Compacts de Jazz Belge :
Autres Suggestions (13)




"Là-bas [à New York], c'est grave comment les musiciens jouent
le swing, le funk, le hip hop... Même les amateurs ont un bon groove.
C'est un aspect que l'on néglige un peu chez nous.
On est parfois trop centré sur l'harmonie et l'aspect cérébral de la musique."

Steven Delannoye in "Le Journal des Lundis d'Hortence", N°85, p. 19



4 for Brothers +1Phil Abraham : 4 for Brothers +1 (Hypnote Records), 11 mai 2018

Phil Abraham (trombone); Bas Bulteel (piano : 1,5), Johan Clement (piano : 2, 8), Ivan Paduart (piano : 3, 7), Christoph Mudrich (piano : 4, 6), Luc Vanden Bosh (percussions). Enregistré au studio Pyramide les 1 et 2 juin 2017, Beersel.

1. Never Regret the Things That Made You Smile (5:44) - 2. Dab-Die-Dabedodab-Die (5:14) - 3. Mister Jones (6:22) - 4. Lush Life (4:20) - 5. For Four Brothers (6:42) - 6. Dancing on a Cloud (7:10) - 7. Igor (5:19) - 8. Oui Mais Bon ! (6:03)


Clark Terry & Phil Abraham (Brosella Jazz Festival, 12 juillet 1998)Il y a 20 ans exactement, je me trouvais au Théâtre de Verdure du Parc d'Osseghem à Bruxelles pour y entendre l'une des légendes du jazz : le trompettiste Clark Terry. Sur scène, un tromboniste de 28 ans prenait quelques chorus à côté du grand maître assis au soleil dont le visage souriant, masqué en partie par des lunettes noires, reflétait sa satisfaction. Depuis, Phil Abraham a fait beaucoup de chemin. Non seulement, après le lointain et remarquable Stapler de 1991, a-t-il remporté quelques palmes et enregistré sous son nom une dizaine d'albums mais il a aussi côtoyé quelques-uns de grands noms du jazz européen comme Didier Lockwood, Dee Dee Bridgewater, Henri Texier, Michel Petrucciani ou Toots Thielemans et joué pour Charles Aznavour et Claude Nougaro sans parler de sa participation à l'Orchestre National de Jazz de Laurent Cugny d'abord (1994 à 1997) et de Didier Levallet ensuite (1997 à 2000).

Le revoici aujourd'hui sur cet album sobrement intitulé, à l'ancienne, 4 Brothers +1. Les frères en question, ce sont quatre pianistes conviés à jouer chacun sur deux morceaux : un choisi par Phil Abraham et l'autre par le pianiste invité. Quant au "+1", il s'agit du batteur percussionniste Luc Vanden Bosh, membre du Phil Abraham Quartet depuis plusieurs années. Déjà, la sonorité de cet ensemble sans contrebassiste est distincte, les harmonies étant uniquement le fait des pianistes mais le répertoire est aussi varié, chaque invité perfusant les compositions dans lesquelles il est impliqué par sa propre sensibilité et son style personnel. Igor composé et interprété par Ivan Paduart est ainsi conforme au romantisme de ce musicien célébré pour avoir écrit quelques une des plus belles mélodies du jazz belge. Surtout connu en Flandres où il a enregistré en trio un excellent album pour De Werf (Coming Home), Bas Bulteel a amené Never Regret the Things That Made You Smile, tellement mélodique qu'on souhaiterait qu'un auteur lui écrive un jour des paroles. L'Allemand Christoph Mudrich, que le tromboniste a rencontré jadis au sein du Europool Jazz Orchestra, a composé Dancing On A Cloud qui installe l'atmosphère en apesanteur promise par le titre. Quant au Hollandais Johan Clement, qui fit partie du New Look Trio de Roger Vanhaverbeke, il fait honneur à sa réputation de pianiste swinguant à la Oscar Peterson en choisissant Dab-Die-Dabedodab-Die, un titre plein d'allant qui met tout le monde de bonne humeur. Le reste, composé ou sélectionné par le tromboniste, s'inscrit harmonieusement dans la même ligne très jazz et très cool où sensibilité et musicalité sont reines.

Globalement, ce disque échappe à toute mode et s'inscrit dans la tradition du jazz classique. Le swing, la mélodie, les improvisations sont au cœur de cette musique tranquille, généreuse et ensoleillée qui coule comme la crème glacée vendue sur le Théâtre de Verdure en été. Nul doute que Clark Terry aurait adoré cet album qui permettra déjà de se détendre un peu en avance en attendant d'aborder la période (f)estivale...

[ Hypnote Records ]
[ A écouter : For 4 Brothers +1 (Album Teaser) ]



NoctisThibault Dille & Charles Loos : Noctis (Quetzal Records), 20 avril 2018

Thibault Dille (accordéon); Charles Loos (piano). Enregistré à la Salle Columban, Louvrange, du 5 au 6 septembre 2017, sauf 1, 8 & 12 enregistrés au Heptone, Ittre, le 18 septembre, 2016.

1. Chanson Triste (Thibault Dille) (5:13) - 2. Belge Gigue (Charles Loos) (4:12) - 3. Noctis (Thibault Dille) (3:23) - 4. Tango ?(Charles Loos) (5:17) - 5. Musette (Thibault Dille) (3:54) - 6. BAH! (Charles Loos) (5:52) - 7. As I Said (Thibault Dille) (4:15) - 8. Dense Danse (Charles Loos) (5:52) - 9. Orange Juice (Thibault Dille) (4:04) - 10. White (Thibault Dille) (5:05) - 11. What a Mellow Man (Charles Loos) (4:27) - 12. Pour Félicien (Charles Loos) (6:56)


Pour un titre nommé Chanson Triste, c'est vraiment une chanson triste. A son écoute, on voit les gouttes de pluie filer sur la fenêtre à travers le jour gris. L'accordéon de Thibault Dille remplit l'espace de lignes chantantes qui reflètent une étrange nostalgie. L'esprit se perd au fil du temps, au fil de l'eau, et chaque note qui s'enfuit est comme un pas vers l'oubli. Après une minute, le piano de Charles Loos fait son apparition, un peu timide d'abord, attentif à ne pas rompre le charme, mais progressivement, il s'affranchit et se mêle à la conversation avant de s'envoler lui aussi vers d'autres rives. Au fur et à mesure que la chanson coule, on est de plus en plus ébaubi devant la maîtrise de ces deux musiciens et leur exceptionnelle connivence. Loin du folklore et en pleine entente avec l’idée de création contemporaine, leur musique est un appel à s'évader sur une planète onirique submergée par une vague émotionnelle.

Ce qui vient ensuite est un festival de cet instrument à soufflet qui fait parler le vent. Comme les intitulés des morceaux le racontent, les deux hommes vont s'approprier le florilège de l'accordéon : du tango au musette en passant par des danses diverses, rien ne leur échappera au long des douze titres composant leur répertoire. Les notes enchevêtrées, et - cela mérite d'être souligné - magnifiquement enregistrées, étincellent de mille sensations, passant, comme dans la vraie vie, de moments de nostalgie (Noctis) à d'autres radieux (Belge Gigue, amusant calembour indiquant comme une signature qu'il s'agit d'une composition de Charles Loos), romantiques (White), voire même exaltés (What A Mellow Man).

Combiner les richesses polyphoniques de l'accordéon et du piano n'était pas, au départ, un objectif si facile à réaliser. Mais les deux chants qu'ils soient ardents ou paisibles ont su s'accorder avec fluidité et délicatesse, sans esbrouffe mais avec une musicalité jamais prise en défaut. Toutes ces qualités autant humaines que musicales font de Noctis un disque aux intonations uniques, particulièrement agréable à écouter dans sa diversité, et capable par sa grande sensibilité de toucher en plein cœur.

[ Quetzal Records ]



Connexions UrbainesL'Orchestre Du Lion : Connexions Urbaines (Igloo), 9 mars 2018

Pierre Bernard (arrangements, flûtes); Michel Debrulle (batterie, percussions); Clément Dechambre (arrangements, saxophones); Nicolas Dechêne (guitares, basse), Laurent Dehors (arrangements, saxophones, clarinettes, cornemuse); Véronique Delmelle (saxophone, violon); Thierry Devillers (chant); Jean-Paul Estiévenart (trompette); David Hernandez (chant); Adrien Lambinet (trombone, tuba); François Laurent (texte); Véronique Laurent (euphonium); Michel Massot (arrangements, sousaphone, euphonium, trombone); Etienne Plumer (batterie, percussions); Stephan Pougin (batterie, percussions); Adrien Sezuba (chant).

1. Mon Eléphant (7:06) - 2. Anus Mundi (3:47) - 3. A La Campagne (4:53) - 4. Here I Am (4:54) - 5. Trafic En Galaxie (3:07) - 6. Can Your Bird Sing ? (4:10) - 7. Kakouline (5:52) - 8. Reprend (3:55) - 9. Mmm (7:03)


Les racines historiques de cette formation remontent jusqu'à la création dans les années 80 d'un premier ensemble dirigé par par Garrett List et composé de musiciens ayant suivi sa classe d’improvisation. Ce collectif basé à Liège a toujours fait la part belle aux expérimentations les plus diverses, mêlant musique, chansons, danse, théâtre et même littérature dans un ballet fantaisiste ouvert à toutes les possibilités où se côtoient humour et amour de l'art. On ne s'étonnera donc guère de retrouver parmi les 16 musiciens et chanteurs de cet orchestre le flûtiste Pierre Bernard, le percussionniste Michel Debrulle, le tubiste et tromboniste Michel Massot, et le souffleur Laurent Dehors, tous artisans de musiques insoumises dans des projets qui questionnent la perception de l'auditeur comme Trio Bravo et Rêve d’Éléphant Orchestra entre autres.

Forcément, le répertoire est des plus éclectiques d'autant plus qu'il est conçu comme une sorte de "best of" incluant, dans de nouveaux arrangements, des compositions autrefois jouées dans des configurations différentes. Même au sein d'un unique morceau, les juxtapositions sont osées comme, par exemple, A La Campagne dans lequel les cornemuses côtoient fièrement une guitare électrique psychédélique ou Here I Am, un morceau du SilverRat Band qui passe en un clin d'œil d'une introduction néo-classique solennelle à une section débridée et chantée en rap. Culture jazz, sonorités rock, arrangements de big band, instruments multiples et chant alternent ou s'unissent avec aisance et enthousiasme sur des rythmiques modernes et solides, toujours accessibles et même parfois dansantes. Car la musique est d'abord festive et on imagine facilement, à l'écoute de ce disque, la ferveur et l'éclat que peuvent dégager leurs prestations live.

Au cœur de ce syncrétisme se traduisant par un entrelac de styles, on sent une réelle volonté de surprendre, d'animer, de combattre l'austérité et d'amuser dans la bonne humeur. Et le fait est qu'avec cette musique directe et vibrante, il n'est pas nécessaire de subir des dizaines d'écoutes attentives avant d'être conquis.

[ Le Collectif Du Lion Website ]
[ A écouter : Le Best Of du Lion, Festival Connexions Urbaines 2016 ]



Four YearsArthur Possing Quartet : Four Years (Hypnote Records), 23 mars 2018

Arthur Possing (piano, compositions); Pierre Cocq-Amann (saxophones); Sebastian 'Schlapbe' Flach (contrebasse); Pit Huberty (batterie). Enregistré et mixé du 25 au 28 octobre 2017 au Kleine Audiowelt, Sandhausen, Allemagne.

1. Startin' (6:22) - 2. B16 (6:28) - 3. 4 To 7 (7:32) - 4. Brahms On A Journey (8:03) - 5. African Dream (6:42) - 6. Four Years (9:56) - 7. Picturesque (3:55) - 8. Impression (2:44)- 9. XL (6:58)


Originaire de la belle ville de Luxembourg, Arthur Possing a suivi une formation classique avant d'embrasser le jazz sous la direction musicale de Marc Mangen pour le piano et ensuite de Guy Cabay pour le vibraphone. Four Years est le premier disque sorti par son quartet et comme ce dernier existe depuis 2013, son titre pourrait se référer au temps mis pour le concevoir. La première plage qui s'intitule prosaïquement Startin' laisse entendre un groove terrien ancré dans la grande tradition hard-bop des disques Blue-Note. La sonorité est chaleureuse et le piano danse avec un bel enthousiasme tandis que le jeu du saxophoniste français Pierre Cocq-Amann se montre direct, incisif et précis avec une sonorité légèrement aigre, voire trafiquée, quelque part entre celles de Lou Donaldson et d'Eddie Harris. Mais, dès la seconde plage, B16, l'ambiance change pour une musique plus lyrique où la mélodie est reine. Brahms On A Journey, comme son intitulé le laisse deviner, renvoie à la tradition de la musique classique européenne encore que, dans son développement, ce long morceau réserve quelques surprises comme le solo aérien de saxophone à la sonorité encore une fois légèrement trafiquée via un effet d'écho.

On l'aura compris, cet album ne se laisse pas enfermer dans un style unique mais explore plutôt, morceau après morceau, différents horizons. Quel gouffre sépare ainsi l'hypnotique Impression, petite miniature interprétée avec beaucoup de sensibilité au piano en solo un peu à la manière d'Abdullah Ibrahim, la ballade Picturesque en forme de rêverie bucolique dans une nature vierge, et African Dream et son solo de saxophone honorant l'esprit des grandes figures du jazz libertaire dont John Coltrane et Pharoah Sanders. Heureusement que la section rythmique, qui affiche une belle aisance, fait corps avec les différents styles abordés. En fin de compte, c'est cet éclectisme qui rend ce disque passionnant. D'aucuns pourront toujours évoquer un manque de cohérence mais qu'importe ! Arthur Possing parvient à nous divertir avec ce programme aux multiples facettes qui s'écoute comme on regarde un film des frères Coen où tout peut arriver à tout moment.

[ Arthur Possing Website ]
[ A écouter : Four Years - Four Years (présentation de l'album) ]



One TakeLoris Tils : Presents One Take - Live at Trente Trois Tours (Indépendant), 1er février 2018

Loris Tills (basse électrique); Hervé Letor (sax); Igor Gehenot (claviers); Xavier Bouillon (synthés); Patrick Dorcéan (drums). Enregistré le 1er juin 2017 live au Trente-Trois-Tours, La Louvière.

1. Here We Go (12:26) - 2. Classy part 1&2 (11.22) - 3. Hotter Than Hell (5:29) - 4. Pink Candy (10:14) - 5. Sunset Road (11:28)


Basé à La Louvière, le bassiste électrique Loris Tils a joué dans le groupe jazz funky & soul de Dominic Ntoumos ainsi qu'avec le guitariste Jean-Michel Veneziano au sein de Six Ways to Funk. Il s'est ici investi dans un projet personnel construit autour d'une idée simple mais efficace : enregistrer en une seule prise, sans artifice ni préparation d'aucune sorte, une jam session organisée au bar Trente Trois Tours à La Louvière. Histoire de retrouver dans cette approche le côté tribal propre à certaines musiques noires telles que les pratiquaient jadis les J.B.'s, Bootsy Collins, Maceo Parker ou, plus récemment, Soulive.

Evidemment, le résultat d'une telle démarche dépend énormément des musiciens invités à participer mais, dans ce cas, Loris Tils a visé juste. D'abord, son partenaire de rythmique est Patrick Dorcéan, batteur polymorphe aussi à l'aise dans la pop (Soulsister, Zap Mama, Khadja Nin), que dans le funk (Ida Nielsen), le rap (Guru/Jazzmatazz) ou la fusion (avec Sam Vloemans et Reggie Washington). Avec Tils, l'entente est parfaite : sur le groovissime Here We Go qui démarre le répertoire sur les chapeaux de roue, ça sent déjà la fumée qui monte en volutes derrière le tandem rythmique en combustion spontanée.

Aux claviers, on trouve Igor Géhénot, ici bien loin de son trio acoustique de jazz moderne où il excelle habituellement. Mais Igor, quand il n'introduit pas un peu de mélancolie comme sur le moelleux Sunset Road, sait aussi jouer funky sur son piano électrique comme on s'en convaincra en écoutant l'excellent Pink Candy. Il est en quelque sorte épaulé par Xavier Bouillon aux synthés qui assure à l'ensemble un côté urbain, électronique et actuel. Quant au saxophoniste, le choix s'est porté sur Hervé Letor qui s'octroie quelques improvisations décapantes notamment sur Hotter Than Hell où il s'impose en héro souffleur du jazz funk. Grâce à ces musiciens qui parviennent à donner du relief et de l'amplitude à leurs interventions ainsi qu'aux tempos variés des différentes plages, la lassitude n'a pas le temps de s'installer. Mieux, l'écoute s'avère jouissive de la première à la dernière mesure.

L'album n'existe pas (encore) sous la forme d'un CD physique ou d'un vinyle mais il est disponible sur plusieurs plateformes digitales dont l'incontournable Bandcamp qui permet de l'écouter en intégralité avant d'éventuellement acheter. Ne résistez-pas à cette invitation à la danse et, surtout, poussez le volume à fond pour que les vibrations actionnent ces mécanismes physiologiques qui vous feront inconsciemment taper du pied, tortiller les fesses et remuer la tête. Résultat 100% garanti !

[ One Take sur Bandcamp ]
[ A écouter : Classy Part 1 & 2 ]



SoftlyFabien Degryse & Joël Rabesolo : Softly (Midnight Muse Records), 16 Novembre 2017

Fabien Degryse (guitare acoustique); Joël Rabesolo (guitare acoustique)

1. Softly As In A Morning Sunrise (4:36) - 2. Voninavoko (5:20) - 3. Inty Hira Inty Mampanontany (4:46) - 4. Stompin' At The Savoy (8:02) - 5. {Six-(E[ight} Bar] Blues) (5:20) - 6. Naufrage En Drôme (5:26) - 7. Pangalana (4:24) - 8. Bye Bye Blackbird (5:01) - 9. Muir Woods (5:39) - 10. 017 (3:55)


Guitariste éclectique aux multiples projets, y compris didactiques, l'image de Fabien Degryse est devenue au fil du temps celle d'un homme associé à une guitare acoustique Martin dont il tire le meilleur sans aucun effet ni artifice. De Tunis à Kinshasa et de Bruxelles à Hanoi, beaucoup l'ont vu se produire sur scène avec Pierre Vaiana et Jean-Louis Rassinfosse, au sein du trio à succès L'âme des Poètes, sans savoir qu'il est aussi l'auteur, en trio ou en solo, de disques splendides mettant en relief sa sensibilité mélodique, sa connaissance des standards du jazz, et sa science de la six-cordes acoustique synthétisant des techniques diverses : The Heart Of The Acoustic Guitar - Chapters 1 & 2 en 2007 et 2009, Finger Swingin' en 2011 et Summertime en 2016.

Aujourd'hui, Degryse partage l'affiche avec un musicien malgache venu perfectionner son art au Conservatoire Royal de Bruxelles : Joël Rabesolo, autodidacte et gaucher - il explique sur son site qu'à la manière de Jimi Hendrix, il joue sur une guitare retournée dont l'accordage a été inversé, donc avec la corde E la plus grave en haut. Cette spécificité ajoutée à une approche imprégnée du style traditionnel de son pays donne à son jeu un caractère unique.

Le répertoire est un savant mélange de standards et de morceaux malgaches. Sur Softly As In A Morning Sunrise comme sur Stompin' At The Savoy, le tandem improvise avec légèreté tandis que naît un swing subtil de l'interaction délicate entre les deux musiciens. Bye Bye Blackbird séduit en revanche par sa douceur et son phrasé aussi fluide que lyrique tandis que le son moelleux et aérien des guitares contribuent à une impression d'apesanteur. Les titres portant la marque malgache comme le traditionnel Pangalana ou la chanson populaire Voninavoko de Gabriel Rakotomavo dit « Dadagaby » ont cette pulsion rythmique qui font tout le sel de la riche tradition musicale de l'île. Le phrasé plus jazz de Degryse s'incruste, sans raideur ni précipitation, dans ces belles ritournelles, entamant avec son complice un dialogue parfaitement équilibré. Mais on trouve aussi sur Softly des compositions personnelles. Fabien Degryse a écrit trois morceaux dont un blues magique qui fait toujours son effet et le très enlevé Naufrage en Drôme dans un style "chanson manouche" qui renvoie à Biréli Lagrène mais aussi au style romantique de L'âme des Poètes (à noter une chouette partie de percussions sur le bois des guitares). Quant à Joël Rabesolo, il complète le répertoire par deux compositions, Inty Hira Inty Mampanontany et 017, qui sonnent plus pop mais avec une ambiance intimiste évoquant une promenade en dilettante (la partie sifflée sur 017).

Softly est un disque accessible qui respire l'amitié et le plaisir de jouer ensemble. Pour sophistiqués qu'ils soient, les échanges n'ont ici rien d'ostentatoire mais il n'empêche qu'ils font honneur à la guitare et restent dans les mémoires comme autant d'envolées poétiques et expressives qu'on peut réécouter en boucle pendant des heures.

[ Fabien Degryse website ]
[ A écouter : Softly As In A Morning Sunrise ]



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