Les chaînes d’Eymerich

(Et La Musique Qui Va Avec !)





La chronique

Né en 1320, le père Nicolas Eymerich est devenu le Grand Inquisiteur d’Aragon mais en 1365, le temps des grandes hérésies et des répressions qui les ont accompagnées est passé et les derniers hérétiques isolés ont été brûlés à Carcassonne en 1329. L’inquisition s’est professionnalisée et a perdu de son pouvoir, devenant peu à peu l’enjeu d’influences et de luttes politiques. Pourtant, voilà qu’un noble fait une révélation au pontife Urbain V : une communauté d’hérétiques cathares, derniers survivants de la secte ayant échappés au bûcher de Montségur, ont traversé les Alpes et se sont installés à Châtillon dans le comté de Savoie. Pour s’allier la noblesse locale dont il a besoin pour sa prochaine croisade, le pape envoie sur place le plus habile de ses inquisiteurs : Eymerich, un Dominicain érudit recourant à une logique implacable au service d’une Eglise totalitaire, un homme ambitieux et solitaire au caractère inébranlable, aux pulsions agressives, au regard glacial et aux réparties vénéneuses. Mais dans les vallées de Savoie, il sera confronté à de nouvelles croyances païennes et, bien plus encore, à des créatures diaboliques mi-hommes mi-bêtes qui hantent les forêts des alentours. Ce qui fait de ce roman un livre de science-fiction, c’est que les clés de cette histoire ne se trouvent pas dans le siècle de l’inquisiteur, elles sont liées à des expériences modernes et à la puissance d’une organisation redoutable qui, au vingtième siècle, utilise la manipulation génétique pour de sombres profits. Du bunker de Hitler à un concert punk dans le Sud de la France, de réunions secrètes de groupuscules fascistes en conférences scientifiques, d’un hôpital de Guatemala City à un charnier lugubre de Timisoara, Evangelisti pratique la narration en parallèle en alternant plusieurs récits et nous fait traverser l’espace et le temps, démêlant au fil des pages l’inextricable écheveau de coïncidences et de chaînes qui lient l’ensemble des évènements. Mais si le futur explique le passé par un habile jeu d’intrigues entrecroisées, c’est bien au XIVe siècle que cette histoire foisonnante trouvera sa mystérieuse conclusion. Eymerich tiendra son tribunal et ramènera l’ordre dans une région troublée et divisée en découvrant les secrets du colchique, des lémures de la forêt et du puit de la résurrection, établissant ainsi un lien effarant entre les hérétiques du Moyen-âge et les hommes machiavéliques d’aujourd’hui.


Das Geheimnis des Inquisitors (Heyne)
L'auteur et la série des Eymerich

Diplômé en sciences politiques, fonctionnaire au cadastre et professeur d'histoire à l’université, rien ne destinait Valerio Evangelisti, né à Bologne en 1952, à écrire des romans fantastiques et de science-fiction. Pourtant, à l’instar d’un Umberto Eco (Le Nom de la Rose), cet universitaire de gauche amateur de Fantômas et autres Arsène Lupin va à quarante ans abandonner ses essais sociologiques pour le roman populaire et créer avec la saga de son personnage ambigu dénommé Nicholas Eymerich, l’une des plus fascinantes séries mêlant histoire médiévale, épouvante et théories pseudo-scientifiques modernes. Passant continuellement d’un univers à la Jerôme Bosh à un monde actuel gouverné par la science, Evangelisti établit en effet de surprenantes causalités et dépendances entre d’une part les diableries et les superstitions de l’époque médiévale et d’autre part, les découvertes les plus récentes de la génétique ou de la mécanique quantique. C’est une idée forte dont l’auteur parviendra à tirer le meilleur. D’ailleurs, couronnée dès le premier tome par le prix Urania en 1994, la série des Eymerich s’imposera très vite en France et ailleurs comme l’une des plus passionnantes et innovantes de la littérature moderne consacrée à l’imaginaire. Paru en 1995 sous le titre original « Le catene di Eymerich », les chaînes d’Eymerich est le deuxième tome d’une série qui en comprend déjà huit (dont six ont été traduits en français) et il compte certainement parmi les meilleurs.

Nicholas Eymerich, Inquisiteur (Delcourt)
Les huits livres de la série "Eymerich" repris par ordre chronologique d'édition :

  • 1994 - Nicolas Eymerich, Inquisiteur (Payot & Rivage 1998, Pocket 1999 et 2004)
  • 1995 - Les chaînes d’Eymerich (Payot & Rivages 1998, Pocket 1999 et 2004)
  • 1996 - Le corps et le sang d’Eymerich (Payot & Rivages 1999, Pocket 2000)
  • 1996 - Le mystère de l’Inquisiteur Eymerich (Payot & Rivages 1999, Pocket 2001)
  • 1997 - Cherudek (Payot & Rivages 2000)
  • 1998 - Picatrix: l’échelle pour l’enfer (Payot & Rivages 2002)
  • 2001 - Il castello di Eymerich
  • 2002 - Mater Terribilis

La musique

Pour pénétrer dans le monde d’Eymerich, quoi de plus approprié que des disques de métal gothique que l’on préfèrera progressifs pour rester fidèle à la ligne éditoriale du site. Les livres eux-mêmes ont d’ailleurs inspirés plusieurs groupes du genre (Time Machine notamment) et Valerio Evangelisti, apparemment amateur de ce style de musique, a aussi édité un recueil de nouvelles intitulé Heavy Metal comprenant quatre histoires dont les noms évoquent ceux de groupes célèbres : Venom (où intervient aussi l’inquisiteur), Pantera, Sepultura et Metallica. Voici deux albums de Rock Métal Progressif dont les concepts sont totalement en phase avec la série de Evangelisti et dont la qualité musicale est telle qu’on peut les faire tourner en boucle sans lassitude en lisant les aventures du plus célèbre des inquisiteurs.


Time Machine : Evil - liber Primus
Time Machine : Evil - Liber Primus (Lucretia Records), Italie 2001
Le concept de ce sixième album du groupe italien Time Machine est directement inspiré du cinquième roman de la série des Eymerich, Cherudek. Heavy Rock progressif mélodique dans la veine de Vanden Plas, le disque bénéficie désormais de la présence de deux guitaristes, Joe Taccone et Gianluca Ferro, alors que les claviers sont tenus par le bassiste Lorenzo Deho, membre fondateur de TM en 1992. Heureusement, le groupe a invité Roberto Gramegna qui, en plus des synthés additionnels, s’est chargé des superbes orchestrations procurant un enrobage symphonique grandiose aux compositions, Eddy Antonnini (de Skylark) affecté au piano sur Eyes Of Fire et enfin, cerise sur le gâteau, la vocaliste Melody Castellari qui ajoute sa voix céleste au mixage quand c’est nécessaire. La particularité de Time Machine est le son ouvert dominé par les claviers, du piano à l’orgue d’église, qui tressent des tessitures riches propulsées par une rythmique puissante chargée de fréquences à la limite des infrasons. Le nouveau chanteur Pino Tozzi est doté d’une voix claire et parfaitement audible qui échappe avec légèreté à la pesanteur de la musique. Et surtout, les textes sombres, qui sautent de l’époque des hérésies à celle de la toile cybernétique, sont en phase avec l’univers effroyable et cynique des romans d’Evangelisti qui a par ailleurs contribué au script de l’album. Et comme on peut le deviner sur base de cet extrait, ils ont leur part de ténèbres : in the past your name was Serpent, now it's New Economy, once I used to set fire to witches, now I track you down through the screen… Evil, premier opus d'une trilogie dédiée à Eymerich, est un disque savamment construit pour plaire aux lecteurs des étranges aventures du dominicain machiavélique.

Royal Hunt : Paradox
Royal Hunt : Paradox (Magna Carta), Danemark 1997
Dans le même genre Heavy Rock Progressif et mélodique, Paradox est une belle réussite dont une bonne part est redevable à la voix puissante et étendue du chanteur DC Cooper et aux compositions habiles d’André Andersen qui par ailleurs est aussi un véritable sorcier des claviers. Mixant à l’instar de Kamelot et de Queensryche, ambiances atmosphériques, Heavy Metal et savantes orchestrations néo-classiques, Paradox est un disque varié et facile à écouter certes dominé par les claviers mais offrant aussi quelques parties de guitare réjouissantes dues à Jacob Kjaer. Quant à Andersen, il fait morpher ses synthés d’une simple flûte pastorale à un piano classique en passant par un orchestre à cordes au complet quand il n’évoque pas un Jon Lord déjanté au sein d’un Deep Purple futuriste. Comme peut le laisser supposer la pochette, le concept du disque est une réflexion théologique avec beaucoup de questions fondamentales (mais peu de réponses). La divinité est au centre du concept et les chansons illustrent la façon dont les hommes cherchent à communiquer avec lui ainsi que le doute et la désillusion qui les submergent quand le monde se déchire dans l’indifférence. Si la religion est critiquée pour ses excès à travers les âges (Message To God), il n’en apparaît pas moins en filigrane cet incompréhensible mystère qui toujours interpelle : Shadows on the wall, voices down the halls calling me, Over and over again… Peut-être est-ce à cause du chanteur DC Cooper qui fait ici sa dernière apparition avec le groupe danois ou alors du concept particulier de l’album qui, en combinant l'ombre et la lumière, prend la bonne mesure de l’humanité, mais cet album de Royal Hunt (qui en a déjà produit une flopée dont beaucoup sont par ailleurs excellents) dégage quelque chose qui échappe à l’ordinaire.

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