Jazz Belge : Avec Cordes



Les sections de cordes ont pris de l'importance après la seconde guerre mondiale quand le jazz perdit une grande partie de son public au profit de la musique pop. Les producteurs combinèrent alors le jazz avec des orchestres à cordes sans doute pour lui donner une sorte de légitimité mais aussi pour le rendre plus accessible au public. Les albums les plus célèbres du genre restent ceux de Charlie Parker et de Clifford Brown « With Strings » mais il en existe des centaines d'autres, chaque soliste important, de Chet Baker à Bill Evans en passant par Stan Getz et Wes Montgomery, ayant à un moment ou un autre tenté leur chance avec au moins un album dans ce style. Généralement, il s'agissait d'orchestrations de standards écrites par des arrangeurs pour enrober le jazz dans un écrin mettant en valeur son côté romantique. En Europe toutefois, où la tradition classique est plus vivante qu'aux Etats-Unis, les jazzmen ont utilisé les cordes dans un autre contexte en combinant étroitement orchestrations et improvisations et en expérimentant avec la forme et l'harmonie pour rendre la musique moins prévisible. Il en est résulté des œuvres originales et nuancées qui ne ressemblent parfois à rien de connu. La sélection de compacts ci-dessous présente quelques unes de ces réalisations, d'essence typiquement européenne, enregistrées par des jazzmen belges « avec cordes ».



Diederik Wissels : From This Day Forward (Igloo IGL 128), 1996
Diederik Wissels (p), Kurt Van Herck (sax), Gwenaël Micault (bandoneon), Cécile Broché (vl), Frans Vander Hoeven (b), Hans Van Oosterhout (dr), Michel Seba (percussions), Ilona Chale (voix)

Ourim (3:07) - Water, Water (6:12)- Evidence (5:32) - Thorns In Plenty (5:13) - From This Day Forward (8:25) - Out Of The Mirrored Garden (5:14) - Time And Again (5:10) - A Shadow Sought (5:28) - We still Dance (4:58) - Toumim (1:42)

Pianiste néerlandais originaire de Rotterdam et installé à Bruxelles, Diederik Wissels a su conquérir un vaste public avec son album The Hillock Songstress paru en 1994. Sur From This Day Forward, il garde les mêmes musiciens et conserve une approche lyrique similaire mais s'allie en plus au talent de la violoniste Cécile Broché. Pour conserver l'évanescence de sa musique, Wissels n'a pas écrit d'arrangements spécifiques pour les cordes mais a préféré intégrer l'instrument dans un subtil équilibre entre écriture et improvisation. D'essence typiquement européenne, ces introspections à plusieurs ont des couleurs pastel, souvent crépusculaires. Ainsi entouré par des sonorités diverses et contrastées, le piano chante et se met en scène dans de fabuleux paysages.

[ From This Day Forward ]

Castellucci Stringtet : Towards The Light (Quetzal 105), 1997
Eric Legnini (p), Erwin Vann (sax), Sal La Rocca (b), Bruno Castellucci (drs), G. Vercampt (1er violon), F. Vervoort (2me violon), E. Foubert (alto), M. Boulanger (violoncelle)

Time is now (8:35) - Yellow and some dark green (7:46) - New impressions (5:58) - Run to the Ballroom (4:18) - Is that you ? (5:38) - Waltz for B.C. (5:50) - Good time (5:12) - Skin to skin (5:56) - Towards the light (8:44)

Il y en a qui n'apprécient pas les orchestres de jazz avec cordes. Personne ne les en blâmera. Les Chet Baker et autres Phineas Newborn "with strings" ne constituent certainement pas les plus beaux fleurons de leur discographie. Pourtant, essayez de prêter une oreille au dernier album de Bruno Castellucci. Cette fois, le quatuor à cordes emmené par Gudrun Vercampt ne se superpose pas au quartet mais s'y intègre si bien que l'on a difficile à imaginer ces 9 titres sans sa présence. De Time Is Now à Towards The Light (deux excellentes compositions de Erwin Vann à qui l'on doit aussi le très beau Children of 10 000 Years sur l'album Wanderlust de Paolo Fresu), le Stringtet swingue bel et bien, emmené par une rythmique caressante ou vigoureuse, toujours complice, qui sait comment calmer le jeu ou faire monter le thermomètre. Cette expérience dans la recherche de nouvelles couleurs orchestrales apparaît comme parfaitement maîtrisée. Avec des solistes de la classe d'Erwin Vann et d'Eric Legnini, elle flèche une nouvelle catégorie de jazz qui, pour l'instant, n'appartient qu'à elle. Au total, voilà donc un disque avec cordes bien attrayant. Eh oui, ainsi vit le jazz, paradoxal, plein de contradictions, imprévisible et sans complexe. Heureusement d'ailleurs, parce tant qu'il en est ainsi, il enfantera la surprise et c'est aussi pour cela qu'on l'aime.

[ Towards the Light ]

Aka Moon with Ictus : Invisible Mother (CARBON 7 C7-038), 1999
Aka Moon : Stéphane Galland (dr), Michel Hatzigeorgiou (el b), Fabrizzio Cassol (as), Fabian Fiorini (piano)
Ictus : George-Elie Octors (chef d'orchestre), Takashi Yamane (cl), Piet Van Bockstal (hautbois, cor) George van Dam (vln), Igor Semenoff (vln), Paul De Clerck (vln alto), Gery Cambier (b), Jean-Luc Plouvier (p)

Part 1 (9:54) - Part 2 (22:03) - Part 3 (12:40) - Part 4 (9:16)

Son indéniable succès, Aka Moon le doit peut-être à deux constantes de son art. La première est cette filiation qu'on peut lui reconnaître avec les musiques branchées actuelles sans que jamais pourtant le groupe ne puisse être asservi à une quelconque étiquette : ni world, ni rap, ni techno, c'est plus une question d'attitude et d'énergie. La seconde est cette quête mystique qui force Aka Moon à se dépasser continuellement, qui l'emmène sur les routes de l'Inde ou d'Afrique pour apprendre à en maîtriser les rythmes ou qui le pousse à communiquer avec des musiciens d'horizons divers pour stimuler son sens mélodique. A la longue, la musique se nimbe d'une aura spirituelle dont on ne sait trop ce qu'il faut en penser. Mais la surprise est là à chaque fois et, après tout, c'est bien ce qui compte. Cette fois, référence est faite à l'Inde encore, et aussi à la tradition chinoise par l'intermédiaire du I Ching, le fameux Livre des Mutations dont l'origine se perd dans la nuit des temps. Mais seul l'esprit en a été conservé car la longue pièce composée par Fabrizio Cassol ne laisse paraître aucun exotisme musical. Pour l'interpréter, Aka Moon s'est associé à Ictus, un ensemble de musique contemporaine au large spectre stylistique beaucoup plus proche de l'univers de Magnus Lindberg ou de Steve Reich que de celui du jazz en général. Il en résulte une fois encore cette fameuse dualité entre l'héritage de la musique écrite d'inspiration occidentale et celui de la musique improvisée née de l'autre côté de l'Atlantique. Heureusement, personne ici n'a fait le projet de domestiquer l'autre. Chacun garde son rapport au temps et à l'espace : d'un côté la richesse de la texture et la rigueur de la pensée organisatrice, de l'autre la dynamique et les surprises de la création spontanée. Multiforme apparaît ainsi la dernière œuvre d'Aka Moon. Le premier mouvement commence par de courtes phrases atonales, mixtures dissonantes de piano et de cordes, évoquant le thème d'un film fantastique imaginaire. C'est l'univers étrange et stylisé d'Ictus qui ne sera rejoint de justesse, dans sa conclusion, que par la basse électrique de Michel Hatzigeorgiou. Le second mouvement introduit le groupe au complet et Fabrizzio Cassol s'y taille la part du lion en improvisant longuement avec cette articulation du phrasé si caractéristique qui en fait désormais sa marque. Derrière, Ictus tient sa place, tendant de toutes ses forces vers ce point de rencontre qu'on lui impose : une polyrythmie complexe qui trouvera son aboutissement ultime dans un solo de batterie de Stéphane Galland surgissant comme un diable de la voûte sonore. Le troisième mouvement apparaît en comparaison plus serein. Michel Hatzigeorgiou y prend un beau solo de basse électrique dans lequel on perçoit quand même en filigrane quelques accents orientaux. Puis, le mystère s'épaissit avec le saxophone qui s'envole au-dessus des cordes et de quelques accords improbables au piano. Les tonalités s'harmonisent et l'unité de la musique est ici incontestable.Le quatrième et dernier mouvement est l'incarnation d'un monde intérieur. Méditation et ascension : la musique n'est plus qu'un souffle, une haleine. Quelque chose d'inachevé qui s'étire et s'effiloche avant le retour définitif du silence.

[ Invisible Mother ]

Ivan Paduart : Douces Illusions (Igloo IGL 176), 2004
Ivan Paduart (p), Richard Galliano (accordéon), Philippe Aerts (b), Bruno Castellucci (dr), Gauthier Lisein (percussions) + Strings Ensemble Musique Nouvelle

Illusion Sensorielle (8:47) - Waterfalls (6:05) - HBS - Les fruits De Mes Passions (6:48) - Horlogeries (6:56) - Giselle (7:42) - Après l'amour (5:49) - 20.000 Lieues Sous Les Mers (5:19) - Life As It Is (7:32)

La longue discographie d'Ivan Paduart a plusieurs fils directeurs et ce compact-ci, poursuivant une approche entamée il y a y a 12 ans, s'inscrit dans la ligne la plus romantique du pianiste belge. En 1993, Paduart enregistrait Illusions Sensorielles (Igloo) avec le français Richard Galliano au bandonéon sur trois titres. Une année plus tard, il prolongeait cette association aussi originale que réussie avec le disque Folies Douces. Aujourd'hui, il réitère une troisième fois l'expérience en y ajoutant un orchestre à cordes de huit musiciens dont les arrangements ont été écrits par lui et pour deux morceaux confiés au pianiste Michel Herr. Ici, le lyrisme passe nettement avant le swing. Les notes claires du piano se mélangent avec bonheur au chant de l'accordéon sur un tapis de cordes quasi ininterrompu. Pour accompagner une telle musique et lui conserver son caractère délicat et sa sereine beauté, il fallait une rythmique attentive à l'humeur musicale plutôt contemplative : Paduart l'a trouvée avec le batteur Bruno Castellucci et le contrebassiste Philippe Aerts (b) dont l'efficacité et la discrétion dans ce contexte murmuré sont exemplaires. Bien sûr, après trois titres dans la même veine, la musique se fait languissante et le risque d'indolence guette. Mais l'on se sent soudain mieux quand Paduart et Galliano se réchauffent un peu les doigts sur un quatrième titre plus délié et swinguant que les autres (Horlogeries). A quelques thèmes originaux ont été ajoutés d'anciennes compositions revisitées dans l'esprit de la session comme Illusion Sensorielle, Après l'Amour ou 20.000 Lieues Sous les Mers de Paduart ou encore Giselle de Galliano (Laurita, 1995). Les mélodies sont souvent belles et les improvisations des deux solistes en prolongent naturellement l'évidente fluidité. Si vous aimez le jazz avec cordes et le son de l'accordéon, la musique plus reposante que tonique, la rêverie davantage que l'aventure, il est probable que ce disque ne vous laissera pas indifférent.

[ Douces Illusions ]

Charles Loos / Steve Houben / Quatuor Thaïs : Au fil du temps (Mogno j025), 2007
Charles Loos (Piano, Compositeur), Steve Houben (as, ss, flûte), Caroline Bayet (violon), Virginie Petit (violon), Wendy Ruymen (violon alto), Kathy Adam (violoncelle)

LE Jazz - What a mellow man - HBS - In C (minor) Rubato - In C (minor) Andante - In C (minor) Lento - In C (minor) Baião - In C (minor) Andante - In C (minor) Misterioso - In C (minor) Moderato - In C (minor) Rubato - In C (minor) Danzante - Au fil du temps - Angel cuddle

Au fil du temps est en quelque sorte une nouvelle concrétisation des amours qu'ont en commun deux musiciens belges depuis longtemps : le jazz et la musique classique. En ces matières, le saxophoniste et flûtiste Steve Houben et le pianiste Charles Loos ont, au cours des dernières décennies, réalisés ensemble ou séparément des disques de jazz acoustique qui fleurent bon la poésie et la musique de chambre. Les voici associés à nouveau et cette fois en compagnie de Thaïs, un quatuor à cordes composé de jeunes musiciennes issues du Conservatoire Royal de Bruxelles. La pièce de résistance est une longue suite de 20 minutes, sobrement intitulée In C (minor), commanditée par le « Hidden Valley Institute of the Arts » de Californie et écrite à l'origine pour un saxophone soprano et sept violoncelles. Loos, qui en est le compositeur, en a fait un nouvel arrangement adapté au quatuor mais elle est toujours interprétée sans piano. Légère, lyrique, elle s'étire en neuf sections aux tempos variés (rubato, andante, lento, …) et charme par son élégance et le jeu virevoltant du saxophoniste. Les cinq autres titres de l'album (*) sont enregistrés avec Charles Loos au piano et adoptent dans l'ensemble une approche moins concertisante et plus proche du jazz. La musique apaisante s'écoute avec aisance tandis que les deux solistes font preuve comme d'habitude d'une grande fraîcheur dans leur jeu en y introduisant une palette de nuances étendues. Ceux qui ont apprécié le dernier album de HLM (qui faisait déjà appel au quatuor Thaïs) retrouveront ici des ambiances similaires, sans la voix de Maurane bien sûr. C'est bien le même genre de musique esthétique et raffinée qui coule paisiblement, au fil du temps, telle un fleuve à la surface lisse mais miroitante.

[ Mogno Music ]

Cécile Broché & Etienne Bouyer Duo : Soundscapes (IGLOO IGL 206), 2008
Cécile Broché (violon électrique & voix), Etienne Bouyer (ts, ss) - Invité : Chris Joris (percussions) sur 6, 8, 9 et 11

Prélude (1:46) - Molvanian Dance (3:02) - Plage Blanche (6:28) - E411 (2:21) - Jezerca (6:54) - Art (5:11) - The Town (3:43) - Shqiperia (3:46) - Peut-être (4:39) - Septilune (3:54) - Isi Bop (4:30) - Lonely Woman (2:57) - Konnyu Darab (2:50) - In A Sentimental Mood (2:43) - Postlude (0:16)

Cécile Broché est une violoniste, avec une formation à la fois classique et jazz, qui compose aussi bien pour le théâtre que pour la danse. Originaire de Saint-Denis de la Réunion, Etienne Bouyer est un saxophoniste doté d'un bagage musical impressionnant acquis auprès de multiples artistes. Tout deux sont encore peu connus mais talentueux, bourrés d'idées, ouverts à différentes formes d'art et prêts pour des expériences musicales inédites. Les voici rassemblés pour le meilleur dans un duo rare entre sax et violon. Le projet ? Une dérive au gré d'une excursion imaginaire à travers des villes et des pays qui n'existent pas. Du mélancolique prélude qui ouvre le répertoire à la reprise customisée du In A Sentimental Mood de Duke Ellington, on a le temps d'explorer un monde indéfini et riche en surprises. Ici, le folklore nostalgique d'une Molvanie fictive ; là, le mystère d'un parfum oriental et plus loin, la traversée chaotique d'une mégapole à l'heure de pointe. Le saxophone raconte une histoire tandis que le violon abandonne les ritournelles légères pour lesquelles on l'a conçu et s'aventure dans des sons trafiqués par des pédales d'effets, créant un environnement contemporain dans lequel on n'a pas souvent l'occasion de l'y voir traîner. Mélodies croisées et superbes unissons témoignent d'une proximité artistique sans équivalent. Sur quelques plages, voici soudain qu'apparaissent les percussions inattendues de Chris Joris et les couleurs jaunissent d'un coup pour ressembler à celles de l'Afrique. Dissonances et rythmes font bon ménage : on est au cœur d'une nature sauvage pour un inquiétant safari. Des voix se superposent aux instruments et on a l'impression qu'Edouard aux Mains d'Argent est passé par là avec ses ciseaux pour façonner les contours de la musique au gré de son humeur inconstante. Et il y a même une composition époustouflante qu'on croirait interprétée par un trio de jazz bop dans une cave enfumée des sixties. Cette œuvre indéniablement poétique recrée le temps et l'espace dans une vision onirique de parcours aléatoires, de déplacements instantanés, de pas de côtés en divagations impromptues. Le dire ainsi fait craindre une anarchie sophistiquée qui serait réservée aux amoureux de projets bizarres mais il n'en est rien. Le disque s'écoute d'un seul tenant et aurait bien convenu à l'illustration sonore d'un film comme Into The Wild. Car Pureté, liberté, fraîcheur et spontanéité sont en définitive les mots qui reviennent en boucle pour rendre compte de cet insolite voyage.

[ Cécile Broché & Etienne Bouyer sur MySpace ]

Alexandre Furnelle Orchestra : Views Of Xela (Mogno j034), 2009
Alexandre Furnelle (contrebasse, flûte : 2), Barbara Wiernik (vocal : 3, 7 & 10), Daniel Stokart (saxophone soprano), Peter Hertmans (gt), Jan de Haas (dr, udu : 4), Erwin Vann (saxophone ténor : 3 & 10) - Cordes (1, 4, 6, 9 & 10) : Hélène Lieben (violon), Marielle Vancamp (violon), Anja Naucler (violoncelle)

A grands pas (Giant Steps) (4:05) - Angel's buzz (5:24) - Far out (6:04) - Premières neiges (4:16) - Views of Xela (6:20) - Ultima passegiata (4:57) - Faust waltz (5:46) - Soleil rouge (5:12) - Vols (3:58) - Turbulences passagères (5:05)

Alexandre Furnelle nous avait séduit avec un premier album éclectique (Le Chant Des Sirènes édité en 2004, également chez mogno) pourvu de mélodies séduisantes mais non dénué d'un groove subtil à l'occasion inspiré par des rythmes africains. Avec les mêmes complices réunis autour de sa contrebasse, le leader nous offre avec ce second disque un autre voyage aussi coloré que le premier. Compositeur intéressant par les ambiances créées qui vont au-delà des simples séquences d'accords, Furnelle se révèle aussi un arrangeur doué qui sait privilégier l'ouverture et laisser de l'espace à ses solistes. Parmi ceux-ci, on reconnaîtra immédiatement les plans de guitare de Peter Hertmans dont le son étiré et électrique contribue à l'atmosphère mystérieuse de certains titres comme Far Out ou Angel's Buzz. Ailleurs, c'est le saxophoniste Daniel Stokart qui jette une lumière contrastée sur ces paysages sonores attachants. Son envol délicat sur Soleil Rouge témoigne d'une grande sensibilité teintée de mélancolie qui emporte une immédiate adhésion. La chanteuse Barbara Wiernik fait une apparition sur trois titres avec des vocalises qui gonflent les voiles des mélodies et leur permet de planer avec aisance. Grâce à elle, Faust Waltz acquiert une dimension onirique encore amplifiée par un nouveau solo quasiment mystique de Stokart. Le leader a choisi d'enrober cinq de ses compositions dans des arrangements de cordes (deux violons et un violoncelle) particulièrement bien conçus. L'unité sonore avec le groupe est parfaite : les textures sont épaissies tout en restant légères et contribuent à apporter un nouvelle densité à la musique. On notera enfin le dernier titre, Turbulences passagères, sur lequel le quintet est rejoint par le saxophoniste ténor Erwin Vann dont l'instrument ajoute une pointe de gravité à l'ensemble. Views Of Xela affiche ainsi une grande variété de couleurs. La musique, souvent délicate et atmosphérique, se pare à l'occasion de rythmes inattendus et réserve de nombreux moments étonnants. Plus qu'une collection de morceaux sans liens entre eux, il s'agit là d'un vrai projet homogène et fort plaisant de la part d'un musicien et compositeur dont la personnalité s'est indéniablement affirmée depuis sa première apparition discographique.

[ Alexandre Furnelle sur MySpace ]

Nathalie Loriers Trio + Bert Joris & String Quartet : Moments d'Eternité (WERF 078), 2009
Nathalie Loriers (p), Philippe Aerts (b), Joost van Schaik (dr), Bert Joris (tp), Igor Semenoff (vl), Stefan Willems (vl), Aurélie Entringer (vl alto), Jan Sciffer (violoncelle)

400 Million Years Ago (4:31) - Moments d'Eternité (7:26) - Neige (7:15) - Mémoire d'O (8:16) - Intuitions & Illusions (7:32) - Danse Eternelle (7:46) - Prelude To Paradise (2:12) - Plus Près des Etoiles (5:09) - Obsessions (6:39)

Le huitième album de Nathalie Loriers résulte d'une collaboration entre la pianiste, qui a composé tous les morceaux, et le trompettiste Bert Joris qui les a arrangés. Par ailleurs, en complétant son trio (plus Joris) par un quatuor à cordes, elle a renoué avec la tradition classique dont elle est issue et, par la même occasion, avec une approche plus intimiste proche de celle de son plus célèbre opus : Walking through walls, walking along walls. C'est en effet le cas pour la majorité des compositions de cet album, comme Moments d'Eternité, Mémoire d'O, Prelude To Paradise ou Plus Près des Etoiles, qui apparaissent très structurées et obéissent à une esthétique européenne. Les notes de piano s'y détachent avec légèreté sur des tapis de cordes veloutés et tramés d'harmonies diverses. A côté de ces moments intériorisés qui mettent en exergue la délicatesse de son toucher, Nathalie Loriers s'est toutefois réservé deux compositions plus jazz où son swing naturel peut s'exprimer de façon plus extravertie. C'est le cas sur 400 Million Years Ago entièrement dominé par un long solo virevoltant de trompette, Bert Joris se montrant ici particulièrement impressionnant dans sa maîtrise de l'instrument. Bizarrement, on trouvera sur ce disque quelques titres déjà édités auparavant comme Obsessions et Mémoire d'O (Tombouctou, 2002) mais interprétés différemment et dotés de nouveaux arrangements. C'est aussi le cas de Neige, extrait de L'Arbre Pleure (2006), totalement transfiguré par un Bert Joris impérial. La rythmique, composée de Joost Van Schaik à la batterie et de Philippe Aerts à la contrebasse, est évidemment irréprochable et s'intègre avec professionnalisme dans le contexte délicat de cet album. Ceux qui apprécient le jazz d'essence européenne, lyrique, précieux et perfusé de tradition classique, n'auront aucun mal à pénétrer les grands mystères de ces petits moments d'éternité.

[ Commander chez De Werf ]

Ivan Paduart & The Metropole Orchestra : Crush (Mons MR 874495 - 2 CD), 2010
Ivan Paduart (piano & compositions), Bob Malach (ts), Fay Claassen (vocals) + The Metropole Orchestra (dirigé par Jim McNeely)

CD 1 : Waterfalls (6:32) - Another Lifetime (7:14) - Life As It Is (7:01) - Melancholy Blue (6:29) - The Bridge Between Us Two (9:38) - I Had A Ball (3:57)
CD 2 : Igor (9:40) - Shivers Down My Back (8:17) - Sherry On A Cake (7:26) - Crush (6:17) - White Nights (8:02) - Precious Moments (9:24)

Le 12 décembre 2008, le pianiste Ivan Paduart se produisait au Cirque Royal de Bruxelles avec un grand orchestre de 55 musiciens et quelques invités de marque. Ce double compact restitue cet évènement dans son intégralité, soit une heure 30 de musique pour douze compositions du leader qui comptent parmi ses plus belles réalisations. On sait combien Paduart est amateur de belles mélodies délicates déjà fort chantantes quand elles sont interprétées en petite formation mais il faut avouer qu'une fois confiées aux mains expertes d'arrangeurs comme Michel Herr ou Bert Joris, elles prennent une autre dimension. Le Metropole Orchestra, dirigé par Jim Mc Neely, est un orchestre néerlandais combinant un big band de jazz et un ensemble classique avec cordes, bois et une harpe. Souple et jamais envahissant, il parvient à donner à la musique un lustre incomparable. Le premier compact rassemble les chansons interprétées par la chanteuse néerlandaise Fay Claassen et dont les textes ont été écrits entre autre par David Linx. Largement majoritaires, les ballades sont lisses et voluptueuses tandis que le swinguant I Had A Ball (extrait de Blues Landscapes), qui bénéficie de la présence d'une guitare électrique bluesy, introduit la deuxième partie du concert. Le second disque, entièrement instrumental, permet d'apprécier différents solistes dont le saxophoniste ténor Bob Malach, dont la sonorité musclée et l'approche néo-bop font parfois penser à Michael Brecker, et Ivan Paduart lui-même dont les notes cristallines flottent comme des étoiles au-dessus de la masse orchestrale. Beaucoup de charme, d'expressivité et de moments magiques affleurent à la surface tandis que défilent dans leur nouvel écrin les thèmes mémorisés jadis à l'écoute de précédents albums (Igor extrait de Blue Landscapes, Shivers Down My Back de Belgian Suites, White Nights…). Ceux qui ont vécu le concert en direct trouveront ici le support nécessaire pour en perpétuer indéfiniment le souvenir. Les autres peuvent s'offrir une belle soirée musicale dans le confort ouaté de leur salon sans risque d'être déçus.

[ Ivan Paduart + Metropole Orchestra : Crush - Live In Brussels 2008 ]

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