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Wes Montgomery : The Incredible Jazz Guitar Of Wes Montgomery

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d'autres compacts essentiels de Wes Montgomery (1925 - 1968), musicien intuitif et visionnaire qui fit passer la guitare dans la modernité.



Les origines et Lionel Hampton Les années Verve
Les Montgomery Brothers Voyage en Europe
Incredible Guitar A&M et Smooth Jazz
La période Riverside Une sélection de compacts


Complete Recordings With Lionel Hampton
Né à Indianapolis dans l’Indiana (USA) le 6 Mars 1923, John Leslie Montgomery mit longtemps avant de gagner sa vie comme guitariste de jazz. Il faut dire qu’il a attendu sa vingtième année avant de s’y mettre et c’est tout naturellement après avoir écouté Charlie Christian, dont il est en quelque sorte le prolongement naturel, qu’il commença à étudier la guitare en autodidacte. Pour ne pas gêner ses voisins, il tente alors de reproduire les phrases de son aîné en jouant de son instrument en sourdine, utilisant le pouce à la place d’un médiator. Du coup, il développe un style bien à lui : les sons sont plus ronds, les notes plus organiques et déjà il prend l’habitude de doubler à l’octave ses lignes mélodiques (les mêmes notes sont jouées dans deux registres différents), ce qui deviendra la caractéristique la plus évidente de son jeu. Cinq années plus tard, il s’est forgé un style propre déjà immédiatement reconnaissable et il est recruté par Lionel Hampton avec qui il part en tournée pendant les années 1948 à 1950. C’est dans les disques gravés pendant cette période par l’orchestre de Hampton que l’on peut rechercher ses premières traces discographiques. Malheureusement, cette époque qui coïncide avec la célèbre grève sévissant dans l’industrie du disque n’est pas très riche en enregistrements. Il existe quand même un ancien LP de Hampton très prisé des collectionneurs, repiqué d’une diffusion radio et intitulé Hot House, sur lequel on peut entendre Wes Montgomery prendre un court solo sur le titre Brant Inn Boogie (c’est probablement son tout premier). Depuis peu, on trouve aussi sur le marché un double compact intitulé Complete Recordings With Lionel Hampton (Definitive, 2003) réunissant pas moins de 27 titres (sans Brant Inn Boogie) enregistrés entre le 24 janvier 1949 et le 26 janvier 1950. Le fait que cette compilation soit éditée sous le nom de Wes Montgomery (aujourd’hui plus porteur que celui de Hampton), est une arnaque tant la guitare est à peine audible. De plus, le titre est incorrect puisqu’il manque les premiers morceaux enregistrés par The Lionel Hampton Orchestra en 1948 avec entre autres Milt Buckner (p) et Charles Mingus. Néanmoins, les amateurs du vibraphoniste et les historiens complétistes apprécieront quand même.

Fingerpickin'Far Wes
Au début des années 50, Wes décide de rentrer à Indianapolis pour des raisons essentiellement familiales et, tout en travaillant pendant la journée dans une usine de composants de radio, il fonde le Montgomery Quintet avec ses deux frères Buddy (vibraphone) et Monk (basse) avec qui il joue occasionnellement dans les clubs (le Turf Bar et le Missile Room). De 1955 à 1959, il va enregistrer en quintette sous le nom de « Montgomery Brothers » une série de morceaux qui seront édités sur le label World Pacific de Dick Bock. On peut aujourd’hui écouter le jeune Wes de cette époque sur quelques rééditions en CD. Fingerpickin' (Pacific Jazz) réunit 7 morceaux gravés le 30 décembre 1957 avec ses deux frères et cinq autres musiciens dont, pour la première fois, un Freddie Hubbard (tp) inexpérimenté et âgé de 19 ans, ainsi que trois titres jadis parus sous le nom The Mastersounds (le nom d’origine du Montgomery Quintet) et extraits de la bande sonore du film Kismet : ce dernier album a été réédité dans son intégralité mais n’offre que peu d’intérêt puisque les trois seuls titres comprenant un solo de Montgomery sont ceux repris sur Fingerpickin’. Ce dernier disque qui, outre quelques standards, comprend 5 compositions du guitariste et une reprise du Billie's Bounce de Charlie Parker est du Hard Bop plutôt classique mais il témoigne que Wes s’était déjà forgé un style original qui le rendrait bientôt célèbre. Une autre réédition intéressante pour cette période est Far Wes (Pacific Jazz, initialement sorti comme un double LP) qui réunit deux sessions en quintet enregistrées à Los Angeles respectivement en avril 1958 (7 titres) et en octobre 1959 (4 titres). Les deux quintets comprennent le guitariste et ses deux frères mais Harold Land qui joue du sax ténor dans la première session est remplacé par Pony Poindexter dans la seconde. Sans être essentiel, ce CD, plus relax que Fingerpickin’, est agréable à écouter et donne une excellente occasion d’entendre Wes à ses débuts et en petite formation. Le meilleur est à venir mais on sent bien, à l’écoute de Far Wes, Wes’ Tune ou de Monk’s Shop, qu’on a déjà affaire à un musicien hors normes. D’ailleurs, en 1960, Wes est élu « New Star Guitarist » dans le poll 1960 de la revue Down Beat.

The Wes Montgomery Trio : A Dynamic New SoundNat Adderley : Work SongThe Incredible Jazz Guitar Of Wes Montgomery
Comme ce fut souvent le cas pour d’autres jazzmen, c’est à l’occasion d’une prestation sur une scène locale que la chance sourit au guitariste : Nat et Cannonball Adderley, en visite ce jour là à Inadianapolis, l’entendent jouer et Cannonball lui propose dans la foulée d’enregistrer un disque sous son nom. Mis au courant par le grand saxophoniste, le patron du label Riverside, Orrin Keepnews, fait même le déplacement de New York à Indianapolis pour l’écouter jouer au Turf Bar toute la nuit. Le 23 septembre 1959 au petit matin, Montgomery signe un contrat d’exclusivité avec Riverside Records pour qui il va enregistrer en leader, de octobre 1959 à novembre 1963, pas moins de 25 sessions qui établiront sa réputation et compteront parmi les plus mémorables de sa carrière. Deux semaines après la signature, malgré son aversion pour les voyages en avion, Wes s’envole pour New York et enregistre les deux premières sessions des 5 et 6 octobre 1959 en trio avec l’organiste Melvin Rhyne et le batteur Paul Parker, tout deux originaires de Indianapolis. Elles sont réunies sur l’album The Wes Montgomery Trio : A Dynamic New Sound : Guitar / Organ / Drums. De Round Midnight à Yesterdays, les 9 titres constituent un festival du style de Wes qui ne changera guère jusqu’à la fin de son contrat avec Riverside. Exposé mélodique simple, jeu à l’octave ensuite et accords bloqués en finale à la manière des pianistes, sens inné du blues et ce pouce toujours qui voyage à toute vitesse à travers les six cordes avec un instinct jamais pris en défaut. Tout l’art de Wes est là. Un peu plus tard en janvier 1960, Wes est à nouveau invité à New York par Keepnews pour enregistrer son second LP et, pour rentabiliser le voyage, il est également invité à jouer en parallèle sur le fameux Work Song de Natt Adderley (cornet). Ce dernier LP connaîtra un succès considérable en partie à cause de l’esprit funky insufflé par le pianiste Bobby Timmons mais le disque de Wes, The Incredible Jazz Guitar Of Wes Montgomery, restera dans l’histoire comme un monument de la guitare Jazz. En compagnie de Tommy Flanagan (p), Percy Heath (b) et Albert Heath (dr), Le guitariste y déploie apparemment sans effort toute sa technique (Bop) et son émotion (Blues) sur des compositions mémorables comme Mr. Walker, Four Or Six ou West Coast Blues et le fabuleux Airegin de Sonny Rollins. Ce LP qui focalisa immédiatement toute l’attention des guitaristes et amateurs de jazz reste aujourd’hui le premier disque de Wes Montgomery à écouter pour appréhender en une fois son immense talent.

So Much GuitarFull HouseHarold Land : West Coast Blues
Pour concilier sa récente renommée et sa vie de famille, Wes déménage de Indianapolis vers San Francisco au début de l’année 1960 et poursuit sa carrière chez Riverside, enregistrant à Los Angeles, San Francisco ou à New York, sous son nom mais aussi en sideman, une série d’albums tous excellents. Les deux LP enregistrés en studio et en leader, Movin' Along (1960) et So Much Guitar (1961), n’ont ainsi pas grand-chose à rendre à The Incredible Jazz Guitar : le guitariste s’y montre tout aussi impressionnant et novateur tandis que le son moelleux qui se dégage de sa guitare devient de plus en plus hypnotique. On appréciera aussi sur So Much, le court et magnifique While We're Young interprété par Wes en solo à la guitare électrique. En ce qui concerne l’album intitulé Fusion ! (1963), inutile de s’exciter en s’imaginant que Wes aurait pu balancer vers le Jazz-Rock à grand renfort de riffs électriques, il ne s’agit en réalité que d’un premier essai avec un orchestre à cordes essentiellement destiné à l’interprétation de ballades romantiques : agréable mais un peu lisse. Pour les enregistrements live, on retiendra le fabuleux Full House enregistré au Tsubo, à Berkeley en Californie avec la rythmique de Miles Davis qui consentit d’ailleurs difficilement à la prêter (Wynton Kelly, Paul Chambers et Jimmy Cobb) plus le saxophoniste ténor Johnny Griffin. Quant aux réalisations en sideman, outre ses enregistrements au sein des Montgomery Brothers (dont un avec George Shearing trop commercial et dont l’insuccès mettra un terme à l’association des trois frères), Wes enregistra en sextet pour Harold Land le LP West Coast Blues (Jazzland, 1960) avec pour la première fois aux consoles l’ingénieur Wally Heider qui jouera plus tard un grand rôle en rendant le son de la Gibson de Wes de plus en plus feutré ; un autre LP en 1960 également avec Cannonball Adderley (The Poll-Winners, Riverside) et enfin, en 1961, l’excellent Bags Meets Wes (Riverside) avec son ami Milt Jackson (vib) et l’une des plus excitantes sections rythmiques de l’époque comprenant Wynton Kelly (p), Sam Jones (b) et Philly Joe Jones (dr). L’album est rempli d’un Hard Bop fulgurant culminant dans le Stablemates de Benny Golson et l’entente entre les deux leaders est absolument jouissive. Des derniers enregistrements réalisés par Wes pour Riverside en 1963, on retiendra encore Boss Guitar (enregistré en avril) à nouveau en trio avec son ami Melvin Rhyne à l’orgue et le batteur Jimmy Cobb, bien meilleur que les deux LP (Portrait of Wes et Guitar on the Go) reprenant les dernières sessions 24 et 25 gravées en octobre et novembre de la même année mais incluant des titres initialement rejetés. Parfaite balance entre morceaux bop, ballades et blues, Wes y fait aussi un détour par les rythmes latins (Besame Mucho) et est littéralement propulsé au sommet de son art par l’excellent batteur Jimmy Cobb dont la performance est ici remarquable. Au même moment, le label Riverside connaissait déjà des difficultés financières qui l’amèneront à cesser complètement ses activités au milieu de l’année 1964, libérant du même coup Wes de ses obligations contractuelles. L’ensemble des 25 sessions enregistrées pour Riverside de 1959 à 1963 ont été regroupées dans un coffret de 12 compacts comprenant pas moins de 49 prises alternatives ou titres inédits ainsi qu’un livret au format LP bourré de photographies et d’informations intéressantes écrites par Keepnews lui-même. Un coffret indispensable aux collectionneurs mais par forcément aux amateurs qui peuvent se contenter d’acquérir trois ou quatre disques de cette période.

Smokin’ At The Half NoteBill Evans at the Montreux Jazz FestivalJimmy & Wes: The Dynamic Duo
Sans perdre de temps, Wes passe alors chez Verve où les idées originales du producteur Creed Taylor vont l’aider à faire évoluer, sinon son style, du moins sa musique. Movin’ Wes, enregistré en 1964 avec un big band de cuivres, met l’accent sur le côté le plus « pop » du guitariste : le son feutré et les mélodies passent avant tout le reste mais, malgré le superbe titre éponyme, il n’est pas certain que les vais amateurs y trouvent leur compte. Dans le même genre, bien meilleur est Bumpin’ (1965), véritable promenade romantique au clair de lune avec la guitare du maître en apesanteur au-dessus des cordes de l’orchestre emmené et arrangé par Don Sebesky. Quant à Smokin’ At The Half Note (1965), c’est l’un des meilleurs albums de la période Verve avec un guitariste flamboyant accompagné par Wynton Kelly (p), Paul Chambers (b) et Jimmy Cobb (dr) (la fameuse rythmique de Miles Davis sur Kind Of Blue) : No Blues de Miles, Unit 7 de Sam Jones et Four On Six de Wes lui-même comptent parmi les plus belles improvisations du leader. Les productions suivantes sont plus discutables et personne ne placera Willow Weep For Me (1965), Going Out Of My Head (1965, ce LP remportera un « Grammy » comme la meilleure performance de jazz instrumental pour l’année 1967), Tequila (1966) ou California Dreaming (1966) parmi les disques essentiels du guitariste. De ces quatre albums, Tequila sort quand même du lot et s’avère un bon compromis entre les côtés jazz et commercial grâce aux arrangements subtils de Claus Ogerman et aux fantastiques Tequila et The Thumb (ah ! ce fameux pouce) interprétés en quartet avec Ron Carter (b), Grady Tate (dr) et Ray Barretto aux percussions. Mais il ne faut surtout pas oublier la rencontre au sommet du guitariste avec l’organiste Jimmy Smith (alors également dans l’écurie de Creed Taylor) qui conduiront à deux LP incendiaires : l’indispensable Jimmy & Wes: The Dynamic Duo et sa séquelle, Further Adventures Of Jimmy And Wes. Alors que Jimmy explose son orgue Hammond avec la fougue et l’impétuosité qui le caractérisent, Wes garde son sang froid et lui répond avec précision et maîtrise mais les deux composent la paire parfaite dans cette unique confrontation jubilatoire entre deux géants qui ont su aller au bout de leurs instruments respectifs.

Complete Live in Paris 1965Live In Belgium
D’autres disques existent sur le marché. En 1965, Montgomery a en effet effectué une tournée unique en Europe où sa technique de jeu originale a impressionné des milliers d’amateurs. Il subsiste de cette époque des vidéos - notamment celle effectuée par la BBC et une autre, bien connue des amateurs, réalisée en Belgique (Jazz Prisma) avec le pianiste Harold Mabern, le bassiste Arthur Harper et le batteur Jimmy Lovelace où l’on peut voir le guitariste jouer sur une superbe Gibson L-5 customisée (retrouvée et restaurée par Gibson après sa mort) - ainsi que quelques LP édités localement et devenus rarissimes : Solitude (Affinity) et Live In Paris 1965 (INA) avec Johnny Griffin en invité, Impressions au Théâtre des Champs Elysées à Paris avec le trio Mabern / Harper / Lovelace (Affinity), Live In Europe gravé à Hamburg (Philology), Straight No Chaser en Hollande (Bandstand), Live In Belgium 1965 en quartet (Gambit) et le plus célèbre de tous : Body And Soul (Jazz House) enregistré au Club Ronnie Scott à Londres en avril et en mai 1965. Accompagné par Stan Tracey (p), Rick Laird (b) et Ronnie Stephenson (d), le guitariste y délivre un concert de pur Hard Bop sans aucune compromission et aux antipodes de ses dérives commerciales. Heureusement, les amateurs peuvent maintenant se procurer facilement la réédition en 2003 chez Definitive Classics d’un double compact intituté Complete Live in Paris 1965 reprenant l’intégralité des titres enregistrés par Wes au Théâtre des Champs Elysées à Paris avec le trio Mabern / Harper / Lovelace plus Johnny Griffin en invité sur trois titres. Cet enregistrement remastérisé avec soin est une sérieuse alternative au concert de Londres : Wes s’y montre en effet tout aussi agressif et le trio qui l’accompagne s’en donne à cœur joie, alimentant le feu avec passion et transformant cette soirée du 17 mars 1965 en un moment inoubliable pour un public totalement subjugué. Enfin, la version remastérisée de Live In Belgium n’est pas non plus à dédaigner en ce sens que le compact sorti en 2005, qui regroupe en réalité trois concerts donnés en Belgique, en Allemagne et à Londres, contient 79 minutes d’excellente musique.

A Day In The LifeDown Here on the GroundRoad Song
Il est clair que le producteur Creed Taylor a imposé sa propre vision dans la carrière de Montgomery. Chez Verve déjà, l’impulsion était donnée pour enregistrer des disques plus commerciaux proposant des chansons populaires où les mélodies étaient joliment enrobées de cordes dans un « Smooth Jazz » certes décrié par la critique mais apprécié du grand public. Et quand en 1967, Creed Taylor quittera Verve pour le label A&M de Herb Alpert, Wes le suivra tout naturellement : ils vont enregistrer ensemble trois albums qui seront aussi les trois derniers disques en studio du guitariste. La formule mise au point pendant les années Verve est cette fois poussée à l’extrême : A Day In The Life (1967), Down Here on the Ground (1967 & 1968) et Road Song (1968) sont joués régulièrement sur les radios grand public et offrent des standards (Georgia On My Mind) ou des titres pop à peine jazzy empruntés aux Beatles (Eleanor Rigby, Yesterday, I’ll Be Back et A Day In The Life), au compositeur de musiques de film Lalo Schiffrin (The Fox et Down Here On The Ground), à Burt Bacharach (I Say A Little Prayer For You) ou à Simon & Garfunkel (Scarborough Fair/Canticle). Bien que sur la plupart des titres, Wes se contente de jouer les lignes mélodiques en les doublant à l’octave sur des orchestrations à cordes concoctées par Don Sebesky, les disques témoignent d’une maîtrise du son exemplaire (plus épais et profond que jamais) et la musique agréable aura probablement amené au jazz beaucoup de nouveaux convertis (sans parler que Wes a finalement réussi grâce à eux à faire vivre décemment sa femme et ses sept enfants). Des trois albums, le premier est le plus réussi essentiellement parce que Sebelski s’y montre globalement moins baroque que sur les deux autres et qu’un espace un peu plus ouvert semble avoir été laissé au leader : certes, c’est du jazz « easy listening » comme disent les anglophones mais c’est du bon.

A côté de ces albums destinés à une audience élargie, Wes continue à jouer du jazz en concert et reforme même un quintet avec ses deux frères Monk (b) et Buddy (piano) en plus de Billy Hart (dr) et d’Alvin Bunn (conga). C’est alors qu’il rentre d’un concert avec son quintet dans sa ville d’Indianapolis qu’il est frappé d’une attaque cardiaque et décède. On est le 15 juin 1968 : Wes n’avait que 43 ans. Il restera dans l’histoire de la musique américaine comme le passeur, le chaînon manquant entre Charlie Christian et les guitaristes actuels comme George Benson ou Pat Metheny. Christian avait fait de la guitare un instrument de soliste capable de dialoguer à égalité avec les saxophones mais, en jouant la rythmique, les harmonies, la mélodie et en contrôlant les textures sonores, Wes a fait plus : sans aucune théorie musicale autre que celle qu’il s’est lui-même donnée, il a apporté à la guitare une dimension orchestrale qui l’a propulsée dans la modernité. Ronnie Scott disait que Montgomery jouait des choses impossibles sur sa guitare parce que personne ne lui avait dit que c’était impossible. C’est là une épitaphe idéale que l’on aurait pu graver sur la tombe de ce génie naturel !

La discographie de Wes Montgomery peut se répartir en trois périodes clés : Riverside, Verve et A&M. Les disques Riverside sont conseillés à ceux qui préfèrent le guitariste dans un environnement de Jazz pur, jouant et improvisant sur des blues, des ballades ou des titres Bop / Hard Bop. La période Verve est plus variée (jazz orchestral, thèmes populaires, ballades romantiques et Bop) mais aussi moins constante en qualité : certains albums sont indispensables et d'autres beaucoup moins. Quant à la période A&M, elle n'intéressera que les amateurs d'un smooth jazz "easy listening" se contentant d'une musique plus simple, lisse et peu improvisée. Toute collection sera avantageusement complétée par au-moins un disque en concert (de préférence avec le Wynton Kelly Trio ou à défaut enregistré en Europe au cours de l'année 1965), par l'une ou l'autre session en co-leader (avec Milt Jackson ou Jimmy Smith) ainsi que par un album témoignant de ses jeunes années.


Wes Montgomery (guitare) : 8 CD essentiels
date
Artistes
Titre (Label)
Cover
Avril 1958 - Octobre 1959
Wes Montgomery
Wes (gt), Buddy (piano) & Monk Montgomery (b), Harold Land (ts), Pony Pointdexter (as), Louis Hayes (dr), Tony Bazley (dr).
Excellente compilation des premiers pas du guitariste en compagnie de ses deux frères.
Far Wes

(Pacific Jazz)
26 & 27 Janvier 1960
Wes Montgomery
Wes (gt), Tommy Flanagan (p), Percy Heath (b) et Albert Heath (dr)
Classique et indispensable dans toute collection de Jazz.
The Incredible Jazz Guitar Of Wes Montgomery

(Riverside)
18 & 19 décembre 1961
Milt Jackson & Wes Montgomery
Wes (gt), Milt Jackson (vib), Sam Jones (b), Philly Joe Jones (dr).
Du Hard Bop de luxe par un quintet cinq étoiles.
Bags Meets Wes!

(Riverside)
25 Juin 1962
Wes Montgmery
Wes (gt), Wynton Kelly (p), Paul Chambers (b), Jimmy Cobb (dr), Johnny Griffin (ts).
Wes en concert propulsé par l'incroyable trio de Wynton Kelly.
Full House (Live At Tsubo)

(Riverside)
Juin et Septembre 1965
Wynton Kelly Trio / Wes Montgomery
Wes (gt), Wynton Kelly (p), Paul Chambers (b), Jimmy Cobb (dr).
La rythmique de Miles Davis accompagne Wes dans son concert le plus mémorable.
Smokin' at the Half Note

(Verve)
Mars et Mai 1966
Wes Montgomery
Ron Carter (b), Grady Tate (dr), Ray Barretto (conga) + orchestre de cordes (Claus Ogerman)
Un bon compromis entre le côté Jazz et l'autre plus commercial du guitariste.
Tequila

(Verve)
Septembre 1966
Jimmy Smith & Wes Montgomery
Wes (gt), Jimmy Smith (orgue), Grady Tate (dr) + Big Band (Oliver Nelson).
Confrontation incendiaire entre deux géants.
Jimmy & Wes: The Dynamic Duo

(Verve)
février - mars 1977
Wes Montgomery
Wes (gt), Ron Carter (b), Ray Baretto (perc), Herbie Hancock (p) + orchestre (Don Sebesky).
Pour compléter l'histoire mais uniquement si vous aimez le Jazz (très) smooth.
A Day In The Life

(A&M)


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