CD NEWS : les Nouvelles du Disque (2004 - 2005)



Retrouvez sur cette page les nouvelles du disque : les rééditions, les nouveautés, les annonces des maisons de disques ou des musiciens, ce qu'on nous a promis .... et si on a tenu ses promesses.

A noter : les nouveautés en jazz belge font l'objet d'une page spéciale.




Jason Moran : Same MotherBobo Stenson : GoodbyeNils Petter Molvær : ErRomano/Sclavis/Texier/Le Querrec : African Flashbackl'âme des poètes : Prénoms d'Amour

Dix disques pour Noël : retour sur quelques uns des albums qui ont marqué l'année 2005. Une sélection comme d'habitude éclectique qui puise dans toutes les formes de jazz et toutes les régions du monde. Plaisir assuré.

Jason Moran : Same Mother (Blue Note), 2005 : un disque étrange, hanté par le Blues qui est revisité avec une cinétique et un modernisme étonnants. Moran s'affirme comme l'un des grands visionnaires du piano, démontant tout pour le reconstruire à sa manière. Et il est ici aidé par un guitariste méconnu aussi à l'aise sur une guitare acoustique que dans des envolées électriques Blues-rock à la Jimi Hendrix : Marvin Sewell dont on ne pourra bientôt plus se passer. Same Mother est un disque conceptuel tellement original et fertile en idées qu'il est sans équivalent dans le jazz actuel. Sans conteste le meilleur choix de l'année à l'extrême opposé du Smooth Jazz. Recommandé sans réserve ! [ Ecouter / Commander ]

Bobo Stenson : Goodbye (ECM), 2005 : Pour ceux qui aiment les silences entre les notes, les interactions magiques, les trios de piano concevant la musique comme la bande son d'un rêve. Le leader suédois profite ici grandement du batteur Paul Motian mais aussi du bassiste extraordinaire Anders Jormin qui prolonge les atmosphères évanescentes esquissées au piano. Entre la musique classique et le folkore sacandinave en passant par quelques bizarreries inspirées par Ornette Coleman, le monde de Bobo Stenson est sans limite et il s'y promène en toute liberté, flânant là ou son incommensurable curiosité le pousse. Un disque que l'on pense faire tourner pour s'endormir en paix et qui tient éveillé jusqu'au bout de la nuit. [ Ecouter / Commander ]

Nils Petter Molvær : Er (ECM), 2005 : le trompettiste norvégien revient avec un disque aussi impalpable et intense que son premier essai resté dans toutes les mémoires (Khmer, 1997). Le beat dégagé par les percussions et autres machines programmées atteint une perfection formelle mais ce n'est pas l'essentiel car Molvaer et ses acolytes profitent des structures électroniques pour discourir avec inventivité, emmenant leurs créations bien au-delà d'un simple univers sonore original. Avec en plus sur un titre, la voix mystérieuse, pour ne pas dire mystique, de Sidsel Endresen. [ Ecouter / Commander ]

Romano/Sclavis/Texier/Le Querrec : African Flashback (Label Bleu), 2005 : après Carnets de Route et Suite Africaine, le retour du célèbre quartet dont un des membres ne joue d'aucun instrument. Le trio a choisi cette fois d'improviser autour de thèmes suggérés par les clichés en noir et blanc issus des reportages de Guy Le Querrec. L'Afrique parcourue de long en large est restituée dans une vision personnelle à mille lieues des stéréotypes qui, malgré l'esthétique de la démarche, force à une introspection profonde sur la culture et le destin d'un continent. [ Ecouter / Commander ]

l'âme des poètes : Prénoms d'Amour (Igloo), 2005 : lire la chronique [ Ecouter / Commander ]

Keith Jarrett : Radiance (ECM), 2005 : deux disques, un seul titre en 17 sections enregistré sur deux nuits à Osaka et à Tokyo en 2002. Keith Jarrett revient en solo pour remettre les pendules à l'heure. S'inspirant de tout ce qu'il connaît, du classique au jazz en passant par la musique contemporaine, en mélangeant sans aucune retenue mélodies calmes et dissonances, réflexion et émotion, dans une vision qui n'appartient qu'à lui, le pianiste a sorti cette année son premier essai de jazz philosophique et l'un des tout grands albums de sa riche et longue discographie. [ Ecouter / Commander ]

Little Milton : Think of Me (Telarc), 2005 : Retour d'une légende du blues/R&B qui fit ses premières armes sur Sun Records en 1951. Voix de ténor, guitare à la BB King (une seule corde jouée à la fois en alternance avec les phrases chantées), supporté par un groupe de musiciens professionnels (dont l'excellent Bruce Katz à l'orgue), Milton perpétue son art désormais mis en valeur par une production de luxe caractéristique des réalisations du label Telarc. Think of Me est un disque de blues authentique et varié avec des moments irrésistibles comme ce Let Your Love Rain Down on Me qui louche vers le Soul blues ou That's Where It's At avec Mark Sorrells en invité au piano. Profitez-en car cet excellent album sera son dernier, Little Milton ayant décédé le 4 août 2005 peu de temps après la sortie du compact. [ Ecouter / Commander ]

Charles Lloyd : Jumping the Creek (ECM), 2005 : Charles Lloyd (ECM) : en compagnie de la pianiste Geri Allen, du batteur Eric Harland et du bassiste Robert Hurst, Charles Loyd s'approprie un répertoire varié et international qui va du Ne Me Quitte Pas de Jacques Brel avec ses nuages gorgés de pluie aux volutes orientales de The Sufi's Tears en passant Song Of The Inuit. Souvent méditatif et parfois swinguant, Jumping The Creek confirme que Charles Lloyd, gourou mystique à la spiritualité exaltée, est l'un des plus grands saxophonistes ténor actuels. [ Ecouter / Commander ]

Pascal Schumacher Quartet : Personal Legend (Igloo), 2005 : lire la chronique

Kurt Rosenwinkel : Deep Song (Verve), 2005 : lire la chronique [ Ecouter / Commander ]


Keith Jarrett : RadianceLittle Milton : Think of MeCharles Lloyd  : Jumping the CreekPascal Schumacher Quartet : Personal LegendKurt Rosenwinkel : Deep Song


Fusion for MilesVisions Of An Inner Mounting ApocalypseMysterious VoyagesA Guitar Supreme-Giant Steps In Fusion Guitar

Mike Varney, déjà créateur du fameux label Shrapnel Records est aussi l'homme derrière Tone Center, une sous-marque créée en 1999 entièrement dédiée à la gloire d'un art que d'aucuns disent moribond et qui en fait ne s'est jamais aussi bien porté : la Fusion. Assisté par le batteur Steve Smith (Vital Information), Varney s'est forgé un catalogue de disques irrésistibles interprétés par des artistes qui comptent aujourd'hui parmi les meilleurs du genre : Tribal Tech, Vital Information, Vital Techtones, le trio Gambale/Hamm/Smith et celui de Macalpine/Brunel/Chambers sans parler du fabuleux Count's Jam Band Reunion avec le guitariste Larry Coryell … Mais le label a aussi produit une série de compacts en hommage aux grands novateurs des sixties et des seventies revisités par des musiciens issus d'horizons divers allant du Rock Progressif au Jazz en passant par le Hard-Rock. En voici quatre dont on peut recommander l'écoute à tous les amateurs de Jazz-rock, qu'ils soient nostalgiques ou non d'un passé qui est loin d'être révolu.

Fusion For Miles - A Guitar Tribute (2005) : un voyage dans le monde de celui qui a inventé le Jazz-Rock, emmené par des pointures comme Eric Johnson, Bill Frisell, Pat Martino, Bill Connors, Warren Haynes, Mike Stern et Bireli Lagrene. On y trouve quelques uns des titres bien connus de Miles comme Jean-Pierre, Spanish Key, So What ou Nefertiti mais, paradoxalement, ni Bitches Brew ni In A Silent Way.

Visions Of An Inner Mounting Apocalypse (2005) : difficile d'approcher même de loin le grand John McLaughlin mais Warren Haynes, Steve Morse, Mike Stern, John Abercrombie, Greg Howe, Frank Gambale, et Steve Lukather sont indéniablement à la hauteur surtout qu'ils sont ici secondés par le batteur Vinnie Colaiuta, le bassiste Kai Eckhardt, le claviériste Mitch Forman et le violoniste Jerry Goodman dont les noms rappelleront peut-être quelque chose à ceux qui ont suivi l'extraordinaire aventure pyrotechnique du Mahavishnu Orchestra : les fabuleux Birds Of Fire, Can't Stand Your Funk, Celestial Terrestrial, Dawn, Lila's Dance et Dance Of Maya sont au programme pour le meilleur seulement.

Mysterious Voyages : A Tribute To Weather Report – 2CD (2005) : il ne fallait pas moins d'un double album pour payer un hommage consistant à Weather Report. On retrouvera ici quelques uns de leurs grands titres (non, Black Market n'y figure pas mais Birdland oui) interprétés par un assemblage hétéroclite de musiciens connus et moins connus payant intelligemment leur tribut à l'un des groupes les plus originaux et les plus influents de l'histoire de la fusion : Marcus Miller, Scott Henderson, Omar Hakim, Dennis Chambers, Hiram Bullock, Vinnie Colaiuta, Terri Lyne Carrington, Bill Evans, et Scott Kinsey entre autres sont du voyage.

A Guitar Supreme - Giant Steps In Fusion Guitar (2004) : Mike Stern pour My Favorite Things, Greg Howe pour Giant Steps, Larry Coryell pour Satellite plus Eric Johnson, Steve Lukather, Jeff Richman, Frank Gambale … La spiritualité de Coltrane transcendant l'énergie de ceux qui l'ont aimé et compris. Ne manque ici que l'un des grands musiciens de la guitare fusion et peut-être le seul justement dont le nom me serait immédiatement venu à l'esprit pour un disque comme celui-ci : Allan Holdworth !

Bill Connors : ReturnBill Connors : Swimming With A Hole In My Body
Bill Connors : Return (Tone Center), 2005. Le guitariste de Jazz Fusion Bill Connors est entré dans la légende pour avoir fait partie de Return To Forever dans les années 72/ 73 et contribué à la création du fameux Hymn of the Seventh Galaxy. Perdu de vue après un dernier disque sous son nom sorti en 1987 (Assembler), Connors revient de façon inopinée avec cet album intitulé Return : tout simplement l'annonce de la fin d'une longue absence ou alors un clin d'oeil au groupe de Chick Corea qui l'a rendu célèbre ? Probablement un peu des deux quoique cet album sonne différemment de la Fusion telle qu'elle était jouée par Frank Gambale, Al DiMeola ou …Bill Connors lui-même il y a 20 ou 30 ans. Clairement plus orienté vers le Jazz que vers le Rock, rappelant d'autres guitaristes comme Lee Ritenour, Pat Martino, voire Pat Metheny, son jeu à la Gibson L5 s'avère ici limpide et plutôt mainstream. Il ne faut pas en déduire pour autant que le disque est sans intérêt : au contraire, loin des clichés du genre, Connors y délivre un jazz moderne et sophistiqué, interprété avec une fabuleuse technique, et qui emprunte à l'occasion au blues ou à la bossa et parfois à Chick Corea. Merveilleusement accompagné par Bill O'Connell au piano, Lincoln Goines à la basse et Kim Plainfield à la batterie, lui-même épaulé par les percussions de Myra Casales, le leader interprète cinq nouvelles compositions plus trois du pianiste, une du batteur et Brasilia de John Coltrane (extrait de The John Coltrane Quartet Plays Chim Chim Cheree). Return ne fera probablement pas l'unanimité chez les inconditionnels de Jazz-rock et de guitares saturées mais ce n'est pas une raison pour bouder ce disque par ailleurs fort réussi.

Retrouver Bill Connors, c'est aussi l'occasion de réécouter l'un des disques les plus beaux et les plus étonnants du label ECM : Swimming With A Hole In My Body enregistré en 1979 par Connors en solo dans un style à l'ambiance très particulière. En fait, il s'agit là d'une des rares musiques capables de plonger l'auditeur dans un univers liquide où le temps n'a aucune importance. Le guitariste y développe à l'infini des progressions d'accords inusitées sur des guitares acoustiques, y surimpose une mélodie et réussit à créer une atmosphère de recueillement propice à la méditation. Sous la surface, tout est pénombre, sérénité et oubli : Swimming With A Hole In My Body est une expérience originale qui ne sera jamais renouvelée, un disque rare à garder près de soi comme une médecine pour ces moments de vie quand le stress devient trop grand.
Marcus Miller : Silver Rain
Marcus Miller : Silver Rain (Koch Records), 2005. Marcus Miller est l'un des héros modernes de la basse électrique. Outre sa participation aux albums de Miles qui l'ont rendus célèbre (Tutu, Man With The Horn et We Want Miles), il a aussi enregistré, entres autres, avec Wayne Shorter, Lenny White, David Sanborn, Don Grolnick, Al Jarreau et les Brecker Brothers et a sorti six albums sous son propre nom (sans compter ses premiers enregistrements Pop dans les années 80). Sur Silver Rain, son quatrième disque en studio, Miller délivre son jeu de basse fluide et funky sur des reprises (10) ou des morceaux originaux (5) souvent mis en valeur par des invités de marque et occasionnellement chantés. Le son de ce disque de fusion est stupéfiant et la musique, surtout les premiers titres, correspond à ce qu'on peut attendre d'un bassiste jazz-fusion de ce calibre. Le répertoire est on ne peut plus éclectique, allant de Power Of Soul de Jimi Hendrix au Boogie On Reggae Woman de Stevie Wonder en passant par Frankenstein d'Edgar Winter ou Girls & Boys de Prince, le leader parvenant même à donner une couleur bluesy à la Sonate au Clair de Lune de Beethoven. Mais si on veut élargir son audience, le mieux est encore de demander à quelques invités prestigieux de prêter leur talent sur quelques titres comme l'ont fait ici les chanteuses Lalah Hathaway sur La Villette et Macy Gray sur Girls & Boys sans parler d'Eric Clapton à l'aise dans le style reggae de Silver Rain (à noter que Joey Kibble remplace Clapton au chant sur la version retenue pour l'édition européenne du CD). Citons aussi l'harmoniciste suisse Grégoire Maret qui participe à quelques plages ainsi que les saxophonistes Gerald Albright (sur Bruce Lee, un équivalent sonore aux combats d'Enter The Dragon), Kirk Whalum et Kenny Garrett. Miller lui-même joue d'une clarinette basse au registre étendu sur plusieurs morceaux dont Sophisticated Lady, le fameux standard d'Ellington. En plus d'être un interprète doué, Marcus Miller confirme qu'il est un arrangeur hors pair, jamais à cours d'idées pour envelopper un thème et lui donner des couleurs modernes et attirantes (arranger Beethoven en jazz par exemple n'était pas évident mais sa sonate n'en est pas moins joliment restituée). Avec sa manière cool de faire gronder sa '77 Fender Jazz Bass sur des mélodies qui pour être sophistiquées n'en restent pas moins très accessibles, Marcus Miller s'est créé un style qui déborde le cadre strict du Jazz pour s'adresser à un public plus large. Silver Rain est un solide disque de fusion à la croisée des genres qui ne décevra pas non plus ceux qui ont déjà apprécié The Sun Don't Lie ou M2.
Kurt Rosenwinkel : Deep SongKurt Rosenwinkel : Heartcore (Verve, 2003)Kurt Rosenwinkel : The Next Step (Verve, 2001)
Kurt Rosenwinkel : Deep Song (Verve), 2005. Si vous aimez les guitaristes de jazz moderne (post-bop) avec un timbre chaleureux similaire à celui de Pat Metheny, ce sixième album de Kurt Rosenwinkel est à ne pas rater. Se démarquant radicalement de son précédent opus, Heartcore, dédié à une fusion expérimentale défiant toute classification, l'ancien protégé de Gary Burton y délivre une musique atmosphérique évoquant les premiers disques de Metheny mais aussi Pat Martino, s'appuyant sur un sens profond de la mélodie (ce que met en évidence le titre de l'album Deep Song) parfois éthérée mais toujours en perpétuel mouvement, revenant ainsi à un style plus proche de celui qui caractérisait déjà The Next Step paru en 2001. Seulement, Rosenwinkel est ici secondé par deux étoiles du jazz moderne : le pianiste Brad Mehldau dont on connaît l'extrême sensibilité et la propension au lyrisme et surtout le saxophoniste ténor Joshua Redman qui joue d'une façon retenue et s'impose dans ces sessions comme le complément idéal du guitariste, lui assurant une base solide et colorée pour l'envol de ses phrases fluides et sonores. On notera en passant la faculté du guitariste à exploiter avec subtilité des effets de sustain et d'écho destinés à créer un espace harmonique à l'instar des grands pianistes comme Keith Jarrett. Le contrebassiste Larry Grenadier et deux formidables batteurs en alternance, Jeff Ballard ou Ali Jackson, complètent ce quintet soudé par une alchimie rare. Le répertoire (qui avoisine les 74 minutes !) comprend deux standards (If I Should Lose You et Deep Song), deux anciennes compositions revisitées avec bonheur (Synthetics et la superbe ballade Use of Light extraits respectivement des albums The Enemies of Energy et The Next Step) et six originaux. L'album est brillamment enregistré par James Farber, un nom sans doute inconnu du grand public mais qui est synonyme de qualité et que l'on retrouve derrière des projets aussi intéressants que le Class Trip de John Abercrombie, Praise of Dreams de Jan Garbarek ou Like Minds (1998) de Gary Burton/Corea/ Metheny/Haynes sans parler des multiples productions de Scofield, Lovano et Redman. Deep Song est d'ores et déjà à ranger parmi les grands disques de 2005 et on ne peut que le recommander chaudement à tous les amateurs de guitare et de jazz contemporain innovant mais accessible.
Pat Metheny Group : The Way Up
Pat Metheny Group : The Way Up (Nonesuch), 2005. Ce nouvel album du Pat Metheny Group paraît sur le label Nonesuch mais rien n'a fondamentalement changé par rapport aux années Geffen : la musique est une suite logique, sinon un récapitulatif, des disques précédents et même la pochette avec sa photographie impersonnelle et colorée rappelle les anciens opus du PMG. Outre les vétérans Lyle Mays (claviers) et Steve Rodby (basse), le guitariste a réuni un casting international avec le batteur mexicain Antonio Sanchez, le trompettiste vietnamien Coung Vu et, pour la première fois, le Suisse Gregoire Maret à l'harmonica. Ceci dit, si Pat Metheny au sein de son groupe fétiche a cessé de surprendre depuis la fin des années 80, il n'en reste pas moins que chacune de ses nouvelle productions est attendue avec impatience par l'ensemble de ses fans à travers le monde, une multitude qui croît à chaque album et qui ne se limite plus depuis déjà très longtemps au cercle restreint des amateurs de Jazz. Constitué d'un unique titre de 68 minutes fragmenté en quatre sections pour des raisons d'accessibilité, The Way Up rappelle indubitablement le style inimitable du PMG, entre Jazz mélodique et Rock Progressif symphonique avec des touches World, folk et expérimentales, Metheny lui-même passant de la guitare électrique à l'acoustique, de la douze cordes à la slide sans oublier ses fameuses guitares synthés. Ce kaléidoscope de genres, d'ambiances, de sons et de textures donne l'impression d'un retour sur le passé comme si le guitariste, avec cette unique pièce monumentale, avait voulu assumer l'héritage de 30 années de musique, d'improvisation, de recherches et d'exploration. Un disque grandiose mais pas pompeux, varié mais cohérent, arrangé au millimètre mais bourré de solos renversants qui reste, comme toujours quand le couple Metheny / Mays travaille ensemble, une invitation au voyage. Rien de nouveau certes mais que peut-on encore demander à Metheny après avoir tant donné? Le guitariste vient de livrer son Dark Side of the Moon : The Way Up n'est pas son meilleur disque mais il est l'aboutissement logique et parfait d'une longue carrière et d'une grande idée … En attendant que son auteur retrouve la flamme qui le portera vers d'autres aventures.
Bill Frisell : UnspeakableHarvey Mason : With All My HeartKeb' Mo' : Keep It Simple
Comme chaque année, les Grammy Awards annoncent la couleur au coeur de l'hiver. Pour cette 47ème édition qui se penche sur les disques sortis entre le 1er octobre 2003 et le 30 septembre 2004, les nominations en Jazz sont pour la majorité d'entre elles américaines et sans grande surprise mais aussi, d'un autre côté, inévitables. Ainsi, trouve-t-on dans la catégorie du Meilleur Album de Jazz Contemporain : Unspeakable de Bill Frisell, Strength de Roy Hargrove & The RH Factor, The Hang de Don Grusin et Journey de Fourplay, le groupe de Smooth Jazz avec Larry Carlton (gt) et Bob James (p), à côte de In Praise Of Dreams du Norvégien Jan Garbarek. Dans la catégorie Meilleur Album de Jazz Instrumental (groupes ou individus), sont nominés Roy Haynes (Fountain Of Youth), le trio de Keith Jarrett (The Out-Of-Towners), le quartet de Brandford Marsalis (Eternal), McCoy Tyner (Illuminations) et Bill Charlap Trio (Somewhere). John Scofield (pour Wee extrait de En Route), Herbie Hancock (Speak Like a Child extrait du disque With All My Heart du batteur Harvey Mason) et Don Byron (pour I Want To Be Happy extrait de Ivey-Divey) sont en compétition avec d'autres pour le Meilleur Solo de Jazz Instrumental. En Jazz vocal, Andy Bey (American Song), Al Jarreau, Nancy Wilson (R.S.V.P. - Rare Songs, Very Personal), Queen Latifah et l'incontournable Jamie Cullum avec son album Twentysomething sont sélectionnés. Quant au Meilleur Album de Blues Contemporain, les nominés sont Johnny Winter (I'm A Bluesman), Charlie Musselwhite (Sanctuary), Van Morrison (What's Wrong With This Picture), Keb' Mo' (Keep It Simple) et Dr. John (N'awlinz Dis Dat Or D'udda). Reste à faire un choix pour le Meilleur Album de Blues Traditionnel entre Eric Clapton (Me And Mr Johnson), James Cotton (Baby Don't You Tear My Clothes), John Lee Hooker Jr. (Blues With A Vengeance), Etta James (Blues To The Bone) et Pinetop Perkins (Ladies Man). Les gagnants sont en vert.
Ajoutons encore que le Maria Schneider Orchestra (Concert In The Garden) et Charlie Haden (Land Of The Sun) ont remporté la palme respectivement dans les catégories Meilleur Album de Grand Ensemble et Meilleur Album de Jazz Latin.

Glenn Ferris : Skin Me!Enrico Rava : Easy LivingPatrick Artero : 2 Bix But Not Too BixDe l'autre côté de l'Atlantique, les palmes de l'Académie du Jazz 2004 sont allées au quintet de Glenn Ferris pour Skin Me!, élu Meilleur Disque de l'Année. Easy Living du trompettiste italien Enrico Rava est consacré Meilleur Disque Européen. Quant au Meilleur Disque de Jazz Français, c'est Patrick Artero qui a été sélectionné avec 2 Bix But Not Too Bix, un album qui semble aussi faire l'unanimité dans la presse spécialisée française. Le Meilleur Disque Vocal est allé à Patricia Barber pour Live A Fortnight in France. Quant à la Meilleure Réédition de 2004, l'élu est le coffret Mosaïc de 4 CD à tirage limité intitulé : The Complete Verve Gerry Mulligan Concert Jazz Band Sessions.
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