Blues 13 : Autres Suggestions


Lord, I got my questionnaire
Uncle Sam's gonna send me away from here
Lord, I got my questionnaire
Uncle Sam's gonna send me away from here

He said, "J. B. you know that I need you
Lord I need you in South Korea"

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Seigneur, je suis mobilisé
Oncle Sam va m'envoyer loin d'ici
Seigneur, je suis mobilisé
Oncle Sam va m'envoyer loin d'ici

Il a dit, "tu sais J.B. que j'ai besoin de toi
Seigneur, j'ai besoin de toi en Corée du Sud"

Korea Blues,
J.B. Lenoir (Chess), 1950





J.B. Lenoir : Chess Masters 1951-1958 (2 LP Chess), 1984
Martin Scorsese Presents the Blues: J.B. Lenoir 1951-1958 (CD MCA), 2003
J.B. Lenoir : The Parrot Sessions, 1954-55 / Vintage Chicago Blues (LP Relic Records), 2015
J.B. Lenoir : His J.O.B. Recordings 1951-1954 (CD Paula Records / Flyright), 1991
J.B. Lenoir : Vietnam Blues / The Complete L-R Recording (CD Evidence), 1995
J.B. Lenoir : Alabama Blues - Rare and Intimate Recordings (1965) (CD Snapper), 2004


J.B. Lenoir est né en 1929 à Monticello dans le Mississippi d'une famille pauvre qui travaillait dans les champs et sur les chemins de fer. Lui-même ramassa du coton avant d'empoigner une guitare à quinze ans et de constater qu'il pouvait se faire pas mal de pognon en chantant. Après avoir voyagé dans le Sud, il gagne Chicago en 1948, devient le protégé de Big Bill Broonzy et sort un premier disque sur le label Chess : My Baby Told Me / Korea Blues, enregistré avec Sunnyland Slim au piano, Leroy Foster à la guitare et Alfred Wallace à la batterie. Viendront ensuite Deep In Debt Blues (1950), Let's Roll (1952), The Mojo (1953), I'm In Korea (1954) et le fameux Eisenhower Blues de 1954 que le patron du label Parrot, soucieux de préserver sa respectabilité, lui fera réenregistrer en gommant toute allusion au Président des Etats-Unis et qui sera rebaptisé Tax Paying Blues. Ca n'est qu'un début mais son style atypique (quoique encore très marqué par le Chicago Blues) avec sa voix quasi féminine et haut-perchée est déjà là tandis que ses textes s'insurgent contre la situation sociale et économique des Noirs américains, prolongeant ainsi la tradition des grands chanteurs de blues comme Blind Lemon Jefferson, Broonzy et Lightnin' Hopkins.

Pour J.O.B., Parrot et Checker, Lenoir va alors empiler quelques succès, slow ou boogie, qui lui assureront une notoriété locale : c'est le temps béni des Mojo (1953), Mamma Talk To Your Daughter, son unique grand succès avec son fameux solo d'une note pour douze mesures (1954), Mama Your Daughter Is Going To Miss Me (1955), Natural Man (1955), What About Your Daughter (1956), Don't Touch My Head!!! (1956) et Daddy Talk To Your Son (1958), ces cinq derniers titres enregistrés avec deux saxophonistes, un pianiste, Willie Dixon à la basse et ce drôle de batteur fantasque qu'est Al Galvin … Les affaires marchent relativement bien et Lenoir s'achète des redingotes rayées et des nœuds papillon qu'il porte pour se produire sur scène. Mais ça ne dure pas. Les temps changent, la mode et la musique aussi : Chez Shad (Back Door en 1958), Vee-Jay (Oh Baby en 1960) et USA Records (I Sing Um The Way I Feel en 1963), les ventes se tassent de plus en plus, les concerts se raréfient et les possibilités de vivre de sa musique s'amenuisent.

Le double LP Chess Masters, malheureusement aujourd'hui quasiment introuvable, regroupe 28 titres de Lenoir enregistrés de 1951 à 1958 pour les labels Chess, Parrot et Checker. En CD, les titres enregistrés pour Chess Records sont le plus aisément trouvables sur un album de la série Martin Scorsese Presents The Blues qui regroupe 13 titres enregistrés pour Chess et 2 pour Parrot (les incontournables Eisenhower Blues et Mama Talk to Your Daughter). Les morceaux plus spécifiquement gravés pour Parrot, donc en partie redondants avec ceux des LP et CD précédents, ont été compilés sur un excellent LP intitulé The Parrot Sessions, 1954-55: Vintage Chicago Blues (une réédition de ces titres en CD existe sous le nom The Parrot Anthology édité par Essential Media Group, 2008). Le compact His J.O.B. Recordings 1951-1954 compile 14 titres enregistrés en plus petite formation pour le label J.O.B., avec Sunnyland Slim au piano et Alfred Wallace à la batterie et pour certains d'entre eux J.T. Brown au sax ténor. Le répertoire est complété par sept morceaux enregistrés à la même époque mais crédités à Sunnyland Slim avec Lenoir en support. Pour les complétistes n'ayant pas peur des duplications, il existe un compact japonais intitulé Mojo : The J.O.B., Vee-Jay, and USA Recordings édité par Pony Canyon Japan (2002) qui inclut, en plus des faces J.O.B., quelques titres rares enregistrées par Lenoir pour les labels Vee-Jay (Oh Baby et Do What I Say) et USA Records (I Feel So Good et I Sing Um The Way I Feel, deux morceaux affichant une emphase africaine crédités à J.B. Lenoir And His African Hunch Rhythm avec Jarrett Gibson au sax ténor et Lafayette Leake au piano. Enfin, la série "Classics" a édité deux volumes de The Chronogical J.B. Lenoir, l'un pour la période 1951-1954 et l'autre pour 1955-1956

C'est de l'Europe que viendra la solution. Willie Dixon le présente à l'un des organisateurs allemands du célèbre American Folk Blues Festival qui, depuis 1962, enflamme le public et propage le blues sur le vieux continent. Horst Lippmann lui fait enregistrer illico un album : c'est le légendaire Alabama Blues. Lenoir y est recadré en chanteur de folk-blues acoustique tandis que ses blues de protestation, y compris ceux recyclés du passé, s'attaquent à l'Amérique ségrégationniste et collent à merveille au vent rebelle de l'époque, à la lutte contre le racisme et à la dénonciation de la guerre du Vietnam. Le titre éponyme est aussi poignant que le Strange Fruit de Billie Holiday. Deux années après la marche pour l'emploi et la liberté d'août 1963 et le discours de Martin Luther King (I have a dream) devant le Lincoln Memorial de Washington, les défenseurs des droits civiques subissent les violences des policiers en Alabama. Cette journée du 7 mars 1965 restera dans l'histoire comme le "Dimanche Sanglant". Deux mois plus tard, le 5 mai 1965, Lenoir entre dans un studio de Chicago et chante : "Je ne retournerai jamais en Alabama, ce n’est pas un endroit pour moi. Tu sais, ils ont tué mon frère et ma sœur, et on laisse ces gens en liberté …". La voix de Lenoir est aigue, claire et percutante tandis que sa guitare délivre un shuffle excitant à l'occasion accentué par la batterie du vétéran Freddie Below (notamment sur The Mojo Boogie et Talk To Your Daughter). Horst Lippmann écrit les notes de pochette et distribue l'album uniquement en Europe sur le label L&R où il éveille l'intérêt des amateurs. En 1965, Lenoir participe à la tournée européenne 1965 de l'American Folk Blues Festival où son style très personnel rencontre un certain succès et une reconnaissance dont il n'aura guère le temps de profiter. En effet, fin avril 1967, il décède dans l'Illinois d'une insuffisance cardiaque liée à des séquelles d'un accident de voiture dans lequel il fut impliqué quelques semaines auparavant. Aurait-il vécu au-delà de cette date qu'il serait probablement aujourd'hui aussi connu que John Lee Hooker.

Le 2 septembre 1966, Lenoir a enregistré au Sound Studio de Chicago et sous la supervision de Willie Dixon un second disque pour L&R dans le même style qu'Alabama Blues : Down In Mississippi comprend, outre le titre éponyme, d'autres formidables chansons comme Shot On Meredith qui relate la tentative d'assassinat par un sniper de James Meredith, premier étudiant noir à l'Université du Mississippi, lors de la manifestation antiségrégationniste du 6 juin 1966 et surtout Vietnam Blues, véritable pamphlet contre la guerre du Vietnam. Ces deux disques ont été réédités par le label Evidence sur un unique compact portant le nom de Vietnam Blues / The Complete L&R Recording. C'est-ce chef d'œuvre en forme de testament de l'un des plus grands bluesmen noirs (reconnu comme tel notamment par John Mayall qui lui a consacré son fameux I'm Gonna Fight For You J.B. sur l'album The Turning Point) que tout amateur de blues authentique doit avoir dans sa discothèque. A noter enfin, que lors de la réalisation d'Alabama Blues, un quantité appréciable de démos et de prises rejetées ont aussi enregistrées. Elles ont été réunies sur le CD Alabama Blues - Rare and Intimate Recordings : sans être indispensables, ces pièces intimistes et souvent non abouties constituent néanmoins une excellente addition à l'album Vietnam Blues.

[ Martin Scorcese Presents The Blues : J.B. Lenoir (CD & MP3) ] [ The Parrot Anthology (CD & MP3) ]
[ His JOB Recordings 1951-1954 (CD & MP3) ] [ The Mojo: The JOB / USA / Vee Jay Recordings (CD) ]
[ The Chronological J.B. Lenoir 1951-1954 (MP3) ] [ The Chronological J.B. Lenoir 1955-1956 (MP3) ]
[ Vietnam Blues - Complete L&R Recordings (CD & MP3) ]
[ Alabama Blues - Rare and Intimate Recordings (CD & MP3) ]

[ A écouter - sur Chess Records : Korea Blues - My Baby Told Me ]
[ Sur J.O.B. Records : The Mojo - Play A Little While ]
[ Sur Parrot Records : Eisenhower Blues - Mamma Talk To Your Daughter ]
[ Sur Shad Records : Back Door - Lou Ella ]
[ Sur Vee Jay Records : Oh Baby - Do What I Say ]
[ Sur Checker Records : Don't Touch My Head - What About Your Daughter ]
[ Sur USA Records : I Sing Um The Way I Feel - I Feel So Good ]
[ Sur L&R Records : Alabama Blues - Vietnam Blues ]

Innes Sibun : Transfusion Blues (Blues boulevard), UK 2015

Innes Sibun n'est pas un de ces jeunes anglais qui viennent de découvrir le blues dans la discographie de papa. En effet, ce guitariste et chanteur originaire de Bath (Somerset) a déjà derrière lui une dizaine de disques dont le premier, That's What The Blues Can Do, paru sous le nom de Innes Sibun Blues Explosion (MFF Records), date de 1991. Cet album devenu rare a été produit par le célèbre Mike Vernon (l'homme qui fonda dans les années 60 le célèbre label Blue Horizon et contribua largement à diffuser le blues en Grande-Bretagne). Toutefois, l'heure de gloire d'Innes Sibun est venue deux années plus tard quand il lui a été demandé de rejoindre le groupe de Robert Plant pour la tournée mondiale "Fate of Nations". A partir de là, Innes Sibun a tourné énormément tout en enregistrant sous son nom des albums certes appréciés par ses fans mais marqués par une diffusion encore trop confidentielle. Transfusion Blues pourrait bien changer la donne. L'homme y fait preuve d'une grande ouverture en délivrant des blues de toutes de toutes les couleurs. Du groovy Love Light décliné à la manière texane à Old Time Used To Be, mi-country mi-bluegrass, en passant par l'acoustique Stari Most ou le blues urbain de Chicago (Find My Way Back Home), il y a pour tout le monde. Du coup, au fil des plages, on pense parfois à Gary Moore quand Sibun fait pleurer sa guitare saturée sur la superbe mélodie de l'instrumental Esma, à Rory Gallagher quand il joue en fingerpicking sur Why Don't You Call Me, à George Thorogood and the Destroyers quand il se lance à cœur perdu dans le blues-rock ravageur de I used To Be Your Man, ou encore à Eric Clapton sur le classique Find My Way Home. Attention toutefois! Innes Sibun n'a rien d'un caméléon : il a sa voix et son style sans parler de ses compositions qui dénotent un réel savoir-faire. Le fait qu'on ne trouvera ici aucune titre à rejeter prouve que le blues britannique est entre de bonnes mains même si la consécration tarde à venir. Heureusement, cette fois, la superbe et attirante pochette, avec cette Strat sunburst en perfusion, aidera sûrement à focaliser les regards sur cet album tout à fait recommandable.

[ Blues Transfusion (CD & MP3) ]
[ A écouter : I'll Take Care Of You - Blues for Sherman ]

Ian Siegal and the Youngest Sons : The Skinny (Nugene Records), UK/USA 2011

Pour son sixième album en studio, le bluesman anglais Ian Siegal, qui n'a plus grand-chose à prouver chez lui, a décidé d'aller confronter son blues à celui du Sud des Etats-Unis, là où est née et où s'est développée la musique qu'il aime. Mais plutôt que de choisir Chicago, Austin ou La Nouvelle Orléans comme tout un chacun aurait fait, Siegal s'est envolé pour Memphis afin de discuter avec Cody Dickinson, co-fondateur des North Mississippi Allstars, la possibilité d'enregistrer un album avec lui. Et trois mois plus tard, voilà notre Anglais coincé dans le complexe du Zebra Ranch près de la petite ville de Coldwater dans le Nord Mississippi. Entre-temps Cody a réuni un groupe pour l'accompagner qu'on désignera tout naturellement comme The Youngest Sons, chaque musicien étant en effet le plus jeune fils d'une personnalité: Garry Burnside (guitare et basse) est le fils cadet du fameux bluesman R L Burnside; Robert Kimbrough (guitare) celui de Junior Kimbrough; Rodd Bland (batterie) celui du légendaire Bobby Blue Bland; et Cody Dickinson (batterie et basse), celui du producteur et pianiste Jim Dickinson. Pour compléter l'équipe, on a aussi fait appel à Alvin Youngblood Hart (gt), Duwayne Burnside (dr) et Andre Turner (fifre) mais le héro du jour c'est bien Ian Siegal dont la voix, qui n'a rien à envier à celle des chanteurs du cru, convainc illico tous les musiciens présents qui tombent d'accord pour enregistrer sur le tas un "authentique" disque de "North Mississippi Hill blues". Siegal n'est peut-être pas un technicien de la six-cordes mais il n'est pas manchot non plus tandis que sa voix puissante peut s'approcher aussi bien de celle rocailleuse d'Howlin' Wolf que de l'organe imbibé de whisky d'un Tom Waits. La musique envoûtante qui met l'emphase sur le rythme s'inscrit de fait dans le style régional et, pour un peu, c'est comme si Ian Siegal était né une seconde fois dans cette ferme ancestrale, entourée de terres cultivables sur lesquelles des fermiers et des bluesmen itinérants se sont jadis sédentarisés et ont fondé des familles (comme celles des Burnside, des Kimbrough et des Dickinson).

Siegal a aussi écrit quelques uns de ses meilleurs titres, tous transcendés par la qualité du groupe qui l'accompagne: The Skinny en forme de country blues électrique avec Youngblood Hart à la seconde guitare, le très direct Master Plan hanté par la six-cordes de Robert Kimbrough, Hopper (Blues For Dennis) dédié au fameux réalisateur et acteur d'Easy Rider, ainsi que le sinistre Hound Dog In The Manger suintent le blues de partout et même Moonshine Minnie, dont la structure est plus proche du blues-rock anglais, a également des racines qui plongent au fond du marais comme d'ailleurs, la reprise du Stud Spider de Tony Joe White avec sa guitare wah wah toute moite. Et puis, il y a ce fantastique Devil's In The Details, accompagné au fifre (joué par Andre Turner dans la grande tradition de feu son grand-père Otha Turner) sur fond de batterie, qui renvoie aux chants, en forme d'appel et de réponse, pratiqués par les Noirs américains dans les champs de coton. Beaucoup de bluesmen européens rêvent d'entreprendre un voyage initiatique dans l'Etat du Magnolia. Arriveraient-ils pour autant à s'intégrer au milieu pour y produire un album sincère et émotionnel reflétant aussi bien la culture locale que leur propre personnalité? Ian Siegal, lui, l'a fait!

[ The Skinny (CD & MP3) ]
[ A écouter : The Skinny - Hound Dog In The Manger - Moonshine Minnie - Hopper (Blues For Denis) ]

Ian Siegal & The Mississippi Mudbloods : Candy Store Kid (Nugene Records), UK/USA 2012

En s'associant à des fines gâchettes du Mississipi nordiste (Alvin Youngblood Hart, Robert Kimbrough et Cody Dickinson des North Mississippi Allstars entre autres) pour enregistrer The Skinny en 2011, le chanteur et guitariste britannique Ian Siegal décrocha la timbale : son album le révéla au public américain et fut même nominé dans la catégorie du meilleur album de blues contemporain (Blues Foundation 2012) même si, au finale, c'est Medicine de Tab Benoit qui remporta la palme. Normal dès lors que le couvert soit remis l'année suivante avec plus ou moins la même équipe. Cette fois, le projet est édité sous le nom de Ian Siegal & The Mississippi Mudbloods (d'après une insulte proférée par Malfoy pour désigner les sorciers de sang impur dans les romans de Harry Potter) et le moins qu'on puisse dire est que cette musique sonne plus vraie que si elle avait été enregistrée par des bluesmen du Sud profond (ce qui est en partie vrai). Les six compositions de Siegal sont toutes mémorables et complètent à merveille les cinq autres morceaux qui ne sont pas de sa plume pour composer un répertoire éclectique où percent au fil des plages des relents de gospel (avec un chœur féminin originaire de Memphis sur trois titres), de boogie à la ZZ Top (Loose Cannon), de rock sudiste (Strong Woman), de country (Rodeo), de country blues (Kingfish), de folk à la Johnny Cash (The Fear), de funk (Hard Pressed avec sa drôle de basse fuzz), et de swamp soul new-orléanais à la Doctor John (Bayou Country). Abreuvée au whiskey, sa voix fait vivre des textes par ailleurs fort bien écrits tandis que sa guitare, mêlée parfois à celles de ses complices, est au cœur de la musique. Sur Strong Woman, écrit par Garry Burnside, on retrouve ce groove hypnotique directement inspiré de son père R.L. Burnside tandis que So Much Trouble de Lightnin' Malcolm a beau avoir un sitar en arrière plan, ça n'en reste pas moins un authentique blues lancinant typique de la région septentrionale du Mississippi. Enregistré à Coldwater dans les studios Zebra Ranch de Cody Dickinson qui en est aussi le producteur, Candy Store Kid a le son du terroir. A son écoute, on se dit que Ian Siegal a vraiment trouvé le filon idéal pour élargir son blues-rock anglais et le rendre crédible auprès d'un public international et américain en particulier. En fin de compte, le seul reproche qu'on fera à cet album est de ne pas avoir été emballé dans une pochette avec une photographie évoquant le grand fleuve, les marais, la moiteur et les légendes du Sud américain dont cette musique est un parfait reflet.

[ Candy Store Kid (CD & MP3) ]
[ A écouter : Kingfish - The Fear ]

Laurence Jones : What’s It Gonna Be (Ruf Records), UK 2015

Originaire de Liverpool, ce jeune chanteur guitariste de 23 ans ressemble plus à un étudiant qu'à un bluesman mais quand il se lâche sur sa Strat ou sur sa Les Paul, les étincelles fusent. Nourri au blues-rock des Groundhogs, de Rory Gallagher, de Gary Moore et d'Eric Clapton, Laurence Jones ajoute sa touche personnelle sur des compositions qu'il écrit avec une facilité qui n'a d'égale que leur étonnante maturité. Alors que son disque précédent (Temptation) fut enregistré sous l'égide de Mike Zito dans les studios Dockside en Louisianne (repaire de B.B. King, Irma Thomas, Dr. John et James Cotton qui y ont produit des albums devenus célèbres), ce troisième opus marque le retour en Angleterre avec des sessions organisées aux Studios Headline Music à Cambridge. Le line up du groupe a changé mais la passion est intacte tandis que la musique craque de toutes parts sous l'intense énergie déployée par le leader. Beaucoup des titres de ce nouveau disque ont des effluves de rock classique comme on en entendait à la fin des 60's. Des morceaux comme All I Need et Set It Free sont d'ailleurs carrément à la limite du Pop-Rock avec des mélodies infectieuses et des refrains accrocheurs mais même là, les riffs sont acérés et les solos de guitare intercalaires font parler la foudre, ce qui maintient le niveau au-dessus de la barre. Par contre, les plages de pur blues-rock comme le titre éponyme, Don't Need No Reason, Evil, Touch Your Moonlight et Stop Moving The House font exploser la marmite sans aucun effort d'autant plus que Jones est parfaitement épaulé par deux seconds couteaux gorgés d'expérience: le bassiste Roger Inniss et le batteur Miri Miettinen. Le seul reproche que l'on pourra faire à ce disque est la reprise un peu trop sage du fameux Can't Get Enough de Bad Company qui bénéficie pourtant de l'aide vocale appréciable de la chanteuse Dana Fuchs. Mais bon, on ne reprend pas impunément un morceau chanté à l'origine par l'immense Paul Rodgers sans risque de se faire taper sur les doigts. Diagnostiqué atteint de la Maladie de Crohn (une inflammation chronique du tube digestif) alors qu'il venait de signer son premier contrat discographique, Laurence Jones a pris son traitement tellement au sérieux que sa maladie n'a aucun impact sur sa musique. Si What’s It Gonna Be n'est pas encore l'album de la consécration mondiale pour ce jeune talent, il le positionne assurément dans la direction d'un brillant futur.

[ What's It Gonna Be (CD & MP3) ]
[ A écouter : Touch Your Moonlight - Good Morning Blues - The recording session of What's It Gonna Be ]

Robin Trower : Something's About to Change (Manhaton Records), UK 2015

J'ai cessé de suivre Robin Trower en plein milieu du disque Passion (1987) après m'être rendu compte que le chanteur bassiste écossais James Dewar, dernier maillon reliant la musique tardive de Trower à celle de ses premiers albums, avait disparu. Car si l'ancien membre de Procol Harum était bien la guitare et le son des légendaires Bridge Of Sighs et For Earth Below, Dewar, lui, en était quand même la voix. Une voix puissante et légèrement rocailleuse, teintée de soul et de blues à l'instar de celles de Frankie Miller ou de Paul Rodgers. A partir du milieu des années 80, Trower tenta de redorer son blason en édulcorant le côté blues-rock psychédélique de sa musique (qui lui valu tant de fois d'être comparé à Hendrix alors qu'il s'était forgé au fur et à mesure de ses albums un style propre ne devant plus rien à personne) dans l'espoir d'élargir son public mais sans véritable succès. Et finalement, alors que plus personne n'y croyait, Living Out Of Time marqua en 2004 un retour partiel mais salutaire aux anciennes valeurs confirmé avec brio par Seven Moons avec Jack Bruce en 2008, The Playful Heart en 2010 et Roots And Branches en 2012, son récent et excellent album de reprises personnalisées.

Coïncidant avec le 70ème anniversaire du guitariste, la sortie de Something's About To Change témoigne que la passion de Trower pour sa Statocaster reste intacte. Cette fois, l'album est rempli à ras bord de ce blues-rock lent et envoûtant qui faisait la gloire de ses anciennes productions comme Twice Removed From Yesterday ou Long Misty Days. Dewar et Jack Bruce étant décédés, c'est Trower lui-même qui a pris en charge toutes les parties de basse selon l'adage qu'on n'est jamais mieux servi que par soi-même. Combinée aux claviers, essentiellement l'orgue, joués par Luke Smith et à la batterie métronomique de Chris Taggart, la basse, même si l'approche de l'instrument reste celle d'un guitariste, contribue avec simplicité à une rythmique ensorcelante qui ne s'écarte guère des tempos lents. Quant au département vocal, c'est encore le leader qui les prend en charge. On est loin du chant musclé d'un James Dewar, mais on perçoit une certaine émotion dans la voix quand Trower chante "I head out to the horizon. On downward paths of rolling green. One less prize to keep my eyes on. One more place I cannot name. I know something is different now. I know something's about to change." D'autant plus que la Fender s'immisce tel un serpent entre les phrases, amplifiant le poids des mots et mutant éventuellement en un solo torturé où les notes sont pétries à l'infini, magnifiant ce mariage finalement très raisonnable entre rock planant et blues moite. Sur quelques rares titres (Riff Nº 7 Still Alive, What You Never Want To Do, The One Saving Grace), le groove s'affirme davantage sans pour autant menacer l'atmosphère retenue de ce disque en demi-teintes. Abordant les marges de la distorsion et de l'effet larsen, autorisant le sustain à étendre ses accords dans la distance, inventant des lignes mélodiques qui s'enroulent sur elles-mêmes à l'infini, Robin Trower est resté le guitariste de l'introspection et du rêve, celui du "Pont des Soupirs" et des "Longues Journées Brumeuses".

[ Something's About To Change (CD & MP3) ]
[ A écouter : Something's About To Change - Fallen - Strange Love - Snakes And Ladders - Til I Reach Home ]



Spooky Tooth : Spooky Two (Island Records), UK 1969 - Réédition CD remastérisé + 4 titres en bonus (Repertoire Records), 2005

Les Spooky Tooth ne sont pas à proprement parler un groupe de blues mais ils s'inscrivent dans la vague hard-blues-rock qui déferla sur l'Angleterre à la fin des années 60. Leur particularité, rare à l'époque, était d'appuyer leur musique sur deux types de claviers: d'une part l'incontournable orgue Hammond tenu par l'américain Gary Wright et, d'autre part, le piano joué par l'Anglais Mike Harrison. En outre, Spooky Tooth disposait d'un guitariste de bon niveau en la personne de Luther Grosvenor (futur membre de Mott the Hoople sous le nom de Ariel Bender) et d'un excellent bassiste (Greg Ridley, futur membre de Humble Pie) en plus du batteur Mike Kellie (futur membre de The Only Ones). Avec ce deuxième album, la formation acquit une notoriété enviable tout à fait compréhensible quand on le réécoute aujourd'hui: le son est dense, la voix de Mike Harrisson limée au papier émeri est puissante, et les claviers emplissent tout l'espace parfois déchiré par des solos de guitare qui perfusent à travers. Et c'est sans parler de Wright, excellent second chanteur capable de rehausser les harmonies vocales mais aussi de rivaliser avec Harrison dans des duels mémorables (Evil Woman), ou des chœurs qui en rajoutent au niveau de l'émotion comme sur la ballade Hangman Hang My Shell On A Tree qui clôture le LP en beauté (mais pas le CD de Repertoire qui ajoute quatre titres en bonus). En plus, certaines mélodies comme celles de That Was Only Yesterday et, surtout, Better By You, Better Than Me sont tellement accrocheuses qu'elles sont devenues des classiques du rock (le dernier titre ayant été repris par le groupe de hard Judas Priest avec un scandale à la clé, mais c'est une autre histoire).

Il est clair toutefois que le fond de commerce de Spooky Tooth est le blues-rock comme en témoigne un épique Evil Woman de neuf minutes qui, avec ses solos de guitare lavés par des nappes d'orgue immenses, lamine tout sur son passage. L'album ne présente quasiment aucune faiblesse et laisse entendre une formation soudée, dynamique, passionnée et dont le son brut, sculpté par le légendaire tandem composé du producteur Jimmy Miller et de l’ingénieur du son Andy Johns, est immédiatement reconnaissable. Même la double pochette du LP est superbe avec cette photo granulée, en noir et blanc teintée entre rose et magenta, des cinq musiciens (sur mon LP Island ILPS-9098 d'origine britannique tout au moins car il y a eu des éditions avec des présentations et des teintes différentes, la moins réussie étant celle de l'édition américaine du label A&M affichant un montage de la double pochette de manière à présenter les cinq membres du groupe au seul recto). Elle a été prise par le légendaire Ethan Russell, auteur entre autres des pochettes mythiques de Get Yer Ya-Ya's Out! (Rolling Stones), Let It Be (Beatles), Who's Next (Who) et Mud Slide Slim de James Taylor. La réussite incontestable de ce deuxième essai, qui aurait dû marquer le début d'une grande carrière, restera malheureusement un coup unique, aucun des albums ultérieurs de Spooky Tooth, dont le line-up avait entre-temps changé, n'arrivant à la cheville de cet opus majeur.

[ Spooky Two / The Last Puff (CD & MP3) ]
[ A écouter : Evil Woman - That Was Only Yesterday - Better By You, Better Than Me ]





The Best Of Amos Milburn: Down the Road Apiece 1946-1955 (1 CD EMI), 1994
Blues, Barrelhouse & Boogie Woogie: The Best Of Amos Milburn 1946-55 (3 CD Capitol), 1996
The Complete Aladdin Recordings of Amos Milburn 1946-1957 (Mosaic), 1994
Amos Milburn : The Return of the Blues Boss (Motown), 1963
Great Rhythm And Blues Oldies Vol 10: Amos Milburn (Blue Spectrum), 1977


Né à Houston au Texas le 1er avril 1927, Amos Milburn joua d'abord du gospel dans les églises et s'initia ensuite au boogie woogie dans les bars locaux avant de s'engager dans la marine jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale. Une fois démobilisé, il regagna sa ville natale et reprit ses activités dans les clubs où il fut remarqué par une chercheuse de talents, Mrs. Lola Anne Cullum, qui apporta quelques démos à Eddie Mesner, vice-président du label Aladdin basé en Californie, qui se trouvait à ce moment hospitalisé. A l'écoute de la musique, ce dernier se dressa sur son lit et exigea qu'un contrat soit immédiatement signé avec Amos. C'est ainsi que le pianiste, qui n'avait pas encore 20 ans, entra dans un studio de Los Angeles le 12 septembre 1946 pour y graver ses cinq premiers titres. Parmi eux, le fameux Down The Road Apiece, une composition de Don Ray interprétée tel un boogie woogie texan et qui sera ensuite reprise par des artistes comme Chuck Berry, Jerry Lee Lewis et les Rolling Stones: Well there's a place you really get your kicks. It's open every night about twelve to six. Now if you wanna hear some boogie you can get your fill, and shove and sting like an old steam drill. Come on along you can lose your lead, Down the road, down the road, down the road apiece…

Les juke-boxes des tavernes s'emparèrent du boogie d'Amos et les ventes furent suffisantes pour convaincre Eddie Mesner de remettre le couvert à L.A. Le succès se confirma mais il fallut quand même attendre la cinquième session du 19 décembre 1947 pour qu'Amos décroche la timbale grâce au fougueux Chicken Shack Boogie. Un titre qui, avec son drive irrésistible de piano poussé par le sax de Maxwell Davis, annonce déjà avec fracas le bon vieux rock 'n' roll. Cette chanson à la gloire des petites gargotes à poulets frits de Houston fut la première d'Amos à squatter le sommet des charts US des disques de R'N'B. Toutefois, même si sa spécialité était bien le boogie, Milburn jouait aussi des blues et des ballades d'excellente facture comme, entre autres, Hold Me Baby (N°2 dans les charts R'N'B en avril 1949), It Took A Long Long Time (N°13), Empty Arms Blues (N°4), Bewildered (N°1), ou In The Middle Of The Night (N°3), tous également repris sur cette compilation. En septembre 1951, Milburn interprèta Bad Bad Whiskey sur une musique de son fidèle saxophoniste Maxwell Davis. Sur un chouette groove relax, la chanson condamne et célèbre à la fois, de manière ambigüe, la consommation abusive d'alcool : I wanna tell you baby. I'm now feeling just fine. I think I'll stop drinking whiskey, and going back to bad wine. S'élevant à nouveau au sommet des charts R'N'B, ce morceau entraînera l'enregistrement ultérieur de toute une série de titres similaires : Thinking And Drinking (février 1952), Let Me Go Home Whiskey (décembre 1952), One Scotch One Bourbon One Beer (juin 1953), Good Good Whiskey (août 1953) et autres Vicious Vicious Vodka (1954). Le problème est qu'à force de le chanter, Amos Milburn est lui-même tombé dans le piège de l'alcool et, évidemment, le succès s'est progressivement dissout au fur et à mesure qu'il atteignait le fond de la bouteille. En 1956, Aladdin l'enverra dans les fameux studios Cosimo de La Nouvelle Orléans pour y enregistrer une nouvelle version pourtant irrésistible de son Chicken Shack Boogie qui, bizarrement, ne sera guère remarqué. Il est quand même resté associé avec Aladdin jusqu'en 1957 avant de graver encore quelques titres pour les labels Ace (I Want To Go Home avec son pote Charles Brown qui, trois années plus tard, inspirera Bring It On Home To Me à Sam Cooke) et King Records (Christmas Comes, But Once A Year) sans aucun succès.

En 1962, le producteur Berry Gordy lui permettra de faire un ultime retour et d'enregistrer un disque sur son label Motown. Sorti en 1963, The Return Of The Blue Boss propose entre autre des versions remises au goût du jour, mais avec subtilité, de quelques uns de ses anciens tubes et s'avère en réalité excellent. Avec les orchestrations et les chœurs qui dégoulinent de soul, les cuivres de Motown qui tournent à plein régime en seconde ligne et la voix du patron qui n'a guère changé, ce LP est quasiment un miracle. Les tempos plus rapides, comme Money (That's What I Want), Bad Bad Whiskey, One Scotch One Bourbon One Beer, ou Hold Me Baby ont la pêche et il est notoire que Little Stevie Wonder lui-même est venu se mêler aux musiciens de studio pour jouer de l'harmonica sur Chicken Shack Boogie. Quant aux ballades, c'est du Motown tout craché mais elles ont parfois aussi un petit air pop-soul à la Ray Charles (In The Middle Of The Night me fait toujours penser au célèbre In The Heat Of The Night). Toutefois, les temps ont changé et les styles musicaux aussi : Motown est devenu une usine à tubes et la musique basée sur le blues d'Amos Milburn n'intéresse plus Gordy qui ne renouvellera pas l'expérience. Milburn continuera pendant quelques années ses activités musicales dans les clubs tandis que Johnny Otis l'aidera à enregistrer une dernière fois ses grands titres pour son label Blue Spectrum en 1976 (Great Rhythm & Blues Oldies - Volume 10). Ayant déjà subi à l'époque un accident vasculaire cérébral, Milton n'a plus l'usage complet de son côté gauche et, s'il chante et joue bien de la main de droite, il est doublé pour sa main gauche par Johnny Otis dont le fils, Shuggie, prend en charge les parties de guitare et de basse. La santé déclinante de Milburn le forcera ensuite au repos dans une chaise roulante jusqu'à sa mort à Houston le 3 janvier 1980. Eut-il été plus sobre qu'il aurait sans doute pu faire un énième retour sur Telarc ou un label similaire au côté d'autres vétérans comme Pinetop Perkins, Junior Wells ou James Cotton.

La compilation remastérisée de 26 titres enregistrés pour Aladdin Records (The Best Of - Down The Road Apiece, 1946-1955), sur un compact unique qui dure plus de 71 minutes, contient le meilleur du chanteur pianiste et s'avère aussi historique qu'indispensable (d'autant plus que les notes de pochette de Joseph Laredo sont très intéressantes) tandis que le disque de Motown, sans être aussi essentiel, reste une grande réussite. Si vous aimez les chanteurs de blues qui ont du coffre, les pianistes de boogie woogie qui ont l'air de jouer en rigolant ainsi que le jump blues en général, celui qui envoie des décharges électriques dans les jambes, ces deux albums d'Amos Milburn, véritable pionnier du R'N'B et du R'N'R, vous feront passer de sacrés bons moments. Par contre, le disque de Blue Spectrum produit par Johnny Otis, de toute façon difficile à trouver, est déconseillé.

On notera encore comme altenative à la compilation d'EMI un excellent triple CD intitulé Blues, Barrelhouse & Boogie Woogie, édité par Capitol, qui offre 66 titres enregistrés pour Aladdin Records de 1946 à 1955. Cette sélection plus complète est surtout axée sur le boogie et le blues mais fait l'impasse sur les ballades comme Bewildered ou In The Middle Of The Night incluses, elles, sur le Best Of. Par contre, les renseignements discographiques sont complets et les notes de pochette écrites par Mark Humphrey très détaillées.

Enfin, il est bon se savoir que Mosaic Records a édité en 1994 une anthologie de 7 compacts offant 145 plages, soit tous les titres enregistrés par Milburn pour Aladdin de 1946 à 1957 incluant de nombreux inédits. Malheureusement, cette superbe intégrale est aujourd'hui épuisée depuis longtemps et les rares exemplaires encore trouvables sur Internet coûtent cher. Plus abordable pour les fans inconditionnels, la collection française Classics, Blues & Rhythm Series, a édité progressivement des compacts intitulés "The Chronological Amos Milburn" qui constituent une intégrale des enregistrements effectués par le chanteur pianiste. A ce jour, 5 disques sont disponibles : 1946-1947; 1947; 1948-1949; 1950-1951; et 1952-1953. Malheureusement, le cinquième volume sera probablement le dernier de cette série très appréciée puisque la collection a suspendu sa production en 2008.

[ Down The Road Apiece - The Best Of Amos Milburn (CD & MP3) ] [ Blues, Barrelhouse & Boogie Woogie: The Best Of Amos Milburn 1946-55 (MP3) ]
[ The Return Of The Blues Boss (CD) ]
[ Classics, Blues & Rhythm Series : The Chronological Amos Milburn 1946-1947 ]
[ Classics, Blues & Rhythm Series : The Chronological Amos Milburn 1947 ]
[ Classics, Blues & Rhythm Series : The Chronological Amos Milburn 1948-1949 ]
[ Classics, Blues & Rhythm Series : The Chronological Amos Milburn 1950-51 ]
[ Classics, Blues & Rhythm Series : The Chronological Amos Milburn 1952-1953 ]

[ A écouter - sur Aladdin Records : Down The Road Apiece - Chicken Shack Boogie (original version 1947) - Hold Me Baby - In The Middle Of The Night - One Scotch, One Bourbon, One Beer ]
[ Amos Milburn live en Vidéo : Down The Road Apiece - Bad Bad Whiskey ]
[ Sur Ace Records : Charles Brown & Amos Milburn: I Want To Go Home ]
[ Sur King Records : Christmas (Comes But Once A Year) ]
[ Sur Motown Records : My Daily Prayer - My Baby Gave Me Another Chance ]

Well, I Feel, yes I feel
feel that a low down time ain't long
I'm gonna catch the first thing smokin,
back, back down the road I'm goin
Back down the road I'm goin
Back down the road I'm goin
Sure 'nough back, sure 'nough back.

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Je me sens, oh oui je me sens
déprimé et le temps n'est pas loin
où j'attraperai le premier train,
pour prendre la route du retour
Je rentre chez moi
Je rentre chez moi
chez moi, ça c'est certain.


Rollin' Stone,
Muddy Waters (Chess), 1950




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