Le Rock Progressiste

Disques Rares, Rééditions, Autres Sélections


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Tales From Topographic Océans (New mix)CD 1 (New mix)CD 3 (New mix)

Yes : Tales From Topographic Océans (Atlantic Records), UK, Décembre 1973 - Réédition augmentée (Panegyric, 2 DVD-A + 2CD ou 1 Blu-Ray + 3 CDs), nouveau mixage 5.1 Surround et stéréo par Steven Wilson, octobre 2016

Après le phénoménal succès de Close To The Edge, Tales From Topographic Ocean fut reçu avec beaucoup moins d'enthousiasme de la part des critiques. En réalité, trop vaste et trop complexe pour être écouté en une seule fois, ce double album colossal est semblable à un édifice labyrinthique aux innombrables pièces et couloirs qui croulerait sous son propre poids. Qui peut se vanter d'en avoir parcouru tous les méandres, de s'en souvenir clairement et, surtout, qui l'a jamais réécouté depuis qu'il est sorti en 1974 juste avant que le punk rock n'impose sa domination écrasante ?

L'idée de sortir quatre faces, chacune avec un seul titre d'une longueur égale à la suite Close To The Edge, est née dans l'esprit de Jon Anderson mais elle a très vite été adoptée par le guitariste Steve Howe. Inspirés par quatre textes hindous, référencés dans le livre autobiographie du yogi et écrivain hindou Paramhansa Yoganoda, qui célèbrent un mariage entre la nature et des forçes spirituelles, les textes sont comme d'habitude chez Anderson aussi beaux qu'ésotériques mais ils ont aussi permis de structurer l'oeuvre en quatre parties égales pour lesquelles il ne restait plus qu'à écrire la musique. Malheureusement, l'enthousiasme ne fut pas partagé par les autrex membres du groupe et si le nouveau batteur Alan White et le bassiste Chris Squire finiront par collaborer activement, le claviériste Rick Wakeman qui désapprouvait clairement le projet va s'en désintéresser et se contenter d'interpréter, heureusement avec son brio habituel, les parties qui lui sont confiées. On sait aujourd'hui que le succès de son premier disque en solo aidant (The Six Wives Of Henry VIII), il était davantage occupé par l'écriture de son nouvel opus (Journey To The Centre Of The Earth) quand il ne jouait pas des claviers pour Black Sabbath occupé à enregistrer Sabbath Bloody Sabbath dans une pièce voisine des studios Morgan de Willesden (Londres).

Quoiqu'il en soit, l'écriture des multiples composantes et leur agencement compliqué en structures cohérentes s'avéra un véritable cauchemar. Finalement, grâce en partie à l'implication totale du producteur Eddie Orford, les bandes finales ont fini par émerger juste à temps pour compléter l'album avant la tournée programmée au Royaume-Uni pour novembre 1973. Tales From Topographic Oceans sortira finalement le 7 décembre 1973, emballé dans une impressionnante pochette dessinée par Roger Dean qui livre ici une de ses plus belles illustrations. Reçu fraîchement par la critique, l'album n'en sera pas moins à nouveau disque d'or, grimpant à la première place des Charts anglais et à la sixième dans le Billboard américain.

Quand à la musique, après plusieurs nouvelles écoutes attentives, il en ressort les faits suivants :
  • The Revealing Science Of God est définitivement le meilleur morceau de l'album. Plus accessible, cohérente et mieux agencée que ce qui suit, cette symphonie est riche de tout ce qu'on aime dans le prog : grands thèmes, improvisations fulgurantes, changements de tempo à répétition et arrangements tous plus étonnants les uns que les autres. Steve Howe est ici le héro de la fête avec des riffs et des envolées de guitare à couper le souffle.
  • The Remembering est moins réussi mais n'en contient pas moins de bonnes mélodies et quelques passages instrumentaux inspirés. Sans l'auto-complaisance d'Anderson d'abord désireux de mener son projet pharaonique à bon port, il aurait été possible d'éditer quelques parties de cette suite pour en faire des chansons intemporelles.
  • The Ancient est la face la face la plus dispensable de l'album. Terriblement lassante avec une première section tribale et bruyante beaucoup trop longue, elle s'améliore toutefois dans la seconde moitié. En fait, un titre plus concis bâti autour de la section jouée à la guitare acoustique par Howe aurait été largement suffisant.
  • Ritual : musique et paroles finissent par converger sur ce morceau épique et souvent émouvant qui renoue avec la grandeur du Yes d'autrefois. On notera ici la fantastique contribution d'Alan White qui en arrive presque à faire oublier le départ de Bill Bruford.
Vu l'ambition du projet, les conditions difficiles de sa concrétisation à une époque ou le collage et la manipulation des bandes était une vraie gageure, et en définitive les nombreux bons moments parsemant l'oeuvre finale, Tales méritait bien une réédition digne de ce nom à l'instar des disques précédents du groupe. C'est maintenant chose faite avec ce coffret qui porte une fois encore la patte de Steven Wilson en maître des consoles. Même si Tales n'a jamais été votre album favori de Yes, ne pas le réécouter dans cette nouvelle version au son indéniablement plus riche et nuancé serait, à mon avis, une grande erreur.

[ Tales From Topographic Oceans (2CD + 2DVD-Audio) ]
[ A écouter : Tales from Topographic Oceans (album complet, mix original) ]

Preacher : Aftermath (IME Records), avril 2016
Aftermath
Encore un bon groupe britannique, celui-ci originaire du comté de l'Ayrshire en Ecosse. La musique très mélodique et souvent atmosphérique évoque immédiatement le Pink Floyd sans pour autant qu'elle n'en soit qu'un clone. D'abord, les thèmes superbes constituent autant de chansons originales, dont la durée est invariablement de plus ou moins 5 minutes, qui s'incrustent rapidement dans les mémoires. Mais surtout, les arrangements sont limpides et aérés, laissant de l'espace pour le piano de Arny Burgoyne et surtout pour la guitare de Greg Murphy qui, dans l'œil du cyclone, fait chavirer les cœurs à la manière d'un jeune David Gilmour. Certes, le rythme appuyé et l'orgue en retrait de Welcome To The Fray doivent quelque chose de majeur à l'album Meddle mais qu'importe puisque la musique généreuse, chaude et colorée, nous emmène dans un périple aussi lumineux que dépaysant. La voix de Martin Murphy est profonde et expressive comme on pourra en juger sur la ballade classique Hold On joliment accompagnée au piano. La majorité des tempos sont lents ou moyens avec un seul titre, Sleep, qui sonne un peu plus musclé mais en conservant dans son groove terrien une décontraction qui amplifie paradoxalement la puissance éruptive des solos de guitare (ici affublée d'une antique pédale wah-wah). L'inclination naturelle des membres du groupe pour l'analogique et les choses du passé s'exprime par le titre Vinyl qui inclut de chouettes improvisations jazzy de piano électrique et de guitare sur un background soft-rock évoquant les 70's. Flottant entre rock classique et space-rock floydien, Aftermath n'est que la seconde production de Preacher mais il confirme déjà l'éclosion d'un grand groupe auquel on souhaite une discographie aussi longue et riche que celle de son principal mentor. A écouter !

[ Aftermath (CD & MP3) ]
[ A écouter : Aftermath - Welcome To The Fray - Sleep - Vinyl - War Reprise]

Artus : Ors (Pagans), France, mars 2017
Artus : Ors
Difficiles à décrire, les créations d'Artus sont profondément enracinées dans la culture et le folklore de sa région d'origine, le Béarn au nord-ouest des Pyrénées. Rien d'étonnant dès lors que l'album soit intitulé Ors (soit Ours en occitan) puisque le Béarn est le lieu d'implantation historique des ours bruns pyrénéens. Ainsi sous-tendue par des considérations historiques et littéraires, mais aussi mythiques, poétiques et écologiques, à propos de cet animal, la musique se révèle être un amalgame singulier entre rock expérimental et folklore régional, résultant de la combinaison d'un violon, d'un tambourin à cordes et d'une vieille à roue avec des instruments plus typiques d'un groupe de rock (guitare, basse et batterie).

Dès les premières mesures de Desvelh, qui se rapporte au réveil de l'animal après son hibernation, on ressent le côté primitif de cette œuvre singulière dont les rythmes évoquent le côté rude et imprévisible d'une nature sauvage. Chasse Party raconte un chassé-croisé entre un homme, un ours et un sanglier dont les pistes se rejoignent en un affrontement sanglant. La cadence se fait ici lancinante avec des bruitages qui évoquent la forêt et ses dangers, chacun des protagonistes, homme et animaux, courant vers son destin sanglant tandis que la musique monte en un crescendo émotionnel qui fait son petit effet. Consacré à la femme sauvage du Montcalm en Ariège (aussi nommée la folle ou la hola) qui, après avoir été attaquée par des bandits au début du XIXème siècle aurait été protégée par des ours avec qui elle aurait ensuite vécu en bonne entente, La Hola est pour moi l'un des sommets du disque. Mystérieuse, la mélodie sinueuse suit le chemin difficile d'un retour improbable vers une nature païenne et sauvage mais protectrice par rapport à l'inhumanité paradoxale du monde civilisé. L'aurost est une oraison funèbre à l'ourse Cannelle, dernière représentante de sa lignée dans les Pyrénées. Mais la tristesse n'est pourtant pas de mise ici, l'ambiance restant digne et un peu austère, juste ce qu'il faut pour accompagner le récit d'une disparition. Enfin, la dernière plage, l'ours Dominique, est une adaptation de l'unique chant traditionnel des Pyrénées consacré à un ours. Toutefois, ici encore, la musique n'a pas grand chose à voir avec le folk classique et mixe plutôt des éléments anciens avec une approche contemporaine, ce qui donne indéniablement une nouvelle dimension au genre. Le livret de l'album est fort bien documenté et réalisé, et s'avère un compagnon indispensable au disque pour comprendre le sens des paroles et la portée des thèmes choisis. A lire de préférence en écoutant la musique de manière à s'immerger plus profondément dans l'univers artistique très particulier d'Artus.

[ Ors par Artus ]

Tiger Moth Tales : Cocoon (White Knight Records), UK 2014
Cocoon
CocoonIl aura fallu que Peter Jones rejoigne Camel pour que l'on s'intéresse de plus près à ce multi-instrumentiste, compositeur et chanteur britannique, aveugle et surdoué. A l'origine plutôt un artiste de variété, Jones s'est tourné tardivement vers le prog en enregistrant en 2013, sous le nom très progressiste de Tiger Moth Tales, un excellent disque intitulé Cocoon édité sur le label cofondé par Rob Reed (Magenta). Des flûtes aux claviers en passant par les guitares, le saxophone, le mélodica et les percussions, Il y a beaucoup d'instruments sur Cocoon et, excepté un bugle tenu par Mark Wardl et une batterie programmée, tous sont joués par cet étonnant homme-orchestre qui a manifestement étudié les classiques du genre, de Yes à Genesis en passant par Camel et Steve Hackett (dont le morceau Tigermoth sur Spectral Morning est à l'origine de l'intitulé de ce projet), mais qui n'est pas autant fermé à la nouvelle génération du néo-prog ni à des artistes comme Big Big Train, Spock's Beard, Rob Reed, Manning et Neal Morse.

Comme on s'en convaincra à l'écoute d'Overture, les textures sont particulièrement riches et soignées, Jones utilisant avec brio son arsenal impressionnant d'instruments agencés en couches successives par la magie du réenregistrement. The Isle Of Witches est introduit par une section narrative prononcée dans un style typiquement anglais qui rappelle Journey To The Centre Of The Earth de Rick Wakeman. Sur ce titre comme sur les autres pièces épiques du répertoire dont la durée frôle les 15 minutes, les idées abondent avec des passages instrumentaux ici planants et ailleurs pleins de verve tandis que les arrangements restent très ouvragés. Quelques influences folkloriques, celtiques et orientales émergent parfois au sein de cet album très varié dont le concept reflète des souvenirs d'enfance, ensemencés d'impressions diverses et de contes fantastiques, étalés selon une chronologie symbolisée par le passage des saisons (du printemps à l'hiver). Et sur le jouissif The Merry Vicar, ce sont métal et théâtre qui sont combinés de façon très originale. Enfin, des bruitages divers (cris d'oiseaux, océan, hurlements, feux d'artifice, sifflet de train, boîte musicale...) sont intégrés pour renforcer le côté atmosphérique d'une œuvre qui, en soi, est déjà fort cinématographique. Evidemment, la batterie programmée reste comme toujours un bémol en ce qu'elle ne remplacera jamais la souplesse et le dynamisme d'une rythmique organique et c'est une réelle limitation que Peter Jones devra surmonter dans le futur s'il persiste à jouer du prog mais, ceci étant dit, les séquences sont bien réalisées et n'affectent pas trop la musique si l'on n'y prête pas une attention particulière. En conclusion, Cocoon est une première réalisation progressiste très convaincante qui ravira les amateurs des groupes symphoniques précités. Elle met en tout cas en relief un vrai talent dont on attendra désormais avec impatience les nouvelles productions.

[ Cocoon (CD) ]
[ A écouter : Tigers In The Butter - A Visit To Chigwick ]

Xavier Boscher : Pentagramme (Indépendant / Bandcamp), France, 23 octobre 2016
Pentagramme
Bien qu'il soit présenté sur Bandcamp comme un artiste jouant occasionnellement du prog métal, hormis l'instrumental Quinacridone marqué par des saillies mordantes de guitare, le multi-instrumentiste et chanteur Xavier Boscher fait bien davantage penser aux groupes de rock symphonique français qui s'expriment dans la langue de Voltaire et dont Ange est le père à tous. C'est en particulier le cas lorsque la musique est plus calme comme sur Métronome Céleste, Volupté ou Géométrie Intime. Sans réelle signification apparente, les textes poétiques sont chantés d'une voix claire dans un style ressemblant parfois à de la narration mais ils ont une tournure spéciale qui les rendent différents de ceux des chansons françaises traditionnelles. Bien enveloppés dans des nappes confortables de claviers divers, ces morceaux s'écoutent avec plaisir surtout que quelques solos de guitare bien ajustés viennent parfois en faire trembler l'architecture. Basé sur un enchaînement d'accords déjà entendu quelque part, le titre éponyme fonctionne particulièrement bien et parvient à imposer une atmosphère mystérieuse et en définitive très attachante. Plus musclée, la chanson Les Voyageurs Du Temps recourt une fois encore à des paroles aussi obscures qu'oniriques dont la poésie cosmique, à l'instar de celle d'un Jon Anderson, est destinée à faire rêver plutôt qu'à raconter une histoire. Enfin Le Sexe Et Les Roses étonne par ses paroles érotiques et parfois osées mais finit par convaincre grâce à son thème original et aux images qui en découlent ainsi qu'à ses multiples changements de climat. Le seul bémol consiste en ce qui me concerne en une rythmique plutôt sèche où le dynamisme et la relance font parfois défaut. La musique de Xavier Boscher, qui joue tous les instruments hormis un ou deux solos de guitare, aurait sans doute eu encore plus de mordant si la basse et la batterie avaient été déléguées à des invités. Mais c'est une appréciation subjective car, globalement, l'oeuvre impressionne par sa cohésion et le soin apporté à sa conception globale aussi bien sur le plan des mots que sur celui des mélodies et des arrangements. Si vous appréciez le prog symphonique chanté en français, qui constitue en soi un sous-genre à part, Pentagramme mérite certainement toute votre attention.

[ Pentagramme (MP3) ] [ Pentagramme sur Bandcamp ]
[ A écouter : Métronome Céleste]

Ambrosia : Ambrosia (20th Century Records), USA, 1975 - Réédition CD remastérisé (Warner Bros. Records), 2000
Ambrosia
Ce groupe californien formé en 1970 par David Pack (guitare) et Joe Puerta (basse) jouait au départ un rock légèrement progressif à l'instar d'autres groupes américains comme Styx ou Kansas pendant une certaine période. En fait seul leur premier disque éponyme, sorti en 1975, mérite vraiment d'être repris dans ces pages mais c'est un album magnifique qui a résisté au temps et dont l'enregistrement et le mixage, réalisés par l'ingénieur du son Alan Parsons lui-même (Abbey Road, Atom Heart Mother, Dark Side Of The Moon, The Raven That Refused To Sing...), restent aujourd'hui encore de véritables modèles de clarté. Nice Nice Nice est un parfait exemple de leur art : une mélodie originale, des breaks savants, des harmonies vocales somptueuses à la Eagles, un arrangement lumineux comme le soleil californien ..., et c'est sans parler d'un texte court et percurtant sur la naïveté humaine inspiré par la nouvelle Cat's Cradle (Le Berceau du Chat) du grand romancier de science-fiction Kurt Vonnegut, Jr. Du grand art ! La dimension symphonique donne un côté gandiose aux compositions avec, ici et là, quelques surprises comme le recours à un ensemble russe de balalaïkas sur Time Waits For No One ou l'utilisation d'un orgue à tuyaux sur Drink Of Water. Sans jamais s'égarer dans de longs solos, David Pack ensemence les chansons de courtes phrases efficaces un peu comme chez Steely Dan tout en délivrant des riffs d'une redoutable efficacité. Quelque part, ça reste du rock californien par l'ambiance et le style décontracté d'une musique qui préserve soigneusement un côté pop totalement accessible. Plus dans le style AOR chéri par les radios FM et en dépit de leur grande qualité, les albums suivants n'offrent plus guère d'attrait pour les fans de prog (encore que Danse With Me George et Cowboy Star sur leur second album ont leur part d'inventivité) mais l'acquisition de celui-ci, qui est un chef d'oeuvre du genre prog-pop, est fortement recommandée.

[ Ambrosia (CD) ]
[ A écouter : Ambrosia 1975 (album complet) ]

False Coda : Secrets And Sins (Indépendant), Grèce 2016
Secrets And Sins
Second album du groupe grec False Coda formé en 2009 par les frères Andreas et Vasilis Milios, Secrets And Sins présente tous les stigmates du heavy métal : guitares hurlantes, riffs plombés, voix puissante et expressive avec des tendances death, et fuite en avant vers l'explosion apocalyptique qui mettrait éventuellement fin à toute vie terrestre. Pourtant, au milieu du champ de lave fumante, des qualités finissent par fleurir. Sur Moment, Vasilis Milios se révèle un superbe guitariste avec un solo à faire dresser les cheveux sur la tête et à rendre Steve Vai un peu jaloux. Le thème de Throne Of Blood inspiré d'une petite mélodie asiatique exposée en introduction reste en mémoire et n'arrive pas à se faire laminer par la rythmique. Par ailleurs, la dynamique du morceau alternant des parties plus calmes avec d'autres hystériques le rend plus accessible au commun des mortels. New Paradigm, un des points d'orgue de l'album, est plus progressiste avec de beaux échanges entre guitares et synthés et des variations de tempo qui évoquent le Dream Theater des premiers albums, ce qui n'est pas en soi un compliment anodin. Truth And Lies démarre de fort belle manière et va crescendo avec des couches sonores diverses où brillent à nouveau claviers et guitares chevauchant fièrement côte à côte. Quant à California, c'est la composition la plus accessible du disque et celle qui ressemble le plus à une ballade qu'en définitive, elle est peut-être vraiment. False Coda y démontre en tout cas qu'il pourrait, s'il en avait envie, mettre des feuilles de menthe dans son rhum et séduire aisément un public moins extrême.

Par contre, le titre éponyme et Monolith sont des murs de son qui n'accrochent guère l'amateur de prog écrivant ces pages et encore moins quand la voix de Stefanos Zafeiropoulos passe du côté trash de la force, ce qu'il devrait, à mon humble avis, éviter sagement dans le futur.

A l'évidence, Secrets And Sins a tout ce qu'il faut pour séduire sans problème les fans de Threshold, Blind Guardian, Redemption, Evergrey et autres Dream Theater, ce qui fait déjà beaucoup de monde, mais pour le dire simplement, les amateurs de rock symphonique ou de néo-prog même musclé feront mieux d'aller voir ailleurs.

[ Secrets And Sins (MP3) ]
[ A écouter : Monolith ]

Abel Ganz : Gratuitous Flash UK 1984 – Réédition CD (MSI / Ugum Production), 1991
Gratuitous Flash
Gratuitous Flash K7 1984Encore un de ces albums rares, issus de la première moitié des années 80, ayant participé à la renaissance du prog, Gratuitous Flash n'est certainement pas le moins bon du lot. Formé à Glasgow sous la houlette du bassiste Hugh Carter et du claviériste Hew Montgomery, la formation bénéficiait aussi au moment de l'enregistrement en 1983 de la présence du guitariste Malky McNiven et, surtout, de l'excellent chanteur Alan Reed. Inspirée au départ par le prog symphonique de Genesis (période Wind And Wuthering), la musique dominée par les sonorités synthétiques des nouvelles technologies est surtout typique des 80's et, si le style global ne se démarque guère de celui de Pendragon, Marillion ou IQ, les compositions fort mélodiques tiennent la route (à l'exception du dispensable Kean On The Job) tandis qu'Alan Reed fait la différence derrière le micro. Montgomery se révèle être un excellent claviériste et, en association avec la guitare de McNiven s'efforçant d'émuler Steve Hackett, il parvient aisément à lever la poussière notamment sur l'instrumental The Scorption. Le répertoire se clôture sans surprise par une inévitable pièce à tiroirs de 16 minutes sans lequel cet album ne serait pas ce qu'il est. Avec ses multiples changements de tempos et de climats, ses envolées de guitare et claviers, plus le côté théâtral d'un chanteur qui évoque parfois aussi bien Phil Collins que Peter Gabriel, The Dead Zone n'a rien à envier aux grands titres épiques des groupes néo-prog de l'époque. En dépit d'un son médiocre, la cassette artisanale ne passera pas inaperçue des amateurs de Glasgow, si bien que leur réputation allant grandissant, Abel Ganz fut soudain très en demande sur le circuit local attirant ainsi les regards concupiscents d'autres formations écossaises comme Pallas qui, sans vergogne, va lui piquer son chanteur. He oui ! Ainsi va la dure existence des groupes de rock.

Sorti initialement en 1984 sur une K7 autofinancée pourvue d'une pochette monochrome rudimentaire, Gratuitous Flash fut réédité sur compact en 1991 par le label français MSI en même temps que les deux autres enregistrements d'Abel Ganz réalisés dans les années 80 : Gullibles Travels (1985) et The Dangers Of Strangers (1988). Le livret de Gratuitous Flash contient les paroles des chansons mais aucune indication n'y est donnée à propos du transfert numérique qui a probablement été réalisé sans remastérisation des bandes.

[ Gratuitous Flash (CD) ]
[ A écouter : Gratuitous Flash (album complet) ]

Cardiacs : A Little Man And A House And The Whole World Window (Alphabet), UK 1988
A Little Man And A House
Originaires du Surrey (Angleterre), les frères Tim (guitare et chant) et Jim Smith (basse) ont fondé Cardiacs Arrest en 1977 et enregistré en 1980, en compagnie de trois autres musiciens, leur première cassette intitulée The Obvious Identity. Cette cassette et celle qui lui a succédé en 1981 (Toy World) présentent une musique brute, mal enregistrée et plus proche du punk que du prog même si déjà émergent quelques accords bizarres. Si une évolution est décelable sur leur troisième cassette sortie en 1983 (The Seaside), il faut attendre 1988 et la parution de leur premier LP, A Little Man And A House And The Whole World Window, pour découvrir ce groupe vraiment spécial enregistré dans des conditions décentes. Ce n’est certes pas du prog classique, Cardiacs interprétant plutôt des chansons alternatives louchant parfois vers la New Wave si typique de la décennie (Is This The Life?, le seul hit de leur carrière). Sauf que, la plupart du temps, elles partent en vrille dans des constructions anarchiques voire iconoclastes dans un esprit post-punk théâtral qui évoque aussi bien les premiers disques de Frank Zappa que le psychédélisme déjanté de Captain Beefheart. La voix très particulière de Tim Smith est l’atout majeur de ce sextet qui aurait pu, grâce à lui, faire une belle carrière dans le pop-rock à l’instar de The Cure, The Human League ou autres Spandau Ballet. Ceci dit, les autres musiciens sont aussi compétents et il faut certainement l’être pour jouer des compositions aussi folles et alambiquées que ce qu’on entend ici. Le dernier titre, The Whole World Window, vous en dira sans doute encore plus sur les possibilités de cet ensemble hors du commun : car, franchement, combien de groupes auraient pu écrire une chanson pareille avec sa surprenante mélodie, son orchestration luxuriante incluant cuivres et grand piano et le tout avec un grain de folie et un relent de psychédélisme naturel : les Beatles ? Les Mothers Of Invention ? King Crimson ?

[ A Little Man And A House And The Whole World Window (CD) ]
[ A écouter : A Little Man And A House And The Whole World Window (album complet) ]

Barclay James Harvest : Welcome To The Show (Polydor), UK 1990 - Réédition remastérisée et augmentée (2 CD Esoteric Recordings), 2016
Welcome To The Show
Welcome To The Show (Polydor)Depuis sa formation à Oldham en 1966, Barclay James Harvest a connu beaucoup d'époques et de modes, perdant au fil des ans leur intérêt pour le rock progressif dont ils étaient pourtant l'un des fers de lance avec des disques cultes combinant rock et classique comme les inoubliables BJH (1970), Once Again (1971), et BJH And Other Short Stories (1971). En fait, leur virage commercial a coïncidé avec un changement de label qui les transféra en 1973 de Harvest sur Polydor. Dès 1974, des disques comme Everyone Is Everybody Else et BJH Live (1974), Time Honoured Ghosts (1975), Octoberon (1976) et Gone To Earth (1977) leur apportèrent le succès tant espéré en Grande-Bretagne mais aussi en Europe et plus particulièrement en Allemagne et en Belgique où les ventes de leurs disques deviennent appréciables. Mais un grain de sable enraya ce bel élan avec la démission en 1979 du claviériste Stuart "Woolly" Wolstenholme mécontent de la nouvelle direction musicale prise par le groupe. Cela n'a toutefois pas empêché BJH de poursuivre sa carrière dans les années 80 en accentuant encore le côté pop-rock de sa musique. Eyes Of The Universe (1980), Turn Of The Tide (1981), Ring Of Changes (1983), Victims Of Circumstance(1984) et Face To Face (1987) qui vont suivre sont pourtant de sacrées déceptions : la production de Pip Williams à la fois lisse et clinquante pour s'adapter au goût des 80's ainsi que des claviers à la sonorité synthétique qui ne parviennent jamais à faire oublier Wolstenholme ont fini par aliéner leurs fans les plus fidèles même si quelques titres, il est vrai assez rares, émergent encore au-dessus du seuil de médiocrité (Victims Of Circumstance et Guitar Blues entre autres).

Dans ce contexte peu glorieux, Les Holroyd, John Lees et Mel Pritchard vont revoir légèrement leur stratégie afin d'entrer d'un bon pied dans la décennie suivante. Sorti en mars 1990, Welcome To The Show marque effectivement un réveil artistique et peut être considéré comme le meilleur album de la période commerciale de BJH s'étendant de 1980 à 1998. Si le style reste du pop-rock mélodique typiquement britannique (par opposition au style AOR plus musclé des groupes américains), la production de Jon Astley and Andy MacPherson retrouve la sonorité classique, plus chaude et organique, du groupe des 70's tandis que les compositions sont plus réussies. Certes, l'absence de Woolly Wolstenholme est loin d'être comblée (qui d'ailleurs pourrait vraiment endosser son style très singulier) et une fracture, qui conduira bientôt à l'éclatement du groupe, commence à séparer les deux principaux musiciens restants (Les Holroyd, John Lees). Elle reste ici toutefois gérable, chacun des deux compositeurs contribuant en alternance à un répertoire qui garde malgré tout suffisamment de cohérence pour apparaître comme le résultat d'un travail collectif. Les deux musiciens ont pourtant un style différent, le bassiste Les Holroyd contribuant essentiellement par des chansons pop légères sur tempo moyen qui exsudent un charme désuet même si elles sont parfois à la limité du manque de consistance (les pires étant The Life You Lead avec des vocaux aigus et tremblotants à la Bee Gees ou Welcome To The Show). Par contre, les mélodies de John Lees sont plus originales et, surtout, étant le guitariste du groupe, il les bâtit autour de riffs de six-cordes en les ramenant davantage du côté rock de l'équation (Cheap The Bullet, Psychedelic Child). Il est aussi l'auteur de la jolie ballade futuriste Origin Earth remarquable par ses chœurs élégiaques joués sur un mellotron. Le dernier titre, Shadows On The Sky, composé par Holroyd, est toutefois l'un des points d'orgue du disque avec une superbe mélodie et un arrangement magnifique zébré par la guitare de Lees. On retrouve sur ce dernier morceau une grande part de ce qui faisait la magie de BJH dans les années 70.

Sans être exceptionnel (mais aucun disque des 20 dernières années d'existence du groupe ne l'est vraiment), Welcome To The Show reste agréable à écouter et marque le dernier sursaut artistique de BJH avant sa disparition en 1998. Esoteric Recordings a comme d'habitude procédé à une réédition luxueuse, remastérisée et augmentée avec un titre en bonus (Stand Up sorti en simple en 1992) a plus un second CD qui contient la moitié d'un concert donné par BJH en 1992 au London's Town And Country Club. On notera encore l'inclusion d'un chouette livret avec son lot de photographies et des notes utiles ainsi que la préservation de la belle pochette qui fut réalisée par l'homme de Pink Floyd, Storm Thorgerson qui rendent cet objet pour collectionneur particulièrement attrayant. Welcome To The show ne décevra probablement pas ceux qui ont apprécié Time Honoured Ghosts (1975) et Gone To Earth (1977).

[ Welcome To The Show (2 CD - Esoteric Recordings) ]
[ A écouter : Lady MacBeth - Halfway To Freedom - Psychedelic Child ]

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