Rock progressiste : les Nouveautés 2016 (Sélection)



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Sorceress

Opeth :
Sorceress (5:49)
Opeth : Sorceress (Nuclear Blast), Suède, 30 septembre 2016

Sur son troisième album depuis le virage opéré vers une musique moins extrême, Opeth renoue partiellement avec un côté hard, absent des deux disques précédents, mais qui renvoie à des groupes de rock classique des seventies comme le Deep Purple original (Chrysalis) ou même Black Sabbath (Sorceress) plutôt qu'au death métal de ses origines. Des plages acoustiques aux mélodies agréables (dont le superbe Will O The Wisp situé quelque part entre Jethro Tull et Led Zeppelin III) sont toutefois intercalées entre les chansons plus musclées où la voix et la guitare de Michael Akerfeldt règnent en maître. En plus, le répertoire offre aussi des moments imprévisibles comme The Seventh Sojourn qui, tel un Kashmir acoustique, déambule sur les routes d'une Inde mystique et se termine carrément dans les fûmées d'encens d'un état contemplatif. Une atmosphère qui se poursuit sur Strange Brew avant que celui-ci ne se métamorphose soudain en une bande son occulte pour un brouet de sorcières maléfiques. Quant à A Fleeting Glance, il contient en germe quelques graines d'un Pink Floyd psyché du temps de ses premières reliques. Bâti dans un matériau intemporel, Sorceress poursuit avec brio l'œuvre d'Opeth entamée depuis Heritage, ouvrant avec goût de nouvelles voies et possibilités à un prog aussi moderne qu'intense mais qui se souvient avec nostalgie de son âge d'or. [4½/5]


[ Sorceress CD + DVD ]
[ A écouter : Will O The Wisp ]

Do Not Disturb

Van Der Graaf Generator :
Alfa Berlina (6:39)
Van Der Graaf Generator : Do Not Disturb (Esoteric Antenna), UK, 30 septembre 2016

Incapable d'émuler la puissance terrifiante de ses premières productions après le départ de David Jackson en 2007, VDGG a redéfini sa stratégie. En plus de jouer sur de fréquentes variations de tempo et d'ambiance, le trio a raccourci ses chansons et élargi sa palette instrumentale pour épicer davantage des textures forcément limitées. Le résultat est probant et, même si l'on reste bien loin des pièces sombres et magnifiques de H To He et de Godbluff, la musique de VDGG est encore excentrique et dérangeante, avec des passages mélancoliques juxtaposés à d'autres traumatisants. Le bout de la piste devenant plus apparent, le groupe, au lieu d'inventer le futur, se remémore désormais son passé avec des titres qui racontent quelques épisodes de sa saga comme Room 1210 ou Alfa Berlina à propos d'une tournée en Italie dans les 70's. Do Not Disturb est un album qui mérite certainement l'écoute. C'est juste qu'ici et là, on sent la fatigue peser sur ces vétérans qui ont beaucoup donné. Le fait est que ces trois-là vont vers leur 70ème anniversaire et ça, comme ils le disent eux-mêmes dans le répertoire, Shikata Ga Nai ("on ne peut rien y faire" en japonais). [3½/5]


[ Do Not Disturb (CD & MP3) ]
[ A écouter : Peter Hammill discusses Do Not Disturb ]

a way you’ll never be

John Wesley :
to outrun the light (7:08)
John Wesley : a way you’ll never be (InsideOut Music), USA, 7 octobre 2016

Avec l'arrêt complet des activités de Porcupine Tree et une diminution importante de celles de Fish, John Wesley, qui joua un moment pour ces artistes, s'est désormais recentré sur ses activités en solo. En dépit de ses qualités évidentes de guitariste, les albums en studio qu'il a réalisés jusqu'ici n'ont pas vraiment convaincu, le dernier en date, Disconnect (2014), qui offrait un art-rock heavy trop conventionnel et sans inspiration (textes inclus) encore alourdi par un mixage sans discernement, ayant laissé une impression fort mitigée. Les deux premiers extraits de ce nouveau disque font toutefois entendre une musique, certes toujours plus rock que prog, mais plus polie et surtout nettement mieux produite. Intelligemment intégrés dans les arrangements, les solos de guitare (qui sont incontestablement l'un des points forts du leader) impressionnent aussi davantage, en particulier sur by the light of a sun qui est le premier titre du répertoire. Le second extrait sur YouTube, to outrun the light, laisse même transparaître un vrai travail de composition se traduisant par un réel feeling qui faisait défaut dans Disconnect. Si le reste de l'album, enregistré avec le batteur Mark Prator, le bassiste Sean Malone (Cynic) et un second guitariste nommé Ian Medhurst, est du même tonneau, il devrait permettre d'accroître la notoriété de John Westley chez les fans de prog éclectique musclé. Quant à la pochette, réalisée par Carl Glover (Marillon, Porcupine Tree, No-Man ...) qui s'impose de plus en plus comme le nouveau Storm Thorgerson, elle est superbe même si on ne peut s'empêcher de penser à celle de Wish You Were Here de Pink Floyd qui affiche un thème similaire. [4/5]


[ a way you’ll never be (CD & MP3) ]
[ A écouter : by the light of a sun ]
a way you’ll never beMarquant définitivement un progrès par rapport à son prédécesseur, aussi bien au niveau du son que sur celui des compositions, a way you’ll never be se révèle être une sacrée combinaison de hard rock progressif et de rock alternatif. Sur by the light of a sun qui ouvre le disque en fanfare, c'est le son massif des guitares qui prend à la gorge, ce qui n'est pas sans évoquer l'énergie de deux autres trios célèbres : Muse et Rush dans sa période Snakes And Arrows. Mais tout n'est pas qu'une question d'intensité et, à côté des pépites incandescentes que sont the revolutionist et run.a.rose, le répertoire comprend aussi des morceaux au tempo moyen comme to outrun the light et son mur sonique qui ondule telle la flamme d'une fournaise, et même une ballade dans le plus pur style des groupes de hard rock, the silence in coffee, sur laquelle Wesley fait preuve qu'il n'est pas seulement un grand guitariste mais aussi un chanteur capable d'utiliser toutes les ressources de sa voix limitée dans le contexte hard qu'il s'est choisi. Un des points d'orgue de l'album est tout de même l'instrumental unsafe space dans lequel Wesley fait pleurer sa guitare dans la zone bleue à la manière d'un Joe Satriani. Grand amateur de sonorités analogiques, Wesley utilise à bon escient un panel d'effets divers modulant le son de sa six-cordes et entre réverbération, distorsion et delay, on en prend plein les oreilles. Quant à la rythmique, sa dynamique est exceptionnelle et contribue largement à l'embrasement de la musique (écoutez les phénoménales parties de basse et de batterie sur nada pour vous en convaincre). En fait, John Wesley ne s'embarrasse pas d'une foultitude de références : Il fait son truc à lui sans oublier d'y mettre un grain de folie. Ses compositions sont parfois un peu chaotiques et même répétitives mais elles ont l'avantage d'être percutantes en gardant un côté prog au niveau de leurs structures. Il faudra juste qu'on nous explique pourquoi Westley n'aime pas les lettres en capitale (tous les intitulés sont volontairement en minuscule) et pourquoi il aime tant finir ses chansons sur un arpège de guitare prolongé en sustain pendant d'interminables secondes.

Zentuary

Dewa Budjana :
Dear Yulman (8:37)
Dewa Budjana : Zentuary (Favored Nations, 2 CD), Indonésie, 14 Octobre 2016

Le guitariste balinais monte encore en puissance avec ce double CD ambitieux offrant plus de 100 minutes d'une fusion magnifique qui, en dépit de son modernisme, ne renie pas pour autant la musique folklorique indonésienne. Cette fois, l'homme aux guitares sculptées s'est entouré d'un casting prestigieux incluant le batteur Jack DeJohnette qui joue aussi du piano, le bassiste Tony Levin, le batteur et claviériste Gary Husband plus, au fil des titres, le virtuose Guthrie Govan en tant que second guitariste (impressionnant sur Suniakala), les saxophonistes Tim Garland et Danny Markovitch, des musiciens locaux et même l'orchestre symphonique tchèque. Le résultat est une totale réussite qui présente Budjana, non plus seulement comme l'un des grands guitaristes d'aujourd'hui (et le plus fin mélodiste d'entre eux), mais aussi comme un compositeur et un arrangeur des plus accomplis (Suniakala, Lake Takengon et Dear Yulman comptent assurément parmi les plus beaux moments de musique entendus en 2016). Entre jazz-rock sophistiqué, fusion progressive subtile et sonorités exotiques envoûtantes, la musique instrumentale de Zentuary, méticuleusement produite, est à écouter absolument en haute résolution : la seule clé possible pour en profiter pleinement et entrer dans le monde féérique en quatre dimensions représenté sur la pochette. [4½/5]


[ Zentuary (2 CD - MP3) ] [ Zentuary sur Bandcamp ]

No Fear Of Looking Down

Jadis :
A Thousand Staring Eyes (4:30)
Jadis : No Fear Of Looking Down (Jadis Music), UK, 24 octobre 2016

Le titre de l'album se rapporte aux périlleuses ascensions urbaines pratiquées par d'intrépides grimpeurs insensibles au vertige. Quant à la musique, après quatre années après See Right Through You sorti en 2012, elle renoue avec ce néo-progressif mélodique dont le style particulier, qui trouve ses racines dans les années 80, fait désormais partie intégrante du prog classique. Ce nouvel album marque d'ailleurs le retour, aux côtés du guitariste et chanteur Gary Chandler, du bassiste Andy Marlow et du batteur Stephen Christey, du claviériste vétéran Martin Orford qui contribua largement à établir le son néo par ses contributions séminales à des groupes comme The Lens, IQ et ... Jadis, en plus de ses œuvres en solo. Est-ce la qualité des mélodies ou la subtilité des arrangements ou peut-être les deux ? toujours est-il que No Fear Of Looking Down retrouve une ancienne magie et un niveau créatif proche de celui de More Than Meet The Eye, le meilleur opus de Jadis à ce jour. Portée par les claviers d'Orford, la guitare de Gary Chandler, atmosphérique ou tranchante, est plus expressive que jamais tandis que le recours à des instruments divers (guitares acoustiques, piano, flûte, vielle à roue) enrichit les textures d'une musique qui hésite en permanence entre la complexité raffinée du prog et l'accessibilité immédiate du rock. Excellent ! [4½/5]


[ No Fear Of Looking Down (CD & MP3) ] [ No Fear Of Looking Down sur Bandcamp ]

Why The Sea Is Salt

The Gift :
The Tallest Tree (6:14)
The Gift : Why The Sea Is Salt (Bad Elephant Music), UK, 28 Octobre 2016

Why The Sea Is Salt (dont le titre est inspiré d'une légende nordique) est pour The Gift, groupe londonien plutôt obscur formé en 2006, l'album de la maturité. Avec un line up réajusté (nouveaux claviériste et batteur et retour du second guitariste Leroy James), le sextet peut cette fois aborder une œuvre plus ambitieuse dont le point d'orgue est l'épique All These Things. Cette superbe et complexe composition de 21 minutes, en forme de pamphlet sur l'avidité humaine et la consommation à outrance, est une tapisserie aux mille nuances d'où émergent de superbes parties instrumentales de piano et de guitare. Le recrutement de Gabriele Baldocci, pianiste renommé de concert italien imprégné de Ravel et de Debussy, relève encore la qualité de la musique comme on pourra en juger sur la longue introduction quasi classique de At Sea. Toutefois, le morceau qui illumine le répertoire est The Tallest Tree qui renvoie à une sorte de croisement entre Genesis (celui de Trespass) et Big Big Train. Le guitariste Steve Hackett (Genesis), Peter Jones (Tiger Moth Tales, Camel) à la flûte irlandaise ainsi qu'Anthony Phillips (Genesis) à la guitare 12 cordes sont venus adouber cette émouvante chanson basée sur un poème écrit par le chanteur Mike Morton en hommage à son père décédé (Now the Tallest Tree is Falling. Our Faces Feel the Rain. As Darkness Turns to Morning, love is What Remains). Le solo final de Hackett, sobre et limpide, rappelle encore une fois quel grand musicien il est. Quant à Mike Morton, si sa voix ne possède pas un de ces timbres particuliers semblables à ceux de Gabriel, Fish ou Collins, son chant clair et parfaitement articulé arrive quand même à faire passer l'émotion nécessaire. Original, inspiré et superbement interprété, ce disque remarquable compte assurément, avec Folklore de Big Big Train, parmi les plus belles réussites prog de 2016. Recommandé ! [4½/5]


[ Why the Sea Is Salt (CD & MP3) ]

The Similitude Of A Dream

The Neal Morse Band :
Long Day / Overture (7:45)
The Neal Morse Band : The Similitude Of A Dream (2 CD Radiant Records), USA, 11 Novembre 2016

Contrairement à The Great Experiment créé quasiment sur le vif en studio, cet album ambitieux a été méticuleusement préparé avant son enregistrement. Inspiré par un récit allégorique religieux du XIIe (The Pilgrim's Progress), l'oeuvre ne dévie pas de la vision chrétienne dont Morse s'est fait le chantre depuis son départ de Spock's Beard et la sortie de Testimony en 2003. Mais son groupe a désormais acquis une cohérence hors du commun. Avec ses fidèles complices Mike Portnoy (dr) et Randy George (b) plus le claviériste Bill Hubauer et le guitariste Eric Gilette à bord, Morse délivre sur deux disques une musique glorieuse, épique, dense et luxuriante dont l'aspect conceptuel renvoient aux grands opéras rock des 70's. Compositeur prolifique et pourvoyeur inlassable de mélodies attachantes, Morse s'est surpassé sur cet album qui restera comme l'un des grands moments définissant sa longue carrière. Quant à Portnoy qui, avec une pointe d'anxiété, suit toujours de près l'évolution de son ancien groupe Dream Theater, il peut maintenant se réjouir de faire enfin partie d'une nouvelle aventure tout aussi, sinon encore plus, passionnante. Car, en dépit de textes évangélisateurs qui ne manqueront pas de s'aliéner certains chroniqueurs, The Similitude Of A Dream vaut bien The Astonishing de DT, autre réalisation colossale parue cette année, quand il ne le dépasse pas tout simplement sur un plan purement compositionnel. [4/5]


[ The Similitude Of A Dream (Deluxe Edition 2CD + DVD) ]





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