The Dervish And The Djin est assurément la pièce la plus orientale du répertoire, l'orchestre étant complété par le saxophone soprano de Robert Townsend et surtout par le duduk de l'arménien Arsen Petrosyan ainsi que par le Tar de l'azerbaïdjanais Malik Mansurov. L'intensité monte graduellement sur un rythme évoquant une caravane en mouvement. Le guitariste fait une halte en Andalousie, et, en la circonstance, son instrument se pare des couleurs du flamenco et de la musique gitane. Andalusian Heart porte l'empreinte de musiciens comme Andres Ségovia et davantage encore Rodrigo (Concerto Andaluz) dont Steve Hackett revendique une part de son inspiration. Cette odyssée méditerranéenne prend fin dans le même souffle épique qu'elle a démarré par la troisième et remarquable pièce hautement symphonique de cet opus, The call Of The Sea, autour du « personnage » central, immuable et fédérateur de l'album : la Grande Bleue, magnifiée par ces accords et arpèges de guitare, toujours nappés et enveloppés d'une somptueuse orchestration suscitant un climat propice à la méditation et au rêve.

En attendant un retour imminent de l'artiste à l'électrique au sein de sa formation, Steve Hackett nous livre aujourd'hui son album le plus intime et sans doute le plus abouti. Ajoutons à cela que le CD est présenté sous un beau format digipack et qu'il est doté d'un livret qui se parcourt comme un carnet de voyage illustré et commenté. [4½/5]

[ Chronique de Michel Linker ]

[ Under A Mediterranean Sky (CD / Digital) ]
[ A écouter : Mdina (The Walled City) - Andalusian Heart ]

Inner Prospekt : Canvas Two (Indépendant), Italie, 19 février 2021
Inner Prospekt : Canvas Two
1. Glimpse (3.06) – 2. Soul Of Hundred Lives (17.48) – 3. King Of Spades (6.48) – 4. Why Me ? (8.08) - 5. Abby's Escape (6.13) – 6. White Skies (10.50) – 7. The Knight And The Ghost (9.29) – 8. The Queen Of Clubs (3.11)

Alessandro Di Benedetti (claviers, chant, batterie); Rafael Pacha (guitare 12 cordes, guitare électrique); Frédérico Tetti § Carmine Capasso (guitares électriques); Giuseppe Militello (saxophone); Giovanni Maucieri (batterie : 5)


Canvas OneNous ne sommes décidément pas au bout de nos surprises avec nos amis transalpins. Poète, compositeur multi-instrumentiste et chanteur, Alessandro Di Benedetti nous vient de Rome, et le monde du rock progressif le connaît très bien : claviériste de Mad Crayon, il a, entre autre, collaboré également avec Marco Bernard (The Samuraï Of Prog et The Guildmaster). Il décrit lui-même sa création musicale « sans restriction, ni limite d'aucune sorte » et signe aujourd'hui son dixième opus en solo, toujours sous le nom d'Inner Prospekt, qui fait suite au concept album Canvas One sorti il y a un an. Au travers de 8 titres, il présente de nouvelles compositions et revisite trois anciens morceaux.

Alessandro ouvre cet album, comme il le clôture d'ailleurs, par une pièce instrumentale, Glimpse, qui, dès les premières notes de piano, installe un climat de mélancolie et de doux mystère. Soul of Hundred Lives, qui raconte l'histoire d'une âme errante, est une pièce majeure, symphonique à souhait, d'une durée de 18 minutes. Elle est emmenée par des claviers inspirés, tout à tour planants et carillonnants et dignes des grandes heures de Genesis ou de Yes, un chant à la voix suave et poignante du compositeur qui rappelle celle de Dave Cousins ou de Robert Wyatt, et par l'envol des guitares électriques de Frédérico Tetti.

Dans King Of Spades, saxophone, guitare acoustique et arpèges de piano accompagnent une étrange et vaine idylle entre le roi de Pique et la reine, dans un jeu de cartes truqué (reprise du morceau composé pour l'album Beyond The Wardrobe par The Samuraï Of Prog). L'introspectif Why Me ? est introduit par la guitare 12 cordes de Rafael Pacha, bientôt relayée par un piano et des cordes synthétiques. Abby's Escape, qui évoque les chimères d'un enfant victime de violence paternelle, est magnifié par une mélodie obsédante et par de splendides développements instrumentaux d'une très grande puissance émotionnelle.

White Skies est la reprise d'un titre de l'album de 2014, Dreaming Tony Banks au titre évocateur quant aux influences de Benedetti. Le morceau originel souffrait à l'époque de faibles moyens techniques (son et section rythmique) mais aujourd'hui, le niveau de production ainsi qu'une réelle qualité d'orchestration donnent une vraie dimension symphonique à ce titre. Ce récit pourrait faire écho à Soul Of Hundred Lives mais le compositeur concède une libre interprétation à chacun. The Knight And The Ghost, qui conte l'amour impossible d'un chevalier en une époque incertaine, thème récurrent chez l'auteur, est une pièce folk progressive au léger accent médiéval qui tient à la combinaison du violon synthétique et de la guitare acoustique (reprise de l'album du même nom de The Guildmaster). Enfin, The Queen Of Clubs referme ce recueil de contes par une ballade de jazz smooth emmenée par le saxophone de Giuseppe Militello, qui rappelle Jan Garbarek par le son aérien, légèrement nappé de guitare acoustique et de quelques notes de claviers.

Alessandro Di Benedetti nous convie ici à un beau voyage musical éclectique mais toujours très mélodique, somptueusement arrangé et très bien produit. [4½/5]

[ Chronique de Michel Linker ]

[ Canvas Two sur Bandcamp ]
[ A écouter : Canvas Two (Teaser) ]

JPL : Sapiens, chapitre 2/3 : Deus Ex Machina (Indépendant / Bandcamp), France, 12 mars 2021
Sapiens, chapitre 2/3 : Deus Ex Machina
1. Le flambeur (8.53) - 2. Deus ex Machina (1) : La Machine (5.41) - 3. Deus ex Machina (2) : Une pièce pour nous gouverner tous (6.40) - 4. Terre brûlée (8.52) - 5. Encore humains ? (12.48)

Jean Pierre Louveton (chant, guitares, basse, instruments virtuels); Jean Baptiste Itier (batterie); Florent Ville (claviers, programmation, instruments virtuels); Guillaume Fontaine (claviers, programmation, instruments virtuels); Stéphanie Vouillot (chœurs)


Ça démarre sur les chapeaux de roue avec Le Flambeur. Guitares pyrotechniques et rythmique lourde délivrent un heavy rock à haut indice d'octane qui accompagne la course folle d'un protagoniste vers on ne sait où. Le lien avec le premier volume de Sapiens demeure obscur mais ce n'est pas grave, on comprendra mieux plus tard. Cette introduction particulièrement dynamique et remplie de verve instrumentale dure quand même presque 9 minutes et a l'avantage de stresser l'auditeur afin de le mettre en condition pour ce qui va suivre.

Deus Ex Machina 1 : la machine prend graduellement le contrôle sur une musique forte où les claviers tiennent cette fois un plus grand rôle. L'idée maîtresse du concept avec l'avènement de la robotique se met en place tandis que ce premier volet se termine sur des accords grandioses et pleins de souffle dans la plus pure tradition d'un prog épique. La seconde partie de ce morceau, Une Pièce Pour Les Gouverner Tous, est un des grands moments de l'album : un idéal sonique de grande qualité avec un solo de guitare éblouissant qui monte dans les hautes couches atmosphériques comme pour célébrer la toute puissance de la nouvelle divinité.

Décidément si ce disque est l'un des plus musclés de Jean-Pierre Louveton, il est aussi l'un des plus variés. Terre brûlée est une formidable épopée conquérante dont les paroles dramatiques et signifiantes résonnent avec une belle vitalité. Encore Humains? clôture l'album en beauté avec une pointe de nostalgie. La partie instrumentale enrichie par les chœurs de Stéphanie Vouillot n'a aucune difficulté à vous happer dans l'ailleurs. L'album nous laisse alors sur un constat désespérant : nous somme la créature qui ne sait plus d'où elle vient. Sommes-nous maintenant machine ou encore un peu humain ? Ne doutons-pas que l'épisode trois pourvoira à cette ultime question existentielle.

Une fois de plus Jean-Pierre Louveton l'a fait. Avec son univers mi sociologique mi science-fictionnel qui évoque parfois les textes de Neil Peart pour Rush, ce second volet de sa trilogie Sapiens en impose et, surtout, impose son créateur comme une des figures de proue d'un mouvement progressiste francophone toujours fier et debout. Recommandé ! [4½/5]

[ Chronique de Pierre Dulieu ]

[ Sapiens, chapitre 2/3 : Deus Ex Machina sur Bandcamp ]
[ A écouter : Deus ex Machina 1 : La Machine - Deus ex Machina 2 : Une Pièce Pour Les Gouverner Tous ]

Psychic Equalizer : Revealed II (Bandcamp), Espagne, 19 mars 2021
Revealed II
1. The Astronomers (7:09) - 2. Destination Zero (8:31) - 3. Something Hurts (4:53) - 4. The Last Of Humankind (5:36)- 5. You Won't Have My Faith (4:28) - 6. Lament (3:30)

Hugo Selles (claviers, basse); Carlos Barragán (guitares classiques et électriques); India Hooi (chant, bansuri, guitares acoustiques, claviers); Adrian Ubiaga (claviers, basse) + James Knoerl (drums)


Revealed IRevealed est une curiosité composée de 2 EP (5 morceaux pour le 1er et 6 pour le 2ème) constituant une suite cohérente à tous points de vue. La première partie est disponible depuis le 23 avril 2020. La seconde, à laquelle cette chronique se rapporte, sortira le 19 mars 2021.

The Astronomer est une belle métaphore sur la recherche, le savoir, l'intégrité. Mise en musique dans un emballant morceau à tiroir où les mélodies se succèdent, virevoltent, donnent lieu à des échanges entre claviers/piano et guitare, sous forme de dialogue ou de parties communes. Des breaks et accalmies complexifient cette pièce qui accroche l'auditeur par sa structure complexe et son refrain accrocheur et mémorisable. Très bon choix pour ouvrir les hostilités.

L'enfermement (les lois, les guerres, les frontières imperméables) est le thème de Destination Zero. L'introduction passe en rythmique impaire avant de céder la place à une accalmie (piano) et de repartir de plus belle dans une cavalcade avec joute entre guitare (avec basse « calée » dessus) et piano dans un tempo rapide et enlevé. Après un retour au thème principal et au chant (léger, enrichi de vocalises), une dernière envolée survient avant une fin abrupte. Something Hurts débute par un chant accompagné au piano avant l'entrée, majestueuse, de l'orchestre qui brode un motif musclé et très néo-progressif dans sa conception. La voix est magnifique et chante sa peine et sa souffrance sur une orchestration robuste avant un retour au calme (piano-voix) pour s'éteindre sur quelques dernières notes de clavier.

Appuyée par la flûte, l'entrée en matière, douce et vespérale, de The Last Of Humankind ne laisse en rien présager l'arrivée d'une guitare saturée en shred avant que l'orchestre ne déboule au grand complet. Le tempo est rapide et le son plutôt « métal ». Break, avec piano bastringue, pour entrer dans une phase complexe à la structure un peu math rock. Le chant guide à nouveau la pièce vers une ambiance plus progressive (chœurs du plus bel effet) avec une mélodie bien marquée et une jolie intervention de guitare solo. La voix monte en toute fin pour s'arrêter brusquement, comme sur un cri. Il est vrai que ce morceau est très noir et véhicule un désespoir porté par India Hooi avec une grande conviction.

Sur You Won't Have My Faith, la chanteuse débute son texte avec quelques notes de piano en appui avant que la pièce ne se structure. Elle évoque la tromperie, les promesses non tenues, le mensonge et la trahison. Morceau calme, mélodique, simple… qui se termine avec la dernière phrase mourante qui donne son titre à la chanson. Lament est une pièce orchestrale avec des vocalises prenantes. C'est très fin, presque aérien, chaque musicien jouant avec retenue. Un crescendo de voix mêlées/doublées donne une certaine majesté avec un finale en douceur.

Psychic Equalizer, quintet au line-up stable, est en constante évolution. Les préoccupations humaines, philosophiques, écologiques, politiques des artistes imprègnent les chansons à travers des textes intelligents et poétiques. Musicalement, la diversité est au rendez-vous ainsi qu'un savoir-faire indéniable pour trousser des mélodies accrocheuses, surprendre par des développements inattendus, des trouvailles sonores, des contrastes étudiés, le tout avec un naturel parfait, une sorte d'osmose. L'écoute est un vrai moment de bonheur immersif et l'attention est maintenue sur la longueur.

Les deux parties de Revealed se complètent à la perfection, jusque dans les visuels, et forment une œuvre achevée et soignée. [4½/5]

[ Chronique d'Alain Bourguignon ]

[ Revealed II sur Bandcamp ] [ Revealed I sur Bandcamp ] [ Revealed sur Amazon ]
[ A écouter : The Astronomers (Revealed II) - Summer Clouds (Revealed I) - Unveiled (Revealed I) ]

The Flying Caravan : I Just Wanna Break Even (2 CD / Digital / Bandcamp), Espagne, 11 janvier 2021
I Just Wanna Break Even
1. Get Real (7:44) - 2. Flying Caravan (6:49) - 3. Upstream to Manonash (7:20) - 4. Love's Labour Mislaid (6:39) - 5. The Bumpy Road to Knowledge (16:45) - 6. A Fairy Tale for Grown-Ups, Part 1: Northern Lights (6:47) - 7. A Fairy Tale for Grown-Ups, Part 2: Change of Revue (5:05) - 8 .A Fairy Tale for Grown- Ups, Part 3: S.A.D. (Solitude Affective Disorder) (9:11) - 9. A Fairy Tale for Grown-Ups, Part 4: The World Had Turned Over (And I Couldn't Hold On) (4:42) - 10. A Fairy Tale for Grown-Ups, Part 5: Moonlight Labyrinth (3:52) - 11. A Fairy Tale for Grown-Ups, Part 6: Second Thoughts (2:57) - 12. A Fairy Tale for Grown-Ups, Part 7: The Sum of Your Fears (3:29) - 13. The Bumpy Road to Knowledge (16:56)

Antonio Vaiente (guitares); Izaga Plata (chant et voix); Pedro Pablo Molina (basse); José Sanchez (claviers); Lluís Mas (batterie, percussions) + Invités : Manuel Salido (saxophone); Juan Carlos Aracil (flûte); Jorge Aniorte (voix)


I Just Wanna Break Even (2 CD)Originaire d'Alicante, en Espagne, The Flying Caravan nous propose son premier album : I Just Wanna Break Even, disponible depuis le 11 janvier 2021. N'ayant peur de rien, ils pénètrent dans l'arène du rock progressif avec un double CD. La pièce d'ouverture, très blues et instrumentale, nous amène dans le vif du sujet avec un son catchy quand les claviers entrent dans la danse. Tel un hymne, The Flying Caravan pose les bases de ce qu'est le groupe. Upstream to Manonash lorgne vers Pink Floyd tandis que le chant d'Izaga Plata enjolive la chanson. Love's Labour Mislaid, avec sa guitare à la Santana, se démarque légèrement du reste. Avec ses 16 minutes, The Bumpy Road to Knowledge évoque un peu le King Crimson des débuts, la flûte et le saxo en plus.

A Fairy Tale for Grown-Ups entame le second disque comme une suite en plusieurs parties : Northern Lights est un instrumental très réussi; introduit par la basse et la guitare bientôt rejointes par le chant d'Izaga, Change of Revue pose des questions existentielles; S.A.D. (Solitude Affective Disorder) continue ce cycle à la manière d'un Styx en pleine forme; The World Had Turned Over (And I Couldn't Hold On) avec une allusion à la rédemption se caractérise par un chant très doux; introduit par la basse rejointe par les claviers, Moonlight Labyrinth est un instrumental dominé par la guitare; Second Thoughts apparaît très lyrique avec une orchestration au top niveau. The Sum of Your Fears termine le cycle sur un beau duo chant/guitare. Retour enfin à The Bumpy Road to Knowledge dans une version alternative plus orchestrée.

Si le néo-prog doit aller vers ce type de production ; je signe à deux mains. Tout, depuis les références des années 60-70 aux sons les plus modernes, se trouve magnifiquement exploité ici. Ce splendide double CD, basé sur des textes profonds et signifiants, extraordinairement orchestré, arrangé et produit par une formation débutante, annonce, espérons-le, une belle carrière discographique. En tout cas, si ceci n'est pas un grand disque, je n'y comprends plus rien ! [4½/5]

[ Chronique d'Alain Bourguignon ]

[ The Flying Caravan sur Bandcamp ]
[ A écouter : Get Real - Flying Caravan - Upstream to Manonash ]

Transatlantic : The Absolute Universe: Forevermore (extended version) (InsideOut Music / 2 CD), 2021
The Absolute Universe: Forevermore
CD 1 (47:12) : 1. Overture (8:11) - 2. Heart Like a Whirlwind (5:11) - 3. Higher Than the Morning (5:29) - 4. The Darkness in the Light (5:43) - 5. Swing High, Swing Low (3:48) - 6. Bully (2:11) - 7. Rainbow Sky (3:19) - 8. Looking for the Light (3:59) - 9. The World We Used to Know (9:21)

CD 2 (43:02) : 10. The Sun Comes Up Today (5:38) - 11. Love Made a Way (prelude) (1:25) - 12. Owl Howl (7:05) - 13. Solitude (5:41) - 14. Belong (2:49) - 15. Lonesome Rebel (2:53) - 16. Looking for the Light (reprise) (5:12) - 17. The Greatest Story Never Ends (4:17) - 18. Love Made a Way (8:02)


Neal Morse (chant, claviers, guitare acoustique); Roine Stolt (guitare électrique, chant), Pete Trewavas (basse, chant); Mike Portnoy (drums, chant)


The Absolute Universe: Forevermore (extended version)Le retour après 7 années de silence du vaisseau Transatlantic est une bonne nouvelle. Peaufiné via Internet pendant de longs mois après une rencontre initiale du groupe en Suède au mois de septembre 2019, l'œuvre en impose. Contrairement à Steven Wilson qui cherche à tout prix à trouver de nouveaux sons, quitte à sombrer dans le versant pop de sa musique, celle de Transatlantic reste du prog épique et puissant créé par quatre musiciens hors normes au sommet de leur art. Dans la ligne directe de The Whirlwind, The Absolute Universe: Forevermore est un projet monumental vaguement conceptuel à propos des conflits entre l'homme et la société actuelle mais dont les titres peuvent fort bien être écoutés séparément.

Il existe une alternative à ce double CD : The Breath Of Life est une œuvre condensée de 90 à 60 minutes pour tenir sur un seul disque mais il est bon de savoir qu'il ne s'agit pas d'une version simplement éditée du double album mais bien de nouveaux enregistrements réalisés avec une approche différente et des textes modifiés. Laquelle des deux est l'achat prioritaire reste difficile à dire : le fait que la version longue a été éditée par Roine Stolt tandis que la courte est l'œuvre de Neal Morse vous donnera peut-être un indice. Dans les deux cas, les guitares flamboient, les claviers rutilent, la basse vrombit, la batterie enfonce les clous avec une redoutable efficacité et le chant comme les harmonies vocales sont au top : bref si les surprises par rapport aux opus précédents sont limitées, la musique est, quant à elle, absolument splendide et, avouons-le, c'est ainsi qu'on la préfère ! [4/5]

[ Chronique de Pierre Dulieu ]

[ The Absolute Universe: Forevermore (Extended Version) (CD / Vinyle / Digital) ] [ The Absolute Universe: The Breath of Life (Abridged Version) (CD / Vinyle / Digital) ]
[ A écouter : The World We Used To Know (Forevermore, Extended Version) - Overture / Reaching For The Sky (The Breath Of Life, Abridged Version) ]

Foreign : The Symphony Of The Wandering Jew Part II (Pride & Joy), France + Multinational, 4 décembre 2020
The Symphony Of The Wandering Jew Part II
1. Yerushalaïm (7:38) - 2. Rise 1187 (8:31) - 3. Mariner Of All Seas (6:01) - 4. Holy Lands (4:32) - 5. Eternity, Pt. III (1:36) - 6. Running Time (6:51) - 7. The Fountain (3:06) - 8. Mysteries To Come (5:58) - 9. Secrets Of Art (6:37) - 10. Symphonic Caress (6:08) - 11. Eternity, Pt. IV (1:30) - 12. Revolutions (6:18) - 13. Witness Of Changes (5:52)

Ivan Jacquin (chant, claviers, Piano, Orgue, Duduk, Orchestrations); Florian Pothiat (chant : 1, 6, 9, 10, 12); Thierry Marquez (chant : 1, 9, 10, 12); Jeannick "Jena K." Valleur (chant : 9, 12); Marie Desdemone Xolin (chant : 1, 6, 8, 9, 10, 12, 13); Stephane Van De Capelle (chant : 1, 4, 6, 9, 12); Zak Stevens (chant : 1, 2); Tom S. Englund (chant : 8); Amanda Lehmann (chant : 2, 3, Lead Guitars on 1); Emma Elvaston (chant : 6, 7, 8); Emmanuel Levy (chant : 6, 8); Andy Kuntz (chant : 9, 10); Fanny Deroy (chant : 12, 13); The Sirens of Time (Raphaël Favereaux, Patrice Duchêne, Benoit Hadengue, Florian Pot, Estelle Janod, Jeannick Valleur, Alexandra Poinsot, Florence Brusseaux) (chœur : 1, 2, 6, 10, 12, 13); Leo Margarit (drums : 1, 8, 11, 12); Thierry Charlet (drums : 6, 10, 13); Henri-Pierre Prudent (drums : 2, 9); Mike Lepond (basse : 8, 10):Jean-Philippe Ciman (basse : 1, 6, 9, 12, 13); Jean-Baptiste Chalmandrier (basse : 2); Olivier Gaudet (guitares : 1, 2, 6, 9, lead on 10, 12, 13); David Humbert (guitares : 8, 10); Patrice Culot (Lead Guitare : 2); Camille Borrelly (guitare Acoustique : 1, 2, 3); Rachel Ruaux (hautbois : 1, 4, 7, 9, 10, 12); Sonia Duval (violoncelle : 1, 3, 6, 10, 12); Didier Gris (violon alto : 2, 3, 12); Mathilde Armansin (violon : 6, 7, 10); Laurence Conort (flûtes : 2, 3, 11, 12, 13); Olivier Goyet (hammered dulcimer : 2, 7, 9); Christine Bulle (harpe on 3, 4, 10); Gregory Jolivet (vielle à roue : 5)


The Symphony Of The Wandering Jew Part IL'introduction, très orientale, avec bruit de vent et mélopée de hautbois sur fond de violoncelle, s'amplifie via des percussions martiales pour évoluer vers un thème cinématique avant de céder la place à une pièce de rock opéra musclée avec voix multiples et chœurs incarnant les différents personnages de Yerushalaïm. Vous entrez - et ne pourrez pas en sortir facilement - dans The Symphony Of The Wandering Jew Part II de Foreign.

Avant d'aller plus loin, un petit rappel est – peut-être – nécessaire. Foreign est le projet musical de Ivan Jacquin. Inspiré par le livre « Histoire du Juif errant » de Jean d'Ormesson (et du mythe de ce simple cordonnier, Ahasvérus, qui refusa un peu d'eau à Jésus marchant vers la mort et que la main divine punit en le rendant immortel), Ivan, qui est lui-même écrivain mais également musicien (au sein de Pulse, un tribute-band de Pink Floyd, Psychanoïa, métal progressif, et Amonya, trio acoustique) a travaillé cette trame originale en y ajoutant des personnages ... et s'est lancé dans un récit de 2000 ans ! Un premier disque a été réalisé qui a vu le jour en 2014. Il est le résultat de plusieurs années de cogitation, d'écriture, de composition et de l'engagement de 11 chanteurs, d'un chœur de 14 voix et de 18 musiciens pour une vingtaine d'instruments. Un monument.

Nous voici donc en présence du second volet de ce rêve un peu fou qui rassemble tout de même 40 artistes et est encore plus travaillé et produit que le premier. Les musiciens « locaux » ont presque tous rempilés avec entrain et ont été rejoints par quelques pointures bien connues : Leo Maragarit (Pain Of Salvation, Epysode, For All We Know) à la batterie, Mike Lepond (Symphony X, Silent Assassins) à la basse, Zak Stevens (Circle II Circle, Savatage), Andy Kuntz (Vanden Plas), Tom S. Englund (Evergrey) et Amanda Lehmann (Steve Hackett Band) au chant. C'est qu'il faut du beau monde pour incarner 13 personnages et assurer un tel environnement musical grandiose, théâtral, contrasté et exotique. Les morceaux s'enchaînent idéalement en passant du rock progressif au métal, de la musique folklorique au classique, de l'emballement au calme, du chant éthéré aux voix agressives.

Rise 1187 est lourd rythmiquement. La voix de Zak Stevens fait merveille dans la première partie qui se transforme en polyphonie joyeuse allant d'influences orientales en folk celtique, avec flûte et violon sur une assise de percussions et de claviers. Mariner Of All Seas offre un dialogue entre Ivan Jacquin et Amanda Lehmann sur une belle mélodie, calme, acoustique (guitare, violoncelle, violon, harpe, flûte) et légère. Le médiéval Holy Lands s'accorde parfaitement avec le hautbois et la harpe qui se détachent d'une orchestration aussi fine qu'une dentelle.

Après la ritournelle tournoyante d'Eternity Part III, nous voici projeté en présence de François 1er, Mona Lisa et Nostradamus pour une pièce épique à 7 personnages avec chœur et musique entraînante : Running Time. Le rafraîchissant instrumental The Fountain apporte un apaisement bienvenu avant que ne déboule Mysteries To Come, tous claviers dehors, pour une chanson au tempo soutenu qui ne déparerait pas un album d'Ayreon. Une narration nous mène ensuite à Secret Of Art et à une rencontre avec Shakespeare et Mozart. C'est riche, bien contrasté, mêlant des parties énergiques avec d'autres plus apaisées. Symphonic Caress est un titre trompeur tant cette chanson, portée par un rythme appuyé et des chœurs scandés, est heavy et groovy avec, via une jolie transition, une partie centrale retenue qui précède l'envolée finale et le retour du motif tournant dans Eternity Part IV.

Un violon pendant quelques secondes, un chœur scandé court, un chant déclamatoire et c'est parti pour Revolutions, un morceau très contrasté, complexe et puissant. Les atmosphères se succèdent avec onctuosité tant les arrangements sont polis. La magnifique interaction des voix qui explosent à l'unisson fait place à Witness Of Changes et à un chant féminin rejoint par celui, masculin, du personnage principal, le tout sur des chœurs appuyant le rythme. Cette dernière pièce est dans un premier temps plus typée rock '80 avant de glisser vers plus de lyrisme et de se terminer de manière plutôt opératique.

Construite d'une façon identique au premier volet, cette suite logique et chronologique s'intègre parfaitement dans le schéma d'une trilogie. La qualité est époustouflante et peut être mise au même niveau que les meilleures productions des cadors du genre! Bref, voici un album indispensable pour les passionnés de réalisations complexes et intelligentes. [4½/5]

[ Chronique d'Alain Bourguignon ]

[ The Symphony Of The Wandering Jew, Pt. II (CD / Digital) ] [ The Symphony Of The Wandering Jew, Pt. I sur Bandcamp ]
[ A écouter : Rise 1187 - Symphonic Caress ]

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