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Bill Evans Trio : Waltz for Debby

Ecoutez aussi :


d'autres compacts essentiels du pianiste Bill Evans (1929 - 1980), musicien introspectif et inventeur d'une nouvelle conception du trio de piano jazz.



Les origines jusqu'à Miles Les années Verve
Miles Davis : la révélation Les années Fantasy
L'art du trio Le bout de la piste
Conversations avec soi-même Une sélection de compacts


New Jazz Conceptions
Né en 1929 à Plainfield dans le New Jersey, Bill Evans reçoit sa première éducation musicale à l'âge de six ans dans l'église orthodoxe que fréquente sa mère d'origine russe et apprend, en plus du piano, à maîtriser le violon et la flûte. Il apprendra aussi à lire avec aisance des partitions de musique classique, notamment de Debussy, Ravel, Stravinsky et Milhaud, ce qui aura incontestablement plus tard une grande influence sur son jeu. Il découvre le jazz en compagnie de son frère aîné Harry, joue avec quelques orchestres locaux et complète sa formation théorique au Southeastern Louisiana College de Hammond en Louisiane qu'il quittera avec un graduat en poche en 1950. Il effectue ensuite trois années de service militaire au cours duquel il intègre un orchestre militaire tout en s'arrangeant certains soirs pour fréquenter les clubs de Chicago. On le retrouve en 1955 à New York où il décide de parfaire son éducation musicale avant d'embrasser une carrière d'artiste de jazz. Il joue alors avec le saxophoniste Tony Scott et avec l'orchestre du compositeur George Russell qui lui enseignera les bases de son concept lydien d'organisation tonale et l'introduira aux subtilités de l'avant-garde et du jazz modal. En 1956, Orrin Keepnews, patron de Riverside, écoute une bande du pianiste et décide de l'enregistrer. Suivant la politique d'austérité pratiquée par le label, Bill Evans n'aura droit qu'à une journée d'enregistrement au cours de laquelle il va graver onze titres en trio (avec Teddy Kotick à la basse et déjà Paul Motian à la batterie) ou en solo dont quatre originaux parmi lesquels figure ce qui restera comme son plus grand classique : Waltz For Debby, composé alors qu'il était encore dans l'armée et esquissé ici en solo dans une version ultra courte de 1'20". Lyrique mais surtout swinguant (on y dénote l'influence Bop de Bud Powell dans sa manière de jouer les mélodies à la main droite), Evans se distingue pourtant déjà de ce que l'on faisait à l'époque et New Jazz Conceptions vaut bien la peine d'être écouté pour ce qu'il est : un document historique sur le style premier de celui qui deviendra l'un des plus grands pianistes de Jazz. Malheureusement et malgré une critique plutôt élogieuse, Evans n'étant à l'époque connu que de quelques aficionados qui l'ont aperçu ici et là en concert, les ventes initiales n'iront pas au delà du millier d'exemplaires.

Charlie Mingus : East CoastingMiles Davis : '58 MilesCannonball Adderley : Know What I Mean?
Bill Evans, qui ne se sentait pas lui-même prêt pour affronter le devant de la scène, replonge dans le circuit des concerts en jouant et en enregistrant avec des ténors du Jazz comme Pepper Adams, Joe Puma, Eddie Costa, Art Farmer, Tony Scott et Clark Terry (Free Blown Jazz, 1957), Jimmy Knepper (A Swinging Introduction to Jimmy Knepper, 1957), Charles Mingus (East Coasting, 1957), George Russell (Jazz Workshop, 1956), Michel Legrand (Legrand Jazz, 1958) et même avec le belge Bobby Jaspar sur un album de la chanteuse Helen Merrill : The Nearness of You (EmArcy, 1958). Toutefois, le destin garde un oeil sur lui et ce destin, en l'occurrence, s'appelle Miles Davis. A l'époque, Miles, était à la recherche d'un pianiste pour compléter son quintet après le départ de Red Garland. Toujours à l'affût de nouveaux talents, il remarque le jeu singulier de Evans et lui donne l'occasion d'intégrer l'un des plus fameux groupes de l'histoire du Jazz. Aux côtés de John Coltrane (ts), Paul Chambers (b), Philly Joe Jones ou Jimmy Cobb (dr) et plus tard de Cannonball Adderley, le pianiste va imposer son style, jouant en dessous de l'orchestre, le forçant même à épouser ses conceptions, à adoucir la tonalité de l'ensemble, aidant Miles à accomplir sa transition du swing vers un jazz modal subtil et original. Conquis, Miles gardera le pianiste avec lui pendant une huitaine de mois au cours desquels il enregistrera plusieurs albums dont '58 Sessions (Columbia, mai 1958), Jazz Tracks (Columbia, mai 1958), Miles and Monk at Newport (Columbia, juillet 1958) et Jazz at Plaza, Vol. 1 (Columbia, septembre 1958). Mais Bill Evans a du mal à s'adapter à la vie trépidante des tournées incessantes et aspire à une vie plus calme où sa créativité se nourrira de paix et d'introspection. En novembre 1958, Evans quitte officiellement le quintette de Miles. Cette fois, il a la ferme intention d'imposer sa vision du Jazz et il va le faire dans une formule dépouillée qui sera la sienne jusqu'à la fin de sa vie : en trio.

Everybody Digs Bill EvansPortrait in JazzExplorations
Le 15 décembre 1958, Bill Evans retourne en studio avec Philly Joe Jones (dr) et Sam Jones (b), avec qui il a joué sur l'album Portrait of Cannonball de Cannonball Adderley (Riverside, juillet 1958), et enregistre six titres en trio et trois en solo à nouveau pour Riverside. Everybody Digs Bill Evans a la pêche surtout les morceaux Hard bop comme Minority et surtout Oleo de Sonny Rollins mais le titre qui retient surtout l'attention est un Peace Piece interprété en solo qui s'étend sur près de 7 minutes : sa structure lâche constituée d'une succession de paliers sur lesquels le pianiste improvise librement constitue une nouvelle manière d'aborder le Jazz : claire, délicate et atmosphérique. Adoubé par Miles Davis, George Shearing, Ahmad Jamal et Cannonball Adderley dont les éloges sont reproduits sur la pochette, l'album va se vendre nettement plus vite que son premier essai. Incidemment, en mars et en avril 1959, Evans rejoindra le sextet de Miles en studio pour enregistrer le plus célèbre de tous les disques de Jazz : le fabuleux Kind Of Blue dont l'histoire est racontée en détail sur une autre page de ce site et il suffit de réécouter Blue In Green (crédité sur la pochette à Miles Davis mais revendiqué par Evans comme une de ses compositions) pour comprendre combien l'apport du pianiste à cette musique fut séminale. Mais si avec Kind Of Blue, Evans avait déjà fait un pas dans la légende, il va maintenant y entrer de plein pied en s'associant avec le bassiste extraordinaire Scott LaFaro et le batteur Paul Motian pour graver sur le label Riverside ce qui restera le sommet de son abondante discographie en leader : Portrait in Jazz enregistré le 28 décembre 1959 et Explorations le 2 février 1961, deux albums en studio suivis par les fameuses plages enregistrées au Village Vanguard à New York le 25 juin 1961 et figurant sur les disques Sunday at the Village Vanguard et Waltz for Debby. Evans s'y révèle un musicien romantique qui, loin de monopoliser la scène, conçoit son jeu tout en nuances avec des mélodies et des accords incomplets, voire simplement suggérés, laissant ainsi des trous dans les rythmes et les mélodies qui sont exploités par ses compagnons, LaFaro en particulier. D'une émotion à fleur de peau, ce qui est exprimé ici est d'une beauté limpide qui ne peut être racontée : ce style à la fois moderne et inspiré par un classicisme européen, basé sur l'interactivité, l'imagination et la science du contrepoint fera école et influencera des centaines de pianistes de jazz dont Herbie Hancock, Keith Jarrett et Enrico Pieranunzi pour ne citer que les meilleurs. Les cinq sets enregistrés au Village Vanguard sont maintenant disponibles en un coffret de 3 compacts, remixés, avec l'intégralité des titres replacés dans leur séquence initiale incorporant introductions parlées et plages inédites : The Complete Village Vanguard Recordings, 1961. Cet après-midi parfait de jazz, comme disait un chroniqueur du New Yorker, est un moment privilégié, une révélation probablement pour ceux qui ne connaissent pas encore cette musique. Malheureusement, 10 jours à peine après ce concert, LaFaro mourrait tragiquement dans un accident de voiture mettant ainsi un terme au trio magique et laissant un Bill Evans désemparé qui mettra près d'une année à s'en remettre. Un autre grand album de cette époque est celui gravé en quartet avec le saxophoniste Cannonball Adderley entre janvier et mars 1961 : le phrasé nerveux et le son bluesy d'Adderley contrastant avec le style méditatif d'Evans y font merveille, surtout que le tout est emballé avec grâce et souplesse par la fabuleuse section rythmique du Modern Jazz Quartet composée de Percy Heath (b) et de Connie Kay (dr). Know What I Mean? est un disque de Jazz mainstream irrésistible.

Moon BeamsUndercurrentConversations With Myself
En mai 62, Evans enregistre Moon Beams, toujours avec Motian mais avec Chuck Israels à la basse : un excellent disque où il s'affirme en leader, imposant sa vision romantique et doucement swinguante du Jazz. Le premier titre, appelé Re: Person I Knew (un anagramme de Orrin Keepnews) est un hommage au célèbre patron de Riverside qui lui a donné le premier la chance de se faire entendre en leader. Cette composition modale, qui rappelle les beaux jours passés avec Miles, est devenue un classique du répertoire d'Evans. Il faut encore noter l'excellent Undercurrent, enregistré à la même époque pour United Artists et aujourd'hui réédité chez Blue Note, ou Evans se confronte en duo avec le guitariste Jim Hall dans une série de titres swinguants, ballades et valses de toute beauté. Alors qu'il est pratiquement ruiné et plongé dans ses problèmes de drogue, son manager Helen Keane l'introduit auprès de Creed Taylor, alors producteur chez Verve, qui le prend dans son écurie contre une avance confortable. Evans a alors une idée bizarre : enregistrer un disque en solo mais en dialoguant avec lui-même à deux reprises à l'aide de la technique du multipistes encore inusitée à l'époque. L'album s'intitule tout simplement Conversations With Myself et le pianiste y délivre une prestation fantastique, répondant à ses propres sollicitations sur des thèmes aussi célèbres que 'Round Midnight, Blue Monk, Bemsha Swing, How About You? ou encore le fabuleux Spartacus Love Theme. L'album, ambitieux, dense, totalement maîtrisé au niveau des interactions, complexe mais paradoxalement très accessible, lui vaudra un premier Grammy Award justifié. Entre-temps, Evans s'est soigné et remonte la pente sur le plan personnel. Il reviendra plus tard à cette approche musicale singulière et enregistrera deux autres disques selon le même procédé : Further Conversations With Myself (Verve, 1967) avec deux pistes au lieu de trois et New Conversations (Warner Bros., 1978) qui inclut cette fois un piano électrique en supplément de l'acoustique. Des trois performances, la première reste la plus mémorable à cause peut-être de la surprise ou de la spontanéité qui s'en dégage, mais aussi des thèmes choisis.

California Here I ComeBill Evans at the Montreux Jazz FestivalBill Evans & Jeremy Steig : What's New
Bill Evans restera chez Verve entre 1962 et 1969, enregistrant une multitude de sessions qui ont fait l'objet en 1977 d'une édition intégrale remastérisée (incluant 269 titres dont 98 inédits) sur 18 compacts accompagné d'un livret de 160 pages, le tout regroupé par un designer inconscient dans un surprenant coffret en fer qui avait la particularité de se couvrir en un temps record d'une rouille poudreuse désagréable : The Complete Bill Evans On Verve. Un travail d'édition sérieux et gigantesque qui ravira certes les complétistes mais qui risque de décourager l'amateur davantage désireux d'acquérir quelques uns de ses disques les plus essentiels. Avec un artiste du calibre d'Evans, le choix est difficile. Si certains disques peuvent facilement être écartés comme Stan Getz & Bill Evans (1963) où les deux géants manquent singulièrement d'enthousiasme ou Bill Evans Trio with Symphony Orchestra (1965) et son orchestre envahissant, beaucoup d'autres sont recommandables comme Trio '64 (1963), Trio '65(1965), Intermodulation (1966) en duo pour une seconde fois avec le guitariste Jim Hall, Bill Evans at Town Hall (1966) ou Alone (1969), son premier disque intégralement en solo et son troisième Grammy. En tout cas, en voici trois presque incontournables et qui ont l'avantage de le présenter dans des contextes différents (donc, évitant la monotonie) : California Here I Come est enregistré en août 1967 en trio avec Eddie Gomez (b) et Philly Joe Jones (dr). Trois originaux et douze standards sont au répertoire pour ce double LP réédité en compact et remastérisé en 24 bits. Quand l'ancien batteur de Miles met le feu, Bill sort de sa léthargie introspective comme piqué au vif et ça fait franchement du bien. Le 15 juin de l'année suivante, Bill Evans se produit au Festival de Jazz de Montreux en compagnie du bassiste Eddie Gomez et du batteur Jack DeJohnette. Le premier titre One for Helen est dédié à son manager Helen Keane qui l'a aidé dans les années difficiles tandis que le reste est composé de standards qu'il affectionne comme Nardis de Miles Davis, Someday My Prince Will Come, Embraceable You et autres ballades. La complicité avec Gomez y est de plus en plus évidente et DeJohnette sait relever la sauce avec brio, ce qui fait de Bill Evans at the Montreux Jazz Festival un disque tout à fait recommandable, récompensé par un second Grammy Awards en 1969. Quant à What's New, toujours avec Eddie Gomez mais avec le batteur Marty Morell, il bénéficie de la présence d'un flûtiste largement sous-estimé : Jeremy Steig qui incorpore dans son jeu quelques effets empruntés au Rock ou à Rahsaan Roland Kirk (bruits de clés, soufflements, gémissements...). Et comme le répertoire inclut aussi des titres comme Straight No Chaser, Autumn Leaves et So What, on n'est pas si loin de l'univers davisien. Ce dernier album en particulier est recommandé pour avoir une autre vision de l'immense talent du pianiste.

The Tony Bennett/Bill Evans AlbumQuintessence
Ayant quitté Verve (Creed Taylor est lui aussi parti fonder son propre label CTI), le pianiste enregistre Bill Evans Album à l'été 1971 (Grammy Awards 1972) pour Columbia sur lequel, accompagné par Eddie Gomez et Marty Morell, il joue pour la première fois du piano électrique. Son second et dernier LP pour Columbia, Living Time (1972), est consacré à une longue suite du compositeur et arrangeur George Russell, interprétée avec un grand orchestre : le résultat est sans intérêt. Heureusement, le passage sur chez Fantasy lui permet de renouer avec des productions d'une autre trempe. Son premier LP pour le label (The Tokyo Concert) est un bon concert à Tokyo en trio avec Eddie Gomez et Marty Morell au cours duquel il revisite comme d'habitude une série de standards en plus d'une de ses compositions (T.T.T.T. - Twelve Tone Tune Two) et une de son ancien bassiste Scott LaFaro (Gloria's Step). Re: Person I Knew et Since We Met, enregistrés avec le même trio les 11 et 12 janvier 1974, marquent le retour au fameux Village Vanguard de New York, treize années après son célèbre concert avec LaFaro et Motian. Intuition (novembre 1974) est un superbe duo impressionniste et ... intuitif entre Evans et son éternel bassiste Eddie Gomez. The Tony Bennett/Bill Evans Album est une collaboration d'une fraîcheur inouïe entre deux grands stylistes, Tony Bennett et sa voix de baryton chantant avec une diction phénoménale et une aisance déconcertante des standards comme My Foolish Heart, Days of Wine and Roses et l'inévitable Waltz for Debby (avec un texte écrit par Gene Lees) comme si Evans était son pianiste depuis toujours. En fait Bennett raconte qu'Evans, en grand perfectionniste, a étudié chaque thème pendant des heures, travaillant les harmonies, les clés et les tempos, ne s'autorisant à faire tourner les bandes qu'une fois tout au point. Cette période entre 1974 et 1978 est probablement la plus heureuse de sa vie. Elle coïncide avec la naissance de son fils Evan (né en 1975 de son épouse Nenette Zazzara) tandis que le pianiste, libéré de la drogue, bénéficie d’un contrat confortable et d’une vie familiale apparemment sans histoire dans une nouvelle maison. Alone Again (décembre 1975) en solo est moins transcendant que celui paru chez Verve six ans auparavant mais Quintessence apporte une variété bienvenue dans la discographie du pianiste en le plaçant au coeur d'un quintet avec Harold Land (ts), Kenny Burrell (gt), Ray Brown (b) et Philly Joe Jones (dr). Le suivant, Cross-Currents (1977), est une oeuvre fort réussie, avec une tonalité cool exceptionnelle, qui lui permet de rendre hommage à un autre pianiste qui l'a beaucoup influencé à ses débuts : Lennie Tristano. Dans cette optique, Evans a logiquement complété son trio par deux musiciens célèbres issus de l'école de Tristano, les saxophonistes Lee Konitz à l'alto et Warne Marsh au ténor. Quant à I Will Say Goodbye enregistré en trio en mai 1977 (le titre est celui d'une composition de Michel Legrand interprétée à deux reprises sur l'album), c'est un bel adieu public de Bill Evans au label Fantasy qu'il quitte pour Warner Bros. On notera que tous les titres gravés pour le label Fantasy entre 1973 et 1979 ont été réédités chronologiquement dans un coffret de 9 disques remastérisés (dont un concert inédit à Paris datant de 1976 et un CD avec une interview) accompagnés d'un livret de 32 pages comportant des articles de Gene Lees et du manager/producteur d'Evans, Helen Keane : The Complete Fantasy Recordings 1973 - 1980. Dans le livret, on peut lire les résultats d'une enquête conduite par Gene Lees auprès de 60 pianistes de jazz renommés à qui il a demandé de citer par ordre les "meilleurs" pianistes : Art Tatum fut classé premier avec 36 votes, suivi de près par Evans avec 33 votes, lui-même suivi par Oscar Peterson avec 27 votes. A la même question portant cette fois sur leur pianiste personnel favori, c'est Evans qui émergea en tête avec 25 voix contre 22 pour Tatum et 19 pour Peterson.

You Must Believe in SpringAffinityParis Concert, Edition One
Au plan artistique, la dernière période de sa vie a été heureuse avec l'édition chez Warner Bros de plusieurs chefs d'oeuvre qui ne sont pas loin d'égaler la période faste 1959-1961. You Must Believe in Spring (août 1977) en trio avec Eddie Gomez et Eliot Zigmund (un batteur d'une dynamique exceptionnelle) est un classique rehaussé par des interprétations lyriques du titre éponyme composé par Michel Legrand, de We Will Meet Again (For Harry) en hommage à son frère aîné Harry auquel il était très attaché et de B Minor Waltz (For Ellaine) dédié à sa petite amie qui se suicida suite à une dépression au début des années 70. Les trois titres ajoutés en bonus sur la dernière réédition en CD et issus de la même session tranchent avec l'ambiance sombre et romantique du concept général de l'album mais apportent une nouvelle excitation grâce à leurs up-tempo revigorants. Affinity (octobre-novembre 1978) offre un étonnant mélange avec le trio (Evans, Eliot Zigmund et, pour la première fois, le bassiste extraordinaire Marc Johnson) accueillant Larry Schneider (sax & flûte) et l'harmoniciste belge Toots Thielemans aussi méditatif que le leader. On notera dans le répertoire un surprenant et très réussi I Do It For Your Love emprunté au chanteur pop Paul Simon. We Will Meet Again (Grammy Awards 1981) contient ses dernières sessions en studio enregistrées début août 1979. Il s'agit cette fois d'un quintet avec Tom Harrell (tp), Larry Schneider (sax) et sa nouvelle et dernière rythmique composée de Marc Johnson et de Joe LaBarbera dont beaucoup pensent qu'elle était l'égale du tandem LaFaro - Motian. On a parfois reproché à Evans d'être devenu à la longue un pianiste de cocktail reproduisant éternellement les mêmes thèmes avec de subtiles variations. Pourtant, si son style n'a jamais connu de bond spectaculaire, sa faculté d’improviser librement n’a jamais cessé de croître au fil des ans et, vers la fin, sans doute stimulé par les idées de sa jeune et nouvelle rythmique, on le surprend à prendre plus de risques que par le passé, à jouer en virtuose et à explorer les techniques les plus avancées du piano. On s'en convaincra facilement en écoutant les deux disques en trio reprenant un concert à Paris gravé le 26 novembre 1979 (Paris Concert, Edition One et Edition Two). Reste le coffret de 8 compacts intitulé The Last Waltz: The Final Recordings Live enregistré au Keystone Korner de San Francisco entre le 31 août et le 8 septembre 1980, juste une semaine avant sa mort. En compagnie de Marc Johnson et de Joe LaBarbera, Evans y revisite ses pièces favorites parfois à plusieurs reprises (6 versions différentes du Nardis de Miles Davis) et son art du trio est intact, des envolées introspectives aux dialogues vigoureux avec ses partenaires, maîtrisant à la perfection et avec un surcoît de virtuosité le style qu'il inventa sur la scène du Village Vanguard le 25 juin 1961. Quant à sa vie personnelle, la fin fut difficile et, en un sens, solitaire. S'étant remis à la drogue en 1980, il en abusa jusqu'à s'en trouver totalement dépendant. Le 11 septembre, un concert est annulé pour cause de maladie. Le dimanche 14, se plaignant de douleurs à l'estomac, il est conduit par son batteur Joe Labarbera à l'hôpital Mount Sinai où il décédera d'affections multiples le lendemain dans l'après-midi à l'âge de 51 ans.

The Last Waltz
La discographie de Bill Evans comprend quelques 70 compacts sans compter les innombrables compilations, les coffrets et les disques confidentiels publiés sur des labels locaux. Beaucoup d'entre eux sont excellents et quelques uns sont essentiels, le reste est constitué de disques moins indispensables, redondants ou carrément à éviter. La sélection propose 8 compacts majeurs mettant surtout en évidence le génie du pianiste en trio mais aussi à l'occasion quelques sessions en solo ou avec d'autres instrumentistes afin de diversifier l'écoute et de la rendre moins monotone. Pour les collectionneurs, aficionados et autres complétistes de Bill Evans, il n'y a pas d'autre choix que d'acquérir les 3 indispensables coffrets actuellement disponibles sur le marché : The Complete Riverside Recordings (12 CD) qui couvre la période faste allant de 1956 à 1963 ; The Complete Bill Evans on Verve (18 CD) qui s'étend de 1962 à 1969 ; The Complete Fantasy Recordings (9 CD) de 1973 à 1979 plus les disques parus sur d'autres labels : Columbia, Blue Note, Warner Bros sans oublier ses dernières prestations en public au Keystone Korner reprises sur les 8 CD du coffret The Last Waltz.


Bill Evans (piano) : 8 CD essentiels
date
Artistes
Titre (Label)
Cover
décembre 1959
Bill Evans Trio
Evans (p), Scott LaFaro (b), Paul Motian (dr)
Le premier disque en studio de son plus célèbre trio.
Portrait In Jazz

(Riverside)
25 juin 1961
Bill Evans Trio
Evans (p), Scott LaFaro (b), Paul Motian (dr)
Tous les titres du célèbre concert remastérisés et présentés chronologiquement sur 3 CD.
The Complete Village Vanguard Recordings, 1961
(Riverside)
Janvier - février 1963
Bill Evans
Bill Evans (p)
Le pianiste à gauche, à droite et au centre par la magie du réenregistrement.
Conversations With Myself

(Verve)
17 & 18 août 1967
Bill Evans Trio
Evans (p), Eddie Gomez (b), Philly Joe Jones (dr). Propulsé par Philly Joe Jones, Evans swingue !
California Here I Come

(Verve)
janvier - mars 1969
Bill Evans Trio with Jeremy Steig
Evans (p), Eddie Gomez (b), Marty Morell (dr), Jeremy Steig (fl).
L'impulsion d'un flûtiste génial.
What's New

(Verve)
février - mars 1977
Bill Evans Trio - Lee Konitz - Warne Marsh
Evans (p), Eddie Gomez (b), Eliot Zigmund (dr), Lee Konits (as), Warne Marsh (ts)
Cross-Currents

(Fantasy)
23 - 25 août 1977
Bill Evans Trio
Evans (p), Eddie Gomez (b), Eliot Zigmund (dr).
Méditatif, émotionnel, lyrique ...
You Must Believe in Spring

(Warner Bros.)
26 novembre 1979
Bill Evans Trio
Evans (p), Marc Johnson (b), Joe LaBarbera (dr)
Sa meilleure rythmique depuis LaFaro et Motian.
Paris Concert, Edition 1 & 2

(Blue Note)


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