Blues 7 : Autres Suggestions


Look-a here the water now, Lordie,
levee broke, rose most everywhere
The water at Greenville and Leland, Lord,
it done rose everywhere
(Boy, you can't never stay here)
I would go down to Rosedale
but they tell me there's water there

Regarde l'eau ici, Seigneur,
la digue rompue, elle s'est élevée partout
A Greenville et à Leland, Seigneur,
l'eau s'est élevée partout
(Mon garçon, tu ne peux pas rester ici)
J'irais bien à Rosedale mais on m'a dit
qu'il y a de l'eau là-bas aussi

Charley Patton in High Water Everywhere
(Paramount 12909), 1930
CD : Founder Of The Delta Blues (Yazoo)




Now I am the prowling night hawk
I prowl everyday and every night
And the reason I prowl so long,
my baby don't treat me right


Prowling Night Hawk (Aurora, 1937)
Robert Nighthawk : Ramblin' Bob (Saga Blues 04), USA 1937 - 1952 (édition 2004)

Ne cherchez pas Robert Nighthawk dans l’index de The Story Of The Blues de Paul Oliver ou dans pas mal d’autres anthologies dédiées, le nom n’y figure pas. Né en 1904 dans l’Arkansas, Robert Lee McCollum a passé sa vie à changer d’identité probablement pour fuir des affaires compromettantes. Et comme en plus, il était connu pour errer continuellement à travers le Mississippi, sa biographie n’est pas simple à écrire. Toujours est-il qu’il se retrouve en mai 1937 dans les studios Bluebird d’Aurora (près de Chicago) en même temps que John Lee « Sonny Boy » Williamson et Big Joe Williams. C’est là qu’il enregistre ses premiers titres sous le nom de Robert Lee McCoy parmi lesquels le bien nommé Prowling Night Hawk (le faucon nocturne errant) dont la popularité lui donnera l’idée d’un nouveau surnom dans les années 40. Mais si Williamson s’installe à Chicago, Robert Lee McCoy reprend vite sa vie itinérante, enregistrant à l’occasion d’autres titres pour Bluebird et Decca sous des noms aussi différents que Robert Lee McCoy (novembre 1937), Rambling Bob ou encore Peetie’s Boy (juin 1940) en mémoire de l’association qu’il forma avec le pianiste Peetie Wheatstraw basé à Saint Louis. Ces faces, dont les meilleures sont reprises ici, constituent la première séquence de cet album et donnent un bon aperçu de la période avant-guerre de l’insaisissable bluesman. On y épinglera la voix profonde et sombre de McCoy mais aussi sa technique de guitare en jeu sur une corde unique avec déjà l’inclusion du bottleneck qui deviendra sa spécialité. Le meilleur exemple en est cet excellent Frias’s Point Blues qui fait référence à un lieu de rencontre célèbre à l’époque pour ses soirées festives interminables. Après avoir disparu en Mississippi ou en Arkansas pendant plusieurs années, Robert Nighthawk réapparaît à Chicago en 1948 où il se produit comme chanteur et guitariste. Il joue cette fois en slide sur une guitare électrique dans un style qu’on peut qualifier de chaînon manquant entre Tampa Red et Muddy Waters. Les faces de la seconde section de cet album ont été gravées pour Chess et United United Records entre 1948 et 1952. Elles témoignent de l’art accompli d'un musicien qui aurait pu connaître une carrière aussi fructueuse que celle de Muddy Waters si deux faits ne l’avaient empêché : les frères Chess ont préféré pousser un Muddy Waters jugé à priori plus charismatique et Nighthawk est resté jusqu’à la fin instable, incapable de se fixer à Chicago ou ailleurs. Il sera « redécouvert » en 1963 dans Maxwell Street à Chicago (voir cette vidéo sur YouTube ou écouter Live On Maxwell Street 1964 édité par Rounder) et aura l’occasion d’enregistrer à nouveau, notamment avec Johnny Young et Little Walter, pour le label Testament (Robert Nighthawk / Houston Stackhouse : Masters Of Modern Blues) avant de décéder d’une crise cardiaque chez lui à Helena en 1967. Cette intéressante rétrospective de 24 titres, incluse dans la collection Saga Blues, rend hommage d'une façon concise mais intelligente à son important patrimoine.

[ Robert Nighthawk : Ramblin' Bob ] - [ Live on Maxwell Street 1964 ] - [ Robert Nighthawk / Houston Stackhouse ]




Well, I'm going to Newport
Just to see Aunt Caroline Dye
She's a fortune-teller, oh Lord,
she sure don't tell no lie


Johnny Temple in Hoodoo Woman
Voodoo Blues / Hoodoo & Magical Practices (Saga Blues 30), compilation, USA 1925 - 1954 (édition 2005)

Au début du dix-neuvième siècle, la superstition est rampante parmi les populations rurales américaines. Quand Robert Johnson revient avec un jeu de guitare transformé, c’est le diable qui le lui a transmis au croisement de deux routes en échange de son âme tandis que la voix de Howlin’ Wolf est tout sauf naturelle. En marge des sentiments religieux, les textes de nombreux blues transmettent les croyances populaires de la communauté noire. Aux Etats-Unis, la magie afro-américaine porte le nom de « hoodoo » et résulte d’un amalgame d’influences africaines, européennes et indiennes. Le docteur hoodoo répare tout et on vient le consulter pour obtenir ce qu’on désire ou pour préserver ce qu’on a déjà. Cette collection de 22 chansons fait le tour du sujet sous deux perspectives. D’un côté, les pièces consacrées aux talismans ou gris-gris qu’on transporte avec soi et qu’on appelle les « mains mojo ». Ces dernières comprennent des objets divers parmi lesquels on trouve aussi bien une tubéreuse (High John the Conquer) qu’un os de chat noir (black cat bone) ou un mélange occulte d’ingrédients de provenance diverse (goofer dust). Les titres s’appellent Mojo Blues, Goofer Dust Swing ou Black Cat Bone et sont interprétés par des artistes connus et moins connus comme Barbecue Bob, Lightnin’ Hoptkins ou Lil’ Johnson. L’autre série de chansons est consacrée aux féticheurs eux-mêmes, les hoodoo men et surtout women comme Marie Laveau, Aunt Caroline Dye ou Ida Carter qui avaient le pouvoir de jeter des sorts, de prévoir l’avenir et d’invoquer les forces surnaturelles (voir entre autre l’excellent film La Porte des Secrets qui a pour décor les marais de La Louisianne et dont la bande sonore comprend des blues de Robert Johnson, Blind Willie Johnson et Mississippi Fred McDowell). Ce sont cette fois Johnnie Temple, Memphie Minnie et J.D. Short qui interprètent des titres comme Hoodoo Women, Hoodoo Lady ou Snake Doctor Blues. Enregistrés entre 1925 et 1954, ces blues font état de croyances aujourd’hui en principe éteintes mais mieux vaut quand même jeter un peu de sel par-dessus l’épaule avant de placer le compact dans la platine. On ne sait jamais !

[ Voodoo Blues / Hoodoo & Magical Practices ]




I want a machine gun,
and I want to be hid out in the wood
I want to show old man Hitler,
that Sonny Boy don't mean him no good


Win The War Blues
John Lee 'Sonny Boy' Williamson : The Original Sonny Boy (Saga Blues 07), USA 1937 - 1947 (édition 2004)

John Lee est né en mars 1914 à Jackson dans le Tennessee, à une centaine de kilomètres au Nord de Memphis. Dès l’âge de 10 ans, celui qu’on surnomme « Sonny Boy » parcourt la route du blues avec son harmonica et rencontre Sleepy John Estes, Hammie Nixon et le mandoliniste Yank Rachell avec lequel il se produit dans les bars de Memphis et de Jackson. Dans son périple vers le Nord, il s’installe un moment à Saint-Louis au début des années trente, une ville de transit où il s’associe au pianiste Walter Davis qui lui fera bientôt découvrir Chicago. C’est là que Lester Melrose, à la recherche de nouveaux talents pour son label Bluebird (RCA), le recrute et lui fait enregistrer, à Aurora en 1937, ses premières chansons en compagnie des guitaristes Big Joe Williams et Robert Lee "Nighthawk" McCoy. Le succès instantané de Good Morning School Girl lui assure un bel avenir et lui permettra d’enregistrer une série d’autres titres qui témoignent d’une approche rurale de la musique mais aussi d’un style profondément original. Contrairement aux harmonicistes blancs qui choisissent en général un instrument accordé dans la tonalité du morceau interprété, Sonny Boy a l’habitude de jouer sur un harmonica dont la tonalité est plus haute que celle de la chanson (par exemple, il joue en mi sur un instrument en la ou en la sur un instrument en ré). Cette technique lui permet d’aspirer la plupart de ses notes au lieu de les souffler, ce qui constitue un grand avantage quand on veut les « tirer » vers le bas ou vers le haut (de façon similaire à ce que font les guitaristes de blues en tirant leurs cordes). En combinant ce procédé avec d’autres comme le contrôle du souffle, l’usage de la langue et des lèvres, l’alternance entre voix et harmonica dans une même ligne mélodique ou l’enrobage de l’instrument par ses mains de manière à en moduler le son comme on fait avec une sourdine pour la trompette, John Lee Williamson a mis au point un style qui aura une influence considérable sur tous les harmonicistes de blues qui viendront après guerre. Toutefois, ce style va encore évoluer rapidement au contact de la ville et, en 1944, après une grève du Syndicat des musiciens qui paralysa l’industrie du disque pendant deux ans, son jeu apparaît nettement plus urbain tandis que le son de l’harmonica est amplifié par un micro pour se faire entendre au-dessus des guitares électriques. Ce disque restitue avec une bonne qualité sonore l’essentiel de sa musique dont il met bien en évidence l’évolution - il est en effet séparé en deux sections, de dix titres chacun, intitulées : 1) de la campagne à la grande ville et 2) du blues au rythm & blues. Frappé à l’aide d’un pic à glace devant chez lui dans des circonstances non élucidées, John Lee décèdera le premier juin 1948 à l’âge de 34 ans. Un autre harmoniciste célèbre nommé Rice Miller lui empruntera alors son surnom de « Sonny Boy Williamson », peut-être pour lui rendre hommage ou pour s’approprier un peu de sa légende. Toujours est-il que, par suite de la confusion, le premier « Sonny Boy Williamson » finira par être éclipsé au profit du second beaucoup plus connu en Europe où il enregistra avec les Animals et les Yardbirds. Cet album offre l’occasion de redécouvrir l’art du premier Sonny Boy, l’original, dont l’influence sur le Chicago Blues d’après-guerre aura été inestimable.

[ The Original Sonny Boy ]




I know there's another mule
been kicking in my stable
If you don't like my ocean, don't fish in my sea
Stay out of my valley, let my mountain be
I ain't had no loving since God knows when
That's the reason I'm through
with these no-good, trifling men


Don't Fish In My Sea
Ma Rainey : Black Bottom (CD Yazoo 1071), USA 1924 - 1928

Il est certain que Ma Rainey, née Gertrude Pridgett à Colombus en Georgie en 1886, n’était pas un modèle de beauté féminine. Pour ce qu’on en sait sur base des rares photos qui nous sont parvenues, cette chanteuse trapue avec ses dents en or et bardée de bijoux racoleurs devait surtout s’imposer dans un monde d’hommes par une faconde et un tempérament hors du commun, mêlant la danse à la musique, animant ses spectacles et interprétant des textes à double sens peu conformes avec la morale protestante. Personnalité singulière au caractère bien trempé et mariée à un comédien de vaudeville, elle ne cachait pas son attirance pour les femmes et s’en vante d’ailleurs dans Prove It On Me Blues (Went out last night with a crowd of my friends. They must have been women, 'cause I don't like no men). En permanence sur les routes, Ma Rainey a compris avant tout le monde que cette musique du Delta qu’on nomme le Blues avait un pouvoir d’attraction fantastique sur le peuple afro-américain. Qu’en racontant leurs misères, elle touchait l’âme des gens et, paradoxalement, leur redonnait l’espoir du vie meilleure. Celle qu’on a surnommé la Mère du Blues a commencé a chanter un peu partout dans le Sud au début du vingtième siècle bien avant de graver son premier 78 tours pour Paramount en décembre 1923 (Bad Luck Blues). Elle enregistra ainsi une centaine de chansons jusqu’en 1928, date à laquelle le label mis fin à son contrat parce qu’il jugeait son style démodé. Entre-temps, en compagnie de musiciens aussi célèbres que Louis Armstrong, Kid Ory, Don Redman, Johnny Dodds, Blind Blake, Tampa Red, Tommy Ladnier, Fletcher Henderson, Coleman Hawkins ou Buster Bailey, elle avait pratiquement inventé le blues classique. Heureusement, la chanteuse avait été prévoyante et, après sa retraite au début des années 30, elle avait épargné suffisamment pour se retirer dans sa ville natale en Georgie où elle géra deux théâtres avant de décéder d’une crise cardiaque en 1939. Sa voix de contralto enrouée n’a pas la puissance émotionnelle de celle de Bessie Smith (qu’elle pris sous son aile entre 1912 et 1915) mais elle dégage une réelle tristesse et elle est toujours entourée de musiciens compétents qui donnent parfois à ses interprétations un côté jazz traditionnel. Ceux qui souhaiteraient écouter l’intégrale des titres enregistrés par Ma Raney se reporteront sur les cinq compacts (Complete Recorded Works, Vol. 1 à 5) édités par Document mais, pour la plupart des amateurs, cette compilation réalisée par Yazoo en 1975, fera amplement l’affaire. Elle y interprète 14 titres enregistrés entre 1924 et 1928 parmi lesquels ses plus beaux fleurons comme Booze And Blues (1924), Don't Fish In My Sea (1926), Stack O' Lee Blues (1926), Yonder Come The Blues (1926), Ma' Rainey's Black Bottom (1927), Oh Papa Blues (1927) et Sleep Talking Blues (1928). La qualité sonore est plutôt correcte pour des prises réalisées il y a plus de 80 ans et la sélection montre une belle variété dans les styles abordés (allant du blues rural au jazz urbain). En tout cas, il s’agit là d’un témoignage historique incontournable concernant la naissance et la préhistoire du blues sur lequel il est impossible de faire l’impasse.

[ Ma Rainey's Black Bottom ]

Joe Louis Walker : Witness To The Blues (Dixiefrog 8651 / Stony Plain SPCD1337), USA 2008

Depuis son premier disque Cold Is the Night, paru en 1986 chez Hightone, le guitariste, chanteur et harmoniciste Joe Louis Walker a un pied ancré dans la tradition et un autre dans la modernité. Tous ses albums sont marqués par une voix intense et bourrée de soul, des solos de guitare concis qui ne gaspillent pas les notes, des compositions personnelles qui sonnent comme des classiques et des arrangements bien construits à l’occasion parés de cuivres à la Memphis Horn. Certains comme The Gift (Hightone, 1988) sonnent plus rugueux et authentiques et d’autres comme Blues Of The Month Club (Verve, 1995) plus stylés et contemporains dans un genre qu’on pourrait assimiler à celui d’un Robert Cray. Celui-ci est surtout caractérisé par un total éclectisme à tel point qu’on ne saurait le rattacher à une quelconque tendance. Walker y revisite en effet avec une étonnante sincérité d’antiques valeurs comme l’inamovible Rollin’ & Tumblin’ ou le nom moins inusable Sugar Mama et, à côté, se fend d’un formidable R&B / Soul en duo avec la chanteuse Shemekia Copeland (Lover's Holiday), d’un blues chaloupé intitulé Hustlin’ qu’on croirait écrit par Champion Jack Dupree (impression renforcée par le piano barrelhouse joué par Bruce Katz) ou encore de « boogie » lancinants (Midnight Train et l’acoustique I Got What You Need) qui évoquent pour l’un Canned Heat à ses débuts et pour l’autre pas moins que le grand John Lee Hooker. Ecoutez sa version d’It’s A Shame, enrobée dans un bel arrangement cuivré, pour comprendre tout le soin que Walker apporte aux détails et pourquoi sa musique fait un malheur dans les clubs. L’album est magnifiquement supervisé par un autre guitariste légendaire, Duke Robillard, qui ne s’est d’ailleurs pas contenté de mettre toute son expérience acquise au sein de Roomful Of Blues et des Fabulous Thunderbirds au service de la production puisqu’il a aussi mis la main à la pâte en tant que guitariste sur cinq des onze chansons du répertoire. Né en 1949 à San Francisco, Joe Louis Walker a été confronté à d’innombrables influences et, sans renier son identité, a choisi d’embrasser le blues dans son intégralité, du gospel à la soul en passant par New Orleans, Detroit, Chicago et le R&B moderne. Walker n’a jamais enregistré un mauvais disque et Witness To The Blues s’ajoute à sa discographie comme un nouveau témoignage brillant de son immense talent.

[ Joe Louis Walker Website ] [ Witness To The Blues ]

Los Lonely Boys (EPIC), USA 2004

Ca fait longtemps qu’on attendait un second souffle de la part des groupes de Blues-Rock Tex-Mex. Et voici Los Lonely Boys, un trio originaire de San Angelo constitué comme une entreprise familiale par les trois frères Henry (guitare), JoJo (basse) et Ringo Garza (batterie). Remarqués par Willie Nelson qui leur offre la possibilité d’enregistrer dans ses studios à Austin (Texas), ils sautent sur l’occasion pour montrer ce dont ils sont capables et le moins qu’on puisse écrire est que le résultat est époustouflant. Compositions malignes, guitares bourrées de feeling, voix entêtante et en plus cette façon laid-back typiquement sudiste de jouer du Rock, comme si l’esprit de Stevie Ray Vaughan avait marqué à jamais tous les musiciens du coin. Mais Los Lonely Boys c’est plus que ça : ces trois là ont dans le cœur toute l’histoire de la musique populaire des frontières, des Los Lobos au ZZ Top d’avant les paillettes, voire de Ritchie Valens au Carlos Santana des années 60. Du coup leur musique prend des couleurs bigarrées, celles des couchers de soleil dans le désert et des fêtes de villages fantômes. On pourra ainsi s’extasier au choix sur le rythme infectieux un peu funky de Heaven, le brûlant Senorita et sa guitare wah-wah sur fond d’orgue Hammond, Dime Mi Amor avec son refrain en espagnol et sa fièvre latine ou encore Onda transpercé par une guitare qui évoque les premiers solos torrides du grand Carlos. Toutes ces influences sont ici assimilées, nuancées et rendues dans un élan de frâicheur et de spontanéité. Los Lonely Boys, ce n’est bien sûr pas du Blues-Rock pur jus mais plutôt un melting-pot de tout qui traîne ou a traîné dans la région et, croyez-le, les frères Garza ont une énergie et un talent formidables pour restituer tout ça dans leur chili. D’ailleurs, avec un Grammy Award tombé illico dans la poche pour récompenser leur superbe composition Heaven, ils sont déjà en route pour la gloire !

--- Los Lonely Boys : Senorita (extrait) - 2004

[ Los Lonely Boys Website ] [ Los Lonely Boys ]

Charlie Musselwhite : One Night In America (Telarc), USA 2002

Né à Kosciusko (Mississippi) en 1944 et élevé à Memphis pendant les années Rock’n’Roll, Charlie Musselwhite a aujourd’hui une longue carrière derrière lui au cours de laquelle il a joué de son harmonica pour une foule innombrable de musiciens divers. Véritable prodige de l’harmonica au même titre qu’un Paul Butterfield, Musselwhite s’est rapidement imposé sur la scène blues d’abord à Chicago et ensuite dans la baie de San Francisco. Depuis son fameux Stand Back ! (Vanguard) paru en 1967, il a enregistré près de trente albums en solo dont certains restent des bornes incontournables de l’harmonica blues : Tennessee Woman (Vanguard, 1969), Memphis Tennessee (MCA, 1970), Takin’ My Time (Arhoolie, 1974), In My Time (Alligator, 1993), Sanctuary (Real World, 2004) et Delta Hardware (Real World, 2006) entre autres. Enregistré pour le label Telarc en 2002, ce One Night In America est un projet spécial qui lui permet de retrouver ses racines et les musiques qui ont bercé son adolescence. Du coup, le répertoire offert ici est un mélange particulièrement soigné et agréable à entendre de tout ce qui traînait à Memphis au début des sixties : du blues bien sûr mais souvent fortement teinté de country, du hillbilly, de la soul, voire un swamp rock à la Tony Joe White (le superbe Trail Of Tears qui débute l’album). Du coup, les reprises sont nombreuses comme cette chanson country Cold Grey Light Of Dawn pourtant écrite par le bluesman Ivory Joe Hunter, le fameux Big River de Johnny Cash traité lui par contre comme un classique du Chicago Blues, un boogie up tempo de Jimmy Reed (Ain't That Lovin' You Baby), un rock typiquement américain emprunté aux Los Lobos (One Time One Night dont le nom de l’album est tiré) ou la ballade In A Town This Size du chanteur country Kieran Kane. Les quatre morceaux originaux composés par le leader s’intègrent sans peine dans la sélection en respectant le style éclectique de l’album. Avec des acolytes triés sur le volet comme Robben Ford à la guitare, Kelly Willis et Christine Ohlman au chant et Marty Stuart à la mandoline, Charlie trouve son chemin sans problème à travers ses souvenirs. Bon, si vous êtes un puriste du blues, mieux vaut opter pour un autre album de Musselwhite, mais si vous êtes un peu ouvert à d’autres genres, sachez que ce One Night In America est un sacré numéro faisant resurgir une ville, une époque et une atmosphère à la fois lointaines et bien présentes dans nos mémoires.

[ Charlie Musselwhite Website ] [ One Night In America ]

Jimmy Reed : At Carnegie Hall (Vee-Jay), USA 1961

Malgré son titre, Jimmy Reed At Carnegie Hall n’est pas un album enregistré en concert ni d’ailleurs à Carnegie Hall. Il s’agit plutôt d’une compilation du bluesman sortie comme un double LP portant ce nom, on se demande pourquoi, en 1961. Quoiqu’il en soit, on retrouvera ici les grands succès de Jimmy Reed comme Bright Lights Big City, Baby What You Want Me To Do, Honest I Do, Going To New York ou Big Boss Man. Dans l’histoire du blues, il n’y a rien qui soit plus simple et carré que la musique de Jimmy Reed. Elle se décline simplement au rythme d’une guitare soulignant par des accords immuables des chansons qui se ressemblent toutes. La voix ne se presse jamais, déclinant les couplets enfilés en chapelet avec une tonalité égale, parfois entrecoupés par un solo d’harmonica fixé sur un portoir métallique placé autour du coup. Là encore, l’absence d’effets est frappant, rappelant davantage le folk que le blues. Et pourtant, cette musique perpétuellement reconstruite de la même manière a remporté un succès récurrent, vendant plus de disques que Muddy Waters, et surtout, elle a eu une influence considérable sur de nombreux musiciens dont Elvis Presley et les Rolling Stones en passant par le blues anglais ou le swamp rock d’un Slim Harpo et d’un J.J. Cale. Né dans une plantation du Mississippi en 1925, Reed n’a jamais pu assumer le succès qui lui est tombé dessus par hasard et, de délires alcooliques en comportements aberrants, il a fini par perdre le crédit inexplicable mais bien réel qu’il avait auprès de ses fans. Reste sa musique : son drive lascif, sa bonhomie simpliste et son apparente gaieté vous inviteront peut-être à acheter une guitare et à en jouer. Comme beaucoup d’autres, vous penserez alors qu’il est bien facile après tout de devenir un prince du blues.

--- Jimmy Reed : Blue Carnegie (extrait) - compilation 1961

[ Jimmy Reed at Carnegie Hall ]

Buddy Guy : Bring 'Em In (Jive), USA 2005

Après deux disques acoustiques marquant un retour aux racines du blues, Buddy Guy revient encore une fois au format de ses premiers albums parus chez Silvertone au début des années 90 (Damn Right, I've Got The Blues, 1991 ; Feels Like Rain, 1993) qui firent briller son nom à côté des grands artistes de Rock comme Clapton, Stevie Ray Vaughan, Paul Rodgers ou Carlos Santana. Probablement guidé par le producteur Steve Jordan (également batteur) dont l’intention de départ était de sortir un nouvel album plus commercial, Buddy Guy s’est tourné vers le R&B et la Soul en reprenant quelques classiques empruntés aux ténors du genre comme Otis Redding (I've Got Dreams To Remember), Isaac Hayes (Do Your Thing), Curtis Mayfield (Now You're Gone), Wilson Pickett (Ninety Nine And One Half), Steve Cropper (On A Saturday Night) et Bill Withers (Ain't No Sunshine). A ce répertoire, il faut encore ajouter quelques titres mille fois rabâchés comme Lay Lady Lay de Bob Dylan et l’éternel I Put a Spell on You de Screamin' Jay Hawkins qui subit ici un phénoménal lifting de la part de Carlos Santana et, ainsi métamorphosé, aurait tout aussi bien pu figurer sur un des premiers albums du rocker latino. Pour parfaire le projet, on a bien sûr fait appel encore une fois à de prestigieux invités destinés à attirer l’amateur de blues-rock mainstream : Santana, John Mayer, Tracy Chapman, Anthony Hamilton et Keith Richards prêtent ainsi leurs talents respectifs pour colorer la musique du bluesman et contribuent à perpétuer la mode des albums de blues « and friends » ou « with guest stars ». Finalement, pour entendre le vrai Buddy Guy, il reste peu de choses : What Kind of Woman Is This est un superbe blues qui fait sans doute référence au divorce récent du leader tandis que Cheaper To Keep Her / Blues In The Night et Cut You Loose emballent tout autant par leur approche plus authentique. Il est probable que cet album surproduit ne décevra pas les amateurs de Damn Right, I've Got The Blues mais il est moins certain que les vrais afficionados du grand Buddy y trouvent leur compte.

[ Bring 'Em In ]

Junior Wells : Live At Theresa's 1975 (Delmark), USA 2006

Le Theresa est une taverne du South Side de Chicago. C’est dans cette cave que se retrouvaient les amateurs de blues authentique et la légende raconte que les Rolling Stones y seraient un jour descendu pour jammer avec les musiciens locaux. A chaque fois qu’il était de passage à Chicago, Junior Wells y tenait ses quartiers et ce depuis la fin des années 50. Là, à même le sol, dans un coin de la pièce enfumée et décorée par des guirlandes électriques, Wells jouait devant une audience de moins de cinquante personnes. Par chance, deux soirées furent enregistrées en 1975 pour une radio locale et partiellement diffusées sur la station WXRT. A l’époque, le chanteur harmoniciste était accompagné d’une basse et d’une batterie, composant une solide section rythmique, ainsi que par deux guitaristes : Byther Smith (1-10) ou bien Sammy Lawhorn (12-19) ainsi que le frère de Buddy Guy nommé Phil (un guitariste honorable avec un style plus funky que celui de son célèbre aîné). Devant un public tardif, Wells et son groupe interprètent de façon presque informelle un répertoire typique incluant quelques uns de leurs grands classiques : Little By Little, Key to the Highway, Scratch My Back, Love Her With A Feeling, Goin’ Down Slow et le Juke de Little Walter … Ca balance tout du long avec des moments d’adrénaline quand on reconnaît le brûlant Messin’ With The Kid ou cette fabuleuse version de Come On In This House. Le label Delmark, qui réédite ces bandes, a privilégié l’ambiance qui régnait au Theresa et c’est ce lien unique tissé entre l’artiste et son public, palpable pendant la musique et encore davantage pendant les interventions parlées entre les morceaux, qui rend ce disque inoubliable. Le son est évidemment un peu vaseux à cause de l’acoustique médiocre et il y a bien quelques dérapages causés par la fatigue ou par autre chose, mais qu’importe, c’est du blues et du vrai. Le Theresa’s Lounge a été fermé par les autorités de la ville en novembre 1983 pour une histoire compliquée de licence et de location : sa propriétaire Theresa Needham, alors âgée de 72 ans, était considérée par les musiciens comme la mère du blues dans la Cité des Vents. Ce disque est aussi un hommage qui lui est dédié.

[ Live At Theresa's 1975 ]

Death don't have no mercy in this land
Death don't have no mercy in this land
He'll come to your house and he won't stay long
You'll look in the bed and somebody will be gone
Death don't have no mercy in this land

La Mort n'a aucune pitié dans ce pays
La Mort n'a aucune pitié dans ce pays
Elle rentre chez vous et ne s'attarde pas
Un coup d'oeil sur le lit et quelqu'un est parti
La Mort n'a aucune pitié dans ce pays

Blind Gary Davis in Death Don't Have No Mercy
Harlem Street Singer
(Bluesville Records), 1960




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