Les guitaristes jazz des années 60 : une sélection d'albums




Depuis que la guitare est sortie de la section rythmique des grands orchestres de jazz pour occuper le premier rôle en tant que soliste, elle a pris une place considérable dans le jazz moderne, encore amplifiée avec les progrès de l'électronique et des effets sonores. Mais au début des années 60, période charnière de sa prodigieuse ascension, la guitare était encore jouée dans des styles classiques. La plupart des jazzmen guitaristes recherchaient alors un son pur et se concentraient davantage sur la musique que sur les effets sonores, citant d'ailleurs comme principales influences des saxophonistes. Il faudra attendre la fin de la décennie pour que des artistes comme Jimi Hendrix, Larry Coryell ou John McLaughlin viennent changer cela en exploitant, en plus de leur virtuosité, toutes les possibilités sonores offertes par les amplificateurs, les guitares électriques et leurs accessoires.

Ces albums piochés dans la décennie des sixties sont pour la plupart des chefs d'œuvres reconnus. Depuis Wes Montgomery jusqu'à McLaughlin, ils témoignent de l'ascension fulgurante de la guitare en tant qu'instrument soliste du jazz mais aussi de sa transformation progressive en un instrument ayant permis par son expressivité de faire éclater des univers sonores fascinants et spécifiques. Il y peut-être dans cette liste, forcément non exhaustive, quelques albums que vous n''avez jamais entendus mais, croyez-le, chacun d'entre eux vaut la peine d'être recherché et exploré.



"Je considère que Django et Charlie Christian ont été
les deux grandes influences de la guitare jazz moderne.
Auxquels j'ajouterais Tal Farlow et Wes Montgomery. Outre ces quatre là,
mes guitaristes favoris sont Jim Hall, Herb Hellis, Barney Kessel et Howard Roberts."


Joe Pass, guitariste, in Jazz Hot N°283, Mai 1972.



Wes Montgomery : The Incredible Jazz Guitar of Wes Montgomery
(Riverside), 1960


Adepte au départ du style "saxophone" transposé pour guitare de Charlie Christian, Wes Montgomery a vite développé une technique personnelle en abandonnant le médiator pour frapper les cordes avec le pouce. Alternant accords et phrases jouées en "single notes" éventuellement doublées à l'octave, Wes produit une sonorité pure et harmonieuse qui va influencer toute une génération montante de guitaristes et ce jusqu'à aujourd'hui. Cet album, enregistré en 1960 à 'âge de 37 ans, marque un point de départ de la guitare moderne et certaines compositions trouvées ici, comme Four On Six et West Coast Blues (où l'on entend distinctement et successivement les différentes techniques de son jeu), sont devenus des standards de la six-cordes qui seront rejoués indéfiniment par des centaines de guitaristes.

[ A écouter : Wes Montgomery : West Coast Blues ]


Tal Farlow ‎: Tal Farlow Plays The Music Of Harold Arlen
(Verve), 1960


Tal Farlow est un guitariste des années 50, décennie pendant laquelle il a enregistré ses meilleurs disques (The Tal Farlow Album en 1955, The Swinging Guitar Of Tal Farlow en 1957 et This Is Tal Farlow en 1958 sont certainement des maîtres achats). Les enregistrements qui figurent sur cet album sorti en 1960 sur Verve ont été réalisés en 1959 pour Norman Granz probablement en partie pendant les mêmes sessions que celles de The Guitar Artistry Of Tal Farlow puisqu'on y retrouve les mêmes musiciens : le saxophoniste Frank Wess, le pianiste Dick Hyman, les bassistes Joe Benjamin et Wendell Marshall et le batteur Osie Johnson. Le style est du pur jazz West-Coast avec des arrangements raffinés enrobant les belles mélodies de Harold Arlen. Tal avait de grandes paluches mais il savait s'en servir : au milieu des souffleurs, son jeu délié et véloce est un véritable régal.

[ A écouter : Tal Farlow : Hit The Road To Dreamland ]


Grant Green : Grantstand
(Blue Note), 1962


J'ai toujours eu un faible pour ce troisième album de Grant Green enregistré en 1961, sans doute à cause de la présente inattendue du saxophoniste et flûtiste Yusef Lateef qui n'est pas un habitué du label Blue Note. Evitant ses intonations orientales, ce dernier joue plutôt ici un dans un style hard-bop/soul classique et s'intègre à merveille dans l'ambiance de la session à laquelle participent également l'organiste Brother Jack McDuff et le batteur Al Harewood. Grant Green contribue au répertoire par deux originaux bluesy de 9 et 15 minutes (Grantstand et Blues In Maude's Flat) sur lesquels les solistes ont tout l'espace pour improviser. Green lui-même s'impose déjà avec son style groovy en "single notes" directes et vigoureuses qui lui amènera beaucoup de fidèles. Mais il démontre aussi sur la reprise du standard My Funny Valentine combien il peut être un guitariste sensible capable de faire naître l'émotion.

[ A écouter : Grant Green : Grantstand ]


Tiny Grimes : Big Time Guitar With Organ And Rhythm
(United Artists), 1962


Tiny Grimes fut l'un des premiers guitaristes électriques à s'inspirer de Charlie Christian, ce qui en fait un musicien typique des années 40 et 50. Il a néanmoins continué à enregistrer dans les années 60 mais sans rien changer à son style qui se situe au croisement du swing, du blues et du bop. A côté d'originaux fortement inspirés par le blues et même le rock (Do It Yourself Blues et Red Rooster Ruckus), il reprend ici, accompagné par un organiste et un batteur, des standards comme Work Song d'Oscar Brown Jr., Satin Doll d'Ellington ou Dreamy d'Errol Garner. On notera que Tiny Grimes joue sur une guitare ténor électrique, soit un instrument à quatre cordes (Gibson en fabriqua jusque dans les années 70) qui a un son particulier et un peu daté rappelant les sonorités du Chicago Blues des années 50. Pas indispensable mais pas inintéressant non plus et en tout cas, une curiosité !

[ A écouter : Tiny Grimes : Work Song ]


Bill Evans & Jim Hall : Undercurrent
(United Artists Records), 1962


Les duos entre piano et guitare ne sont plus si rares aujourd'hui mais le plus déterminant de tous reste celui entre Jim Hall et Bill Evans qui s'est concrétisé par deux albums parus respectivement en 1962 et en 1966 : Undercurrent et Intermodulation. C'est la rencontre au sommet de deux maîtres de l'harmonie, de l'introspection et de l'écoute mutuelle. Le répertoire est essentiellement constitué de ballades (avec des reprises de standards comme I Hear A Rhapsody et Darn That Dream) mais on y trouve aussi une version empreinte de classicisme du célèbre My Funny Valentine, un swinguant I'm Getting Sentimental Over You (ajouté en bonus sur la réédition en CD) et un splendide original de Jim Hall intitulé Romain. Undercurrent (tout comme son successeur Intermodulation) est un album indispensable aussi bien dans la discographie de Jim Hall que dans celle de Bill Evans dont c'était premier enregistrement après la mort accidentelle de son contrebassiste Scott LaFaro en 1961.

[ A écouter : Bill Evans & Jim Hall : My Funny Valentine ]


Howard Roberts : H.R. Is a Dirty Guitar Player
(Capitol Records), 1963


Originaire de Phoenix dans l'Arizona, Howard Roberts s'est fait connaître comme musicien de session dans les années 50 et 60 sur la Côte Ouest des Etats-Unis. On peut notamment l'entendre sur le thème de la bande originale du film Bullitt. Sous son nom, il a enregistré pour Verve et pour Capitol quelques bons albums dont ce H.R. Is a Dirty Guitar Player sur lequel il joue en quartet avec le bassiste Chuck Berghofer, le batteur Earl Palmer et l'organiste Burkley Kendrix. Tous les morceaux ne durent guère plus de trois minutes, obligeant Howard Roberts à être concis dans ses envolées. Dans ce contexte, son style fluide, léger et swinguant est fort agréable que ce soit sur des reprises comme Watermelon Man de Herbie Hancock ou One O'CLock Jump de Count Basie, ou sur ses propres compositions comme les excellents Turista, Smokin' et Dirty Old Bossa Nova.

[ A écouter : Howard Roberts : Dirty Old Bossa Nova ]


Kenny Burrell : Midnight Blue
(Blue Note), 1963


Midnight Blue est l'album le plus célèbre de Kenny Burrell. Enregistré en une seule session pour Blue Note le 7 janvier 1963, il est aussi le plus générique de son auteur qui y laisse aller sa propension au blues. Secondé par des spécialistes du genre comme le saxophoniste ténor Stanley Turrentine et le bassiste Major Holley, Burrell délivre une prestation certes sans surprise mais fort agréable à écouter, surtout après minuit quand l'ambiance est au repos et à la paresse. Les congas de Ray Barretto, particulièrement bien mis en avant par le mixage, viennent agrémenter cette musique parfois nonchalante et souvent bourrée de spleen.

[ A écouter : Kenny Burrell : Chitlins Con Carne ]


Joe Pass : For Django
(Pacific Jazz), 1964


Ce disque inclut des titres composés par Django Reinhardt (dont les célèbres Nuages et Manoir de Mes Rêves, renommé Django's Castle en anglais) et d'autres qui sont inspirés de son style. Pour Joe Pass, Django fut avec Charlie Christian l'un des deux pères de la guitare jazz moderne et, même s'il a été davantage influencé par le second que par le premier, il lui semblait normal d'enregistrer cet hommage. En quartet avec le guitariste rythmique John Pisano, le bassiste Jim Hughart et le batteur Colin Bailey, Joe Pass réussit haut la main à donner une nouvelle vie aux thèmes du célèbre Manouche. Le disque est d'ailleurs devenu un classique de la guitare jazz et, à plusieurs reprises, Joe Pass l'a cité comme l'un des plus représentatifs de son jeu.

[ A écouter : Joe Pass : Rosetta ]


George Benson : The New Boss Guitar Of George Benson
(Prestige), 1964


George Benson enregistra son premier disque en leader en 1964 pour le label Prestige. Faisant partie jusqu'ici du groupe de l'organiste Jack McDuff (qui joue également ici du piano), il a convié son patron à la session ainsi qu'une section rythmique composée du bassiste Ronnie Boykins et du batteur Montego Joe. Le saxophoniste Red Holloway, qui a également joué avec McDuff, contribue à accentuer le côté soul-blues de la musique. Bien sûr, il s'agit d'un enregistrement dans le style hard-bop typique de Prestige mais le guitariste y développe déjà une approche personnelle avec des lignes fluides et un côté bluesy/funky qui deviendront une de ses caractéristiques dans le futur. The New Boss Guitar n'est certes pas un disque essentiel dans la discographie de George Benson mais ce n'en est pas moins un album historique puisqu'il marque l'entrée réussie d'un nouveau géant dans le monde de la guitare jazz.

[ A écouter : George Benson : Shadow Dancers ]


Grant Green: Idle Moments
(Blue Note), 1965


A ce stade, Grant Green est devenu un des piliers du label Blue Note, jouant en leader ou en sideman sur une multitude de disques. Enregistré en novembre 1963 à la tête d'un sextet de luxe incluant le pianiste Duke Pearson, le vibraphoniste Bobby Hutcherson et le saxophoniste Joe Henderson, Idle Moments comprend quatre morceaux de jazz accessible qu'on peu définir comme du hard-bop élégant, chaleureux et décontracté. C'est un réel plaisir d'entendre ces solistes improviser en étendant les compositions comme sur le titre éponyme qui dure près de 15 minutes et qui n'est pas sans rappeler un certain académisme comme celui du Modern Jazz Quartet. Un disque attrayant qu'on peut écouter et réécouter pendant des heures et même mettre en toile de fond quand on reçoit des amis.

[ A écouter : Grant Green : Idle Moments ]


Herb Ellis : Man With The Guitar
(Dot Records), 1965


Ancien accompagnateur d'Oscar Peterson avec lequel il est resté cinq ans et ensuite d'Ella Fitzgerald, le guitariste texan Herb Ellis joue dans un style mainstream teinté de blues. Il excelle évidemment comme accompagnateur si bien que, fort prisé, il a passé l'essentiel de la décennie à jouer pour d'autres musiciens. Toutefois dans ses disques personnels, il s'avère également être un soliste sensible comme on pourra en juger sur le morceau AM Blues de Ray Brown. Installé en Californie, Herb Ellis a recruté Teddy Edwards, un des grands saxophonistes ténors de la Côte Ouest. L'organiste Ron Feuer est en revanche très peu connu dans le monde du jazz (il a longtemps joué à Las Vegas dans des orchestres en résidence accompagnant toutes sortes de musiciens incluant Diana Ross et Elvis Presley) mais il fait preuve ici d'une bonne technique et de beaucoup de swing. Cette session relaxante n'a peut-être rien d'exceptionnel mais elle est très plaisante à écouter.

[ A écouter : Herb Ellis : Empty Rooms ]


Wynton Kelly Trio / Wes Montgomery : Smokin' At The Half Note
(Verve), 1965


Parue sous le nom de Wynton Kelly, cette prestation donnée en partie live en juin 1965 au Half Note de New York est surtout célèbre pour le jeu débridé du guitariste Wes Montgomery dont les solos comptent parmi les plus excitants jamais enregistrés dans l'histoire du jazz. Pat Metheny lui-même, dans une interview donnée au New York Times de 2005, a déclaré que le solo de Wes sur If You Could See Me Now était son préféré de tous les temps. Il faut quand même dire aussi que Kelly est un pianiste exceptionnel et que ses interactions avec le guitariste sont fascinantes tandis que la section rythmique de Miles Davis, composée du bassiste Paul Chambers et du batteur Jimmy Cobb, constituent un modèle d'accompagnement aussi dynamique qu'efficace. Pour la petit histoire, on notera que seuls les deux premiers longs titres de l'édition originale (No Blues et If You Could See Me Now), constituant la première face du LP, ont été captées au Half Note tandis que les trois autres ont été gravées trois mois plus tard au studio de Rudy Van Gelder à New Jersey.

[ A écouter : Wynton Kelly Trio / Wes Montgomery : If You Could See Me Now ]


Bill Evans & Jim Hall : Intermodulation
(Verve), 1966


Intermodulation est le second et dernier volet enregistré en duo par le guitariste Jim Hall et le pianiste Bill Evans. L'ambiance paisible et relaxante est quasiment la même que sur Underccurent avec des standards de Cole Porter et de George Gershwin mais aussi une reprise moins attendue de Angel Face composée par Joe Zawinul. Les deux morceaux les plus énergiques du répertoire sont I've Got You Under My Skin et Jazz Samba de Claus Ogerman sur lequel l'ajustement des harmonies entre les deux instruments laisse bouche bée. En dépit d'une absence de surprise et d'un minutage assez court, ce disque a une sonorité fantastique et reste un témoignage splendide de l'un des plus beaux duos du jazz entre piano et guitare.

[ A écouter : Bill Evans & Jim Hall : I've Got You Under My Skin ]


Pat Martino : El Hombre
(Prestige), 1967


Il est arrivé une chose horrible à Pat Martino. Alors qu'il était devenu à force de travail et d'études un des guitaristes les plus accomplis du jazz, il fut opéré en 1980 pour un anévrisme cérébral et en devint partiellement amnésique à son réveil. Incapable de jouer de la guitare, il dut tout réapprendre depuis le début, ce qui lui prendra une décennie avant de retrouver son style et sa virtuosité d'avant. Puissance d'attaque, lignes claires parfois doublées à l'octave comme chez Wes Montgomery, articulation précise, vitesse et maitrise des accords les plus complexes sont les caractéristiques principales de ce premier album sorti sous nom, enregistré alors qu'il avait seulement 22 ans.

[ A écouter : Pat Martino : El Hombre ]


George Benson : Shape Of Things To Come
(CTI), 1968


Influencé au départ par Grant Green et Wes Montgomery, George Benson a acquis en peu de temps son propre style caractérisé par un son très clair, un jeu en attaque, et une vélocité allant de pair avec un extraordinaire fluidité. Enregistré d'août à octobre 1968, Shape Of Things To Come est son premier disque pour le label CTI de Creed Taylor et il fit de lui instantanément une star. Il y est accompagné par un casting de rêve incluant Ron Carter, Hank Jones, Herbie Hancock, Johnny Pacheco et Charles Covington sans oublier les arrangements somptueux de Don Sebesky (qui avait déjà enrobé les enregistrements de Wes Montgomery pour ce même label). La musique de Benson est toutefois moins douce et plus funky que celle des derniers albums de Wes pour CTI, Benson allant même jusqu'à varier considérablement le son d'un morceau à l'autre en utilisant intensément mais avec finesse les possibilités offertes par le bouton Varitone de sa Gibson. Cet album devenu un classique et qui n'a jamais pris une ride va lui ouvrir la voie royale du succès.

[ A écouter : George Benson : Shape Of Things To Come ]


Kenny Burrell: Asphalt Canyon Suite
(Verve Records), 1969


Adepte du swing et du blues, Kenny Burrell a enregistré en 1969 ce disque qui sonne différemment. C'est en grande partie dû à l'influence de Johnny Pate qui a co-produit l'album et arrangé l'orchestration. Expert en musiques soul et funky, Johnny Pate, qui a aussi écrit les bandes originales de plusieurs films de blaxploitation (dont Shaft In Africa), a donné à cette suite une ambiance cinématographique évoquant les films noirs, la solitude urbaine et les matins blêmes. Quant à Kenny Burrell, il délivre ici des improvisations bluesy qui étendent son jeu et l'inscrivent davantage dans le courant jazz/soul/funk populaire de l'époque.

[ A écouter : Kenny Burrell : Better Get Your Thing Together ]


Larry Coryell : Coryell
(Vanguard Records), 1969


Sur ce second album sorti sous son nom, Larry Coryell est encore dans son trip au croisement du blues-rock, du jazz et de la pop. Formidablement secondé par l'organiste Mike Mandel, le bassiste Chuck Rainey ou Ron Carter, et le batteur Bernard Purdie, Coryell tire tire la musique vers un jazz-rock, qui ressemble parfois à des jams psychédéliques, que lui-même et d'autres exploiteront plus avant dans la décennie suivante. En plus de jouer de la six-cordes, il chante aussi sur quelques titres d'une voix traînante et sans timbre, ce qui rend ce disque encore plus inclassable. Par la suite, Larry Coryell va affiner son style et développer davantage son côté fusionnel et progressiste mais cet album de jeunesse met déjà en exergue l'énorme potentiel que ce jeune guitariste visionnaire portait en lui.

[ A écouter : Larry Coryell : The Jam With Albert ]


Barney Kessel : Feeling Free
(Contemporary), 1969


Très largement inspiré par les conceptions musicales de Charlie Christian, Barney Kessel fut le guitariste type des années 50, décennie pendant laquelle il a sorti ses meilleurs albums (dont le fabuleux Let's Cook! en 1957), mais il a continué d'enregistrer dans les années 60 en élargissant progressivement son style bop traditionnel. C'est en 1961 qu'un accord fut passé entre Gibson et Barney qui abandonna sa guitare Kay pour une flamboyante "Barney Kessel Signature" qu'il utilisa en alternance avec sa chère Gibson ES-350. En 1969, Barney enregistra cet album, en compagnie du vibraphoniste Bobby Hutcherson, du bassiste Chuck Domanico et du batteur Elvin Jones, dont le titre annonce une ouverture vers une musique plus libre. Et en effet, Barney Kessel s'échappe ici du jazz mainstream pour explorer de nouvelles possibilités. Ce n'est évidemment pas de l'avant-garde mais la créativité et la volonté d'expérimenter, aiguillées par la frappe explosive d'Elvin, sont bien présentes en particulier dans les quatre titres écrits par le leader.

[ A écouter : Barney Kessel : Moving Up ]


John McLaughlin : Extrapolation
(Polydor), 1969


Avant d’émigrer aux États-Unis, de rencontrer Miles et Tony Williams, de fonder Mahavishnu et de devenir le monstre sacré qu’on sait, John McLaughlin avait enregistré ce premier album en Angleterre avec des musiciens du cru : le saxophoniste John Surman, le bassiste Brian Odges et le batteur Tony Oxley. Véritable coup de maître, Extrapolation est une petite merveille qui n’a pas pris une ride depuis sa sortie en 1969. De l’invention à l’émotion, de la singularité de son jeu à la maturité, tout McLaughlin est déjà là ! Rarement un premier album aura été aussi déterminant et même Joe Pass, guitariste virtuose mais traditionnel et n’appréciant pas du tout la fusion, en reconnaîtra la valeur.

[ A écouter : John McLaughlin: It's Funny ]


Autres suggestions :


  • Wes Montgomery : SO Much Guitar! (Riverside), 1961
  • Herb Ellis : Softly... But With That Feeling (Verve), 1961
  • Milt Jackson and Wes Montgomery : Bags Meets Wes! (Riverside), 1962
  • Wes Montgomery : Full House (Riverside), 1962
  • Barney Kessel : Let's Cook! (Contemporary Records), 1962
  • Charlie Byrd : The Guitar Artistry Of Charlie Byrd (Riverside), 1962
  • Charlie Byrd : Bossa Nova Pelos Passaros (Riverside), 1962
  • Stan Getz / Charlie Byrd : Jazz Samba (Verve), 1962
  • Barney Kessel : Contemporary Latin Rhythms (Reprise Records), 1963
  • Grant Green : Feelin' The Spirit (Blue Note), 1963
  • Wes Montgomery : Movin' Wes (Verve), 1964
  • Kenny Burrell : Guitar Forms (Verve), 1965
  • Grant Green : Talkin' About (Blue Note), 1965
  • Jimmy Smith & Wes Montgomery : Jimmy & Wes - The Dynamic Duo (Verve), 1966
  • Gary Burton Quartet feat. Larry Coryell : Duster (RCA Victor), 1967
  • Pat Martino : East! (Prestige), 1968
  • Pat Martino : Baiyina - The Clear Evidence (Prestige), 1968
  • Herbie Mann feat. Larry Coryell : Memphis Underground (Atlantic), 1969
  • Sonny Sharrock : Black Woman (Vortex Records), 1969










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