Fusion et Jazz Electrique


- Partie I -


[ Partie II - Partie III ]


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"Jazz has something to do with the creative spontaneity
of the times we are in" (Ornette Coleman)



  1. The Free Spirits : Out Of Sight And Sound (ABC, 1966) ; Gary Burton : Duster (RCA, 1967). Ces deux albums sont considérés, le premier, comme le précurseur du "jazz-rock" et le second, comme celui du "jazz-fusion". Bien que les deux termes soient souvent utilisés de manière indistincte, les spécialistes considèrent que le "jazz-rock" se réfère plutôt à des musiciens venus du côté rock de l'équation et qui ont complexifié leur musique en expérimentant aussi bien avec les improvisions du jazz qu'avec d'autres idées parfois farfelues tandis que la "fusion" regroupe surtout des artistes venus du jazz qui combinent leur art avec d'autres styles comme le R'N'B, le rock, voire des musiques classiques ou folkloriques d'horizons très différents. Quoiqu'il en soit, il est amusant de constater que le guitariste Larry Coryell a joué sur les deux albums. Alors que le bizarre Out Of Sight And Sound sonne définitivement plus rock avec un Coryell qui y joue même du sitar, Duster apparaît nettement plus jazz, le guitariste étant cette fois bien encadré par des jazzmen confirmés comme Gary Burton (vibraphone), Steve Swallow (basse) et Roy Haynes (batterie).
    [ Out Of Sight & Sound (CD & MP3) ] [ Duster (CD & MP3) ]



  2. Herbie Mann : Memphis Underground (Atlantic), 1969. Une extraordinaire fusion entre jazz, rock et rhythm & blues. Soutenu par Larry Coryell et Sonny Sharrock (guitares), Roy Ayers (vibraphone), Miroslav Vitous (basse) et de musiciens locaux (The Memphis Rhythm Section), le flûtiste y reprend des titres comme Hold On, I'm Comin' ou Chain Of Fools, popularisés respectivement par les artistes de soul Sam & Dave et Aretha Franklin, et impose un style frais et relaxant qui fera recette. La pierre philosophale a fonctionné : Memphis Underground est un amalgame de composants hétérogènes qui s'est transmuté en or pur. Deux années plus tard, le même Larry Coryel entre dans les studios Electric Lady en compagnie de Steve Marcus (sax soprano et ténor), Harry Wilkinson (percussions), Mike Mandel (claviers) et du batteur Roy Haynes pour enregistrer trois longs titres empruntant à l'énergie du rock et à l'inventivité du jazz. Le bassiste Mervin Bronson est en retard mais l'ingénieur du son Eddie Kramer lance déjà les bandes pour enregistrer un Gypsy Queen de légende. A mi-chemin entre Jimi Hendrix et Sonny Sharrock, Coryel met le feu à sa six-cordes tandis que Haynes est déchaîné sur ces fûts. Ce titre et le troisième (Call To The Higher Consciousness qui s'étend sur 20 minutes) témoignent de la vigueur phénoménale d'une fusion alors au sommet de sa force créatrice. Produit par Bob Thiele, ce Barefoot Boy (One Way Records, 1971), aujourd'hui presque oublié, reste l'un des meilleurs albums dans la discographique éclectique et pléthorique du guitariste.
    [ Memphis Underground (CD) ] [ Barefoot Boy (CD) ]



  3. Miles Davis : In A Silent Way (Columbia), 1969 et Bitches Brew (Columbia), 1969. Pour ses premiers contacts avec la fée électricité, Miles s'entoure d'un groupe qui deviendra légendaire : Wayne Shorter aux saxophones, John McLaughlin à la guitare, Joe Zawinul, Chick Corea et Herbie Hancock aux claviers, Dave Holland à la basse et Tony Williams à la batterie. Après les longues plaintes médidatives de In A Silent Way, la musique se fait convulsive dans Bitches Brew et le monde du jazz se sépare encore une fois en deux peuples qui ne se comprennent plus. Trente années plus tard, ce double album reste une borne essentielle dans l'histoire de la musique américaine et c'est bien Miles Davis qui, de nouveau, fut à l'origine de la fracture.
    [ In A Silent Way (CD) ] [ Bitches Brew (CD) ]



  4. Tony Williams' Lifetime : Emergency (Polydor/Verve), 1969. Avec Larry Young à l'orgue et John Mclaughlin à la guitare, un trio hypervitaminé plus proche du rock de Jimi Hendrix que du jazz. Recherchez si possible l'édition Polydor de 1991, remastérisée par Phil Schaap avec un son plus clair que celui du mixage original repris malheureusement dans la dernière réédition parue en février 1998 chez Verve. Trop violent et punk avant l'âge, Emergency n'a pas trouvé son public mais Tony Williams, persuadé d'inventer quelque chose, persiste et signe l'année suivante avec Turn It Over (Verve, 1970). Plus sombre et plus rock que le précédent opus, Turn It Over bénéficie de de la présence du bassiste anglais Jack Bruce et propose dix titres denses et concis mais tout aussi extrêmes et sans conpromis. L'essai ne se transforme pas et l'album restera jusqu'à aujourd'hui un facteur de division entre les fans. Lassé, McLaughlin part fonder son Mahavishnu Orchestra tandis que Jack Bruce replonge dans son rock heavy avec West Bruce and Laing. Le batteur reste seul avec le sentiment amer d'avoir conçu deux disques parmi les plus essentiels et les plus incompris du jazz-rock. Pour la petite histoire, Tony Williams et Jack Bruce avaient contacté Jimi Hendrix en vue de former un power trio de rêve qui, par suite de la mort prématutée du guitariste, ne verra jamais le jour.
    [ Emergency! (CD) ] [ Turn It Over (CD) ]



  5. Larry Coryell : Spaces (Vanguard), 1969. Sans doute le meilleur album de Larry Coryell qui se trouve ici poussé dans ses derniers retranchements par John Mclaughlin à la seconde guitare, Chick Corea (claviers), Miroslav Vitous (b) et Billy Cobham (drs). Un disque brûlant repoussant à l'infini les frontières du possible en matière de possibilités guitaristiques. Avec un Rene's Theme en hommage au guitariste belge René Thomas et un Tyrone hypnotique, de plus de 11 minutes, sur lequel les manches sont montés et descendus avec inventivité, des milliers de fois, et de toutes les manières possibles. Près de trente années plus tard, Coryell retrouvera Billy Cobham pour un nouveau projet qui tentera de renouer avec l'esprit et le style du premier Spaces. Mais cette fois, avec Bireli Lagrene à la guitare et Richard Bona à la basse. Une journée pour les répétitions, deux pour l'enregistrement, et tout sera dit. Spaces Revisited (Shanachie, 1997) n'atteint peut-être pas l'intensité de son prédécesseur mais c'est un sacré bon album de fusion quand même et, face à Coryell, Bireli Lagrene s'impose comme un authentique virtuose de la six-cordes, inspiré et excitant. En réécoutant cet album, on en vient même à regretter que sa période « fusion » n'ait pas été plus longue.
    [ Spaces (CD) ] [ Spaces Revisited (CD) ]



  6. Herbie Hancock : Mwandishi (Warner Bros), 1970. Après avoir quitté définitivement le fameux second quintet de Miles Davis et lancé sa carrière solo avec un formidable disque de groove (Fat Albert Rotunda), Herbie Hancock monte un sextet incluant Bennie Maupin (fl, b cl), Eddie Henderson (tp), Julian Priester (tb), Buster Williams (b) et Billy Hart (dr) pour revisiter les dérives modales et électriques de son ancien patron (dont In Silent Way reste l'épitome). Les plages sont longues, les tempos complexes (en 15/4 sur Ostinato / Suite for Angela), les compositions ouvertes et sans véritables mélodies tandis que le leader expérimente avec ses synthés trafiqués par une foule d'effets électroniques. L'album suivant, Crossings (Warner Bros, 1971), emmène le sextet encore plus loin dans l'exploration sonique qui atteindra finalement ses limites sur Sextant (Columbia, 1973). Mais au milieu des abstractions de ce dernier opus, on décèle déjà les prémices d'une orientation plus funky sur Hidden Shadows, ce qui fait de Sextant une sorte d'album de transition vers un nouveau cycle hancockien plus accessible et commercial.
    [ Mwandishi (CD) ] [ Crossings (CD) ] [ Sextant (CD) ]



  7. Donald Byrd : Electric Byrd (Blue Note), 1970. Immense styliste du hard-bop dont il est, avec son modèle Clifford Brown et Freddie Hubbard, l'un des plus grands représentants, Donald Byrd se trouva à la fin des 60's complètement fasciné par la fusion inventée par Miles Davis. Il décida alors de donner une nouvelle direction à sa carrière en s'inspirant de la fusion de Miles, avant d'évoluer encore ultérieurement vers une musique funk et soul plus commerciale. Ses plus grandes réussites se situent dans la zone de transition allant de 1969 à 1971, intercalée entre les périodes hard-bop et soul, et parmi elles, Electric Byrd est une œuvre majeure. La fusion atmosphérique digne d'un Bitches Brew y bénéficie des arrangements innovants du pianiste électrique Duke Pearson et prend occasionnellement des couleurs brésiliennes grâce aux percussions d'Airto Moreira (qui rejoindra bientôt Chick Corea au sein de Return To Forever). Au coeur de ces textures sonores modernes et électriques, brassées par un orchestre de 12 musiciens où brillent entre autres Frank Foster, Lew Tabackin, Pepper Adams, Hermeto Pascoal (sur un titre), Duke Pearson et Ron Carter, Donald Byrd improvise avec sa facilité coutumière, son immense technique lui permettant d'aller ou il veut et d'inventer de nouveaux groove et feeling qui rompent avec son passé de hard-bopper. A écouter aussi dans le même genre l'excellent Fancy Free (Blue Note, 1970) enregistré juste un an auparavant.
    [ Electric Byrd (CD & MP3) ] [ Fancy Free (CD & MP3) ]



  8. Freddie Hubbard : Red Clay (CTI), 1970 & First Light (CTI), 1971. Fantastique trompettiste de hard-bop ayant enregistré quelques-uns des plus beaux fleurons du label Blue Note, Freddie Hubbard n'a jamais vraiment basculé dans le camp du jazz-rock mais avec Red Clay et First Light, tous deux enregistrés pour CTI Records sous la supervision de Creed Taylor, il n'en était pas très loin. En compagnie de Herbie Hancock au piano électrique ou à l'orgue, de Joe Henderson au sax ténor, du bassiste Ron Carter qui joue aussi en électrique, et du formidable batteur Lenny White (futur membre de Return To Forever), Hubbard est au sommet de sa forme sur Red Clay. Propulsé par le groove terriblement efficace de Lenny White sur le titre éponyme dont la ligne mélodique repose sur les accords de Sunny, le trompettiste file vers l'infini dans ce qui deviendra son titre phare pour le restant de sa carrière, définissant au passage un modèle de jazz funky qui fera fureur dans les années 70. Sorti l'année suivante, First Light bénéficie encore de la présence de pointures comme Hancock au Fender Rhodes, le percussionniste Airto Moreira, le batteur Jack DeJohnette, le bassiste Ron Carter et le guitariste George Benson, en plus d'un orchestre à cordes conduit par l'arrangeur maison de CTI, Don Sebesky. Encore une fois, ce n'est pas vraiment de la fusion mais la musique échappe quand même au jazz classique en offrant des textures nouvelles, des sonorités mixant acoustique et électrique, et une vision fraîche combinant jazz, soul et funk. Ces deux albums qui ne renient pas la tradition du hard-bop dans laquelle Hubbard a grandi, témoignent d'un réel élargissement de sa vision artistique qui s'inscrit dans la perspective des grands bouleversements introduits dans le jazz par Miles Davis et sa galaxie de musiciens.
    [ Red Clay (CD & MP3) ] [ First Light (CD & MP3) ]



  9. Miles Davis : On The Corner (Columbia), 1972. En juin 1972, Miles Davis radicalise davantage son approche et fait évoluer la musique modale en une fusion matricielle de Funk, de R&B, de Rock et d'expérimentations électroniques. Toujours aidé par le producteur Teo Macero passé maître dans le collage de pistes segmentées issues de multiples heures d'enregistrement en studio, le trompettiste conçoit un déferlement sonore tellement compact que même les musiciens assimilés dans la masse n'ont plus d'identité. Dans sa volonté implacable d'imposer un groove trituré et déjanté, Miles s'aliène une partie de son public et entame un nouveau cycle qui restera comme le plus controversé de son histoire. Miles Davis : Agharta (Columbia), 1975 (Columbia). Agharta a été enregistré au Festival Hall d'Osaka au Japon dans l'après-midi du premier février 1975. Le soir du même jour, un second enregistrement fut réalisé et édité sous le nom de Pangaea. Des deux disques, celui-ci est le plus intense. La guitare hendrixienne de Pete Cosey, le sax de Sonny Fortune, les percussions de James Mtume et la section rhytmique (Michael Henderson à la basse et Al Foster à la batterie) sont les jouets du Prince des Ténèbres qui transcende son jazz-funk-rock électrique, inventé sur On The Corner, en une ultime séance voodoo avant de disparaître pendant six longues années.
    [ On The Corner (CD) ]



  10. Frank Zappa : Waka/Jawaka (Rykodisc), USA 1972 & Frank Zappa : The Grand Wazoo (Rykodisc), USA 1973. 1971 fut une mauvaise année pour Zappa. En décembre, alors qu'il jouait avec les Mothers au festival de Montreux en Suisse, son matériel fut détruit pendant l'incendie du casino où il se produisait (l'évènement est immortalisé dans le célèbre Smoke On The Water de Deep Purple). Et quelques jours plus tard, pendant un concert au Rainbow Theater de Londres, il fut attaqué sur scène et poussé dans la fosse d'orchestre. Il s'en tira avec de multiples fractures et un larynx écrasé, ce qui ne sera pas sans conséquence sur sa carrière musicale. Frankie va alors dissoudre les Mothers et profiter de sa longue convalescence pour enregistrer pratiquement en parallèle deux albums de Jazz Rock presque entièrement instrumentaux : Jawa-Jawaka (également connu sous le nom de Hot Rats II à cause des labels sur les robinets de la pochette) et The Grand Wazoo. Coulés dans le même moule, ces deux albums dont les durées dépassent à peine 36' auraient pu sans problème être rassemblés sur un compact unique. Jawa Jawaka comprend à côté de deux chansons courtes plus conventionnelles, deux longues compositions instrumentales propices aux improvisations. Si Big Swifty figure parmi les titres les plus jazz jamais écrits par Frank avec un thème aux métriques complexes et de superbes solos de George Duke au piano électrique et de Sal Marquez à la trompette, le grand moment du disque reste le titre éponyme grâce à une mélodie mémorable et surtout à un arrangement orchestral dont la richesse et la densité n'occultent pas les interventions des solistes. C'est cet aspect orchestral qui est encore mieux mis en valeur dans The Grand Wazoo : ici on a carrément affaire à un Big Band de 21 musiciens et pas des moindres puisqu'on compte dans leurs rangs des pointures comme Ernie Watts, George Duke, Don Preston ou Aynsley Dunbar. Zappa, qui figure bien sûr parmi les solistes, n'accapare pourtant pas la vedette et laisse ses musiciens s'exprimer à l'aise dans tous les registres, du piano à la trompette en passant par le trombone. Son rôle ici est d'abord de composer et d'organiser cette musique qui sonne en fin de compte plus Jazz que Rock. Pour l'occasion, le leader a mis un peu en veilleuse son humour corrosif et ses satires offensives mais pas complètement quand même : Your Mouth (sur Jawa) par exemple est un blues aussi moqueur que contestable à propos d'un type qui veut descendre sa femme fourbe et menteuse tandis que For Calvin raconte comment son pote Cal Shenkel (célèbre illustrateur des pochettes de Zappa) a un jour embarqué deux auto-stoppeurs qui ont squatté en silence la banquette arrière de la voiture et refusé de descendre. Même les titres des albums sont bizarres. The Grand Wazoo, on ne sait pas ce que ça veut dire : le leader d'une organisation clandestine, le Grand Oiseau en français ou un antique mégaphone ? Qu'importe après tout, car à l'instar de Hot Rats, Jawa-Jawaka et The Grand Wazoo sont deux disques de jazz-rock comme il en existe peu : malins, irrespectueux, curieux et osés. Cette trilogie, qui doit être considérée à part dans la discographie zappaienne, enchantera ceux qui apprécient autant les valeurs du jazz orchestral et modal que celles du rock progressif novateur et expérimental.
    [ Waka / Jawaka (CD & MP3) ] [ The Grand Wazoo (CD & MP3) ]



  11. Santana : Caravanserai (Columbia), 1972. Mélodiste hors-pair et grand guitariste de pop-rock, Carlos Santana n'est pas pour autant un artiste de jazz-rock mais, comme l'a déclaré Herbie Hancock au magazine Rolling Stones, “Carlos est un grand fan de jazz, un vrai soutien à cette musique". Son amour pour John de Coltrane et Weather Report l'amènera d'ailleurs à déborder à plusieurs reprises sur le genre en collaborant avec des légendes du jazz-rock et à enregistrer, avec son groupe Santana, deux disques complexes et ouverts à toutes les influences. Son chef d'œuvre est Caravanserai, une production qui fait le lien entre Coltrane et la fusion de Miles Davis et sur lequel brillent notamment le batteur Mike Shrieve, le guitarise Neal Schon et l'organiste Gregg Rolie. Il est suivi de près par Welcome (Columbia, 1973) avec le claviériste Tom Coster, le chanteur Léon Thomas et le guitariste McLaughlin. A ces deux disques mythiques, on ajoutera encore l'excellent Love Devotion Surrender (Columbia, 1972), un projet réalisé en collaboration avec John McLaughlin, véritable création exaltée des deux guitaristes récemment convertis au bouddhisme, qui bénéficie aussi de la contribution de Billy Cobham, Jan Hammer et Larry Young. Les complétistes pourront enfin rechercher les quelques titres isolés de jazz fusion essaimés par Carlos Santana sur divers albums comme Silver Sword de Flora Purim (Stories To Tell, Milestone, 1974), Senor Carlos de McCoy Tyner (Looking Out, Columbia, 1982), ou This Is This de Weather Report (Columbia, 1986).
    [ Caravansera (CD & MP3) ] [ Welcome (CD & MP3) ] [ Love Devotion & Surrender (CD & MP3) ]



  12. Bien que pouvant jouer toutes les musiques du funk au jazz classique, le bassiste Stanley Clarke devint célèbre lorsqu'il intégra, au côté de Chick Corea, l'un des plus célèbres groupes de fusion au monde, Return To Forever. Et si sa discographie comprend beaucoup de disques commerciaux sans grand intérêt, elle offre aussi quelques pépites en matière de jazz-rock. Enregistrés dans la foulée, Children of Forever (Verve, 1973), Stanley Clarke (Epic, 1974) et Journey to Love (Epic, 1974) sont bourrés de superbes mélodies, de fusion musclée, de groove, et bien évidemment de parties de basse phénoménales. En plus, le leader ayant un carnet d'adresses à la hauteur de sa réputation, les musiciens invités à participer à ces trois disques incontournables constituent la crème du genre. Citons entre autres Pat Martino (gt), Lenny White (dr), Chick Corea (claviers) et la chanteuse Dee Dee Bridgewater sur le premier; Jan Hammer (claviers), Bill Connors (gt), et Tony Williams (dr) pour le second; Jeff Beck et John McLaughlin (gt), George Duke et Chick Corea (claviers), Lenny White et Steve Gadd (dr) pour le troisième.
    [ Children Of Forever (CD) ] [ Stanley Clarke (CD) ] [ Journey to Love (CD) ]



  13. Eddie Henderson : Realization (Capricorn), 1973 et Inside Out (Capricorn), 1973. En jazz, il est courant qu'un sideman se libère pour créer son propre ensemble et explorer à sa façon les idées inventées par son ex-patron. C'est le cas d'Eddie Henderson, excellent trompettiste déjà très influencé par le Miles électrique et membre déterminant du sextet de Herbie Hancock qui réalisa Mwandishi, Crossings et Sextant. En 1973, quand Hancock décida de fonder les Headhunters, Henderson reprit le flambeau et enregistra, quasiment avec le même personnel (Hancock inclus), deux albums pour le label Capricorn (celui des Allman Brothers basé en Georgie) : Realization et Inside Out. On retrouvera dans ces deux disques superbes et oubliés à la fois les ambiances du Miles électrique et les explorations soniques de Hancock, le tout rendu dans une fusion originale d'une indescriptible beauté spectrale. En 2005, ces deux albums ont heureusement été réédités par Soul Brothers Records sous la forme d'une compilation intitulée Anthology Volume 2: The Capricorn Years - Realization / Inside Out. Evidemment à ne rater !
    [ Realization / Inside Out - Anthology Vol. 2, The Capricorn Years ]



  14. John McLaughlin's Mahavishnu Orchestra : Birds of Fire (Columbia), 1973. Qui mieux que le guitariste John Mclaughlin aurait pu être capable de sucer ainsi l'énergie du rock pour l'injecter dans des incantations mystiques mâtinées de virtuosité technique. Un mélange assurément explosif avec, au bout des mèches, Jerry Goodman (vl), Jan Hammer (claviers), Billy Cobham (drs) et Rick Laird (b). Les phrasés survoltés s'entrecroisent dans une impressionnante rapidité d'exécution dont, il faut bien le dire, la sophistication n'a d'égale que la fascinante technicité. Quoiqu'en disent les détracteurs du jazz rock, il est encore possible de s'envoler sur ces oiseux de feu. John McLaughlin : Industrial Zen (Verve), 2006. Bien qu'Industrial Zen soit enrobé dans des textures synthétiques, il n'en évoque pas moins des brûlots plus anciens dont certains remontent au temps du Mahavishnu Orchestra. D'ailleurs, le guitariste a dédié la plupart de ses nouvelles compositions à d'anciens comparses qui ont guidé sa pensée ou avec qui il a partagé jadis sa longue carrière. Senor CS est ainsi un hommage à Carlos Santana déployé sur une rythmique furieuse composée d'une double batterie et d'une basse très présente tandis que Mother Nature utilise le talent vocal de Shankar Mahadevan (Remember Shakti) tout en évoquant la période Love, Devotion, Surrender. Bien sûr, Jaco Pastorius, Wayne Shorter et le Dalaï Lama ne sont pas oubliés et prêtent d'ailleurs carrément leurs noms aux titres d'un album qui renoue aussi avec un mysticisme dont le leader a toujours été friand. Les synthés et les bidouillages électroniques qui donnent aux textures sonores un aspect contemporain ne cachent pas la réalité : John McLaughlin a rebranché sa guitare et joue avec la même urgence qu'autrefois des lignes de notes étourdissantes qu'on ne trouve que dans son monde chromatique. Accompagné par des maîtres de la fusion comme Bill Evans (sax), Vinnie Coliauta (dr), Dennis Chambers (dr), Zakir Hussain (tabla), le guitariste texan Eric Johnson et le fantastique batteur et claviériste Gary Husband qui fut révélé par l'autre roi de la six-cordes britannique Allan Holdsworth, on a droit à tout ce qu'on pouvait attendre d'un grand retour à l'électricité. Les plages méditatives (le côté "Zen") alternent avec d'autres qui déboulent comme des rames de métro (le côté "Industrial") mais l'essentiel est que d'un bout à l'autre de cet album sonique, on vibre ! Et quand on vibre, c'est que c'est bon !
    [ Birds Of Fire (CD) ] [ Industrial Zen (CD) ]



  15. Herbie Hancock : Headhunters (Columbia), 1973. Avec ses synthétiseurs, Hancock concocte un album de fusion entre le jazz et le funk, beaucoup plus enraciné dans la musique noire que ceux de Corea ou McLaughlin. Une ligne de basse ultra simple et l'absence de guitare font l'originalité de ce disque dont le premier thème Chameleon remporta un succès immédiat auprès du grand public. Comme le dit Hancock lui même, Vous pouvez extraire la simplicité de la complexité si vous êtes assez malin. C'est de cette manière que vous amenez la complexité jusqu'au grand public. Encore plus funky et doté de textures plus riches, Man-Child (Columbia, 1975) bénéficie de l'alliance entre l'arsenal de claviers manipulé par Hancock et la guitare électrique de Melvin Wah Wah Watson. En plus, des solistes majeurs comme Wayne Shorter (sax), Bernie Maupin (fl, sax, b cl), Ernie Watts (fl, sax) et même Stevie Wonder à l'harmonica ont aussi été conviés à la fête. Et une vraie section de cuivres ajoute encore de la brillance aux arrangements. Quant à Hang Up Your Hang Ups, première plage du disque, c'est l'un des titres parmi les plus excitants jamais enregistrés dans le genre jazz-funk.
    [ Headhunters (CD) ] [ Man-Child (CD) ]



  16. Batteur virtuose et explosif, maître de la polyrythmie et doté d'un timing surnaturel, Billy Cobham fut aussi l'un des premiers à introduire des effets électroniques dans le jeu de sa batterie. Dans les années 60 et 70, il a nourri avec brio la flamme de dizaines d'artistes et de groupes célèbres parmi lesquels le quintette d'Horace Silver (Serenade To A Soul Sister, Blue Note, 1968 et You Gotta Take a Little Love, Blue Note, 1969), Miles Davis (Jack Johnson, Columbia, 1971), Mahavishnu Orchestra (The Inner Mounting Flame, Columbia, 1971 et Birds Of Fire, Columbia, 1973), George Benson (White Rabbit, CTI, 1972), McLaughlin & Santana (Love Devotion Surrender, Columbia, 1973), Ron Carter (All Blues, CTI, 1973) et Larry Coryell (Spaces, Vanguard, 1974). En 1973, il enregistre enfin sous son nom un des albums parmi les plus emblématiques du jazz-rock : Spectrum (Atlantic) qui bénéficie également de la présence du guitariste Tommy Bolin (Deep Purple) et du claviériste Jan Hammer définit à la fois de nouveaux sons et de nouvelles manières de jouer et d'enregistrer. Les trois disques qui viennent après sont des classiques du genre : Crosswinds (Atlantic, 1974) et Total Eclipse (Atlantic, 1974) ainsi que l'impressionnant Shabazz (Rhino Atlantic) enregistré à l'été 1974 pendant des concerts donnés à Londres et au Festival de Montreux, tous les trois avec le guitariste John Abercrombie et les Brecker Brothers.
    [ Spectrum (CD & MP3) ] [ Crosswinds (CD & MP3) ]
    [ Coffret 5CD (Spectrum, Crosswinds, Total Eclipse, Shabazz, A Funky Thide Of Sings) ]



  17. Alphonse Mouzon (avec Tommy Bolin) : Mind Transplant (Blue Note), 1974. Indéniablement l'un des grands batteurs, avec Billy Cobham, Tony Williams et Lenny White, ayant contribué à l'émergence de la fusion, Alphonse Mouzon (1948 - 2016) a collaboré avec les plus grands : d'Al Di Meola (Land Of The Midnight Sun, 1976) à Patrick Moraz (The Story Of I, 1978) en passant par Weather Report (Weather Report, 1971), McCoy Tyner (Sahara, 1972) et Larry Coryell (Introducing Eleventh House, 1973). Toutefois, il a aussi réalisé des albums sous son propre nom dont le meilleur est incontestablement Mind Transplant, enregistré pour le label Blue Note en 1974. Sorti après le fameux Spectrum de Billy Cobham (1973) auquel on l'a souvent comparé, Mind Transplant bénéficie comme Spectrum de la présence du flamboyant guitariste Tommy Bolin qui, poussé dans le dos par la batterie fulgurante de Mouzon, enregistre ici quelques-uns de ses plus beaux solos. Le cas échéant, on peut prolonger son plaisir en écoutant aussi Tommy Bolin sur son propre disque, Teaser (Nemperor, 1975), qui, certes, est surtout un album de rock mais qui inclut quand même deux instrumentaux devenus pour les amateurs des titres cultes du jazz-rock : Homeward Strut et Marching Powder.
    [ Mind Transplant (CD & MP3) ] [ Teaser (CD & MP3) ]



  18. Décédé en août 2013, le claviériste, chanteur, arrangeur et producteur George Duke est connu aussi bien des amateurs de fusion que des fans de rock à cause de sa participation remarquée à quelques uns des grands albums de Frank Zappa (The Grand Wazoo et Waka Jawaka entre autres). Si sa discographie récente est surtout chérie par ceux qui ne jurent que par le soul ou le funk, celle des années 70 reste marquée par une fusion virtuose de jazz, de funk et de pop-rock. Fort prisé de ses collègues musiciens pour son professionnalisme et ami de longue date du bassiste Stanley Clarke et du violoniste Jean-Luc Ponty, ses claviers illuminent également quelques albums sortis sous d'autres noms parmi lesquels on retiendra Electric Connection et King Kong de Ponty, Roxy & Elsewhere de Zappa, Journey To Love et Schoodays de Stanley Clarke, et Crosswinds de Billy Cobham. Quant à ses réalisations personnelles, c'est Feel (MPS, 1974), avec le percussionniste Airto Moreira et le guitariste Frank Zappa (ici crédité come Obdewl'l X) , ainsi que The Aura Will Prevail (MPS, 1975) avec le bassiste virtuose de Weather Report, Alphonso Johnson, qui ont imposé le style "George Duke" et sont restés dans les mémoires en plus, bien sûr, de l'incontournable Live On Tour In Europe (Atlantic, 1976) par The Billy Cobham - George Duke Band qui outre Alphonso Johnson, comprend aussi le guitariste électrique John Scofield. Car en dépit d'un répertoire incohérent et de quelques titres sans consistance, les deux premiers morceaux de ce dernier album en concert, Hip Pockets de Cobham et Ivory Tattoo de Scofield, développent une belle énergie dans un esprit Jazz-Rock pur dont le claviériste à la coupe afro se détournera bientôt pour des musiques plus commerciales.
    [ Feel (CD & MP3) ] [ The Aura Will Prevail ] [ Cobham - Duke : Live On Tour In Europe ]



  19. John Abercrombie : Timeless (ECM), 1974 ; Gateway (ECM), 1975 ; Class Trip (ECM), 2004. John Abercrombie est célèbre depuis qu'il fut le guitariste des frères Brecker en 1969. Il a ensuite enregistré une multitude d'albums avec des groupes fort différents. Ces trois compacts permettent de l'écouter dans un contexte fusion / jazz rock (Timeless avec Jack DeJohnette et Jan Hammer), plus aventureux et éclectique dans Gateway (avec Jack DeJohnette et Dave Holland), et plus délicat et sophistiqué dans l'époustouflant Class Trip avec le violiniste Mark Feldman, le bassiste Marc Johnson et le batteur Joey Baron.
    [ Timeless (CD) ] [ Gateway (CD) ] [ Class Trip (CD) ]



  20. David Sancious : Forest Of Feelings (Epic Records), 1975. Multi-instrumentiste accompli dès son adolescence, ce natif d'Ashbury Park (NJ) fut recruté par Bruce Springsteen à 19 ans pour jouer sur son premier disque, Greetings from Asbury Park, N.J., et intégrer ensuite son E-Street Band (ainsi baptisé parce que le groupe répétait dans cette rue à Belmar chez la mère de Sancious). Mais après trois disques avec Springsteen, il reprit sa liberté pour créer son propre orchestre dénommé Tone avec lequel il enregistra une année plus tard son premier disque pour le label Epic, Forest Of Feelings, dans un style totalement différent. Sancious y développe en effet une fusion de classique, de jazz et de rock qui s'apparente à ce que faisait à l'époque Return To Forever ou Jan Hammer mais aussi, dans une moindre mesure, Emerson, Lake et Palmer. Produit par le batteur Billy Cobham qui contribue également aux percussions et bien secondé par Gerald J. Carboy à la basse et Ernest Carter à la batterie, Sancious déploie toute sa maîtrise des claviers (ou de la guitare sur Come On), empilant par la magie du réenregistrement de multiples couches sonores pour composer des textures riches et complexes. Contrairement à d'autres groupes du même genre, son jazz-rock à lui reste toutefois mélodique et paraît du même coup très abordable, ce qui n'exclut pas pour autant quelques accélérations dans la zone rouge. Sinon, le leader a pris soin de varier les climats, passant du jazz-rock incandescent de Come On If You Feel Up To It au piano jazz de Crystal Image qui n'est pas sans évoquer Chick Corea, avec un détour par l'Orient sur East India. Malheureusement cet album ainsi que les suivants n'ont guère eu de succès, ce qui n'a pas empêché David Sancious de devenir un musicien de l'ombre pour une foule de stars qui ont utilisé ses services dans les styles les plus divers : Jon Anderson, Peter Gabriel, Sting, Stanley Clarke, Santana, Eric Clapton, Jack Bruce et Francis Dunnery, pour n'en citer que quelques uns, lui doivent tous un petit quelque chose. Un disque à redécouvrir en même temps que son successeur tout aussi réussi (Transformation / The Speed Of Love, Epic Records, 1976), en profitant des superbes rééditions récentes du label Esoteric Recordings.
    [ Forest Of Feelings (CD) ] [ Transformation - The Speed Of Love (CD) ]



  21. Rolf Kuhn : Total Space (MPS Records), 1975 ; Joachim Kuhn : Springfever (Wounded Bird), 1976 ; Philip Catherine : September Man (Atlantic), 1974 ; Jean-Luc Ponty Experience : Open Strings (MPS Records), 1971. Le virus de la fusion davisienne s'est répandu progressivement à travers toute l'Europe, de l'Italie à la Norvège et de l'Angleterre aux pays d'Europe de l'Est : Modry Efekt et Jazz Q (République Tchèque), Jean-Luc Ponty, Sixun, Didier Lockwood et Spheroe (France), Open Sky Unit et Philip Catherine (Belgique), Rolf Kühn, Joachim Kühn et Volker Kriegel (Allemagne), Nova (Italie), Jasper Van't Hof et Jan Akkerman (Pays-Bas), Terje Rypdal (Norvège), Iceberg (Espagne), Brand X, Nucleus, Allan Holdsworth, Isotope et Bill Bruford (UK), Finnforest (Finlande), Jacob Magnusson (Islande), Michael Urbaniak et Ursula Dudziak (Pologne) sont quelques un des noms les plus connus. Tous n'ont eu au départ qu'un seul mot d'ordre : jouer pour jouer, reculer les limites des instruments, inventer de nouvelles rythmiques d'une prodigieuse complexité, explorer de nouveaux horizons aux frontières de la musique connue, et bien entendu mettre le feu sur scène par des joutes impressionnantes entre musiciens. Heureusement, la plupart d'entre eux ont rapidement évolué, explorant de nouvelles mélodies et intégrant dans leur musique des influences propres à leurs régions d'origine, pour se démarquer ainsi progressivement d'une simple copie de leurs modèles d'outre-Atlantique. Ces quatre albums, aussi cultes qu'incontournables, témoignent de la richesse et de la diversité du jazz-rock tel qu'on le pratiquait en Europe au milieu des 70's. On notera que le pianiste Joachim Kühn joue sur trois de ces disques et le guitariste Philip Catherine sur les quatre.
    [ Springfever (CD) ]



  22. Weather Report : Black Market (Columbia), 1976. Le groupe de fusion qui a eu la durée de vie la plus longue (1971 - 1986) est sans doute l'un des plus intéressants par la qualité des instrumentistes, les recherches sur les rythmes et l'ouverture sur d'autres cultures, comme le titre éponyme de cet album évoquant les ambiances des marchés africains. Wayne Shorter et Joe Zawinul sont les premiers artisans de ce groupe légendaire, le plus original parmi les multiples excroissances qu'ont fait germer les hommes du Miles électrique. Les 16 albums officiels de Weather Report on été réédités récemment en 20 bits: celui-ci et le suivant Heavy Weather (Columbia, 1977), qui comprend le célèbre Birdland, sont les meilleurs. Avec un alien à la basse nommé Jaco Pastorius !
    [ Black Market (CD & MP3) ] [ Heavy Weather (CD & MP3) ]



  23. Chick Corea's Return To Forever : Romantic Warrior (Columbia), 1976. Return To Forever est l'exemple même du supergroupe composé de musiciens virtuoses capables de surmonter n'importe quelle difficulté technique : Chick Corea (claviers), Stanley Clarke (b), Al Di Meola (gt), et Lenny White (drs). On peut ne pas aimer le Corea électrique lorsque ses disques sont davantage un catalogue d'instruments électroniques où lorsqu'il se laisse aller aux espagnolades faciles. Ce n'est heureusement pas le cas ici malgré les influences latines renforcées par Al Di Meola qui rappelle parfois Carlos Santana. Les compositions originales de cette fresque médiévale sont suffisamment attachantes pour faire oublier le chiqué généralement associé à ce genre d'entreprise. Et Sorceress, avec son slapping de basse funky, est carrément irrésistible.
    A écouter aussi dans un style similaire : Where Have I Known You Before (Verve / Polydor), 1974, et No Mystery (Verve / Polydor), 1975. Tout deux enregistrés avec le même quartet.
    [ Romantic Warrior (CD & MP3) ] [ 5 Original Albums (5 CD) ]



  24. Pat Martino : Joyous Lake (Warner Bros.), 1977. Pat Martino est un guitariste virtuose mais il joue essentiellement dans un style hard-bop mainstream même si certaines de ces compositions sont ouvertes à d'autres influences (Baiyina). Toutefois, au milieu des années 70, il a évolué naturellement vers la fusion d'abord timidement en 1976 avec l'album éclectique Starbright et, surtout, l'année d'après avec le très réussi Joyous Lake. Sur ce dernier disque, même s'il ne fait pas complètement l'impasse sur son phrasé bop en délivrant ses fameux chapelets de notes en cascades dont il a le secret, Martino opte pour l'électricité et s'entoure de jeunes loups qui renforcent le côté jazz-rock tranchant de sa musique : le claviériste Delmar Brown, le bassiste Mark Leonard et le batteur Kenwood Dennard. Peu de temps après ce remarquable effort qui laissait présager une nouvelle direction pour le guitariste de Philadelphie, Martino perdit totalement la mémoire en 1980 suite à une opération chirurgicale. Après avoir tout réappris sur plusieurs années notamment en réécoutant ses propres disques, il fit sa rentrée en 1987 avec l'album The Return mais en revenant à son style bop mainstream initial comme si l'épisode "jazz-rock" n'avait jamais existé. A noter qu'il retrouvera quand même la fusion beaucoup plus tard, en 1998, avec l'album Stone Blue (Blue Note) sur lequel jouent aussi Delmar Brown et Kenwood Dennard, et qui offre une superbe version étendue de Joyous Lake.
    [ Joyous Lake (CD & MP3) ] [ Stone Blue (CD & MP3) ]



  25. The Brecker Brothers : Heavy Metal Be-Bop (Arista / BMG), 1978. Dans les années 70, Michael Brecker et son frère Randy fondèrent ensemble un groupe de fusion axé sur le funk. Quoique très accessible et, malheureusement, de plus en plus tentée au fil des disques par le mercantile et la pop, la musique des Breckers Brothers n'en reste pas moins créative et originale. En tout cas, ce Heavy Metal Be Bop enregistré au My Father's Place à Long Island, est carrément délirant. Dynamité par le batteur Terry Bozio qui venait juste de rejoindre les deux frères après avoir quitté Frank Zappa, le concert est phénoménal. Randy et Michael enroulent comme des perles leurs solos de trompette et de sax altérés par des effets soniques (wah wah, réverbération, harmoniques …) et composent un duo magique uni par une étrange empathie probablement innée. A lui seul, le légendaire Some Skunk Funk, véritable cauchemar de souffleur, vaut déjà largement l'achat de cet amalgame, au nom prémonitoire, entre le tranchant métallique du funk et la complexité du be-bop.
    [ Heavy Metal Be-Bop (CD & MP3) ]



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