Jazz & Fusion : Sélection 2017

Chroniques de Pierre Dulieu et d'Albert Maurice Drion





Retrouvez sur cette page une sélection des grands compacts, nouveautés ou rééditions, qui font l'actualité. Dans l'abondance des productions actuelles à travers lesquelles il devient de plus en plus difficile de se faufiler, les disques présentés ici ne sont peut-être pas les meilleurs mais, pour des amateurs de jazz et de fusion, ils constituent assurément des compagnons parfaits du plaisir et peuvent illuminer un mois, une année, voire une vie entière.

A noter : les nouveautés en jazz belge font l'objet d'une page spéciale.


Wisdom Of EldersShabaka and The Ancestors : Wisdom Of Elders (Brownswood Recordings), 2016

1. Mzwandile (13:33) – 2. Joyous (6:40) – 3. The Observer (9:04) – 4. The Sea (11:49) – 5. Natty (9:59) – 6. Give Thanks (8:11) – 7. Nguni(9:29)

Shabaka Hutchings (saxophone tenor); Mtunzi Myubu (saxophone alto); Mandla Mlangeni (trompette); Siyabanga Mthembu (voix); Nduduzo Makhathini: (piano, Rhodes); Ariel Zamonsky: (basse); Gontse Makhene (percussions); Tumi Mogorosi (batterie).


Une ligne de basse bientôt soutenue par des percussions, et ensuite une voix entonnant un chant aux accents incantatoires, une voix d’une sensibilité à fleur de peau, et une tension qui s’installe peu à peu et qui ne fera que croître… D’emblée, la musique prend possession de vous. Chaque morceau, chaque phrase, chaque note de ces pièces musicales que nous propose Shabaka and The Ancestors résonne au plus profond de nous, dans ces tréfonds de l’âme où se mélangent dans un même substrat joie, effroi, peur, optimisme…, à ce point de convergence entre un passé qu‘il nous faut assumer et un avenir qui reste à construire alors que le présent nous échappe.

Si d’aucuns s’efforcent d’ériger des murs, la musique, et en l’occurrence le jazz, de par ses origines, son histoire, et sa spécificité, ne peut exister que par l’universalité et la pluralité de son message. Le formuler ainsi est une chose, mais l’assumer dans une démarche cohérente en est une autre. Et c’est ce que réussit Shabaka Hutchings, saxophoniste anglais, bientôt âgé de 33 ans, élevé à la Barbade et actif dans de nombreux projets : Sons Of Kemet (une fanfare de poche proposant une musique aux influences afro-caribéennes), The Comet Is Coming (projet mêlant électronique et sonorités cosmiques), Met Yourself Down (fusion de jazz, de punk et de funk).

Shabaka Hutchings ne porte pas seul ce projet. Pour l’occasion, il s’est entouré de musiciens au talent confirmé et qui sont de véritables références sur la scène jazz sud-africaine. Leur énergie, leur feeling, l’intensité qu’ils projettent dans leur jeu sont parmi les clés de la réussite de l’album. Sept titres qui se singularisent par une inspiration bouillonnante, véritable fusion entre ce qui constitue le passé et l’héritage du jazz, son énergie salvatrice, sa puissance organique et cette capacité à vous envoûter, à vous mettre en transe. Oui, l’Afrique n’est pas loin (écouter dans l’introduction de Natty ce cri surgi des savanes africaines). Et si cette musique plonge dans ses racines les plus profondes, elle s’inscrit également dans ce qui a constitué sa modernité post-bebop. On pense à John Coltrane (l’introduction de The Observer), à Miles Davis (la seconde partie de The Sea), Pharoah Sanders, Sun Ra, etc.

Bref, Wisdom Of Elders constitue non seulement une invitation à un voyage dans le temps et dans l’espace mais également à une plongée au plus profond de nous-mêmes, là où nous avons érigé nos jardins secrets et où il est possible de se nourrir de la sagesse de nos aînés.

[ Chronique de Albert Maurice Drion ]

[ Wisdom Of Elders (CD & MP3) ]
[ A écouter : Joyous - The Observer ]


Perico Sambeat : Plays ZappaPerico Sambeat : Plays Zappa (Karonte), Espagne, novembre 2016

1. Zomby Woof (5:57) - 02. It Must Be a Camel (6:19) - 3. Don't You Ever Wash That Thing? (6:28) - 4. For Calvin (6:34) - 5. Imaginary Diseases-Tink Walks Amok (7:21) - 6. Inca Roads (7:11) - 7. I Promise not to Come in Your Mouth (5:00) - 8. A Pound for a Brown (5:14) - 9. The Eric Dolphy Memorial Barbecue (4:09) - 10. Peaches en Regalia (3:38)

Perico Sambeat (as, ss, fl, tambourin); Javier Vercher (ts, ss); Voro García (tp); Toni Belenguer (tb); Santi Navalon (claviers); Ivan Cebrian (guitare); Julio Fuster (b, el-b); Miquel Asensio “Rochet” (drums). Compositions de Frank Zappa arrangées par Perico Sambeat. Enregistré au studio Elefante à Valence (Espagne) en juin 2016.


L'œuvre de Frank Zappa est tellement multiple qu'on pourrait l'interpréter en la tirant vers le rock, l'avant-garde, l'illustration cinématique voire cartoonesque, ou vers le jazz sous toutes ses formes, du big band à la fusion. C'est dans ce dernier style que le saxophoniste espagnol Perico Sambeat a choisi de recréer la musique du compositeur. Rappelons qu'il y a quelques années, la vedette du jazz ibérique avait gratifié l'album Wanted du trompettiste Jean-Paul Estiévenard de quelques interventions très remarquées.

Pour composer son répertoire, Sambeat a choisi sagement quelques titres parmi les plus susceptibles d'être jazzifiés comme Peaches En Regalia (de l'album Hot Rats, 1969), For Calvin (extrait de l'incursion majeure de Zappa dans le monde du jazz : The Grand Wazoo, 1972), Don't You Ever Wash That Thing? (fantaisie polyrythmique figurant sur le déjà très cuivré Roxy & Elsewhere, 1974) et The Eric Dolphy Memorial Barbecue (hommage oblique à un grand souffleur inclus sur Weasels Ripped My Flesh, 1970). Le reste était moins évident mais démontre que finalement, tout ce qu'a écrit Zappa peut être orchestré de façon ludique ou savante et garder malgré tout son cachet d'origine. Pour en donner ses versions, Perico Sambeat, en bon zappaphile, a réuni un octet idéal comprenant une section de cuivres rutilante qui n'est pas sans rappeler celles de Jawa/Jawaka et de Make A Jazz Noise Here, des claviers, une section rythmique et, indispensable pour jouer du Zappa, un jeune guitariste électrique talentueux en la personne de Ivan Cebrian.

Dans le respect de l'approche excentrique du compositeur, les nouvelle orchestrations sont vives et précises tandis que les parties autrefois chantées sont remplacées par des improvisations soit en solo soit collectives. Certains titres comme Peaches En Regalia, l'arme fatale et le titre le plus emblématique du maître, ou I Promise Not To Come In Your Mouth (tiré de Zappa In New York) sont plus proches des originaux tandis que d'autres ont été davantage réarrangés. Le medley Imaginary Diseases-Tink Walks Amok par exemple est une nouvelle création à partir de deux thèmes dont le premier n'a jamais été enregistré en studio et dont le second est une petite pièce instrumentale pour bassiste qui, au contraire, n'a jamais été interprétée sur scène. La troupe joue avec beaucoup d'entrain et seuls manquent à la fête les commentaires sardoniques du moustachu ainsi que ses textes malicieux. Mais pour le reste et pour paraphraser Zappa lui-même, le jazz ici est "loin d'être mort" et en aucun cas, il n'a "une odeur bizarre". La production est propre, brillante, un peu trop d'ailleurs si on la compare au son organique des versions originales. Ceci dit, ces dernières ont été enregistrées dans les années 70 avec des techniques différentes et puis, un mixage clair permet d'entendre distinctement tous les instruments.

En conclusion, si vous aimez le jazz fusion ou Frank Zappa, ou les deux, ce disque qui apparaît nettement plus innovant que certaines copies conformes comme celles de Dweezil, le fils prodige, risque d'en surprendre plus d'un. Quant à Zappa, qui n'a jamais cessé de renouer périodiquement avec les cuivres et d'ensemencer sa musique de "bruits jazz", ça ne fait aucun doute qu'il aurait adoré ça.

[ Perico Sambeat Plays Zappa (CD) ]


Kurt Rosenwinkel: CaipiKurt Rosenwinkel: Caipi (Heartcore records), 10 février 2017

1. Caipi (3:57) - 2. Kama (4:30) - 3. Casio Vanguard (6:22) - 4. Summer Song (5:42) - 5. Chromatic B (4:46) - 6. Hold On (5:33) - 7. Ezra (6:18) - 8. Little Dream (5:04) - 9. Casio Escher (6:49) - 10. Interscape (5:47) - 11. Little B (6:16)

Kurt Rosenwinkel (guitars, basse, piano, synthés, percussions, vocal) + au fil des plages : Pedro Martins (vocal, synthés, drums, percussions); Amanda Brecker (vocal); Frederika Krier (violon); Mark Turner (sax ténor); Eric Clapton (guitare); Chris Komer (cor); Alex Kozmidi (guitare baryton); Andi Haberl (drums); Zola Mennenöh (vocal); Antonio Loureiro (vocal); Kyra Garey (vocal). Enregistré au studio Heartcore à Berlin.


Oubliez tout ce que vous savez sur Kurt Rosenwinkel, guitariste créatif révélé au tournant du millénaire et dont l'album The Next Step (2001) marqua l'époque en exposant de nouvelles idées aussi bien au plan mélodique qu'au niveau de l'improvisation. Rompant avec son style habituel, sa dernière production est un projet différent, plus léger, qui réunit des chansons en provenance de l'île paradisiaque de Caipi, un endroit fictif situé pas trop loin des côtes brésiliennes. Car le Brésil, ou du moins l'image qu'on peut s'en faire, est présent partout en filigrane, dans l'accompagnement ensoleillé du titre éponyme, dans la voix de Pedro Martins, dans celle d'Amanda Brecker dont la passion brésilienne est notoire, dans l'émulation de Pat Metheny sur Casio Vanguard, ou encore dans la chaleur et la joie de vivre qui caractérisent ces petites miniatures simples d'accès comme de la musique pop-rock mais dont les textures sont en réalité beaucoup plus complexes que la moyenne des chansons qu'on entend habituellement sur les ondes.

En bon orfèvre de la musique qu'il est, Rosenwinkel a préféré tout faire lui-même, se démultipliant et superposant en couches successives par la magie du multipiste les guitares acoustiques ou électriques, la basse, le piano, les synthés et les percussions. Et il chante aussi à l'occasion, comme sur Hold On, avec une voix non conventionnelle - pour ne pas écrire non professionnelle – dont la fragilité et la sincérité évoquent les tentatives d'un autre grand guitariste nommé Larry Coryell qui, il y a bien longtemps, s'essaya lui-aussi à la chansonnette. Enfin, telles des cerises du Nord sur une gaufre de Bruxelles, le guitariste a invité quelques collègues prestigieux à soloter à quelques endroits stratégiques. Ainsi, la violoniste d'origine roumaine Frederika Krier enlumine Kama de ses phrases legato tandis que sur Ezra, Mark Turner, longtemps complice du guitariste (il joue aussi sur The Next Step), délivre le premier des deux solos de saxophone de l'album, engendrant du même coup un ineffable frisson de plaisir. Plus inattendu, le guitariste de blues-rock Eric Clapton, qui avait présenté Rosenwinkel à un large public lors d'un de ses fameux festivals de guitare "Crossroads" (il figure sur un titre dans le DVD de l'édition 2013), lâche quelques notes nonchalantes sur Little Dream avec cette attitude décontractée dont il a le secret.

Ce genre d'album smooth, légèrement world, jazzy et calibré pour la FM, n'est pas toujours passionnant mais quand la musique est comme ici fraîche, solaire, vibrante et ciselée dans les moindres détails par un musicien talentueux, elle devient gratifiante. Et le plus surprenant, est que chaque nouvelle écoute permet de révéler l'une ou l'autre subtilité de ce disque aussi mélodique qu'atypique et renforce du même coup le lien qui vous unit à lui.

[ Caipi (CD & MP3) ]
[ A écouter : Casio Vanguard (preview) ]


Iron LungGorilla Mask : Iron Lung (Clean Feed), Canada, janvier 2017

1. Hammerhead (3:02) - 2. Before I Die (7:01) - 3. Thump! (3:50) - 4. Crooked (5:58) - 5. Blood Stain (6:33) - 6. Steam Roller (4:20) - 7. Lullaby For A Dead Man (3:31) - 8. Iron Lung (4:26) - 9. Chained (4:42)

Peter Van Huffel (saxophone alto); Roland Fidezius (basse électrique, effets); Rudi Fischerlehner (drums). Enregistré les 11 et 12 février 2016 au studio Golden Retriever, Berlin.


Près de trois années après Bite My Blues, le trio de Gorilla Mask est de retour et les poumons d'acier figurant sur la pochette laissent imaginer que son esthétique punk-jazz n'a rien perdu ni de son urgence ni de sa fureur. Et le fait est que des morceaux comme Hammerhead (un intitulé que n'aurait pas renié un Lemmy Kilmister) ou Thump!, à l'extrême opposé du jazz cool, donnent la chair de poule par leur vertigineuse intensité. Le plus étonnant reste cette incroyable articulation entre les trois compères qui se relancent constamment les uns les autres dans une totale imprévisibilité, créant un véritable léviathan sonore qui se densifie en se nourrissant d'une improvisation collective à haut indice d'octane. Peter Van Huffel serait-il le nouveau "angry man of jazz" ? Oui et non, Car Iron Lung n'est pas une pilule de dopamine et affiche bien d'autres qualités que la seule énergie brute. Ainsi, Crooked est-il doté d'une belle mélodie quasi-onirique se déployant sur un tapis sonique des plus originaux, le bassiste Roland Fidezius et le batteur Rudi Fischerlehner ne constituant certainement pas un tandem des plus conventionnels. Il faut les entendre sur Blood Stain ou sur Before I Die inventer via quelques effets électroniques des rythmiques envoûtantes, faussement minimalistes et dignes de celles d'un groupe de métal, sur lesquelles viendront se poser les improvisations débridées du saxophoniste. Parfois, la dissonance pointe comme sur Steam Roller et tout part en vrille comme s'il fallait impérativement aller derrière l'horizon, chercher un inavouable secret qui n'appartient plus à cet univers. Présenté comme un titre en bonus, Chained referme l'album en synthétisant toutes ses qualités : musique à la fois pulsionnelle et cérébrale, interactions télépathiques, improvisations fluides et habitées, explosions abstraites, vibrations ébouriffantes et concentré d'inédit. Cette musique est ancrée dans l'époque et lui ressemble : elle est constamment en quête d'une spiritualité furtive enfouie sous les bruits et la violence urbaine d'un monde déboussolé. Et c'est ainsi, cher lecteur, que dans un éclair de lucidité m'est apparu le message codé de l'homme au masque de gorille.

[ Iron Lung (CD) ] [ Gorilla Mask sur Clean Feed Records ]
[ A écouter : Chained ]


Rosario Bonaccorso : A Beautiful StoryRosario Bonaccorso : A Beautiful Story (Via Veneto Jazz / Jando Music), Italie, 24 février 2017

1. A Beautiful Story (4:52) - 2. Come l’Acqua Tra Le Dita (6:29) - 3. Der Walfish (5:43) - 4. Duccidu (4:38) - 5. My Italian Art Of Jazz (4:08) - 6. This Is For You (3:27) - 7. Storia Di Una Farfalla (3:56) - 8. Minus One (6:05) - 9. Tango Per Pablo (3:38) - 10. Lulu’ E la Luna (4:58) - 11. Freddie (5:07) - 12. You Me Nobody Else (4:47)

Rosario Bonaccorso (contrebasse); Dino Rubino (bugle); Enrico Zanisi (piano); Alessandro Paternesi (drums). Toutes les compositions sont de Rosario Bonaccorso.


Contrebassiste parmi les plus proéminents de la scène italienne, Rosario Bonaccorso est également bien connu en France et en Belgique pour sa participation à des albums de Stefano di Battista (dont les superbes Volare et Round About Roma) et d'Enrico Rava et, côté belge, de Frank Vaganée (Two Trios), Bert Joris (Live) et Eric Legnini (Miss Soul et Boogaloo). Mais en plus de son travail de sideman, le contrebassiste est aussi l'auteur de quatre disques sous son propre nom dont A Beautiful Story est le dernier en date. Dès le titre éponyme en ouverture, on est plongé dans un climat lyrique et intimiste qui, globalement, sera celui de l'album entier. Soliste clé du quartet, l'Italien exilé à Paris Dino Rubino possède un son de bugle velouté qui accentue le côté doux et paisible de ces miniatures interprétées avec élégance et beaucoup de délicatesse. Des titres comme A Beautiful Story, My Italian Art Of Jazz, Storia Di Una farfalla ou Lulu' E La luna ont beau exsuder quelques effluves qui rappellent fugacement les beautés raffinées d'Enrico Rava et de Paolo Fresu, ils n'en sont pas moins profondément émouvants. Egalement précieux, le talentueux pianiste romain Enrico Zanisi, bien que marqué lui aussi par le romantisme italien, renvoie plutôt au pianiste britannique John Taylor, qui fut lui-même inspiré par Bill Evans et qui forma jadis un si beau tandem avec un autre élégant bugliste nommé Kenny Wheeler. Quant au contrebassiste, il est parfois discret en se contentant d'apporter à ses superbes compositions un soutien rythmique exemplaire en tandem avec le batteur Alessandro Paternesi mais peut se révéler plus entreprenant, notamment sur Duccidu, un titre plus enlevé où on l'entend distinctement tisser la trame par dessous les solistes. En conclusion, A Beautiful Story ravira les amateurs d'un jazz mélodique et nuancé, marqué par une tradition lyrique italienne d'abord et européenne ensuite, et permettra aussi, par la même occasion, d'appréhender l'art de quelques jeunes loups transalpins, encore peu médiatisés mais dont on n'a pas fini d'entendre parler.

[ Beautiful Story (CD & MP3) ] [ Rosario Bonaccorso sur Via Veneto Jazz ]
[ A écouter : Come l’Acqua Tra Le Dita - Minus One ]


Jonathan Avishai Modern Times : The ParadeJonathan Avishai Modern Times : The Parade (Jazz&people), Israël/France, 18 novembre 2016.

1. Le Nouveau Monde (1:59) - 2. Poem for Ornette Coleman (1:40) - 3. L'Arbre et l'Ecureuil (4:01) - 4. Once Upon a Time (4:48) - 5. Zelda (7:37) - 6. Que tal? (1:10) - 7. Simgik (5:54) - 8. Django (4:59) - 9. Death of a River (6:16) - 10. Sandrine's Garden (3:57) - 11. Picnic (2:21) - 12. The Battle (7:18) - 13. Diminuendo (4:50) - 14. The Parade (6:24)

Yonathan Avishai (piano, percussions); César Poirier (clarinette, saxophone alto); Yoni Zelnik (contrebasse); Donald Kontomanou (batterie); Inor Sotolongo (percussions). Enregistré au Studio Gil Evans à Amiens, les 1 et 2 juin 2016.


Voici une musique qui respire la fête. Enregistré en quintet, ce second chapitre du pianiste Jonathan Avishai s'intitule d'ailleurs The Parade, une façon de rappeler que sa musique est d'abord une réjouissance collective où chacun prend du plaisir et donne du bonheur. Les climats y sont variés mais rappellent tous ces endroits particuliers et privilégiés où le jazz, même si la mélancolie n'en est pas obligatoirement exclue (comme ici sur Death Of A River), affiche de préférence un côté ensoleillé, coloré et festif. Et ce n'est pas seulement dû à la présence du percussionniste cubain Inor Sotolongo mais c'est surtout que le pianiste fait preuve d'un jeu imprégné de swing, un jeu par ailleurs concis, naturel et décontracté qui rappelle l'art et la manière des grands musiciens de la Nouvelle-Orléans. Le saxophoniste alto et clarinettiste César Poirier complémente joliment cette approche dans un style décalé des plus expressifs qui s'inscrit lui aussi dans la grande tradition du jazz. Surtout connu pour sa participation très remarquée au sein du quartet du trompettiste Avishai Cohen, avec qui il a enregistré l'album Into The Silence (ECM, 2016), le pianiste franco-israélien issu de la nouvelle vague du jazz venue de Tel Aviv s'impose ici comme un compositeur doué capable d'inventer des mélodies intemporelles mais aussi et surtout comme un interprète qui parvient à allier modernisme et tradition dans une approche d'une grande originalité. A ne pas rater !

[ Jonathan Avishai Modern Times : The Parade (CD & MP3) ]
[ A écouter : The Parade (présentation) ]


Guillaume Perret : FreeGuillaume Perret : Free (Kakoum Records), France, 23 septembre 2016.

1. Walk (3:00) - 2. Heavy Dance (5:47) - 3. Seduction (5:04) - 4. En Good (4:32) - 5. Inside Song (3:40) - 6. Pilgrim (5:43) - 7. Cosmonaut (4:19) - 8. She's Got Rhythm (4:54) - 9. Inner Jail (5:03) - 10. Susu (2:51) - 11. Birth of Aphrodite (4:49)

Guillaume Perret (sax ténor électrifié, soprano sax électrifié, effets, loop).


Le saxophoniste Guillaume Perret est déjà l'auteur de disques très originaux dans lesquels il bousculait les conventions du jazz. Sorti en 2012, Guillaume Perret & the Electric Epic déboulait comme le tonnerre d'un soir d'été en offrant une musique fusionnelle et sauvage qui sut séduire John Zorn lui-même puisqu'elle fut éditée sur son label Tzadik. Deux années plus tard, le Savoyard remettait le couvert avec Open Me, allumant un nouveau brasier atomique quelque part au croisement entre métal, prog, zeuhl, punk et jazz-rock. Sur ce troisième opus, il revient sans son groupe Electric Epic là où on ne l'attendait pas, en solitaire et plus sage. Ce qui n'empêche pas sa musique d'être toujours aussi surprenante, inclassable et pourvoyeuse d'émotions en tout genre. Avec son saxophone relié à des machines électroniques, Guillaume Perret se fait homme-orchestre, produisant des sonorités qui évoquent aussi bien des instruments de percussion que des guitares, une basse ou des synthés. Que ce soit sur Walk en forme de promenade bucolique, le swinguant She's Got Rhythm, le souriant et mélodique En Good, ou encore sur Pilgrim qui évoque un improbable folklore balkanique, le résultat est à chaque fois bluffant. Et quand il se la joue funky comme sur Susu, sa musique futuriste s'inscrit carrément dans un perspective science-fictionnelle de jazz-bar galactique. Quant à l'envoûtant Birth Of Aphrodite, son étrange mélodie et son atmosphère à fois austère et mystérieuse referment avec brio un album mutant en tout point réussi. Certes, ce n'est pas du jazz au sens strict du mot mais aucune étiquette ne saurait aujourd'hui donner une description correcte de la musique qu'on entend ici. A vous de la découvrir maintenant !

[ Free (CD & MP3) ] [ Guillaume Perret website ]
[ A écouter : Inside Song - Pilgrim (Live at Zenith Sud Nantes) ]






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