HYPERION

(Et La Musique Qui Va Avec !)



HyperionThe Fall Of Hyperion

EndymionThe Rise Of Endymion
Les Livres

Né à Peoria (Illinois) en 1948, l’auteur américain Dan Simmons, après avoir été enseignant de longues années et s’être essayé à l’écriture de nouvelles, remporta le Prix World Fantasy pour son premier roman Song of Kali (1985). Ce fut le point de départ d’une longue série de romans à succès et de recueils de nouvelles dont beaucoup remportèrent les prix les plus éminents de la littérature de fantastique et de science fiction. Mais ce fut sans conteste la série Hyperion, dont le premier tome fut édité en 1989, qui le fit connaître comme un écrivain majeur. Pratiquant l’art de l’assimilation des genres, Simmons prit ses pairs par surprise et s’imposa comme un conteur visionnaire, contribuant au renouveau du roman de SF et arrivant même à impressionner des lecteurs classiques d'habitude farouchement hermétiques à cette littérature de genre. La saga complète comprend quatre livres écrits en américain plus une nouvelle. Ces quatre romans ont été traduits en français et publiés dans la collection Ailleurs & Demain de Robert Laffont. Pour des raisons de rentabilité, chaque roman a ensuite été découpé en deux tomes avant d’être publié dans la collection de poche économique Pocket. Les correspondances sont les suivantes :

Hyperion 1989 Bantam Books, NY. [Prix Hugo en 1990] [Prix Locus1990]. La couverture de Gary Ruddell représente le gritche dans les collines observant la progression du chariot à vent à travers la mer des Hautes Herbes.
- Hypérion 1 & 2- Pocket 5578 & 5579
The Fall of Hyperion 1990 Bantam Spectra [Prix Locus 1991] [British Science Fiction Award]. Le dessin de Gary Ruddell représente Sol Weintraub offrant sa fille Rachel au gritche sur les marches des Tombeaux du Temps.
- La Chute d’Hyperion 1 & 2 – Pocket 5580 & 5581
Endymion 1996 Bantam Books, NY. Art de Gary Ruddell.
- Endymion 1 & 2 - Pocket 5681 & 5751
The Rise of Endymion 1997 Bantam Books [Prix Locus 1998]. Art de Gary Ruddell.
- L’Eveil d’Endymion 1 & 2 - Pocket 5682 & 5760
La nouvelle Les orphelins de l'Hélice (Orphans of the Helix) est parue dans Horizons Lointains (Far Horizons, 1999. Editions J'ai Lu Millénaires)
Hypérion (Robert Laffont)Hypérion 1 (Pocket)Hypérion 2 (Pocket)La Chute d'Hypérion (Pocket)La Chute d'Hypérion 2 (Pocket)
Endymion 1 (Pocket)Endymion 2 (Pocket)L'Eveil d'Endymion 1 (Pocket)L'Eveil d'Endymion 2 (Pocket)

La Chronique

pèlerins et Chariot à Vent (Hyperion, éd. Hayakawa, Japon)
A la frange de l’univers colonisé par l’Hégémonie, la planète Hypérion est l’objet de toutes les attentions. Dans une région isolée de ce monde reposent les Tombeaux du Temps, un artefact d’origine inconnue où le temps dérive de l’avenir vers le passé et qui est protégé par une créature aux pouvoirs diaboliques : le gritche. Les tombeaux sont sur le point de s’ouvrir et nul ne sait ce qu’il libèrera. En plus, les extros ont lancé une vague de vaisseaux interstellaires vers le système d’Hypérion et il est urgent d’évacuer la planète. Pour percer le secret des Tombeaux du Temps avant qu’ils ne tombent sous la coupe de l’envahisseur, l’Hégémonie envoie sur la planète sept pèlerins choisis par la sainte église du gritche. Ils ne se connaissent pas mais aucun n’a été choisi au hasard. Selon une trame littéraire similaire à celle des Contes de Canterbury, chaque pèlerin va raconter son histoire au long de ce formidable voyage qui va les mener au-delà de la Mer des Hautes Herbes et des Monts Bridés vers leur destin commun.


Outre une imagination sans limite, l’autre grande qualité de Dan Simmons est son aptitude à mélanger les genres avec une déconcertante facilité. Chaque conte se décline dans une ambiance qui lui est propre et même si chacun d’entre eux fait référence au monde d’Hypérion, distillant au compte goutte des informations indispensables à la compréhension de l’histoire, on a l’impression d’entrer à chaque fois dans un nouveau récit avec ses codes singuliers et ses propres personnages. On revit ainsi l’expédition du père Duré à travers la Forêt des Flammes pour retrouver la tribu perdue des Bikuras vouée au culte du cruciforme ou l’on assiste à la simulation de la fameuse bataille d’Azincourt en 1415 au cours de laquelle les archers anglais d’Henry V anéantirent les cavaliers français, portant ainsi un coup fatal à l’ère médiévale des guerres de chevalerie. Ailleurs, on raconte l’histoire de l’archéologue Rachel partie étudier les Tombeaux du Temps et qui, soumise à l’activité des champs anentropiques, vivra sa vie à l’envers en régressant vers sa naissance ou encore ce roman d’amour improbable sur la planète Alliance-Maui au milieu des dauphins et des îles flottantes qui se déplacent au gré des vents et de leurs instincts. Science-fiction, space-opéra, roman d’exploration et d’aventures, cyber-punk, fantastique voire horrifique, ce livre ne se laisse enfermer dans aucun genre. Pour échapper aux pièges du collage, il fallait un écrivain dont le talent de conteur lui permette de les embrasser tous avec un égal bonheur. Simmons change à chaque récit non seulement d’endroit, d’époque et d’atmosphère, mais aussi d’écriture, de langage en s’adaptant par un véritable tour de force à la psychologie et au vécu particulier de celui qui raconte.


Hyperion, Ed. Headline Book Publishing, UK
Même si des rumeurs, plus ou moins confirmées par l’auteur, enflent sur Internet à propos d’une éventuelle adaptation cinématographique, on a peine à imaginer comment l’univers du roman pourra être transcrit en un scénario cohérent tant les paysages varient et les digressions abondent au gré des pages sans parler du fait qu’il n’y a pas de héro, seulement des protagonistes. Finalement, la principale force de cette unique et incroyable saga futuriste, c’est bien cette constante inventivité narrative qui transcende les réels moments d’émotion, la beauté sauvage des paysages imaginaires comme les scènes d’action tétanisantes, et qui arrive même à placer de nombreuses citations du poète John Keats en plus des références mythologique (le vaisseau Yggdrasill) ou littéraires indirectes à Dante et aux classiques du roman d’évasion futuriste ainsi qu’à des scientifiques (William Gibson, Stephen Hawking). Tout est mêlé mais tout se tient et finit par s’organiser dans la tête du lecteur parfois obligé de revenir en arrière et de relire certains passages obscurs qui ne révèlent leur secret que bien plus tard. Le plus étonnant encore est que ce premier roman sombre et mouvementé ne finit pas : l’auteur laisse ses pèlerins debout dans la vallée, progressant lentement vers les tombaux, de front comme dans un western de Sam Peckinpah. Ils sont le dernier recours de l’humanité mais personne ne sait encore à ce moment ce qu’il vont bien pouvoir faire. Bien sûr, ce roman a une suite : La Chute d’Hypérion, écrit dans un style plus linéaire, apportera une partie des réponses en laissant toutefois suffisamment de mystère pour d’autres récits. Simmons remettra une nouvelle fois le couvert avec Endymion suivi de l’Eveil d’Endymion, deux autres romans fantastiques qui racontent une autre histoire se passant dans le même univers (le gritche est toujours là) mais deux cents années plus tard. Enfin, l’auteur complètera sa saga par une nouvelle intitulée Les Orphelins de l'Hélice parue dans un recueil assemblé par Robert Silverberg et intitulé Horizons Lointains.


Hypérion, qui remporta le prix Hugo en 1990, a été traduit de l’américain par Guy Abadia qui a su respecter le souffle du récit tout en inventant une foule de noms crédibles pour ceux qui n’existent pas dans le dictionnaire. Pour les traductions de Chaucer, Keats et Yeats, il s’est sagement reporté à des éditions existantes faisant autorité (dont une de 1923). Hypérion est certes un roman difficile à lire mais, pour peu que l’on pénètre dans son ou plutôt ses univers singuliers, on est très vite attaché : il ne faut pas 20 pages pour savoir qu’on va rester scotché à lire jusqu’au bout de la nuit. Plus tard, on est aussi emmené à réfléchir sur des questions essentielles liées entre autres à la religion, la préservation de l’environnement, les dictatures, les dangers de la science non maîtrisée, les paradoxes temporels ou l’avenir de l’homme submergé par la cyberculture. En tout cas, il y a là dedans suffisamment de style, de passion, de twists fantastiques et d’idées originales pour captiver le plus blasé des amateurs de SF ou même pour attirer ceux qui n’en lisent jamais.

La Musique

Pour accompagner la lecture d’un roman aussi varié, je vous propose cinq disques dans des styles différents qui vont de la musique Ambient au Rock progressif symphonique. Tous sont bien sûr chargés d’émotion et parfois d’adrénaline mais leur véritable dénominateur commun est leur incoercible invitation au voyage. La plupart recourent en outre à l’utilisation de l’électronique. Elle peut être une composante essentielle ou au contraire subtilement utilisée à l’arrière plan pour colorer les atmosphères mais elle est toujours là, instillant une singularité, se confrontant aux intelligences artificielles du TechnoCentre, amplifiant les orages électriques au-dessus des forêts de teslas, accompagnant le gritche dans ses sorties sanglantes, courbant la mer des Hautes Herbes ou accompagnant les bulles des dauphins dans les océans d’Alliance-Maui. Et ça marche…. Croyez-moi, je les ai testés.

Galahad : Year Zero
Galahad : Year Zero (Avalon Records), UK 2002
Après une déjà longue série de disques sans grande originalité, ce groupe anglais, qui existe depuis 1985, remet les compteurs à zéro et redémarre du bon pied avec une œuvre hybride et cette fois non conventionnelle. Coulant de son ouverture à la grande et majestueuse finale comme une longue suite de 56 minutes, la musique se plie à une multitude de genres qui s’emboîtent avec une maîtrise nouvelle : passages néo-prog, rock mordant aux guitares acérées, séquences électroniques, musique d’ambiance, mélodie africaine, rock symphonique, duo classique entre un piano et une clarinette, intermède jazzy, quelques mesures planantes et même des bruitages inspirés du Dark Side Of The Moon de Pink Floyd (et de On The Run en particulier). Mais ce qui rend tout ça original, c’est l’utilisation intelligente des synthés qui procurent un son actuel à l’ensemble sans pour autant tomber dans le piège d’un quelconque chill out. Loin d’être un collage, le disque s’écoute comme une unique composition à milles facettes. Sans recours à d’inutiles démonstrations et riche en mélodies bien ficelées, ce disque plus instrumental que chanté fut sans doute l’un des secrets les mieux gardés de l’année 2002. A ne pas oublier dans son sac à dos avant de s’envoler dans un panache de plasma bleu aux confins du Retz.

Klaus Schulze : Timewind
Klaus Schulze : Timewind (Virgin), ALL 1975
Ce titan de la scène électronique allemande des seventies a une abondante discographie en forme de cloche qui s’éternise sur la fin en de multiples œuvres mineures et répétitives que presque plus personne n’écoute aujourd’hui. Mais comme toute cloche, cette discographie a aussi une apogée, un pinacle, un zénith, un sommet et Timewind est son nom. Dédiées à Richard Wagner, les deux longues suites de 30 minutes chacune, intitulées Bayreuth Return et Wahnfried, sont difficilement comparables aux orchestrations puissantes des opéras du célèbre compositeur allemand mais elles n’en reprennent pas moins l’esprit, surtout la première. Ici aussi, les synthés analogiques font tonner l’orage et laissent l’auditeur perdu au-dessus d’un monde apocalyptique et primitif. Dans le prologue d’Hypérion, le consul, du balcon de son vaisseau, observe une forêt de gymnospermes où s’ébattent de grands sauriens verts tandis que la fureur de la tempête se mêle aux accents violents de la Chevauchée des Walkyries. Wagner n’est bon que pour les moments de tempête se dit alors le consul. Bayreuth Return aussi !

Ozric Tentacles : The Hidden Step
Ozric Tentacles : The Hidden Step (Phoenix Rising), UK 2000
Ce groupe anglais tombe sous l’étiquette Space Rock et tisse depuis pas mal d’années un lien improbable entre la musique électronique d’un Tangerine Dream, le Rock psychédélique d’un Hawkind et les transes modernes de la musique techno. Encadrée par une polyrythmie d’une redoutable efficacité née de la conjonction du batteur Rad et du bassise Zia Gelani, cet album s’inscrit dans la ligne des œuvres précédentes du groupe avec peut-être un son plus poli et une production plus professionnelle. Les improvisations de guitare s’y mêlent avec fluidité aux séquences des synthés, créant des mélopées qui louchent parfois avec insistance vers les arabesques nord-africaines ou moyen-orientales. Leur unique défaut connu est que si ce groupe n’est le clone de personne, il a quand même tendance, depuis Erpland sorti en 1990, à se répéter d’un album à l’autre. Qu’importe ! Maintenant que The Hidden Step gicle à fond dans le casque de fugue cryotechnique, vous êtes paré pour un saut quantique à l’autre bout de l’univers. Contact !

Harold Budd & Brian Eno : Ambient 2: The Plateaux of Mirror
Harold Budd & Brian Eno : Ambient 2: The Plateaux of Mirror (Virgin), USA/UK 1980
Pour sa fameuse série de disques de musique d’ambiance, Bria Eno ne pouvait trouver meilleur partenaire que le pianiste minimaliste Harold Budd, peintre surréaliste d’un vide intersidéral presque parfait où l’auditeur ne trouvera que ce qu’il veut bien y mettre. Budd caresse à peine ses touches d’ivoire tandis que Eno altère les notes cristallines et les enveloppe d’un lavis synthétique évanescent qui les fait vibrer et résonner dans l’espace. Malgré le concept qui présida à la création de ces essais et qui voudrait que ces sons n’existent que pour ce qu’ils sont, sans aucun référentiel, cette musique a bel et bien une âme et une extraordinaire aptitude à créer des paysages sonores. Enigmatique, mélancolique, dépourvue de densité, elle arrive pourtant à conjurer toute monotonie et, contrairement à la musique pour aéroport éditée dans la même collection avec une intention analogue, elle transporte l’auditeur tombé sous le charme se son minimalisme vers les plateaux de miroir et bien au-delà.

Terje Rypdal : Lux Aeterna
Terje Rypdal : Lux Aeterna (ECM) NORVEGE 2003
Le guitariste Terje Rypdal ne s'est jamais laissé enfermer dans un genre particulier. Et il en est encore ainsi de ce Lux Aeterna, composition commandée par le Festival de Jazz de Molde (Norvège) pour célébrer l’installation de nouvelles grandes orgues dans l’église locale. L’unique composition se révèle un subtil mélange de musique de chambre classique, de rock avant-gardiste et de musique contemporaine avec une touche de jazz européen dans le style si particulier du label ECM. Cette lumière éternelle, inspirée selon l'auteur par l'oeuvre de Giorgy Ligeti (2001, l’odyssée de l’espace, vous vous souvenez ?) est une ode à la nature, à son infinie beauté et à sa sombre puissance. Les textures harmoniques aérées et l’utilisation dynamique du Bergen Chamber Ensemble, de l’orgue, de la trompette claire de Palle Mikkelborg et de la guitare mélodique de Rypdal, sans oublier la voix soprano de Åshild Stubø Gundersen dans le cinquième et dernier mouvement, confèrent à cette suite une majestueuse beauté un peu solennelle. Figurative au point qu’elle peut imiter le vent qui hurle dans une cathédrale de montages, la musique contemplative évoque le plus souvent un état de sérénité sauf dans le quatrième mouvement laissé au déchaînement des grandes orgues qui installent une ambiance gothique comme seul cet instrument peut en générer. Lux Aeterna est une œuvre cosmique totalement originale même au sein de la discographie de ce guitariste singulier qu’est Terje Rypdal.

Autres Suggestions

Comme la lecture des 8 livres parus risque de vous prendre un certain temps, voici quelques autres suggestions dans un style analogue à ceux présentés ci-dessus plus (je n'ai pas pu résister) une incroyable collection d'extraits non chantés des opéras de Richard Wagner :
  • Ozric Tentacles : Erpland (Alex), 1990
  • Ozric Tentacles : Jurassic Shift (IRS), 1993
  • Tangerine Dream : Rubycon (Virgin Records), 1975
  • Tangerine Dream : Sorcerer (MCA), 1977
  • Klaus Schulze : Irrlicht (Polygram International), 1972
  • Klaus Schulze : Moondawn (Brain/Thunderbolt), 1976
  • Harold Budd & Brian Eno : The Pearl (EG Records), 1984
  • Brian Eno : Apollo : Atmospheres & Soundtracks (EG Records), 1983
  • Ketil Bjornstad : The Sea II (ECM), 1998
  • Terje Rypdal : Odyssey (ECM), 1975
  • Terje Rypdal : Skywards (ECM), 1996
  • Richard Wagner: Overture & Preludes (Deutsche Grammophon), édition 1995
Tangerine Dream : RubyconHarold Budd & Brian Eno : The Pearl
Ozric Tentacles : ErplandKetil Bjornstad : The Sea II

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