Jazz & Fusion : Sélection 2021






Morricone StoriesBelmondo Quintet : Brotherhood (B-Flat Recordings / Jazz & People), 12 mars 2021

1. Wayne's Words (5:56) - 2. Yusef's Tree (6:44) - 3. Prétexte (7:13) - 4. Doxologie (7:32) - 5. Woody 'n Us (3:48) - 6. Letters to Evans (5:24) - 7. Sirius (7:27) - 8. Song for Dad (4:03)

Lionel Belmondo (saxophone ténor, soprano, flute); Stephane Belmondo (trompette, bugle, conques); Eric Legnini (piano); Sylvain Romano (contrebasse); Tony Rabeson (batterie)


Après 10 années, les frères Belmondo regroupent leurs talents sur ce passionnant nouvel album bien nommé Brotherhood dans lequel ils rendent hommage à quatre musiciens légendaires : Yusef Lateef (Yusef’s Tree), Bill Evans (Letters To Evans), Wayne Shorter (Wayne's Words) et Woody Shaw (Woody 'n Us). D'autres compositions magnifiques complètent les huit thèmes du répertoire comme Sirius, une pièce lyrique et nostalgique, lumineuse comme la brilliante étoile à laquelle cette musique se réfère ou encore Song For Dad, une émouvante balade dédiée par les deux frères à leur père disparu fin 2019.

Tony Rabeson est à la batterie et l'ancien complice Sylvain Romano est à la contrebasse tandis qu'au piano, c'est Eric Legnini qui abat un travail formidable derrière les deux souffleurs. Pas étonnant que dans le dernier numéro de Jazz Mag, Stéphane Belmondo a déclaré : "je connais Eric Legnini depuis trente ans, c'est même le parrain de ma fille, et l'un des meilleurs pianistes au monde."

Enregistré du 20 au 22 janvier 2020 au studio Gil-Evans d'Amiens par Tristan Devaux, Brotherhood, qui réactive par la même occasion le label B-Flat Recordings laissé en jachère, est l'album d'un grand retour riche en émotions. Un album fraternel qui séduira les amateurs de jazz acoustique élégant, exigeant et pétri de tradition.

[ Chronique de Pierre Dulieu ]

[ Brotherhood (CD / Vinyle / Digital) ]
[ A écouter : Wayne's words (live in studio) ]


Morricone StoriesStefano Di Battista : Morricone Stories (Warner Music), 02 avril 2021

1. Cosa Avete Fatto A Solange (3:59) - 2. Peur Sur La Ville (3:23) - 3. La Cosa Buffa (4:21) - 4. Verushka (4:46) - 5. Deborah's Theme (3:43) - 6. Metti, Una Sera A Cena (3:55) - 7. Apertura Della Caccia (4:57) - 8. Il Grande Silenzio (4:16) - 9. Flora (2:35) - 10. La Donna Della Domenica (6:40) - 11. Gabriel's Oboe (3:30) - 12. The Good, The Bad And The Ugly (3:32)

Stefano Di Battista (saxophone); Frédéric Nardin (piano); Daniele Sorrentino (contrebasse); André Ceccarelli (batterie)


Après un disque consacré au standards italiens sorti en 2016, le saxophoniste romain Stefano Di Battista propose un nouvel album dédié à Ennio Morricone. Il n'est certes pas le premier à s'attaquer aux thèmes du plus célèbre des compositeurs de musiques de films : Jens Thomas, Enrico Pieranunzi, John Zorn, et Charlie Haden avec Pat Metheny s'y sont entre autres déjà essayés, produisant des versions parfois très personnelles et souvent non orthodoxes mais qui tous rendaient hommage à leur manière au talent de conteur mélodiste qu'était Ennio Morricone. Dès l'annonce de ce projet avec Stefano Di Battista, virtuose du saxophone et propagateur d'un néo-hard-bop fougueux, notre intérêt était déjà éveillé de savoir comment ces mélodies parmi les plus célèbres du cinéma seraient cette fois rendues.

Déjà, le répertoire est attrayant en ce qu'il combine des thèmes nerveux et dramatiques avec d'autres lyriques mais aussi des musiques de films hyper connus avec d'autres qui le sont moins comme celle de Poesia Di Una Donna, un obscur film italien de 1971 sur la vie du modèle Veruschka. Dans tous les cas, si les thèmes sont préservés et immédiatement reconnaissables, leur traitement est franchement jazz aves de splendides improvisations du leader et du pianiste Frédéric Nardin sur une rythmique des plus efficaces composée du contrebassiste Daniele Sorrentino et du batteur André Ceccarelli. Prenez le célèbre The Good, The Bad And The Ugly par exemple : après l'exposé du thème devenu légendaire de ce western de Sergi Leone, Stefano s'envole avec sa virtuosité coutumière en explorant tous les recoins possibles de la mélodie. C'est frais, encore évocateur et musicalement riche. Il en est de même avec Peur Sur La Ville, Deborah's Theme (Once Upon A Time In America), Il Grande Silenzio et le splendide Gabriel's Oboe (The Mission, dans lequel le hautbois est remplacé par un soprano) qui comptent tous parmi les mélodies les plus connues du maître reprises sur ce disque.

Mais les thèmes les moins balisés sont également porteurs d'émotion. La musique mémorable mais méconnue de La Cosa Buffa, un drame romantique italien de 1972, est stylée et pleine de nostalgie avec un saxophone soprano qui virevolte comme emporté dans la tourmente de cette histoire d'amour impossible. Dans un contexte plus ou moins similaire, Cosa Avete Fatto A Solange ? offre une petite part de mystère en plus, ce thème étant à l'origine celui d'un giallo. Et puis, il y a Flora, une composition inédite que le Maestro a offerte à Di Battista (qui eut la chance de travailler avec lui) et qui s'avère une ballade quasi bucolique d'une intense fraîcheur.

Stefano Di Battista a retravaillé la musique d'Ennio Morricone avec intelligence et sensibilité, la faisant entrer de plain-pied dans un jazz lyrique ou swinguant en fonction des thèmes choisis. Si l'expressivité de ces derniers est conservée, une dimension jazz a été ajoutée grâce à une appropriation artistique exceptionnelle qui les transforment en véritables standards.

[ Chronique de Pierre Dulieu ]

[ Morricone Stories (CD / Vinyle / Digital) ]
[ A écouter : Cosa Avete Fatto A Solange ? - Peur Sur La Ville - Gabriel's Oboe ]


Echoes of Zoo : BreakoutEchoes of Zoo : Breakout (De WERF), Belgique, 5 Mars 2021

1. Breakout (4:04) - 2. Monkey Burns Lab (5:19) - 3. Bull Blood Boiling (6:23) - 4. Rilke's Panther (6:38) - 5. Dance Around Bullets (5:21) - 6. Lab Mouse Mayhem (6:45) - 7. Adrenaline Run (4:18) - 8. Diversionary Tactics (7:15)

Nathan Daems (saxophone, percussions); Bart Vervaeck (guitare électrique); Lieven Van Pée (basse électrique); Falk Schrauwen (batterie). Enregistré au Studio Boma à Gent, Belgique


Voilà quelque chose de différent et de franchement roboratif ! Le titre de l'album en résume l'idée générale : s'évader des carcans, des modes, des habitudes, du communautarisme et de tout le reste dans une décharge d'énergie contrôlée. Ici, les sources ruissellent de toutes les cultures et de tous les continents pour abreuver une musique plurielle et contrastée.

Le titre éponyme qui démarre l'album ouvre les portes de la cage et c'est tout de suite le débordement avec un jazz rock intense où le saxophone épouse la guitare électrique sur une rythmique de plomb et où, déjà, percent diverses influences : des bribes de Zappa et d'Aka Moon mais aussi des rythmes exotiques qui conduisent à la transe. La barque d'Echoes Of Zoo vogue en mer houleuse tandis que Monkey Burns Lab enfonce le clou dans une jubilation rythmique intense qui ne prendra fin que sur des riffs brûlants de saxophone. On imagine un collectif d'au-moins sept ou huit musiciens créant un tel univers sonore transgenre mais ils ne sont que quatre à la barre.

Changement de décor avec Bull Blood Boiling et ses arabesques dessinées à la guitare électrique. A partir d'une introduction lente et évocatrice, la musique va crescendo jusqu'à se perdre dans un final âpre et rageur. Rilke's Panther est une superbe composition mélodique agrémentée de quelques effets sonores tandis que Dance Around Bullets s'impose à mes oreilles comme le sommet de ce disque particulièrement bigarré : les Balkans y sont invoqués tandis que le saxophoniste Nathan Daems s'envole dans des improvisations exubérantes, prolongées sur Lab Mouse Mayhem où elles remuent autant que celles d'un John Zorn en rocker klezmer iconoclaste. Après un Adrenaline Run très jazz-rock dont le titre dit l'essentiel, l'album se clôture sur Diversionary Tactics dans une fusion urbaine de rock, de jazz et de musiques actuelles ensemencées d'effets électroniques.

Echoes of Zoo propose une musique libertaire au croisement de différentes approches, riche de contrastes et nourrie par une belle énergie ... une musique qui prendra assurément toute sa dimension en concert. Mais en attendant de les voir sur scène, on peut déjà s'offrir une soirée live virtuelle chez soi en écoutant à fond ce Breakout dont la fusion addictive et cosmopolite possède indéniablement un grain de folie.

[ Chronique de Pierre Dulieu ]

[ Echoes of Zoo : Breakout sur Bandcamp ]
[ A écouter : Dance Around Bullets - Adrenaline Run ]


Jean-Paul Daroux Project : Change Or No ChangeJean-Paul Daroux Project : Change Or No Change (Plaza Mayor Company), France, 2021

1. Rencontre avec le petit peuple de la forêt (3:55) - 2. Les ours polaires ne regardent plus les aurores boréales (5:44) - 3. Change or no Change (6:01) - 4. Le sacre du Pangolin (6:07) - 5. Un indicible bonheur (4:14) - 6. Le corridor sans fin (4:01) - 7. Un matin de canicule sur Oxford street (4:38) - 8. La trépidante odyssée d'un bébé tortue (4:20) - 9. Escapade sous la lune rousse (4:23) - 10. Le ballet des méduses (3:40).

Jean-Paul Daroux (piano, compositions arrangements); Jean-Christophe Gautier (contrebasse, arrangements); Luca Scalambrino (batterie, arrangements). Enregistré au studio 26 Antibes en novembre 2019 et juillet 2020.


Le pianiste français Jean-Paul Daroux présente son quatrième album intitule Change Or No Change. Les titres des compositions, toutes de la plume du leader, indiquent un projet motivé par un thème politique majeur, celui de la préservation de la flore et de la faune. Avec un tel sujet en toile de fond, la musique ne pouvait qu'être ample et narratrice à l'instar de certaines musiques de films ou de documentaires montrant une empathie pour la sauvegarde de la nature et de ses innombrables beautés.

Le répertoire varie en fonction des différents climats abordés généralement bien reflétés dans les titres des morceaux. Ainsi, Les Ours Polaires Ne Regardent Plus Les Aurores Boréales nous emmène sur une mélodie reposante dans un doux voyage aux confins de monde. Le jazz est ici minimal, dissous dans d'autres genres comme la pop et la musique classique passée au filtre de "l'easy listening". A mi-parcours, l'arrangement a recours à l'électronique pour rendre la musique encore plus expressive. On retrouve une ambiance similaire quoique plus enlevée dans Escapade Sous La Lune Rousse rehaussé par une contrebasse jouée à l'archet qui apporte une dimension orchestrale. Il n'y a dans ces pièces aucune grandiloquence, mais plutôt une réelle sensibilité qui correspond bien à une vraie conscience ainsi qu'à une quête que l'on sent sincère.

Rencontre Avec Le Petit Peuple De La Forêt est forcément décliné sur un rythme appuyé. Jean-Paul Daroux laisse ici beaucoup d'espace à ses deux comparses qui en profitent tandis que la musique plus dense emporte l'auditeur dans les dédales de la forêt vierge. Le Sacre Du Pangolin, une espèce en danger critique d'extinction, est un autre morceau rythmé à la limpidité chantante. J'ai personnellement un faible pour Change Or No Change qu'une structure mois linéaire, incluant même un solo de batterie, rend particulièrement vivant.

Avec sa musique très écrite, Change Or No Change est un disque agréable à écouter qui nous immerge dans des atmosphères évocatrices. On pourra aussi s'en servir comme fond sonore pour méditer sur l'avenir du climat et de la planète bleue et même pour illustrer musicalement ses propres films de voyage remplis de beaux paysages.

[ Chronique de Pierre Dulieu ]

[ Change Or No Change (CD) ] [ La Légende Des 7 Sages (CD / Digital) ]
[ A écouter : Change Or No Change (album teaser) - Rencontre Avec Le Petit Peuple De La Forêt ]


Zappe SatiePierreJean Gaucher: Zappe Satie (Musiclip / Absilone), France, 5 Mars 2021

1. Vaine Agitation (0:25) - 2. Saties's Blues (5:40) - 3. Ecriture Totomatique (0:28) - 4. La Croisière Ça Use - Le Départ (3:30) - 5. Circulation Fluide (1:31) - 6. Les Clowns Dansent (3:42) - 7. Pesée Nocturne (2:09) - 8. Gymnopédie n°8 (4:57) - 9. En forme De Prune (1:10) - 10. Sad Satie (2.57) - 11. Service Coupé (1 :00) - 12. L'Office Des Etoiles (6:23) - 13. La Croisière Ça Use - Le Retour (4:25) - 14. Berçeuse Pudique (1:25) - 15. Le Binocle Et Le Moustachu (5 :15) - 16. Sad Franky (1 :37) - 17. Danse De Travers N°4 (4 :40) - 18. Circulation Dense (1 :33)

PierreJean Gaucher (guitares, instruments divers) ; Thibaut Gomez (piano, Fender Rhodes) ; Alexandre Perrot (Contrebasse) ; Ariel Tessier (batterie) ; Quentin Ghomari (Trompette : 2,6,10) ; Robinson Khoury (trombone : 13,17) ; Julien Soro (saxophones, clarinette : 5,12,14, 15), Paul Vergier (saxophones : 2)


Après 40 ans de carrière et une vingtaine d'albums, en solo ou au sein de groupes (Abus Dangereux, New trio, Phileas Band...), le guitariste compositeur PJ Gaucher produit ici ce qui pourrait bien être l'un de ses albums les plus aboutis. Il est accompagné de sept jeunes musiciens chevronnés et reconnus sur la scène jazz française actuelle (l'O.N.J. notamment). Très enthousiastes de ce projet, ils assurent piano, Fender rhodes, trompettes, trombone, saxophones, clarinette, contrebasse et batterie auprès de P.J Gaucher (guitare et instruments divers). La crise sanitaire a permis, patiemment et soigneusement, de peaufiner cet opus pendant de longs mois. Toujours très influencé par l'inclassable Frank Zappa, (son album Zappe Zappa fut salué par la critique à sa sortie en 1998), il explore ici la musique d'un autre musicien hors normes, bravant les codes, refusant lui aussi toute étiquette, Erik Satie, qui inspira également bon nombre d'artistes de toutes catégories. On retrouve de fait dans Zappe Satie des caractéristiques propres à l'oeuvre de ce compositeur avant-gardiste et précurseur de la musique dite minimaliste, comme ses morceaux courts qui répètent obstinément une formule rythmique et harmonique accompagnant le thème.

L'album est par ailleurs ponctué, comme dans l'opus de 1998, par la voix off de Frank Zappa annonçant la mélodie. Ces "variations" par PJ Gaucher nous transportent donc dans un monde musical très coloré dans lequel on retrouve, pèle mêle, les univers de ses albums passés. Après, un bref prélude en Vaine Agitation, Satie's blues est probablement le premier blues de l'histoire; Sad Satie se présente comme une ballade poétique conduite par une trompette aérienne. Dans Service Coupé, on retrouve encore cette répétition mélodique obsessionnelle inhérente à Satie que reprendront d'ailleurs King Crimson ainsi que le mouvement Zeuhl, emmené par Christian Vander avec Magma. Comme Les Clowns Dansent ou la Gymnopédie N°8, la Danse De Travers N°4 est un magnifique et harmonieux amalgame Satie/Gaucher.

Enfin, les aficionados de Frank Zappa ne seront pas en reste avec La Croisière Ça Use, Le Retour ou Le Binocle Et Le moustachu ... ce grand moustachu qui conclut l'album par cette phrase résumant ainsi son esthétique : anything, anytime, in any place for no reason at all.

[ Chronique de Michel Linker ]

[ Zappe satie (CD / Digital) ] [ Zappe Satie sur Bandcamp ]
[ A écouter : Satie's Blues - Sad Satie ]


Jazz Station Big Band with Grégoire Maret : Live In DinantJazz Station Big Band with Grégoire Maret : Live In Dinant (Hypnote Records), France/Belgique, 26/02/2021

1. The Jazz Studio (7:48) - 2. My Number One (6:05) - 3. Bluesette (6:48) - 4. Blueserinho (6:49) - 5. WGZFM (6:09) - 6. 26th of May (6:29) - 7. Don't Butt In Line (9:53)

Grégoire Maret (harmonica); Stéphane Mercier (sax alto, flûte, leader); Daniel Stokart (sax alto et soprano, flute); Steven Delannoye (sax ténor); Joppe Bestevaar (sax baryton); Serge Plume (trompette); Michel Paré (trompette); Jean-Paul Estiévenart (trompette); Edouard Wallyn (trombone); David Devrieze (trombone); Laurent Hendrick (trombone basse); François Decamps (guitare); Vincent Bruyninckx (piano); Piet Verbist (contrebasse); Toon Van Dionant (batterie). Enregistré live à Dinant par RTBF / Musiq3 en juillet 2017.


Créé en 2006, ce Big Band est l'ensemble maison du club bruxellois "Jazz Station". Il accueille en son sein des jazzmen belges mais aussi des artistes internationaux comme le pianiste britannique Jason Rebello et, dans ce cas, l'harmoniciste d'origine suisse, Grégoire Maret. Ce dernier avait collaboré avec le Big Band au Festival de Jazz de Dinant en 2017. A cette occasion, de nouveaux titres, arrangés pour grand orchestre, avaient été proposés, rendant ce concert encore plus intéressant pour le public. Enregistré et ensuite mixé et mastérisé grâce à une campagne de financement participatif, ce moment live exceptionnel est aujourd'hui heureusement sauvegardé pour la postérité sur un compact édité par le label Hypnote.

Cette collaboration a rencontré un succès considérable peut-être parce qu'en partie, elle rappelait au public d'autres grandes prestations mémorables avec Toots Thielemans. Grégoire Maret s'impose en effet de plus en plus comme le digne successeur du fameux harmoniciste belge et, comme lui, il est appelé de plus en plus souvent à souffler dans son petit instrument en compagnie des plus grands comme Pat Metheny, Marcus Miller, Steve Coleman, Herbie Hancock ou Cassandra Wilson. C'est donc tout naturellement qu'avec le Jazz Station Big Band, Grégoire a interprété ce jour-là une splendide version de Bluesette, le standard emblématique de Toots qui fut enregistré pour la première fois en 1961, ici rendu dans un arrangement moderne et complètement original. Il est aussi possible que le titre Blueserinho avec ses influences latines soit un autre hommage à Toots, grand amoureux comme Maret lui-même des musiques brésiliennes.

Les arrangements sont très élaborés et l'harmoniciste tisse des liens très étroits avec l'orchestre. Dans les contextes les plus feutrés comme My Number One et, plus encore, sur 26th Of May, le soliste s'envole avec grâce en faisant preuve d'un talent intuitif pour l'improvisation et d'une grande justesse dans le choix des notes. En revanche, sur les titres les plus enlevés comme The Jazz Studio, les interventions de Grégoire sont incisives, incrustées au couteau dans la masse orchestrale rutilante d'un ensemble terriblement soudé.

L'alliance entre un instrument minuscule et un big band est une idée qui peut paraître à priori surprenante mais c'est une alliance qui, dans ce cas, fonctionne à merveille. Pour vous en convaincre, écoutez le tonique Don't Butt In Line : harmonica, piano et cuivres s'y livrent en complète communion sur une rythmique qui groove du tonnerre.

[ Chronique de Pierre Dulieu ]

[ Live in Dinant (CD) ]
[ A écouter : The Jazz Studio ]


EHA : Paris Rio New YorkEHA : Paris Rio New York (Kwazil / Plaza Mayor Company), France, 2020

1. 1984 (fanfare) (3:25) - 2. Mars (3:03) - 3. Missié Didié (8:19) - 4. Nuits Magnétiques (9:36) - 5. 1984 (funky cover) (3:51) - 6. 2 Stars in my Skies (6:08) - 7. Celeste A (5:15) - 8. Toronto Layover (4:35) - 9. Dudatjo (5:09) - 10. Plain Dance (5:22) - 11. Queen of my Nights (4:26)

Philippe Coignet (guitare électrique); Cacau de Queiroz (saxophone, flute); Leandro Aconcha (piano); Michel Alibo (basse); Damien Schmitt (drums) + Invités : Mike Stern: (guitare); Minino Garay (percussions); Juan Manuel Forero (percussions); Mario Contreras (percussions); Andy Narell (steel pan); Rubinho Antunes (trompette); Sulaiman Hakim (saxophone alto); Lionel Segui (trombone, tuba).


L'album commence en fanfare, au sens littéral du mot, avec 1984 et son riff de cuivre répété comme une litanie qui donne l'impression d'un big-band un peu déjanté. Sans doute une drôle d'entrée en matière mais finalement plutôt adéquate pour annoncer un album éclectique qui touche à différentes formes musicales, depuis la fusion jusqu'au funk en passant par le jazz latin.

Le côté jazz-rock est illustré dans le second morceau, Mars, ensemencé de solos de guitare et de piano électriques. Ce titre est le seul sur les onze proposés à être joué par le quintet de base, les autres morceaux bénéficiant tous de la présence d'invités internationaux choisis en fonction du style de musique. Le plus célèbre d'entre eux est le guitariste Mike Stern qui intervient sur trois titres. Sa contribution à Nuits Magnétiques est particulièrement remarquable : après la mise en place d'une ambiance sereine relayée par un drumming explosif, débutent les fascinants et vigoureux solos de six-cordes parmi lesquels on reconnait immédiatement la sonorité spatiale et le style fluide du grand guitariste américain. Entre rock progressiste et fusion, cette superbe composition épique qui dure près de 10 minutes est assurément l'un des grands moments de cet album.

Mais il y a plein d'autre surprises comme le splendide Celeste A joué en acoustique qui est enjolivé par le steel pan exotique d'Andy Narell mais aussi, en finale, par un beau solo de flûte du Brésilien Cacau de Queiroz, autrefois compagnon de route d'Hermeto Pascoal. Entre une reprise funky de 1984 dopée par la basse de Michel Alibo et un jazz-rock à l'ancienne roboratif et plein de verve (Toronto Layover), on a également droit à une fausse ballade ponctuée par des variations de rythmes et qui renferme d'autres belles interventions de guitares (2 Stars in my Skies). Le répertoire se referme sur un envoûtant Queen Of My Nights qui confirme toutes les qualités compositionnelles du leader Philippe Coignet.

S'il est aussi un album de rencontres entre les hommes et les genres, Paris Rio New York, véritable mosaïque de talents, de styles et de couleurs, n'en parvient pas moins à créer une musique aussi fraîche que tumultueuse et capable de séduire toute personne qui voudra bien l'écouter.

[ Chronique de Pierre Dulieu ]

[ Paris Rio New York sur le site d'EHA ] [ Paris Rio New York sur Amazon ]
[ A écouter : 1984 Fanfare ]


Not About HeroesAzolia : Not About Heroes (Jazzwerkstatt Records), 29 janvier 2021

1. Shadwell Stair (4:55) - 2. On My Songs (6:07) - 3. Futility (6:25) - 4. Happiness (5:48) - 5. Not About Heroes (4:34) - 6. Greater Love (4:32) - 7. Storm (7:09) - 8. Song Of Songs (6:26) - 9. The Roads Also (4:30) - 10. Asleep (7:02)

Sophie Tassignon (chant); Susanne Folk (saxophone alto, clarinette), Lothar Ohlmeier (saxophone soprano, clarinette basse), Andreas Waelti (contrebasse). Enregistré les 12, 14 et 15 décembre 2019 au Traumton Studio, Berlin


Consacrer un disque entier à la Grande Guerre (celle de 1914-1918) peut à priori surprendre d'autant plus de la part d'un groupe comme Azolia qui inclut deux jeunes femmes modernes, conscientes et probablement engagées dans plein de défis actuels. Le message relayé est celui d'un écrivain anglais nommé Wilfred Owen, considéré par beaucoup comme le plus grand poète de la Première Guerre mondiale : toutes les paroles des chansons sont reprises de ses poèmes. Le premier titre, Shadwell Stair, met tout de suite dans l'ambiance plutôt lugubre de son œuvre avec le récit d'un spectre qui hante sans but les docks de Londres jusqu'à l'aube avant de retourner s'étendre auprès d'un autre fantôme. Ce texte étrange qui renvoie à la mort omniprésente reste obscur (Shadwell Stair était aussi un quartier de Londres où se retrouvaient les homosexuels) mais provoque chez l'auditeur un sentiment de malaise d'autant plus qu'il est chanté d'une voix détachée comme si Sophie Tassignon était, elle-même, un esprit désincarné.

Comme le suggère le titre, il n'y a pas de héros ici, seulement des personnages tourmentés au bord des ténèbres dont les émotions à fleur de peau sont encore décuplées par une musique envoûtante. Et si le mot bonheur est parfois prononcé (comme dans Happiness), c'est pour mieux l'opposer au chagrin dans des images sombres et métaphoriques qui, sans que la guerre ne soit jamais citée, en reflète les effets néfastes. Poursuivi par l'inexorabilité de son destin, Owen y trouvera la mort in extremis en novembre 1918, une semaine avant la fin du conflit, et sa mère en sera avertie en même temps que les cloches sonnaient l'armistice. Ainsi, comprend-on que ce disque, en rapportant les paroles parfois énigmatiques et souvent tragiques d'un soldat traumatisé par ce qu'il a vécu, se veut en réalité un plaidoyer pour la paix à l'attention des générations futures.

Quant à la musique, comme dans tout album conceptuel, elle est d'abord liée à l'idée qu'elle sous-tend et l'écouter indépendamment du message auquel elle est reliée n'est pas, de préférence, souhaitable. Pour autant, elle renferme de beaux moments musicaux comme les vocalises célestes et toujours incomparables de Sophie sur On My Songs, les sons impressionnistes des souffleurs qui fleurissent sur la contrebasse jouée à l'archet dans Futility, ou les envolées splendides de saxophone dans le mélancolique Storm. Le répertoire se clôture sur le terrible Asleep qui décrit la mort d'un soldat tandis que les vocalises de la chanteuse enflent et montent au fur et à mesure que la vie s'évanouit et que le calme s'ensuit, éteignant peu à peu les bruits et les horreurs de la guerre. Beau certes mais surtout, terriblement poignant!

Si vous aimez autant la poésie signifiante que le jazz de chambre, cet album singulier qui milite tout en douceur est pour vous.

[ Chronique de Pierre Dulieu ]

[ Not About Heroes sur le site d'Azolia ]
[ A écouter : Asleep (live at the B-Flat, Berlin, 2019) ]


AfterglowEnrico Pieranunzi / Bert Joris : Afterglow (Challenge Records), 15 Janvier 2021

1. Siren's Lounge (4:24) - 2. Afterglow (3:31) - 3. Millie (3:18) - 4. Cradle Song for Mattia (2:51) - 5. Five Plus Five (5:10) - 6. Anne April Sang (5:20) - 7. Freelude (2:24) - 8. What's What (2:38) - 9. How Could We Forget (5:22) - 10. Not Found (3:33) - 11. The Real You (3:03)

Enrico Pieranunzi (piano); Bert Joris (trompette, bugle)


Une rencontre entre le trompettiste et bugliste de jazz belge Bert Joris et le pianiste italien Enrico Pieranunzi ne surprend guère tant leurs deux univers musicaux est compatible. Le jeu fluide et la sonorité douce de l'un s'accordent en effet à merveille avec les harmonies de l'autre, tous deux ayant en commun l'amour d'une musique mélodique et lyrique.

Pétries de silences aussi lourds de sens que les notes, ces onze compositions, écrites individuellement ou conjointement par les deux musiciens, font naître l'émotion tandis qu'une douce mélancolie s'installe de façon rémanente (d'où titre de l'album : Afterglow). Pour autant, le répertoire est très varié : ainsi, si le morceau Afterglow est une splendide ballade aussi belle qu'Autumn Leaves, What's What est beaucoup plus angulaire avec des clusters de notes qui s'entrechoquent comme dans un duel musical. Et si Cradle Song for Mattia évoque une jolie comptine pleine de joie de vivre, Freelude apparaît beaucoup plus sombre et mystérieux. Quant à Siren's Lounge, c'est un grand moment de jazz acoustique interprété en duo : le temps y est suspendu entre un Enrico dont les élégantes dentelles résonnent dans l'air et un Bert Joris qui semble toujours avoir en réserve une idée mélodique à exposer avec brio.

Cette rencontre intimiste est une splendide réussite : il est impossible de rester insensible face à une musique qui touche l'âme d'une manière aussi belle et aussi profonde. Recommandé.

[ Chronique de Pierre Dulieu ]

[ Afterglow sur Challenge Records ]


Square TalksPaul Van Gysegem Quintet : Square Talks (El Negocito Records), 08 février 2021

1. Haaks (6:41) - 2. Brisk (4:53) - 3. Shouts (4:54) - 4. Wings (6:00) - 5. Woodpecker (5:47) - 6. On the Edge (7:19) - 7. Melancholia (For Joske) (7:53) - 8. Square Talks (6:42)

Cel Overberghe (saxophones ténor et soprano); Patrick De Groote (tp, bugle); Erik Vermeulen (piano); Paul Van Gysegem (contrebasse); Marek Patrman (percussions). Enregistré live le 19 septembre 2019 au Jazzcase à Pelt, Belgique.


Entrelacer sa musique avec sa propre peinture et/ou sculpture n'est pas une chose banale. C'est pourtant ce que tente de faire régulièrement le contrebassiste Paul Van Gysegem. Surtout connu du grand public pour sa monumentale sculpture à la Station Saint-Pierre à Gand, Paul est aussi une figure importante du jazz avant-gardiste depuis au-moins 1965 ainsi qu'un peintre renommé de formes abstraites qui excitent l'imagination (voir le dessin de la pochette de Square Talks, pensé comme une partition, qui fait partie de la série "Scores").

Pour cet album en quintet avec le saxophoniste Cel Overberghe, le trompettiste Patrick De Groote, le pianiste Erik Vermeulen et le batteur Marek Patrman, le contrebassiste dessine des formes musicales qui émergent lentement du chaos. Sur Haak par exemple, les musiciens agissent comme des sculpteurs qui, partant d'un bloc de pierre brute, révèlent progressivement l'objet qui y était caché. Mais ici, il s'agit d'une œuvre collective, chacun attaquant la matière à sa façon pour finalement contribuer à une forme sonore dense et précise même si elle rend obsolète toute rassurance mélodique et toute tentative de définition.

Ce free-jazz varie d'un titre à l'autre. En dépit de leur déconstruction, certains morceaux accaparent par leur climat apaisé comme Malancholia For Joske qui sonne presque comme un jazz improvisé normal. D'autres comme Shouts, dont le nom affiche clairement les intentions, sont l'expression d'une esthétique radicale qui provoque mais intrigue. D'autres encore, comme Woodpecker, inventent des bruits en se jouent des codes du jazz pour finalement développer une atmosphère évocatrice.

Cette musique abstraite qui conviendrait parfaitement comme bande sonore d'une exposition des œuvres de Paul Van Gysegem plaira surtout aux amateurs de jazz libre ou aux fidèles des galeries d'art contemporain (comme le S.M.A.K. - Stedelijk Museum voor Actuele Kunst - à Gand) qui exposent les secrets et les déchirures du monde réel plutôt que ses apparences visibles.

[ Chronique de Pierre Dulieu ]

[ Square Talks sur Bandcamp ]


Tamam MorningToine Thys Overseas featuring Ihab Radwan : Tamam Morning (Igloo), 19 février 2021

1. Memory Of The Trees (5:13) - 2. Istanbul Kidz (part 1) / Bosphorus (3:33) - 3. Istanbul Kidz (part 2) / Tarlabasi (4:20) - 4. Istanbul Kidz (part 3) / Sufi (1:08) - 5. Cross My Border (5:17) - 6. Hollywood Catacombs (6:58) - 7. Seven Angels (7:30) - 8. Giacomo Casanova (5:02) - 9. Circling (2:12) - 10. Longa Nekriz (7:28) - 11. Tamam Morning (5:03)

Toine Thys (saxophones ténor & soprano, clarinette basse); Ihab Radwan (oud); Ze Luis Nascimento (percussions); Annemie Osborne (violoncelle) + Harmen Fraanje (piano)


Après The Optimist et Orlando, sortis respectivement en 2019 et 2010, Toine Thys, décidément dans une phase particulièrement créative, propose un nouveau projet inspiré par les musiques du monde mais qui s'abreuve autant au répertoire classique qu'aux rythmes brésiliens ou au hijazz. Outre le saxophoniste belge, ce groupe comprend la violoncelliste luxembourgeoise Annemie Osborne, le percussionniste brésilien Zé Luis Nascimento, et le joueur de oud égyptien Ihab Radwan plus en invité le pianiste néerlandais Harmen Fraanje : un ensemble multiculturel qui, par son instrumentation inhabituelle, promet un mariage de styles nourri d'expériences multiples.

Ourlé d'effluves orientales, Memory Of The Trees donne le ton avec ses improvisations ondoyantes qui envoûtent et dépaysent. Décliné en trois parties, Istanbul Kidz est un voyage lumineux sur les bords du Bosphore. La relation entre les instrumentistes est quasi télépathique tandis que les improvisations limpides se déroulent sur un tapis de percussions qui n'altère en rien l'impression de pureté ressentie à l'écoute de cette musique. Les autres titres restent globalement dans le même registre plein de ferveur et de lyrisme qui séduira autant les adeptes d'un jazz moderne que les amateurs de musiques du monde imbibées de traditions anciennes et de luth arabe (pensez à Rabih Abou-Khalil qui initia le rapprochement de ces genres musicaux). Les arrangements cristallins et la narration fluide rendent l'écoute de l'album très agréable : au fil de ces onze compositions originales, on se sent emporté comme dans un rêve vers le Levant et sa riche culture née du creuset des multiples civilisations qui s'y sont succédées.

Ce bel album réconciliateur de différents savoirs apparaît salutaire en ces temps difficiles de repli sur soi, marqués par l'exacerbation des nationalismes : l'écouter, c'est s'ouvrir à des émotions cardinales et déjà faire un pas vers un monde plus apaisé.

[ Chronique de Pierre Dulieu ]

[ Toine Thys sur Igloo Records ]
[ A écouter : Taman Morning (teaser) - Longa Nekriz]


Ethnic Duo : Tarass BoulbaFaton Cahen et Yochk'o Seffer / Ethnic Duo : Tarass Boulba (ACEL), 8 Janvier 2021

1. Alysée - Natura (24:13) - 2. Shardaz (5:59) - 3. In Jordan's Garden - Ob - Boogie Times - Ballade pour l'été (16:40) - 4. Franco-Hungarian Dance - Desert of Gobi Sands - Tarass Boulba - Changes (13:24)

Faton Cahen (claviers); Yochk'o Seffer (saxophones et flûte)


François "Faton" Cahen s'est d'abord fait connaître comme pianiste au sein de Magma avec lequel il a enregistré leur premier album Kobaïa. C'est là qu'il a rencontré le saxophoniste Yochk'o Seffer qui partageait son intérêt pour la musique improvisée. Tous deux quitteront Magma en 1972 pour fonder le groupe ZAO afin de se livrer pleinement aux joies de l'improvisation débridée. Entre les deux hommes va naître une amitié durable qui se poursuivra après la fin de l'aventure ZAO, se concrétisant par diverses collaborations et ce jusqu'à la mort de Faton Cahen en Juillet 2011. Ainsi en 1980, les deux musiciens avaient décidé de créer cet Ethnic Duo qui participa au festival du Mans le 25 mai de cette année-là. La bande live de cette mémorable prestation, pendant longtemps perdue, a été retrouvée, nettoyée et mastérisée : c'est ce travail d'excellente qualité qui fait l'objet de cette édition sur le label ACEL de l'Association pour la Création et l'Edition en Liberté.

Les morceaux y sont regroupés et enchaînés comme des longues suites. La première, "Alysée-Natura", laisse entendre une musique envoûtante et libre comme l'air : elle fait remonter à la surface les émotions qu'on peut ressentir face à la nature grandiose. On s'imagine aisément assis sur la crête d'une montagne en train de regarder un paysage alpestre dont les couleurs changent constamment au gré des aléas climatiques. C'est beau et chantant et quand, dans la deuxième partie, le vent se calme, c'est un soleil pâle que les deux hommes font lever à l'horizon. Fascinant !

Sur "In Jordan's Garden-Ob-Boogie Times-Ballade pour l'été", la musique repart en voyage à travers de nouvelles contrées tel un long fleuve cheminant de passages calmes en rapides. Le piano se pare d'une réverbération plus accentuée tandis que le saxophone émet de savoureux borborygmes, créant une atmosphère mystérieuse. On visite des tombes, des naos au cœur de temples anciens, de sombres couloirs enfouis sous des pyramides avant de revenir en pleine lumière avec une "ballade pour l'été" ensoleillée, reposante et élévatrice.

La dernière suite, "Franco-Hungarian Dance - Desert of Gobi Sands - Tarass Boulba - Changes" est la plus dépaysante de toutes. Cap sur les Balkans, ses steppes et ses danses folkloriques colorées mais pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Franchissons allègrement les chaînes de montagnes pour se perdre à dos de chameau dans le désert de Gobi. Les deux complices explorateurs vont finalement s'y livrer à une course haletante derrière des cosaques fantasmés lancés à leur poursuite.

Quelle imagination (l'auditeur qui en serait dépourvu n'a qu'à passer son chemin), quelle faconde et quelle densité créatrice de la part de ces musiciens qui, en une heure et trente minutes, ont emmené les festivaliers hors de leur quotidien ! Et quel bonheur d'écouter ce trésor musical unique, enfin exhumé et restauré après avoir été trop longtemps oublié.

[ Chronique de Pierre Dulieu ]

[ Tarass Boulba sur Bandcamp ]
[ A écouter : Desert of Gobi Sands (version studio) ]


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