Blues 2 : Autres Suggestions


Can't tell my future, I can't tell my past.
Lord, it seems like every minute,
sure gonna be my last.

Future Blues - Willie Brown

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Dessin extrait de la bande dessinée
JAZZ CARTOON
(Koechlin, Filips, Artur, Narès, Leroi)
Ed. Art Moderne, Paris, 1989
J'aime le Blues : ses trois accords sur lesquels il se fonde et la note bleue qui lui donne son ambiguïté, les images qu'il véhicule et la diversité de ses thèmes, l'amour de la vie transmis en marge du désespoir et l'individualisme du bluesman s'exprimant au nom du peuple. Alors voici quelques albums de plus sélectionnés dans ce genre si singulier où la qualité du musicien est aussi importante que la force de son rayonnement social.

Blind Willie McTell : The Early Years 1927 - 1933 (Yazoo). Originaire de la Côte Est, Willie McTell est un artiste singulier au carrefour de toutes les influences : ragtime, country, spiritual, blues rural. En plus d'un subtil jeu de guitare, caractérisé par un picking élaboré sur un instrument à 12 cordes et parfois par l'utilisation du bottleneck, son chant mêlé de nombreux effets de falsetto est prenant, passionné, envoûtant. Ce compact, le meilleur qui lui ait été consacré, est indispensable à tout guitariste amateur : c'est par lui qu'il faut commencer. [ Commander ]

[ A écouter : Broke Down Engine Blues - Statesboro Blues - Stomp Down Rider ]







Charlie Patton : Founder Of The Delta Blues 1929 - 1934 (Yazoo). Dans le Delta du Mississippi, la rivière bleue remonte jusqu'à Charlie Patton, sa première source. Pour échapper aux champs de coton, il joue partout où il peut et fonde ainsi le mythe du musicien itinérant. Avec son jeu de guitare percussif et sa lame de couteau glissée à toute vitesse sur les cordes, Patton invente un style qui sera repris plus ou moins fidèlement par tous les bluesmen du Delta. Capable de jouer tous les styles de l'époque, ses blues lents, chantés d'une voix désespérée, sont particulièrement remarquables tant ils semblent l'expression de la tristesse de tout un peuple. Cette compilation au son étonnant représente un superbe travail d'édition. [ Ecouter / Commander ]

[ A écouter : 34 Blues ]

Enregistré le 31 janvier 1934 à New York trois mois avant la mort de Patton, 34 Blues est un classique du Delta Blues dont la mélodie sera réutilisée plusieurs fois par d'autres artistes et sous d'autres intitulés. Pour le néophyte, les paroles semblent cryptées à cause de l'utilisation de mots d'argot et de références à des évènements personnels ayant marqué la vie de Patton.

Le texte raconte comment Charlie Patton, suite à son implication dans une dispute conjugale, a été renvoyé de la plantation Dockery Farms où il avait été recruté comme travailleur à l'âge de 15 ans par Will Dockery. Il y reviendra plusieurs fois notamment en 1925 pour un séjour de plusieurs années avant d'être à nouveau mis à la porte au tout début de 1934 suite à une histoire de femmes. 1934 fut donc pour Patton une année difficile qui lui inspira le titre de ce blues.

I ain't gonna tell nobody, '34 have done for me
I ain't gonna tell nobody what, '34 have done for me
Took my roller(1), I was broke as I could be

They run me from Will Dockery's(2), Willie Brown, I want your job
They run me from Will Dockery's, Willie Brown, I want your job
(spoken: Buddy, what's the matter?)
I went out and told papa Charley,
"I don't want you hangin' round on my job no more"


Dans le couplet suivant, Patton exprime l'anxiété d'être sans emploi et d'errer sans but dans la campagne. Cela aura toutefois une heureuse répercussion : après avoir quitté la plantation, Charlie Patton se rendra à New York où il enregistrera quelques chansons déterminantes (dont ce 34 Blues enregistré le 31 janvier 1934) pour Vocalion qui l'amèneront plus tard à être considéré comme le père fondateur du Delta Blues. Dans ce même couplet, il en profite également pour dénoncer la sévère dépression économique et les conditions difficiles des femmes et des enfants du Delta qui ne pouvaient se payer un ticket de transport et étaient forcés de voyager dans des conditions difficiles sur les trains de marchandises.

Fella, down in the country, it almost make you cry
Fella, down in the country, it almost make you cry
(spoken: My God, children!)
Women and children flaggin' freight trains for rides


Patton utilise les stances suivantes pour se moquer de celui qui lui signifia son renvoi: Herman G. Jett qui fut surveillant à la plantation et homme de confiance de Will Dockery pendant 40 années. A cette époque marquée par la pauvreté, Jett possédait deux voitures grandes consommatrices de carburant qu'il utilisait la plupart du temps pour suivre les travailleurs de la plantation comme cet Howard Parker, un employé et ami de Patton. On notera encore que le bluesman envoya plus tard une copie de son disque à Herman Jett qui prit la chose avec un humour débonnaire.

Herman got a little six Buick, big six Chevrolet car
Herman got a little six Buick, little six Chevrolet car
(spoken: My God, what solid power!)
And it don't do nothin' but, follow behind Harvey Parker's plow

And it may bring sorrow, Lord, it may bring tears

It may bring sorrow, Lord, and it may bring tears
Oh, Lord, oh, Lord, let me see your brand new year

Memphis Minnie : Queen of the Blues (Sony / Columbia Legacy), 1929 - 1946. Chanteuse, guitariste et compositrice, Memphis Minnie reste l'une des figures les plus attachantes de l'histoire du blues qu'elle traversa en femme libre et fière de son immense talent. Dans sa période professionnelle, de 1929 à 1959, elle va enregistrer quelques 260 faces, passant progressivement du folklore rural au blues urbain. Cette compilation, qui présente 18 faces gravées entre 1929 et 1946, montre cette évolution. Ce disque impeccablement produit fait malheureusement l'impasse sur quelques uns de ses grands succès comme Me And My Chauffeur, Bumble Bee et Hoodoo Lady mais il contient par contre When The Levee Breaks popularisé (et partiellement crédité) par Led Zeppelin sur son quatrième album (IV, 1971). [ Ecouter / Commander ]

[ A écouter : When The Levee Breaks (1929) - Please Don't Stop Him (1937) - I'd Rather See Him Dead (1938) ]

Freddie King : Hide Away / The Best Of (Rhino / Wea), 1956 - 1970. Véritable force de la nature, ce troisième King (avec B.B. et Albert), originaire du Texas, mettait plus de puissance dans son chant et son blues électrique que ses deux homonymes. Cette compilation témoigne de cette puissance et contient des classiques comme I'm Tore Down, Going Down, Palace of the King plus quelques instrumentaux superbes comme My Feeling For the Blues, Hide Away et surtout The Stumble dont la séquence d'accords, qui renouvelle fort heureusement le genre, devrait être mémorisée par tout guitariste de blues amateur. Pas étonnant que Freddie King fut le premier modèle des grands guitaristes de Blues-rock comme Eric Clapton, Jeff Beck ou Stevie Ray Vaughan qui ne se sont pas privés de revisiter son répertoire.

[ A écouter : Hide Away (45 tours, 1961) - The Stumble (From album My Feeling For The Blues) - My Feeling For The Blues (From album My Feeling For The Blues) ]





The Blue Horizon Story 1965 - 1970 (Columbia - Livre 60 pages + 3 CD ). Au milieu des années 60, le blues se propage en Angleterre créant un véritable renouveau de la musique populaire. Le label associé à ce que l'on nommera plus tard le blues boom anglais, c'est Blue Horizon de Mike Vernon. Et sur cette très belle compilation, ils sont tous là : les groupes de jeunes Blancs convertis comme Fleetwood Mac, Chicken Shack, Christine Perfect, John Mayall ou Eric Clapton. Mais aussi les artistes noirs, invités ou réédités, trop heureux de cautionner le mouvement : Champion Jack Dupree, B. B. King, J. B. Lenoir, Magic Sam, Otis Spann, Hubert Sumlin, Otis Rush, Bukka White, Sunnyland Slim.... Et puis, il y a les réunions entre bluesmen noirs et musiciens blancs sur des morceaux qui portent l'empreinte souvent bénéfique d'une rencontre des cultures. A cette époque, pendant un court instant, le blues ne fut plus une affaire de race ou de couleur. Il s'était échappé des conditions sociales afro-américaines pour devenir une attitude des jeunes du monde entier face à leurs propres problèmes. [ Ecouter / Commander ]

Houston Boines : Superintendent Blues / Monkey Motion (78 tours, RPM Records 364, USA 1952) - Réédition limitée en 45 tours (Blue Horizon 45-1006, UK 1966)

[ A écouter : Houston Boines : Monkey Motion ]

Qu'est-ce qui a pu décidé Mike Vernon à rééditer sur son label naissant, Blue Horizon, une session oubliée d'un parfait inconnu comme Houston Boines ? Boines est en effet l'une de ces figures énigmatiques du blues qui n'a enregistré en tout et pour tout que huit plages, dont deux à Memphis pour Sun Records, au début des années 50 avant de disparaître pour toujours jusqu'à sa mort en 1970 à Jackson (MS).

Suite à une recommandation d'Ike Turner, Superintendent Blues et Monkey Motion furent enregistrés le 23 janvier 1952 au Club Casablanca de Nelson Street à Greenville (MS) lors d'une session spéciale organisée par Joe Bihari, le patron de Modern Records, qui cèdera plus tard les droits à Mike Vernon. Outre Boines qui chante et joue de l'harmonica, étaient présents dans le studio ce jour-là Ike Turner au piano; Charley Booker à la guitare et Jesse 'Cleanhead' Love à la batterie. Le son est âpre et dépouillé, différent des blues traditionnels du Mississippi et moins policé que le blues urbain joué à Chicago. On ressent ici l'urgence de chanter et de jouer sans limites un peu dans l'esprit de ce qu'enregistrera plus tard Hound Dog Taylor. Monkey Motion en particulier est un boogie particulièrement jouissif emmené par la guitare électrique de Booker tandis qu'en arrière plan, sur un piano qui n'a plus vu un accordeur depuis une éternité, Ike Turner déroule ses bons vieux plans de boogie woogie qu'il emprunta dans sa prime jeunesse à Pinetop Perkins. Plus classique, Superintendant Blues déborde d'énergie avec de juteuses interactions entre harmonica et guitare sur fond de piano swinguant. Pendant la même session, le groupe enregistra d'autres morceaux dont certains, comme Rabbit Blues et Moonrise Blues, seront édités sous le nom du guitariste Charley Booker.

En définitive, les deux titres de Boines parus à l'origine en 1952 sur RPM Records, une filiale de Modern Records, valaient bien leur réédition en 1966 sous la forme d'un 45 Tours par Blue Horizon. Ils sont aujourd'hui également inclus dans le coffret The Blue Horizon Story et il est seulement dommage qu'aucun renseignement autre que les références discographiques ne soit divulgué par Vernon dans le livret à propos de Boines et de cet enregistrement. A sa décharge, il faut dire qu'on ne sait pratiquement rien de Houston Boines sinon qu'il a un jour remplacé Sonny Boy Williamson dans l'émission King Biscuit Time de la radio KFFA pendant l'une ou l'autre de ses longues absences. D'ailleurs, on ne trouve même pas une seule photo de lui sur Internet, c'est tout dire !

Albert Collins - Robert Cray - Johnny Copeland : Showdown (Alligator), 1985. Trois bluesmen pour le prix d'un et pas n'importe lesquels ! Le Texan Albert Collins d'abord, et sa Telecaster au son aigu si caractéristique ; Robert Cray ensuite, grand prêtre de la Stratocaster dont il tire ici un chant plus Blues que sur ses propres productions ; et Johnny Copeland enfin, un autre Texan plus méconnu et récemment décédé, dont cet album représente sans doute le sommet de sa discographie. Ce compact est un festival de guitares flamboyantes et aussi, avec la reprise de T-Bone Shuffle, un bel hommage à T-Bone Walker, le père spirituel du Texas Sound auquel cette musique est plus qu'une excellente introduction. [ Ecouter / Commander ]

[ A écouter : T-Bone Shuffle - Black Cat Bone - Blackjack ]

R. L. Burnside : Acoustic Stories (M. C. Records), 1988. Originaire du Mississippi, entre Memphis et Clarksdale, R. L. Bunrside joue le blues comme on le jouait là-bas au début du siècle. Avec sa guitare acoustique et l'aide d'un compagnon harmoniciste, il accompagne ses strophes sans souci des mesures : seules comptent l'histoire qu'il a à nous dire et l'émotion qui va avec. Ce disque a été enregistré en 1988 dans un studio de New York. Il aurait pu l'être sur le pas de la porte d'une maisonnette du Delta 100 ans auparavant : c'est le même blues rural d'une simplicité redoutablement efficace, preuve que ce genre de musique se perpétue toujours dans la conscience populaire du Deep South .... Et ceci pour notre plus grand plaisir. [ Ecouter / Commander ]

[ A écouter : Death Bell Blues - Hobo Blues - Meet Me In The Bottom ]

Otis Rush : Ain't Enough Comin' In (This Way Up / Quicksilver), 1994. Inventeur, au même titre que Magic Sam et Buddy Guy, du West Side Sound de Chicago, Otis Rush enregistra dans les années 50, pour le petit label Cobra, des titres décisifs comme I Can't Quit You Baby, Double Trouble et All Your Love (repris respectivement par Led Zeppelin, Stevie Ray Vaughan et Gary Moore). Mais contrairement à Buddy Guy, sa carrière s'est éteinte aussi vite qu'elle a commencé. Que lui a-t-il manqué ? Le petit coup de pouce d'un Clapton ou d'un U2 ? Quoiqu'il en soit, le voici de retour avec 12 compositions et un son nettement meilleur. Sinon, Rush le gaucher a simplement troqué sa Gibson 345 contre une Stratocater toujours accordée normalement (cordes aiguës vers le haut) et la voix a conservé son expression dramatique d'antan. [ Ecouter / Commander ]

[ A écouter : Don't Burn Down The Bridge - Ain't Enough Comin' In - Don't Burn Down The Bridge ]

Buddy Guy : Slippin' In (Silvertone), 1994. Avec des pointures comme Jeff Beck, Eric Clapton et Mark Knopfler en invités, tout le monde s'imagine que "Damn Right I've Got The Blues" (Silvertone) est son meilleur disque depuis sa renaissance en 1991. Mais avec sa voix haut perchée, ses attaques de guitare fulgurantes et ses solos éructés comme des jets de vitriol, Buddy Guy n'a pas besoin qu'on lui tienne la main. Pour preuve cet album incandescent enregistré trois années plus tard, sur lequel le guitariste tient seul la vedette avec une intensité qui ne faiblit jamais depuis la première mesure jusqu'à la dernière. Non, finalement, hormis son excellente rythmique, Buddy Guy n'a besoin de personne ! Et pour faire bonne mesure, écoutez aussi le célèbre "A Man And The Blues" (Vanguard) qui date de 1968 et reste une des pièces incontournables du blues moderne. [ Ecouter / Commander ]

[ A écouter : I Smell Trouble - Love Her With A Feeling - Trouble Blues ]

Melvin Taylor : & The Slack Band (Evidence), 1995. Ce guitariste de blues moderne a trouvé un son et a appris à le plier à ses exigences. Plus rock sur Texas Flood ou plus jazz sur Tequila. Quant à ses reprises de T-Bone Walker, d'Otis Rush et d'Albert King ou ses propres compositions, elles ont un éclat et une densité surprenantes. Et pour sa version du Voodoo Chile de Jimi Hendrix, il n'hésite pas à recourir aux effets sonores en reliant son Ibanez à la fameuse pédale wah-wah. Une vraie surprise et l'une des meilleures ventes en blues de ces dernières années. [ Ecouter / Commander ]

[ A écouter : Grooving In New Orleans - Tin Pan Alley - All Your Love (I Miss Loving) ]

Ry Cooder : Buena Vista Social Club (World Circuit), 1996. D'accord, ce n'est pas un disque de blues. Il s'agit de folklore traditionnel tel qu'il est joué par les musiciens cubains depuis quelques 150 ans. Etonnant d'abord de constater comment les traditions africaines ont évolué au contact d'un environnement différent marqué par la culture espagnole. Ensuite, si cette musique n'a à priori rien à voir avec celle jouée par leurs frères du Mississippi, il faut quand même relativiser : si les champs de tabac ont remplacé ceux de coton, ce sont bien les mêmes thèmes (tristesse, solitude, espoir, amour de la vie et de la liberté et amour tout court), où les mots ont parfois aussi un double sens, qui transparaissent dans ces 14 petites merveilles.... Music is a Treasure hunt. You dig and dig and sometimes you find something (Ry Cooder). [ Ecouter / Commander ]

[ A écouter : Chan Chan - Pueblo Nuevo - Candela ]





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