L'Art Progressif : les plus belles pochettes de disques (2)


Les idées créatives de Mike Doud
L'américain Mike Doud a d'abord travaillé au début des années 70 comme designer pour le label A&M Records à Londres. A cette époque, on lui doit, entre autres, les pochettes de Wind Of Change de Peter Frampton, The Six Wives Of Henry VIII de Rick Wakeman et Hero And Heroine des Strawbs. Mais c'est surtout sa contribution à la fameuse pochette de Physical Graffiti du groupe Led Zeppelin qu'il va connaître une certaine notoriété. En collaboration avec Peter Corriston, Doud a conçu une jaquette à la fois ludique et originale représentant deux immeubles de New York’s East Village dont les fenêtres découpées laissent apparaître des objets ou personnages différents en fonction de l'orientation des protections intérieures des LP. Doud a notamment réalisé une des pochettes intérieures présentant les titres des chansons et laissant apparaître le nom de l'album écrit en rouge à raison d'une lettre par fenêtre. Toutefois, sa réalisation majeure est la jaquette de Breakfast In America pour Supertramp. Schématisant Manhattan (dont les tours jumelles du World Trade Center sont toujours debout), elle représente non sans humour le changement radical vécu par le groupe lors de sa relocalisation d'Angleterre en Amérique en 1977. Mike Doud a aussi collaboré à la réalisation d'autres pochettes célèbres comme celles de Heaven And Hell (Vangelis), My Spanish Heart (Chick Corea) ou Sunburst Finish (Be-Bop Deluxe). Il est décédé au début des années 90.



Peter Blake : le père de toutes les pochettes prog
C'est le directeur artistique Robert Fraser, propriétaire d'une galerie renommée d'art moderne à Londres, qui suggéra aux Beatles de confier la réalisation de la pochette de leur album Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band à l'artiste pop-art Peter Blake. En collaboration avec son épouse Jann Haworth, Blake conçut une image représentant les quatre Beatles au milieu d'une assemblée de personnages célèbres auxquels ils avaient souhaité rendre hommage comme Edgar Allan Poe, Bob Dylan, Lewis Caroll, Karl Marx, Marlon Brando, Albert Einstein et Oscar Wilde. Ces portraits ne sont pas intégrés par photomontage: il s'agit de silhouettes en carton grandeur nature, voire de statues en cire disposées autour des membres du groupe. La préparation du décor demanda deux semaines de travail, ce qui explique que le coût final, d'environ 3000 livres, s'avéra 60 fois plus cher que celui d'une jaquette commune à l'époque. Mais la pochette, qui recevra l'année de sa sortie un Grammy Award, contribuera à la légende de l'album et aura une influence considérable sur ce qui viendra plus tard au plan graphique dans l'industrie du disque. Quand à Peter Blake, il concevra d'autres pochettes beaucoup moins célèbres notamment pour Brian Wilson (Gettin' In Over My Head : encore un collage), David Sylvian (A Little Girl Dreams Of Taking The Veil), Eric Clapton (24 Nights, Me And Mr Johnson), Pentangle (Sweet Child), The Who (Face Dances) et Oasis (Stop the Clocks).



Les multiples visages de Peter Gabriel
Une fois son chemin séparé de celui de Genesis, Peter Gabriel a souhaité mettre en scène son visage sur les jaquettes de ses albums en solo, inventant ainsi une nouvelle vision graphique qui sera celle des années 80. La pochette de son premier disque (Car) le présente ainsi dans le siège passager de la voiture de Storm Thorgerson (une Lancia Flavia) aspergée d'eau. Initialement en noir et blanc, la photo a par la suite été colorée manuellement en amplifiant l'effet lumineux des gouttes d'eau. Pour son second album (Scratch), Peter Christopherson de la firme Hipgnosis a habilement mélangé les univers à deux et à trois dimensions, les mains de Gabriel sortant du plan pour griffer la surface de la photographie. L'effet pour cette grande idée fut simplement obtenu en collant des bandes de papier blanc et du tippex sur la photo originale qui a ensuite été rephotographiée. La pochette du troisième disque (Melt) a été réalisée par Les Krims à partir d'une photo polaroid triturée avant qu'elle ne se fige définitivement. La plus étrange de tous les portraits de Gabriel est cependant celui qui orne son quatrième disque (Security): on y reconnaît à peine la face du chanteur tant elle est distordue par un jeu de lentilles et de miroirs manipulés par le sculpteur Malcolm Poynter. Toutes ces pochettes et celles qui ont suivi ont été réalisées par des artistes différents. Néanmoins, en s'inscrivant dans une même logique artistique avec pour dénominateur commun le personnage de Gabriel, transformé et mis en scène dans des contextes différents, elles prouvent qu'en définitive, c'est bien lui le véritable concepteur de ces réalisations artistiques aussi fraîches qu'originales.


L'humanité en péril selon Phil Travers
Après une formation artistique à Londres, Phil Travers a travaillé deux années pour le label Decca avant d'être contacté par les Moody Blues pour réaliser l'illustration de leur album In Search Of the Lost Chord (1968). A partir de là, Travers restera le designer attitré du groupe jusqu'à Seventh Sojourn en 1972. L'une de ses plus belles réalisations est la pochette double de l'album A Question Of Balance (1970) qui, pour changer, s'ouvre et se regarde de bas en haut plutôt que de gauche à droite. Elle représente des vacanciers étendus sur des chaises longues devant une mer bleue et paisible alors qu'à l'horizon se déchaîne un cyclone menaçant dans lequel tournoient des scènes allégoriques.

S'étant inpiré d'une image de la revue National Geographic représentant un célèbre explorateur britannique pour dessiner l'homme au revolver figurant au verso, Travers fut forcé par Decca, suite à une plainte de l'intéressé, de modifier la pochette de l'album dont les premiers exemplaires furent retirés du commerce. Toutefois, il subsite encore, surtout hors du Royaume-Uni, quelques anciens LP en circulation dotés de la pochette originale. Un vrai trésor pour les collectionneurs !



Larry Freemantle: designer pour Dream Theater
L'une des pochettes parmi les plus réussies des années 90 est incontestablement celle de l'album Images & Words de Dream Theater. On y voit une fillette en robe de chambre dans une pièce cossue peuplée d'objets hétéroclites, rappelant ainsi par sa construction les images surréalistes de Hipgnosis dans les années 70 mais aussi les collages réalisés par Mark Wilkinson pour Marillion dans les années 80. Elle a été conçue par Larry Freemantle sur base des directives données par le groupe. L'idée était de réaliser une illustration composite avec des objets évoquant les textes des chansons de l'album comme par exemple le moineau pour Pull Me Under, la chambre à coucher pour Wait For Sleep, ou le cœur enflammé pour The Sacred Heart. Une fois la composition de l'illustration mise au point, son montage fut confié à la société Access Images capable de réaliser ce genre de travail. Freemantle conçut également la jaquette de l'album suivant de Dream Theater, Awake, selon le même canevas en intégrant divers éléments liés aux paroles des chansons comme la toile d'araignée (Caught In A Web), le miroir (The Mirror), la statue (The Silent Man) ou la lune en forme d'horloge (6:00). La plupart des autres collaborations artistiques de Larry Freemantle se situent en dehors de la musique prog mais on retiendra quand même son implication dans le design (livret ou pochette) des compilations Led Zeppelin de 1990 (Boxed Set, Vol. 1) et ELP de 1992 (The Atlantic Years), de Beethoven's Last Night du Trans-Siberian Orchestra, de Ear Candy par King's X, plus le superbe The Last Rebel de Lynyrd Skynyrd.



L'art occulte, sombre et introspectif de Travis Smith
Autodidacte, le californien Travis Smith est devenu aujourd'hui l'un des artistes les plus en vogue des groupes de métal. Travaillant spécifiquement pour le format CD, son art est basé sur des photographies qui sont ensuite mixées digitalement avec d'autres éléments comme des dessins au crayon, des peintures, ou des graphismes obtenus par ordinateur. Le résultat apparaît la plupart du temps occulte, sombre et introspectif : trois qualités qui sont la marque de fabrique de Smith et qui expliquent pourquoi ses oeuvres conviennent particulièrement à l'univers obscur et torturé du heavy métal. Toutefois, Smith est aussi l'auteur de quelques pochettes commandées par des groupes de prog. Parmi ses grandes réussites dans le genre, on épinglera les étranges jaquettes des albums de Riverside et en particulier celles de la trilogie Reality Dream composée de Out Of Myself, Second Life Syndrome et Rapid Eye Movement. Travis a aussi conçu plusieurs pochettes pour le groupe suédois Opeth dont celle très angoissante de Blackwater Park qui compte parmi ses plus belles réalisations. Enfin, dans un registre différent, Terria de Devin Townsend, Snowfall On Judgement Day de Redemption et A Fine Day To Exit de Anathema sont des productions qui, en échappant à ses atmosphères habituelles en clair obscur où dominent les couleurs brunes, démontrent que Travis Smith a plus d'une corde à son arc.



Le métal hurlant de Mattias Noren
Mattias Noren est en quelque sorte le pendant suédois de Travis Smith. Comme lui, il est aussi autodidacte, vise d'abord le format CD, et base son travail sur des photographies qui sont ensuite digitalement mixées avec d'autres images dessinées à la main ou par ordinateur. Certes, son art est plus figuratif, plus précis et plus détaillé que celui de Travis Smith mais son penchant naturel pour les ambiances sombres et fantastiques en fait également un illustrateur apprécié d'abord dans l'univers du heavy métal. A l'instar de Travis, Noren a également réalisé quelques rares pochettes pour des artistes de prog parmi lesquelles on retiendra celles de Black Utopia (Derek Sherinian), Quantum (Planet X) et Breakfast in Biarritz (Arena). Ses plus belles productions prog résident toutefois dans les jaquettes conçues pour des groupes de prog-métal comme celles du somptueux Ghost Opera de Kamelot, l'amusant Walking On H2O de Mind's Eye, et le très noir In Search Of Truth de Evergrey.



Le vagabond de Burton Silverman
Né à Brooklyn en 1928, l'œuvre du peintre Burton Silverman est abondante et appréciée mais si son nom est aujourd'hui très connu partout dans le monde, c'est avant tout pour avoir réalisé l'une des images parmi les plus iconiques de l'histoire du rock : Aqualung de Jethro Tull. C'est le producteur anglais de l'album, Terry Ellis, qui a contacté Silverman et l'a fait venir à Londres pour y rencontrer le groupe. Le peintre a ensuite réalisé trois aquarelles pour la jaquette : 1) le vagabond vaguement menaçant dans ses habits usés debout sur les escaliers d'une porte qui figurera au recto, 2) une caricature du groupe se comportant de façon iconoclaste dans une chapelle qui ornera l'intérieur de la double pochette, 3) une représentation assez triste du même vagabond assis sur un trottoir avec son chien qui sera utilisée au verso. La relation ente Silverman et Ian Anderson était ambigüe et ce dernier a déclaré à plusieurs reprises ne pas aimer particulièrement ces peintures. De son côté, Silverman considère ne pas avoir été payé correctement compte tenu de l'énorme utilisation médiatique de ses tableaux qui n'était pas prévue au moment de l'accord. Il n'en reste pas moins que la jaquette d'Aqualung est devenue l'une des plus prisées par les amateurs. Quant aux fameuses aquarelles originales, personne ne sait aujourd'hui ce qu'il en est advenu.



Le cubisme de Tony Wright
Le Londonien Tony Wright a eu une riche idée quand il a créé en 1971 la pochette de The Low Spark Of High Heeled Boys pour Traffic. Au lieu d'une jaquette carrée traditionnelle, il a conçu une pochette unique ayant l'apparence d'une pièce en trois dimensions. En fait, elle est censée symboliser la musique plurielle du groupe: le plancher en damier est pour le rock'n'roll fondateur, le mur de gauche avec les nuages représente l'eau dans sa forme la plus éthérée, et le mur de droite en marbre se réfère à la terre et à son indestructibilité. Quant au plafond, il n'est pas visible, le ciel étant évidemment la limite. L'illusion d'optique donnant l'impression d'avoir un cube devant les yeux fut renforcée en coupant les coins de la jaquette qui devint ainsi la première pochette hexagonale de l'histoire du disque. Elle est aujourd'hui classée parmi les 100 plus grandes pochettes d'album par le magazine Rolling Stone tandis que l'original fait partie de la collection permanente du Musée d'Art Moderne (MoMA) à New-York. En 1973, Tony Wright a encore réalisé selon le même principe le design de l'album suivant de Traffic, Shoot Out At The Fantasy Factory. Il est également l'auteur de nombreuses autres jaquettes parmi lesquelles on épinglera Whale Meat Again pour Jim Capaldi, Sweet Deceiver pour Kevin Ayers, One World pour John Martyn, Broken English pour Marianne Faithfull, et le superbe Arc Of A Diver pour Steve Winwood également retenu dans la liste de Rolling Stone précitée.



Le spleen de Lasse Hoile
De la photographie à la réalisation de films, l'artiste danois Lasse Hoile a une approche multi facettes de l'art graphique qui l'a amené a travailler dans différents contextes. Toutefois s'il est aujourd'hui bien connu, c'est surtout grâce à son travail pour Porcupine Tree et, ensuite, pour Steven Wilson en solo. Hoile n'a pas son pareil pour traduire en images, via des couleurs sombres et un grain spécial, des émotions comme l'angoisse, la solitude, la mélancolie qui sont par ailleurs également des thèmes chers à Wilson. Cette attirance similaire explique beaucoup la connivence qui s'est établie entre les deux hommes aboutissant à un véritable tandem moderne et créatif ou graphisme et musique s'harmonisent et se renforcent l'un l'autre à l'instar d'autres associations célèbres comme Storm Thorgerson/Pink Floyd ou Roger Dean/Yes. Parmi ses plus belle réalisations, on retiendra les superbes et étranges jaquettes de In Absentia, Deadwing et Fear Of A Blank Planet de Porcupine Tree; celles de Insurgentes, Grace for Drowning et Hand. Cannot. Erase. tous les trois de Steven Wilson; ainsi que la pochette du premier disque éponyme de Blackfied.


Et incidemment, si l'envie vous prend d'écouter les galettes cachées sous ces attrayantes pochettes, n'hésitez surtout pas ! Il arrive que la musique s'élève au niveau des œuvres picturales qu'elles ont inspirées (et inversement !)



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