CD NEWS : les Nouvelles du Disque (2009)


Retrouvez sur cette page une sélection des grands compacts, nouveautés ou rééditions, qui font l'actualité. Dans l'abondance des productions actuelles à travers lesquelles il devient de plus en plus difficile de se faufiler, les disques présentés ici ne sont peut-être pas les meilleurs mais, pour des amateurs de jazz et de fusion progressive, ils constituent assurément des compagnons parfaits du plaisir et peuvent illuminer un mois, une année, voire une vie entière.

A noter : les nouveautés en jazz belge font l'objet d'une page spéciale.




Jan Garbarek : Dresden
Jan Garbarek : Dresden (ECM), 2009

CD 1 : Paper Nut (Shankar) - The Tall Tear Trees (Garbarek) - Heitor (Garbarek) - Twelve Moons (Garbarek) - Rondo Amoroso (Saeverud) - Tao (Daniel) - Milagre Dos Peixes (Brant, Nascimento)
CD 2 : There Were Swallows (Garbarek) - The Reluctant Saxophonist (Garbarek) - Transformations (Brüninghaus) - Once I Dreamt A Tree Upside Down (Garbarek) - Fugl (Garbarek) - Maracuja (Garbarek) - Grooving Out! (Katché) - Nu Bein' (Garbarek) - Voy Cantando (Garbarek)

Jan Garbarek (sax ténor & soprano, flûte norvégienne) - Rainer Bruninghaus (piano, claviers) - Yuri Daniel (basse) - Manu Katché: (drums)

In Praise of Dreams (ECM) date déjà de 2004 et pourtant, le style austère et éthéré de Jan Garbarek n'est pas sorti de nos mémoires. Enregistré en octobre 2007 à Dresde (Allemagne) et édité deux années plus tard, ce nouvel album constitue son premier disque live et c'est un double compact. Avec une articulation et une pureté sonore inimitables, le saxophoniste norvégien interprète ici, à côté de nouveautés (Heitor, Fugl, Maracuja...), trois extraits de Twelve Moons (ECM, 1993) qui reste à ce jour son plus beau disque : There Were Swallows, Twelve Moons et The Tall Tear Trees mais aussi un surprenant Voy Cantando festif, exhumé d'un album oublié sorti en 1988 (Legend Of The Seven Dreams, ECM). Il reprend également quelques titres de projets auxquels il a collaboré comme le quasi latin Once I Wished A Tree Upside Down, extrait de Living Magic du percussionniste Trilok Gurtu, ainsi que Paper Nut, du violiniste Shankar (Song for Everyone, ECM, 1985), propulsé par le drive intense du batteur français Manu Katché. Un autre grand moment est le long Milagre Dos Pieces de Milton Nascimento qui met en exergue le talent du pianiste Rainer Bruninghaus. Le quatrième homme est le bassiste électrique brésilien Yuri Daniel qui remplace Eberhard Weber et dont l'ardeur contribue largement au dynamisme de l'ensemble. Si globalement, l'esthétique reste celle d'un jazz classieux, élégant et hyper contrôlé avec un côté mélodique simple et accrocheur, il faut aussi souligner combien la musique du quartet reste majestueuse tout en préservant des moments de grande liberté et d'exaltation typiques d'un jazz sans oeillères ouvert sur le monde. Ce magnifique album à la pochette ensanglantée (comme le ciel de Dresden sous les bombes ?) célèbre de manière parfaite l'une des grandes voix du jazz européen et au-delà, celle d'un musicien fabuleux qui depuis près de 40 ans, expose avec succès son art aussi contrasté que singulier.

[ Jan Garbarek Website ] [ Dresden ]
The Stanley Clarke Trio : Jazz In The Garden
The Stanley Clarke Trio : Jazz In The Garden (Heads Up), 2009

Paradigm Shift (Clarke) - Election Day 2008 (Clarke) - Sakura Sakura (traditionnel) - Sicilian Blue (Uheara) - Take The Coltrane (Ellington) - 3 Wrong Notes (Clarke) - Someday My Prince Will Come (Churchill, Morey) - Isotope (Henderson) - Bass Folk Song No. 5 & 6 (Clarke) - Global Tweak (Clarke, Uheara) - Solar (Miles Davis) - Brain TRaining (Uheara) - Under The Bridge (Balzary, Frusciante, Kiedis, Smith)

Stanley Clarke (contrebasse) - Hiromi Uehara (piano) - Lenny White (dr)

Après avoir connu son heure de gloire au début des seventies avec le groupe de fusion Return To Forever et publié dans la foulée quelques disques en solo qui comptent parmi les plus influents de la basse en jazz / fusion (Stanley Clarke, 1974 ; Journey To Love, 1975 et School Days, 1976), le légendaire bassiste a perdu un peu de sa superbe au fil du temps et de multiples albums funky et commerciaux pas toujours recommandables (The Clarke/Duke Project, 1981 & 1983 ; Let Me Know You, 1982 et Find Out!, 1985 étant probablement les pires), s’orientant même à partir des années 80 vers la composition de bandes originales pour films et télévision. Après avoir malgré tout gardé une connexion avec le jazz via If This Bass Could Only Talk sorti en 1988 et une collaboration en 1995 avec Jean Luc Ponty et Al DiMeola sur l’acoustique The Rite Of Strings, il est revenu récemment en force, en leader ou coleader, avec des albums beaucoup plus captivants comme Vertu (1999), The Toys Of Men (2007), Thunder (avec Marcus Miller et Victor Wooten, 2008) et ce remarquable Jazz In The Garden, sans compte sa participation au Returns (2009) de Return To Forever, ressuscité dans son line-up le plus célèbre. Troquant pour la première fois sa basse électrique comme une contrebasse acoustique, Stanley Clarke joue ici en trio une musique printanière en compagnie de son vieux complice, le batteur Lenny White (remarquable sur Take The Coltrane), et de la pianiste phénoménale Hiromi Uehara. Jazz In The Garden est un magnifique disque de jazz « mainstream » sur lequel Clarke prouve en passant qu’il n’a rien perdu de sa virtuosité : il suffit pour s’en convaincre d’écouter son interprétation envoûtante en solo intégral sur Bass Folk Song No. 5 & 6 ou son interplay en duo avec la pianiste sur Global Tweak. Mais il joue aussi à l’archet sur Sicilian Blue, fait sonner sa contrebasse comme un koto sur le traditionnel japonais Sakura Sakura et, bien sûr, ne manque pas de délivrer ses incroyables effets harmoniques en phrasant simultanément sur deux cordes (ses fameux « double stops »). Du grand art ! A trente-quatre ans, la japonaise Hiromi Uehara s’impose comme une pianiste pleine d’idées, au lyrisme prononcé (Someday My Prince Will Come) mais aussi capable de swinguer avec aisance (Solar de Miles Davis). Enfin, une mention spéciale doit être réservée à Under The Bridge des Red Hot Chili Peppers qui clôture l’album sur un groove absolument irrésistible. Ce disque exceptionnel réconciliera les fans du grand Stanley ainsi que les amateurs d’un jazz acoustique intense et intègre où les clichés n’ont aucune place.

[ Stanley Clarke Website ] [ Jazz In The Garden ]
Joe Lovano Us Five : Folk Art
Joe Lovano Us Five : Folk Art (Blue Note), 2009

Powerhouse - Folk Art - Wild Beauty - Us Five - Song For Judi - Drum Song - Dibango - Page 4 - Ettenro (toutes le compositions sont de Joe Lovano)

Joe Lovano (Sax alto, Sax ténor, Clarinette, Taragato, Gong, aulochrome) - James Weidman (piano) - Esperanza Spalding (b) - Otis III Brown (dr) - Francisco Mela (dr)

Mine de rien, Folk Art est déjà le vingt-et-unième disque de Joe Lovano pour le label Blue Note. A l’âge de 56 ans, Lovano a cette fois réuni autour de son saxophone le pianiste James Weidman et trois autres musiciens issus des nouvelles générations : la bassiste virtuose Esperanza Spalding, le batteur d’origine cubaine Francisco Mela et un second batteur nommé Otis Brown III. Ce combo, dénommé Us Five, interprète neuf compositions du leader où l’on perçoit toujours les influences croisées de John Coltrane et d’Ornette Coleman (ici carrément pointé du doigt dans un titre qu’il faut lire à l’envers : Ettenro) mais restituées au travers d’une palette impressionniste qui est aujourd’hui celle du gourou de Cleveland. La grande idée de ce projet est d’avoir réuni au sein du même quintet deux batteurs de styles très différents, multipliant ainsi les possibilités d’interaction. Au lieu de faire double emploi, Mela et Brown se complètent et dialoguent en parfaite intelligence, attirant chacun à leur tour la jeune Spalding dans leurs filets rythmiques. Lovano joue sans compromission sa musique au carrefour de la tradition bop et du modernisme et étale son immense maîtrise de l’instrument qu’il fait chanter sur tous les tempos. Il s’impose en plus comme un compositeur compétent et un coloriste sonore étonnant, jouant de l’alto et du ténor sur un même morceau, de la clarinette, des gongs, du taragato (un instrument folklorique hongrois dont le timbre se situe entre le hautbois et un saxophone soprano) et adopte même sur Dibango ce monstrueux aulochrome, inventé par le Belge François Louis, qui lui permet de s’harmoniser lui-même à la manière de Roland Kirk. Certains titres comme Folk-Art avec sa ritournelle à la Sonny Rollins et ses sections imbriquées, le boppisant Powerhouse ou le festif Dibango, en hommage au saxophoniste camerounais Manu Dibango, sont des compositions qui s'incrustent instantanément dans la mémoire. Stimulé par ses jeunes accompagnateurs, Lovano y semble poussé au-delà de ses retranchements, donnant sa vision, libre, explosive et brûlante, de ce qui est pour lui l’art folklorique de l’Amérique.

[ Joe Lovano Website ] [ Folk Art ]
John Surman : Brewster's Rooster
John Surman : Brewster's Rooster (ECM), 2009

Slanted Sky (Warren) - Hilltop Dancer (Surman) - No Finesse (Surman) - Kickback (Surman) - Chelsea Bridge (Strayhorn) - Haywain (Surman) - Counter Measures (Surman) - Brewster's Rooster (Surman) - Going for a Burton (Surman)

John Surman (sax baryton & soprano) - John Abercrombie (guitare) - Drew Gress (contrebasse) - Jack DeJohnette (drs).

Au fil des ans et depuis qu’il jouait le blues avec Alexis Korner dans les années 60, le saxophoniste anglais John Surman nous a fait entendre des projets divers qui témoignent d’une grande variété de styles allant du classique contemporain à la fusion en passant par un jazz atmosphérique qui fit les beaux jours du label ECM avec des productions magiques comme Such Winters Of Memory, Private City ou Stranger Than Fiction. Enregistré aux studios Avatar de New York, son nouvel album est cette fois plus proche d’un post-bop moderne bourré de feeling et d’improvisations. Pour réussir ce retour à un jazz de facture plus classique, Surman s’est entouré d’anciens complices travaillant régulièrement pour le label munichois : le guitariste John Abercrombie apporte son phrasé unique tout en colorant les compositions de son inimitable sonorité tandis que le batteur Jack DeJohnette est le maître d’une pulsation élastique jamais prise en défaut. Nouveau venu chez ECM, le bassiste Drew Gress complète la section rythmique de façon remarquable. Toutefois, l’attraction reste ici le saxophoniste lui-même qui, à 65 ans, a gardé un souffle et une présence extraordinaires. Si les morceaux au soprano volent déjà très haut, ceux interprétés au baryton sont carrément aphrodisiaques : Hilltop Dancer et Kickback, par exemple, ont une pêche d’enfer avec des solos qui décoiffent et des interactions entre musiciens qui témoignent de leur longue histoire commune. Ce disque superbe est une totale réussite.

[ John Surman Website ] [ Brewster's Rooster ]
Spyro Gyra : Down The Wire
Spyro Gyra : Down The Wire (Heads Up International), 2009

Down the Wire (Ambush) - Unspoken (Fernandez) - Not for Nothin' (Schuman) - Island Pond (Beckenstein) - The Tippin' Point (Beckenstein, Schuman) - Ice Mountain (Bonaparte) - A Flower for Annie Jeanette (Ambush) - La Zona Rosa (Beckenstein) - What It Is (Fernandez) - A Distant Memory (Beckenstein, Schuman) - Make It Mine (Bonaparte)

Jay Beckenstein (sax) - Tom Schuman (claviers) - Julio Fernandez (gt) - Scott Ambush (b) - Bonny B. (dr, percussions, vocals). Produit par Jay Beckenstein + Spyro Gyra.

Depuis qu’il a été créé en 1974 par le saxophoniste Jay Beckenstein, Spyro Gyra a connu un succès commercial enviable aux Etats-Unis sans pour autant jamais impressionner vraiment les puristes de la fusion. Il faut dire que leur mélange de jazz, de pop et de rythmes latins n’a pas engendré que des productions mémorables et beaucoup de leurs anciens albums (particulièrement ceux parus au tournant des années 90 sur MCA et GRP) sont d’une affligeante banalité et sonnent aujourd’hui creux et datés. C’est pourquoi, ce Down The Wire apparaît comme une surprise aussi bonne qu’inattendue. Plutôt qu’une musique d’ascenseur à la Kenny G, Spyro Gyra délivre un set énergique, certes toujours accessible mais quand même plus proche d’un véritable jazz-Rock vitaminé et peuplé de solos époustouflants. En tout cas, ceci n’est plus du smooth jazz ! Ecoutez le premier morceau éponyme avec son slapping de basse électrique (Scott Ambush), son solo de guitare mordant (Julio Fernandez), ses riffs d’orgue groovy (Tom Schuman) et sa batterie funky (Bonny Bonaparte) : on est loin des stéréotypes et nettement plus en phase avec la fusion classieuse d’un Chick Corea électrique plutôt qu’avec la pop jazzy d’un Chris Botty ou d’un Fourplay. Jay Beckenstein est un saxophoniste plein de verve, ici particulièrement inspiré. Bon, parmi les onze titres de l’album, on en compte encore quelques-uns dont les mélodies douces et les textures en velours sont du pain béni pour les radios FM (Unspoken et Island Pond par exemple) mais, pour le reste, cette musique offre de quoi emballer les plus réticents. J’adore La Zona Rosa et ses couleurs afro-cubaines, animé par des riffs cuivrés et une guitare festive à la Carlos Santana ainsi que The Tippin’ Point qui louche sur un post-bop embrasé, habité de fabuleux solos de sax et de piano, ou encore cet Ice Mountain joliment orchestré et calibré pour enluminer les cocotiers de Miami Beach, et enfin A Flower For Annie Jeanette avec son solo de basse renversant. L’album se clôture sur Make It Mine, une composition du batteur, bourrée jusqu’à la gueule d’un soul/R’n’B qui rappelle aussi bien Stevie Wonder que James Brown, Stanley Clarke et George Duke. Rien de progressif ni d’extrême ici mais plutôt un salutaire repli jusqu’aux sources d’une fusion certes commerciale mais engageante, pleine d’une verve jouissive qui prouve que Spyro Gyra, dans ses vieux jours, a encore du potentiel.

[ Spyro Gyra Website ] [ Down The Wire ]
Steve Kuhn Trio : Mostly Coltrane
Steve Kuhn Trio : Mostly Coltrane (ECM), 2009

Welcome (Coltrane) - Song of Praise (Coltrane) - Crescent (Coltrane) - I Want to Talk About You (Eckstine) - The Night Has a Thousand Eyes (Bernier, Brainin) - Living Space (Coltrane) - Central Park West (Coltrane) - Like Sonny (Coltrane) - With Gratitude (Kuhn) - Configuration (Coltrane) - Jimmy's Mode (Coltrane) - Spiritual (Coltrane) - Trance (Kuhn)

Steve Kuhn (p) - Joe Lovano (ts, Tarogato) - David Finck (b) - Joey Baron (dr). Produit par Manfred Eicher.

Peu de gens le savent mais début 1960, quand John Coltrane décida de fonder son fameux quartette peu après les sessions de Coltrane Jazz, son choix se porta sur le pianiste Steve Kuhn, à l’époque très influencé par l’approche modale de Bill Evans. Ce que tout le monde sait par contre, c'est que Kuhn fut remplacé deux mois plus tard par McCoy Tyner (tout juste libéré du Jazztet de Benny Golson) au jeu plus arborescent et orchestral. Ici associé au saxophoniste Joe Lovano, Steve Kuhn se souvient de cette expérience qui l’a profondément marqué et explore l’univers coltranien au sens large, depuis les ballades méditatives jusqu’aux turbulences des derniers jours. Accompagnés par le contrebassiste David Finck et le batteur Joey Baron, Kuhn et Lovano sont trop malins (et talentueux) pour se contenter d’imiter leur mentor. Tout deux ont une approche personnelle de la musique du maître, ce qui rend ce disque si attachant. En fait, c’est même l’un des plus intéressants à écouter dans la discographie déjà abondante du pianiste (avec Promises Kept paru en 2004, également chez ECM) et probablement, à ce jour, l’un des plus réussis parmi les innombrables hommages phonographiques déjà rendus à Coltrane.

[ Steve Kuhn Website ] [ Mostly Coltrane ]
Fly : Sky & Country
Kyle Eastwood : Metropolitain (Candid), 2009

Metropolitain - Bold Changes - Hot Box - Black Light - Bel Air - Samba de Paris - Song for You - Rue perdue - Le Balai - Live for Life

Kyle Eastwood (b) - Till Brönner (tp) - Graeme Flowers (tp) - Graeme Blevins (ts) - Eric Legnini (p) - Andrew McCormack (p) - Michael Stevens (gt) - Camille (voc) - Manu Katché (dr) - Franck Agulhon (dr). Produit par Erin Davis (le fils de Miles) et Michael Stevens

Parce qu’il est le fils de Clint, lui-même grand amateur de jazz, Kyle Eastwood bénéficie au départ d’un capital sympathie tout en soulevant la curiosité. Le fait est que cet album enregistré à Paris (déjà son quatrième disque) a une classe indiscutable même s’il est le résultat de formations variables selon les titres et que, par conséquent, il manque un peu d’homogénéité. La basse du fiston, bien mixée en avant, vrombit de belle manière et entraîne derrière elle les complices invités à la fête. Parmi ces derniers, on épinglera le pianiste belge Eric Legnini toujours éblouissant dans ce style hard bop / soul / funky / boogaloo où il excelle. Sinon, ça touche à tout et ça flirte parfois avec le « smooth » et même « l’acid jazz », mais sans pour autant tomber dans le piège d’une musique sans âme. En passant, regardez le blondinet sur la pochette et ajoutez-lui mentalement un poncho et un cigare … !

[ Kyle Eastwood Website ] [ Metropolitain ]
Fly : Sky & Country
Fly : Sky & Country (ECM), 2009

Lady B (Ballard) - Sky & Country (Ballard) - Elena Berenjena (Turner) - CJ (Grenadier) - Dharma Days (Turner) - Anandananda (Turner) - Morena, Perla (Ballard) - Transfigured (Grenadier) - Super Sister (Turner)

Mark Turner (sax) - Larry Grenadier (b) - Jeff Ballard (dr)

Fly est le nom d’un collectif composé de trois musiciens déjà légendaires pour avoir joué en sidemen avec la crème des musiciens de jazz américain (Pat Metheny, Chick Corea, Joshua Redman, Charles Lloyd…, et j’oublie volontairement Brad Mehldau que je n’apprécie guère) : Mark Turner (saxophone ténor), Larry Grenadier (contrebasse) et Jeff Ballard (batterie). On pense tout de suite au trio similaire de Sonny Rollins sauf qu’ici, la rythmique n’est pas au service du ténor. Chaque instrument vit sa vie et impose son propre langage dans une collaboration égalitaire, étourdissante de technique et de virtuosité. Encore, la musique n’est pas inaccessible mais plutôt envoûtante, marquée par le son éthéré si caractéristique du label ECM. Une belle réussite.

[ Fly Website ] [ Sky & Country ]
Miroslav Vitous : Remembering Weather Report
Miroslav Vitous : Remembering Weather Report (ECM), 2009

Variations on W. Shorter (Vitous) - Variations on Lonely Woman (Coleman) - Semina (Vitous) - Surfing with Michel (Vitous) - When Dvorák Meets Miles (Vitous) - Blues Report (Vitous)

Franco Ambrosetti (tr) - Gary Campbell (ts) - Gerald Cleaver (dr) - Michel Portal (b-cl) - Miroslav Vitous (b)

Il fut l’un des membres fondateurs de l’un des plus célèbres groupes de fusion au monde et il s’en souvient. Le contrebassiste d’origine Tchèque quitta un Weather Report en pleine mutation vers un succès commercial revendiqué par Wayne Shorter et Joe Zawinul. Mais aujourd’hui, il revient à son Weather Report à lui, acoustique plutôt qu’électrique, complexe plutôt que binaire, renouant le fil rompu qui ramène jusqu’au second quintet de Miles Davis. Ceci n’est probablement pas la musique que vous attendiez de la part d’un hommage à Weather Report (les amateurs de fusion et de basses délirantes à la Jaco Pastorius n’ont qu’à passer leur chemin) mais c’est ainsi que Vitous la voit aujourd’hui, plus austère mais aussi plus libre, quelque part entre Miles et Ornette Coleman. Avec Michel Portal en invité.

[ Miroslav Vitous Website ] [ Remembering Weather Report ]
John McLaughlin / Chick Corea : Five Peace Band Live
John McLaughlin / Chick Corea : Five Peace Band Live (Concord), 2009

Raju (McLaughlin) - The Disguise (Corea) - New Blues, Old Bruise (McLaughlin) - Hymn to Andromeda (Corea) - Dr. Jackle (McLean) - Senor C.S. (McLaughlin) - In a Silent Way/It's About That Time (Miles Davis) - Someday My Prince Will Come (Churchill)

John McLaughlin (gt) - Chick Corea (p) - Vinnie Colaiuta (dr) - Kenny Garrett (sax) - Christian McBride (b)

John McLaughlin et Chick Corea ont collaboré jadis aux deux albums séminaux du jazz-rock (In A Silent Way et Bitches Brew) et ont depuis rejoué épisodiquement ensemble. Ce nouveau projet, imaginé par le pianiste Chick Corea, est une affaire de superstars : Kenny Garrett, Vinnie Colaiuta et Christian McBride complètent un quintet de rêve qui a tourné pendant près d’une année. Ce sont des morceaux issus des différents concerts qui sont compilés ici sur deux compacts, constituant une fresque musicale éblouissante entre jazz moderne et fusion débridée. Jouissif !

[ John McLaughlin Website ] [ Five Peace Band Live ]
Avishai Cohen : Flood
Avishai Cohen : Flood (Anzic), 2009

First Drops - Heavy Water: Proloque - Heavy Water - Nature's Dance - Floo - Sunrays over Water - Cycles: The Sun, The Moon and the Awakening Earth (toutes les compositions sont de Avishai Cohen)

Avishai Cohen (tp) - Yonatan Avishai (p) - Daniel Freedman (percussion)

Cet Avishai Cohen-ci, qui est trompettiste, ne doit pas être confondu avec son homonyme israélien, contrebassiste. En trio avec Yonatan Avishai au piano et Daniel Freedman aux percussions, il dépeint des scènes liées au cycle de l’eau. La sonorité douce et pure de la trompette est d’une grande expressivité, rappelant parfois l’esthétique éthérée d’un Miles Davis. Ce second album appartient à une trilogie nommée « Big Rain », inspirée par les inondations qui frappèrent l’Asie et la Thaïlande en particulier. La musique évoque le déluge non par sa force dévastatrice mais par une approche plus insidieuse comme si l’auteur le voyait de très loin. L’émotion n’en est pas moins là !

[ Avishai Cohen (tp) Website ] [ Flood ]
Enrico Rava : New York Days
Enrico Rava : New York Days (ECM), 2009

Lulu (Rava) - Improvisation I (Bollani, Grenadier, Motian, Rava, Turner) - Outsider (Rava) - Certi Angoli Segreti (Rava) - Interiors (Rava) - Thank You, Come Again (Rava) - Count Dracula (Rava) - Luna Urbana (Rava) - Improvisation II (Bollani, Grenadier, Motian, Rava, Turner) - Lady Orlando (Rava) - Blancasnow (Rava)

Enrico Rava (tp) - Mark Turner (ts) - Stefano Bollani (p) - Larry Grenadier (b) - Paul Motian (dr)

Cet album a été enregistré à New York mais il n’évoque rien des bruits et de la vie trépidante de la grande mégapole. Au contraire, New York Days est un havre de paix où le silence cohabite avec une trompette alanguie. Le batteur Paul Motian, le contrebassiste Larry Grenadier (encore lui !) et même le pianiste Stefano Bollani se sont mis au diapason de Rava en épousant son style ample et mélancolique. Quant au saxophoniste Mark Turner, il a simplifié son jeu au profit d’un profond lyrisme en parfaite adéquation avec l’état d’esprit de son leader.

[ Enrico Rava Website ] [ New York Days ]
Joshua Redman : Compass
Joshua Redman : Compass (Nonesuch), 2008

Uncharted (Grenadier, Hutchinson, Redman, Rogers - Faraway (Redman) - Identity Thief (Redman) - Just Like You (Redman) - Hutchhiker's Guide (Redman) - Ghost (Redman) - Insomnomaniac (Redman) - Moonlight (Beethoven) - Un Peu Fou (Redman) - March (Grenadier) - Round Reuben (Redman) - Little Ditty (Redman) - Through the Valley (Blade)

Joshua Redman (sax) - Larry Grenadier (b) - Reuben Rogers (b) - Brian Blade (dr) - Gregory Hutchinson (dr)

Dès ses tout premiers fantastiques albums (Wish en 1993, Moodswing en 1994…, etc.), on savait déjà que le fils de Dewey Redman allait rencontrer un succès croissant. Ce qu’on savait moins, c’est qu’avec une base enracinée dans le Bop, il allait acquérir une telle force d’expression, allant jusqu’à évoquer le grand Sonny Rollins (notamment Way Out West en trio sans piano). Aidé par des partenaires expérimentés comme le batteur Brian Blade et le contrebassiste Larry Grenadier, Redman s’envole avec aisance et autorité, se hissant au panthéon des plus grands sax ténors contemporains.

[ Joshua Redman Website ] [ Compass ]
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