Rock progressiste : les Nouveautés 2019 (Sélection)



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Ed Wynne : Shimmer Into Nature (Kscope), UK, 18 janvier 2019
Shimmer Into Nature
1. Glass Staircase (7:53) - 2. Travel Dust (8:24) - 3. Oddplonk (8:01) - 4. Shim (7:43) - 5. Wherble (10:21)

Ed Wynne (gt, drums, synthés, basse) + Paul Hankin (congas et percussions : 2, 5); Silas Neptune (sound designer); Tom Brooks (synthés : 1, 2); Neil Longhurst (talking drum : 2); Natan Mantis (5, 6)


Shimmer Into NatureEn général, quand un membre d'un groupe se lance dans un disque en solo, c'est souvent pour présenter une autre facette de son talent avec des compositions personnelles dont le style est différent de celui de sa formation. Mais ce n'est pas le cas ici. Ed Wynne, multi-instrumentaliste depuis près de quatre décennies au sein d'Ozric Tentacles dont il est un membre fondateur, ne fait rien d'autre que perpétuer le même genre de space-rock ethnique qu'il a mis au point depuis Erpsongs en 1985. Aussi, son premier forage en solo semble-t-il surtout motivé par la mise en veilleuse du groupe dont la dernière production (Technicians Of The Sacred) date de 2015.

En 5 longs morceaux, Ed Wynne fait le tour de ce qu'il sait faire : jouer de la guitare et des synthés sur des paysages sonores cosmiques qu'il s'est lui-même concoctés (on n'est jamais mieux servi que par soi-même). Car Ed Wynne fait quasiment tout ici hormis, au fil des plages, quelques parties de claviers, de percussions et d'effets électroniques confiés notamment à Tom Brooks (synthés) et à Paul Hankin (congas), tous deux ayant également appartenu à l'univers d'OT. Même la référence ethnique est encore présente avec le rythme reggae de Travel Dust. Sinon, tout ça s'écoute avec plaisir, Shim et Oddplonk étant pour moi les sommets du répertoire avec, pour le premier, des bulles de synthé qui scintillent comme une marée d'étoiles et, pour le second, des rythmes hypnotiques qui évoquent les longues dérives planantes de Tangerine Dream.

Même la pochette, réalisée par John Hurford, à qui l'on doit également celle du dernier disque de Gryphon, reste dans le psychédélique fleuri et coloré, histoire de ne pas induire l'acheteur potentiel en erreur. Ceux qui apprécient le space-rock cosmique ne seront ni surpris, ni déçus : Ed Wynne ne creuse aucun sillon original mais perpétue à lui tout seul, non sans vitalité et fraicheur, l'héritage d'un groupe qui, après avoir produit plusieurs disques essentiels du genre, pourrait bien avoir disparu à jamais dans un trou noir galactique. [3,5/5]

[ Shimmer Into Nature (CD / Vinyle / Digital) ]
[ A écouter : Shim ]

Mostly Autumn : White Rainbow (Mostly Autumn Records), UK, 1er mars 2019
White Rainbow
1. Procession (2:33) - 2. Viking Funeral (10:29) - 3. Burn (5:05) - 4. Run For The Sun (6:31) - 5. Western Skies (7:02) - 6. Into The Stars (4:05) - 7. Up (7:06) - 8. The Undertow (7:27) - 9. Gone (2:44) - 10. White Rainbow (19:13) - 11. Young (6:44)

Olivia Sparnenn (chant); Bryan Josh (guitare, chant); Chris Johnson (guitare); Iain Jennings (claviers); Angela Gordon (flûte, claviers); Andy Smith (basse); Alex Cromarty (drums)


Liam Davison 1967 - 2017L'édition limitée de White Rainbow était disponible depuis décembre 2018 pour ceux qui ne pouvaient attendre (nombreux puisque cette édition en 2 CD est aujourd'hui épuisée) mais la version 1 CD normale est finalement sortie le 1er mars 2019. Un excellent cru que ce nouvel album de Mostly Autumn bien rempli (78 minutes) qui est dédié à mémoire de Liam Davison, guitariste rythmique du groupe décédé en 2017. La musique y est plus mélancolique et plus profonde que d'habitude. Déjà, le premier titre qui nous conduit à la cérémonie au son de la cornemuse de Troy Donockley est magique mais Viking Funeral qui vient ensuite est carrément poignant sans pour autant en rajouter dans la nostalgie. Sur des titres comme Burn, Run For The Sun ou Gone, la voix d'Olivia Sparnenn ensorcelle en flottant sur des textures symphoniques de toute beauté tandis que la guitare de Brian Josh surgit épisodiquement pour des envolées stratosphériques auxquelles on a envie de coller l'adjectif "floydiennes" mais qui, en fait, ne le sont pas vraiment.

Le répertoire culmine dans le titre éponyme épique et protéiforme qui, au long de ses 19 minutes, va nous faire voyager dans différentes sections, où l'on passera de moments évocateurs à d'autres lacérés par des riffs musclés, avant d'être emporté par un crescendo magnifique avec un sens de la mise en scène qu'on ne trouve que dans la musique prog.

Rien n'est à jeter dans ce disque admirable, leur treizième en studio, qui se termine avec Young, une dernière chanson émouvante synthétisant toutes les qualités d'un disque quasiment parfait qui vient d'emblée se loger au sommet de leur discographie. Quant à l'ami de longue date Liam Davison, il est très probable que, là où il se trouve, il appréciera la dédicace. [4/5]

[ White Rainbow (CD / Digital) ]
[ A écouter : Western Skies ]

Celeste : Il Risveglio Del Principe (Mellow Records), Italie, 15 février 2019
Il Risveglio Del Principe
1. Qual Fior di Loto (6:04) - 2. Bianca Vestale (6:49) - 3. Statue di Sale (8:38) - 4. Principessa Oscura (6:22) - 5. Fonte Perenne (6:12) - 6. Giardini di Pietra (4:32) - 7. Falsi Piani Lontani (6:08) + Piste bonus sur CD : 8. Porpora e Giacinto (5:50)

Ciro Perrino (Mellotron, Minimoog, claviers, piano, percussions, chant); Mauro Vero (gt); Massimo Dal Pra (piano, claviers); Marco Moro (flûte, sax ténor); Andrea De Martini (sax alto & ténor); Sergio Caputo (violon); Mariano Dapor (violoncelle); Francesco Bertone (basse); Enzo Cioffi (drums); Marzio Marossa (percussions) + Elisa Montaldo (chant); Alfio Costa (orgue Hammond); Claudia Enrico (rainstick : 1, 3); Ciro Perrino Junior (narration : 1, gong : 5)


Sorti en 1976, le premier album de Celeste est un classique du Rock Progressiste Italien. Ses mélodies sereines, ciselées à la flûte, au sax, au violon et au mellotron, constituent un exemple réussi de rock pastoral aussi intemporel qu'agréable. Et voici que 42 ans plus tard, Celeste est ressuscité par le multi-instrumentiste et membre fondateur Ciro Perrino avant d'enregistrer un nouvel album dont la pochette comme l'intitulé (Le Réveil du Prince) renvoient au premier disque.

Les autres membres originaux sont absents mais l'équipage réuni par Ciro Perrino inclut des musiciens expérimentés, dont Marco Moro (Hostsonaten) à la flûte et Sergio Caputo (Finisterre) au violon, qui ont su se fondre dans le style bucolique très particulier de Celeste. Les arrangements sont nuancés et diversifiés même s'ils privilégient la plupart du temps le rêve et la mélancolie. Pour les amateurs de flûte et de mellotron, cette musique qui coule comme du miel dans les oreilles est du pain béni mais d'autres instruments comme le violon, les saxophones, le violoncelle et le piano émergent aussi régulièrement pour de beaux soli.

Tour à tour caressante, lumineuse, ombragée, mystérieuse, fraîche, volatile, sensuelle et charmeuse, la musique de Celeste, tout en étant conforme à leur légende, n'a rien perdu de son pouvoir de séduction sur lequel les décennies ne semblent guère avoir eu de prise. Creusées par le temps qui passe, les rides de Celeste sont magnifiques et nous rendent encore un peu plus nostalgiques de la glorieuse décennie du prog italien. [4/5]

[ Il Risveglio Del Principe (CD / LP) ] [ Principe di un Giorno (CD / LP) ]
[ Il Risveglio Del Principe sur Bandcamp ] [ Commander Il Risveglio Del Principe (CD / LP) chez Ciro Perrino ]
[ A écouter : Bianca Vestale ]

On The Raw : Climbing The Air (Red Phone Records), Espagne, 1er mars 2019
Climbing The Air
1. Climbing the Air (8:53 - 2. Red Roses 04:43 - 3. Resistance (7:45) - 4. Moneypenny (7:56) - 5. Herois (8:25) - 6. Blackmail (6:56) - 7. Skeptic (8:44)

Jordi Prats (gt); Pep Espasa (sax, fl); Jordi Amela (claviers); Toni Sanchez (b); Alex Ojea (drs) + Cristina Falcinella (chant); Samuel Garcia (tp, vl)


Second album d'On The Raw, Climbing The Air offre une musique instrumentale énergique au croisement du prog et d'un jazz-rock up-tempo parfois mâtiné d'effets électroniques.

Les qualités de ce groupe catalan éclatent au fil des 7 titres dont la durée moyenne est d'environ 8 minutes : compositions très élaborées et fortement structurées, belle diversité entre les morceaux, variations multiples au cours d'une même composition, rythmique d'acier et entrelacement constant entre claviers, guitares et flûte ou sax qui constituent, hormis les invités, les instruments des solistes. Le résultat est que, contrairement à pas mal d'albums du même style, on ne s'ennuie jamais à l'écoute de cette musique qui n'est ni vaine, ni bavarde ni narcissique.

Certains titres comme Moneypenny, probablement écrit en hommage à la fameuse secrétaire du chef de James Bond, Herois (avec ses superbes parties de flûte et de basse fretless) et Blackmail (dont le rythme est sous-tendu par un orgue Hammond à l'ancienne) constituent des exemples totalement réussis d'une fusion progressiste à la fois intelligente, dynamique, excitante et entièrement accessible. Ecoute recommandée même à ceux qui sont réfractaires au jazz-rock instrumental. [4/5]

[ Climbing The Air sur Bandcamp ]
[ A écouter : Herois ]

Skylake : In Orbit (Freia Music), Pays-Bas, 25 février 2019
In Orbit
1. The Storm (8:03) - 2. Haste (5:37) - 3. Prisoner (6:48) - 4. Smooth Skin / War Within (6:48) - 5. Vicious (5:50) - 6. Crossroads (4:40) - 7. Luna (6:50)

Suzan van den Engel (chant, harpe); Bart Laan (guitares, chant); Arjan Laan (drums); Charlie Feld (basse) + Felix Kessels ( violon sur 3)


Faut-il étiqueter Skylake comme appartenant au prog ou au rock alternatif ? Voilà une question à laquelle on ne peut répondre tant la musique de ce jeune groupe originaire d'Utrecht affiche une fraîcheur inouïe qui échappe aux clichés et aux modes. Bien sûr, on pense parfois à d'autres artistes transgenres comme Anathema, The Pineapple Thief, Tesseract ou même Arjen Lukassen avec Ayreon, mais globalement, ce qu'on entend ici apparaît profondément original.

Le répertoire, qui consiste en 7 titres d'une durée moyenne de 6 minutes, est équilibré avec de multiples variations de climat et de tempo parfois au sein d'une même composition. Les apports de Bart Laan aux guitares et d'Arjan Laan à la batterie participent pour une bonne part à la densité de l'album. Il faut dire que les deux frères, étant les fils d'Erik Laan, claviériste de l'excellent groupe Silhouette, ont acquis une vaste culture musicale qui leur permet de développer de nouvelles idées. Si Crossroads se caractérise par une touche plus légère et partiellement acoustique, le reste de l'album est enlevé, puissant même, avec des riffs qui claquent quant il ne verse pas carrément dans le prog métal comme sur le premier titre épique Storm. Racontant l'histoire d'un bateau livré à la tempête, la musique y épouse avec brio le chaos de la houle qui s'amplifie progressivement tandis que les guitares hurlent dans le vent. La chanteuse Suzan van den Engel a une voix claire et distincte qui s'envole avec assurance au-dessus des instruments. De formation classique, elle joue aussi de la harpe à l'occasion, histoire d'étoffer es arranfements, tandis que sur Prisonner, le violon de Felix Kessels vient encore enrichir les textures. Sinon, j'aime également beaucoup Luna, une sorte de parabole sur la liberté placée à la fin de l'album, qui est remarquablement arrangé, parsemé de variations de rythmes et d'ambiances, et nourri d'envolées instrumentales élévatrices.

A l'instar de beaucoup d'artistes du label Kscope, Skylake parvient à réinventer le genre en produisant une musique qui résonne avec ce siècle en se distinguant du prog classique des 70's. Si vous aimez les artistes précités en même temps que The Gentle Storm, Karnivool ou Opeth dans sa seconde période, ce premier disque de Skylake, qui prouve une fois encore la vitalité de la scène prog hollandaise, propulse le groupe en orbite haute et mérite toute votre attention. [4/5]

[ In Orbit (CD & MP3) ] [ Skylake sur Bandcamp ]
[ A écouter : Haste - Vicious - Album Official Teaser ]

Neal Morse : The Great Adventure (Metal Blade / Radiant Records), 25 janvier 2019
The Great Adventure
CD 1 : Act I / Chapter 1 (12:50) : 1. Overture - 2. The Dream Isn't Over / Chapter 2 (23:48) : 3. Welcome To The World - 4. A Momentary Change - 5. Dark Melody - 6. I Got To Run - 7. To The River / Chapter 3 (17:59) : 8. The Great Adventure - 9. Venture In Black - 10. Hey Ho Let's Go - 11. Beyond The Borders
CD 2 : Act II / Chapter 4 (18:13) : 1. Overture 2 - 2. Long Ago - 3. The Dream Continues - 4. Fighting With Destiny - 5. Vanity Fair / Chapter 5 (30:57) : 6. Welcome To The World 2 - 7. The Element Of Fear - 8. Child Of Wonder - 9. The Great Despair - 10. Freedom Calling - 11. A Love That Never Dies

Neal Morse (chant, guitare, claviers); Mike Portnoy (drums, chant); Randy George (basse); Eric Gillette (guitare, chant); Bill Hubauer (claviers, chant)


A ma connaissance, c'est la première fois dans l'histoire de la musique prog (et peut-être de la musique populaire tout court) qu'un double album conceptuel (d'une durée totale de plus de 106 minutes, soit environ 5 faces de LP) est suivi par un second double poursuivant la même histoire.

The Great Adventure de l'ultra prolifique Neal Morse est en effet une suite directe de The Similitude Of A Dream paru en 2016. Ce dernier album qui se termine par les paroles « Let the great adventure now begin… » laissait bien supposer une séquelle d'autant plus qu'il ne raconte qu'une petite partie du grand voyage spirituel de Christian depuis la Cité terrestre de la Destruction vers la Cité céleste de Sion. Cette allégorie inspirée par le « Livre du Pélerin » du prédicateur et écrivain anglais John Bunyan est dans sa forme originale un long récit riche en lieux, personnages et péripéties qui sont en effet loin d'avoir été tous exploités.

Outre Neal Morse (lead vocals, guitars, keyboards), le Band comprend Mike Portnoy (drums), Randy George (basse), Bill Hubauer (claviers) et Eric Gillette (guitares). Si la forme et le fond de The Great Adventure se situent évidemment dans la ligne de The Similitude Of A Dream, Morse parle quand même d'un album plus rude et profond, l'histoire s'intéressant davantage au fils abandonné du pèlerin dont les dires et le comportement sont plus hargneux que ceux de son père. Et le fait est que cette musique est d'une puissance rarement égalée dans l'œuvre de Morse, avec ou sans Spock's Beard. Depuis la première ouverture dont la grandeur annonce un voyage digne de celui du Seigneur des Anneaux, les 22 plages vont se fondre les unes dans les autres pour créer une œuvre puissante qui verse à l'occasion dans un prog-métal heureusement toujours accessible, reprenant des mélodies de TSOAD dans d'autres arrangements ou forgeant de nouveaux thèmes magnifiques qui sonnent instantanément comme des classiques. Les passages instrumentaux sont nombreux, mettant en relief la virtuosité des musiciens mais on y trouve aussi quelques ballades émotionnelles (A Love That Never Dies) et des chansons rock accrocheuses (Vanity Fair) qui auraient pu être écrites par Queen et auraient fait autrefois le bonheur des radios FM.

Je ferais quand même deux observations toutes subjectives : le premier CD qui est parfait me semble un peu meilleur que le second qui a parfois tendance à traîner en longueur comme si l'inspiration s'était essoufflée vers la fin. Par ailleurs, les décollages verticaux façon métal du guitariste peuvent paraître impressionnants à la première écoute mais, par la suite, ils ressemblent un peu trop à des clichés. Evidemment, ces critiques sont peu de chose par rapport à l'ampleur de cette œuvre.

Le prog a toujours été une musique caractérisée par le dépassement et les superlatifs. Mais avec un tel monument épique de plus de 3,5 h d'écoute dans sa discographie, Neal Morse semble cette fois avoir atteint un nouveau record qui en fait le Joseph L. Mankiewicz du prog. Indispensable ! [4½/5]

[ The Great Adventure (CD / Vinyle) ] [ The Similitude Of A Dream (CD / Vinyle) ]
[ A écouter : The Great Adventure - Vanity Fair ]

Dewa Budjana : Mahandini (Dawaiku Records), Indonésie, 2019 (CD/LP)
Mahandini
1. Crowded (5:55) - 2. Queen Kanya (6:59) - 3. Hyang Giri (7:44) - 4. Jung Oman (6:52) - 5. ILW (6:39) - 6. Mahandini (8:17) - 7. Zone (5:56)

Dewa Budjana (guitare); Jordan Rudess (claviers); Marco Minneman (drums); Mohini Dey (basse, konnakol) + Invités : John Frusciante (chant sur 1 & 7, gt sur 1); Mike Stern (guitar solo sur 5); Soimah Pancawat (chant sur 3). Enregistré le 24 janvier 2018 au Steakhouse Studio, Los Angeles, CA.


Le jazz-rock, on en conviendra, est un genre qui a du mal à se renouveler. Dérivant soit vers un jazz smooth plaisant mais guère excitant ou vers une virtuosité technique aguichante pour quelques extrémistes uniquement, la fusion a perdu (à de rares exceptions près) beaucoup de son âme créatrice au fil des ans. Heureusement, une brise fraîche arrive parfois de là où ne l'attend pas, en l'occurrence d'Indonésie avec Dewa Budjana, l'homme aux guitares sculptées.

Si Surya Namaskar, paru en 2014, fut l'album de la révélation, ce onzième disque en studio intitulé Mahandini sera à coup sûr celui de la consécration. Enregistré en un jour à Los Angeles avec un nouveau quartet incluant Jordan Rudess, Mohini Dey et Marco Minnemann plus quelques invités dont Mike Stern sur un titre (ILW), le leader va plus loin dans le mariage de ses thèmes mélodiques, de la musique traditionnelle indonésienne, du jazz électrique et, cette fois, du rock progressiste personnifié par l'immense présence de l'ex-batteur de Steven Wilson et du claviériste de Dream Theater.

La guitare occupe toujours le centre de la musique mais sur cet album, elle est projetée dans la stratosphère par un groupe hors du commun. C'est de là que vient le titre. Maha signifie "grand" et Nandini est le "véhicule qui transporte le Dieu Shiva". Appliqué au groupe, Mahandini sonne donc comme « le grand véhicule portant la musique du leader. » En tout cas, ce disque superbement produit est bourré d'arabesques mystiques, de riffs mortels, de mélodies inusitées, d'atmosphères balinaises mystérieuses, d'envolées fusionnelles grandioses et d'arrangements prog complexes.

Ça sort en CD et LP au début de 2019 mais les fichiers digitaux en haute qualité sont déjà disponibles depuis quelques semaines sur Bandcamp ! [4½/5]

[ Mahandini (MP3 / CD) ] [ Mahandini sur Bandcamp ]
[ A écouter : Queen Kanya - Hyang Giri ]

Steve Hackett : At The Edge Of Light (InsideOut), UK, 25 Janvier 2019
At The Edge Of Light
1. Fallen Walls And Pedestals (2:18) - 2. Beasts In Our Time (6:21) - 3. Under The Eye Of The Sun (7:07) - 4. Underground Railroad (6:23) - 5. Those Golden Wings (11:20) - 6. Shadow And Flame (4:24) - 7. Hungry Years (4:34) - 8. Descent (4:21) - 9. Conflict (2:37) - 10. Peace (5:04)

Steve Hackett (guitares, luth, charango, sitar, harmonica, chant); Durga & Lorelei McBroom (chant); Nick D'Virgilio (drums); Simon Phillips (drums); Sheema Mukherjee (sitar); Malik Mansurov (tar); Gulli Briem (drums, percussions); Jonas Reingold (basse); Paul Stillwell (didgeridoo); Rob Townsend (saxophone, bass clarinet, duduk); Amanda Lehmann (chant); John Hackett (flûte); Gary O'Toole (drums); Roger King (claviers); Ben Fenner (claviers); Dick Driver (contrebasse); Christine Townsend (violon & violon alto)


At The Edge Of Light (Digipack)Après The Night Siren sorti en 2017 et en marge de ses concerts consacrés à la musique de Genesis, l'infatigable Steve Hackett annonce son 26e album studio pour le 25 janvier 2019. At The Edge Of Light comprend 10 chansons qui se situent cette fois encore au carrefour du prog symphonique et d'influences world recueillies au cours de différents voyages, une combinaison que le chanteur guitariste a mis au point avec succès sur ses productions les plus récentes.

Comme le titre l'indique, le thème général se rapporte au contraste entre l'ombre et la lumière symbolisant l'opposition entre le mal et le bien qui se trouve au centre de toutes les cultures. Steve Hackett a présenté son nouveau disque en disant que ce dernier « insiste sur la nécessité pour toutes les formes musicales et cultures de se connecter et de célébrer le miracle de l'unité dans ce monde divisé. » Une idéologie saine et clairvoyante que le guitariste défend depuis longtemps face à une société qui a de plus en plus tendance à se fracturer et à se replier sur ses particularismes.

S'appuyant sur une logique désormais bien établie, At The Edge Of Light a été enregistré dans le propre studio de Steve mais aussi à différents endroits sur la planète. Y ont ainsi collaboré des musiciens d'horizons différents comme les batteurs américains Nick D'Virgilio et Simon Phillip (USA), l'Indien Sheema Mukherjee au sitar, le Suédois Jonas Reingold à la basse plus Paul Stillwell au didgeridoo, Rob Townsend au saxophone, John Hackett à la flûte, Christine Townsend au violon et Roger King aux claviers. A noter également la participation des deux vocalistes afro-américaines Durga et Loreley MacBroom célèbres pour avoir chanté avec Pink Floyd.

Les mélodies sont superbes ainsi d'ailleurs que les arrangements qui sont très élaborés. La voix de Steve semble toujours en progrès et son jeu guitare compte parmi le meilleur de ce que le prog peut offrir. Tout cela saute aux oreilles sur la durée de l'album mais il suffirait d'écouter le splendide titre épique Those Golden Wings et sa myriade de styles pour en saisir toute l'essence. Ceux qui ont apprécié The Night Siren vont adorer At The Edge Of Light.

L'album est édité en CD, double LP et en édition spéciale incluant un médiabook CD + DVD avec une version 5.1 surround de la musique et un documentaire. [4½/5]

[ At The Edge Of Light (CD / MP3) ]
[ A écouter : Under The Eye Of The Sun - Underground Railroad ]




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