Si vous avez aimé ce disque :

Ecoutez aussi :



The Miles Davis Quintet :
  • Workin' (Prestige, OJCCD), 11 mai 1956
  • Steamin’ (Prestige, OJCCD), 11 mai 1956 (Well You Needn’t le 26 octobre 1956)
  • Relaxin' (Prestige, OJCCD), 26 octobre 1956
  • Cookin' (Prestige, OJCCD), 26 octobre 1956

Trois années avant Kind of Blue, Miles Davis enregistre en deux sessions pour Prestige, chez Rudy Van Gelder dans le New Jersey, les titres de ces 4 compacts en compagnie de John Coltrane (ts), Red Garland (p), Paul Chambers (b) et Philly Joe Jones (drs). Beaucoup d’amateurs considèrent qu’il s’agit là de son meilleur quintet et que 1956 est une année phare. Dans tous les cas, ces albums comptent parmi les premiers révélant sans ambiguïté sa force d’expression, son esthétique attrayante, et sa sonorité profonde. Ils marquent ainsi une rupture définitive avec la période be-bop qui a précédé celle-ci. Dans son autobiographie, Miles écrit à propos de la première session de mai 56 : “je me souviens bien de cette séance parce qu’elle a été longue et qu’on y a bien joué. Aucune seconde prise. On a enregistré comme si on faisait un set dans un club” et, plus loin, à propos de la session d’octobre, “une séance de très bonne musique, dont je suis fier aujourd’hui encore. Ainsi se terminait mon contrat avec Prestige. J’étais prêt à repartir de plus belle.” A propos des musiciens, Miles écrit encore “Trane... donnait l’impression de pousser chaque accord à sa limite extrême, jusque dans l’espace. Mais aussi fantastique que Trane sonne, Philly Joe était le feu qui faisait que beaucoup de choses se passaient. Il savait tout ce que j’allais faire, tous ce que j’allais jouer; il m’anticipait..... Paul Chambers était le bébé du groupe, il n’avait que 20 ans, mais jouait comme s’il avait été là de toute éternité. Comme Red. Il m’apportait un toucher léger à la Ahmad Jamal, un petit peu d’Erroll Garner, auquel il ajoutait sa propre marque. Tout était là.”

A noter qu'il existe une version de 'Round Midnight, enregistrée pendant la séance du 26 octobre 1956, et qui ne figure sur aucun de ces quatre albums. Ce thème est repris assez étrangement sur le CD Miles Davis and the Modern Jazz Giants (Prestige OJCCD 347-2) dont les autres titres proviennent d'une session effectuée le 24 décembre 1954 en compagnie de Milt Jackson (vib), Thelonious Monk (p), Percy Heath (b) et Kenny Clarke (drs).


Miles Davis : 'Round About Midnight (Columbia), 27/10/55 - 5/6/56 - 10/9/56

Les premiers enregistrements pour Columbia effectués alors que le groupe était toujours sous contrat avec Prestige. Le silence s’installe en maître comme partie intégrante des compositions et la relecture, en septembre 1956, du classique de Monk ('Round Midnight) confirme l’irrépressible ascension du trompettiste que, désormais, plus rien n’arrêtera dans sa quête du son parfait.


Miles Davis : Ascenseur Pour l’Echafaud (Fontana), 1957

A Paris, par l’entremise de Juliette Greco, Miles rencontre le réalisateur Louis Malle et enregistre en direct, nez devant les images qui défilent sur la toile, la bande son d’un film noir. Boris Vian raconte comment Miles utilisa un fragment de peau détaché de sa lèvre et coincé dans l’embouchure de sa trompette pour en modifier le son sur le titre Dîner au Motel. Selon Barney Wilen (ts), tout fut mis en boîte à l’image en 2 heures 1/2, en deux prises pour chacune des quinze séquences, avec l’aide appréciable de Jeanne Moreau qui servait des drinks aux musiciens. Depuis, la musique et le film qui va avec sont entrés dans la légende. Le compact reprend la bande son originale avec l’écho artificiel accentuant son côté dramatique et les mêmes prises sans effet, telles qu’elles ont été captées en direct.

Le groupe, composé outre Miles, de Wilen (ts), René Urtregger (p), Pierre Michelot (b) et Kenny Clarke (drs), a ensuite entrepris une tournée de concerts en Europe dont il reste un souvenir : le disque intitulé The Complete Amsterdam Concert (Celluloid - Mélodie Distribution), enregistré le 8 décembre 1957, sur lequel figure des titres que Miles avait l’habitude d’inscrire à son répertoire à l’époque : Round About Midnight, Bag’s Groove, Four, Walkin’, ....


Cannonbal Adderley : Somethin’ Else (Blue Note), 1958

Julian Adderley, en compagnie de Hank Jones (p), Art Blakey (drs), Sam Jones (b) et Miles Davis à la trompette qui est en fait le co-leader de la session, enregistre cet album pour Blue Note en mars 1958. Autumn Leaves, qui s’étend sur près de 11 minutes, est à mon sens une des plus belles versions de ce thème classique, ici réarrangé dans un traitement élaboré et précédé d’une longue introduction qui ne permet pas au début de l’identifier. Bien que, dans son autobiographie, Miles, préoccupé par les enregistrements qu’il veut éditer sous son propre nom, n’accorde pas beaucoup d’attention à ce disque qu’il dit avoir fait comme une faveur, la performance est une réussite complète et le disque qui en a résulté, augmenté d’un inédit dans la réédition en compact, est devenu une référence incontournable dans la discographie du leader. Indispensable.


Miles Davis : Milestones (Columbia), février et mars 1958

L’éventail des timbres s’ouvre encore un peu avec l’arrivée de Cannonball Adderley au saxophone alto et le sextet s’engage lentement dans cette voie royale qui le rendra éternel. Adderley et Coltrane croisent leurs souffles sur une rythmique de rêve et Miles obtient une sonorité extraordinaire sur le titre éponyme de l’album : ce fameux Miles ou Milestones qui annonce le jazz modal de Kind of Blue. Après ce disque, Philly Joe Jones abandonne le groupe pour être remplacé par Jimmy Cobb de même que Red Garland qui laisse son tabouret à un pianiste qui saura concrétiser les idées du trompettiste : Bill Evans. Kind Of Blue a été gravé avec eux exactement une année après Milestones.


Miles Davis : Kind of Blue (Columbia), mars et avril 1959

Selon Miles, le concept et les compositions de Kind Of Blue sont entièrement son oeuvre. Ainsi All Blues serait inspiré des gospels entendus dans les églises de l’Arkansas. D’autres souvenirs sont plus confus. Une chose est sûre : au moment de l'enregistrement, Bill Evans ne fait déjà plus partie du quintet de Miles dans lequel il a été remplacé par Wynton Kelly mais Miles le rappelle pour les sessions en studio car il sait que lui seul pourra habiller ses idées dans des harmonies originales basée sur des accords ouverts, frais et ingénieux. Il est aussi probable que Bill Evans est pour beaucoup dans le jeu des silences, la clarification des structures et l’approfondissement du jeu modal et certains spécialistes pensent qu'il est le compositeur en tout ou en partie de Blue in Green et de Flamenco Sketches. Sans doute, comme le reconnaît Miles lui-même dans son autobiographie, le concept s’est-il développé spontanément par l’apport de tous les musiciens qui, par leur créativité et leur imagination, ont emmené la musique plus loin que ce qui avait été balisé au départ. C’est cela aussi l’art et, comme le peintre fait sa toile dans la lumière changeante, qui peut savoir ce que deviendra au bout du compte une oeuvre musicale lorsqu’elle n’est pas écrite au départ.

La première face du LP comprend troix morceaux (So What, Freddie Freeloader et Blue in Green) qui ont été enregistrés lors d'une première session organisée le 2 mars 1959 dans les vieux studios Columbia de la 30th Street à New York. Peu de répétitions ont eut lieu et les compositions sont davantage des esquisses modales, sans séquences complexes d'accords, qui installent une atmosphère et laissent beaucoup de liberté aux musiciens. On l'oublie parfois mais Bill Evans ne joue pas sur Freddie Freeloader où il est remplacé par Wynton Kelly. Ce morceau étant un blues classique de 12 mesures en Si bémol, Miles a préféré le confier à Kelly qui est un bien meilleur bluesman que Bill Evans. La seconde et dernière session de trois heures, toujours supervisée par le producteur maison Irving Townsend et l'ingénieur du son Fred Plaut a lieu dans les mêmes studios le 22 avril 1959. Flamenco Sketches et All Blues, qui composent la deuxième face du LP, y sont enregistrés de même qu'une prise alternative (la première) de Flamenco Sketches restée longtemps inédite et qui sera incluse sur la réédition en compact de 1997. Cette première prise ne surpasse pas la seconde mais les improvisations des quatre solistes sont évidemment différentes et on comprend à son écoute le potentiel et le calibre de ces fabuleux musiciens capables de créer sur l'instant de fantastiques mélodies qui ne seront plus jamais rejouées de la même façon.

Le morceau le plus célèbre de l'album reste le fameux So What qui deviendra un standard et le point de passage obigé pour tout nouveau jazzman désireux de passer l'épreuve du jazz modal. Ce n'est pourtant qu'un riff simpliste joué en ré mineur 7e sur une structure AABA de 32 mesures, le seul changement harmonique consistant à répéter le thème un demi-ton plus haut dans la partie B. Miles prend deux superbes chorus (de 1:30 à 3:23) constitués de phrases hantées et assez concises pour laisser entendre la rythmique. Son solo est entré dans la légende et a été intensément étudié : George Russell l'a arrangé pour son grand orchestre et Eddie Jefferson a même mis des paroles dessus. L'improvisation de Miles est suivie par deux chorus au sax ténor de Coltrane (3:24 à 5:14) dont le style intense tranche radicalement sur celui de Miles. Viennent ensuite les deux chorus de Cannonball Adderley (5:15 à 7:04) qui laissent percer son sens aigu du blues et du groove. Le morceau est habillé somptueusement par les accords énigmatiques de Bill Evans (écoutez son jeu dissonant sur le huitième chorus de 7:05 à 7:45) et par la rythmique attentive qui amplifie le travail des solistes (écoutez par exemple vers 3:52 comment le batteur Jimmy Cobb propulse Coltrane de manière interactive vers un plus haut niveau d'intensité). Emblématique du disque et du jazz modal tout entier, So What, comme tous les standards, sera mis à toutes les sauces et joué dans tous les tempos mais, en dépit de quelques réussites, aucune version n'a la vitalité de celle enregistrée par Miles Davis et ses musiciens le 2 mars 1959.

Ce qu'on sait moins, c'est que le disque connut une histoire chaotique à travers les années et d'un pays à l'autre. déjà le LP original sorti le 15 août 1959 n'était pas sans défaut avec notamment une erreur dans le nom de Cannonball Adderley orthographié "Adderly". La pochette indiquait aussi que le premier morceau de la face deux était Flamenco Sketches suivi par All Blues alors qu'à première écoute, on se rend compte que le blues est le premier morceau. Miles fit remarquer l'erreur au producteur Teo Macero et les noms furents inversés sur toutes les pochettes des éditions ultérieures. Le plus étonnant est que dans les notes de pochette rédigées à la main par Bill Evans, ce dernier écrit que All Blues est une série de cinq gammes, chacune étant jouée aussi longtemps que le soliste le souhaite jusqu'à ce qu'il ait achevé la série et que Flamenco Sketches est un blues de douze mesures en 6/8, ce qui correspond bien au listing du premier pressage de l'album. Aujourd'hui, bien que l'on aie gardé le listing avec Flamenco Sketches placé en dernier et même "corrigé" à l'occasion les notes de Bill Evans, la confusion persiste et on se pose encore la question de savoir si, en définitive, la première édition du LP n'était pas la bonne. Par ailleurs, la première séance fut enregistrée sur une machine qui ce jour-là tournait, à l'insu des ingénieurs, à une vitesse légèrement inférieure à la normale. Il en résulta que les trois premiers morceaux figurant sur la première face du LP sont rendus à une vitesse légèrement supérieure à ce qui fut réellement joué en studio. Les musiciens qui ont l'habitude de répéter en suivant le disque savent bien qu'il est nécessaire de réaccorder leur instrument légèrement plus haut pour être dans la même tonalité que celle de la musique enregistrée. Pendant plusieurs décades, beaucoup ont ainsi écouté des versions altérées de So What, Freddie Freeloader et Blue in Green sans même sans rendre compte. Heureusement, les séances studio avaient aussi été sécurisées en back-up sur une seconde machine qui tournait à vitesse correcte mais il fallut attendre la sortie en compact "Master Sound CD" de 1992 pour entendre les versions normales de ces morceaux qui seront ensuite reprises sur la plupart des éditions ultérieures en compact. A noter toutefois que les versions à vitesse altérée ont leurs inconditionnels, sans doute parce que leurs oreilles s'y sont habituées au long des années, et qu'à leur intention, les maisons de disque ont parfois sorti des éditions spéciales reprenant les trois premiers titres avec la vitesse altérée du LP initial : c'est le cas du double LP sorti par Classic Records en 1997 (qui offre les deux versions altérées et corrigées) ou des CD au format Mini-LP japonais sortis au milieu des années 90 ou encore du vinyl 180 grammes de Sony Music Special Products sorti en 2001. A noter aussi les rééditions avec des pochettes différentes, voire d'autres notes de pochettes écrites pas différents chroniqueurs (Benny Green au Royaume-Uni par exemple), la plus suprenante étant sans doute celle du CD pourtant très officiel sorti par Columbia en 1986 dans la série Jazz Masterpieces : on y voit une photo inversée de Miles Davis devenu pour l'occasion un trompettiste gaucher. Une chose par contre qui fut parfaite, si l'on excepte le procblème de vitesse du master, est la qualité de la prise de son qui fut confié à Fred Plaut, un vrai professionnel formé aux techniques classiques d'enregistrement. Grâce à son énorme savoir faire, le son de Kind of Blue surprend encore aujourd'hui ceux qui l'écoutent pour la première fois.


Kind of Blue : Legacy Edition

De toutes les éditions de Kind of Blue existant sur le marché, la plus intéressante est cette Legacy Edition de Sony sortie sous la forme d'un double compact en janvier 2009 (fêtant ainsi le cinquantième anniversaire du LP initial). Le premier CD regroupe les cinq morceaux originaux de Kind of Blue glorieusement remastérisés, avec la vitesse correcte, et présentés dans le même ordre que sur le LP de 1959. La première prise de Flamenco Sketches, la seule version alternative complète issue des mêmes sessions, est ensuite ajoutée. Enfin, le premier disque est complété par des séquences interrompues (allant de 11 secondes à deux minutes) des différents titres de l'album plus un faux départ sur Freddie Freeloader (1:25). Regrouper ces séquences incomplètes en fin de CD est la meilleure façon de procéder car on ne les écoute que si l'on en a envie et ils ne perturbent pas la lecture du programme original. Le second disque est fort intéressant en ce qu'il rassemble d'autres titres enregistrés par le même sextet incluant Adderley, Coltrane, Evans, Chambers et Cobb: On Green Dolphin Street, Fran-Dance (deux versions différentes), Stella by Starlight, et Love for Sale. Ces morceaux enregistrés le 26 mai 1956, autrefois disponibles sur le CD Miles 58 featuring Stella By Starlight, sont ici couplés pour la première fois à ceux de Kind of Blue et l'on peut ainsi disposer en une seule acquisition de tous les enregistrements en studio effectués par le sextet mythique incluant Bill Evans au piano. Le second compact se termine avec une version live inédite (sauf en bootleg) de plus de 17 minutes de So What enregistrée aux Pays-Bas le 9 avril 1960. Cannonball Adderley brille par son absence et Wynton Kelly y remplace Bill Evans au piano mais Davis et Coltrane sont foudroyants dans cette interprétation plus rapide et plus énergique que celle en studio.


D'autres témoignages du Miles Davis Sextet avec Bill Evans

Deux semaines après la dernière séance de Kind Of Blue, Coltrane entrait en studio pour enregistrer Giant Steps mais il ne quittera définitivement le groupe de Miles qu’après une tournée en Europe, en mai 1960. Bill Evans a été remplacé dès 1959 par Wynton Kelly et en septembre de la même année, c’est Cannonball qui quitte l’orchestre pour ne jamais revenir. Le 25 août 1959, Miles Davis est brutalement agressé par deux policiers blancs à la sortie du Birdland sur la 52ème Rue à Broadway. Cette attaque aura des conséquences physiques et surtout traumatisantes à tel point que le trompettiste ne profitera guère de l'élan suscité par le formidable accueil qui fut immédiatement réservé à Kind of Blue. En tout cas, le fabuleux sextet avait vécu. Le nouveau quintet fit un pas en arrière pour retrouver le style d’avant le modal. Miles Davis eut envie d’inventer autre chose et s’en fut attaquer fin 1959 un autre projet en compagnie de Gil Evans. Mais il ne retrouvera vraiment la magie de la création qu'en 1964 avec la formation de son second grand quintet en compagnie d'Herbie Hancock, Wayne Shorter, Ron Carter et Tony Williams.

Il reste quelques rares témoignages du fabuleux sextet de Miles dont le concert du 28 juillet 1958 capté durant une party organisée par Columbia au Plaza, à New York, pour fêter son succès. L’enregistrement n’a pas au départ été réalisé en vue de la production d’un disque live mais comme un témoignage, un souvenir au cas où l’événement ne se reproduirait plus. Ce fut effectivement le cas. Et le disque est aujourd’hui disponible chez Columbia sous le nom The Miles Davis Sextet : Jazz At The Plaza Vol. 1 (le volume 2 est consacré à Duke Ellington et son Orchestre). Si le son est loin d’être parfait, la musique est, elle, à la hauteur du groupe légendaire. Quatre titres de plus ou moins 10 minutes y figurent. My Funny Valentine est joué sans saxophone laissant la place au piano de Bill Evans qui prend le temps de s’étendre sur un merveilleux solo, lui-même suivi d’un solo de basse de Paul Chambers. Oleo, qui clôture le disque, nous permet d’entendre encore une fois, autour du maître, les saxophones d’Adderley et de Coltrane, ce dernier soufflant à perdre haleine un solo à réveiller les morts porté par la batterie déchaînée de Philly Joe Jones.

Une autre merveille est le compact paru sous le titre Miles 58 featuring Stella By Starlight (Columbia) qui est en fait une compilation de deux séances. Trois morceaux sont repris de l’album précédent At The Plaza Vol. 1 et les quatre autres proviennent d’une séance studio enregistrée avec Adderley, Coltrane, Evans, Chambers et Cobb le 26 mai 1958, soit environ 3 mois après Milestones. Trois de ces titres figuraient à l’époque sur une face d’un disque Columbia appelé Jazz Track, l’autre face ayant été réservée à la bande son de Ascenseur pour l’Echafaud. On Green Dolphin Street, Fran Dance et Stella By Starlight sont trois ballades magnifiques jouées dans une ambiance décontractée et sur lesquelles on retrouvera le son feutré de la trompette munie d'une sourdine. Quant au quatrième, Love For Sale, qui fait partie de la même session mais était resté inédit jusqu’en 1975, il met en relief le swing de l’orchestre dans une composition aérée dont seul Miles avait à l’époque le secret. Compte tenu du rapport prix / qualité, ce compact est donc plus intéressant que le précédent avec lequel il fait double emploi si l’on excepte le titre If I Were A Bell figurant seulement sur At The Plaza.


Enfin, on notera pour ceux qui souhaitent encore enrichir leurs connaissances sur cette période faste de Miles Davis 1955 - 1961 :

  • The New Miles Davis Quintet : Miles (Prestige OJCCD 006-2), 16 novembre 1955. Mis à part les enregistrements réalisés en secret pour Columbia fin octobre 1955 et qui ne sortiront qu'en 1956, ceci est le premier disque studio commercialisé du quintet magique (Davis, Coltrane, Garland, Chambers et Jones). Le disque, composé de 4 standards et de 2 originaux, est agréable sans valoir pourtant les chefs d'oeuvre qui seront réalisés par la suite. Si la trompette de Miles, munie de sa sourdine, a déjà bien le son délicat et évanescent qui fera sa célébrité (particulièrement sur les deux ballades Just Squeeze Me et There Is No Greater Love), le style de Coltrane reste proche du be-bop, à mi-chemin entre Dexter Gordon et Sonny Stitt.
  • Miles And Coltrane (Columbia 460 824 2). Ce compact reprend deux titres des premières sessions enregistrées en secret le 27 octobre 1955 pour Columbia : Little Melonae et Budo. Le style est le même que pour le disque précédent : cool pour Miles et be-bop pour Coltrane. La différence entre ces deux thèmes et les 5 autres titres du compact, enregistrés en direct au Jazz Festival de Newport, le 4 juillet 1958, est flagrante. On y retrouve cette fois, outre Miles et Coltrane, Adderley, Cobb, Chambers et Bill Evans avec au-moins un morceau d'anthologie : Bye Bye Blackbird.
  • Miscellaneous Davis 1955 - 1957, édité chez Jazz Unlimited, sur lequel on peut entendre Miles enregistré live dans divers contextes et avec différents groupes : au Jazz Festival de Newport le 17 juillet 1955, au Kongresshaus de Zurich le 19 novembre 1956, à Stuttgart le 18 décembre 1957, et au Birdland de New York les 17 et 30 octobre 1957 avec, pour cette dernière performance, Philly Joe Jones à la batterie, Paul Chambers à la basse, Tommy Flanagan au piano, et, au saxophone, Bobby Jaspar à qui incombait la lourde tâche de remplacer à la fois un Sonny Rollins sortant et un Cannonball Adderley attendu. Dans son livre, Miles, qui n’est tendre pour personne, écrit “Bobby était un très bon musicien mais ce n'était pas le type qu'il me fallait”. Bobby Jaspar, pour des raisons qui n'ont rien à voir avec son talent, ne restera que 6 semaines dans le quintet sans pouvoir s'adapter à la pression imposée par le leader.
  • Miles Davis - John Coltrane : On Green Dolphin Street (Jazz Door 1226), enregistré le 22 mars 1960 à Stokholm et le 9 avril 1960 au Kurhaus à Scheveningen en Hollande. Avec Coltrane, Wynton Kelly, Paul Chambers et Jimmy Cobb.
  • Miles Davis - John Coltrane : Copenhagen 1960 (JEAL Records RJ 501), enregistré en mars 1960 avec Coltrane, Wynton Kelly, Paul Chambers et Jimmy Cobb.
  • Miles Davis / Sonny Stitt : Stockholm 1960 (JEAL Records RJD 509), enregistré en mars 1960 avec Sonny Stitt (ts), Wynton Kelly, Paul Chambers et Jimmy Cobb.
  • The Miles Davis Quintet : Live In Zürich 1960 (Jazz Unlimited 2031), enregistré au Kongresshaus de Zürich le 8 avril 1960 avec Coltrane, Wynton Kelly, Paul Chambers et Jimmy Cobb.
  • Miles Davis : En Concert Avec Europe 1 - Olympia 1960 (Europe 1 / RTE / TREMA 710455 - coffret de 4 CDs). Ce coffret présente en fait deux concerts : le premier datant du 21 mars 1960 avec Coltrane, Kelly, Chambers et Cobb; et le second du 11 octobre 1960 avec Sonny Stitt remplaçant Coltrane au ténor. Celui de mars est historique : Coltrane, qui est au bord de sa rupture avec Miles, y surpasse son leader et annonce clairement le jazz libre des années 60. Sur les 8 morceaux, Miles ne prend que 5 solos, tous plus courts que ceux de Coltrane, et se retire en coulisses quand il ne joue pas. En octobre, Sonny Stitt a remplacé Coltrane et la musique fait un pas en arrière, abandonne le modal, et retrouve les accents du be-bop dont Stitt est l'un des maîtres.
  • Miles Davis : Someday My Prince Will Come (Columbia), les 7, 20 et 21 mars 1961. Hank Mobley remplace Sonny Stitt au ténor et Miles fait revenir Coltrane pour deux thèmes (Someday My Prince Will Come et Teo) et Philly Joe Jones pour un seul. Kelly, Chambers, et Cobb sont toujours là. Le disque paraît sans aucune indication précise et Miles avoue, dans son livre, que Coltrane et lui-même ont ré-enregistré quelques solos après la session (overdubbing).



A lire :

  • Bergerot Franck, Miles Davis, introduction à l'écoute du jazz moderne, Seuil, Paris, 1996.
  • Chambers Jack, Milestones vol. 1 : the music and times of Miles Davis to 1960, Beech Tree Books / William Morrow, New York, 1983.
  • Davis Miles & Troupe Quincy, Miles, l'autobiographie, Presses de la Renaissance, Paris, 1989.
  • Gerber Alain, Miles, Le Livre de Poche, 2009.
  • Jackson Jean-Pierre, Miles Davis, Actes Sud, Classica, 2007.
  • Kahn Ashley, Cobb Jimmy & Paringaux Philippe, Kind of Blue : Le Making-of du Chef-d'oeuvre de Miles Davis, éd. Le Mot et le Reste, Formes, 2009.
  • Malson Lucien, Les maîtres du jazz, D'Oliver à Coltrane, Presses Universitaires de France, Paris, 1952 (dixième édition, 1993), Que Sais-je ? N° 548 (Miles Davis : pages 97 à 113).
  • Schroeder Jean-Pol, Bobby Jaspar, itinéraires d'un jazzman européen, 1926 - 1963, éd. Mardaga, Sprimont, 1997 (pour l'expérience avec le Quintet de Miles Davis : pages 335 à 339).
  • Troupe Quincy, Miles Davis, éd. Le Castor Astral, Castor Music, 2009.
  • Williams Richard, Miles Davis, l'homme à la chemise verte, Editions Plume, Paris, 1993.



"There is a Japanese visual art in which the artist
is forced to be spontaneous.... Erasures or changes are impossible.
These artists must practice a particular discipline, that of allowing the idea
to express itself in communication with their hands in such a direct way
that deliberation cannot interfere. The resulting pictures lack the complex
composition and textures of ordinary painting, but it is said that those
who see well find something captured that escapes explanation."

Improvisation in Jazz by Bill Evans,
Liner Notes taken from the original release of Kind Of Blue, 1959



Miles Davis & John Coltrane : The Complete Columbia Recordings 1955 - 1961 (Columbia Legacy / Sony Music)

Ce quatrième coffret de l'intégrale de Miles chez Columbia, après ceux consacrés aux séances avec Gil Evans, aux sessions Bitches Brew, et à celles du second quintet avec Wayne Shorter et Herbie Hancock, couvre la période qui nous intéresse sur cette page. Présenté comme une superproduction, ce coffret l'est assurément : un livre de 116 pages avec des photos inédites, une chronologie complète et des textes originaux, comme d'habitude, très bien documentés ; 6 compacts regroupant les albums Round About Midnight, Milestones et Kind Of Blue, les concerts à Newport et au Plaza de 1958 et deux titres de Someday My Prince Will Come ; et en plus, une heure et demie de musique inédite avec des prises alternatives non retenues à l'époque, des faux départs, des conversations et même un vrai morceau oublié, soit au total 58 titres. Ce coffret est une édition sans doute définitive de la période inaugurale de Miles chez Columbia et, à ce titre, il est donc incontournable. Pourtant, je ne peux m'empêcher de faire les commentaires suivants :

  • On peut ressentir un plaisir différent à rechercher les disques ou CD originaux et à les écouter un par un dans la logique de leur conception unique, soigneusement agencés par leurs auteurs avec les meilleures prises jugées comme les seules dignes d'être offertes au public.
  • Les disques Prestige de 1955 et 1956, enregistrés pour des raisons de contrat en alternance avec ceux de Columbia, sont tout aussi indispensables dans l'histoire du quintet et ne sauraient être omis au seul profit de cette édition majeure.
  • Quelques enregistrements live du quintet, notamment ceux enregistrés à Stockholm et à l'Olympia en mars 1960, constituent également des repères historiques à ne pas négliger.
A vous finalement de choisir l'approche qui vous convient parmi les solutions maintenant possibles !



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