CD NEWS : les Nouvelles du Disque (2014)

Chroniques de Pierre Dulieu et Albert Maurice Drion




Retrouvez sur cette page une sélection des grands compacts, nouveautés ou rééditions, qui font l'actualité. Dans l'abondance des productions actuelles à travers lesquelles il devient de plus en plus difficile de se faufiler, les disques présentés ici ne sont peut-être pas les meilleurs mais, pour des amateurs de jazz et de fusion progressive, ils constituent assurément des compagnons parfaits du plaisir et peuvent illuminer un mois, une année, voire une vie entière.

A noter : les nouveautés en jazz belge font l'objet d'une page spéciale.




Charlie Haden - Jim Hall (Impulse!), USA 2014

Bemsha Swing (8:52) - Turnaround (9:32) - Body And Soul (11:14) - Down From Antigua (12:04) - Skylark (9:22) - Big Blues (9:19) - In The Moment (7:04) - Durée Totale : 75'59"

Charlie Haden (contrebasse); Jim Hall (guitare)

Quand on voit les noms de ces deux géants accolés ainsi sur la pochette stylisée d'un label "Impulse!" ressuscité, on a du mal à croire qu'ils nous ont quitté dans le courant de cette année. Quel plus bel hommage dès lors que cet album qui permet de les écouter en duo lors d'un concert de 1990 dans le cadre du Festival de Jazz International de Montreal (Canada). Mélange de reprises (Bemsha Swing de Monk, Turnaround d'Ornette Coleman, plus les standards Body & Soul et Skylark) et de compositions propres aux deux compères (First Song et In The Moment de Haden; Down From Antigua et Big Blues de Hall), le répertoire est l'occasion d'échanges épurés, la guitare cristalline et pratiquement sans effet (sauf parfois un peu de chorus) de Jim Hall se mariant avec grâce au son enveloppant et parfois grondant de la contrebasse de Charlie Haden. Tous les deux ont le sens de l'espace et de la mélodie et, s'il est vrai que leurs chemins ne se sont croisés que rarement (notamment chez Ornette Coleman), ils ont chacun l'habitude des tandems - dans cette même configuration guitare / contrebasse, citons Haden avec Pat Metheny (Beyond The Missouri Sky, 1997), et Hall avec Ron Carter (Telepathy, 2001) - si bien que, comme l'écrit fort justement le pianiste Ethan Iverson dans les notes de pochette, leur rencontre en duo était inévitable. Tout cela ne saurait vous préparer à ce que vous aller entendre ici pendant 76 minutes : la musique est riche, mélodique, novatrice, dissonante, bluesy, swinguante, lyrique, intimiste et véhémante à la fois … Bref, elle est indescriptible. Les deux hommes rejoueront en duo à d'autres occasions et peut-être verra-t-on paraître plus tard d'autres albums similaires mais ce concert mémorable aura difficile à être surpassé.

[ Charlie Haden - Jim Hall (CD & MP3) ]
[ A écouter : Down From Antigua ]
Bill Frisell : Guitar In The Space Age! (OKeh Records), USA 2014

Pipeline (7:06) - Turn, Turn, Turn (2:40) - Messin' With The Kid (2:59) - Surfer Girl (4:14) - Rumble (4:56) - The Shortest Day (4:57) - Rebel Rouser (3:39) - Baja (3:37) - Cannonball Rag (2:56) - Tired Of Waiting For You (6:02) - Reflections From The Moon (3:21) - Bryant's Boogie (3:09) - Lift Off (2:17) - Telstar (3:15) - Durée Totale : 55'08"

Bill Frisell (guitare électrique); Greg Leisz (pedal steel, guitare électrique); Tony Scherr (basse); Kenny Wollesen: (drums, percussions, vibraphone)

Formidable plongée dans le temps pour Bill Frisell qui revisite ici à sa manière quelques grands morceaux de la musique populaire, surtout américaine, des années 50 et 60. Le génie de Frisell par rapport à d'autres relectures modernes est de rester fidèle aux compositions d'origine tout en les agrémentant de passerelles subtiles entre les genres (folk, jazz, country, pop, blues, rock). On reconnait ainsi fort bien le Turn Turn Turn de Pete Seeger dont les guitares rappellent surtout les Byrds qui en firent une version populaire en 1965, ou les accords puissants du mythique Rumble de Link Wray qui en 1958 pava le chemin pour les futurs guitaristes de hard rock. La six cordes de Frisell a a une sonorité cristalline, claquante et volontairement datée, typique de la Fender Telecaster qui venait d'être commercialisée en 1951. Une grande place est réservée aux légendes de la musique surf comme les Beach Boys, Dick Dale, les Astronauts et les Ventures dont leur version de Telstar (composée par Joe Meek des Tornados) est ici refaite avec grâce. Les interactions entre la guitare de Frisell et la lap steel guitare du virtuose Greg Leisz procurent le frisson tandis que l'on comprend soudain pourquoi ces mélodies, qui font désormais partie de l'inconscient collectif, ont un goût d'éternité. Quant à Bill Frisell, par sa simplicité et sa musicalité, il démontre une fois encore qu'être un grand guitariste n'est aucunement lié au nombre de notes que l'on joue par seconde. Brillant !

[ Guitar In The Space Age! (CD & MP3) ]
[ A écouter : Surfer Girl - Rumble - Telstar ]
Johnathan Blake : Gone, But Not Forgotten (Criss Cross Jazz), USA 2014

Cryin' Blues (5:43) - Firm Roots (8:06) - Maracas Beach (4:35) - All Across The City (7:55) - Broski (8:00) - Born Yesterday (6:57) - Circle Dance (6:05) - New Wheels (5:16) - Anysha (5:15) - The Shadower (3:40) - Two For The Blues (6:37) - Durée Totale : 68'13"

Johnathan Blake (drums); Mark Turner (ts); Chris Potter (ts); Ben Street (b)

Quand on acquiert un disque du label Criss Cross Jazz, il faut s'attendre globalement à deux ou trois stéréotypes : 1) la musique sera un post-bop américain moderne mais nourri par la tradition; 2) pour créatifs qu'ils puissent être, les solos ne sortiront que rarement d'un cadre normatif; 3) le répertoire évitera les surprises. Voilà une ligne de conduite qui peut sembler moins ambitieuse que celles suivies par d'autres maisons de disque mais elle a au-moins l'avantage de baliser le terrain de jeu. En tout cas, ces trois caractéristiques se retrouvent dans l'album du batteur montant Jonathan Blake révélé par ses prestations exemplaires aux côtés de Tom Harrell et de Kenny Barron. Ce qui ne gêne par ailleurs aucunement le plaisir que l'on ressent à l'écouter. Il faut dire que les deux solistes sont les saxophonistes ténor Chris Potter et Mark Turner, qui transcendent la musique par des improvisations d'une justesse et d'une rigueur parfaites, et qu'on se réjouit constamment de leur immense créativité aussi bien au niveau personnel que collectif tout en comparant leurs sonorités et leurs styles respectifs. En plus de faire preuve d'un jeu clair et incisif à la réactivité impressionnante, Blake est aussi le compositeur de deux titres originaux de bonne facture, Born Yesterday et le court The Shadower surtout conçu pour mettre en exergue l'opulence d'un jeu de batterie hors du commun. Le reste de l'album consiste en des reprises de morceaux peu usités composés par des artistes majeurs aujourd'hui disparus comme Mulgrew Miller, Jim Hall, Cedar Walton, Paul Motian, Frank Foster et Frank Wess ou Eddie Harris, ce qui explique par ailleurs le titre de l'album : Partis, Mais Pas Oubliés. A la tête d'un tel équipage, complété par Ben Street, le contrebassiste apprécié du quartet de Billy Hart, Johnathan Blake remplit aisément le cahier de charges du label hollandais (pour autant qu'il y en ait un) et ça suffit largement pour rendre cet album captivant du premier au dernier octet.

[ Gone, But Not Forgotten (CD & MP3) ]
[ A écouter : Johnathan Blake quartet live - The Jazz Gallery, NYC, 2013 ]
Charlotte & Mr. Stone : Live at Café du Burgaud (VisionOfSound Records), Belgique / UK 2014

As long as it takes (08:52) - Flic flac, plique (03:50) - Mirrorcrystalspaceship (07:06) - Counting by numbers (03:05) - T'as qu'a pas (11:20) - Durée Totale : 34'12"

Sophie Tassignon (voix & loops); Simon Vincent (électronique live)

As Long As It Takes, premier titre de cet album, a indéniablement des accents de musique classique lyrique jusqu'à ce qu'on se rende compte que, derrière la voix, il n'y a pas d'orchestre avec des instruments traditionnels mais seulement des bruitages électroniques. Car Charlotte & Mr Stone sont en fait un duo intégrant les vocalises de Sophie Tassignon et les effets électroacoustiques de Simon Vincent. Soit deux flux sonores qui se collisionnent, s'entrecroisent et se mêlent, charriant toutes les émotions et les crises d'une aventure inédite en terra incognita. Flic Flac, Plique est exactement ce que son nom indique : des sons qui rebondissent comme des gouttes d'eau sur une trame invisible, sans rythme ni mélodie, ouvrant une porte sur l'infini des possibles. Le cosmique Mirrorcrystalspaceship, qui plonge l'auditeur au cœur d'un épique space-opéra, parvient à contracter le temps au point qu'on peine à croire que ce titre dure sept minutes. Réfractaire à toute description, Counting By Numbers pourrait servir de bande sonore au défilement ininterrompu des chiffres sur les écrans verts de Matrix. Enfin, T'as Qu'a Pas est la seule plage qui comprend des mots, dupliqués, empilés et amplifiés par le miracle de l'électronique, ajoutant au mystère et à la mélancolie diffuse qui traversent cette musique de chambre futuriste. L'album est enregistré live mais on n'entend rien du public, soit absent, soit plus probablement ensorcelé par l'étrange alchimie improvisée en direct par les deux complices. On pense fugacement à Meredith Monk, à Laurie Anderson, à Kaija Saariaho, à Iva Bittova et même à Brigitte Fontaine dont les chansons exploraient aussi, avec humour ou gravité, des mondes poétiques. Visionnaire et expressif, en mouvement perpétuel et un peu magique, ce qu'on entend ici ressemble à un grand moment de funambulisme sonore propre à faire rêver petits et grands.

[ Trees and Birds and Beautiful Things (1er album - MP3) ]
[ A écouter : Charlotte & Mr. Stone live in Sibiu (Roumanie), 2011 ] [ Charlotte & Mr. Stone sur Soundcloud ]
Dewa Budjana : Surya Namaskar (MoonJune Records), Indonésie 2014

Fifty (07:24) - Duaji & Guruji (06:56) - Capistrano Road (05:27) - Lamboya (06:17) - Kalingga (09:10) - Campuhan Hill (05:27) - Surya Namaskar (07:42) - Dalem Waturenggong (07:19) - Durée Totale : 55'43"

Dewa Budjana (guitare acoustique & électrique); Jimmy Johnson (basse); Vinnie Colaiuta (batterie) + invités

Venu du rock et de Bali, le guitariste indonésien Dewa Bujana a une longue carrière derrière lui qui l'a amené à jouer un jazz-rock virtuose mis en valeur sur cet album par l'apport de pointures internationales comme le bassiste Jimmy Johnson (Allan Holdsworth) et l'extraordinaire batteur Vinnie Colaiuta (Frank Zappa, Herbie Hancock). Un casting de rêve pour ce Surya Namaskar (Salut Au Soleil en Balinais) enregistré quasiment en live en studio à Los Angeles en 2013, complété ensuite à Djakarta par quelques ajouts mineurs, et enfin mixé par par l'ingénieur Robert Feist (Allan Holdsworth, Gary Husband, Chad Wakerman et George Benson). Toujours mélodique, la musique rend hommage à quelques grands guitaristes comme Ralph Towner (Campuhan Hill interprété sur une guitare acoustique), John McLaughlin (le riche Duaji & Guruji avec ses couches de guitare empilées), et bien sûr Allan Holdsworth sur Capistrano Road, une ballade sombre sur laquelle Budjana parvient à émuler le phrasé, le son et le sustain si caractéristiques du maestro de la fusion britannique. Ailleurs, Budjana n'oublie pas ses racines en invitant sur Kalinga des musiciens folkloriques qui chantent et jouent sur des instruments soundanais. Désormais reconnu par les plus grands, Budjana n'a eu aucune difficulté non plus à persuader le guitariste Michael Landau d'incruster un solo électrique d'anthologie sur le titre éponyme qu'il accompagne joliment en acoustique. Et sur l'impressionnant Fifty (composé le jour du cinquantième anniversaire du leader en août 2013), c'est le grand claviériste et batteur anglais Gary Husband qui a accepté de soloter sur ses synthés tout en doublant la guitare à l'unisson. Ouvrant de nouvelles perspectives entre jazz, rock et world, à la fois sophistiqué, mélodieux et accessible, Surya Namaskar est tout simplement l'album de fusion le plus frais et le plus enthousiasmant de cette année 2014.

[ Surya Namaskar (CD & MP3) ]
[ A écouter : Duaji & Guruji - Surya Namaskar (+ Michael Landau) ]
Peter van Huffel's Gorilla Mask : Bite My Blues (Clean Feed Records), Canada 2014

Chained (8:24) - What?! (6:21) - Skunk (6:34) - Bite My Blues (11:40) - Broken Flower (6:38) - Fast & Flurious (6:23) - Z (7:43) - Durée Totale : 53'43"

Peter Van Huffel (saxophone alto); Roland Fidezius (basse électrique, effets) ; Rudi Fischerlehner (batterie)

Les mots "punk" et "jazz" ont déjà été accolés jadis dans d'autres circonstances mais aucune musique ne mérite mieux ce label que celle de Bite My Blues, un compact sorti sur le label portugais Clean Feed. Enregistré live à Toronto en 2013 par le saxophoniste canadien Peter Van Huffel et ses acolytes Roland Fidezius à la basse électrique et Rudi Fischerlehner à la batterie, cette musique, qu'il aurait été impensable de jouer en studio, frappe le public entre les deux yeux avec une intensité qui déborde sur la folie. Mais au-delà de l'attitude hardcore qui ne laisse ni chance au lyrisme ni place aux ballades, il émane des sons primordiaux de ce trio en fusion un autre genre d'émotion, celle qui fait naître des frissons dans l'échine quand les aiguilles passent dans le rouge (depuis Tony Williams et john McLaughlin, j'appelle ça l'effet Emergency). Et c'est à peine si l'on prête attention aux variations de tempo, aux références implicites à d'autres cultures situées plus à l'Est, ou à ce diable de saxophoniste qui déroule ses phrases angulaires à toute pompe avec la même dextérité que Vin "Fast & Furious" Diesel négocie ses virages urbains. Certes, à l'opposé d'un jazz smooth et lisse, cette musique est free, radicale, frénétique et même parfois chaotique en dépit de la cohésion sans faille entre les trois instrumentistes, mais elle est également aussi dense, menaçante et excitante qu'un orage de mille éclairs par une nuit d'été.

"Play it loud" pour que vrombisse la basse et claquent les percussions... Et imaginez maintenant la tête d'un mélomane inconditionnel d'harmonies douces et de silences à la ECM qui tomberait par hasard sur cette décharge électrisante. Ha ha !!!

[ Bite My Blues (CD & MP3) ]
[ A écouter : Peter Van Huffel's Gorilla Mask live au Jazz & More Festival (Roumanie, 16/10/2011) ]
Billy Hart Quartet : One Is The Other (ECM), USA 2014

Lennie Groove (6:50) - Maraschino (5:51) - Teule's Redemption (7:21) - Amethyst (8:06) - Yard (5:07) - Sonnet For Stevie (8:43) - Some Enchanted Evening (5:19) - Big Trees (4:14) - Durée Totale : 51'34"

Mark Turner (saxophone ténor); Ethan Iverson (piano); Ben Street (contrebasse); Billy Hart (batterie)

Après un album sans nom sur HighNote en 2006 et All Our Reasons édité par ECM en 2012, One Is The Other est le troisième disque du batteur Billy Hart dans cette configuration comprenant Mark Turner (sax ténor), Ethan Iverson (piano) et Ben Street (contrebasse). Et si la pochette ne se démarque en rien des centaines de photos en noir et blanc illustrant les productions d'ECM, la musique, elle, sort de l'habituel jazz européen prisé par le label munichois pour offrir un post-bop moderne, tranchant, imaginatif et frais dont l'épicentre se situe désormais à New-York. Ce dernier opus marque un nouveau pas en avant pour ce quartet qui apparaît de plus en plus créatif, parvenant même, par sa fluidité, à rendre accessibles des compositions au départ plutôt cérébrales. Ceci transparaît bien dans les anciens titres comme Amethyst ou Lennie Groove dont les nouvelles versions proposées ici sont stupéfiantes. Lennie Groove en particulier, dédié à Lennie Tristano, rassemble toutes les qualités et les potentialités du quartet : rythmique imprévisible, thème aussi complexe que fascinant, unissons sax / piano d'une vitesse et d'une précision stupéfiantes, métriques mutantes sans oublier cette très belle introduction stylée au piano par un Iverson qui s'affirme ici comme un pianiste encore beaucoup plus impressionnant qu'il ne l'est au sein de son groupe The Bad Plus. Quand à Mark Turner, si son ténor n'a pas la rondeur chaleureuse d'un Michael Brecker, on le sent en contrôle total et perpétuellement sur le fil du rasoir à la recherche de la phrase inédite que personne n'a encore formulée auparavant. L'écouter improviser et lâcher une bombe émotionnelle sur Some Enchanted Evening, le seul standard du répertoire, est un véritable enchantement. Enregistré dans les Studios Avatar de New York au printemps 2013, One Is The Other est l'une des plus captivantes productions de Manfred Eicher sorties en ce début d'année 2014.

[ One Is the Other (CD & MP3) ]
[ A écouter : Yard - Billy Hart Quartet live en 2013 ]
Stéphane Escoms Trio : Meeting Point (Autoproduction), France 2014

K.M.A. (6:00) - Marrakech (4:52) - Mario (5:20) - Pick-A-Boo (5:21) - Rajan's Song (8:04) - Yellow Fruits (5:29) - Market Under The Rain (5:32) - Ausencia (4:30) - Mario (Duo version) (4:43) - Marrakech (Trio version) (5:43) - K.M.A. Remix (6:28) - Durée Totale : 61'57"

Stéphane Escoms (piano, compositions); Jérémi Lirola (contrebasse); Francesco Rees (batterie) + Invités

Il sort aujourd'hui un flopée d'autoproductions dont beaucoup passent malheureusement inaperçues alors qu'on y trouve de vrais projets roboratifs dont certains valent bien, en qualité comme en originalité, ceux édités par des labels majeurs. C'est le cas de ce Meeting Point enregistré et mixé professionnellement au Studio Downtown de Strasbourg. Composé par le pianiste bulgare Mario Stantchev, le premier titre K.M.A. est une belle surprise : le thème primesautier qui s'incruste dans la mémoire et les improvisations hard-bop qui en découlent évoquent l'insouciante gaieté des compositions d'Horace Silver au temps où il faisait les beaux jours du label Blue Note. L'interprétation en trio est aérienne, sophistiquée et pleine de soul, bien plus excitante à mon goût que le remix électro du même titre ajouté en queue de disque. Le reste, entièrement écrit par Escoms, est d'une surprenante variété. Ses compositions mélodiquement très riches sont ensemencées par d'autres cultures mais d'une manière subtile, jamais ostentatoire. Escoms a eu en outre la bonne idée d'inviter quelques musiciens qui, le temps d'un morceau, apportent d'autres couleurs sonores. La voix légère de la chanteuse équatorienne Maria Tejada renforce ainsi le côté latin de la ballade Ausencia tandis que G.S. Rajan prête sa flûte bansuri sur un Rajan's Song nostalgique qui lui est dédié. Quant à Marrakech, avec ses rythmes et ses nuances arabo-andalouses, c'est l'un des sommets du répertoire qui, à l'instar du Caravan de Juan Tizol, a le pouvoir de faire éclore des images tout droit sorties d'un désert fantasmé. Ce morceau qui bénéficie d'un solo de guitare et d'un arrangement d'Anthony Winzenrieth témoigne aussi de la souplesse et du dynamisme de la section rythmique composée du contrebassiste Jeremy Lirola et du batteur Francesco Rees. A noter qu'une version en trio de cette composition est également proposée et qu'elle ne perd rien dans cette configuration de son pouvoir de séduction. Résultat probant d'une vision artistique large mais précise, Meeting Point est une belle réussite et une superbe carte de visite pour ce fantastique trio qu'on a maintenant hâte de découvrir sur scène.

[ Meeting Point (MP3) ]
[ A écouter : Rajan's Song ]
Peter Van Huffel - Michael Bates - Jeff Davis : Boom Crane (Fresh Sound / New Talent), Canada 2014

More (5:02) - Jest (3:16) - Automatic Vaudeville (6:13) - Not A Living Soul (8:16) - Tower In The Trees (3:29) - Boom Crane (6:24) - Slipper Hero (8:41) - Talk to Me (6:31) - Quasar (3:54) - On Equilibrium (5:45) - Fast and Flurious (2:37) - Durée Totale : 61'00"

Peter Van Huffel (as, cl); Michael Bates (b); Jeff Davis (dr)

Les trois premiers titres More, Jest et Automatic Vaudeville génèrent une intensité cyclonique. A la fois abstraite, précise et nerveuse, la musique évoque une foule de références qui vont de Jackie McLean à Ornette Coleman en passant par Steve Coleman. Le contrebassiste, le batteur et le saxophoniste alto entretiennent une relation marquée par des années d'écoute et d'échange si bien que les interactions sont portées à un niveau maximum d'incandescence, renforçant la cohésion et la densité de ce jazz urbain qui grouille de vie à l'instar de cette mégapole newyorkaise où il est né. Sur Not A Living Soul, Van Huffel a accroché bout à bout de multiples sections aux tempos variables qui s'enchaînent comme les épisodes imprévisibles d'un feuilleton speedé. Dans cette arcane sonore, le saxophone part en errance sans retenue ni filet avant d'exploser tel une scène ultra-violente d'un long métrage de Quentin Tarentino. La composition défile ensuite comme un road movie où se succèdent périodes intenses et moments de calme précaires. Après ce flux torrentiel, Tower In The Trees apparaît comme un interlude bienvenu. Interprété à la clarinette, la composition explore un univers vaguement mystérieux, installant un climat un peu inquiétant dont on regrette seulement qu'il ne dure pas plus longtemps. Le trio continue par la suite à délivrer avec véhémence un jazz moderne et pétri de références à ce que cette musique offre de plus novateur, mais aussi imprévisible et varié. Ainsi, en vrac : le titre éponyme rappelle le discours de Coltrane période Impulse!; Slipper Hero est rehaussé par un beau solo à l'archet de Michael Bates; Talk To Me, qui débute comme une ballade, tombe dans un crescendo hallucinant bâti autour du phrasé prolixe de Van Huffel; Equilibrium est une autre composition à tiroirs alternant guerre et paix dans une construction sophistiquée; et le bien nommé Fast And Furious, qui clôt cet album, n'est qu'un cri libertaire en parfaite communion avec celui de cet indomptable du free jazz que fut Albert Ayler. Et puis, au milieu de tout ça, il y a cette fantastique improvisation collective sur ce thème cosmique intitulé Quasar d'où se détache une clarinette tout en rondeur d'ébène, enfin sereine et apaisée. Un grand merci au label Fresh Sound qui ose encore donner la parole à des formations aussi novatrices, brillantes et captivantes que celle-ci.

[ Boom Crane (CD & MP3) ]
[ A écouter : Boom Crane - Not A Living Soul ]
Vijay Iyer : Mutations (ECM), USA 2014

Spellbound and Sacrosanct, Cowrie Shells and the Shimmering Sea (7:39) - Vuln, Part 2 (4:34) - Mutations I-X: Air (4:13), Rise (2:43), Canon (5:48), Chain (5:25), Automata (6:31), Waves (3:00), Kernel (5:59), Clade (1:34), Descent (5:16), Time (4:00) - When We're Gone (3:30) - Durée Totale : 60'13"

Vijay Iyer (piano, électronique); Miranda Cuckson (violon); Michi Wiancko (violon); Kyle Armbrust (violon alto); Kivie Cahn-Lipman (violoncelle)

C'est une première surprise de retrouver sur le label munichois ECM (Edition Of Contemporary Music) ce pianiste d'origine indienne au jeu mêlant virtuosité, éclectisme et approche mathématique. Il y avait déjà fait une apparition en 2007 sur un disque de Roscoe Mitchell (Far Side) mais, maintenant, c'est sous son nom que ce nouvel album est édité. La seconde surprise provient du style de musique offert sur ce disque qui est consacré à des compositions pour piano solo avec ou sans effets synthétisés (dont une reprise de Spellbound and Sacrosanct qui figurait sur son premier disque Memorophilia sorti en 1995) mais surtout à Mutations, une pièce de musique de chambre en dix mouvements pour un quartet à cordes, un piano et un laptop créant des sons électroniques. Sans être vraiment atypique dans le contexte d'ECM, la musique marque par contre une approche nouvelle pour Vijay Iyer qui se concentre davantage sur ses facultés de compositeur et sur une voie expérimentale testant les possibilités d'interaction entre improvisations et musique écrite. Le résultat est évidemment non conventionnel avec des passages atmosphériques, d'autres atonaux qui conviendraient bien à une bande sonore de film SF et d'autres encore plus lyriques et classicisants, le tout mutant en permanence pour créer une structure organique en évolution. C'est aussi mystérieux que relaxant mais ceux qui apprécient l'oeuvre en trio ou en solo du pianiste sont quand même invités à écouter avant d'acheter.

[ Mutations (CD & MP3) ] [ Vijay Iyer parle à propos de Mutations ]
John Escreet: Sabotage And Celebration (Whirlwind Recordings), UK 2013 - [ Chronique de Albert Maurice Drion ]

Axis of Hope (2:12) - He Who Dares (7:46) - Sabotage and Celebration (11:40) - The Decapitator (7:29) - Laura Angela (5:35) - Animal Style (8:41) - Beyond Your Wildest Dreams (9:21) - Durée Totale : 52'48"

John Escreet (piano, Fender Rhodes, clavecin); David Binney (saxophones alto et soprano); Chris Potter (saxophone ténor); Matt Brewer (contrebasse); Jim Black (batterie); Adam Rogers (guitare: 5, 7); Louis Cole (vocals: 7); Genevieve Artadi (vocals: 7); Nina Geiger (vocals: 7)
Section à cordes: Fung Chern Hwei (violon); Annette Homann (violon); Hannah Levinson (violon alto); Mariel Roberts (violoncelle); Garth Stevenson (contrebasse)
Brass section: Shane Endsley (trompette); Josh Roseman (trombone)

John Escreet, un nom à retenir, écrivions-nous dans ces mêmes colonnes à propos de son album Exception To The Rule qui nous avait fait découvrir ce jeune pianiste. Avec cette nouvelle production, Sabotage And Celebration, non seulement le talent du musicien anglais se confirme mais il nous est permis de découvrir toutes les facettes d’un artiste qui, décidément, aime surprendre. Certes, on retrouve de la virtuosité sur des titres comme He Who Dares, mais également de l’inventivité sur l’étonnant Sabotage And Celebration dont l’introduction décapante aux accents free n’est pas sans rappeler les fulgurances d’un certain John Zorn ainsi que sur le surprenant The Decapitator, titre où le trio qu’il constitue avec le batteur Jim Black et le contrebassiste Matt Brewer fait merveille, avec des échappées où John Escreet prend, on n’en doute pas, plaisir à improviser et à multiplier les audaces, son jeu pouvant se révéler à certains moments étonnamment percussif. Mais le leader démontre également des talents indéniables de compositeur et, si certains titres sont d’une veine nettement plus avant-gardiste (les déjà cités Sabotage And Celebration et The Decapitator), d’autres compostions démontrent que le pianiste ne renie en rien la tradition d’un jazz à la veine plus classique. Ainsi, on résiste mal aux lignes mélodiques d’un attachant Laura Angela où John Escreet nous gratifie d’une délicieuse improvisation au Fender Rhodes et d’un Animal Style où Chris Potter fait parler, un fois de plus, tout son talent.

Mais à côté de tout cela, épaulé par une section de cordes et de cuivres, John Escreet se révèle être également un excellent arrangeur. Ainsi l’album s’ouvre sur Axis Of Hope qui nous fait penser aux musiques originales des films des années 50 ou 60. Et c’est dans la continuité des arrangements de cette composition que se greffe le second titre de l’album He Who Dares. Magistral, tout comme l’est le titre final de l’album Beyond Your Wildest Dreams: une introduction toute en retenue et en finesse, des arrangements savamment construits, des voix qui sont un enchantement, des nappes de cordes judicieusement rythmées et, pour clore le tout, la maitrise de David Binney mariant le son de son saxophone alto à celui des violons avant de s’échapper dans une improvisation au saxophone soprano parfaitement maîtrisée.

Pas un moment d’ennui à l’écoute de cet album qui confirme ainsi tout le bien que nous pensons de ce pianiste qui fera, le doute n’est plus permis, encore parler de lui. Mais cela, nous vous l’avions déjà annoncé !

[ Sabotage & Celebration (CD & MP3) ]
If Trio : Imaginary Folklores (Homerecords.be), France / Finlande / Argentine 2014

Dans Le Décor (5:36) - Capricorne (4:27) - Sirius B (7:04) - Njidgu (4:06) – Ombras (5:11) - La Bataille (4:44) – Stratométrique (7:53) - Crustacés (2:35) - Durée Totale : 41'33"

Otso Lähdeoja (guitare); Florian Guibert (flûte); Mauro Sarachian (violoncelle)

Les ensembles de musiciens d'horizons différents, surtout lorsqu'ils ne sont pas dominés par un leader, ont souvent conduit à des musiques, aussi étranges que nouvelles, reflétant des bribes des cultures originales de leurs membres. On se souvient par exemple du California Guitar Trio (USA, Belgique et Japon) ou encore de Trisan (Chine, Irlande et Japon) dont les musiques internationales nées de voix distinctes et complémentaires sont de surprenantes réussites. Ainsi en est-il également de If Trio, un ensemble cosmopolite réunissant Le guitariste finlandais Otso Lähdeoja, le flûtiste français Florian Guibert, et le violoncelliste argentin, Mauro Sarachian. Constitué au fil de rencontres fortuites, ce trio acoustique interprète des compositions complexes qui, à l'écoute, restent toutefois très accessibles. Dès le crescendo du premier titre intitulé Dans Le Décor, on est ainsi emporté dans un maelstrom de sonorités plutôt enchanteresses tandis que la fusion des trois instruments est telle qu'il s'en dégage une sérénité collective. La précision et la dynamique de la musique classique contemporaine du XXème siècle s'alliant aux rythmes des musiques du monde et à la liberté du jazz, l'auditeur découvre peu à peu une musique de chambre extravagante, parfois mélancolique, et toujours ivre de liberté. Envoûtante, la flûte de Florian Guibert conjure des songes de charmeur de serpent sur des ostinatos ingénieux concoctés par ses complices. Avides d'établir des connexions, les neurones font naître fugacement des images d'Orient (Capricorne), de ciel étoilé (Sirius B), de savanes africaines (Njidgu), ou de sierras écrasées de soleil (Ombras) mais tout cela est subjectif car, comme le titre de l'album l'indique, cette musique abstraite relève entièrement d'un folklore imaginaire. L'enregistrement, réalisé dans les studios de l’ancienne gare de la ville frontalière de Jeumont, réaménagée en plateforme d’art et de technologie numérique, est magnifique. Il met en perspective avec une clarté exemplaire les nuances et l'expressivité des sons déployés par les trois virtuoses. Edité par le label belge Homerecords, le compact est emballé dans une superbe pochette conçue par Florian Guibert en accord avec le thème de l'album. Une fois étalés, les trois volets du digipack révèlent en effet un puissant dragon aérien qui est une représentation visuelle adéquate des mondes mythiques évoqués par la musique de ce trio hors-normes.

[ If Trio chez Homerecords ] [ If Trio sur Soundcloud ]
Ralph Alessi : Baida (ECM), USA 2013 - [ Chronique de Albert Maurice Drion ]

Baida (5:24) - Chuck Barris (7:36) - Gobble Goblins (4:04) - In-Flight Entertainment (4:35) – Sanity (4:46) - Maria Lydia (5:46) – Shank (4:44) - I Go, You Go (6:13) - Throwing Like a Girl (5:35) - 11/1/10 (6:08) - Baida (reprise) (3:32) - Durée Totale : 58'41"

Ralph Alessi (trompette, compositions); Jason Moran (piano); Drew Gress (contrebasse); Nasheet Waits (batterie)

Dès le premier morceau, Baida, titre éponyme du disque, s’imposent une atmosphère, un climat, une ambiance. Les multiples facettes du talent du trompettiste s’exposent tout au long de cet album, esquissant un paysage sonore aux accents variés : atmosphère étrange voire intrigante dans Baida et 11/1/10, rythmes plus enjoués et entraînants dans Chuck Harris et Gobble Goblins, multiples variations et complexité de la structure dans In-Flight Entertainement et Shank, émotion et sensibilité dans Sanity et Maria Lydia, tissu mélodique tout en relief de I go, You Go, sérénité et profondeur dans Throwing Like A Girl. Ralph Alessi pour sa première incursion au sein du label ECM, maitrise mieux que jamais la sonorité de son instrument : riche, profonde, parfois torturée mais sans excès ou fioriture inutile. Tout est centré sur ce qui est essentiel à la musique, servant ainsi avec intelligence des compostions, toutes de la plume du leader, qui, si elles ne sont pas toujours aisées d’approche, s’imposent au fil des écoutes, séduisent ou encore interpellent…

Ralph Alessi est servi pour cet enregistrement par un trio de musiciens dont le talent n’est plus à démonter. Faut-il encore répéter que Jason Moran est un accompagnateur hors pair. Son talent fait encore une fois mouche tant son jeu enrichit avec bonheur les dix compositions de l’album. Quant au batteur Nasheet Waits, qui ne surprend guère tant il est égal à lui-même, il n’est qu’à souligner toute la subtilité et l’à-propos de son jeu sur des titres tels que In-Flight Entertainement ou Throwing Like A Girl. Et le contrebassiste Drew Gress, apporte à chacun des morceaux de l’album une couleur et une profondeur qui accentuent le climat qui s’en dégage.

Baida marque ainsi un véritable tournant dans la carrière de Ralph Alessi qui s’impose de plus en plus comme un des musiciens les plus en vue de la scène jazz actuelle.

[ Baida (CD & MP3) ]
[ Ralph Alessi parle de Baida (ECM) ]
Serge Adam : Up to 1970 (LP Quoi de Neuf Docteur), France 2014

Up 124 (11:07) - Up 132 / Up 104 (15:18) - Up 150 (10:37) - Up 168 (6:03) - Durée Totale : 43'05"

Serge Adam (trompette,composition); Pierre de Bethmann (Fender Rhodes); Benoît Delbecq (claviers, électronique); Benjamin Henocq (batterie); Christelle Séry (guitare électrique); Romuald Tual (beat machine, électronique); Zaf Zapha (basse électrique); Eric Vernhes (vidéo); Djengo Hartlap (spatialisation, sound diffusion)

Comme l'indique explicitement son titre, ce projet a l'ambition de ressusciter le courant musical d'une époque, en l'occurrence cette fusion électrique de jazz, de rock et de R&B que Miles Davis concrétisa à partir de 1970 par ses albums Bitches Brew, Jack Johnson et On The Corner. Dans ce but, le trompettiste Serge Adam a réuni autour de lui un septet efficace incluant Pierre de Bethmann au Fender Rhodes, Benoît Delbecq aux claviers et Benjamin Henocq à la batterie. Conscient qu'il ne suffirait pas pour s'imposer aujourd'hui de reproduire fidèlement une musique datée quoique désormais intemporelle, Adam y a injecté une bonne dose d'électronique tout en l'habillant d'une imagerie vidéo traitée en temps réel. En concert, cet aspect visuel procure une ambiance de happening et accentue le côté psyché d'un spectacle qui, si l'on en juge par les vidéos, renvoie autant aux Mothers of Invention qu'à Miles Davis. Certes cette musique n'est plus aussi provocatrice qu'elle l'était au début des seventies mais quand elle est jouée avec la férocité et la passion requises (comme c'est le cas ici), les affamés de groove ressentent à nouveau des frissons dans l'échine. Quatre titres seulement sont au répertoire et tous sont des pièces ouvertes propices aux improvisations débridées, avec la trompette du leader en tête de proue louvoyant au-dessus des claviers brûlants sur une rythmique entêtante. Mission : mettre le feu aux poudres et, tel une machine de Tesla, zébrer l'air de nervures électriques. Au cours de la dernière décennie, le projet Yo Miles de Henry Kaiser et Wadada Leo Smith a montré que les musiques intenses du Miles électrique laissaient beaucoup d'espace pour de nouvelles explorations et ce collectif le confirme : on n'en a pas encore fini avec ce système sonique inventé il y a plus de quarante ans et trop vite relégué aux oubliettes. Finalement, la seule critique que l'on fera à ce disque est de ne pas avoir confié la pochette à un Abdul Mati Klarwein local. Quitte à assumer un héritage, valait autant le faire jusqu'au bout !

[ Up To 1970 sur Quoi De Neuf Docteur ]
[ Up 104 (Agora theater Evry - 26/11/2010) ] [ Up 230 (Agora Theater Evry - 26/11/2010) ] [ UP 168 (Pôle Sud Strasbourg - 13/04/2012) ]
Pat Metheny Unity Group : Kin (<—>) (Nonesuch), USA 2014

On Day One (15:15) - Rise Up (11:56) - Adagia (2:14) - Sign Of The Season (10:14) - Kin (←→) (11:02) - Born (7:51) - Genealogy (0:38) - We Go On (5:32) - Kqu (5:27) - Durée Totale : 70'14"

Pat Metheny (gt, guitare synthé, electronique, Orchestrion, synthés); Chris Potter (sax ténor, sax soprano, clarinette basse, clarinette, flûte alto, flûte basse); Antonio Sanchez (drums, cajon); Ben Williams (basses acoustiques et électriques); Giuilio Carmassi (piano, trompette, trombone, cor, violoncelle, vibraphone, clarinette, flûte, sax alto, Wurlitzer, flûte à bec, sifflement, vocals)

Les disques de Pat Metheny n'ont certes pas manqué au cours de ces dix dernières années mais le jazz frais et mélodique du Pat Metheny Group, dont le dernier album, The Way Up, date déjà de 2005, nous a aussi beaucoup manqué. Voilà cependant qu'avec ce Unity Group, le guitariste renoue avec la même veine qui fit autrefois son immense succès populaire chez ECM et chez Geffen. Sauf que cette fois, Lyle Mays n'étant plus à bord, le guitariste partage la vedette avec ce saxophoniste, clarinettiste et flûtiste de haut vol qu'est Chris Potter. En plus d'une rythmique élastique composée du batteur Antonio Sanchez et du bassiste Ben Williams, le combo bénéficie également de la présence du multi-instrumentiste Giuilio Carmassi, un musicien capable de jouer à priori de n'importe quel instrument passant dans ses mains et capable aussi du même coup de transformer le quintet en un petit orchestre aux textures riches et multiples. Des textures auxquelles sont encore intégrées occasionnellement une électronique subtile et même ce fameux robot musical conçu par Metheny et dénommé orchestrion. Tout ça signifie que les lignes mélodiques aussi ensorcelantes que complexes sont de retour de même que la dimension épique d'une fusion multiculturelle, les formes et les métriques mouvantes, les marimbas, les vocalises légères et les clappements de mains sans oublier la sonorité si caractéristique de la guitare du leader qui a façonné l'esthétique de tous les disques du PMG. C'est aussi beau qu'au temps de First Circle, de Letter From Home et de We Live Here avec juste un peu plus d'espace pour des improvisations étendues que se partagent avec volupté le souffleur et le guitariste. Kin, c'est du grand art et c'est un bel album pour un très large public !

[ Kin (CD & MP3) ]
[ Kin (←→) : Preview ]
Tord Gustavsen Quartet : Extended Circle (ECM), Norvège 2014

Right There (2:54) - Eg Veit I Himmerik Ei Borg (5:39) - Entrance (2:52) - The Gift (6:20) - Staying There (4:52) - Silent Spaces (3:32) - Entrance, var. (2:46) - Devotion (4:35) - The Embrace (4:59) - Bass Transition (0:43) - Glow (5:11) - The Prodigal Song (6:23) - Durée Totale : 50'46"

Tord Gustavsen (piano); Tore Brunborg (saxophone ténor); Mats Eilertsen (contrebasse); Jarle Vespestad (drums)

Ce pianiste norvégien au toucher sensible en est à son sixième disque pour le label ECM. Le titre, Extended Circle, se réfère à la complétude d'un cercle musical comprenant deux trilogies : la première incluant les trois albums en trio Changing Places (2003), The Ground (2005) et Being There (2007); et la seconde, les trois œuvres en quartet Restored Returned (2009, + vocals), The Well (2012) et celui-ci. Sans changement fondamental de style, Extended Circle est une nouvelle collection de thèmes lyriques et chantants inspirés par le gospel ou par le folklore nordique. Et cette fois encore, la magie opère tandis que la beauté surgit des mélodies et des subtiles interactions spontanées entre les musiciens qui semblent désormais de plus en plus naturelles et créatives. Composée de Mats Eilertsen à la contrebasse et du complice de longue date Jarle Vespestad à la batterie, la section rythmique souligne avec douceur la musique nostalgique du leader tandis que le saxophoniste Tore Brunborg est le souffleur idéal pour ce genre de musique. Directement inspiré par Jan Garbarek, Brunborg s'en distingue toutefois par un son plus doux et plus chaleureux qui démontre en effet une connivence naturelle avec l'univers de Gustavsen. Ceux qui ont apprécié les œuvres précédentes du pianiste peuvent se plonger sans aucune réticence dans celle-ci : ils y retrouveront les mêmes ambiances à la fois contemplatives et spirituelles.

[ Extended Circle (CD & MP3) ]
[ The Gift ]
Christian McBride Trio : Out Here (Mack Avenue Records), USA 2013 / 2014 (France)

Ham Hocks and Cabbage (8:25) - Hallelujah Time (4:03) - I Guess I'll Have to Forget (8:26) - Easy Walker (6:42) - My Favorite Things (9:19) - East of the Sun (And West of the Moon) (7:41) - Cherokee (5:39) - I Have Dreamed (8:27) - Who's Making Love (6:18) - Durée Totale : 65'02"

Christian McBride (basse); Christian Sands (piano); Ulysses Owens, Jr. (drums)

Out Here est le second album sorti par Christian McBride en 2013. Versatile, le contrebassiste a enregistré toutes sortes de musiques dans sa déjà longue carrière. Après avoir joué en quintet un post-bop plus moderne sur People Music, voici qu'il se cantonne maintenant à un répertoire de jazz traditionnel qu'il interprète en trio avec une fraîcheur inégalable. McBride et ses complices, le pianiste Christian Sands et le batteur Ulysses Owens, Jr., s'en donnent à cœur joie en improvisant sur les mélodies d'Oscar Peterson (Hallelujah Time), les standards de Rogers & Hammerstein (My Favorite Things et I Have Dreamed) ou le fameux Cherokee de Ray Noble. Quant aux deux seuls morceaux originaux, ils s'inscrivent parfaitement dans ce répertoire tout en swing et en séduction. Les interactions sont brillantes même si c'est McBride, musicien à la technique monstrueuse, qui s'impose ici comme le maillon fort du jeu, allant même sur certaines plages jusqu'à voler la vedette à son jeune et talentueux pianiste par des improvisations d'une fluidité exemplaire. Il clôture son disque par une reprise de Who's Makin' Love, un classique du R'n'B popularisé autrefois par Johnnie Taylor, qui groove en douceur tel le soul-funk d'un Les McCann. Rien de neuf certes, mais Out Here ne saurait laisser insensible les amateurs d'un jazz mainstream revisité ainsi dans une interprétation brillante et une production immaculée.

[ Out Here (CD & MP3) ]
[ Who's Making Love ]
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